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Histoire navale histoire maritime

210 pages
Ces contributions traitent de l'histoire navale et maritime de l'antiquité romaine à la période contemporaine. Transgressant la frontière entre marine de guerre et de commerce, P. Villiers a ensuite mené des travaux sur l'archéologie du vaisseau de guerre à l'âge classique, la bataille navale, les dynamiques portuaires, le commerce colonial et la traite des esclaves, les convois atlantiques et la guerre de course, sans oublier la marine de Loire.
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1
villiers.indd 1 3/05/12 10:12:552
villiers.indd 2 3/05/12 10:12:55Histoire navale, histoire maritime
Mélanges offerts à Patrick Villiers
3
villiers.indd 3 3/05/12 10:12:55ePatrick Villiers au V congrès international d’histoire maritime de Greenwich
en juin 2008.
Photo Christian Borde.
Illustration de couverture
Vue perspective de Dunkerque par Pierre Alexandre Royer (1705-1787),
Peintre de la Reine
Cette vue, réalisée en 1741, montre le chef-d’œuvre en 1713
édifé par l’ingénieur militaire Vauban avant le démantèlement des fortifcations,
suite au traité d’Utrecht.
Archives de Dunkerque, dépôt CCI.
© SPM, 2012
ISBN : 978-2-901952-92-3
SPM
34, rue Jacques-Louvel-Tessier 75010 Paris
Tél. : 01 44 52 54 80 - fax : 01 44 52 54 82 - Courriel : lettrage@free.fr
www.spm-editions.com
Diffusion-Distribution : L’Harmattan
5-7 rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
Tél. : 01 40 46 79 20 - Email : diffusion.harmattan@wanadoo.fr
Site internet : http://www.harmattan@wanadoo.fr
4
villiers.indd 4 3/05/12 10:12:57Histoire navale,
histoire maritime
Mélanges offerts à Patrick Villiers
Textes réunis par Christian Borde et Christian Pfster
Publié avec le concours du
Centre de Recherches d’Histoire Atlantique Et Littorale
(CRHAEL) – HLLI
Université du Littoral Côte d’Opale (ULCO)
SPM
5
villiers.indd 5 3/05/12 10:12:57Principaux livres de Patrick Villiers
Le commerce colonial atlantique et la guerre d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique
e1776-1783, thèse de 3 cycle, Paris I, New-York, Arno Press, 1976, 474 p., Prix de
l’Académie de Marine 1977.
eTraite des noirs et navires négriers au XVIII siècle, Grenoble, Karthala, 1982-1987,
280 p., Prix de l’Académie de Marine 1982.
La Marine de Louis XVI, coffret de 50 plans de vaisseaux et frégates construits de 1750 à
1782, Grenoble, J.-P. Debbane éditeur, 1985.
La Marine de Louis XVI, de Choiseul à Sartine, Grenoble, J.-P. Debbane éditeur, 1985,
486 p.
Marine royale, corsaire et trafc dans l’Atlantique de Louis XIV à Louis XVI, doctorat ès
lettres et sciences humaines, Paris I, 1990, Lille, ANRT, 1991, 2 volumes, 860 p.,
Prix Académie de Marine 1992.
Une Histoire de la Marine de Loire, Tours, Editions Grandvaux, 1996, 220 p., Prix
eAcadémie de Marine 1997, 2 édition 1997.
e eL’Europe, la mer et les colonies, XVII -XVIII siècle, Paris, Hachette, 1996, 260 p.,
e2 édition, 1997.
P. Villiers, Ph. Jacquin, P. Ragon, Les Européens et la Mer, de la découverte à la
colonisation, (1455-1860), Paris, Ellipses, 1997, 224 p.
P. Villiers, Les corsaires du Littoral : Boulogne, Calais, Dunkerque, de Philippe II à Louis
eXIV, Villeneuve-d’Asq, P. U. du Septentrion, 2000, 360 p., 2 édition 2001.
P. Villiers : Les corsaires, Paris, éditions Gisserot, 2007, 130 p.
Etablissement de textes :
Raveneau de Lussan, Les Flibustiers dans la mer du Sud, Paris, éditions France
Empire, 1992, 250 p., édition critique + introduction.
Alexandre-Olivier Exquemelin, Histoire des aventuriers fibustiers établissement du
texte, introduction et notes Real Ouellet et P. Villiers, Québec (Canada), P. U.
eLaval, 2004, 600 p., Paris, PUPS, 2005, 2 édition 2006.
Livres collectifs :
P. Villiers, “The Slave and Colonial Trade in France just before the Révolution” in
Slavery and the rise of the Atlantic system, edited by Barbara Solow, Cambridge
eUniversity Press, Boston 1992, p. 210-236, 2 édition 1995.
