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Horace Wells (1815-1848) et William T. G. Morton (1819-1868)

De
366 pages
Horace Wells et William T. G. Morton, tous deux dentistes de formation, sont les grands découvreurs des composés chimiques utilisés en anesthésie générale encore aujourd'hui : le protoxyde d'azote pour le premier (1844) et l'éther sulfurique pour le second (1846). Pour cette avancée considérable, les deux hommes sont entrés dans l'histoire. Réunissant de nombreux témoignages et des textes inédits du XIXe siècle, le travail de Mathieu Bertrand apporte une contribution majeure à l'histoire de la médecine.
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Horace Wells (1815-1848) Mathieu Bertrand
et William T. G. Morton (1819-1868)
La rencontre improbable le le le le
de deux précurseurs de l’anesthésie Horace Wells
(1815-1848)
Horace Wells et William T. G. Morton, tous deux dentistes de formation, , , , , , , , ,
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l’éther sulfurique pour le second (1846). Pour cette avancée considérable, les
(1819-1868)deux hommes sont entrés dans l’histoire et cultivent toujours, de nos jours, , , , ,
leur lot de sympathisants et de détracteurs. Certains diront que ce livre doit t t t t
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iiiiinnnnntttttééééérrrrrêêêêêt pt pt pt pt paaaaarrrrrtttttiiiiicccccuuuuullllliiiiieeeeerrrrr, b, b, b, b, baaaaannnnnaaaaal dl dl dl dl de se se se se suuuuurrrrrcccccrrrrroooooîîîîîttttt. I. I. I. I. Illllls ss ss ss ss se te te te te trrrrromomomomompppppeeeeennnnnttttt. B. B. B. B. Biiiiieeeeen an an an an au cu cu cu cu cooooonnnnntttttrrrrraaaaaiiiiirrrrreeeee… … … … … La rencontre improbable
En effet, Mathieu Bertrand apporte une contribution majeure à l’histoire
de la médecine, car, grâce à de nombreux témoignages et des textes inédits du de deux précurseurs de l’anesthésie
eXIX siècle, qu’il a su mettre en lumière, il est parvenu à raconter la rencontre
dddddeeeees s s s s dddddeeeeeuuuuux x x x x hhhhhomomomomommememememes s s s s ddddde e e e e mmmmmaaaaannnnniiiiièèèèèrrrrre e e e e tttttrrrrrèèèèès s s s s ppppprrrrrééééécicicicicissssse, e, e, e, e, llllleeeeeuuuuur r r r r eeeeexxxxxeeeeerrrrrciciciciciccccce e e e e cccccomomomomommmmmmuuuuun n n n n sssssuuuuur r r r r uuuuune ne ne ne ne
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de désaccords. Il a réussi, de plus, au-delà de l’aspect scientifi que de ces
découvertes, à décrire qui étaient Horace Wells et William T. G. Morton, sur r r r r
un plan plus humain, à travers les récits de personnes qui les ont directement t t t t t t
aaaaapppppppppprrrrroooooccccchhhhhééééésssss. . . . . EEEEEn n n n n ccccceeeeelllllaaaaa, , , , , MMMMMatatatatathhhhhiiiiieeeeeu u u u u BBBBBeeeeerrrrrtttttrrrrraaaaannnnnd d d d d a a a a a rrrrréééééaaaaallllliiiiisssssé é é é é uuuuun n n n n tttttrrrrraaaaavvvvvaaaaaiiiiil l l l l uuuuunnnnniiiiiqqqqquuuuue e e e e qqqqquuuuui i i i i mémémémémérrrrriiiiittttte e e e e
llllla a a a a pppppllllluuuuus s s s s gggggrrrrraaaaannnnnddddde e e e e atatatatatttttteeeeennnnntttttiiiiiooooon n n n n eeeeet t t t t qqqqquuuuui i i i i cccccooooonnnnnssssstttttiiiiitttttuuuuueeeeerrrrra a a a a iiiiinnnnndddddééééénnnnniaiaiaiaiabbbbbllllleeeeemememememennnnnttttt, , , , , à à à à à lllll’’’’’aaaaavvvvveeeeennnnniiiiirrrrr, , , , , pppppaaaaar r r r r ssssseeeees s s s s
révélations, la pierre angulaire de toutes recherches sur la question.
Xavier Riaud
Mathieu Bertrand est un jeune chirurgien-dentiste passionné par l’histoire de
sa profession à laquelle il a consacré sa thèse de doctorat en chirurgie dentaire
qu’il a soutenue brillamment en 2010, à la Faculté dentaire de Nancy.
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Morton (1819-1868) à droite (domaine public).
Préface du Docteur Xavier Riaud
ISBN : 978-2-343-01105-9
9 782343 011059
19,50 €
Horace Wells (1815-1848) et William T. G. Morton (1819-1868)
Mathieu Bertrand
La rencontre improbable de deux précurseurs de l’anesthésie








