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Histoire politique du royaume d'Ugarit

De
308 pages
Les ruines de la ville antique d'Ugarit et des sites voisins ont livré une masse considérable d'objets et de documents qui ont permis d'écrire l'histoire d'un royaume syrien à l'époque du Bronze récent. Mais la découverte la plus importante sur le plan de la philologie et de l'histoire de l'écriture a été celle de tablettes inscrites en langue ougaritique et en cunéiformes consonantiques. Ce livre relate l'histoire politique du royaume d'Ugarit en tenant compte des découvertes récentes et en la replaçant dans le cadre de l'histoire de l'Orient ancien.
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HISTOIRE POLITIQUE DU ROYAUME D'UGARIT

Reproductions de la couverture. La déesse KU BABA (Dessin de V. Tchernychev), Archéologie XI (J.M. Lartigaud)

Directeur de publication: Michel Mazoyer Directeur scientifique: Jorge Pérez Rey

Comité de rédaction Trésorière: Christine Gaulme Colloques: Jesus Martinez Dorronsorro Relations publiques: Annie Tchemychev Directrice du Comité de lecture: Annick Touchard

Comité de lecture Brigitte d'Arx, Maire-Françoise BéaI, Olivier Casabonne, François- Marie Haillant, Germaine Demaux, Frédérique Fleck, Hugues Lebailly, Eduardo Martinez, Paul Mirault, Anne-Marie OehlschUiger, Nicolas Richer, Francisco de la Rosa, Germaine Servettaz Ingénieur informatique Patrick Habersack (macpaddy(Q),free.fr)
Comité scientifique

Pierre Bordreuil, Nathalie Bosson, Dominique Briquel, Gérard Capdeville, René Lebrun, Florence Malbran-Labat, Michel Mazoyer, Dennis Pardee, Nicolas Richer Avec la collaboration artistique de Jean-Michel Lartigaud et Vladimir Tchernychev Ce volume a été imprimé par @ Association KUBABA, Paris

Collection KUBABA Série Antiquité XI

JACQUESFREU

HISTOIRE POLITIQUE DU ROYAUME D'UGARIT

Association KUBABA, Université de Paris I, Panthéon - Sorbonne, 12 Place du Panthéon 75231 Paris CEDEX 05

L'Harmattan 5-7, rue de l' École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
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www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo. fr (Ç) L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00462-8 EAN : 9782296004627

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Sommaire

Sommaire Introd ucti on Chapitre I : Ugarit entre le Mitanni et l'Egypte (c.1550-1330 av.J.C.) 1 Ugarit et la confédération mitannienne 2 Ugarit et l'Egypte (c.1440-1330 av.J.C.) a) Les débuts de la prépondérance égyptienne b) Ammistamru II (*1) entre Egyptiens et Hittites (1360-1340 av.J.C.) c) Ugarit et le premier« raid» de Suppiluliuma: La lettre EA 45 de Ammistamru II d) L'offensive de Suppiluliuma (the « great (one year) syrian war») et l'incendie du palais d'Ugarit e) La fin de la domination égyptienne et les débuts du règne de Niqmaddu III (c.1340-1330 av.J .C)

Il 15

25 30 30 32 36

43

50

Chapitre II: Les débuts de la domination (c.1330-1315 av.J.C.) 1 2

hittite à Ugarit

3

Le traité Niqmaddu Aziru Le ralliement d ' Ugarit au roi de ijatti et les accords Suppiluliuma- Niqmaddu (c.1330av.J.C.) Les suites du ralliement d' Ugarit au ijatti

55

58 64

Chapitre III : La consolidation du pouvoir hittite et le règne de Niqmepa VI (c.1310-1260 av.J.C.) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Le règne de Arbalbu (c.1315-1310 av.J.C.) Le traité Mursili-Niqmepa (c.1310 av.J.C.) La confirmation des frontières La sécession du royaume de Siyannu-Usnatu et la probable diminution du tribut La nouvelle donne politique et l'offensive de Séthi I en Syrie La bataille de Qades (mai 1274 av.J.C.) et la « lettre du général» Niqmepa VI et ijattusili III La reine Ahatmilku et l'alliance avec l'Amurru Urbi- Tesub en Syrie et à Ugarit ( ?) 69 71 75 76 78 80 87 88 91

Chapitre IV : Le règne de AmmiStamru (c. 1260-1230 av.J.C.)

III

2
3

4

Les débuts du règne et les relations avec les pays VOISIns 95 Les relations avec le « royaume» de 103 Siyannu-Usnatu 106 Les « scandales» de la fin du règne a) L'exil des fils de la reine-mère 106 b) La« fille de la Grande Dame », son « grand péché» et sa condamnation 108 Le poids de la puissance hittite et le rôle de 115 Karkemis

12

Chapitre V : La guerre assyrienne (c.1230-1220 av. J.C.) 1 2 3

et le règne d'Ibiranu

VI

Le roi Ibiranu Siyannu-Usnatu Le conflit avec le roi d'Assyrie Tukulti-Ninurta (c.1230-1223 av.J.C.)

121 124 126

Chapitre VI : Les derniers rois d'Ugarit (c.1220-1185 av.J.C.) 1 Niqmaddu IV (c.1220-1210 av.J.C 2 La reine Sar(y)elli et la régence du roi Ammurapi II 3 Le« cercle de la reine» et les milieux d'affaires à la fin de l'âge du Bronze 4 Le« règne personnel» de Ammurapi II 137 144 152 158

Chapitre

VII:

Les relations

internationales

d'Ugarit

à la fin de

l'âge du Bronze

1 2 3 4 5

6 7 8 9

Ugarit et les autorités hittites Siyannu-Usnatu et Ugarit Ugarit et l'Amurru Qades, Barga, Hazor et Ugarit Les ports de « Phénicie» : Byblos (et Batruna), Beyrouth, Sidon, Tyr et le pays de Canaan Ugarit et l'Egypte Emar, les pays de l'Euphrate et l'Assyrie Alasiya et Ugarit Les pays égéens et Ugarit

165 177 181 184

187 194 200 209 213

13

Chapitre VIII: La fin d'Ugarit 1 2 3 4 5 Les « Peuples de la Mer» Sécheresses et disettes aux alentours de l'année 1200 av.J.C. La lettre de Beya et la chronologie de la crise Les textes d'Ugarit et les derniers jours de la cité La ruine de ijattusa et la ruine d'Ugarit 217 223 228 234 243