P. Villiers, “French fsheries in the Channel and the North Sea, from Dieppe to
e eDunkirk, (cod excluded) XV -XIX century,” in Volume I of the General History of
the North Atlantic fsheries, D. Starkey eds, 2008.
eP. Villiers : notices bibiliographiques + histoire de la course au XVIII siècle in
G. Buti, Ph. Hrodej, P. Villiers et alii, Dictionnaire de la course, Presses du CNRS
à paraître.
Livres à paraître :
J.-C. Lemineur et P. Villiers, La frégate l’Aurore, collection Marine de Louis XIV, Nice,
éditions de l’Ancre, H. Berti, 2012
P. Villiers, L. Chatel de Brancion, P. Mollien, La Fayette, Paris, éditions SPM, 2012.
P. Villiers, Jean Bart, Paris, éditions Fayard, automne 2012.
J.-C. Lemineur et P. Villiers, Le vaisseau le Saint-Philippe, Nice, éditions de l’Ancre,
H. Berti, collection Marine de Louis XIV, 2013.
6
villiers.indd 6 3/05/12 10:12:57Avant-propos
Agréables estrans, séjour de l’innocence,
Où, loin des vanités, de la magnifcence,
Commence mon repos et fnit mon tourment,
Houles, vagues, brisants, plaisante solitude,
Si vous fûtes témoins de mon inquiétude,
1Soyez-le désormais de mon contentement .
Il y a du corsaire chez Patrick Villiers.
D’abord, académiquement parlant, puisqu’une large partie de ses
2travaux – de la synthèse savante à l’ouvrage de vulgarisation – ont
été consacrés à ces marins qui, en temps de guerre, transgressent la
frontière entre marine de guerre et marine de commerce ; au service
des armateurs au commerce ou à la pêche en temps de paix, l’État les
autorise à faire la guerre au commerce et à la pêche ennemie, sous
le joug d’un droit très strict qui les empêche de devenir des pirates.
Ensuite, parce que Patrick arbore depuis longtemps l’anachronique
collier de barbe du loup de mer comme pour affrmer, avec le refrain
populaire, que « c’est nécessaire pour un corsaire, d’avoir du poil au
menton ».
Les corsaires peuvent être de simples pêcheurs et marins du
commerce issus du peuple des villes aussi bien que d’aristocratiques
offciers de la Royale, et beaucoup effectuent grâce à cette entreprise
maritime si particulière des ascensions sociales importantes. Patrick
tend d’ailleurs, comme corsaire potentiel, vers cet entre-deux social :
fls d’instituteur, il accomplit une pleine carrière d’enseignant du
secondaire avant de devenir professeur des Universités. Il naît à
Orléans en 1948 dans une famille profondément investie dans le service
1. Alban Gautier et Jérémie Dubois, pastichant Honorat de Bueil de Racan, Stances sur la
retraite (1618).
e2. Les corsaires du Littoral : Boulogne, Calais, Dunkerque, du XVI siècle à Louis XIV, Villeneuve
d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2000 ; « La guerre de course à Dunkerque
eet en Manche du XVI à 1815 », dans Jean Bart, du corsaire au héros mythique, Samoji, 2002,
p. 19-35 ; Les corsaires français, Paris, Editions Gisserot, 2007. Pour l’ensemble des publi-
cations de Patrick Villiers, voir le site internet de l’Université du Littoral-Côte d’Opale
(ULCO).
7
villiers.indd 7 3/05/12 10:12:57public puisque sa mère était assistante sociale-chef à l’Éducation
Nationale, conseillère du recteur de l’académie d’Orléans-Tours,
et son père instituteur, puis professeur de mathématiques au lycée
professionnel automobile de Saint-Jean-de-la-Ruelle. Le collier de
barbe connote peut être aussi celui de l’instituteur ou du professeur
de la République, réprimé sous l’Empire, mais bien connu des baby
boomers puisqu’il ornait le menton de nombre de nos maîtres d’école
et des PEGC qui furent parmi nos collègues, à nos débuts dans le
métier d’enseignant.