Horace Wells
(1815-1848)
et Villiam T.G. Morton
(1819-1868)
La rencontre improbable
de deux précurseurs de l’anesthésie


Médecine à travers les siècles

Collection dirigée par le Docteur Xavier Riaud

L’objectif de cette collection est de constituer « une histoire
grand public » de la médecine ainsi que de ses acteurs plus ou
moins connus, de l’Antiquité à nos jours.
Si elle se veut un hommage à ceux qui ont contribué au progrès
de l’humanité, elle ne néglige pas pour autant les zones d’ombre
ou les dérives de la science médicale.
C’est en ce sens que – conformément à ce que devrait être
l’enseignement de l’histoire –, elle ambitionne une « vision
globale » et non partielle ou partiale comme cela est trop
souvent le cas.

Dernières parutions

Xavier RIAUD, Des dentistes qui ont fait l’Histoire..., 2013.
Mathilde FRADIN, Entretiens avec le Docteur Lévy-Leroy,
médecin résistant, 2013.
Xavier RIAUD, Histoire indépendentaire, 2013.
Jean-Pierre MARTIN, Instrumentation chirurgicale et coutelle-
erie en France. Des origines au XIX siècle, 2013.
Henri LAMENDIN, Lazzaro Spallanzani (1729-1799), le père de
la biologie médicale expérimentale, 2013.
Gilles GROS, Le clou de girofle en médecine bucco-dentaire,
2013.
UIRAUD, André Breton médecin malgré lui, 2012. Gilbert G
erXavier RIAUD, Napoléon 1 et ses médecins, 2012.
Henri LAMENDIN, Thomas W. Evans (1823-1897), le dentiste de
Napoléon III, 2012.
Xavier RIAUD, Les Dentistes américains dans la guerre de
Sécession (1861-1865), 2012.
Michel A. GERMAIN, L’épopée des gants chirurgicaux, 2012.
Henri LAMENDIN, Carl von Linné, médecin précurseur de la
pharmacie moderne (1707-1778), 2012.
Xavier RIAUD, Chroniques odontologiques des rois de France et
de la dynastie napoléonienne, 2011.
Frédéric DUBRANA, Les boiteux. Mythes, génétique et chirurgie,
2011.
Florie DURANTEAU, Les dents de l’Homme. De la préhistoire à
l’ère moderne, 2011.
Mathieu Bertrand











Horace Wells
(1815-1848)
et Villiam T.G. Morton
(1819-1868)
La rencontre improbable
de deux précurseurs de l’anesthésie

Préface du Docteur Xavier Riaud












































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© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01105-9
EAN : 9782343011059







« Je trouve ma récompense, dans l’anxiété et la détresse que ma
découverte des effets anesthésiants de l’éther sulfurique a
permis de supprimer, me considérant ainsi comme l’instrument
qui sert à annihiler la douleur de milliers de héros mutilés ou
lacérés. Ils ont pu reposer en état d’anesthésie lors
d’opérations qui, en d’autres circonstances, auraient entraîné
d’immenses tortures. »
William T. G. Morton
[à propos des soldats blessés pendant la guerre de Sécession
américaine (1861-1865)].