Conclusion Chronologie Bibliogra phie Abréviations Cartes

249 259 261 307 313

14

INTRODUCTION
Les campagnes de fouilles menées à partir de 1929 par C.F.A. Schaeffer et ses collaborateurs sur les sites voisins de Ras Shamra et de Minet el-Beida, au nord du grand port syrien de Lattaquié, ont abouti en quelques années à la découverte d'une importante cité de l'âge du Bronze, Ugarit, sur le tell de Ras Shamra, et de son avant-port, Ma'badu, à Minet el-Beidal. L'ouverture d'un chantier public sur le promontoire de Ras Ibn Hani, situé à quelques kms au sud-ouest, a fourni l'occasion à une mission franco-syrienne de mettre à jour, à partir de 1979, deux palais contemporains des bâtiments «récents» fouillés sur le site principal. Les ruines de la « capitale» et de Ras Ibn Hani (très probablement l'antique Resu)2, temples, palais et demeures de notables abritaient des milliers de tablettes et de fragments couverts de signes cunéiformes. Les textes rédigés en akkadien (assyro-babylonien), langue dont les spécialistes avaient percé le secret depuis des lustres, ont été traduits les premiers et ont rapidement permis de retracer I'histoire des deux derniers siècles de la cité3. D'autres ont révélé l'existence d'un alphabet cunéiforme consonantique, utilisé pour rédiger des textes en ougaritique, la langue sémitique occidentale (proche de I'hébreu et du phénicien) qui était celle du peuple d'Ugarit4. Quelques tablettes écrites en hittite (nésite), en hourrite ou en cypro-minoen ainsi que de rares inscriptions
1 Schaeffer, 1929, 289-297, puis rapports annuels dans la même revue (Syria) ; 1948,8-39 (stratigraphie du site) ; 1939-1978, Ugaritica I-VII (éd.); 1955-1970, PRU II-VI (éd.) 2 Astour, 1981a, 10; van Soldt, 1999, 771-773 ; Na'aman, 2004, 33-39 ; cf Bounni, Lagarce, 1. et E., 1998 3 Schaeffer, 1939,168-203 : bibliographie des travaux de nombreux savants, Albright, Bauer, Dhorme, Dussaud, Virolleaud, etc., consacrés aux premières publications de textes et au déchiffrement de r ougaritique ; Nougayrol, 1955, PRU III; 1956, PRU IV; 1968, Ug V, 1-446; 1970, PRU VI (textes akkadiens) ; Lackenbacher, 2002, Textes Akkadiens d'Ugarit (TAU) 4 Virolleaud, 1955, PRU II ; 1960, PRU V (textes alphabétiques) ; éditions du corpus alphabétique: Gordon, 1947 (UH); 1965 (UT); Herdner, 1963 (CT A); Dietrich, Loretz, Sanmartin, 1976 (KTU) ; 1995 (CA T=KTU2)

hiéroglyphiques égyptiennes, montrent qu'il a existé à Ugarit, à certaines époques, des« colonies» d'étrangers, formées surtout de marchands et de dignitaires originaires des pays voisins et en particulier du Ijatti au cours de la période de domination hittite, au XIVème et au Xlllème siècle av.l.C. , ce qui est bien attesté à la fois par les textes akkadiens et ougaritiques5. La documentation retrouvée à Ras Shamra et, secondairement, à Ras Ibn Hani, a révélé, au moins dans ses grandes lignes, I'histoire de l'une des principautés syriennes qui ont joué un rôle important dans la vie politique, diplomatique et économique de l'Orient ancien à l'âge du Bronze et qui ont été l'enjeu des rivalités entre les grandes puissances, Egypte, Mitanni, Ijatti et Assyrie, du XVème au début du Xllème siècle avant notre ère. Baigné à l'ouest par la Méditerranée, le royaume d'Ugarit s'étendait vers l'est jusqu'à la dépression marécageuse du Ghâb et jusqu'aux crêtes difficilement franchissables du lebel Ansariyé. Vers le nord la zone montagneuse du lebel Akra (le mont Casius), domaine du dieu de l'orage, Ba'al (Adad/Haddu), séparait le pays d'Ugarit du royaume voisin du Mukis (la plaine d'Amuq)6. Au sud les rois d'Ugarit ont longtemps étendu leur domination sur la petite principauté vassale de Siyannu-Usnatu qui les séparait du vaste royaume de l' Amurru couvrant une partie de l'actuel Liban7. Au total plus de 2000 km2 pour l'Ugarit proprement dit (sans Siyannu-Usnatu), dont l'étendue était comparable à celle du Mukis. Le tell de Ras Shamra occupait une superficie d'un peu plus de 22ha, très proche de celle de la cité d'Alalau (tell Açana), la capitale du Mukis. Il est donc probable que les calculs portant sur la démographie antique, qui bénéficient à Alalau de l'existence de nombreux « census », doivent aboutir à des résultats proches en ce qui concerne les deux états voisins. Il est dans ces conditions
5 Laroche, 1955, 323-335 ; 1968, 447-554 (textes hourrites) ; 1956, 97-160 (sceaux et hiéroglyphes hittites) ; 1968, 769-772 (textes hittites) ; Masson, O., 1956, 233-250 ; Masson, E., 1974, passim (textes cypro-minoens) ; Dietrich, Mayer, 1999, 58-75 (textes hittites et hourrites) ; cf. Salvini, 1995, 89-97 6 Astour, 1981a, 7-9 (carte p.12); van Soldt, 1997,683-703 (carte p.703) 7 Astour, 1979, 13-28 (Siyannu-Usnatu); Singer apud Izre'el, 1991, 134-195 (histoire de l'Amurru)

16

raisonnable d'admettre que l'Ugarit comme la plaine d'Amuq (le cœur du Mukis) avaient à l'âge du Bronze Récent une population de villageois, de citadins, de semi -nomades (les Sutu) et de « déclassés» (les babiru) comprise entre 30000 et 50000 habitants dont un sixième environ (de 5000 à 8000 personnes) était installé dans la capitale8. Bien située à l'extrémité occidentale de la route qui menait du coude de l'Euphrate, vers Emar, à la côte méditeITanéenne, Ugarit contrôlait une partie importante du trafic en direction ou en provenance de la Mésopotamie, d'Alasiya (Chypre), de Kaptara (la Crète) et de l'Egypte dès l'époque du Bronze Moyen (c.2000-1550 av.J.C.). La cité possédait certainement alors une chancellerie et des scribes capables de maîtriser l'écriture cunéiforme et la langue akkadienne, devenues les grands moyens de communication entre les pays lettrés de l'Orient asiatique. Aucun document écrit de ces temps anciens n'a jusqu'à présent été retrouvé à Ras Shamra alors que quelques-uns ont été découverts ailleurs en Syrie-Palestine9. Mais le développement spectaculaire de l'urbanisation de la ville et la construction d'un puissant rempart au XIXème siècle avant notre ère ont accompagné le développement du trafic et des relations diplomatiques avec les cités mésopotamiennes et le royaume de Yambad (Alep) à l'est et avec Chypre, la Crète et l'Egypte à l'ouest et au sud. La trouvaille de statues égyptiennes volontairement mutilées ou mises en pièces, dont deux sphinx du pharaon Amenemhet III, qui a régné de 1853 à 1806/1805 av.J.C. (selon von Beckerath)lO, des statuettes de pierre noire, la statue du vizir Senwsret-ankh accompagné de sa femme et de sa fille, celle d'une princesse royalell, a alimenté la polémique concernant le caractère de l'influence (ou de la domination) égyptienne sur la couloir syro-palestinien à l'époque de la XIIème dynastie et au début de la XIIIème12. L'étude de la
8