Patrick fut d’abord dans son enfance un « marin d’eau douce » qui
naviguait en canoë dans la « rivière des Eaux bleues », résurgence
issue des nappes phréatiques de la Beauce, et qui se jette dans le
petit cours d’eau alimentant le moulin de son grand-père dans le
village de Tavers (Loiret), à 30 km d’Orléans. Le nom de ce charmant
ruisseau qui fue paisiblement vers la Loire en traversant une forêt
aux allures de mangrove était déjà tout un programme pour le
garçon qu’on imagine jouant au corsaire, ou au pirate, dans cet
entrelacs de bras d’eau, paysage de bayou tempéré : baptisé le Lien
par la géographie c’était plus simplement le Ru pour les gens du
pays. À partir de 19 ans, Patrick fait l’expérience de la navigation à
voile en mer à l’école de l’archipel des Glénan, avant de passer tous
les grades de cette marine de plaisance : stagiaire, moniteur, chef de
centre à Penfret puis à l’île d’Arz dans le golfe du Morbihan. Mais
c’est comme simple matelot que la Marine l’accueille pour effectuer
son service militaire.
Patrick n’est pas seulement « marin d’archives », selon l’expression
de son ami André Zysberg. Il a choisi l’acronyme de « Vilmarin » pour
son adresse électronique, afn d’affrmer que pour bien comprendre
les questions de navigation commerciale ou guerrière il faut bien les
connaître et les aimer comme le plus humble des matelots. Au sortir
de Mai 68, la passion et l’expérience de la mer amènent l’étudiant
parisien qu’il est devenu à concilier marine et histoire. Patrick
Villiers s’applique à travailler dans chacune des grandes périodes
de l’histoire avec de grands maîtres de la discipline : il rédige à
l’Université de Paris 1 Sorbonne sous la direction du professeur Joël
Le Gall un mémoire de licence sur la marine des Romains ; un autre
sur la marine de Loire au Moyen Âge dirigé par le professeur Jean
Favier et enfn son mémoire de maîtrise sur le commerce colonial
à Nantes, Bordeaux et La Rochelle, avec le professeur Pierre Vilar
(1906-2003, disciple d’Ernest Labrousse), mais tutoré dans les faits
par Étienne Taillemite (1924-2011), alors conservateur des Archives
8
villiers.indd 8 3/05/12 10:12:57de la Marine. Il est reçu à Science-Po Paris en 1971, et débute sa
thèse de troisième cycle sous la direction de Jean Delumeau,
tout en préparant le CAPES de sciences économiques et sociales
qu’il obtient en juillet 1972. C’est aussi l’année de son mariage et
de la naissance de sa flle aînée, suivie d’un fls en 1975 et d’une
flle cadette en 1984. Patrick est alors un des rares professeurs du
secondaire de sa spécialité à être autorisé par l’Inspection à donner
des cours d’histoire en classe préparatoire tandis qu’il est chargé de
cours à l’Université d’Orléans pendant plus d’une décennie.
Deux orientations principales président dès l’origine à ses
recherches : l’histoire navale et l’histoire maritime entendue comme
celle de l’économie et des politiques maritimes de la monarchie
française. La technologie du navire et l’art de faire naviguer les
lougres, les frégates, les vaisseaux et autres brûlots, la bataille
navale, les dynamiques portuaires, le commerce colonial, les convois
atlantiques et la guerre de course dans toutes ses dimensions,
voilà ce qui le passionne dès 1975 et va l’occuper dans toutes les
archives de France pendant les 36 ans de sa carrière d’enseignant
et de chercheur ; en fait, les 36 premières années de croisière dans
les archives maritimes et coloniales qu’il poursuit aujourd’hui avec
le même enthousiasme, après l’avoir communiqué à nos étudiants
pendant deux décennies.
La première étape fut marquée en 1975 par la soutenance d’une
thèse de troisième cycle en histoire devant l’université de ParisI :
Le Commerce colonial atlantique et la guerre d’Indépendance (1778-
11783), préparée sous la direction du professeur Jean Delumeau .
Il y compare trois ports appartenant à la même façade atlantique :
Nantes, La Rochelle et Bordeaux en temps de guerre et étudie le
rôle largement inconnu de la marine royale dans la protection
du commerce colonial. La thèse est éditée aux États-Unis en 1976
à New York et reçoit la même année une médaille de l’Académie
de Marine. Sous la direction du professeur Jean-Claude Perrot,
de Paris I, qui avait succédé au prDelumeau nommé au
collège de France, la deuxième grande étape a consisté à étendre le
champ de recherches dans le temps et dans l’espace en remontant
jusqu’à Louis XIV et en étudiant les ports de Dunkerque à Bayonne,
mais aussi à élargir la problématique en incorporant la guerre de
course et la marine de guerre tant dans sa construction que dans son
emploi à la mer. C’était le temps où la préparation de la thèse d’État
1. Le commerce colonial atlantique et la guerre d’Indépendance des États-Unis d’Amérique 1776-
1783, New-York, Arno Press, 1976.
