Hommes et destins

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Cet ouvrage contient 142 notices biographiques de personnages ayant joué un rôle éminent, spécialement en Afrique, mais aussi au fil de leur carrière dans d'autres parties du monde : des femmes ayant assumé un rôle politique, des savants éminents, des ressortissants de diverses nationalités ayant coopéré à l'installation de la France dans les territoires africains ou ayant combattu la pénétration européenne, des portraits d'hommes d'Etat.
Publié le : vendredi 1 avril 2011
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EAN13 : 9782296460270
Nombre de pages : 796
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HOMMESETDESTINSDéjàparussousladirection deRobertCornevin
TomeI: Dictionnaire biographique d’outre-mer. 1975, 668 pages
(épuisé).
TomeII: Dictionnaire biographique d’outre-mer. 1977 (en 2 volumes)
789pagesautotal.Prix:50€.
TomeIII: Madagascar.1979,543pages.Prix:30€.
TomeIV: Dictionnaire biographique d’outre-mer. 1981,734 pages
(épuisé).
TomeV: Dictionnaire biographique d’outre-mer : en marche vers les
2000notices.1984,573pages(épuisé).
TomeVI: Asie. 1985,474pages.Prix:30€.
TomeVII: Maghreb et Machreck.1986,536pages.Prix:30€.
TomeVIII: Gouverneurs, administrateurs et magistrats. 1988, 565pages.
Prix:30€.
TomeIX: Afriquenoire.1989,539pages.Prix:30€.
TomeX: Amérique.1995,505pages.Prix:30€.
Dix volumesde la collectionHommes etDestinsontparu de 1975 à1995.
Hormisles tomes 1, 4 et5 aujourd'hui épuisés, l'ensemblede ces ouvrages est
disponible à la vente à l'Académie des sciences d'outre-mer.PUBLICATIONSDEL’ACADÉMIE
DESSCIENCESD’OUTRE-MER
HOMMESETDESTINS
TomeXI
Afriquenoire
SousladirectiondeJacquesSerreLes notices publiées ne peuvent engager que la responsabilité de leurs auteurs
ACADEMIEDESSCIENCESD’OUTRE-MER
15rueLaPérouse–75116PARIS
0147208793
www.academiedoutremer.fr
©L’Harmattan,2011
5-7,ruedel’Ecole-Polytechnique,75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-54603-5
EAN:97822965460357
L’ACADÉMIEDESSCIENCESD’OUTRE-MER
L’Académie des sciences d’outre-mer a été fondée en 1922 par un petit comité
de 5personnalités coloniales, dont Paul Bourdarie et Maurice Delafosse. A
l’origine intitulée «Académie des sciences coloniales », elle bénéficia alors des
parrainages les plus prestigieux: on peut citer ceux du maréchal Louis Hubert
Lyautey, de l’explorateur du Laos Auguste Pavie ou des présidents Paul
DoumeretAlbertLebrun.
La première réunion rassemblait 38 personnalités dont Paul Doumer, Louis
Archinard, Ernest Roume (gouverneur général), le maréchal Louis Hubert
Lyautey et Auguste Pavie, sousla présidence d’Albert Lebrun, qui constituèrent
lapremièreAssembléegénérale.
Devenue l’Académie des sciences d’outre-mer en 1950, elle est un
établissement public placé comme les académies de l’Institut de France sous la
tutelleduministèredel’EnseignementsupérieuretdelaRecherche.
L’Académie, dont la devise est «savoir, comprendre, respecter, aimer » se
compose de 100 membres titulaires, 25 membres libres et 150 membres
associés ou correspondants, de grande renommée, de toutes origines, de toutes
professionsetdetoutesnationalités.
Elle assuredesfonctionscorrespondantàsesstatutsetapourvocationd’étudier
les questions relatives aux pays situés au-delà des mers sous tous leurs aspects:
scientifiques, politiques, juridiques, économiques, techniques, archéologiques,
historiques,géographiques,sociauxouculturels.
A ce titre, elle constitue une base unique de références sur les pays. Ses travaux
embrassent désormais l’ensemble des pays du Sud, des pays émergents et de
l’outre-mer français, et sont communiqués lors de ses deux séances publiques
mensuelles qui donnent lieu à publication chaque année dans la revue Mondes
et Cultures.
Elle possède également, pour servir de base de ses études et recherches, un
fonds de80000 ouvrages réunis dans sa bibliothèque qui est ouverte
quotidiennement au public et sans cesse actualisée. Son site Internet permet
d’enconsulterlecatalogue.8
Outre la publication des comptes-rendus de ses travaux, des exposés et
discussions dans Mondes et Cultures, l’Académie des sciences d’outre-mer
édite des ouvrages de référence, et notamment la collection Hommes et Destins,
dictionnaire biographique de personnalités ayant joué un rôle particulierau-delà
desmers.
En 10 volumes, elle a fait connaître, jusqu’ici, plus de 2500 biographies, toutes
assorties de références bibliographiques précieuses pour les étudiants,
enseignants, chercheurs ou simplement personnes intéressées par l’histoire de
l’Afrique ou des autres continents. L’Académie entend par ces publications
biographiques assumer la tâche mémorielle qui fait également partie de ses
missions.
Cette tâche ne peut s'achever avec cet ouvrage car les hommes et leurs destins
s'accomplissent encore aujourd'hui. Nombreux sont ceux, savants, politiques,
médecins,humanitairesdontladestinéejustifieradanslefuturdeleshonorer.
Ce onzième volume de la collection Hommes et Destins comprend 142 notices
biographiques de personnages ayant joué un rôle éminent, spécialement en
Afrique, mais aussi, au fil de leur carrière, dans d’autres parties du monde.
Parmi eux il y a 6 femmes ayant assumé un rôle politique (la reine Galifourou
au Congo ou Jane Vialle en Oubangui) et des savants éminents (Anita Conti et
ElianeBassedeMénorval).
Parmi les acteurs, on rencontre des Français, des ressortissants de diverses
nationalités, dont de nombreux Africains ayant coopéré à l’installation de la
France, (le Makoko Iléo, le sergent Malamine, le lieutenant Koudoukou ou la
petite Niarinzhé), ou ayant combattu la pénétration européenne (le sultan
Rabah,SamorySimonKimbangu…).
On y trouvera également des portraits d’hommes d’Etat, par exemple Léopold
Sédar Senghor au Sénégal, Barthélémy Boganda, et Jean-Bedel Bokassa en
République centrafricaine, Pierre Messmer ou Marius Moutet en France, mais
aussi des militaires, médecins, savants, ethnologues, hommes d’Eglise,
administrateursetpoètestelsqu’AiméCésaire,GuyTirolien.
Chaque notice comprend une bibliographie souvent très importante et constitue
de ce fait un instrument de travail destiné aux chercheurs, aux étudiants ou à
tousceuxquis’intéressentaucontinentafricain.
PierreGény
Secrétaire perpétuel9
LESRÉDACTEURSDUTOMEXI
I.MEMBRESDUGROUPE «HOMMESETDESTINS»
DEL'ACADÉMIEDESSCIENCESD’OUTRE-MER
FrançoisARNOULET Médecin
Membredel’Académie
YvesBOULVERT Directeurderechercheàl’IRD(h)
Membredel’Académie
JeanCANTOURNET Ingénieuragronome(h)
Membredel’Académie
JeanHUBERT-BRIERRE AdministrateurdelaFOM(h)
Membredel’Académie
CharlesJEANTELOT Ministreplénipotentiaire(h)
Membredel’Académie
RaymondMarinLEMESLE DirecteurauMinistèreduTravail(h)
Membredel’Académie
ChristianLOCHON Examinateurdesconcoursdel’Etat
Membredel’Académie
JacquesSERRE Sous-directeur(h)auMinistèredel’Intérieur
Présidentdugroupe10
II.LESCOLLABORATEURS
AndréBACCART Magistrat
Membredel’Académie
PierreBAS MembrehonorairedelaCourdesCompteset
duParlement
Membredel’Académie
PaulBLANC Ministreplénipotentiaire(h)
Présidentdel’Académie
PauleBRASSEUR Professeuràl’EcoledesHautesEtudesen
SciencesSociales
MargaretBUCKNER Professeurd’Anthropologieàla
MissouriStateUniversity (USA)
PaulCOULON Directeur(h)àl’Institutcatholique
Membredel’Académie
PhilippeDAVID Magistrat(h)
Membredel’Académie
AbdouDIOUF AncienPrésidentdelaRépubliqueduSénégal
Membredel’Académie
MichelLEVALLOIS Préfet(h)
Membredel’Académie
GilbertMANGIN Magistrat
Secrétaireperpétuelhonorairede
l’Académiedessciencesd'outre-mer
JeanRIGOTARD Préfet(h)
Membredel’Académie
YvesROLANDBILLECART InspecteurdesFinances(h)
Membredel’Académie
RogerTABARD ArchivisteSpiritain
Membredel’Académie
JacquesVOELKEL Médecingénéral
Membredel’Académie11
!MichelADANSON
(1727-1806)
BotanisteenAfrique
Ce botaniste d’origine écossaise, aîné d’une famille de 9 enfants, est né à
Aixen-Provence le 7 avril 1727 et est décédé à Paris le 3 août 1806. Un de ses
frères, Jean Baptiste Adanson(1732-1803) était drogman et chancelier de
FranceenOrient.
Il fit une partie de ses études à Paris au collège Sainte-Barbe. Il suivit ensuite
les cours de Ferchault de Réaumur (1683-1757), de d'Aubenton et de Bernard
deJussieu.
Appelé à partir au Sénégal comme commis de la Compagnie des Indes, il
prépara sa mission avec le plus grand soin. Il dressa des fiches descriptives, fit
des traductions d’ouvrages scientifiques, rassembla un outillage de chercheur
(microscope,scalpel,etc.)
Son séjour (du 20 décembre 1748 au 18 février 1754) fut fructueux. Il décrivit
un nombre considérable d’animaux et de plantes du Sénégal et fit de
nombreuses observations ethnographiques et géographiques. Il envoya à
Réaumur des minéraux et des collections géologiques. Pour Le Monnier il fit
des observations astronomiques et météorologiques. Il adressa à Jussieu ses
travauxbotaniques,classéssuivantuneméthodedite «naturelle ».
Il rentra en France avec 1000 récoltes pour le Muséumet remit au jardin du Roi
300 plantes vivaces en vue de les acclimater en Europe. Les 33 espèces
d’oiseaux, qu’il rapporta furent décrites par Mathurin Jacques Brisson par
ordres,sections,genres,espècesetvariétés.
Adanson se lança dans la rédaction d’un ouvrage de 8 tomes, l’Histoire
Naturelle du Sénégal, dont il publia en 1757 celui sur les coquillages, qui a été
numérisé par le Muséum. En 1761, il publia un mémoire illustré sur le baobab,
qui a été numérisé par l’Académie. Dans son livre sur le Sénégal (p. 54), il écrit
à ce propos: «un arbre aux grandeurs prodigieuses attira mon attention. C’était
un calebassier, appelé pain de singes ». Ses travaux sur le baobab poussèrent le
savant Linné à donner à cet arbre le nom scientifique d’Adansonia et l’espèce
localefutappelée Adansonia digitata.
On doit également àAdanson des mémoires sur les plantes à gomme d’Arabie.
En 1763, il préconisa une nouvelle nomenclature des plantes, basée sur 65
caractères végétaux et pas seulement sur ceux de la fleur. Il avait l’ambition de
réaliserseuluneencyclopédiecomplète.
Il est nommé correspondant du Muséum en 1750 avec Réaumur pour maître;
en 1757, après la mort de Réaumur, il est correspondant de Bernard de Jussieu.
Le 6 décembre 1782, il est nommé pensionnaire botaniste. Il succède à J.
Marchand.SouslaConvention,ilentreàl’InstitutdeFrance.12
IlfutaidéparNapoléonpremier,quiluiaccordaunepensionde12000francs.Il
reçoit la Légion d’Honneur et est considéré comme un grand académicien. Il
était capable de s’élever à une conception philosophique cosmique. Son projet
de Musée universel à édifier entre la Seine, les Champs-Elysées et l’Etoile ne
futréaliséquepartiellementetbeaucoupplustard.
En dehors du baobab, son nom scientifique fut attribué à plus de 20 espèces
végétalesetàunetortueduSénégal «Pleistosadansonia».
Une rue d’Aix porte son nom. De même, une revue scientifique de biologie
végétales’appelleAdansonia.
JeanHubert-Brierre
BIBLIOGRAPHIE
! Sources
Internet
! Livresetpublications
Nicolas J.P.: Journées d’agronomie tropicale et de botanique appliquée, T.V.
Nos 1, 2, 3, janvier, février, mars 1958: Le cas Michel Adanson, énigmes
poséesparlavieetlegénied’undesgrandsencyclopédistesduXVIIIesiècle
Chevalier Auguste: Michel Adanson (31), bibliothèque de l’Académie des
sciencesd’outre-mer.13
! LouisARCHINARD
(1850-1932)
Créateur de la Colonie du Soudan, artisan de l'occupation
desrégionssituéesentrelesfleuvesSénégaletNiger
Il n’est pas sans intérêt de rappeler les étapes de la vie de Louis Archinard,
aujourd’hui bien oublié alors qu’au Soudan il a réalisé l’œuvre seulement
esquisséeparGallienietaeupour élèvesMarchandetManginpourneciterque
les plus célèbres, mais aussi Joffre qui sera sous ses ordres pour la construction
du chemin de fer du Soudan et le colonel Klobb qui sera la victime de Voulet et
Chanoine.
Louis Archinard est né le 11 février 1850 à Rouen, de confession protestante et
du côté de son père, originaire de Die dans la Drôme, et du côté de sa mère issu
d’une famille du Nord ruinée par la concurrence faite par le coton à la vieille
industrie du tissage du chanvre. Le ménage Archinard s’est formé en
Normandie et s’est établi à Rouen. Lui instituteur puis directeur d’école resté
dansl’enseignementprivéprotestant,etelleinstitutrice.
Après ses études primaires et secondaires à Rouen Louis Archinard prépare
l’Ecole Polytechnique à Paris, au lycée Charlemagne de grande réputation à
l’époque.
Il est reçu à l’Ecole en 1868 et en suit les cours jusqu’en 1870. A sa sortie, il
choisitl’artilleriedeMarine.
Dès la fin de ses études, il est entraîné dans les combats de la guerre
francoallemande, puis dans la répression de la Commune de Paris en servant dans
l’Armée de Paris en 1870 – 1871. De ce fait il ne peut suivre les cours de
l’Ecole d’application de Fontainebleau qu’en 1871 et 1872. Il débute dans ses
fonctions d’officier, comme lieutenant au Régiment d’Artillerie de Toulon, de
1873 à 1875, où il sert à la formation des sous-officiers, puis à la compagnie
d’ouvriers de l’Artillerie. Il y exerce divers emplois à l’atelier. Nommé
capitaine, il est détaché, toujours à Toulon, à l’école de Pyrotechnie où il
expérimente les munitions et les explosifs tout en étudiant les améliorations à
apporterauxcanons.
Son premier séjour colonial se passe en Indochine, de 1876 à 1878 à la
Direction de l’Artillerie à Saigon, service du matériel. Archinard semble avoir
peuappréciésapremièreaffectationdanslacapitaledelaCochinchine.
Rentré en France il commande, de nouveau à Toulon, la Compagnie
d’artificiers qui assure la réception et le stockage du matériel (1878 – 1879).
Puis il devient en 1879 – 1880, inspecteur des Etudes à l’école Polytechnique
pourassurerl’encadrementdes élèves.14
De 1880 à 1893 il mène la carrière coloniale qui va assurer sa célébrité et fera
de lui l’artisan de la jonction des vallées du Sénégal et du Niger ainsi que la
création du fort de Bamako en 1885 (occupé par Borgnis-Desbordes dès 1883)
et la préparation de l’occupation de Tombouctou (1893-1894). De 1880 à 1884,
Archinard, capitaine, commande sous les ordres duColonel Borgnis-Desbordes,
la compagnie d’ouvriers d’artillerie de Marine créée pour le haut Niger. Il
sécurise le réseau stratégique qui va protéger la future voie de chemin de fer,
(qui parcourra 500km), allant de Kayes, terminus de la navigation sur le
Sénégal, proche de Médine (défendu en 1857 par Paul Holle) et devant se
terminer sur le Niger à Koulikoro où commence la libre navigation dans la
boucle du Niger à 100 km au nord de Bamako. Pour ne pas trop s'attarder sur
cet équipement, qui va faciliter le ravitaillement, puis le développement
économique du Soudan, disons seulement qu'il faudra 25 ans de travaux pour
dépasser Bamako et atteindre Koulikoro en 1904. Entrepris en 1880, avec un
crédit de l'Etat, les travaux seront commencés par des sociétés civiles qui
échouent, puis passent en 1885 sous autorité militaire et à partir de 1888,
l'ouvrage sera entièrement construit par l'armée jusqu'à son aboutissement; il
serafinancépardesempruntsdelaColonie.
Archinard va donc construire ou agrandir les forts de Kayes, Bafoulabé et Kita
puis celui de Bamako. Il occupe le poste de Directeur des travaux de ce vaste
chantier de fortifications, car à cette date c’est l’artillerie de Marine qui remplit
lerôleduGéniedanslescolonies.
Archinardparticipe égalementdèssonarrivéeauxopérationsmilitaires,d’abord
contre Ahmadou,puis contre Samory qui est rejeté sur la rivedroiteduNiger.Il
se distingue avec son artillerie et sa compagnie d’ouvriers à la prise des tatas de
Foukara et Goubanko, en 1881, au Sud et à l’Est de Kayes et à proximité de ce
postepourouvrirlarouteverslefleuve.
Archinard, nommé chef d’escadron en 1884, reste en France de 1884 à 1888. Il
occupe des fonctions à la Direction de l’Artillerie à Paris, d’abord à la
Commission d’expérimentation dumatérielpuisàl’Inspectiongénéralede1885
à 1888. A ce titre il sera chargé, lors de la rédaction du «Mémorial de
l’Artillerie »,ouvragedestinéàladocumentationetàlaformationdupersonnel,
d’écrirel’instructionsur «lestravauxdefortificationduSénégal ».