Liverani, 1979, col. 1314-1323 ; 1982,250-258 ; Serangeli, 1978,99-131 Garr, 1987,31-42 9 Horowitz, 1996,268-269 ; Horowitz, Wasserman, 2000,153-158 10 von Beckerath, 1997, table p.189 Il Schaeffer, 1939, 20-25 ; pl.ITI (1/2), IV et V ; fig.ll p.19 et 12 p.20 12

;

Cf. Yon, 1991,275-281 ; Singer, 1999,614-616

17

stratigraphie des couches de débris où ces sculptures ont été découvertes semble bien montrer qu'il ne peut s'agir, comme le voulait Helckl3, d'objets dispersés à l'époque de la domination des Hyksos en Egypte mais bien de «présents» faits aux princes ou aux dieux d'Ugarit par les pharaons contemporainsl4. La ville et son port ont été des centres importants de trafic en direction de la vallée du Nil à l'instar d'autres cités de la région qui ont livré des « aegyptiaca » de la même époque comme le port de Gubla (Byblos) ou Ebla (tell Mardikh) en Syrie 15 intéri eure . Les seuls témoignages écrits concernant Ugarit à l'âge du Bronze Moyen proviennent cependant non de l'Egypte mais de la capitale du grand royaume du moyen Euphrate, Mari, et plus précisément du palais de son roi, Zimri-Lim. Ce dernier avait dû s'exiler à Alep après la mort de son père et l'installation dans sa ville de la dynastie amorrite du roi d'Assur (et de haute Mésopotamie), Samsi-Addu. Devenu le gendre du Grand Roi de Yambad, Yabdun-Lim, qui régnait à ijalab (Alep), Zimri-Lim a profité de la mort de son adversaire pour chasser le fils de celuici et rentrer dans sa capitale avec l'aide de son beau-père. Longtemps allié du roi de Babylone, ijammurabi, il a voulu faire un voyage jusqu'aux rivages de la « mer supérieure», la Méditerranée, pour y accomplir les actes rituels symbolisant la victoire du dieu de l'Orage sur la Mer (Yam, pour les gens d'Ugarit)16. Il ne s'agissait pas pour lui d'une expédition guerrière accomplie à l'imitation des anciens souverains, Sargon d'Akkad ou Naram-Sin, mais plus prosaïquement d'un «voyage d'agrément» effectué à travers des territoires que contrôlait son allié. Accompagné de dignitaires et de son harem, le roi de Mari a longé vers l'amont le cours de l'Euphrate pour gagner par petites étapes Alep puis Ugarit dont on soupçonne que le prince était alors placé sous la dépendance du Grand Roi

13

14 Ward, 1979, 799-806 15 Montet, 1928 (Byblos) 129 (Ebla) 16 Durand, 1993, 41-61

HeIck, 1976,101-114; 1995,87-90; Singer, 1999,614-616
; Scandone-Matthiae, 1984, 181-188; 1989, 125-

18

de Yambad, même s'il n'en était pas formellement le vassal17. On peut fixer la date de ce déplacement à 1765 av.J.C. (en chronologie moyenne)18. L'importance de l'événement sur le plan économique a été aussi grande que sur le plan politique. L'expédition a apporté aux princes qui l'hébergeaient et aux cités qui l'abritaient textiles de qualité, bij oux de lapis-lazuli et surtout de grandes quantités d'étain destinées en partie à des contrées plus lointaines, Qatna en Syrie et la Crète par exemple19. Le métal avait été fourni par les rois élamites Seplarpak d'Ansan et Kudusulus de Suse qui contrôlaient la route de l'étain entre le plateau iranien et la Mésopotamie. Peu de temps après « l'homme d'Ugarit» a fait parvenir à ZimriLim par l'intermédiaire du nouveau roi d'Alep, ijammurapi, fils de Yabdun-Lim, un court message dans lequel il manifestait son souhait de visiter le palais de Mari20. Curieusement ces documents mariotes laissent dans un complet anonymat le roi d'Ugarit qui a été le contemporain des grands souverains de la Mésopotamie d'alors. La découverte à Ras Shamra de plusieurs listes royales et leur publication par Arnaud permettent de donner un nom aux rois d'Ugarit de cette époque, sans pouvoir préciser leur chronologie21. Divers indices laissent à penser que, comme à Babylone ou à Assur par exemple, ce sont alors des clans amorrites qui ont pris le pouvoir dans de nombreuses cités syriennes22. La liste des «ancêtres », réels ou supposés, qui a été pieusement conservée jusqu'à la fin par les souverains d'Ugarit, était destinée au culte des «mânes» des rois défunts23. Les premiers noms se présentent ainsi: 1. Ugaranu 2. Amqunu, c.1800-1780 av.J.C. (selon Arnaud) 3. Rap'anu
17 Klengel, 1997, 365 18 Villard, 1986, 387-412 ; itinéraire et carte p.395 19 Dossin, 1970, 97-106 ; Villard, 1986, 402-407 20 Dossin, 1970, 102 ; Villard, 1986, 410 et nn.160-162 21 Arnaud, 1999, 153-173 22 Cf. « les Ditanu » et les « Rephaïm » des textes rituels 23 Pardee, 1988, 165-178 (RS 24.257) ; 1996a, 273-287

ou mythologiques

19

4.Lim-il-Malik 5.Ammu-harassi 6. Abu-sammar (c.I720-1700)24 Le nom du « fondateur» de la dynastie a vraisemblablement un rapport avec celui de la cité mais il est difficile d'en dire plus. En comptant environ 20 ans par génération selon la proposition de l'éditeur de ces textes il est tentant de faire du dénommé Lim-il-Malik l'hôte et le correspondant du roi de Mari, ZimriLim. Les noms théophores qui incluent celui du dieu Lim étaient en effet particulièrement appréciés à Alep, et secondairement à Mari, au temps de la première dynastie de Babylone. L'apparition dans celui du quatrième roi de la liste ougaritaine de cette personnalité divine conviendrait bien à un « protégé» de Y abdun-Lim de Yambad et à un commensal de Zimri-Lim de Mari. Il est maintenant certain qu'il faut par ailleurs éliminer de la suite des princes de la cité à l'époque paléo-babylonienne le prétendu roi *Puruqqa, qu'un texte d'Alalah VII désigne comme « l'homme (LU) d'Ugarit» et qui n'était en fait que le responsable d'un troupeau de brebis du nom de Burruqu, un homme originaire d'Ugarit, devenu un modeste « intendant» dans le pays voisin du Mukis25. Après Lim-il-Malik (en admettant que celui-ci ait été le contemporain du roi de Mari) une obscurité complète retombe sur la cité d'Ugarit. Les personnages énumérés par les listes ne sont plus pour nous que des noms: 7. Ammistamru l 8. Niqmepa 9. Mabu'u 10. Ibiranu l Il. Ya'dur-'Addul Ebli-Tesub (interpretatio hurritica), qui auraient vécu entre c.I700 et c.I600 av.] .C. Ces règnes correspondent en effet, surtout les derniers d'entre eux, aux «dark ages» de l'Orient ancien asiatique et à la «seconde période intermédiaire» (SIP) définie par les