9
villiers.indd 9 3/05/12 10:12:57consistait en un approfondissement des recherches de la thèse de
troisième cycle. Au cours de ces quinze années, Villiers participe aux
colloques internationaux d’histoire maritime et publie des études
sur la guerre de course, la stratégie de la marine et les constructions
er.navales de Louis XIV à Napoléon I Ainsi, les deux thèses de Patrick
Villiers ont contribué, tout en renforçant la connaissance de l’histoire
navale traditionnelle, à ouvrir la voie à une économie politique des
enjeux maritimes en temps de guerre et de paix.
En bon économiste il étudie aussi le problème du proft, et
notamment celui du commerce négrier, ce qui l’oblige à considérer
l’histoire coloniale de la période moderne, devenue depuis
« ultramarine » et donc sujette à plaire à ce « vil marin ». Le bonheur
de la découverte de sources nouvelles et des opportunités d’édition
lui permettent de publier le journal de bord du négrier bordelais La
1Licorne , travail qui lui vaut sa seconde médaille de l’Académie de
Marine en 1983.
Essentielle aux antiquisants et aux médiévistes, l’archéologie était
une escale moins fréquentée par les modernistes et en particulier
l’archéologie navale. À la demande de J. P. Debbane, l’ancien éditeur
des Quatre Seigneurs, Patrick prépare l’édition d’un ensemble de
plans de vaisseaux, frégates et autres du temps de Louis XVI, qui
donne lieu en 1985 à un coffret de 50 plans suivis en 1986 d’un
ouvrage de 450 pages sur la Marine de Louis XVI, de Choiseul à
2Sartine . L’ambition de cet ouvrage était double : atteindre la rigueur
scientifque et viser le grand public alors en proie à un engouement
nouveau pour la patrimoine naval qui annonçait l’aventure
aujourd’hui aboutie de la frégate l’Hermione. Mais cette lisibilité
toujours utile à l’institution universitaire ne devait pas estomper les
exigences de l’étude scientifque vers laquelle le professeur Perrot le
ramena en l’incitant à terminer la rédaction de la thèse d’État. Dans
ce travail intitulé Marine royale, corsaires et trafc dans l’Atlantique de
Louis XIV à Louis XVI, Villiers examine les multiples facettes de la
politique maritime et coloniale en temps de guerre, en privilégiant
les grands thèmes que sont la politique budgétaire, la politique
navale et le rôle du progrès technique dans la conduite de la guerre
sur mer. Il y montre comment les villes maritimes et les milieux
coloniaux réagissaient face à la guerre et tentaient plus ou moins
d’arbitrer entre course et navigation en convois.
e1. Traite des noirs et navires négriers au XVIII siècle, Grenoble, Karthala 1982.
2. La Marine de Louis XVI, de Choiseul à Sartine, Grenoble, J.P. Debbane 1985.
10
villiers.indd 10 3/05/12 10:12:57L’étude des budgets montre que la marine française a toujours
été en infériorité numérique par rapport à l’Angleterre. Dès lors
se posait la question de son utilisation et de sa stratégie. Pour
les négociants armateurs, le choix demeurait diffcile entre les
contraintes de la navigation en convois et le pis-aller de la course.
Colbert, considéré comme un grand penseur du maritime, ne
semble pas avoir vraiment perçu le rôle du commerce colonial
et porte ses efforts vers la reconquête de la Manche et, dans une
moindre mesure, la façade française de la mer du Nord, longtemps
négligée. C’est aux Pontchartrain, mais surtout à Maurepas, qu’il
revient d’avoir compris le rôle primordial de ce commerce colonial
en temps de guerre : il permet de fnancer la poursuite de la guerre
et de préférer la politique des convois à celle des batailles navales,
toujours hasardeuse.
Dès lors se pose la question des types de vaisseaux à adopter. De
Louis XIV à Napoléon III, la France a fait le choix de l’innovation
technologique de pointe et ses vaisseaux ont été reconnus comme
les meilleurs du monde. Les Provinces-Unies puis le Royaume-
Uni frent pour leur part le pari de la supériorité numérique
avec des navires souvent moins performants mais toujours plus
nombreux. La bataille navale était toujours imposée par l’ennemi :
de la défaite des Cardinaux jusqu’à celle de Trafalgar, la marine
française choisit une stratégie périphérique avec ou sans l’appui
d’une puissance alliée, le plus souvent l’Espagne. Il en résulte de
multiples batailles navales secondaires qui permettent à la France
de remporter quelques victoires repoussant la défaite fnale. La
guerre d’Amérique constitue dans ce cadre une exception majeure :
la victoire de la Chesapeake est extraordinaire puisqu’elle combine
admirablement débarquement et bataille navale pour amener la
victoire de Yorktown. La thèse soutenue en Sorbonne avec les plus
hautes mentions en avril 1990, fut publiée en février 1991 avec
1l’appui de la Société d’histoire et d’archéologie de Dunkerque , et,
dans une tradition désormais bien établie, a reçu la médaille de
l’Académie de Marine en 1992.