Pendant son séjour en France, le problème de l’expansion coloniale évolue. La
conférence de Berlin (1884-1885) fixe les conditions de l’acquisition des
territoires occupés et institue la liberté de navigation sur le Niger et le Congo.
Par contre, la politique africaine de la France, marque un temps d’arrêt. Les
élections de 1885 dégagent une majorité hostile à l’expansion. Les troupes du
haut Niger sous le commandement de Combes puis de Frey et Gallieni doivent15
se contenter de maintenir les positions acquises, mais ne peuvent étendre
l’occupationàdesterritoiresnouveaux.
En 1888, le chef d’escadron, Louis Archinard, est nommé commandant
militaire de la région du Haut Niger, rattachée à la Colonie du Sénégal. Il
succède au lieutenant-colonel Gallieni resté à ce poste de 1886 à 1888. Cette
désignation est sans doute due à la recommandation et à l’influence du Colonel
Borgnis-Desbordes,quiavaitappréciésesservicesde1880à1883.
Archinard arrive au début d’une période de renouveau de l’expansion coloniale.
Il en restera l’artisan de 1888 à 1893. En 1890, la colonie du Soudan Français
est créée, toujours dépendante du Sénégal. En 1892, elle devient colonie
autonome avec comme capitale Kayes. Archinard de Commandant militaire
devient gouverneur de la Colonie. Pendant les 5 années de commandement
d’Archinard, les troupes sont renforcées et le Soudan voit progresser son
chemin de fer, ses routes, les productions et l’économie. L’empire d’Ahmadou,
chef des Toucouleurs, est anéanti en 1890. Quant à Samory, obligé de signer en
1887 un traité de protectorat sur les zones de la rive gauche du fleuve, il en est
expulséen1889etcesterritoiressontannexés.
Par contre Archinard freine les initiatives des marins de la flottille du Niger,
équipée et réorganisée, qui essayent d’atteindre Tombouctou, alors que les
arrières ne sont pas encore stabilisés et que les contacts avec les Touareg qui
dominentlaboucledufleuve,nesontpas établis.
L’œuvre réalisée par Archinard de mise en valeur et d’occupation du haut
fleuve est considérable. Elle va de l’avancement des travaux du chemin de fer
vers Bamako, au développement des cultures, notamment du coton, à
l’organisation de l’enseignement avec les écoles publiques dans les postes et
l’action des missions des Spiritains, qui sont accueillis et largement aidés par ce
gouverneurprotestant.
En 1892, la chambre de Commerce de Kayes est créée. Elle comprend des
commerçants de toutes origines, y compris les Africains du Sénégal et du
Soudan.
Enfin l’Administration est organisée avec des postes permanents et des zones
d’administrationindirectetenuespardenouveauxsouverainsralliésàlaFrance.
Archinard quitte le Soudan en juillet 1893, en effet le temps de commandement
de ses prédécesseurs et de ses successeurs immédiats avait été de 2 ou 3 ans au
maximum, ou plutôt 2 ou 3 campagnes militaires de saison sèche. Son
successeur, le colonel Bonnier, entraîné malgré lui à entreprendre une
expédition vers Tombouctou, occupé inconsidérément par le lieutenant de
vaisseau Boiteux et bloqué par les Touareg sera tué et sa colonne anéantie en
1893.16
D’autre part, malgré les progrès de l’opinion publique et la création du Groupe
Colonial à la Chambre avec 42 députés en 1892 et 120 parlementaires en 1893
dont 92 députés, il subsiste une certaine opposition à la politique d’expansion
militaire. Une partie des électeurs, donc des députés, demande une politique de
consolidation des acquis permettant le maintien de la paix et le développement
du commerce. Après la mort de Bonnier, la colonie du Soudan passera à
l’Administration civile de 1893 à 1895 avec le gouverneur Grodet, mais cette
expérienceserapeuappréciéeetlecommandementreviendrade1895à1898au
coloneldeTrintignantquicomplèteral’actiond'Archinard.
Rentré en France, Archinard est affecté à l’Inspection générale de l’artillerie. Il
est nommé général de brigade en avril 1896, quelques mois avant Gallieni, (qui
le sera en août), puis général de division en 1900. Il sera Grand-Croix de la
Légion d’honneur en 1914. Archinard sera inspecteur permanent de l’Artillerie
deMarine,devenueArtillerieColonialeen1900.
Il se marie en 1901 à 51 ans avec Marie Mathilde Rue, née en 1855 à Nice,
restée célibataire à 45 ans, orpheline, dont le père avait une certaine fortune,
provenant d'oliveraies et de magnaneries à Nice. Le ménage n'aura pas
d'enfants. Disons cependant qu'Archinard avait pratiqué au Soudan le système
du «mariage colonial». Il avait eu trois épouses, dont une avait été mère d'un
enfant,mortenbasâge,avant1893.
Archinard siège au Conseil supérieur de la Guerre. Pendant les hostilités de
1914 à 1918, il commande un corps d'armée des troupes Coloniales et entre le
premier dans Mulhouse reconquise. Il sera décoré de la médaille militaire,
récompense exceptionnellement accordée aux généraux. Enfin, à l'occasion de
la célébration du centenaire de l'Algérie en 1930, le défilé militaire sera illustré
par «lescélèbrestirailleursd'Archinard».
Il devient membre de l’Académie des sciences Coloniales lors de sa fondation
en 1922 et recevra un hommage appuyé à l’occasion de l’exposition coloniale
de1931.Ilmeurtle8mai1932prèsdeParisàVilliers-le-Bel.
Une statue de lui domine le site de Ségou, au Mali. La Société des Messageries
africainesavaitdonnésonnomàunbateaunaviguantsurleNiger.
A Paris, une rue située à proximité de l'ancien musée de la France d’outre-mer,
à proximité de la Porte Dorée, sur le site de l'Exposition Coloniale de 1931,
portelenomde «GénéralArchinard».
èmeA l'occasion de son 105 anniversaire (le 11 février 1955), l'Académie des
sciences d’outre-mer lui a rendu hommage avec une allocution de Jean-Jacques
Gheerbrandt.
JacquesSerre17
BIBLIOGRAPHIE
! OuvragesdeLouisArchinard
Le Sénégal et le Soudanfrançais, in A.Rambaud:LaFrancecoloniale A.Colin
Paris1885
LeSoudanFrançaisen1888-1889Berger-LevraultParis1890
La campagne au Soudan en 1889-1890. Mémorial de l'Artillerie de Marine.
ImprimerieNationale.Paris1891
! OuvragesdugénéralRéquin(neveudeLouisArchinard)
«ArchinardetleSoudan »Berger-LevraultParis1946
Articles : «Souvenirs sur le général Borgnis-Desbordes » Revue Tropiques
Juillet1950
«Archinard».CahiersCharlesdeFoucault1953
! OuvrageRécent
Martine Cutter: «Portrait du colonialisme triomphant. Louis Archinard
18501932 »LavauzellesParis(582p.)2006
! Bibliographieexhaustive
Académie des sciences d’outre-mer. Mondes et Cultures 1955 « Jean-Louis
Gheerbrandt:Archinard »(pages110-112)19
!CharlesATANGANA
(1883-1943)
ChefsuprêmedesEwondo(Cameroun)
Charles Atangana, Ewondo du Cameroun, est né vers 1883 à Yaoundé.Al’âge
de 10 ans il est envoyé à la mission catholique de Kribi pour apprendre
l’allemand. Il sera le premier baptisé de sa tribu. Il sera témoin du massacre des
MvogOttou,lorsdelarébellionàMvogBetsi.
En 1896, son oncle Essoumba Ngouti, le confie au major allemand Dominik,
qui l’envoie à Kribi à l’école des pères Pallotins. En 1899, ses études sont
interrompues en raison de la révolte des Boulou qui ont envahi Kribi. La
missiondespèress’étaitréfugiéeàDouala.Atanganaluisuggèredes’installer à
Yaoundé.
En août 1900, le chef de poste l’appelle à Victoria pour servir comme interprète
des 500 otages Boulou, mis au travail à titre de sanction contre la rébellion.
Pendant les 6 mois de sa mission, il apprend le métier d’infirmier. Ensuite il va
àBuéa,oùildevientclerk,puisemployéauxdouanes.
Il épouse Marie Biloa, qui vivait maritalement avec un fonctionnaire allemand.
Ilauradeuxenfantsavecelle.
En 1901, il se trouve à Yaoundé et fait donner aux pères Pallotins un terrain à
Mvolye, dans le village de son père. L’ober-lieutenant Scheunneman l’utilise
commeinterprèteofficiel.
En 1904, il devient le symbole de l’évolué réussi. Il accompagne le major
Dominik en brousse. Il joue le rôle de médiateur pour arrêter le massacre de
Manguissa. Il participe avec Dominik à la création des postes de Yoko, Batouri,
Meiganga,Ngaoundéré,Garouaet Maroua. Dominik lui promet del’envoyeren
Allemagne. En février 1911, il devient le chef suprême des Ewondo et des Beni
et en juin il part en Allemagne à l’université de Hambourg pour travailler
pendantunanàundictionnaireEwondo-Allemand.
En 1912, aidé par un frère allemand, il édifie un véritable château en bois et en
briquesàEfoulanetorganisedegrandesfêtes.
Il retourne enAllemagne en 1913, est reçu par le Kaiser.Il sera reçu aussi par le
pape.
Pendant la guerre de 1914-18 avec 60.000 hommes il couvre la fuite des
Allemands vers la Guinée espagnole et doit s’exiler en Espagne, où il est reçu20
par le roi Alphonse XIII. A la fin de la guerre, il adresse un mémorandum à
Georges Clemenceau. La France l’autorise en novembre 1920 à retourner au
Cameroun, où il est placé en résidence à Dschang, peu de temps, puisque un an
plus tard il reçoit un accueil triomphal à Yaoundé et reprend ses fonctions de
chef suprême. Pendant l’administration française, il se consacre à un
programmede modernisationdupaysBetide1925à1940.IlvaàParisen1931
pour l’exposition coloniale. Il y va de nouveau en 1935 pour la conférence
coloniale. Le 5 mai 1939, pour sceller l’amitié franco-camerounaise, il plante à
Efoulan avec Gaston Monnerville un arbre. Très aimé des Ewondo, il meurt le
er1 septembre1943.
JeanHubert-Brierre
SOURCES
OssigneAhandaMarie-ThérèseparGoogle21
!GeorgesAUBERT
(1913-2006)
Pédologue
Georges Aubert est né à Paris le 3 mars 1913 d’une famille parisienne:
grandpère médecin, père chartiste et archéologue, membre de l’Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres. Très tôt bachelier du lycée Buffon, il sort en
1933, à vingt ans, avec le diplôme d’ingénieur de l’Institut National
Agronomique (INA). Son service militaire achevé, il entre, dès 1934, au Centre
National de la Recherche Agronomique de Versailles d’où il peut préparer en
même temps à la vieille Sorbonne une licence de Sciences Naturelles. En 1948,
le CNRA deviendra l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique);
ilyresteraadministrativementrattachéentantqueDirecteurdeRecherche.
En 1935, le professeur Albert Demolon, un des pionniers français de Sciences
des Sols, le chargea de participer à l’établissement de la carte à 1/1 000000 des
sols de France, plus particulièrement les sols de bocage d’Anjou-Normandie,
ainsi que du centre du bassin parisien. En 1938, il épousera une jeune
Normande, Gabrielle Marie, qui lui donnera sept enfants, 20 petits-enfants et 21
arrière-petits-enfants(en2006).
Fin 1937, à la demande de la Direction de l’Hydraulique d’Algérie, il fit
connaissance avec le terrain africain en cherchant à résoudre des problèmes
d’irrigation et de salinité dans la plaine de Relizane-vallée du Chélif. Il restera
toujourstrèsattachéàcesproblèmesdesrégionssèchesd’AfriqueduNord.
En vue d’un futur Congrès sur la Recherche Scientifique aux Colonies, A.
Demolon lui confia également, en 1937, la rédaction d’un rapport
bibliographique sur les sols de la France d’outre-mer. Publié en 1941, ce
document contenait, en 90 pages, le peuque l’onsavait alorsdessolstropicaux.
Ainsi dès 1942, Georges Aubert fut-il chargé des cours de pédologie à l’ESAT
(EcoleSupérieured’AgronomieTropicale)deNogent-sur-Marne.
En 1944, le professeur Combes, chargé de mettre en œuvre l’ORSC (Office de
la Recherche Scientifique Coloniale) nouvellement institué, lui confia à la fois
la direction de l’enseignement et du service de Pédologie. L’ORSC deviendra
rapidement ORSOM, puis ORSTOM (Office de la Recherche Scientifique et
Technique Outre-mer), et enfin IRD (Institut de Recherche pour le
Développement). On peut dire que les premiers «troisièmes cycles »
universitairesde France ont été ceux de l’ORSTOM dans des spécialisations
tropicales jusqu’alors non enseignées en métropole. Reçus sur titres, les
élèveschercheurs étaient formés en deux ans: une première année en métropole,
notamment à l’IDERT (Institut d’Enseignementet deRechercheTropicale)créé22
en 1948 à Bondy (93) dont G. Aubert fut un temps directeur, puis une seconde
année outre-mer, à l’origine à Adiopodoumé en Côte d’Ivoire, pour faire, selon
sesproprestermes,«duterrain car sansterrain onne fait rien ».
A partir de 1945, G. Aubert mena une activité débordante, multipliant les
missions de terrain: Office du Niger au Soudan, sols à arachides du Sénégal ou
sols à cacaoyers de Côte d’Ivoire. Rapidement il s’intéressa aux problèmes
d’inventaires des divers types de sols, à leur cartographie et leur classification:
différenciation des sols dits latéritiques en sols ferrugineux tropicaux,
ferrallitiques ou fersiallitiques, distinction des vertisols lithomorphes et
topomorphes…
Il ne manquait ni les colloques, ni les congrès: Montpellier-Alger 1947, Goma
(Congo Belge) 1948, Amsterdam 1950, Wageningen (Pays-Bas) 1952,
Léopoldville (Congo Belge) 1954, Paris 1956, Dalaba (Guinée) 1959, Abidjan
1959, Madison (USA) 1960, Genève 1962, Wanawatu (Nouvelle Zélande)
1962,Bucarest1964,Gand1965,Madrid1966,Madagascar
1970, Berne 1973, Rome 1974, Lubbock (Texas) 1976, Ithaca (USA) 1977,
Oxford 1977, Sao Paulo 1978, Le Caire 1979, New Delhi 1982, Ouagadougou
(Burkina) 1991, Stockholm 1991. Il pouvait ainsi se prévaloir d’avoir parcouru
quelques 80pays, surtout de régions tropicales. Il fut, de1958à1961,Président
delaCommissionInternationaledeScienceduSol.
On peut dire qu’ayant formé près de 350 chercheurs-pédologues professionnels,
français et étrangers, il a fondé l’école française de pédologie tropicale comme
l’ont souligné – lors de la «Journée G. Aubert du 11 septembre 1980 », en
quelque sorte son jubilé scientifique – les professeurs R. Tavernier de Belgique
et V.A.Kovdad’URSS.
Outre ses activités prenantes à l’ORSTOM, G. Aubert donnait des cours de
pédologie dans diverses écoles agronomiques: Génie rural, Grignon, Angers,
èmeainsi qu’en 3 cycle de l’Université de Paris VI. Il était conseiller scientifique
des Instituts Agronomiques Tropicaux: IRAT, IRCT …, expert consultant pour
l’UNESCO, la FAO, le CNRS. Tous les observateurs ont noté
qu’inlassablement, il remplissait des carnets de notes. Ses élèves attendaient de
lui un traité de Pédologie tropicale, mais Georges Aubert estimait que la
Pédologie, science jeune, était trop évolutive. En réalité, plus à l’aise dans
l’expression orale qu’écrite, il ne prit pas le temps de s’arrêter pour rédiger un
teltraité.
Il fut reçu dès 1955 à l’Académie d’Agriculture, puis élu à l’Académie des
sciences d’outre-mer, le 20 mars 1964, au fauteuil d’Emile Prud’homme, son
ancien professeur. Il y fut reçu le 22 janvier 1965 et en devint président en
1985. Jusqu’au début des années 90, il intervenait sur les questions qui lui
étaientchères:lessols,l’eau,l’environnementetledevenirdenotreplanète.23
Le 6 septembre 2006 a marqué le terme d’une vie active, dévouée à la science.
Georges Aubert repose dans sa chère Sologne. Il nous laisse le souvenir d’une
personnalité hors pair, d’une énergie inlassable, qui a suscité des vocations et
entraîné dans sa dynamique une génération d’étudiants soucieux de promouvoir
lespays endéveloppement.
YvesBoulvert
BIBLIOGRAPHIE
! Ouvrages
Les sols de la France d’outre-mer, 1941, Collect. Monographies et mises au
point.ImprimerieNationale,Paris,89p.
Lessolsdesplateauxnormands,1949,Gauthier-Villars,Paris,167p.
eLa Pédologie avec J. Boulaine, 1967 – 2 éd. 1980, Coll. «Que sais-je ? », n°
352,PUF,Paris,128p.
! Articlesparusdans:
-Desouvrages
èmeSolsisohumiques,p.279-281 inEncyclopaediaUniversalis,1984,2 éd.
Etude des sols et classification, p. 41-45 in Livre jubilaire du cinquantenaire de
l’AFES,1984.
-Desrevues
ComptesrendusAcadémiedessciences,France:
1945,vol.221,p.755-757.Observationssurlessolsdel’Anjou.
1948, vol. 227, p. 5-8, avec A. Demolon et S. Hénin: Tendances actuelles
delapédologie
danslesrégionstropicalesetsubtropicales.
1952, vol. 234, n°7, p. 689-692. Sur la capacité de production des sols en
Afrique équatorialeettropicale.
ComptesrendusdelaSociétéGéologiquedeFrance:
1949, n°13, p.314-315. Sur l’interprétation de certaines couches du
Stampiensupérieurdel’extrémitéorientaleduHurepoix.24
CahiersORSTOM,SériePédologie,Paris:
1963,n°3. La classification dessols: la classification pédologique française
en1962,p.1à7.