24 Arnaud, 1999, tableau p.163 25 Kitchen, 1977, pp.134, 137-138 (transcr. et trad. de AT *358)

(listes);

contra

Arnaud,

1997,

153-154

20

égyptologues26. Des envahisseurs, les Hyksos, qui étaient originaires des régions proches de l'Egypte et apparentés aux « Cananéens» et aux autres sémites occidentaux, ont pris le pouvoir dans la vallée du Nil et fondé la XVème dynastie des pharaons vers le milieu du XVIIème siècle avant notre ère. Son grand souverain, Khyan, a établi des relations diplomatiques avec le royaume de ijatti, la Crète minoenne et sans doute aussi avec les cités de Canaan et de Syrie. Un raid mené à partir de l'Anatolie par le roi hittite Mursili I vers 1595 aV.J.C. (en chronologie moyenne) a abouti à la destruction d'Alep, a mis fin à la première dynastie de Babylone et a permis à des montagnards descendus du Zagros, les Kassites, de s'installer, probablement vers 1570, dans la grande capitale de la Mésopotamie du sud pour y fonder le royaume de Kardunias27. Aucun témoignage ne permet cependant d'affirmer, même si on peut le supposer, que les événements dramatiques survenus en Syrie au temps des conquérants hittites, ijattusili I (c.1630-1600 av.JC.) et son petit-fils Mursili I (c.1600-1580) ont eu des répercussions à Ugarit comme dans toute la région. Les Hourrites, de langue « caucasienne », présents depuis longtemps en Mésopotamie du nord, se sont répandus en Syrie au cours de ces «temps obscurs». Ils constitueront à l'âge du Bronze Récent une part importante de la population de la région au témoignage de l'onomastique, à Alalab, à Alep et à Qatna en particulier, mais aussi, dans une proportion moindre, à Ugarit28. La lecture Ebli-Tesup des sumérogrammes« ffiKAR-dISKUR» qui servent à nommer le roi n° Il de la liste des princes de la cité pourrait laisser supposer une rupture à cet endroit du « bordereau des rois divinisés» mais la lecture d'un nom ouestsémitique reste possible, ce qui empêche de conclure29. Des groupes indo-aryens venus d'Asie centrale, parlant une langue proche du sanscrit et entraînés par une classe de
26 Landsberger, 27 Landsberger, 1954,31-43,47-73,106-133 ; Vandersleyen, 1954, 61-72 (<<Eroberung Babylons durch Brinkman, 1976,9-11; Bryce, 2005,97-100 28 Grondahl, 1967, 203-267 29 Arnaud, 1999, 154, fig. p.155 (RS 94.2518) 1995, 120-206 die Kassiten ») ;

21

guerriers utilisant des chars légers, les maryannu (du sanscrit marya, « jeune guerrier»), ont fédéré dans la première moitié du XVlème siècle av.J .C. les principautés hourrites et fondé entre la boucle de l'Euphrate et le cours supérieur du Tigre le royaume de Mitanni, dit aussi ijurri et plus tard ijanigalbat (Naharina pour les Egyptiens), dont tous les souverains porteront jusqu'à la fin des noms védiques30. Des princes de même origine se sont installés dans de nombreuses cités de Syrie et de Palestine, d'Alep à Damas, de Qades à Akko et audelà31. Ugarit a certainement subi les conséquences de ces mouvements de populations et des bouleversements qui en ont résulté dans tous les domaines32. La classe des « maryannu » est devenue un élément important de la population du royaume, même si les obligations guerrières de ces « chevaliers» ont peu à peu évolué, permettant à ses membres, toujours considérés comme des « privilégiés », de s'illustrer dans des activités administratives ou commerciales, sans renoncer à leur fonction militaire33. Mais la lignée des rois d'Ugarit ne semble pas avoir été affectée par les événements, si on en croit du moins la continuité de la tradition dynastique qu'attestent les listes royales. Il faut cependant remarquer que le premier prince d'Ugarit dont on connaisse le nom et qui soit attesté par un document contemporain, a vécu à l'époque de la « confédération mitannienne », à laquelle il se rattachait sans doute d'une façon ou d'une autre. Il est encourageant pour l'historien que ce personnage porte un anthroponyme qui se retrouve de façon récurrente dans la « dynastie» d'Ugarit et que l'on puisse préciser la date approximative de son règne en utilisant les synchronismes fournis par des sources étrangères.

30

Na'aman, 1974, 265-274; Wilhelm, 1982; 1990, passim; Kühne, 1999, 203-221; de Martino, 2000, 68-102; Freu, J., 2003, passim 31 Moran, 1992, index pp.379-396, s.vbis Artamanya, Bayuwa, Biridaswa, Biridiya, Biryawaza, Endaruta, etc. ; Kammenhuber, 1966, passim; Mayrhoffer, 1966, passim; Klengel, 1978, 92-115 ; Liverani, 1978, 149-156 32 Dietrich, Loretz, 1995a, 7-42 33 Dietrich, Loretz, 1966, 188-205 ; 1969/1970, 57-93 (les structures sociales)

22

Liste des rois d'Ugarit 1 Ugaranu 2 Amqunu c.1800 av.J.C. 3 Rap'anu 4 Lim-il-Malik 5 Ammu-harrasi 6 Ammu-samar 7 Ammistamru I c.1700 av.J.C. 8 Niqmepa I 9 Mabu'u l'il 'mph 10 Ibiranu I Il Ya'dur-Addu I Ebli-Tesub (mKAR dISKUR) 12 Niqmepa II c.1600 av.J.C. 13 Ibiranu II 14 Ammurapi I 15 Niqmepa III 16 Ibiranu III 17 Niqmepa IV c.1500 av.J.C. 18 Ibiranu IV 19 Niqmaddu I 20 Yaqaru 21 Ibiranu V 22 Niqmaddu II (==*1) .1400 av.J.C. c 23 Niqmepa V (==*1) 24 Ammistamru II (==*1) 25 Niqmaddu III (==*11) 00. Arhalbu 26 Niqmepa VI (==*11) .1300 av.J.C. c 27 Ammistamru III (==*11) 28 Ibiranu VI (==*1) 29 Niqmaddu IV (==*111) 30 Ammurapi II (==*1) .1200 av.J.C. c Liste établie par D.Amaud à partir des textes syllabiques RS 94.2518 ; 88.2012 ; 94.2528 ; 94.2401 (fragmentaire), et du texte alphabétique (fragmentaire) RS 24.257, in SMEA 41, 1999,153-173, transcription (avec variantes) pp.154-156; fig.l p.155 (RS 94.2518), tableau avec dates p.163.