Préface
Alors que je faisais des recherches sur Internet, je suis tombé
par hasard sur la thèse de doctorat en chirurgie dentaire
soutenue par le Dr Mathieu Bertrand, en 2010, à l’UFR
Odontologie de Nancy, intitulée William T. G. Morton et
Horace Wells: deux chirurgiens-dentistes, deux figures
marquantes de l’anesthésiologie.
J’ai beaucoup travaillé sur la dentisterie américaine du XIXe
siècle et ai publié les deux seuls ouvrages au monde sur la
chirurgie dentaire pendant la guerre de Sécession (1861-1865),
même si d’innombrables articles existent sur cette période, ce
qui m’a imposé d’ailleurs de revisiter la dentisterie du siècle
considéré, dans cette jeune nation, pour une approche plus
1complète . Celle-ci s’est révélée, par la suite, prépondérante
pour notre pratique contemporaine, car mère fondatrice de toute
la chirurgie dentaire universelle que nous connaissons
actuellement.
Immédiatement, j’ai été saisi par la valeur du travail et, sans
aucune peine, ai-je mesuré l’importance de ce que M. Bertrand
avait accompli. J’ai aussitôt démarché, avec frénésie, des amis
enseignants de la dite université, comme le Pr Francis Janot ou
la Dr Céline Clément, pour retrouver la trace du Dr Mathieu
Bertrand. Aidé par la scolarité de la Faculté dentaire de Nancy,
bien que la chose n’ait pas été aisée, je suis, finalement, parvenu
à entrer en contact avec notre auteur qui s’est senti
instantanément concerné par ma démarche littéraire, car mon

1 Cf. Riaud Xavier, L’influence des dentistes américains pendant la guerre de
Sécession (1861-1865), L’Harmattan (éd.), Coll. « Médecine à travers les
siècles », Paris, 2006, 150 p. & cf. Riaud Xavier, Les dentistes américains
dans la guerre de Sécession (1861-1965), L’Harmattan (éd.), Coll.
ème« Médecine à travers les siècles », 2 édition, Paris, 2012, 218 p.
7 souhait profond était bien évidemment de convaincre mon
confrère de publier sa thèse dans la Collection « Médecine à
travers les siècles » que je dirige aux Editions L’Harmattan, qui
a sept années d’existence, à ce jour, et qui comprend, pour le
moment, 41 livres relatifs à l’histoire de la médecine.
Aujourd’hui, c’est chose faite. Cette thèse, que j’ai revue,
corrigée et mise en pages, est devenue un livre fondamental sur
un sujet extraordinaire et d’une originalité extrême : la
rencontre, l’association professionnelle, la séparation, puis la
rivalité entre deux hommes considérés, par tous, de nos jours,
comme les grands découvreurs, l’un du protoxyde d’azote,
l’autre de l’éther sulfurique. Dans le premier cas, nous parlons,
bien sûr, d’Horace Wells et, dans le deuxième, de William T. G.
Morton.
Cette collaboration insoupçonnée entre les deux hommes a
bouleversé les champs de la médecine contemporaine,
puisqu’elle est à la base de l’anesthésie en général et du bien-
être que cet acte médical procure à chaque usage.
Mathieu Bertrand parvient avec brio à nous en retracer toutes
les étapes grâce à des témoignages, des documents et des
archives uniques. Il retrace chaque avancée en n’hésitant jamais
à développer l’adage fidèle de la thèse-antithèse-synthèse, ce
qui fait, de cet opus, un livre de référence sur la question. En
effet, à chaque argument, vient s’opposer un autre antinomique.
De même, n’hésite-t-il jamais à mettre en avant les propos des
détracteurs des deux dentistes, ce qui rend ce manuscrit très
complet, détaillé et surtout vivant malgré les âges. Pour finir, je
ne peux que saluer et féliciter l’auteur, et lui dire toute ma fierté
d’avoir préfacé cet opus tout d’abord, mais aussi de le voir
rejoindre les auteurs de la collection « Médecine à travers les
siècles » que je dirige depuis 2006.
Docteur Xavier Riaud
Docteur en chirurgie dentaire
Docteur en épistémologie, histoire des sciences et des techniques
Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie
dentaire
Membre libre de l’Académie nationale de chirurgie
8