C’est donc un enseignant rompu à la recherche qui – se tournant
vers les « agréables estrans » évoqués par les pasticheurs de notre
exergue – est élu maître de conférences d’histoire à l’Université de
Lille III, tout en étant chargé de cours à l’Institut d’Études Politiques
de Lille de 1991 à 1993. Il est ensuite nommé professeur d’histoire
1. Marine royale, corsaire et trafc dans l’Atlantique de Louis XIV à Louis XVI, Dunkerque, Société
dunkerquoise d’histoire et d’archéologie, 1991.
11
villiers.indd 11 3/05/12 10:12:57moderne en septembre 1994 au sein de la toute jeune Université du
Littoral, devenue aujourd’hui Université du Littoral-Côte d’Opale.
Il y met en place avec ses collègues la licence, la maîtrise d’histoire
et le DEA (Diplôme d’Études Approfondies), formations habilitées
avec les université d’Arras (Université d’Artois) et d’Amiens,
et, depuis 2004, des masters en histoire. Depuis 1996 il dirige le
laboratoire d’histoire de l’Université baptisé CRHAEL (Centre
de Recherches en Histoire Atlantique et Littorale), aujourd’hui
1composante du laboratoire HLLI . D’abord jeune équipe puis équipe
d’accueil le CRHAEL regroupe 11 enseignants chercheurs et doit
promouvoir une discipline en plein essor mais encore, à l’époque,
peu coordonnée : « l’histoire maritime ».
Le CRHAEL organise un premier colloque en 1994 sur Le
transmanche et l’histoire maritime publié dans un numéro spécial de la
Revue du Nord, et le second en 1997 sur La pêche en Manche et Mer du
e eNord, XVIII-XX siècle, publié en 1999, puis en 2002 deux colloques
sur Jean Bart et en 2004 : Le sentiment de l’honneur en France des années
1780 à nos jours dans le cadre du bicentenaire de la création de la
Légion d’Honneur. Ces manifestations, avec deux autres consacrées
au Premier et second Empires, ont permis de donner au laboratoire
une « lisibilité » locale dans une région très riche d’histoire et où les
sociétés académiques connaissaient un renouveau le plus souvent
imputable à l’adoption des bonnes pratiques apprises à l’Université.
Ce mouvement vers la qualité des travaux d’histoire académique
est une de nos missions et Patrick l’a menée avec ses étudiants
de Boulogne, Dunkerque, Calais, Saint-Omer et de leurs pays
circonvoisins, tout en maintenant le lien avec des étudiants issus de
son terroir d’origine : Orléans, la Sologne ou le Pays nantais. Ce sont
souvent les effuves atlantiques qui préoccupent les membres des
2Études ligériennes , comme en témoignent plusieurs papiers de ce
volume. L’histoire maritime n’est pas seulement celle des hommes
en mer mais aussi celle des rapports complexes que les arrière-pays
(hinterlands) entretiennent avec les fux maritimes.
Patrick ne rechigne d’ailleurs pas à porter la bonne parole de
l’histoire scientifque dans des localités que d’aucuns trouveraient
improbables comme Le Portel ou Saint-Folquin, et de collaborer à
des revues grands publics dont les sièges sociaux sont boulonnais
comme Aventures de l’Histoire ou Navires et Histoire. Sur ce littoral
1. Histoire, Langues, Littératures, Interculturel rassemble les chercheurs en Sciences
Humaines et Sociales de l’ULCO.
2. V (Patrick), Une Histoire de la Marine de Loire, Tours, Grandvaux, 1996.
12
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erliislnordiste où la culture fut longtemps en « front pionnier », nous
faisons le lien avec les lieux d’histoire arrageois, lillois, parisiens
et au-delà. Pour Patrick c’est l’Académie de Marine ou la Société
Française d’Histoire Maritime (SFHM), dont il a été vice-président
et aujourd’hui trésorier. D’ailleurs, nombre de ceux que Napoléon
appelait les « notables de provinces », notaires, banquiers,
industriels, professeurs de chirurgie ou de médecine, vétérinaires,
capitaines au long cours et pilotes maritime, et jusqu’aux amiraux
ou généraux ont fait avec Villiers l’expérience de la recherche
universitaire à des degrés divers, la plupart du temps en master,
et quelquefois – ce fut le cas du professeur de Chirurgie Alain
Mousnier-Kuhn – depuis la première année d’histoire jusqu’à la
1soutenance de thèse .