23

Les dates sont approximatives, calculées à raison de 20 ans par génération, ce qui est un minimum. La nouvelle numérotation des souverains proposée par Arnaud a été adoptée. L'ancienne numérotation est signalée, au besoin, par l'ancien chiffre placé entre parenthèse et précédé de *

La « fête des mânes »~ RS 24.257 (Ugaritica V nOS; CAT 1.113 )34fournit la séquence suivante:
(colonne droite) va 13' : ' il 'm ]ltrnr = n07: Ammistamru 14' : 'il n]qmp' = n08 : Niqlnepa 15' : 'il 'mph = n09: Mabu'u 16' : ' il ' ibm IT : 'il ydrd 18': 'ilnqmp' 19' : 'il 'ibm 20' : 'il 'mrp' = n° 10 : Ibiranu = nOlI: Yadur-Addu =nol2 :Niqmepa 19': 20': 21': 22': 23': (colonne gauche) ['il 'ibm] = n021 Ibiranu 'il nqm]d[ = n022 Niqmaddu 'il nq]mp' = n023 Niqmepa n024 Ammistamru ' il m]ltmr = n]qmd = n025 Niqmaddu 'il = n013 : Ibiranu

= n014 : Ammurapi 21' : 'il nqmp' = n015 : Niqmepa 22' : 'il 'ibm = n016 : Ibiranu

23': 'il nqmp' =noI7: Niqmepa 24' : 'il 'ibm = n° 18 : Ibiranu 25' : 'il nqmd = n019 : Niqmaddu 26' : 'il yqr = n020 : Yaqaru

34

Pardee,

1988, 165-178

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Chapitre

I

Ugarit entre le Mitanni et l'Egypte (c.1550-1330 av.J.C.) 1) Ugarit et la confédération mitannienne

Le sceau dynastique utilisé par plusieurs souverains mitanniens fait d'un dénommé «Sutama, fils de Kirta »35, au nom indoaryen, le fondateur d'un grand royaume, le ijurri/Mitanni, vers le milieu du XVIème siècle avant notre ère36. Mais l'histoire de cet état qui a fédéré les principautés hourrites de la haute Mésopotamie ne nous est connue qu'à partir du « Grand Roi des guerriers hourrites », Barattarna, qui a régné de c.15l 0 à c.1480 av.J .C. A la suite vraisemblablement du raid de Thutmosis I, -un pharaon de la XVIlIème dynastie dont le fondateur, Amosis, avait achevé vers 1540 av.J.C. l'expulsion des Hyksos--, opération menée jusqu'à l'Euphrate vers 1500 av.J.C. et destinée à contrer la poussée hourrito-mitannienne en Syrie, Barattama a favorisé une révolution à Alep et assuré la stabilisation d'un véritable empire s'étendant de la Syrie du nord à la vallée du Tigre. Les textes retrouvés à Alalab (niveau IV) et celui inscrit sur la statue du prince de la cité, Idrimi, fils du roi d'Alep victime de l'action du souverain hourrite, devenu le vassal de Barattama, nous renseignent sur l'organisation de l'état mitannien à cette date et sur quelques grands événements survenus au cours du règne de celui -ce? Il est à peu près certain qu'Ugarit a dû accepter à cette époque la tutelle de ce Grand Roi, comme avait dû s'y résoudre la principauté voisine du Mukis (Alalab). Les accords conclus par Idrimi, puis par son fils et successeur, Niqmepa, avec le « roi» de Kizzuwatna (Cilicie), un ancien allié des Hittites, avec celui de Tunip, leur voisin méridional, et enfin avec le nouveau
35

Kirta, hypocoristique

de Kirta<sura>,

«une divinité l'a fait»;

cf. Freu,

1994,215-216 36 Collon, 1975, n0230 p.l72; Stein, 1989,40-41 et fig.2; Freu, 2003, 37,40 (table) 37 Dietrich, Loretz, 1981, 201-269 (<< Die Inschrift des Statue des Konigs Idrimi von Alalaij »); Bryce, 2005, 117-118

maître d'Alep, Wantarassura, au nom indo-aryen, sans doute un membre de la famille royale mitannienne, montrent que les princes responsables de ces « traités », destinés avant tout à régler des problèmes de voisinage et des procédures d'extradition, étaient les vassaux du Grand Roi hourrite, de Barattama d'abord, puis de son successeur, Saustatar38. Une tablette d'Alalab, AT 4, et une lettre retrouvée à Ugarit, RS 4.449, seul document mis àjour sur le site de Ras Shamra qu'on puisse dater avec une quasi certitude du XVème siècle av.J.C., apportent la preuve que le roi de la vieille cité « amorrite » était entré, lui aussi, dans le cercle des dépendants du roi de Mitanni, ceux qu'ldrimi considérait comme ses « frères », si on en croit l'inscription de sa statue39. Bien que les premières lignes du texte aient disparu dans une lacune, le paragraphe conservé de AT 4 semble montrer, selon l'interprétation convaincante proposée par Arnaud40, que ce document fragmentaire avait conservé les restes d'un message du roi de Mitanni, ou de l'un de ses officiers, adressé au roi de Mukis et concernant l'attitude à adopter envers des gens d'Ugarit dont le prince réclamait l'extradition et que le suzerain des deux parties en cause proposait de traiter avec discernement et de ne pas renvoyer d'office à Ugarit. Au contraire RS 4.449 a préservé le texte intégral de la missive envoyée par un certain Niqmepa à un dénommé Ibira<nu>41. L'expéditeur, après avoir appelé le dieu de l'Orage à protéger la vie de son correspondant, lui réclamait l'extradition d'un homme qui s'était échappé de son palais alors qu'il était détenu pour dette (un talent d'argent) et qui avait provoqué dans sa fuite la perte de trois chevaux. Il ne fait aucun doute, les textes d' Alalab évitant souvent de préciser les titres des protagonistes, que le Niqmepa qui a été l'auteur de la lettre, était le fils et le successeur d'ldrimi sur le trône d'Alalab, dont

38 Wiseman,

1953,26-32 (AT 2-3-4), 57 (AT 101) ; Marquez-Rowe, 1997, 186-196 ; Dietrich, Loretz, 1997, 211-242 39 Dietrich, Loretz, 1981,205 (<< Die Inschrift », lignes 41-42: abbiijI.A...) 40 Wiseman, 32 (AT 4) ; Arnaud, 1997, 156-158 41 Virolleaud, 1936,21-22; Hoftijzer, van Soldt, 1991, 197; Arnaud, 1996, 47-54 ; TAU, 191 et nn.640-643