1965, vol.3, n°3. Classification des sols: tableaux des classes, sous-classes,
groupes et sous-groupes de sols, utilisés par la section de pédologie de
l’ORSTOM,p.269-288.
1966, vol.4, n°4. Observations sur la classification des sols ferralitiques,
p.89-90.
1980-81, vol. 18, n°3-4. Volume spécifique jubilaire pour Journée Georges
Aubert–11septembre1980,322p.
1983,vol.20,n°1.Observationssurlessolssalésousalsodiques,p.73-78.
1986, vol.22, n°2. Réflexion sur «Défense et Restauration des Sols » en
Algérie,p.147-151.
Annalesdel’IFAC(France),1998,avecH.Moulinier:
Prospection pédologique de la station centrale Foulaya (Guinée), 20 p. +
carte1/20000.
Annalesagronomiques(France),1963,vol.14,n°5:
L’utilisationdeseauxsaléesauSahara,p.859-872.
Annales de l’Institut national Agronomique – El Harrach (DZA): 1976, vol.7,
n°1
LessolssodiquesenAfriqueduNord,p.185-196.
BulletinAFES(Fr.):
1937, vol.3, n°2. Relations entre la pédologie et la géographie botanique:
observationseffectuéesdanslarégionparisienne,p.1-6.
1955, n°63. Sur quelques problèmes de pédogénèse et de classification
abordésàLéopoldville,août1954,p.77-82.
1959, n°10. Tendances actuelles de la recherche en Sciences du Sol au sud
duSahara,p.374-378.
1960, n°2: Troisième conférence interafricaine des Sols, 2-12 novembre
1959,àDalaba(Guinée),p.71-73.
ème1961, n° spécial. Impressions sur le 7 Congrès international Sci. Sol –
Madison(USA),août1960,5p.
Solsafricains(Fr.):
1954, vol.3, n°1, avec F. Fournier: Les cartes d’utilisation des terres:
projetdelégende,p.83-109.
1964, vol.9, n°1. La classification des sols utilisée par les pédologues
françaisenzonetropicaleouaride,p.97-105.25
AgronomieTropicale:
1954, 08, n°4, avec H. Moulinier. Observations sur quelques caractères des
solsdecacaoyèresenCôted’Ivoire,p.428-437.
ème1954, 12, vol.9, n°6: Deuxième conférence interafricaine des sols et 5
congrèsInt.deSciencedusol,p.725-727.
Oléagineux(Fr.):
1955, vol.10, n°4, avec P. Prévôt et al.: Dégradation du sol et toxicité
manganique,p.239243.
Pocvovedenie (SUN), URSS, 1974, n°8: Problemy pocvoobrazovanija i
harakternye osobennosti tropiceskih pocv = problèmes de pédogénèse et
particularitéscaractéristiquesdessolstropicaux, p.6-19.
Comptesrendusdel’Académied’AgriculturedeFrance:
1955,vol.41.L’étudedessolsdelaFranced’outre-mer,p.581-585.
1955, vol.41.La dixième session du Comité consultatif de l’UNESCO sur
leszonesarides,p.658-660.
1956, vol.42. Quelques réunions internationales sur l’organisation de la
recherchescientifique,p.779-786.
1957, vol.43. Quelques aspects de la pédologie: 2. Classification et
cartographiedessols,p70-74.
1959,vol.45.Relationsentresolsetvégétationdanslesrégionstropicaleset
leursbordurestropicaleshumides,p.839-841.
ème1960. Classification et cartographie des sols. Observations à la suite du 7
CongrèsInter.Sc.Sols,p.901-903.
1961,vol.47,n°7.L’essordelaSciencedusolde1919à1939,p.393-396.
1964.ObservationssurlessolsduNorddelaNouvelle-Zélande,p.315-320.
1965, vol.51, n°6. Contribution de la carte pédologique à une limitation
raisonnabledel’extensiondel’agriculturesansbétail,p.384-388.
1969, n°15. Le centre de recherches sur l’utilisation de l’eau salée en
irrigationenTunisie,p.1115-1120.
1969, avec Ch. Ollat. Observations sur l’utilisation d’eaux saumâtres pour
l’irrigationetsurl’améliorationdessolssalés,vol.55,n°4,p.244-254.
1970, vol. 56, n°16. La cartographie des sols en Afrique tropicale
francophone,p.1258-1269.
1985, vol. 71, n°10. Utilisation des terres et alimentation des populations
despaystropicauxenvoiededéveloppement,p.1141-1151.
ComptesrendusSociétéBiogéographie(Fr.):
1946, vol.23, n°199. Observations sur quelques sols de l’Oranie
nordoccidentale,p.44-51.
1983, vol.59, n°1. Transformation du paysage sous l’influence de
modificationsdusolduesàl’actiondel’homme,p121-126.
1989. Les sols de savanes de basse et moyenne altitude en Afrique
occidentale,p.3-13.26
-Colloques,Conférences,Réunionsinternationales:
Montpellier,Alger,9-20mai1947,CongrèsdePédologieméditerranéenne:
-Lessolsàcroûtecalcaire,
-AvecR.Maignien:LessolsduSénégal
Paris, France, 1946,Commission dubassin de la Seine (Cahiers n°10): Les sols
desplateauxnormands,16p.
Amsterdam, juillet 1950. Colloque: Les Bases écologiques de la Régénération
delaVégétationdesZonesarides.
Paris, 1951, UISB (Union Internationale des Sciences Biologiques), n°9,
p.1125.Lessolsdesrégionssemi-aridesd’Afriqueetleurmiseenvaleur.
Abidjan, C.I., 1959: Influence des divers types de végétation sur les caractères
et l’évolution des sols en régions équatoriales et subéquatoriales ainsi que sur
leursbordurestropicalessemi-humides.CCTA-UNESCO,Paris,1961,p.41-47.
Paris, juin 1959. Colloque: Les rapports du sol et de la végétation. Soc.
Botanique de France, Masson, 1959: Influence de la végétation sur le sol en
zonetropicalehumideetsemi-humide,p.11-22
Madagascar, 1970: Comptes-rendus de la Semaine Géologique, avec F.
Bourgeat, G. Delibrias: Les phénomènes anciens de rajeunissement des sols
ferralitiquesàlalatitudedeTananarive,p.17-23.
Orléans (Fr.), septembre 1973: Utilisation rationnelle et protection des cycles
biogéochimiques des sols, p. 222-233, in N. Marois (édit.): Vers un plan
d’actions pour l’Humanité. Problèmes et perspectives. Institut de la Vie.
Elsevier,Paris-Amsterdam,1974.
Roma(Italie), FAO, 1974: World assessment of soil degradation: an
internationalprogramofsoilconservation:Biologicaldegradation,p.20-22.
Lubbock (Texas), août 1976. Managing Saline water for Irrigation. Intern.
Salinity Conference Map of salty soils of Africa. Texas University, 1977,
p.598-604.
Ithaca (USA), avril 1977, Cornell University. Soil Resource Inventory Study
Group:SoilSurvey:differenttypesandcategories,p.7-17.
Sao Paulo (Brésil), sept. 1978, Coloquio Interdisciplinar Franco-Braseilero,
Universidad Sao Paulo, 1983: La définition pédologique des carapaces et
cuirasses.27
Le Caire (Egypte), 20-24 mars 1979. Conference of Directors of Int. UNESCO:
The in-service training of scientific technicians for scientific and technical
researchanditsapplication.
èmeNew Delhi (Inde), février 1982, 12 Congrès International de Science du sol.
Observations on the characteristics nomenclature and classification of the
saltaffectedor“salsodic”soils.
Ouagadougou (Burkina Faso), sept. 1991. Production of tropical crops :
Séminaire Régional FIS-Stockholm,Suède, 1991, p.69-79 : Influence de faibles
variations climatiques sur les horizons supérieurs des sols de la zone sahélienne
d’Afrique.
! Livresetpublications
Jubilé scientifique: Journée Georges Aubert, 11 septembre 1980. Cahiers
ORSTOM.SériePédologie.Vol.18,n°3-4,1980-1981,Paris,322p.
Nécrologie de Georges Aubert par Yves Boulvert (séance du 6 octobre
2006),p.366à368 inMondesetCultures,to.LXVI,vol.1.
Eloge de Georges Aubert par Jean-François Turenne, reçu membre titulaire
par Jacques Arrignon (6 mars 2009), p.139-147 in Mondes et Cultures, to.
LXIX,vol.1.29
!AndréAUBRÉVILLE
(1897-1982)
Unmaîtredelabotaniqueforestièretropicale
Issu de vieilles familles lorraines modestes et patriotes, André Aubréville naît,
le 30novembre 1897, à Pont-Saint-Vincent en Meurthe-et-Moselle, à la sortie
sud de Nancy. En 1915, il passe le baccalauréat Mathématiques-philosophie, et
entre en octobre en Math. Spé. au lycée Saint-Louis à Paris. A peine âgé de 18
èmeans, il est appelé en janvier 1916 au 164 régiment d’infanterie, alors que –
préparant Polytechnique – il aurait pu être versé dans l’artillerie. Il vit la rude
épreuve destranchées,caporal puis sergent, décoré de la médaillemilitaireetde
la Croix de Guerre avec trois citations. A la sortie de la grande guerre, il se
retrouve en Math. Spé. à Nancy et intègre Polytechnique en 1920. Le 13 juillet
1923, un décret crée un cadre d’officiers des Eaux et Forêts des colonies.
CurieusementpourunX,ilchoisitcomme écoled’application,celledesEauxet
Forêts à Nancy, ce qui lui permet de rester deux ans dans sa chère Lorraine en
rêvantd’horizonslointains.
En janvier 1925,promuInspecteurdesforêtscoloniales,A.Aubrévillearriveen
Côte d’Ivoire, rapidement nommé chef de service. Tout est à faire.
Immédiatement «confronté aux problèmes de connaissance de la forêt
africaine si hétérogène au plan floristique, confuse, enchevêtrée, versatile,
fragile, rapidement altérable, modifiable à l’excès », il s’efforce d’en
réglementer autant que faire se peut l’exploitation anarchique. Parallèlement en
dix ans, il accumule des centaines d’échantillons d’arbres de forêts denses, qu’il
dessine lui-même sur le vif. Il tire de ses travaux une « Flore forestière de Côte
d’Ivoire ». En 1936, il gagne un concours ouvert par l’Académie des sciences
coloniales sur le sujet: « La Forêt coloniale ». Son mémoire est remarqué et
publié; c’est un traité de sylviculture tropicale: « La forêt coloniale ; les forêts
de l’A.O.F »(1938).Ilestadmisentantquecorrespondantdel’Académie!
Dès 1936-37, à la demande du Gouverneur général de l’A.O.F, A. Aubréville
parcourt la Mauritanie, le Sénégal, la Guinée, le Soudan français, le Togo, le
Dahomey, mais aussi le Niger-Nigeria où il participe à une mission
francobritannique au sujet du déboisement et de l’avance du Sahara vers le sud. Un
slogan que l’on retrouvera un demi-siècle plus tard vient d’être lancé: «Depuis
trois siècles, le Sahara a avancé vers le sud, d’un kilomètre en moyenne par
an ». Il n’est alors pas trop pessimiste, mais il souligne l’importance du climat,
notamment de la répartition des pluies dans l’année et de la longueur de la
saisonsèche.
Nommé inspecteur général des Eaux et Forêts de l’A.O.F en 1938, il devient
conseillertechniquepourlesforêtsauprèsduMinistredesColonies,G.Mandel,30
et en 1939, se voit confier les fonctions d’Inspecteur général des Services
forestiers de la France d’outre-mer. Il le demeure jusqu’en 1955. Durant la
guerre, il a à s’occuper du crucial problème des «carburants végétaux de
remplacement dans l’ouest africain » (cf. C.R. Séances AC. Sc. Col. du
15-011943). A ce titre, il effectue de nombreuses missions dont, à la sortie de la
guerre, en 1946, une grande tournée en A.E.F et au Cameroun. On croyait alors
que la latéritisation ou cuirassement des sols africains était un phénomène
récent, au plus Quaternaire. Il est très frappé après les «bowé » guinéens de
l’extension des «lakéré » centrafricains dont il a l’impression qu’ils s’étendent
aux dépens de la végétation ligneuse. Dans un article célèbre: «Erosion et
«bovalisation» en Afrique Noire française », il lance un cri d’alarme: «Le
bowal est une lèpre qui s’étend sur le sol et dans la forêt … Tous les pays à
revêtement de cuirasse ferrugineuse sont donc condamnés à devenir
désertiques… »
De ses tournées, il retire la matière d’un épais rapport de mission: « Richesses
et misères de l’Afrique Noire française » et de deux ouvrages fondamentaux
dont «Climats, forêts et désertification de l’Afrique tropicale » (1949) où il
classe méthodiquement les types de végétation sur des bases bioclimatiques, et
surtout «Flore forestière soudano-guinéenne » (1950) qui, avec ses cartes et
ses planches très claires, servira d’ouvrage de base aux forestiers, agronomes,
pédologues francophones travaillant en Afrique tropicale. Admis à la Société
botanique de France, il en fut Président en 1951-52. Sous son impulsion, le
CTFT (Centre Technique Forestier Tropical) voit le jour en 1949. Ilyest
commissaire du Gouvernement jusqu’en 1955, date de sa mise à la retraite de
forestier,avantdedevenirsonvice-présidentàpartirde1962.Demême,ilcrée,
en 1947, la revue «Bois et Forêts des Tropiques » et reçoit sa présidence en
1956; cette revue bénéficie, outre de ses articles, de ses analyses
bibliographiques intitulées « Prospections en chambre » entre 1950 et 1961.
De 1946 à 1955, il assure à l’école des Eaux et Forêts de Nancy,un cours
d’économieforestièretropicale.
Elu, le 22 janvier 1954, à l’Académie des sciences Coloniales (devenue
l’Académie des sciences d’outre-mer en 1957), il est reçu par l’ancien ministre
P. Devinat; il en profite pour dresser un tableau et un bilan de la forêt tropicale
dont il souligne qu’elle est fragile et que ses réserves ne sont pas inépuisables
comme on le croyait alors. En 1958, il est nommé Professeur au Muséum
National d’Histoire Naturelle dont il était correspondant depuis 1936. Ily dirige
le Laboratoire de Phanérogamie ainsi que le Laboratoire annexe de l’Ecole
Pratique des Hautes Etudes jusqu’en 1968. Cette seconde carrière lui offre
l’opportunité de nombreux déplacements botaniques et forestiers à travers le
Monde.31
Dès 1961, il fonde la revue botanique «Adansonia » qu’il alimente en articles
(près de 80) sur les Caesalpiniacées et les Sapotacées, familles dont il est
spécialiste, mais aussi sur la systématique, l’écologie, la phytogéographie … La
même année 1961, il met en route une «Flore du Gabon » qui paraît en
fascicules, ainsi qu’en 1963, une «Flore du Cameroun » et, en 1967, une
«Flore de Nouvelle-Calédonie ». Entreprise par Humbert, la « Flore de
Madagascar et des Comores »est poursuivie, de mêmequ’est réactivée celle de
l’ex-Indochine. Il joue également un rôle dynamique à l’AETFAT (Association
internationale de botanistes œuvrant sur l’Afrique). Couronnement de sa
carrière, il entre le 18 mars 1968, à l’Académie des sciences, dans la Section de
Botanique. Hélas, bientôt, sa santé décline. Il décède le 11 août 1982, et repose
à Frouard près de Nancy. Outre ses décorations militaires, il était Officier
d’Académie (1947), Officier de la Légion d’honneur et titulaire de diverses
décorations étrangères.
A la suite d’Auguste Chevalier, il demeure le maître de la Botanique forestière
tropicalefrançaise.
YvesBoulvert
BIBLIOGRAPHIE
! Principalespublicationsd’A.Aubréville:
1936 – Flore forestière de la Côte d’Ivoire, Larose, Paris, 3 to., 881 pages
illustrées de 351 planches de sa main, 600 espèces d’arbres et arbustes décrites,
ouvrage réédité en 1959 par CTFT, Nogent-sur-Marne en 3 volumes de 372,
342et334p.
1938 – La forêt coloniale; les forêts de l’Afrique Occidentale française.
Annales Acad. Sc. Coloniales, to IX. Soc. Edit. Géogr.Mar. et Colo., Paris, 244
p.+planches.
1948 – Richesses et misères des forêts de l’Afrique Noire française(Rapport de
mission, 1945-46), Section technique d’Agriculture tropicale,
Nogent-surMarne.ImprimerieJouve,Paris,250p.
1949–Climats,forêtsetdésertificationdel’Afriquetropicale.Soc.Edit.Géogr.
Mar.etColo.,Paris,351p.
1949 – Contribution à la paléohistoire des forêts de l’Afrique tropicale. Soc.
Edit.Géogr.Mar.etColo.,Paris,99p.
1950 - Flore forestière soudano-guinéenne. A.O.F-Cameroun, A.E.F. - Soc.
Edit.Géogr.Mar.etColo.,Paris,1vol.,525p.,rééditéen1985.32
1961 – Etude écologique des principales formations végétales du Brésil,
C.T.F.T.,Nogent-sur-Marne,269p.
! Dès 1929, parution d’articles (en tout 313!) dans diverses revues
scientifiques:
RevuedeBotaniqueappliquéeetd’Agriculturetropicale(d’A.Chevalier),
ActesetComptes-rendusdel’AssociationColonies-Sciences,
Bulletinafric.duCongoBelge,
BulletinduComitéd’Etudeshistoriquesetscientifiquesdel’A.O.F.,
Bulletindel’Agr.gén.desColonies,
MémoiresSoc.Biogéogr.,
RevuedesEauxetForêts,
Scientia,
Revuegén.desTransports,
Académiedessciencescoloniales,
Bulletindesmatièresgrasses,
Agronomietropicale,
BoisetForêtsdesTropiques,
BulletindelaSociétéBotaniquedeFrance,
Marchéscoloniaux.
CahiersdelaMaboké(RCA).