Cette aventureuse croisière de recherche en histoire maritime,
« Vilmarin » l’a abordée au milieu des années 1970, époque où elle se
confondait avec l’histoire navale, c’est-à-dire l’histoire de la guerre
sur mer. Mais, économiste de formation, on a vu qu’il s’est appli-
qué à joindre l’analyse des problèmes du civil et du militaire, du
métropolitain et du colonial, des ressources humaines et des objets
technologiques, alors que dans l’Université régnait plutôt une sépa-
ration des territoires de chacun, par des cloisons étanches. Ce que
nous revendiquons aujourd’hui comme « histoire maritime » n’est
pas une méthodologie mais le résultat de l’ouverture de ces cloi-
sons isolant toutes les histoires, en les focalisant sur le rapport à
la mer dans ses dimensions. L’histoire de l’économie mari-
time est depuis longtemps considérée dans le monde britannique
comme une discipline à part entière parce que l’héritage du ship-
ping britannique est une évidence nationale et internationale. En
France, le « déclinisme », les lamentations sur un « mal français »
ont fait que le rapport à la mer a longtemps été complexe, méprisé
2ou carrément dénié .
La formation récente de deux institutions a été fondamentale
dans la structuration du champ de recherche : le CRHAEL a été
3attaché dès l’origine à la Société Française d’Histoire Maritime
pour la recherche érudite ouverte sur le grand public, et au Groupe
1. M -K (Alain), Les services de santé militaires français pendant la conquête du Tonkin
et de l’Annam, 1882-1896, Paris SHD, 2005.
2. B (Christian), « Est-il possible de dissiper l’inconstance des Français vis-à-vis de la
mer ? », dans Les passions d’un historien. Mélanges en l’honneur de Jean-Pierre Poussou, Paris,
Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, 2010, p. 527-535.
3. La SFHM publie la revue Chronique d’histoire maritime et le site internet : www.sfhm.asso.fr
13
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cuntnohihureeu1d’Intérêt Scientifque (GIS) d’histoire maritime pour l’Université.
Chacune à leur manière ont permis d’établir le lien, plutôt équilibré
dans le monde britannique, entre le Naval (marine de guerre) et le
Merchant (marine de commerce), sans négliger construction navale
2et pêche . Restent à continuer à développer sur tous les secteurs du
maritime ces problématiques dont Patrick a été un des pionniers,
celles qui réféchissent sur les deux domaines à la fois : histoire
navale et histoire maritime, mais aussi celles que le GIS a placées
dans son programme prévisionnel élaboré à partir d’un bilan de la
3discipline . Enfn structurée grâce à l’effort commun, une histoire
maritime « à la française » peut défnir des priorités et espérer
compléter et nuancer celle des mondes britanniques et autres.
Pour terminer, il nous faut remercier les historiennes et historiens
de tous horizons qui ont accepté de bon cœur les rigueurs du présent
recueil : court délai de rédaction et volume réduit des textes. Il nous
faut aussi évoquer la soudaine disparition au cœur de l’été du
regretté Étienne Taillemite à l’âge de 87 ans qui fut, en avril 2011,
l’un des premiers à nous remettre son article dans le format voulu.
Ce grand pionnier du renouveau de l’histoire maritime en France
soutint le CRHAEL dès sa création. En suivant le sillage de celui qui
fut son mentor pour réexaminer, après lui, le dossier biographique
4de La Fayette , Patrick Villiers lui rendra prochainement le plus
amical des hommages.
Christian Borde, Christian Pfster,
novembre 2011.
1. Le GIS d’histoire maritime publie la Revue d’histoire maritime et le site internet : www.
histoire-maritime.org
2. B (Christian), V (Patrick), “France’s North Sea and Channel Coast Fisheries, c.
1700-1848”, s K (David J.), t (Jon Th.), h B K (Ingo), A History of the North
Atlantic Fisheries, vol 1. From Early Times to the Mid Nineteenth Century, Deutsches Schif-
fahrtsmuseum, H. M. Hauschild GmbH, Bremen, 2009, p. 172-193.
3. « La recherche internationale en histoire maritime : essai d’évaluation », n° spécial de la
Revue d’Histoire Maritime. N° 10-11, PUPS, 2010.
4. t M (Étienne), La Fayette, Paris, Fayard, 1989.
14
villiers.indd 14 3/05/12 10:12:58
diereaeoohlyiedrnaitlsirteerrliliÉquipages et États-Majors
de la Marine de guerre
15
villiers.indd 15 3/05/12 10:12:5816
villiers.indd 16 3/05/12 10:12:58Des Ruyter sur les rives de la Méditerranée
e e (fn V -début s.)