Avant-propos
L’anesthésie générale est définie comme la combinaison d’une
perte de conscience, d’une amnésie, d’une anxiolyse, d’une
analgésie, d’une relaxation musculaire et d’une atténuation des
réflexes sensoriels, somatiques et hormonaux (Albrecht et al.).
Le protoxyde d’azote de formule N2O est aussi couramment
appelé oxyde nitreux. Ce composé procède principalement
d’une action analgésique grâce à son action au niveau du
système nerveux central. Pour cela, il stimule ainsi les
récepteurs inhibiteurs au GABA (γ-aminobutiric acid). Il
possède toutefois une action analgésique qui lui permet de créer
une anesthésie générale. Cette propriété est aussi attribuée à
l’interaction exercée par le protoxyde d’azote sur les récepteurs
adrénergiques et par la libération d’enképhalines (Schneck,
2002).
Cette analgésie est néanmoins peu puissante pour des
concentrations de gaz inférieures à 40%. En fait, ce gaz procède
d’une puissante action analgésique avec une dépression cardio-
vasculaire, ainsi que d’une perte de connaissance pour des
concentrations comprises entre 80 et 90% lors d’une
administration prolongée, c'est-à-dire lors d’une anesthésie
générale. Comme il existe des risques d’hypoxie à ces
concentrations, ce gaz est employé fréquemment pour des
concentrations allant de 40 à 60% (50% généralement) où il
produit une analgésie profonde, mais sans perte de connaissance
(analgésie à l’état vigile) (Miller, 2004).
Le protoxyde d’azote a aussi comme effet d’augmenter la
fréquence cardiaque en stimulant le système sympathique.
Enfin, il faut savoir qu’il diffuse très facilement des alvéoles
vers le sang, mais aussi dans toutes les cavités aréiques, et dans
9 les cellules (sinus, tympans, etc.). Etant plus dense que l’air, il a
tendance à l’expansion lorsqu’il est évacué de l’organisme et, à
ce titre, est contre-indiqué en cas de pneumothorax, obstruction
des méats et conduits, ou toute autre situation anatomique
pathologique ayant créé une cavité totalement close. Il existe
aussi une contre-indication majeure en cas de risque embolique
(Schneck, 2002).
On appelle communément « éther sulfurique » ou même parfois
encore plus improprement « éther », un composé qui se trouve
être du diéthyl éther. L’adjectif « sulfurique », qui vient
qualifier ce composé, rappelle qu’il est obtenu à partir de la
déshydratation de l’éthanol par de l’acide disulfurique. Au
XIXe siècle, on a néanmoins appelé à tort le chlorure d’éthyle,
éther chlorhydrique, qui serait de l’éther résultant de la
déshydratation de l’éthanol par de l’acide chlorhydrique. En
effet, on ne peut obtenir un éther par l’action d’un acide fort sur
de l’éthanol que si cet acide contient suffisamment d’atomes
d’oxygène comme c’est le cas pour l’acide disulfurique
(Cousin, 2005).
Le diéthyl éther est aujourd’hui reconnu comme étant un agent
dont le principal effet est anesthésique. Par ailleurs, il provoque
une dépression au niveau respiratoire et cardiaque, et induit
également une relaxation des muscles squelettiques. Son action
anesthésique procède d’un processus déprimant les voies
pyramidales et extrapyramidales, à la fois au niveau de la
moelle épinière et du cerveau (Di Palma, 1971).
Ce composé agit principalement sur deux types de récepteurs
centraux : les récepteurs inhibiteurs GABA et sur les A
récepteurs à la Glycine, eux aussi inhibiteurs. Ces derniers se
trouvent alors stimulés par le diéthyl éther et inhibent par
conséquent les flux nerveux sensitifs afférents issus des fibres
nerveuses conduisant les stimuli de la douleur. Une fois inhalé,
il passe la barrière du flux sanguin où il peut gagner les cellules
nerveuses cérébrales (Thompson & Wafford, 2001).
En tenant compte de ces quelques préceptes, je vais essayer
d’étudier l’histoire de l’anesthésie sous un jour un peu différent
10de ce qui a été jusqu’alors, à travers l’improbable rencontre des
deux dentistes qui ont été les premiers à appliquer, sur
l’homme, l’anesthésie au protoxyde d’azote, soit Horace Wells,
et l’anesthésie à l’éther sulfurique, soit William Thomas Green
Morton.


