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on peut dater le règne de c.1470 à c.1450 av.J.C.42. Le nom du destinataire de l'épître doit être lu, comme le suggérait dès 1955 Nougayrol, Ibira<nu>. Il est donc certain qu'un accord concernant ces problèmes, conclu sous l'égide du suzerain hourrite, existait alors entre Ugarit et Alalab et devait contenir des clauses comparables à celles qui réglaient les relations entre les autres pays vassaux du Grand Roi de Mitanni au sujet desquels on possède une documentation, Alalab, le Kizzuwatna, Tunip et Alep43. Par ailleurs il est possible d'identifier les deux correspondants cités par RS 4.449 et de préciser leur chronologie. La chancellerie de Niqmepa d' Alalab, le fils d'Idrimi, a rédigé la plupart des tablettes du niveau IV mises au jour à tell Açana44. Lui-même a été le vassal du roi de Mitanni, Saustatar (c.1480-1460 av.J.C.) et a été le partenaire de Sunassura de Kizzuwatna et d'IR-Tesup de Tunip. Il est donc assuré que son contemporain, Ibira<nu> d'Ugarit, doit se confondre avec le n° 18 de la liste canonique des ancêtres royaux divinisés de cette cité, Ibiranu IV, fils de Niqmepa IV et père de Niqmaddu 1. Les tablettes ne mentionnaient sans doute pas les souverains, frères ou oncles, qui n'appartenaient pas à l'ascendance proprement dite du prince régnant, se contentant de nommer uniquement les ancêtres en ligne directe de ce dernier 45. La tablette RS 4.449 est malheureusement un document unique et l'obscurité retombe sur Ugarit après le roi Ibiranu IV alors que de graves événements venaient bouleverser une fois de plus la situation en Syrie du nord. Le souverain hittite Tutbaliya I est intervenu dans la région, a vaincu les Mitanniens et détruit Alep vers 1460 ou 1455 avant notre ère. Le pharaon Thutmosis III a lutté contre le même adversaire, atteint et traversé l'Euphrate en l'an XXXIII de son règne (1447 av.J.C.), sans parvenir cependant à anéantir son opposant hourrite qui n'a pas tardé à
42 Nougayrol, PRU III p. XXXVI et n.3 ; Freu, 2003, 63 (table) ; cf. Bunnens, 1987, 1-18 43 Marquez-Rowe, 1997, 186-196 (AT 101), p.192; contra Arnaud, 1997, 158 44 Wiseman, 1953, passim; 1954, 1-30 45 Arnaud, 1999, 156 et 158 (absence de Arbalbu dans la liste)

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revenir sur la rive occidentale du grand fleuve et à intervenir dans les principautés de la région malgré l'entente qui semble avoir uni Egyptiens et Hittites contre l'ennemi commun46. Il est maintenant possible de connaître les noms, mais rien de plus, des princes qui se sont succédé sur le trône d'Ugarit alors que se déroulaient ces graves événements. Or le «sceau dynastique» utilisé aux XIVème et Xlllème siècle par les princes de la cité était inscrit au nom de «y aqaru, fils de Niqmaddu, roi du pays d'Ugarit ». On a cru longtemps qu'il s'agissait du fondateur de la famille royale installé à Ugarit et que son père Niqmaddu n'avait probablement pas régné47, conclusions que semblait conforter la lecture de la tablette RS 24.257: 26' (<< fête des Mânes ») où «'il Yqr» (le divin la Yaqaru) est le dernier nom présent sur la colonne de droite. On a donc supposé, et Kitchen a défendu cette thèse dans un long article48, que la série des noms royaux cités par RS 24.257 était rétrograde et que Yaqaru, premier membre de la dynastie, qui se maintiendra au pouvoir jusqu'à la catastrophe finale, à être monté sur le trône du pays d'Ugarit, avait régné, d'après le style de son sceau, à l'époque paléo-babylonienne, idée reprise par Pardee et d'autres spécialistes. La comparaison entre les «bordereaux» RS 94.2518, RS 88.2012 ; RS 94.2528, RS 94.2501 et RS 24.25749 montre qu'en fait ce dernier texte a reproduit une liste canonique identique à celles connues par les autres exemplaires et qu'il faut abandonner la lecture rétrograde des noms inscrits sur cette tablette. Le problème est que Yaqaru n'est plus maintenant que le successeur de Niqmaddu I et le prédécesseur d'Ibiranu V et non l'ancêtre d'une dynastie. L'usage de son sceau par ses lointains successeurs devient donc problématique. Puisqu'il a vécu vers le milieu du XVème siècle av.J.C. il est possible de supposer que ce « petit roi» a été le témoin des luttes menées
46

Cette collaboration des deux puissances semble avoir joué lors de l'attaque de Thutmosis III contre Tunip en l'an XLII du pharaon (1438 av.J.C.) ; cf Freu, 2003, 61-62 47 Nougayrol, PRU III, 1955, p. XLI 48 Kitchen, 1977, 131-142 ; Pardee, 1988, 173-174 et n.30 p.174 49 Arnaud, 1999, 153-157

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alors par les grandes puissances qui s'affrontaient dans la région, Mitanni, ijatti et Egypte, et qu'il a su faire le bon choix en acceptant au meilleur moment la tutelle lointaine et peu contraignante du pharaon. Il se peut cependant que son règne ait correspondu à une rupture plus profonde et à une « refondation » de l'état après une crise plus ou moins grave. Seule la découverte d'une documentation contemporaine permettrait de comprendre le rôle réel du personnage et la raison de la distinction dont il a bénéficié auprès des générations postérieures. Cette donnée inattendue éclaire d'un jour nouveau le problème posé par la tablette RS 16.145 (PRU III, 169). Nougayrol avait supposé, parce qu'il plaçait Yaqaru à une très haute époque, que cette tablette ne pouvait dater du règne de ce personnage et que le nom de 'Yaqaru' avait été utilisé par les monarques du XIVème et du Xlllème siècle av.J.C comme un titre comparable à celui du tabarna hittite ou du Caesar romain50. Or l'acte de donation en question paraît tout à fait banal: « A dater d'aujourd'hui Yaqaru, roi d'Ugarit, l'entrepôt (bît maskânu) d' llimilku, fils d'Ilibelu, débiteur, à Ilqaraddu, fils de Talmiyanu, il l'a donné à jamais... ». Le fait que le bien ainsi dévolu ait été ensuite « cédé à Abdi-Irsappa, fils de Sasiyanu contre 200 (sicles) d'argent», peut-être au cours du règne suivant, dans ce cas au cours de celui d'Ibiranu V (c.1420-1400 av.J.C.), ne change rien au fait qu'il est impossible, a priori, de refuser au roi du XVème siècle la paternité de cet acte. Les personnages impliqués dans l'affaire et les témoins de l'acte, dont plusieurs portaient un anthroponyme hourrite et l'un d'eux vraisemblablement un nom de type indo-aryen (Tewati, à lire *devatithi, « qui a comme hôte un deva », vocable présent à el Amama), sont inconnus par ailleurs 51. Comment expliquer qu'une seule fois, à notre connaissance, un acte ait désigné le prince régnant à Ugarit comme un « Yaqaru (redivivus)) alors que cette pratique semble avoir été ignorée pendant toute la période de plus d'un siècle et demi qui est connue par une documentation importante
50