Nombreux articles dans Adansonia, revue du muséum qu’il a créée, dirigée et
soutenuedepuis1961.
! ParticipationàdiversesFlores:Gabon,Cameroun…
! MissionsetCongrèsdivers…
! Quelques élémentsbibliographiques inMondesetCultures:33
3 juin 1955 – Réception de M. l’Inspecteur général Aubréville par l’ancien
ministreP.Devinat.Réponsesurlagestiondelaforêtafricaine,p.299-329.
er1 octobre1982–NécrologieparR.Letouzey,p.836à838.
7 mars 1986 – Réception par le professeur Théodore Monod de M. René
Letouzey.ElogeduprofesseurAubréville,to.XLVI–2–p.287-297.35
!AntoineAUDOIN (Capitainedefrégate)
(1874-1932)
MarinduTchad
Antoine-Gontran Audoin naît le 12 novembre 1874 à Mouthiers-sur-Boëme (au
sud d’Angoulême en Charente) où son père est receveur buraliste. Jeune
élèveerofficier sur le «Borda » à Brest depuis le 1 octobre 1892, il révèle son esprit
d’indépendance («ne manque pas d’intelligence … a souvent fait preuve de
mauvais esprit »). Aspirant en service dans l’océan Indien, il participe à la
campagne de Madagascar à Diego-Suarez puis Tuléar. Il s’y initie aux travaux
hydrographiquesets’yrévèle «excellent officier
».Enseignedevaisseau,ildoit
êtrerapatriépourraisondesantéen1897.IlestenvoyédanslePacifiqueàPortVila(Nouvelles-Hébrides)en1899,puisàNouméa(1900).
Son dossier indique: «zèle et dévouement peu soutenus »; il n’a pas encore
trouvé sa voie. En 1901, il effectue une campagne sur le «D’Assas » avec
l’escadreduNord.
Au lendemain de la chute de Rabah, A. Audoin est envoyé, de 1902 à 1905, au
Tchad pour succéder à D’Huart sur le « Léon Blot » au commandement de la
flottille du Tchad. Les explorations de la campagne 1902-1903 s’effectuent
avec le «capitaine d’Adhémar, aîné bienveillant et expérimenté ». Le lac a
baissé depuis le passage de d’Huart: « Les eaux en retrait dégagent des bancs
de vase, les bahrs à sec disparaissent sous les roseaux, les mares résiduelles
tarissent … ». En juillet 1903, tandis qu’il emmène en tournée l’administrateur
A. Fourneau, il s’envase vers Bongromi. Il doit mobiliser deux cents hommes
pourcouvrirtroiscentsmètres «en progressant parpetits bonds… ».
Rentrant, en août 1904, avec d’Adhémar après avoir établi la première carte de
l’archipel (constitué d’une multitude d’anciennes dunes ennoyées) sud du lac
Tchad, ils découvrent que la crue était insuffisante pour qu’une communication
fluviale, comme celle qui avait permis, l’année précédente, le passage de la
missionLenfantparlaBénouéetleToubourisoitpossible.
Lieutenant de vaisseau depuis octobre 1905, A. Audoin est envoyé, de janvier à
août 1906, en mer de Chine avec l’escadre d’Extrême-Orient. D’octobre 1906 à
décembre 1907, il retourne en Afrique centrale comme adjoint au commandant
Tilho pour la mission d’abornement entre le fleuve Niger et le lac Tchad. Tilho
le note: « Précieux comme astronome, géodésien, chargé de recherches
magnétiques et suppléant personnel du chef de mission…, très instruit…, haute
valeur…,très durpourlui-même ».36
Il revient d’octobre 1907 à août 1908 pour compléter les explorations
scientifiques à terre au nord-est du lac Tchad. Ce « marin des sables » comme
l’a baptisé J. Malval (1966), confirmé cavalier et méhariste, s’avance à travers
les «Pays-Bas du Tchad » (situés à près de cent mètres au-dessous du niveau
dulac),jusqu’auxconfinsduBorkou.
A. Audoin est désigné pour ramener à la côte, la mission via Zinder, Niamey et
le Dahomey. Il y fait preuve de «remarquables qualités de commandement et
de sang-froid ». Ainsi, ayant voulu relier, au nord-ouest du lac, Nguigmi à
Gouré par le désert, il faillit faire périr de soif son détachement, un des puits
étant effondré. Avec une simple boussole, A. Audoin poursuit sa marche sur
cinquante kilomètres vers un puits déterminé astronomiquement! Alors
inédites, ses observations astronomiques s’étendent du golfe de Guinée au
Tchad.
Nommé chef de la mission hydrographique au Gabon en juin 1910, A. Audoin
dirige l’étude des ports maritimes du Gabon et de l’ensemble de la façade
maritime de l’A.E.F. L’étude de l’estuaire de l’Ogooué effectué, il établit le
programme des travaux à réaliser. Il fixe ainsi le choix des ports du cap Lopez
(futurPort-Gentil)etdePointe-Noire,cedernierretenucomme
tête de ligne du futur chemin de fer Océan-Brazzaville. Officier de la Légion
d’honneur, le 30 octobre 1911, A. Audoin reçoit pour son rapport un
témoignage officiel de satisfaction du ministre des Colonies (21 avril 1913). Le
25 août, il est rappelé depuis Bordeaux pour prospecter rivières et bassins du
sud du Tchad: bahr Salamat, lac Iro, Erguig, bahr Sara et Fafa. Pour remplacer
la pénible voie de portage Oubangui-Chari, il propose de faire remonter la
navigation par le bahr Sara jusqu’à Batangafo et d’en faire partir le chemin de
fer ou une voie carrossable vers l’Oubangui « en raison de la très grande
supériorité du bahr Sara sur le Gribingui en tant que voie navigable ». Pour
Audoin en effet: «le bahr Sara est bien la branche maîtresse du Chari. Son
débit àl’étiage,a ététrouvé égal àtroisfoisenvironcelui duChari ».
Le 24 novembre 1914, il rejoint le front français prenant le commandement
d’une batterie d’auto-canons de 37. L’appréciation élogieuse du général Pétain
(15 février 1915) est reprise par le général Fayolle (20 août 1916) qui lui
èmesuccède à la tête du 33 Corps d’Armée. La même année, il est envoyé au
Cameroun, adjoint au commandement de la colonne de Campo vers la vallée du
Ntem de janvier à mars 1916. Il commande l’artillerie légère. Il y est blessé au
bras à Voleu N’tem lors d’une reconnaissance qui force une compagnie
allemandeàserendreaumomentoùelleallaitseréfugierenGuinéeespagnole.
Il est nommé à la tête des navires allemands capturés à Douala ainsi qu’à la
erdirection de ce port. Capitaine de corvette (1 juillet 1917), il prend le
commandement d’un détachement de trois compagnies et de la région nord-37
Cameroun à Garoua. Il pacifie, administre, mais aussi via le Mayo Kébi et
Bongor, s’efforce de ravitailler le Tchad très isolé en 1918. Pour ses
«importants services rendus » et ses «qualités exceptionnelles
d’organisateur »,il est nommé capitaine de frégate le 18 mars 1920; à noter
qu’en 1919, la Marine indiquait: «n’a pas servi à la mer depuis plus de douze
ans, ne serait plus apte àcommander unbâtiment »(deguerre)!
Toujours «marin du Tchad », le 20 février 1920, il obtient d’être rapatrié du
Cameroun «par le Dar Four et l’Abyssinie ». Depuis Garoua, son itinéraire
passe par Baïbokoum, Goré, Moïsalla (Moïssala), Fort-Archambault (Sahr),
Ndélé, Ouanda Djallé, Birao, Nyala (au sud Darfour), Abou Gabra, El Odeya,
Abou Zabbed (Abu Zabad), El Obeïd. Ne pouvant poursuivre vers Djibouti sur
les traces de la mission Marchand, il bifurque vers Khartoum et Alexandrie. A.
Audoin estime les potentialités économiques de ces régions, notamment celles
«les plus récemment occupées »et «jusqu’à ces dernières années razziées sans
pitié » par les sultans du Dar Kouti, Dar Sila et Dar Four. Dar Kreich et Dar
Binga sont «encore complètement inhabités (ce qui est encore le cas) … et
extrêmement giboyeux » (ce qui n’est plus). Selon A. Audoin, le Toal (l’oued
Tiwal qu’il semble le premier à signaler), tributaire de la Yata et donc du Chari,
«reporte la frontière à une centaine de kilomètres plus est (sic) qu’on ne
l’estimait jusqu’alors ». C’est un fait mais il ne sera pas retenu par la mission
d’abornementGrossard-Pearson(1925)!
Fin 1920, A. Audoin suit un stage à l’Ecole de la Méditerranée à Saint-Raphaël
(ballon captif, école d’aviation…) pours’initier aux techniquesnouvelles avant
de s’embarquer à Saint-Nazaire, le 22 mars1921pourLa Guayra au Venezuela,
conseiller naval devant prendre la direction de l’Ecole Navale et y organiser la
défense des côtes. Début 1922, le Ministère de la Marine lui demande qu’au
cours de son voyage de retour depuis Caracas par Panama, San Francisco,
Hawaï, les Philippines, les îles de la Sonde, il fasse part de ses observations sur
lesports,leslignesdenavigation…
Après une dernière mission hydrographique au Niger, fin 1922, il est mis à la
retraite et entre à la Compagnie des Messageries maritimes en Indochine,
naviguantuntiersdel’année.Sursademande,ilestrayédescadresderéserveà
Nouméa, le 19 juillet 1929. Décédé en 1932, il était commandeur de la Légion
d’honneur (30 avril 1921), médaillé colonial avec agrafe, chevalier de l’Etoile
d’Anjouan, «officierd’Académie »(1906).
YvesBoulvert38
BIBLIOGRAPHIE
! Publicationsd’AntoineAudoin:
1905 – Notice hydrographique sur le lac Tchad. La Géogr. XII, p.305-320, 2
schémas.
1906 – Audoin et d’Adhémar – Etude des relations par eau du Logone avec la
Bénoué au cours de l’hivernage 1904. Rens. Col. C.A.F. n°12, p.365-371, avec
2cartes:zonedecontactToubouri-Logone.
1906 – Prix Charles Maunoir pour ses travaux sur le Tchad. La Géogr. XIII,
p.408.
1910–DeuxNotices inJ.Tilho,1910(ci-dessous)
Notice géographique sur les constatations faites par la mission sur les variations
deniveaudulacTchad.
Notice sur la détermination des éléments du magnétisme terrestre depuis la côte
duDahomeyjusqu’auxconfinsduBorkouparlelacTchad.
1912 – Etudes hydrographiques maritimes au Congo (in Discours pour général
Merlin).Rens.Col.C.A.F.,p.342.
1913–LamissionhydrographiqueduGabon(1910-1912).Rens.Col.C.A.F.:
Exposé général. Etude de la barre de Pointe Noire. Le port. p. 177-186 +
207219,1plan1/40000.
Baie du Cap Lopez et embouchure de l’Ogooué, esquisse d’un avant-projet
d’aménagement.p.246-251,1plan1/30000.
Aménagement de l’Ogooué et intercommunication des lagunes. 6 itinéraires et
profils,p.275-286.
L’éclairageetlebalisage.p.287-290,1plan1/20000.
1920 – Notes sur le voyage du Commandant Audoin. Du Cameroun en Egypte
parl’Afriquecentrale.p.235-242inLaGéogr.XXXIV,n°3,sept-oct.1920.
! Elémentsbiographiques:
èmeDossier CC7 – 4 Mod. cart. 300 aux Archives de la Marine – Château de
Vincennes.39
Notice A.Audoin,p.9inN.Broc,DictionnaireillustrédesExplorateurs,CTHS,
Paris,1988.
Documents scientifiques de la mission Tilho (1906-1909). 2 to.: 422 p. (1910)
et680p.(1911)avecnombreusesfigures,planchesh.t.etcartes1/500000.
C.R. signé Ch. Rabot, 1914 – Mission du Lieutenant de Vaisseau Audoin en
AEF,p.128-130 into.XXX,LaGéographie.
Nécrologie,p.235-236inLaGéogr.,1932,I.
Tilho J., 1947- Le Tchad et la capture du Logone par le Niger.
GauthiersVillars, Paris, 202 p., 1 carte h.t. 1/20 000, cf. p.17-19 Mission
d’AdhémarAudoin(1904).
Malval J. Dr., 1966 – Marins du Tchad (1897-1914), p.7-10 in n°79, oct. 1966,
L’ancred’or-Bazeilles.Bull.liaisonTroupesdeMarineetdesAnciensd’O.M.
GentilP.,1971–LaconquêteduTchad(1894-1916),Thèse,II,cf.p.172,235.41
!LouisPaulAUJOULAT
(1910-1973)
MédecinauCameroun,député,ministre
Il s’agit d’un pied noir, né à Saïda en Algérie, d’une famille originaire du
Vivarais. Son père était instituteur. Il fit ses études au collège de Sidi BelAbbès
etpassasonbaccalauréatàAlgeren1927.
D’un tempérament généreux et dynamique, il chercha toute sa vie à aider les
autres. Avec sa femme, qui vécut avec lui en Afrique, il pratiqua le laïcat
missionnaire, créa une fondation médicale au Cameroun, joua un rôle
primordial dans la préparation de l’émancipation coloniale et politique des pays
africains,ainsiquedansl’évolution économico-socialedel’Afriquefrançaise.
Pendant ses études, il apprenait le français aux Espagnols immigrés et militait
dansdesassociationscatholiques.
Docteur en médecine à 23 ans, il travailla dans le laboratoire de physiologie du
professeur Legrand. Il écrivait des articles dans «la Catho ». Il créa le cercle
Saint Thomas, la ligue missionnaire des étudiants de France, en 1932
l’association «Ad Lucem » pour l’union fraternelle des races. Cette association
était laïque, universitaire, catholique et missionnaire. Louis Massignon,
professeuraucollègedeFrance,enfaisaitpartie.
Aujoulat, comme beaucoup de jeunes Français, avait visité l’exposition
coloniale de 1931 et avait découvert l’attrait de ces colonies lointaines. Il fait
une mission au Cameroun et au Gabon en 1935, reste au Cameroun, où il
apprend la langueEwondo.Ilvavisiterl’hôpitalSchweitzerdeLambarénépour
s’inspirerdesaconception.
En 1937, il commence la construction d’un hôpital à Efok, futur cœur des
fondationsAdLucem.Lestravauxsetermineronten1945.
Appelé au service militaire, il est affecté comme médecin auxiliaire au
Cameroun. En 1939, il devient médecin de la subdivision d’Eséka, puis est
placé en affectation spéciale à Efok. En 1940, il est médecin chef de
l’importante subdivision de Saa. Il contribue à la mise en valeur, en créant une
briqueterie, une menuiserie et une fabrique d’alcool pour le dispensaire par
distillationdesbananes.
Ilfondelarevue «LeCamerouncatholique ».
En1944,c’estune écolenormalechrétienne.
En 1947, il présente la fondation «Ad lucem » au Pape Pie XII. En 1952, la
fondationpossède342antennesenpaysdemission.42
Aujoulat crée un foyer des étudiants d’outre-mer. Il est élu député en 1945,
réélu en 1946 et élu au titre du collège africain en 1951, dans le groupe MRP.
En même temps, il entre à l’Assemblée régionale, puis territoriale du Cameroun
(ATCAM), qu’il préside pendant deux ans. Il se lie d’amitié avec Ahmadou
Ahidjo, futur président du Cameroun. Il est responsable du FIDES (fonds
d’investissements et développements sociaux). Il joua un rôle essentiel pour la
loidu15/12/1952,créantuncodedutravailoutre-mer.
En 1948, il supplie le gouvernement français de mettre fin à la guerre
d’Indochine.
Il devient secrétaire d’état à la France d’outre-mer et le reste jusqu’à janvier
1953.IlsympathiseavecMendèsFrance.
Il est plusieurs fois membre de la délégation française à l’assemblée générale
desNations-Unies.
Il participe à de très nombreux voyages officiels. Après 1956, en raison de
l’évolution des statuts des territoires d’outre-mer,Aujoulat comprit qu’il devait
renoncer à ses activités politiques outre-mer et s’orienter totalement vers
l’action médicale. Il effectue des déplacements au titre du ministère de la
Santé: OMS, Centre National d’éducation sanitaire et sociale, comité national
d’assistanceauxlépreux.
Toutes ses activités ne l’empêchent pas de continuer à mener une double vie de
médecinetdepromoteursocialauCameroun.
Connu dans différents territoires africains, il a laissé un souvenir marquant.
C’est ainsi qu’une stèle fut édifiée en son souvenir à Bobo-Dioulasso. Sur cette
stèleilestcitécomme «Aujoulatl’Africain ».
JeanHubert-Brierre
BIBLIOGRAPHIE
Aujoulat Louis Paul, médecin, missionnaire et ministre, Association
internationaledesamisdudocteurAujoulat.43
!BabikerBADRI (Cheikh)
(1861-1954)
Ungrandpédagoguesoudanais
Evoquer Cheikh Babiker Badri, c’est rappeler à tout Soudanais la lutte
profondément nationale et sacrée, menée par des pionniers de ce pays afin
d’établir, de renforcer, de promouvoir un enseignement national, malgré les
difficultés de toutes sortes, et à une époque où cette nation n’avait pas encore
obtenusonindépendance.
Cheikh Babiker Badri, de la tribu des Rubatab, rencontra le Mahdi, qui lui fit
une très grande impression, à Abu Siad. Il entra ainsi dans le mouvement des
Ansars, et participa à treize batailles. En 1889, il est capturé à Toski, et restera
prisonnierenEgyptependantdeuxans.
De retour à Omdurman, il s’y installera commecommerçant, serendant souvent
à Suakin, pour y vendre la gomme arabique. Il participera à la bataille de
Karere, dont il a fait un compte-rendu extrêmement passionnant. On le retrouve
à Rufaa, en 1900, et cet ancien militaire va mener un nouveau combat, tout
pacifique celui-là, pour la scolarisation de ses concitoyens. Il fonde la première
école primaire dans cette ville, en 1903, suivie, par la première école de filles,
en 1907, initiative inouïe pour l’époque. Comme ses compatriotes hésitaient à
envoyer leurs filles, l’école ne recueillit d’abord que les propres filles et nièces
deCheikhBabiker,entoutsept.