11























L’anesthésie avant les travaux de Wells et de Morton.
La connaissance des premiers composés analgésiques remonte à
l’Antiquité. On retrouve les premières traces qui attestent de la
culture du pavot par les Sumériens vers 5 000 av. J.-C. pour en
extraire l’opium.
Les Egyptiens utilisent aussi ce composé pour soulager les
douleurs abdominales causées par les vers intestinaux ou pour
calmer les enfants agités, comme le décrit le papyrus d’Ebers
remontant à environ 1 550-1 600 av. J.-C.
L’opium est aussi connu des Grecs comme des Romains pour
lutter contre la douleur. Ainsi, on trouve certaines références
dans la mythologie grecque où Déméter utilise de la poudre
d’opium pour soulager les douleurs de sa fille, Perséphone. A
Rome, Galien s’enthousiasme pour l’usage de l’opium dont il
fait des préparations analgésiques. Celse suggère d’utiliser ces
préparations avant une intervention chirurgicale pour supprimer
la douleur chez les patients (Argon-Poce et al., 2002).
Les Grecs et les Romains connaissent les qualités de certains
composés. Dès le Ier siècle av. J.-C., le médecin grec
Dioscoride décrit les vertus analgésiques et soporifiques de la
mandragore. Celle-ci est utilisée pure ou après l’avoir faite
bouillir dans du vin (donnant un jus qui peut être consommé)
lorsqu’il faut inciser, cautériser ou bien même amputer. En 79
après J.-C., Pline décrit aussi une infusion à base de graines de
roquette (Eruca Sativa) ayant des propriétés analgésiques
puissantes.
Hérodote décrit l’habitude qu’ont les Scythes d’inhaler des
vapeurs issues des graines de chanvre pour lutter contre la
douleur.
13Les Chinois, dès le Ier siècle de notre ère, utilisent des
préparations analgésiques à base de chanvre indien qu’ils font
ingérer au patient dans du vin avant une intervention
chirurgicale (Park, 1923 ; Baur, 1927).
Dans le monde islamique du Moyen Âge, les médecins arabes
utilisent volontiers l’opium qui constitue aussi pour eux un
analgésique de choix, tout comme ils emploient le chanvre
indien (Aragon-Poce et al., 2002 ; Park, 1923).
En Europe, on retrouve l’usage d’éponges soporifiques qui
constitue un procédé anesthésique par inhalation, dès le IXe
siècle.
Ainsi, à l’abbaye italienne de Monte Cassino, on retrouve, au
XIe siècle, des compilations mentionnant les composés utilisés
pour préparer des éponges soporifiques. On y trouve ainsi de
l’opium, de la mandragore, de la ciguë, de la jusquiame noire
qu’on laisse macérer dans de l’eau. Le macérât obtenu est versé
sur les éponges, jusqu’à saturation, puis celles-ci sont laissées à
sécher au soleil. Lorsqu’on veut se servir des effets
analgésiques de la dite éponge, on verse dessus de l’eau chaude
et on la porte aux narines du patient à anesthésier avant une
intervention chirurgicale (Baur, 1927). Il s’agit d’une
préparation soporifique à inhaler, utile à ceux voulant faire de la
chirurgie, afin qu’ils puissent inciser sans douleur le patient
endormi. (Id est somntpcum conveniens his qui chirurgia
curatur, aut sectionis dolorem nonorisentiant soporati.)
Ces éponges sont utilisées jusqu’au XVIe siècle. Outre ces
éponges, on utilise aussi de la mandragore et de l’opium pour
produire des anesthésies lors d’interventions chirurgicales.
Il faut attendre le XVIIIe siècle pour qu’un procédé totalement
nouveau soit présenté par l’Allemand Franz Aton Mesmer en
1776. On n’accorde que peu d’importance aux travaux de
Mesmer qui passe, en son temps, pour un charlatan. Ce procédé,
appelé hypnose ou encore mesmérisme, permet néanmoins de
réaliser certaines opérations lourdes sans douleur. Cette
14technique ne connaît un essor véritable qu’au milieu du XIXe
siècle (Park, 1923 ; Underwood, 1946).
Au Japon, dès 1804, le médecin et chirurgien japonais Seishu
Hanaoka pratique l’exérèse d’une tumeur maligne du sein sous
anesthésie générale. Il l’obtient par un composé analgésique
puissant qu’il a mis au point et qui a été connu sous le nom de
« Tusensan » (Izumi & Isozumi, 2001).
On sait que le baron Larrey, chirurgien en chef de la Grande
Armée napoléonienne, observe, lors de la campagne de Russie,
qu’un froid intense peut provoquer une insensibilité intéressante
lors des amputations. Suivant les observations du Français,
Arnott, médecin londonien, préconise d’appliquer sur la partie à
opérer un mélange réfrigérant à base de glace et de sel, pour
obtenir une anesthésie préopératoire (Park, 1923).