PRU III, pp.XXXVIII et 169 ; Singer, 1999, 611-613 ; TAU, 253-254 et
252 ; Grondahl, 1967, s.vbis

nn.863-868 51 PRU III, index pp.239-240, 245,247-248,

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et qui a laissé d'abondantes archives administratives scellées au nom du souverain régnant ou au moyen du «sceau dynastique ». Il est donc possible que, de la même façon, quelques-unes des nombreuses tablettes attribuées au prince «Ammistamru III (*11), fils de Niqmepa VI (*1) », doivent être rendues au roi «Ammistamru II (*1), fils de Niqmepa (V) ». Avant la publication des tablettes RS 94.2518, RS 94.2528, etc., il était impossible de savoir que deux rois ayant le même nom avaient eu aussi des pères homonymes. 2. Ugarit et l'Egypte (c.1440-1330 av.J.C.) a) Les débuts de la prépondérance égyptienne La mainmise de le flotte égyptienne le long des côtes de Canaan et de Syrie, qu'attestent les «annales» de Thutmosis III, explique sans doute le choix d'une cité qui vivait en grande partie de son commerce et donc du libre accès aux routes maritimes. Le fait qu'on n'ait pas lu son nom sur les longues listes de localités soumises ou traversées par les armées égyptiennes n'est pas une preuve de son absence car ces documents sont mutilés et comportent de nombreuses lacunes. On ne voit pas pourquoi Ugarit aurait attendu pour nouer des relations avec le pays des pharaons le règne d'Aménophis III, un souverain pacifique, auquel on ne peut attribuer aucune conquête en Asie et qui a correspondu de façon routinière avec le prince de la cité, Ammistamru II (*1)52. Il est très probable que les successeurs de Yaqaru, Ibiranu V, Niqmadu II et Niqmepa V, qui ont régné de c.1420 à c.1360 av.J.C. , ont été de fidèles vassaux d'Aménophis II (1427-1390 av.J.C.), de son fils Thutmosis IV (1390-1380) et de son petitfils Aménophis III (1380-1343, dates tenant compte d'une longue corégence avec son fils Aménophis IV/Akhenaton). Le rétablissement de la paix en Asie et la réconciliation entre le
52 Astour, 1981, 13-15, situe l'événement sous le règne de Thutmosis IV et en fait une conséquence de l'alliance égypto-hourrite ; Altmann, 1976, 1-16 et IX-XI (résumé en anglais) doute qu'Ugarit soit jamais devenue une dépendance de l'Egypte; Singer, 1999, 626-627 a une position voisine; cf. Morris-Fawles, 2005, sur les « bases» égyptiennes

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Mitanni et l'Egypte (1419 av.J.C.) qui se traduiront par une série de mariages entre les filles des rois hourrites, devenues des épouses secondaires des pharaons, et trois rois d'Egypte successifs, ont certainement rendu beaucoup plus tranquille la situation d'un pays ayant une vocation commerciale et maritime et situé à la « frontière» des deux puissances53. L'histoire d'Ugarit redevient véritablement lisible avec le règne de Niqmepa V (c.1380-1360). Il est en effet certain que c'est ce dernier qui a reçu nombre des aegyptiaca retrouvés dans les ruines du palais d ' Ugarit, en particulier un scarabée votif commémorant le mariage d'Aménophis III et de la reine Tiyi qui est daté de l'an II du pharaon (1379 av.J.C.) et certains des vases d'albâtre portant le cartouche du pharaon et de son épouse. Cette attestation d'un roi Niqmepa, père de Ammistamru II (*1)54,fournie par les listes, est venue confirmer les hypothèses déjà avancées concernant son existence et la place de la reine Pi~idqi. Les deux transactions auxquelles cette dernière a participé ne peuvent pas, comme on l'admettait encore récemment, avoir été distantes d'un demi-siècle. L'édit RS 16.227 concerne l'échange de domaines avec le frère d'un roi Niqmaddu nommé Nuriyanu55. RS 15.086 enregistre une opération du même genre devant le « roi Ammistamru, fils de Niqmepa »56. Il ne peut s'agir dans ce cas que du roi Ammistamru II (*1), un contemporain d'Aménophis III et d'Akhenaton, dont la reine Pi~idqi était sûrement l'épouse. Les deux actes doivent être datés de la fin du règne de Ammistamru II (c.1360-1340 av.J.C.) et des débuts de celui de son fils Niqmaddu III (c.1340-1315 av.J.C.)57et non de ceux de
53

Save- Soderberg, 1948, passim (rôle de la flotte égyptienne) ; Freu, 2000, 10-11 ; 2003, 72-74 et 78-90 54 La numérotation des rois d'Ugarit est celle proposée par Arnaud, 1999, 153-173; la numérotation traditionnelle est indiquée entre parenthèse et précédée du sigle * 55 PRU III, pp. XL et 50-51 ; TAU, 2002, 287-288 et nn.1022-1023 (RS 16.277) ; la note 1022 suggère qu'il pourait s'agir d'un demi-frère 56PRU III, 51-52 ; TAU, 286-287 (RS 15.086) 57 Dijkstra, 1989, 150-151 ; Freu, 2000, Il ; TAU, 283 et n.l 004 ; contra PRU 111,50-51 ; van Soldt, 1991, 12-13; Aboud, 1994,27-29; Singer, 1999,626 (Pi~idqi aurait vécu jusqu'au règne de Ammistamru III (*11)

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Niqmaddu III (*1) et de son petit-fils, Ammistarnru III (*11). Ces tablettes donnent des précisions sur la situation de la famille royale d 'Ugarit et sur les activités de ses membres. La reine Pi~idqi, vraisemblablement à la fin du règne de son mari, Ammistamru II, a fait un échange de domaines, terres et maisons, avec un dénommé lliyanu, fils de Sasiyanu (RS 15.086 : 6). Cet lliyanu a quelque chance de se confondre avec le «juge» ayant le même nom (RS 16.156 : 20)58 témoin d'une transaction, à dater probablement du début du règne, portant sur la vente de 20 arpents de terre au prix de 420 sicles d'argent, faite devant le «roi Niqmaddu, fils de Ammistamru» et portant son sceau. Pi~idqi était alors la reine-mère. Elle a participé en cette qualité à un échange de terres avec le frère du roi Niqmaddu, Nuriyanu, qui était peut-être son beau-fils plutôt que son fils59. Plusieurs« donations héréditaires et gratuites» ont été accordées par le roi Niqmaddu III (*11) à son frère ou demi-frère, Nuriyanu60, ainsi que la confirmation d'échanges de domaines. L'étendue et la dispersion de ceux-ci donnent une idée de la richesse et du rang que tenait dans la société la famille royale. Les hauts dignitaires étaient dotés de façon comparable. b) Ammistamru II (*1) entre Egyptiens et Hittites (c.13601340) La survie d'archives datant du règne de Ammistamru II, fils de Niqmepa V (c.1360-1340 av.J.C.), est certaine dans le cas de RS 15.086. Il semble néanmoins que l'incendie de son palais (le « vieux palais» ou le « palais nord»), vraisemblablement à la fin de son règne, qui est attesté par une lettre d'el Amama (EA
PRU III, 61-62 ; TAU, 249 (RS 16.156) ; 286-287 (RS 15.086) PRU 111,50-51 CRS 16.277); TAU, 287-288 et nn.1022-1023 60 PRU 111,45-51 CRS 16.140 ; 16.150 ; 16.166 ; 16.248 ; 16.263 ; 16.275 et
59