En 1917, il va devenir Inspecteur de l’Education, et il parcourut tout le pays
pour recueillir des fonds afin de créer une Ecole de Filles à Omdurman, en
1934,quideviendraen1951unCollègeUniversitairedeJeunesFilles.
En 1951, également il va fonder, autre initiative heureuse, un établissement
d’enseignement technique «El Ahfad », qui se trouve à côté de l’Université
Islamique à Khartoum. Son fils M. Mohamed Badri, qui a développé cet
établissement devenu d’enseignement supérieur consacré aux métiers féminins,
rappelait que son père disait à ce propos: «Il y aura une époque où les études
abstraites auront moins d’importance que les études techniques. Essayons de
former des artisans et non des diplômés ». Les lecteurs francophones doivent
être mis en présence de l’œuvre de Cheikh Babiker, et de sa biographie. Il
faudrait qu’un licencié soudanais traduise en français les Mémoires de cette
personnalité, que M. Tubiana, dans son recensement de l’ouvrage publié en
anglais, décrivait comme «un homme d’une rare trempe, courageux jusqu’à la
hardiesse, sincère jusqu’au défi, et sachant reconnaître son combat là où il
est ». Les intellectuels soudanais ont beaucoup de ferveur et d’admiration pour
Cheikh Babiker.44
La tradition du Cheikh Babiker se poursuit donc aujourd’hui avec ses
petitsenfants. La Faculté de Jeunes Filles permet à de nombreuses Soudanaises
d’obtenir des diplômes en sciences sociales ou d’infirmière spécialisée à
Omdurman,villejumeléeavecKhartoumdel’autrecôtéduNil.
Cheikh Babiker est un témoignage de courage et de ténacité dans la réussite de
l’enseignement féminin en Afrique. Cet exemple doit être connu dans toute
l’Afrique mais aussi auprès de tous ceux qui, dans notre Académie, sont
attachés à la découverte de la culture soudanaise, par ailleurs peu connue en
français.
ChristianLochon
BIBLIOGRAPHIE
cf. «Tarikh Hayati » de Cheikh Babiker Badri; le premier des trois volumes a
été traduit en anglais par Youssef Badri, son fils, et G. Scott., (Oxford
Universitypress,Londres,1969).45
!Noël-EugèneBALLAY
(1847-1902)
Médecin, explorateur, administrateur, diplomate, gouverneur
général
Noël-Eugène Ballay naît le 14 juillet 1847 à Fontenay-sur-Eure, village au
sudouest de Chartres. Fils de riches cultivateurs beaucerons, rien ne le prédestine
aux aventures exotiques. En 1870, Noël Ballay est étudiant en médecine
lorsqu’éclate la guerre. Il s’engage comme simple soldat, médecin-auxiliaire
dansl’arméeduGénéralChanzy.Ilgagnesurlechampdebataillesesgalonsde
sous-officier et d’officier. Cité à l’ordre du jour, il reçoit la Légion d’honneur
pour sa belle conduite à la bataille de Fréteval, au nord-est de Vendôme. Selon
A. Terrier, il aurait lu dans un journal une demande émanant du Ministère de la
Marine d’un médecin pour le Congo. Jeune médecin auxiliaire de la Marine, en
1875, il se porte volontaire pour aller rejoindre la mission Brazza à la recherche
d’une voie d’accès vers l’intérieur du continent. Il débarque au Gabon, le 20
octobre 1875 et, le 10 février 1876, convoyant une partie du matériel, il rejoint
la mission à Lopé sur l’Ogooué. Les explorateurs atteignent Doumé chez les
Adouma, mais en juillet 1877, ils ne peuvent franchir les chutes de Toubara. N.
Ballay ne ménage pas sa peine pour soigner les indigènes malades, ce qui
facilite l’approche des chefs des tribus. Après l’exploration des rivières
Ngambo et Oba, Ballay quitte Brazza pour convoyer les malades vers la côte.
En novembre 1878, la mission se retrouve à Libreville et le 6 janvier 1879 à
Bordeauxaprèstroisansd’absence.
Avec Brazza, peu porté sur la plume, N. Ballay publie une relation de
l’expédition pour la Société de Géographie. Ils y relatent des difficultés de
toutes natures: rude climat, forêt dense humide, nombreuses chutes et rapides,
hostilité des Apfourou: cette population se vengeait sur eux des pertes que
venait de leur faire subir le passage en force de Stanley.Ils signalent la
découverte de l’Alima (affluent du Congo) et concluent: «Si l’Ogooué n’est
pas une voie directe vers l’intérieur, il en est indirectement une puisqu’il ouvre
le Congo et acquiert par là une importance capitale ». Dès l’année suivante, N.
Ballay soutient sa thèse de doctorat en médecine intitulée: «L’Ogooué »
(1880). Il y étudie surtout la géographie de ce bassin donnant un aperçu des
maladiesobservées.
Lors de la seconde mission Brazza, Ballay, nommé médecin dedeuxième classe
de la marine, et Mizon sont chargés de convoyer une chaloupe à vapeur en
pièces détachées. En raison de retards divers, ils ne parviennent à Libreville que
fin 1881. Brazza est déjà rentré à Paris pour organiser sa « Mission de l’Ouest
africain ». Grâce à sa diplomatie, N. Ballay entre en communication avec les
Apfourou ou Bafourou qui avaient bloqué la première expédition. Il fonde un46
poste à Ossikasurleversantcongolaisetentreprendle montagedupetitvapeur.
En attendant, il descend l’Alima en pirogue jusqu’au Congo sur lequel il
s’établit à Ngantchou, nouant des relations avec les chefs locaux. En juin 1883,
Brazza, nommé commissaire du gouvernement dans l’ouest africain, le rejoint à
Diélé et la chaloupe à vapeur baptisée le «Ballay » est lancée. Ils l’utilisent
pour descendre l’Alima jusque chez Makoko, puis le Congo jusqu’à
Brazzaville, atteint en mai 1884. Sur une lettre de cette période, N. Ballay écrit
avoir caressé «le rêve de remonter le Congo et l’un de ses affluents jusqu’aux
sources du Nil, de rencontrer là des traitants égyptiens et de descendre avec
euxcedernier fleuve »!Le7novembre1884,ilestderetourenFrance.
En raison de ses compétences, N. Ballay est désigné en tant que délégué
technique à la fameuse Conférence africaine de Berlin du 21 novembre 1884 au
6 février 1885 qui fit reconnaître nos «droits » sur le bassin de l’Ogooué et les
territoires de la rive droite du Congo. La même année, avec le lieutenant de
vaisseau Rouvier et le capitaine Pleigneur, il est chargé de déterminer sur le
terrain les frontières du Congo français et de l’Etat indépendant du Congo. La
mission reconnaît successivement les rivières Léfini, Nkémé, Alima, Likouala
et Sangha. Début 1886, elle remonte l’Oubangui jusqu’au nouveau poste de
Nkoundja. Il y est décidé avec les Belges que la frontière suivra les talwegs du
Congopuisdel’Oubangui.
N. Ballay devient alors administrateur. Le 29 juin, un décret le désigne comme
lieutenant-gouverneur du Gabon. Ce fut la période des premiers inventaires de
cette colonie, de son organisation administrative et des conventions de
délimitation avec le Portugal et l’Etat Indépendant. Entré en désaccord avec
Brazzasurlesméthodesdelacolonisation,ilquitteleCongofrançais,fin1888.
E. Etienne, sous-secrétaire d’Etat aux Colonies, désireux d’assurer le
développement économique de l’Afrique Occidentale, le désigne
lieutenantgouverneur chargé d’organiser les établissements côtiers guinéens dits des
«Rivières du Sud ». La prise officielle de possession de la presqu’île de Timbo
ne datait que du 8 mai 1887, Konakry ne comptait alors que quelques maisons.
Le protectorat sur le «Fouta-Diallon »ne fut établi qu’encette année 1889.En
mars 1893, la Guinée est constituée comme colonie autonome avec gouverneur
et budget spécial, sous l’égide de N. Ballay. Prudent avec les indigènes, il
cherche à attirer les commerçants en créant un port aux dépens de Freetown en
Sierra Leone. On lui doit la fondation de Conakry dont le carroyage urbain est
mis en place, l’ouverture des premières routes, l’occupation du Fouta-Djalon en
1896. Sa sage gestion des finances permet à la Guinée de ne plus dépendre des
subventions métropolitaines et même d’entreprendre vers le Niger la
construction d’une route et d’un chemin de fer sous la direction du capitaine de
génieSalesses.(cf.HommesetDestins,to.XI).47
A son retour en 1900, des rumeurs de démission à son sujet courent dans la
presse. Des circonstances tragiques l’amènent en réalité à de plus hautes
fonctions. Il avait déjà assuré plusieurs fois l’intérim du Gouverneur général à
Saint-Louis du Sénégal. Cette année-là, une épidémie de fièvre jaune y décime
la population européenne. Malade, le gouverneur général Chaudié doit rentrer,
N.Ballay demande àle remplacer cequ’ilobtientduministreDecraisquihésite
à l’exposer à un tel danger. Le ministre lui assigne Konakry comme résidence.
Il lui répond le 6 août 1900: «Dans les circonstances présentes, le devoir du
gouverneur général (surtout quand il est en même temps médecin) est d’être au
Sénégal et non à Konakry … Ce serait pour moi une grande honte d’aller me
mettre à l’abri, abandonnant les autres au milieu du danger… ». Débarqué au
Sénégal, le 18 août, sa première visite est pour l’hôpital où agonisent les
fiévreux. Selon A. Terrier, «par son tranquille courage, (il) ranima les
énergies défaillantes et dirigea lui-même la lutte contre le fléau ». Il est
titularisé danssesfonctionsdeGouverneurGénéral.Contrairementàcequ’écrit
N. Broc à la veille de rentrer en France, il décède en quelques jours, le 26
février 1902, non de la fièvre jaune qui l’épargne mais d’une affection
diabétique.
Simple et modeste, «il fuyait l’éloge et nul n’a été plus opposé à la
«réclame» »,comme l’écrit A. Terrier. Le Parlement donna un caractère
national à ses obsèques dans la cathédrale de Chartres. Il est inhumé dans son
village natal. Certains avaient proposé de débaptiser Konakry pour l’appeler
Ballayville! Plus modestement, grâce à une souscription publique, une statue
fut érigée à sa mémoire sur la place Ballay devant le Palais du Gouvernement.
Elle fut inaugurée par le Gouverneur Général Merlin le 30 janvier 1908 à
l’occasion de l’inauguration de la deuxième section de chemin de fer de Guinée
dont il avait lancé la construction. Depuis l’Indépendance en 1958, il ne reste
plus trace de ce monument sur la place de la République devant le Palais de la
Présidence.SelonA.Arcin,1907, «la Guinée est l’œuvre de Ballay ».Pourtant,
dans son ouvrage de synthèse sur la Guinée, J. Suret-Canale (1970) n’évoque
passafigure. Sic transit…
YvesBoulvert
BIBLIOGRAPHIE
! PublicationsdeNoëlEugèneBallay:
1879 avec P. Savorgnan de Brazza: Expédition sur le cours supérieur de
l’Ogooué, de l’Alima et de la Likouala. Bull. Soc. Géo., Paris, XVII, p.111 à
144.
1880–Thèse:l’Ogooué.Afrique équatorialeoccidentale.
! Référencesbiographiques48
-Noticesnécrologiques:
TerrierA. Le Gouverneur Général Ballay, p.51-53 in Bull. Com. Af. Fr., n°2,
février1902.
Anonyme: A la mémoire du Gouverneur Général Ballay, p.142-145 in Bull.
Com.Af.Fr.,n°4,avril1902,p.151-152 inLaGéographie1902,I.
-Noticesbiographiques:
Roman d’Amat, 1948 – p.1470 in Dictionnaire de Bibliographie française,tome
V,1549p.,lib.Letouzey,Paris.
Numa Broc, 1988 – p.13-14 in Dictionnaire illustré des Explorateurs, vol. I:
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Sardet Michel, 2007 – p.185-186 in Naturalistes et explorateurs du Service de
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BrunschwigH.–Brazzaexplorateur.
Arcin André, 1907 – La Guinée Française, races, religions, coutumes,
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Coquery-Vidrovitch C., 1966 – Brazza et la prise de possession du Congo. La
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Suret-CanaleJean,1970–LaRépubliquedeGuinée.Edit.Sociale,Paris,432p.
Lorofi Albert, 2005 – La Guinée. Naissance d’une colonie française,
18801914.Collect.MémoireenImages.AlanSutton,Saint-Cyr-sur-Loire,128p.
2010 – L'art ancestral de l'Afrique occidentale au temps de Noël Ballay.
Coordinatrice : Nadine Berthelier, Directrice du Patrimoine culturel et
historique.MuséedesBeaux-ArtsdeChartres,Chartres126p.49
!Amadou BAMBA ou Khadimou RASSOUL
(Cheikh)
(1853-19juillet1927)
FondateurdelaConfrérieMouride
Issu d’une famille maraboutique sénégalaise, arrière petit-fils du fondateur de la
ville de Mbacké, il était aussi nommé Muhammad ibn Habiballah. Accusé de
préparer la guerre sainte, il fut mis en prison à Saint-Louis par le gouverneur du
Sénégal, puis exilé au Gabon en 1895. De retour à Dakar en 1902, il est
condamné à nouveau et exilé en Mauritanie pendant 4 ans. Le gouverneur de
l’époque se rendit alors compte qu’il n’était pas violent et s’efforça de le
convaincre de coopérer, lui proposant même la décoration de la Légion
d’honneur.
C’est le fondateur de la confrérie Mouride, la Mouridiyya (aspiration à Allah de
manière conforme à l’esprit et au message prophétique).Un passage du Coran
disant que Dieu envoie tous les cent ans un revivificateur de l’orthodoxie
musulmane,censéêtrel’héritierspirituelduprophète,ilsoutenaitêtrecelui-ci.
Il était inspiré par le Soufisme et par les deux principales confréries
sénégalaises, Qadriyya et Tidjania. Il a été aussi influencé par Al Ghazali. Sa
confrérie assimile l’Islam aux traditions du peuple Ouoloff: travail, notion
d’entraide et solidarité, obéissance totale au Khalife général. C’est le père de la
non-violence. Il disait: «Je ne crains que Dieu, je porte mes espoirs en Dieu.
Rien ne me suffit, si ce n’est la religion et la science. »Ilassuraitlelogement,la
nourriture et l’apprentissage intellectuel par l’enseignement coranique aux
enfants les plus pauvres ou aux enfants perdus. Il distribuait des amulettes
porte-bonheuràsesadeptes.
Il aurait été miraculé trois fois: une première au jardin zoologique de Sor, en
face de Saint-Louis, dont le lion ne lui fit aucun mal, une seconde dans une
ruelle empruntée par un taureau furieux et une troisième dans un cachot, dont le
sol était recouvert d’un tapis bourré de poignards et de couteaux. Il récita la
souratedelavacheetdelafamilled’Imranepours’enprotéger.
Ascète, il convertit plusieurs rois locaux. Il menait une vie saine dans le respect
duCoranetdelatraditiondeMouhammad,leplusillustreenvoyédeDieu.
Le roi du Djoloff, Boury N’Diagne l’invita à prendre les armes contre les
Français,maisilrefusa,carilnefautpasverserlesangdesessemblables.
On lui doit de nombreux ouvrages, certains en vers, ayant pour objet le
panégyriquedelajurisprudence,lathéologie,l’éducationetlesavoir.50
Il fonda deux villes, Darou Salam, cité de la paix et surtout Touba, cité de la
félicité, exclusivement bâtie pour adorer Dieu, respecter le pacte que les
hommesontsignéavecluisurterre.
Cette dernière ville fut fondée en 1887-88. Son objectif était la paix et le salut,
message de fraternité, dévotion, soumission à Allah au sein d’une seule famille,
Umma.Laconstructiondelasplendidemosquéeactuellecommençaen1928.
Chaque année, a lieu un pèlerinage le 18 du mois lunaire de Safar. C’est le
grand Magal de Touba, fête du départ en exil d’Amadou Bamba au Gabon en
1895. Le pèlerinage de février 2008 réunit un million de pèlerins. La ville de
Touba a 500.000 habitants et est la secondeville duSénégal. Les Mourides sont
très nombreux au Sénégal. Le président actuel de ce pays, Abdoulaye WADE,
estlepremierprésidentmouride.
JeanHubert-Brierre
SOURCES
Sérigne Bachir Mbacke: vie et enseignement du Cheikh, maître fondateur de la
loiMouride.
EmmanuelBrisson
Wikipedia51
!GhislaindeBANVILLE(Père)
(1938-1998)
MissionnaireethistoriendelaRCA
Ghislain de Banville était originaire de Fresnes, dans l’Orne, où il était né le
29janvier 1938, au Rosel, dans une famille qui eut un ancêtre présent à la
bataille d’Hastings, en 1066, aux côtés de Guillaume le Conquérant. De 1945 à
1956, Ghislain fait toutes ses études, primaires et secondaires, au collège petit
séminaire de l’Immaculée-Conception, à Flers, la ville voisine. Il continue en
Faculté à Paris pour une année de propédeutique en Lettres, en 1956-1957. Il
rentre alors dans la congrégation du Saint-Esprit et fait sa profession religieuse
erà Cellule (Puy-de-Dôme), le 1 novembre 1958. Pour les deux années de
philosophie scholastique (1958-1960), il retrouve sa Normandie à Mortain
(Manche), non loin de ses terres, puis il est envoyé faire deux années
d’enseignement à l’École des petits clercs de Saint-Joseph à Allex (Drôme). À
l’automne 1962, en même temps que s’ouvre à Rome le Concile VaticanII,
Ghislain de Banville commence ses études de théologie au grand scolasticat de
Chevilly-Larue (Seine). Son service militaire le voit arriver, le 13décembre
1963, à Bangui, en République Centrafricaine: ce sont les tout débuts de la
«coopération » dans le cadre du service national. Le 25septembre 1964, il se
retrouve à Chevilly-Larue, pour continuer ses études théologiques. Le 3juillet
1966, il est ordonné prêtre chez lui, et, un an plus tard, à la consécration à
l’apostolat, il est envoyé pour des étudesd’histoire à Dakar (1967-1969), durant
lesquelles,dejanvieràmars1969,ilséjourneenMauritaniepourunecampagne
de fouilles archéologiques à Noudach et publie un « Rapport de fouilles à
Tegdaoust ».