Gilbert Buti
Le visiteur qui pénètre aujourd’hui dans le cimetière de La Valette-
du-Var, près de Toulon, a naturellement son regard attiré vers une
tombe relativement imposante par sa taille et surprenante par sa
forme. Le monument funéraire comprend une base parementée
en grand appareil, un piédestal portant des inscriptions sur trois
de ses quatre faces, une large corniche et une colonne, en forme de
pyramide tronquée sur laquelle sont gravées des armoiries, et qui
est surmontée d’une croix de pierre.
La curiosité, qui conduira sans nul doute le visiteur à sa
proximité, lui fera découvrir sur le piédestal l’identité des défunts
auxquels ce monument est dédié à savoir :
« Ci-Git
Jean-Paul de RUYTER, Capitaine de port à Marseille, chevalier
des ordres Royaux et militaires de St-Louis et de la Légion d’honneur.
Né le 7 novembre 1779, décédé le 15 juillet 1834, il fut homme de
bien, bon militaire et offcier plein d’honneur.
La Dame Marie Françoise Adélaïde Elizabeth OLIVE FILLOL la
veuve morte dans l’année du deuil repose à côté de lui
Jh Sérès f. ».
Ruyter et Marseille. L’association peut surprendre. Le patronyme,
en rien provençal, a une forte résonnance maritime éloignée du grand
port méditerranéen. Comment expliquer la présence doublement
énigmatique dans cette petite ville d’un marin dont le nom renvoie
à de lointains faits d’armes et aux mers d’Europe septentrionale ?
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iiixxxLe monument funéraire de Jean-Paul de Ruyter à La Valette-du-Var
(cliché de l’auteur)
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villiers.indd 18 3/05/12 10:12:58Le premier maillon d’une présence ancienne
Le premier Ruyter qui apparaît localement n’est autre que le
fameux amiral hollandais Michiel-Adriaensz de Ruyter, venu à
1Toulon en 1657 pour y régler une affaire de prise . En février de cette
année-là, l’escadre hollandaise s’était emparée de deux bâtiments,
le Régine, 650 tonneaux et 38 canons, et le Chasseur, 450 tonneaux
2et 28 canons . Ces captures provoquèrent une vive tension entre
la France et les Provinces-Unies car les deux états étaient alors en
paix. Aussi, le 30 juillet 1657, à la suite de diverses tractations, les
prises, considérées dans ce contexte comme « mauvaises », furent
restituées par l’amiral de Ruyter venu à Toulon accompagné d’une
3douzaine de navires de guerre .
Ce n’est pourtant pas à ce visiteur éphémère, au « plus grand
capitaine qui ait jamais été à la mer » – aux dires de Colbert – que
nous devons afflier Jean-Paul de Ruyter qui est enseveli à La
Valette. C’est un autre marin, contemporain de l’amiral hollandais
et au lien de parenté toutefois ignoré avec celui-ci, qui paraît être
le premier maillon de la chaîne provençale à laquelle il se trouve
rattachée. Il s’agit de son arrière grand-père, prénommé également
Jean-Paul, né à Rome mais « originaire de Flandre », lieutenant de
frégate à Brest en janvier 1692, enseigne de vaisseau en janvier 1695,
lieutenant de vaisseau en janvier 1703 et mort en 1729 en service, à
Toulon ; il a fréquenté le port de guerre provençal bien avant la date
de sa disparition dans la mesure où il s’est marié non loin de là, à
Hyères, en août 1698, à Thérèse Cordeil de Tamagnon, flle d’Etienne
4et de dame Moreau . De cette union sont connus deux enfants nés à
Toulon : le premier, Jean-François, en 1699, le second Joseph-Marie,
5en 1707, dit « originaire de Hollande » .
1. G (Hubert), L’amiral De Ruyter au combat (1607-1676), Paris, Économica, 1992.
2. B G (Jan), « Les opérations militaires en Méditerranée des fottes de combat des
Provinces-Unies sous le commandement de l’amiral Michiel Adriaanszoon de Ruyter
(1644-1676) », dans l (A.) et V -G (C.), Stations navales et navigations
organisées en Méditerranée, Toulon, La Nerthe, 2004, p. 299-312.
3. Sur ces prises et restitutions voir B (R.), « De Ruyter et la campagne de 1657
contre les corsaires français », à paraître.
4. Tamagnon est un domaine situé entre Toulon et Hyères. Un arrêt de la Cour d’Appel
d’Aix en date de 1851 mentionne, sans fournir d’acte de naissance, que « noble Jean-Paul
de Ruyter était fls de noble Pierre de Ruyter ». L’arrêt est signalé par d V (Emmanuel),
« Les Ruyter au service de la Marine française », Bulletin de l’Académie du Var, 1956,
p. 229.