58

16.277, les six premières datent du règne de Niqmaddu qui désigne Nuriyanu comme son frère en RS 16.166: 7 et 16.263 : 7 ; la dernière émane du roi Ammistamru, le père de Niqmaddu et de Nuriyanu; Aboud, 1994, 36; Lackenbacher, TAU, pp.283-284 (admet que Pi~idqi est l'épouse de Ammistamru II (*1) ; cf. TAU, 300-301 CRS 16.140) ; 298 (RS 16.150); 299 (RS 16.166 et 16.248); 299-300 (RS 16.263 et 16.275); 287-288 (RS 16.277)

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151), puis l'utilisation des ruines du bâtiment comme carrière ont entraîné la perte de la plus grande partie des tablettes qui y étaient entreposées61. Il est cependant possible qu'il faille lui rendre certaines de celles, très nombreuses, qui ont été attribuées à Ammistamru III et faire de lui le roi d'U garit auquel l'un de ses dignitaires a adressé la lettre RS 18.113 A+B, rédigée en cunéiformes alphabétiques. Il n'est pas assuré en effet, comme on l'affirme depuis peu, que ce type d'écriture ait été « inventé» vers le milieu du Xlllème siècle avant notre ère au plus tôt62. Le texte de CAT 2.42+43 serait, si on admet que les scribes avait mis au point ce nouveau moyen de communication un siècle auparavant, l'un des seuls qu'on puisse dater de la période antérieure à la destruction du « vieux palais ». Il débutait de la façon suivante: « l.mlk.b[ly] / rgm /thm.rb.mi[(bd] 'bdk» « Au roi, mon seigneur, /dis/: Message du chef (du port) de Ma'badu, ton serviteur» Une transaction portant sur des navires qui concernait des gens d'Alasiya (Chypre) et des armateurs d'Ugarit (CAT 2.42+43 : 20-27) était l'objet du message mais le paragraphe consacré aux affaires était précédé d'une invocation aux dieux, Ba'al Saphon, le Soleil éternel (Sps. 'lm), Astart, Anat, les dieux d'Alasiya (rO 6-8) et enfin: nmry.mlk'lm (r09), sans doute «Nimmuria (Nb.m3't.r'), roi éternel », c'est-à-dire le pharaon Aménophis III, toujours désigné par son nom solaire dans les textes cunéiformes et, en particulier, dans les lettres d'el Amarna63. Cette interprétation, admise d' abord64, est maintenant contestée65. L'exemple de RS 4.449 et peut-être celui de RS 16.145 semblent pourtant montrer que quelques tablettes antérieures au règne de Niqmaddu III (*11) ont survécu dans les ruines de Ras Shamra. Si on admet que CA T 2.42+43 est dans
61 Callot, 1981,735-755, fig.6p.749, fig.7p.750; 1986,705-723 62 Dalix, 1997,819-824; 1998, 1-11 ; Pardee, 2001,5-31 63 Weber, EAT II, index, 1565-1566; Moran, 1992, index p.383 64 PRU V n08, 14-15 ; Lipinski, 1977, 213-217, attribuait la lettre à un « garde des sceaux égyptien» ; contra Knapp, 1983, 38-45 ; Hoftijzer, 1995/1996, 7380 ; Weinstein, 1998, 232 ; Freu, 2000, 12 65 Liverani, 1962, 28 n.6; 1979, 499; Pardee, 1987, 204-210 ; 2002, n021 pp.l04-105 et n.126 ; Dalix, 1998, 1-15; Singer, 1999,677-678

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ce cas il est probable que son destinataire a été un contemporain d'Aménophis III, très probablement Ammistamru II (*1)66.Mais l'existence du texte alphabétique CAT 2.23 (RS 18.78+ 16.109+ 16.117)67, dans lequel un roi d'Ugarit utilise une formule « amamienne» pour introduire une citation du pharaon appelant sur son correspondant les bénédictions de Ba'al Saphon, d'Amon et des dieux de l'Egypte, rend plus problématique la datation des deux tablettes. CAT 2.23 a été en effet retrouvé avec un lot de documents récents. La correspondance échangée entre l'Egypte et Ugarit au cours du règne de Ammurapi II, le dernier prince de la ville, révèle des expressions comparables à celles qu'employaient les ancêtres de celui-ci, authentiques vassaux de Pharaon, alors que luimême était inféodé au « Soleil» hittite. Si CAT 2.42+43 est un message contemporain du père d'Akhenaton, ce qui reste possible et a été récemment soutenu avec des arguments solides sinon absolument convainquants par Hoftijzer68, il faut lui reconnaître la même position unique que celle de RS 4.449 (ou de RS 16.145) dans le domaine des textes akkadiens69. Une probable corégence entre Aménophis III et son fils Aménophis IV/Akhenaton permet, si on l'admet, de comprendre pourquoi les premiers messages des Grands Rois et des princes asiatiques vassaux des rois d'Egypte ont commencé à parvenir à el Amarna (Akhetaton) vers l'an XXXI ou XXXII du vieux pharaon, correspondant dans cette hypothèse à l'an VI de son fils, année de l'installation des bureaux, en particulier de celui des « affaires étrangères », dans la nouvelle capitale du « roi hérétique» 70.
66 Freu, 2000, 12-13 67 Virolleaud, 1957, 18; CAT/KTU2, 159-160; Dijkstra, 1987, 41-42; Cunchillos, 1989, 309-311 68 Hoftijzer, 1995/1996, 73-80, confirme la lecture « mi[bd] », p. 74 (CAT 2.42+43 ro : 3) 69 Singer, 1999, n.87 p.631, date les deux lettres du XIIIème siècle av.J.C. 70 Cf. Campbell, 1964, 6-30 ; favorables à la corégence : Aldred, 1988, passim (Il ans) ; Kitchen in Astrom, 1987, 52 (8 ans) ; Johnson, 1996, 65-82; 1998, 63-84 (11 ans); Martin-Valentin, 1998,741-757 (11 ans); Freu, 1992; 2000, passim (10 ans); contra Redford, 1967,88-169 ; Murnane, 1977, 123-169; von Beckerath, 1994, 45 et 118 (table); 1997, 190 (table) ; Krauss, 1995, co1.243244 ; Gabolde, 1998, 62-103 ; Parker, 2002, 31-62 ; etc.

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