Licencié ès lettres, il est nommé en France à l’école de Saint-Ilan
(Côtes-duNord), Professeur d’histoire et de géographie pour l’école apostolique mais
aussi et surtout pour l’école d’horticulture alors en pleine expansion, où il
donne un cours sur l’évolution de la vie rurale en France. Mais, de 1969à1972,
il va commencer un travail qu’il poursuivra toute sa vie: participer à la
formation des jeunes, garçons et filles, qui se préparent à partir en coopération
sur le terrain africain. Aux côtés du Père François Nicolas, il lance à Saint-Ilan
le Centre de Formation à la Coopération Internationale (CFCI). En
octobre1972, il obtient de repartir pour Bangui. Comme professeur, il est au
foyer séminaire moyen Saint-Paul, dirigé par l’abbé Benoît Siango, tout en
enseignant au Lycée des Rapides, en histoire et géographie. À la Pentecôte
1973,il écrivaitàsafamille:
«Je vais aussi travailler l’histoire de l’Afrique et plus spécialement celle de la
RCA. J’ai mis la main sur de vieilles archives sur la traite des esclaves et les
émiratsarabesdel’estdupays. »52
En novembre1973, il écrit: «Je viens d’être nommé à Bambari, la deuxième
ville du pays, 30000 habitants seulement. Là, je m’occupe des lycéens et d’une
paroisse en pleine ville ». En 1975, il rentre en France, via LeCaire et Moscou,
pour un congé où il ne manque pas de participer à une session de coopérants.
De retour à Bambari, dans une lettre de juillet1976, il donne plus de détails sur
sesactivités:
«Le lycée de Bambari, où je suis aumônier et Professeur, compte actuellement
1700 élèves. La hausse des effectifs a été très rapide: 800 seulement, ilya six
ans; 31 classes et environ 30 professeurs (1/3 Centrafricains, 1/3 Russes, 1/3
Français et Américains). J’y enseigne l’histoire-géographie et l’économie en
seconde, première et terminale. J’ai des effectifs de 70 élèves en seconde, 60 en
terminale…sanslivres,sansdocuments…justeassezdecraie! $…# »
Dans la liste de ses publications que le P.de Banville a lui-même établie vers
1990, on voit que, pour cette période des années soixante-dix, il a rédigé, en
collaboration avec le Centre pédagogique régional de Bambari, et fait ronéoter
des textes, résumés d’histoire et de géographie qui pouvaient être mis à la
dispositiondes élèves,suppléantainsiaumanquedemanuelsscolaires.
1978-1982:retourenFrance
En juillet1978, le P.de Banville rentre en France pour un congé normal, mais
son séjour va s’y prolonger quatre ans. Il commence par un recyclage à Paris. Il
est ensuite nommé à l’animation missionnaire dans la région parisienne, avec
résidence à Vanves où se trouve une communauté spiritaine de jeunes en
formation. Ce travail d’animation lui convient tout à fait: d’écoles et de
collèges en comités paroissiaux et en sessions de coopérants, il déploie ses
talents pédagogiques et sa passion pour l’Afrique pour faire comprendre la
mission et la part que toute communauté chrétienne doit y prendre. Il prend la
direction de la revue spiritaine Pentecôte sur le monde pour une année
(19811982,cinqnuméros),enyimprimanttoutdesuitesamarquehistorique.
1982-1995:uneintensepérioded’activitésenCentrafrique
En octobre1982, c’est le retour à Bambari. En 1985, il est à Bangui dans
l’équipe qui s’occupe de la Fondation spiritaine d’Afrique centrale (FAC).
Lorsque la maison de formation des jeunes de la FAC se déplacera à Libreville,
il restera à Bangui comme économe de la maison Saint-Charles et comme
professeur d’histoire ecclésiastique au grand séminaire interdiocésain de
Bangui-Bimbo. Voici comment il présente ses travaux de recherches des années
1980-1995:
«En archéologie: repérage et inventaire des sites de gravures rupestres en
RCA. En histoire locale: soutien aux étudiants du département d’histoire à53
l’Université de Bangui (licence et maîtrise); recueil et classement des archives
missionnaires; recherches d’archives coloniales auprès des familles des anciens
coloniauxfrançais;collectedephotosetdecartespostalesanciennes. »
Pour tous ces travaux, Ghislain de Banville entretient des liens très étroits avec
l’ensemble de la communauté historienne travaillant sur la Centrafrique,
universitairesdupaysouenseignantsencoopération,chercheurssurplaceouau
loin,commeentémoignentsoncarnetd’adressesetlacorrespondancereçue…
Ce fut alors, jusqu’à son départ définitif de Centrafrique, en 1995, une période
féconde. Il mène de front de multiples activités, d’enseignement, certes, mais
aussi d’accompagnement personnel: il est chargé notamment de suivre les
jeunes volontaires, garçons et filles, qui viennent travailler en Centrafrique pour
untempsdecoopération,àuntitreouàunautre;lesliensnouésaveceuxsurle
terrainpersisterontaprèsleurdépartetaprèssondépartàlui…
Sans parler des articles qu’il envoie à certaines revues (Revue pédagogique,
Bulletin Koener, Solidaires, Revue de Saint-Joseph d’Allex, Trait d’union…), il
fait paraître divers fascicules qu’on pourrait, presque tous, grouper sous
l’appellation: «Sources de l’histoire missionnaire de la Centrafrique », mais
pas uniquement: pour la comprendre et l’exposer, Ghislain de Banville s’est
beaucoup investi dans l’histoire générale de la Centrafrique, comme en
témoigne sa Bibliographie centrafricaine éditée une première fois en août1991
(102p.), rééditée augmentée en février1993 (115p.) et sur laquelleilatravaillé
jusqu’à la fin de sa vie pour la rendre la plus exhaustive possible. De même,il a
collaboréaulivreducentenairedelavilledeBangui éditéparYvesBOULVERT,
Bangui 1889-1989, Points de vue et témoignages (cf. bibliographie finale).
Pour ce dernier ouvrage, il avait tout particulièrement contribué au recueil et
aux choix des documents photographiques, domaine qui était devenu sa
spécialité.
Aux sourcesde l’histoire de l’Église en Centrafrique
Par la force des choses, l’ensemble des travaux du P.de Banville en histoire
missionnaire a un fort caractère spiritain: on en trouvera la liste complète dans
la bibliographie finale. En voici d’abord la liste; nous en verrons ensuite
quelquescaractéristiques.
Une autre série d’ouvrages porte la mention: «Publications du Centenaire de
l’Église Catholique en Centrafrique ». Le P.de Banville a certainement été la
cheville ouvrière de la commission historique chargée de préparer la célébration
de ce centenaire, fêté en 1994. Ce fut l’occasion pour lui de faire paraître toute
une série de monographies et d’albums que l’on trouvera dans la bibliographie
finale.54
Ces travaux « écrits » sont accompagnés d’émissions à la radio, dont une sur
l’abbé Barthélemy Boganda remportera un vif succès et sera régulièrement
rediffusée même après son départ. Sans parler de l’édition de cartes postales et
mêmedetimbrespourlapostecentrafricaine.
GhislaindeBanvilleetsonhistoire:méthodeetesprit
On voit bien quelle conception le P.de Banville avait de son travail: chercher
et rassembler des textes et les mettre à la disposition des historiens de la RCA.
Des archives locales, à Bangui et dans les missions, des Archives générales de
Chevilly-Larue, il exhume des documents: correspondance et récits des
missionnaires, journaux de communauté, etc. Sa recherche s’étend aux
documents photographiques: il tenait à illustrer les textes et à leur apporter un
complémentqu’iljugeaitindispensable.
Parmi les documents recherchés par le P.de Banville, les livres tenaient une
bonne place: livres d’histoire de l’Afrique ou d’histoire locale, récits
d’explorateurs, d’ethnographes, d’administrateurs, de missionnaires,
biographies, etc. Il avait constitué une bibliothèque assez importante,
spécialisée sur la Centrafrique, ayant ainsi à portée de main, pour lui-même,
pour les chercheurs qui le consultaient, pour les étudiants qu’il conseillait, un
précieux instrument de travail. Ce qui constitue désormais, aux Archives
généralesspiritainesdeChevilly-Larue,le «FondsGhislaindeBanville ».
ArchivistegénéraldelacongrégationàChevilly-Larue
On a vu que, dans son C.V. de 1991, il mettait en tête de ses activités
concernant l’histoire locale, «le soutien aux étudiants du Département
d’Histoire de l’Université de Bangui ».Nous ne savons pas exactement
combien d’étudiants furent ainsi soutenus, conseillés, aidés (aidés même
quelquefois matériellement, on en a des témoignages); ils furent certainement
nombreux et, pour certains, ce soutien s’est continué, après le départ du P.de
Banville de Bangui: sa correspondance en fait foi. En effet, il fut rappelé en
France pour devenir archiviste général de la congrégation du Saint-Esprit à
erChevilly-Larue (94550) où il prit ses fonctions le 1 septembre 1995. Là, il
répondit encore à de fréquentes sollicitations: pour un chercheur ou un étudiant
s’intéressant à la Centrafrique, il ne comptait pas son temps. Et, à ce sujet, tous
les témoins sont unanimes. Le Journal officiel du 14juillet 1993 portait la
nomination comme chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur, au titre de la
coopération, du «R.P.Ghislain de Banville, professeur au grand séminaire de
Bangui ». Et le 17décembre de la même année, il était élu à l’Académie des
sciences d’outre-mer. Distinctions non seulement méritées mais acceptées avec
ungrandnaturelparl’intéressé(etunebonnedosed’humouraussi!)…55
Un «inépuisableespritdeservice»
DèslapremièreannéedesaprésenceàChevilly-Laruecommearchiviste,ildut,
pour des problèmes cardiaques, ménager ses efforts. Il privilégia ses relations
avec les chercheurs et les étudiants. Au cours des trois années passées aux
Archives générales et malgré un emploi du temps déjà chargé, le P.de Banville
continuait son propre travail de recherche. Au début de l’année 1998, il faisait
faire un tirage limité d’un fascicule de 140 pages, intitulé: Kalouka et
Zoungoula, les deux premières religieuses de Brazzaville, au Congo. Ce qui
avait attiré son attention sur ce sujet, c’était l’origine oubanguienne de
Zoungoula, «petite esclave rachetée à Saint-Paul des Rapides (Bangui),
baptisée au tout début de la mission (sous le n°6), envoyée à l’internat des
Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, à Brazzaville et qui devint la deuxième
religieusedeBrazzaville,aprèsKalouka ».
Ce qu’il ne savait pas, c’est que l’édition définitive de ce travail ne devait
paraître qu’à titre posthume aux éditions Karthala en 2000…En effet,
hospitalisé en juin1996, Ghislain de Banville est décédé le 14juillet des suites
d’uneopération.
En conclusion, citons ce qu’écrivait Jacques Gadille, spécialiste de l’histoire
ereligieusedu XIX siècleetProfesseuràl’UniversitédeLyon-III:
«Nous ressentons cette perte comme un vide creusé dans notre corporation
d’historiens. Vous savez mieux que moi quelle était sa science, son souci de
méthode que j’avais vivement apprécié à travers ses nombreuses publications
pour fonder l’histoire centenaire de l’Église de Centrafrique: première place
laissée au témoignage des acteurs, même des plus jeunes, et recoupement
critique de ces témoignages oraux au moyen de toutes les sources écrites
disponibles, dont il a tiré de précieux répertoires. Et sur le terrain, en 1982,
invitéparPierreSoumille,j’avaispuvérifiersoninépuisableespritdeservice».
PaulCoulon&JeanErnoult
BIBLIOGRAPHIE
! Sources:
Archives générales de la congrégation du Saint-Esprit, 94550 Chevilly-Larue:
Fonds Ghislain de Banville (Publications, Notes personnelles, Correspondance,
Bibliothèque),consultablesurplace.56
Jean Ernoult, Paul Coulon, «Raconte-moi Ghislain de Banville (1938-1998)…
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! TravauxetPublications:
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$Avec Claude MAYADE#, La République Centrafricaine. Cours de géographie,
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Sainte-Famille des Banziris. Histoire de la fondation de Bessou (Ndjoukou) par
le P. Joseph Moreau, CSSp (1894-1906),1986,204p.
En son temps, le P. Daigre et la fondation de Saint-Joseph de Bambari
(19051939),1988,130p.
Les débutsde l’Église catholique en CA,1988,188p.
Participe à la rédaction du n°13 (octobre1988) de la revue Balao, consacré à
l’archéologie centrafricaine et à l’«Histoire du Centrafrique des origines à
l’indépendance »enbandedessinée.
Itinéraire d’un missionnaire. Le Père Marc Pédron, (1877-1936), sd [1989],
242p.
Bibliographiecentrafricaine,Bangui,1991,102p.;ré-éd.1993,115p.
Collaboration à: Yves Boulvert, Bangui 1889-1989. Points de vue et
témoignages, Paris, Ministère de la Coopération et Dévelopepment, 1989,
311p.57
Barthélemy Boganda, premier prêtre de l’Oubangui et fondateur de la CA, BD,
dessinsdeJosuéDaïkou,1992,16p.
$En collaboration# Bangui a cent ans, édité par le Centre Universitaire de
Recherche et de Documentation en Histoire et Archéologie Centrafricaines,
UniversitédeBangui,1992,148p.
Voyage préparatoire à la fondation de la mission Saint-Paul des Rapides,
Bangui, 9-17février1893, par le P.Jules Rémy, sd [1993], Dessins de Josué
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Les origines d’une mission. Saint-Paul des Rapides à Bangui (CA). Le Journal
de communauté (février 1894-septembre 1895),1994,78p.
Raconte-moi la mission. Récits et témoignages Dessins de Josué Daïkou, 1994,
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Album du Centenaire de l’Église catholique en Centrafrique, 1894-1994, 1994,
36p.
Saint-Jean-Baptiste de Bétou, 1910-1922,1995,102p.
Kalouka et Zoungoula. Les deux premières religieuses de Brazzaville, au
Congo. 1892-1909, Paris, Karthala, 2000, 244 p.(Collection «Mémoire
d’Églises »)59
!AlbertBARATIER(Généraldedivision)
(1864-1917)
MembredelamissionMarchand, «décédéàlatranchée»
Deuxième d’une famille de cinq enfants, Albert-Ernest-Augustin Baratier naît à
Belfort (Haut-Rhin), le 11 juillet 1864. Sa mère, Marie Charlotte Louise
Delambre a vingt-quatre ans et son père, Emile Anatole Baratier, vingt-neuf.
Polytechnicien, celui-ci est intendant militaire à Tébessa en Algérie. Devenu
intendant général, il meurt en 1918, survivant à peine quatre mois à son fils, tué
surlefronten1917.
èmeBoursier, Albert Baratier entre à Saint-Cyr, le 24 octobre 1883, classé 251 , et
èmeen ressort 37 sur 411. Ayant opté pour la cavalerie, il est envoyé à Blida en
er èmeAlgérie de 1886 à 1889, au 1 puis au 5 régiment de Chasseurs d’Afrique,
promulieutenantenoctobre1887.
Peu fait pour la vie de garnison, A. Baratier se fait détacher hors cadre, en
septembre 1891, au Soudan, dans le corps de cavalerie auxiliaire du colonel
Archinard, corps qui devait se transformer plus tard en « Spahis soudanais ».
Prenant part, en 1891-92, aux campagnes contre les chefs Ahmadou et Samory,
il se signale dans la marche de Kankan à Bissandougou (est de l’actuelle
Guinée) et dans les combats de Sombé-Ko et de Diaman-Ko que défendait
Samory en personne. Le 11 janvier 1892, il reçoit un coup de crosse sur la tête.
Pour sa brillante conduite, il est deux fois cité à l’ordre du jour et se voit
attribuerlacroixdelaLégiond’honneur(24décembre1892).
èmeRentré en France en février 1893 au 12 Chasseurs, dès juin 1894 A. Baratier
se fait mettre à nouveau hors cadre à la disposition de la mission Monteil. Au
lieu de rejoindre l’Oubangui, la mission est détournée vers Grand Bassam, la
Côte d’Ivoire étant menacée par Samory. De septembre 1894 à mai 1895, il
prend part aux opérations de la «colonne de Kong » en pays Baoulé, et
intervient tout particulièrement contre Samory, du 3 au 7 mars 1895; il fait la
connaissance du capitaine Marchand dont il devient l’ami. Il est nommé
luièmemêmecapitaine,le23mars1895,àsonretourenFranceau6 Chasseurs.
Marchand le réclame l’année suivante pour participer à la mission Congo-Nil.
Débarqué à Loango, le 23 juillet 1896, il se heurte à d’énormes difficultés:
comment faire parvenir par portage jusqu’à Brazzaville plus de dix mille
charges de trente kilos. Tenaillé par un souvenir horrible, il relatera en 1914
seulement, son étape dans un village du Kouilou. Hardi et courageux, A.
Baratier est un baroudeur qui se révéla souvent brutal avec les indigènes et qui
méprisaitlescivils,notammentle «négrophile Brazza ».60
Les charges enfin parvenues à Brazzaville, il faut multiplier les convois sur la
voie fluviale Congo-Oubangui. P. Prins qui le croise à Ouadda le 14 avril 1897,
le décrit ainsi(inédit) : «Le capitaine Baratier, souriant, distingué et fin dans
sa petite taille » (1m58!). « Autant Marchand paraît ardent et mordant, autant
Baratier semble doux et calme … Visage jeune, un peu secret, Baratier semble
d’une santé délicate ». Traînant une dysenterie lancinante, il ne se nourrit que
derizàl’eau!