5. Afn de ne pas démultiplier les références, signalons que pour les baptêmes, mariages et
sépultures on se reportera aux registres paroissiaux déposés aux Archives municipales de
Toulon et de La Valette du Var (GG).
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Pierre de Ruyter
marié à
?
Jean-Paul de Ruyter
( Rome, 1658 - Toulon, 1729)
marié à Hyères (1698) à
Thérèse Cordeil de Tamagnon
Jean-François de Ruyter Joseph-Marie de Ruyter
(Toulon, 1699 - ?) (Toulon, 1707 - Toulon, 1753)
marié à Toulon (1741) à
Marie Agnès Monier
Marie-Thérèse Joseph-Marie Louis-François Anne Louis-Joseph de Ruyter Antoine-Claude Jean-Paul François-Auguste Joseph-Bruno
(1742-?) (1743-?) (1743-?) (1744-?) (Toulon,1746 -1792 ) (1748-?) (1748-1830) (1749-?) (1750-?)
marié (où?, en ?) à
Victoire Magdeleine Benoist de Carqueiranne
Jean-Paul de Ruyter
(Toulon, 1779 - La Valette du Var, 1834)
marié à Kingston (1801) à
Marie Françoise Adélaïde Elisabeth Olive Fillol (Marseille, 1786 - La Valette du Var, 1835)
Généalogie simplifée de Jean-Paul de Ruyter (1779-1834)eDes Ruyter à Toulon au XVIII siècle
Des Ruyter sont désormais établis à Toulon où Joseph-Marie
effectue une longue carrière dans la marine royale. Ses états
de service le signalent comme garde-marine en 1724, garde du
pavillon en 1728, brigadier en 1731, enseigne de vaisseau en 1733
et lieutenant en 1741 ; il a effectué neuf campagnes et pris part à
plusieurs combats dont ceux contre les Anglais à Quiberon en
1740, sur le Diamant, puis à Toulon en 1744 à bord du vaisseau le
Saint-Esprit. En 1741, par son mariage à Toulon avec Marie-Agnès
Monier, flle de feu François, avocat et procureur du roi, Joseph-
Marie Ruyter consolide sa présence dans le grand port de guerre et
son ancrage dans la société locale car, à la suite de cette union, il est
allié à l’infuente famille du capitaine de vaisseau Jacques-Gabriel
1de Burgues de Missiessy, noble et offcier d’épée .
Néanmoins, le couple de Ruyter-Monier se trouve impliqué à
plusieurs reprises dans des affaires de contrebande de vin entre
2Hyères et Toulon . À la mort de l’époux, en mars 1753, la veuve,
chargée de neuf enfants et qui ne dispose que de « très peu de biens »,
paraît continuer « dans la douce habitude de frauder » jusqu’à la
confscation des tonneaux, de la charrette et des mulets utilisés
3dans ce trafc illicite . Toutefois, en invoquant ses diffcultés et en
dissimulant les propriétés que lui laissèrent son père et son mari,
elle reçut un soutien fnancier de la ville de Toulon et une pension de
l’État obtenue à la suite d’une demande de secours où elle rappelait
les mérites militaires de son défunt mari « descendant du fameux
4Ruyter, amiral de Hollande ». Ce qui a peut-être impressionné les
bureaux versaillais, mais qui reste à éclaircir…
Deux des fls de Joseph-Marie bénéfcièrent de ces secours et
entrèrent dans la Marine : Louis-Joseph, né en 1746, et Jean-Paul
en 1748. Les vingt-deux années de service de ce dernier – dit, dans
la Marine, Ruyter-Warfusée ou Warfuse – furent particulièrement
mouvementées avec seize campagnes de guerre marquées par de
nombreux combats : Larache, Corse, Rhode-Island, La Grenade,
Savannah, La Praya, Gondelour ; des campagnes dans l’océan
1. V G -F (Michel), Toulon, port royal (1481-1789), Paris, Tallandier, p. 143.
2. Fraude réalisée à partir du domaine de Tamagnon qui jouxte le terroir de Toulon protégé,
edepuis le XIII siècle, par une interdiction d’y faire entrer du vin produit par des « vignes
extérieures à la viguerie ».
3. Archives municipales de Toulon, FF 119. Procès au sujet du droit de rève sur le vin.
er4. AN, Marine C7-289. Demande de secours adressée au roi le 1 avril 1753, cité par d V
(Emmanuel), art. cit., p. 232.
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