Marchand veut se présenter sur le Nil avec un vapeur, le «Faidherbe », prélevé
à la flottille du Congo. On ne sait alors pratiquement rien du Mbomou dont la
réunion avec l’Ouellé constitue l’Oubangui. En amont des rapides
infranchissables de Gozobangui et d’Erikassa qu’il faudra contourner, A.
Baratier part en juillet reconnaître le cours du Mbomou en pirogue. Restant dix
heures par jour immobile sous le soleil à prendre azimuts et mesures – sauf
quand sa pirogue est renversée par un hippopotame blessé- il en dresse le cours.
Après trente-cinq jours, il parvient au confluent Mbokou – Méré, en amont de
l’actuelle préfecture d’Obo, ayant démontré que cet ensemble Mbomou –
Mbokou est accessible au «Faidherbe » qu’il ne reste plus qu’à traîner sur des
rondins près de cent kilomètres pour lui faire franchir l’interfluve Congo – Nil.
CefutA.Baratierquieutlaresponsabilitédecetransfert.
«Le 5 janvier 1898, je partis de Fort Desaix » (cf. Wau) « en pensant être de
retour au bout de trois semaines ; je n’y revins que trois mois plus tard : sur ma
route, j’avais rencontré le marais … ». En baleinière, avec l’interprète
Landeroin, 20 tirailleurs et 8 pagayeurs, ils errent dévorés par les moustiques et
pratiquement privés de nourriture, dans un marécage envahi par la végétation et
notamment les barrages de «sedd » avant de déboucher enfin sur le lac Nô et le
Nil Blanc. Mince consolation, il fut le premier Français à apercevoir le
« »Baleiniceps rex», le célèbre oiseau qui sur toute la terre (selon lui) n’existe
qu’auBahr-el-Ghazal…au bec en forme de babouche,«Abou-Merkoub» ».
AprèslafameuserencontredeFachodaavecl’arméeanglo-égyptiennedusirdar
Kitchener, Marchand envoie, via Khartoum et Le Caire, A. Baratier demander
des instructions à Paris. Arrivé dans la capitale le 26 octobre 1898, il en repart
dès le 29 avec la décision gouvernementale d’évacuation et de retour de la
mission via Djibouti et Marseille en mai 1899. Cité à l’ordre de l’armée,
Officier de la Légion d’honneur (23 octobre 1898), A. Baratier est nommé chef
ème èmed’escadron, le 21 novembre 1899 au 4 Spahis puis au 5 (octobre 1900) et
èmeau7 Dragons(avril1904).
A. Baratier était chargé de dresser la «carte de la mission Marchand » à partir
des itinéraires reconnus par la mission mais aussi des anciens itinéraires
d’explorateursrecaléssurlesnouveauxpointsgéodésiques établis.Cemémorial
géographique de la mission paraît en 1903: 4 feuilles à 1/1 000 000 mais plus61
de la moitié de ces cartes ne concernent plus « L’Afrique française »!
èmeLieutenant-colonel au 8 Chasseurs (décembre 1905), puis colonel du 14ème
Chasseurs (mars 1911), A. Baratier entreprend son œuvre de mémorialiste,
hymne à la gloire de l’armée coloniale. Dans « A travers l’Afrique »
(19101912), il relate d’après ses «Notes et impressions recueillies au jour le jour »,
quelques épisodes de sa carrière africaine: au Sénégal, dans les colonnes de
1891-92 au Soudan, de Kong en Côte- d’Ivoire et au Bahr-el-Ghazal, épisode
marquant qui a été publié trois fois: 1898,1910et 1940(dans «Souvenirs de la
Mission Marchand »).
A la déclaration de guerre, son régiment pénètre temporairement dans
Mulhouse, avant de participer aux combats de la Marne et de Péronne. Promu
général de brigade le 27 octobre 1914, A. Baratier prend le commandement de
èmela 8 division de cavalerie à Prosnes en Champagne, avant celui, le 10 août
1916, de la 134ème division d’infanterie,cette foisen Alsace. Confirmégénéral
de division le 18 mai 1917, il participe à la bataille de l’Aisne. Le 17 (et non le
19, cf. La Géographie) octobre 1917, il «décède à la tranchée ». Il inspectait
ses tranchées de première ligne sur Courcy devant Reims lorsqu’il fut terrassé
par une embolie. Inhumé à Gueux, sa dépouille fut transférée en 1923 au
cimetièrenationaldeMaisonBleue(tomben°6921)àCormicy(51).
Le général de division Albert Baratier était commandeur de la Légion
d’honneur (31 octobre 1913), commandeur de l’ordre de Salomon (Ethiopie, 10
décembre 1899), officier d’Instruction publique (13 janvier 1913); il avait la
médaille coloniale avec agrafes: « Soudan, Congo, Côte-d’Ivoire » et l’agrafe
d’or: «De l’Atlantique àla mer Rouge ».
YvesBoulvert
BIBLIOGRAPHIE
! Publicationsd’A.Baratier
1898 – Dans le Bahr-el-Ghazal, lettre du 2 mars 1898,p.424-427 in Bull. Com.
Afr.Fr.
1903 – Carte de la mission Marchand, H. Barrère, Paris, 4 feuilles à 1/1
000000,publiéesouslesauspicesdelaSoc.deGéogr.deParis.
1910 – A travers l’Afrique. Au Bahr-el-Ghazal. A. Fayard, Paris, 2 vol. de 206
et126p.,2cartes.62
1912-Atraversl’Afrique.AuBahr-el-Ghazal.Libr.Acad.Perrin,Paris,350p.,
8cartes.
1912 – Epopées africaines, dessins de L. Pouyargues. A. Fayard, Paris, 118 p.,
éditiondéfinitive1913,338p.
1914 – Un mois dans un poste du Congo en 1896. p. 240-260 in Le
èmeCorrespondant(86 année)du25avril1914.
1914 – Quatre articles dans la revue des deux Mondes, réunis et développés en
troisouvragesposthumes:
1917 – Au Congo, Souvenirs de la mission Marchand I, de Loango à
Brazzaville,A.Fayard,Paris,127p.
1923 - Au Congo, Souvenirs de la mission Marchand II, Vers le Nil, de
BrazzavilleàFort-Desaix,A.Fayard,Paris,110p.
1941- Au Congo, Souvenirs de la mission Marchand III, Fachoda, B.
Grasset,Paris,228p.
! Dossierbiographique:
Dossier militaire GD 9 Yd 714 conservé aux Archives militaires, Château de
Vincennes.
ème1898 – Le capitaine Baratier avec 1 photo, p.288 in «L’Illustration », 2
semestre.
1903-DeuxC.R.sur «lacarte delamission Marchand »:
inLaGéographieVII,1903,p.380-382,
inB.C.A.F.,1903,n°5,p.174-175etP.Bourdarie,n°6,p.161-166.
1917–NécrologieGénéralBaratier,p.142inLaGéographieXXXI,1917.
1951 – Notice du Général Baratier et de son père, p.195-198 in D.B.F. de
PrévostetRomand’Amat,to.V,1527p.
1988–NoticeA.Baratier,p.15inN.Broc.
Les témoignages sur la mission Marchand sont très nombreux; citons doct.
Emily, M. Landeroin, O. de Prat, Ch. Castellani. On peut se reporter à la thèse
de M. Michel, 1968, Ecole Pratique des Hautes Etudes, 327 p. multigr., publiée
en1972, La mission Marchand. Mouton, Paris, 290 p. ainsi qu’à son dernier
ouvrage(2010):Fachoda,guerresurleNil,Larousse,Paris,223p.63
!MauriceGeorgesBARRAT
(1868-1896)
Un pionnier français des études géologiques en Afrique
équatoriale
Né à Toulouse, le 8 septembre 1868, Maurice Barrat se distingue dès le lycée
par des succès exceptionnels. Après avoir mérité le prix d’honneur en
mathématiques spéciales, il se prépare à l’Ecole Normale. Entré premier à
l’Ecole Polytechnique en 1888, il adopte la spécialité d’ingénieur au corps des
mines de 1890 à 1892. Dès sa sortie, il est désigné par le Directeur de l’Ecole
Nationale des Mines, à l’administration du «Congo français » qui demandait
un jeune ingénieur pour le charger d’étudier sur place « les ressources
géologiques et minières »-riende moins–decetteimmensecontréedontonne
savaitalorspratiquementriensurlesoletlesous-sol!
Il décide de concentrer ses efforts « dans les régions des monts de Cristal et de
l’Ogooué » de l’actuel Gabon. A peine débarqué à Libreville, le 14 juillet 1893,
il remonte l’Ogooué jusqu’à Franceville en décrivant rapides et affleurements.
Constatant les difficultés de la pénétration, il pense qu’il faudra rapidement
avoir recours à « une voie de terre »; aussi explore-t-il au retour une voie
directe de Franceville à Njolé (au N.E. de Lambaréné) au travers de la forêt
dense. Poursuivant au nord-ouest, à travers les monts de Cristal et la source de
la Como (où il devra faire face avec sang-froid à une attaque), il parvient à
Libreville, le 23 décembre 1893. Il a reconnu un itinéraire de près de 2000
kilomètres. De retour en France, le 7 janvier 1894, il prépare le compte-rendu
de sa mission qu’il présente à la Société de Géographie, lors de sa séance du 6
avril1894.
Il apporte à la connaissance la description d’affluents de l’Ogooué ainsi que des
sources de la Como. Il a surtout su, au point de vue géologique et
géomorphologique, repérer trois zones: une littorale de grès calcaires
horizontaux, une chaîne ancienne métamorphique (gneiss, schistes …) avec des
veines granitiques, puis des plateaux constitués de couches peu ondulées
schisto-quartzitiques avec des massifs de calcaires, le tout recouvert d’une
épaisse formation de grès horizontaux. Il est le premier à déceler «dans toute la
région de la Côte … des sources de bitume qui sont peut-être en relation avec
des couches pétrolifères … calcaires et argiles pourront fournir la brique, la
chaux et la pierre à bâtir … ». Esprit intuitif et brillant, il est également
écologiste avant l’heure: plutôt que de massacrer les éléphants, mieux vaudrait
dresser ces intéressants pachydermes; de même, au lieu de couper les lianes à
caoutchouc et de les détruire, serait-il préférable d’introduire «l’arbre à gutta »
etdecultivercacao,café,tabac!
Utilisant les rares sources extérieures, il tentera une esquisse géologique du
Congo Français (1894). La même année, il est nommé Inspecteur des travaux64
publics des Colonieset est envoyé, début 1895, en mission à La Réunion,
Diego-Suarez, Majunga et Tamatave. Rentré en France en mai 1895, il est
appelé au Soudan par le Gouverneur, comme ingénieur-conseil en vue de
résoudredesproblèmesdeconcessionsdeminesd’orsurleNigeretlaFalémé.
Bien que fatigué par les fièvres, il rembarque – sans prendre de repos, le 25 mai
1896, pour Madagascar, afin d’effectuer les études d’établissement d’un grand
réseau de voies de communication. Dès le 6 juin, il succombe, victime d’un
accès de fièvres paludéennes. Sa dépouille est jetée en mer dans l’Océan indien
aulargeducapGardafuietdelacôtesomalienne.
Il n’avait pas vingt-huit ans et était plein d’avenir. Il appartenait à cette
génération de l’après-guerre 1870-71 qui n’hésitait pas à prendre des risques. Il
écrivait ainsi: «Quand nous rentrerons en France, modestes, sans nul souci de
gloire, nous serons tout de même fiers de nous dire qu’à notre âge …. nous
avons déjà travaillé etsouffert pour la Patrie ».
L’Académie des sciences lui décerna un prix Bordin. Son nom a été donné à
unecourintérieuredulycéedeToulouse.
YvesBoulvert
BIBLIOGRAPHIE
Roman d’Amat, p.558 in Dictionnaire de Bibliographie française, tomeV,
1951,lib.Letouzey,Paris.
Ch.Maunoir,p.154-156inBull.Soc.Geogr.,1896,XVII.
! PublicationsdeMauriceBarrat:
-Ouvrage:
SurlagéologieduCongofrançais,1895,Dunod éd.,Paris,132p.,2cartes,1pl.
Communication: Ogooué et Como, 1896: Bull. Soc. Géog., to. XVII,
p.154187,1carte1/2000000.
-Articles:
Voyagedansl’Ogooué,1894,C.R.Soc.Géo,Paris,p.177-178.
SurlaGéologieduCongofrançais:
C.R. Ac. Sciences, Paris, CXIX, 29 oct. 1894, p.5-7. Ann. des mines,
1895,p.487-495.
Trois coupes géologiques du Congo français: C.R. Ac. Sciences, Paris,
to.CXIX,22octobre1894,p.1-3
Ausujetd’unenotedeM.Cuny,C.R.Soc.Géogr.,1895,p.9-10.65
!HeinrichBARTH
(1821-1865)
Explorateurdel'Afriquecentrale(SaharaTchad)
Né à Hambourg, cet Allemand aurait pu devenir le Humboldt de l’Afrique, car
il était compétent en géographie, histoire, sciences naturelles, anthropologie et
était très doué pour les langues (il parlait 54 langues). Il fut l’un des premiers
explorateursàchercheràdécouvrirledésert.Ileffectuaunpremiervoyagedans
le désert de Libye à 24 ans. Il mena à bien plusieurs expéditions: côtes de la
Grande Syrte et de la Cyrénaïque, pénétration dans l’intérieur de La Syrie, du
désert de Libye et de l’Anatolie. En 1849 pour le gouvernement anglais il
participa à la mission Richardson et Overweg, intéressant la science et
l’humanité et ayant pour but l’exploration de l’Afrique jusqu’à Zanzibar. Cette
mission partit de Tunis le 15 décembre 1849 pour Tripoli, le 24 mars 1850, le
Fezzan, Mourzouk, Tassaoua, le 30 juillet le Ouaddaï, le 16 août l’Aïr, Agadez,
où il est bien accueilli par le Sultan, le Damergou, où il quitte Richardson et
Overweg. Il retrouvera Overweg deux mois plus tard. A Katsina, il est mis en
prison pendant 5 jours. Il put rejoindre Kano, d’où il dut partir le 7 mars pour
Kouka, capitale du Bornou, où il apprit la mort de Richardson, récupèra ses
biens et se heurta à de grandes difficultés. Il visite ensuite le lac Tchad, ses
affluents, le Mandara, la Bénoué, l’Adamaoua, Yola, capitale de cette province,
le 3 août Kouka, capitale du Bornou, le 23 septembre Nguigmi, le Kanem, à
ernouveau Kouka le 1 février 1852, Dikoa, le 4 mars 1852 C’est ensuite au
Baguirmi la traversée du Chari. Arrivé à Katsina, Il reçoit enfin le 6 juillet
1852 une dépêche de Londres et des subsides et apprend la mort d’OVERWEG.
Ce décès conduit Barth à renoncer à aller à Zanzibar. Il décide de reconnaître le
Niger. Il quitte Sokoto le 30 janvier 1853, suit le cours moyen du Niger, Say, le
paysdes Songhaï. En cours de route, il rallie la caravane de pillards
responsables de l’assassinat du major LAING et arrive le 1er septembre 1853 à
Tombouctou, où il lit des manuscrits arabes sur les Songhaï, dont celui du
Tarick el Fettach. Il y reste jusqu’au 17 mars 1854, de nouveau Kano le 17
octobre1854,enfinKouka,oùilpassel’hiver,Bilma,Tripoliàlafinaoût1855,
Malte, Marseille, Londres le 6 septembre 1855, apportant des lettres de
franchisepourlesmarchandsbritanniques.
L’actif des6ansdepérégrinationsestcolossal:lacartographieduBaguirmi,de
la haute Bénoué, de l’Aïr, et de la bordure nord du Soudan central, la
description de tous les paystraversés.Il est l’auteur d’unouvrage en 5volumes,
prouvant que le peuple noir du Soudan occidental et central avait une histoire et
unecivilisationdignesd’intérêt.
JeanHubertBrierre66
SOURCES
Fous du désert (1849-1887), préface de Théodore Monod Le Tour du Monde,
265pages,mai1991
Histoire de l’Afrique par Robert et Marianne Cornevin, petite bibliothèque
Payot,1974.67
!ElianeBASSEdeMENORVAL
(1899-1985)
Comtesse de la Goublaye de Ménorval, née Eliane Basse, une
femme pionnière en géologie tropicale, spécialiste des
AmmonoïdeaeetdesNautiloïdeae.
Eliane Basse est originaire d’une famille d’officiers. Son père a tenu garnison
en Algérie: Biskra, Constantine, El Kantara; elle est donc préparée à l’Afrique
et à ses horizons lointains. Elle fait ses études à la maison de la Légion
d’honneur à Saint-Denis dont elle reçoit la médaille d’or, et passe, au lycée de
Versailles, les deux baccalauréats de philosophie et de mathématiques avec les
mentions Bien et Très Bien. Admise à l’Ecole Normale Supérieure de Sèvres
dès le premier concours, elle est reçue deuxième au concours de l’Agrégation
desSciencesphysiquesetnaturelles.
Elle enseigne deux ans au lycée de jeunes filles de Troyes et obtient une bourse
pour entrer au laboratoire de paléontologie du Muséum dirigé par Marcellin
Boule qui vient de publier un livre important sur «Les Hommes Fossiles ». Ce
célèbre professeur lui donne à étudier les fossiles envoyés de Madagascar, entre
1904 et 1910, par Colcanap, capitaine-administrateur passionné de géologie. La
qualité des mollusques mésozoïques recueillis lui permet de préciser les limites
de variation d’une même espèce, de déterminer une proportion notable
d’espèces inédites, mais pour la paléographie, on manque d’une étude
stratigraphique. Il lui faut donc aller lever sur le terrain des coupes géologiques
précises.
Elle obtient patronage et financement, et part en 1930-31, effectuer 20 mois de
terrain,dansunerégionencoremalconnue.Seule,enfilanzane,dormantsousla
tente, elle est accompagnée de trente porteurs. Pour préparer son expédition,
elleprendsoind’apprendrele malgacheauxLanguesorientalesetàTananarive.
Seslevés de terrain sontprécédés de triangulations. Sescoupess’étalentdel’est
vers l’ouest, depuis le socle cristallin de l’Horombé, surplombé par
l’escarpement des grès ferrugineux permo-triassiques de l’Isalo, jusqu’au
calcaire marin tertiaire (nummulitique) de la côte au nord de Tuléar. Ses
abondantes récoltes de fossiles lui permettent de dater les divers niveaux; ainsi
les vastes coulées basaltiques du sud-ouest sont-elles estimées du Campanien
moyen. Ce sera la matière de sa thèse d’Etat. Parallèlement, elle effectue de
nombreuses récoltes de plantes, localisées avec précision, ce qui lui permet de
rédiger sa seconde thèse de Phyto-sociologie, la première en date de nos
territoires de l’Outre-Mer d’alors. Ainsi révèle-t-elle l’apparition vers 800
mètresd’altituded’unediscontinuitéfloristique.68
De retour à Paris, elle devient progressivement une spécialiste mondiale
reconnue des Ammonoïdeae et des Nautiloïdeae, étudiant les récoltes de P.
Lamare et du R.P. Teilhard de Chardin en Ethiopie, Somalie, Arabie-Yémen,
Syrie. En 1935, ce dernier bénira son union dans la chapelle des Invalides avec
M. de Ménorval. Le couple s’installe à Bonnières-sur-Seine, entre Mantes et
Vernon. Franchissant les grades successifs du CNRS, elle poursuivra sa carrière
de géologue dans plusieurs directions: expertises sur les Ammonoïdeae,
plusieurs missions en Algérie, Maroc, et surtout Tunisie, entre 1952 et 1967.
Elle rédigera le «Que sais-je ? » de vulgarisation sur «Les Fossiles ». Elle
collabore également à la carte géologique de France et du Luxembourg;
s’intéressant à la Préhistoire, elle devient directrice de la circonscription
préhistorique de Paris-nord et est appelée à la présidence du groupe
archéologique du département de Seine et Marne. Elle encadre plusieurs
thésards.
En 1969, le professeur R. Decary la reçoit à l’Académie des sciences
d’outremer: c’est la septième femme à y être admise comme correspondante en 1952,
mais la deuxième titulaire. Elle participe à plusieurs congrès internationaux de
géologie (Londres, Prague, Portugal) et effectue encore diverses missions:
Inde, Mexique, Alaska, avant de devoir restreindre ses activités et de s’éteindre
le28janvier1985.
YvesBoulvert
BIBLIOGRAPHIE
! Publicationsd’ElianeBassedeMénorval
-Ouvrages:
1930 - Monographie paléontologique du Crétacé de la province de Maintirano
(Madagascar).Mém.Serv.Mines,Madagascar,87p.,13pl.
1930 - Contributions à l’étude du Jurassique sup. (faciès corallien) en Ethiopie
etenArabieméridionale.Mém.SGF,to.VI,fasc.3-4,43p.,2pl.
1934 - Première thèse de Doctorat d’Etat, publiée en 1935: Etude géologique
du Sud-Ouest de Madagascar. Mém. Soc. Géol. Fr., n° 4, 153p.,15pl., 3cartes
géol.couleurs:
ValléedelaSakondyau1/100000(1931)
PaysBaraau1/100000(1931)
Région du Sikily et de la Marotify / Moyen Mangokyau 1/200000
(1935).69
1934 - Deuxième thèse : Les groupements végétaux du Sud-Ouest de
èmeMadagascar. Annales desSc.Nat.,Botanique,10 série,to.XVI,p.95-226,13
fig.,1cartehorstexte.
1937/40 - Les Céphalopodes crétacés des massifs côtiers syriens.
HautCommissariatenSyrieetauLiban.NotesetMémoires:
To. II – Contribution géologique … de la côte libano-syrienne, 1937, p.
165-200,8fig.
To.III–Etudespaléontologiques,1940,p.411-472,17fig.
1952 - Macrocéphalitidés du Sud-Ouest de Madagascar, avec M. Perrodon.
Mém.SGF,N.S.,to.XXX,n°65,p.1-100.
1952 - Nautiloïdeae, p. 461-521, et Ammonoïdeae, p. 522-688, in Traité de
Paléontologie(Dir.Prof.JeanPiveteau), éd.Masson,Paris.
1955 – Les Fossiles – Evolution des structures de la matière vivante. Coll.
«Quesais-je? »PUF,128p.,3tabl.,161fig.,rééditéen1959,1963,1968.
-ArticlesdiversconcernantlaGéologie,laPaléontologieetlaPréhistoiredans:
Bull. Soc. Géol. Fr.: 1927, 1928, 1930, 1939, 1942, 1946, 1947, 1948, 1950,
1953,1954,1957,1959,1962.
Bull.Soc.Zool.Fr.:1928.
Comptes-rendusAcad.Sc.:1928,1930,1931,1950.
Bull.MuséumHist.Nat.:1928,1931,1938,1952.
Bull.Acad.Malgache:1931.
C.R.Som.SGF:1931,1934,1936,1949,1953,1956,1958,1959,1963,1965.
Bull.AGF.:1932.
AnnalesdePaléontologie:1932,1937,1947.
Bull.Ass.Sèvres:1934,1955.
Bull.Soc.deBiogéographie:1946.
Bull.S.H.N.Af.Nord:1948.
Cahiersgéol.deThoiry:1951,1952,1953,1954,1958.70
Bull.Ac.S.Col.:1953.
Bull.Soc.Sc.Nat.Tunisie:1953.
Bull.Soc.Préhist.Fr.:1958,1965.
GalliaRev.archéol.duCNRS:1960,1962-63,1966.
Bull.A.F.E.Q.:1964.
C.R.SéancesAc.Sc.OM:1965.
-CommunicationsàdiversCongrès:
Congr. Int. Géogr. (1931), Congr. du Pacifique (1949), Congr. géol. int.
ème ème(Mexico, 1956), 84 Congr. Nat. Soc. Savantes (Dijon, 1959), 16 Congr.
èmeSoc. Préh. Fr. (Monaco, 1959), VIème Congr. INQUA (1961), 17
(Rennes, 1961), Vème Congr. int. Préh. (Rome, 1965), Congr. int. on
Quaternary(Varsaw,1964),Congr. int.onQuaternary(Denver,1965).
-Communicationsàl’Académiedessciencesd’outre-mer:
Alaska, terre de feu, terre de glace, arène des pionniers. Mondes et cultures,
1503-1968,p.183-196.
! -QuelquesréférencesbiographiquesdansMondesetCultures:
RéceptiondeMadameElianeBassedeMénorvalparR.Decaryen1969.
Nécrologie de Madame Eliane Basse de Ménorval par G. Aubert, 01-02-1985,
p.207-208.
Réception par le Professeur Cépède du Professeur G.S. Bretonès: éloge de
MadameElianeBassedeMénorval,2-1988,p.120-125.
71
!MaryseBASTIÉ
(1898-1952)
Aviatrice(premièreàtraverserl’AtlantiqueSud),résistante
l’angedeDrancy,puissurnomméemessagèredepaixoutremer
Née le 27 février 1898 à Limoges, Marie-Louise Bombec était piqueuse surcuir
dans une usine de chaussures, à seize ans, au moment de la Grande Guerre.
Marraine du lieutenant pilote Louis Bastié, elle l’épouse en seconde noce et
découvre à ses côtés une commune passion pour l’aviation. Sous le nom de
Maryse Bastié, elle est formée au pilotage par le moniteur civil Guy Bart.
Quand elle perd son mari dans un accident de l’air, en 1926, loin de se
démonter, elle devient monitrice de sa propre école. Avec le soutien du pilote
Drouhin, elle acquiert un Caudron C 109 à moteur de 40 CV. Deux ans plus
tard, elle remporte son premier record- plus de mille kilomètres sans escale- en
ralliant Treptow en Poméranie. Les années suivantes elle détiendra dix records
féminins de durée (près de 38 heures, en septembre 1930,luttant contre le froid,
l’ankylose, les émanations d’huile et l’angoisse dans la tempête) puis le record
de distance: 2976 km, un an plus tard, entre Paris et Uring, en URSS. Elle est
faite Chevalier de la Légion d’Honneur et première Française au Harmontrophy
américain.
Entre la France, le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal et enfin le Brésil, Maryse
Bastié est initiée par Mermoz, plus jeune camarade qui la prend à son bord de l'
«AEROPOSTALE ». Dans le sillage et sous l’influence du vainqueur de
l’Atlantique Sud en 1930, elle sera, six ans plus tard, la première femme à
rallier Dakar à Natal, en un temps record de treize heures trente minutes à bord
d’un Caudron-Simoun. C’était quelques semaines après la disparition de
«l’archange de la Ligne » perdu dans l’Atlantique à bord de son hydravion
Croix duSud.Untimbrepostalest émisenFranceàl’effigiedeMaryseBastié.
Hissée au pinacle du féminisme d’avant guerre, elle n’en fait ni un tremplin de
carrière ni un slogan politique, simplement une application quotidienne, dans
d’opiniâtres mais vaines démarches pour une escadrille féminine de l’Armée de
l’Air, puis la création de son Ecole Maryse Bastié Aviation. En 1939, avec le
grade de lieutenant, elle est choisie comme marraine d’une compagnie
d’infanterie dans un régiment métropolitain. Dans une mission du Ministère des
Affaires Etrangères, elle participe à une démarche franco-britannique pour
rallier des pays de l’Europe du Nord. Voulant toutefois servir au plus près de
l’action, en 1940, elle ne peut plus à son âge qu’être ambulancière de la
CroixRouge Française recueillant les blessés, jusqu’en Belgique, sur les routes, de
combattants sans espoir, puis de réfugiés engouffrés dans la misère de la
débâcle.72
Durant l’occupation allemande, Maryse Bastié s’efforce de garder un profil bas,
modeste ambulancière de la Croix Rouge Française, elle s’active du mieux
possible dans la discrétion pour ravitailler les prisonniers puis les déportés
rassemblés au sinistre camp de Drancy. Elle en évacue des blessés et malades
sur les hôpitaux de la capitale investie par la Wermarcht et la Gestapo. Au
départ d’un train de déportés, elle est jetée à terre par un soldat allemand; elle a
le coude brisé, une infirmité lourde pour son métier de pilote. A son ami Guy
Bartelle écrit: «…Je suis bien fatiguée, mais je suis attendue un peu comme le
Bon Dieu, dans le camp dont je m’occupe. J’aurai fait tout durant cette guerre,
saufdel’aviation…Je serrelesdentspourresterenliberté… ».
Ses déplacements avec son ambulance lui permettent d’observer des terrains,
des appareils et des batteries de D.C.A. ou dépôts de carburant dont elle
communique les descriptions et emplacements, au réseau de résistance
DARIUS. Alertée par son ancien moniteur, c’est de justesse qu’elle échappe
aux investigations de la Gestapo, mais Hervé, son camarade garagiste de Saint
Cast, sera arrêté dans sonrôle d’intermédiairesurLondres,etdisparaîtradansla
répression. Demeurée dans le collimateur de l’ennemi, la Résistante est soumise
à une perquisition à son domicile et arrêtée, en mars 1944. La Gestapo
l’interroge rue des Saussaies et à la prison de Fresnes, sans pouvoir rien
découvrir. Elle devra être relâchée après plusieurs jours d’une abominable
détention.
Frappée d’une interdiction de quitter Paris, l’héroïne de l’Atlantique Sud et de
Drancy ne peut reprendre son service d’ambulancière; comme elle l’a dit
ellemême «elle a lâché le manche à balai pour tenir le manche du balai ». Ne
pouvant aller à la recherche du renseignement, elle va le centraliser, ce qui lui
vaudra de nouvelles investigations de l’occupant. Elle ne s’en tirera indemne
qu’à la faveur d’une erreur providentielle d’attribution du dossier des charges
ou soupçons, entre divers bureaux du marché noir et des passages clandestins
de pilotes britanniques. Cette menace prendra fin avec la Libération de Paris.
Dans sa fougue habituelle,elle s’engouffreauprèsdumouvementd’insurrection
de la capitale, et devant l’irruption des chars du général Leclerc -à la tête d’une
èmecolonne partie du Tchad- Maryse vient rallier la 2 D.B à la Gare de
Montparnasse,le24août1944.
Un décret du Gouvernement Provisoire de la République, ayant porté création
des Auxiliaires Féminines de l’Armée de l’Air, Maryse Bastié, contracte le 24
novembredelamêmeannée,unnouvelengagementaveclegradedelieutenant.
Démobilisée deux ans plus tard, elle continuera d’effectuer des missions de
présentation d’appareils et d’encadrementféminin en Afrique duNordet jusque
parmi lesforcesaériennesduCorpsExpéditionnaireFrançaisenIndochine.Elle
participe aussi à des démonstrations d’avions militaires ou civils, au Brésil, en73
Argentine et au Chili, les anciennes et chères destinations de la Ligne
jusqu’audessusdesAndes.
Le 14 avril 1947, Bastié Marie-Louise dite Maryse, «Pilote féminin d’un
rayonnement international…, lieutenant de réserve, combattant volontaire,
…résistante,… et agent de renseignement de haute valeur… », est promue
Commandeur de la Légion d’Honneur «pour titres de guerre exceptionnels …,
faits de Résistance…et blessure en service commandé en 1940…».Cette
promotion comporte l’attribution de la Croix de Guerre avec palme. A cette
époque, seules les femmes de lettres françaises Anne de Noailles et Colette
avaient éténomméesàtitrecivil,danscegradedel’OrdreNational.
Maryse Bastié est également décorée de la Médaille de la Résistance, et de
l’insignedeVermeildelaCroixRougeFrançaise.
Promue Capitaine de réserve de l’Armée de l’Air, Maryse Bastié est admise en
1951, au Centre d’Essais en Vol de Brétigny, comme assistante de l’Inspecteur
général Bonte. L’année suivante, le 6 juillet, elle participe à Lyon, à un meeting
aérien, parmi l’équipage d’un prototype Nord 2501. Au cours de la
démonstration d’essai, à l’altitude de 200 mètres, l’appareil Nordatlas pique au
sol, s’écrase et prend feu. Elle est citée à titre posthume, à l’Ordre de la
Nation « héroïne mondiale, messagère de paix, …son nom restera parmi les
plus grands et les plus pur des ailes françaises », indique le texte. Enterrée au
cimetière de Montparnasse, elle lègue à la postérité la leçon d’une résistance
constante à la fragilité humaine face aux défis des éléments comme de
l’oppression,ainsiquelerôledelafemmedanslesnouvellestechnologiesetles
liaisons intercontinentales. Chaque année, la citation est lue dans une
cérémonie,devantlescadresetauxiliairesfémininsdel’Arméedel’Air.
Maryse Bastié a donné jusqu’à sa vie au service de la France et de l’aviation,
dans la rencontre d’un destin auquel elle n’a pas cessé de s’exposer sur terre
comme dans les airs, en temps de paix comme de guerre, dans son pays comme
au-dessusdel’océanverslesnationslointainesd’outre-mer.
CharlesJeantelot
SOURCES
LePetit Robertdesnomspropres,1998,Paris
«L’Amour des Dames pour la France », colonel (cr) Joseph Muller, Muller
Editions, B.P.122, 92134,IssylesMoulineaux,2004.
Internet «http:/fr.wikipedia.org./wiki/Maryse_Basti%C3A9 ».25janvier2007.75
!AlbertBERNARD
(1909-1935)
Administrateurmortaucombat
Albert Bernard est né le 31 août 1909 à Aiguebelle, en Savoie. Dès sa prime
jeunesse, puis lors de ses études au collège de La Vilette et au Lycée de
Chambéry, il montre les traits qui en feront une personnalité particulièrement
attachante: indépendance d'esprit, enthousiasme, générosité. Un de ses
professeurs, le futur écrivain Daniel Rops, qui restera son conseiller et son
admirateur au-delà de la mort, remarque aussi chez lui « le désir d'être, de se
prouveràsoi-mêmesavie ».
Après son baccalauréat, malgré le souhait de son père de le voir lui succéder à
l'étude notariale, il se rend à Paris et prépare au lycée Chaptal le concours
d'entrée à l'Ecole coloniale…tout ensefaisantterrassiersurlechantierdumétro
pourgagnerquelqueargentdepoche.
Un jour, en 1929, dans le vestibule de l'Ecole coloniale un vénérable monsieur
avise un jeune ouvrier en bleu de travail qui consulte la liste des admissions au
concours:
-Qu'est-ce quipeutvousintéressersurcetteliste ?
-C'est de m’y voir,répondl'homme en bleu,et vous ?
-Moi,je suisle directeur del'école. Je m'appelle GeorgesHardy.
PremièreprisedecontactentreledirecteuretlejeuneBernard.
Celui-ci, élève hors du commun, ne passera pas inaperçu. Il fonde le journal de
l'Ecole « l'Observatoire colonial » et se singularise par ses projets d'expédition
automobile à travers le Sahara et l'Afrique Noire et par son raid à travers
l'Europe et le Moyen-Orient à bord d'une vieille voiture qui rend l’âme à
Beyrouth. À sa sortie de l'Ecole, le directeur note chez «l'élément le plus
pittoresque de la promotion, d'étonnantes qualités proprement coloniales :
initiative, esprit d'entreprise, sens de l'organisation, autorité morale,
dévouement » et regrettant pour lui la fin du temps des grandes explorations,
émetlevœuqu’ilsoitutilisédansunpostedebrousse.
Après son service militaire au 4ème Régiment de Tirailleurs sénégalais à
Toulon, en décembre 1933, enfin, Bernard s'embarque pour la Côte française
des Somalis où il vient d'être affecté. À son arrivée à Djibouti, il est reçu par le
gouverneur Chapon-Baissac qui, répondant au vœu du directeur de l'Ecole
coloniale, l’affecte comme adjoint du commandant de cercle de Dikhil, sur les
confinsabyssins.
Bernard trouve un terrain à sa mesure. Il ouvre une piste vers Djibouti, crée une
école d'agriculture, une école primaire où, à l'occasion, il supplée l'instituteur,

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