15






















La mise en évidence de l’oxyde nitreux.
Smith (1972) considère que le célèbre physicien et chimiste
Joseph Black (1728-1799) a été le premier à « découvrir »
l’oxyde nitreux – il est vrai que l’on devrait plutôt parler
d’identification du gaz en question. Black a en effet étudié le
nitrate d’ammonium et aurait été, dès 1766, voire 1767, en
mesure de produire du protoxyde d’azote. Ceci serait prouvé par
des notes de Black publiées par Robinson en 1803, au sein d’un
ouvrage intitulé Black's Lectures on the Elements of Chemistry.
Ayant obtenu au préalable du nitrate d’ammonium en
mélangeant de l’acide nitrique, appelé, par Black, acide nitreux,
et de l’ammoniac dénommé, par Black, alcali volatile, il a
concentré le nitrate d’ammoniac obtenu, certainement par
chauffage, et a obtenu un gaz incompressible ainsi que de l’eau.
Black vient de synthétiser, sans le connaître, de l’oxyde nitreux.
Cette réaction permettant de produire de l’oxyde nitreux ne sera
formalisée qu’en 1785, par le chimiste français Berthollet
(1748-1822).
Joseph Priestley est né le 24 mars 1733, à Fieldhead, près de
Birstall, à 9 miles de Leeds, d’un père riche fabricant d’étoffe.
A l’âge de 7 ans, il est confié à sa tante qui lui inculque une
instruction religieuse calviniste rigoriste. Destiné par sa tante à
devenir ministre du culte, il fait ses études dans les écoles
locales, puis à la Daventry Academy pour poursuivre ses études
de théologie. En 1753, il devient ministre pasteur calviniste,
mais ses idées jugées arianistes, qui consistent en un refus de
croire en la nature divine de Jésus, le mettent au ban de la
congrégation. Il devient alors ministre du culte dans une petite
paroisse dissidente. Il se lance ensuite dans des
expérimentations philosophiques souvent peu rigoureuses d’un
point de vue purement scientifique. Il publie ainsi en 1767, An
17History of Electricity, puis, en 1772, History of Discoveries
concerning Light Vision and colour (Corry, 1804). En 1773, il
quitte Leeds où il réside pour s’installer à Calne, dans le château
du Lord Shelburne. Il assure là-bas la charge de précepteur du
fils aîné du comte pendant sept années. Le comte Shelburne a
été aussi un mécène pour les expérimentations de Priestley qui a
pu ainsi poursuivre ses recherches scientifiques et théologiques.
Pendant ces années passées au service de Lord Shelburne, il
publie, de 1774 à 1786, un ouvrage en six volumes consacré à
l’étude des « airs », c'est-à-dire des gaz, intitulé Experiments
and Observations on Different Kinds of Air. Priestley
s’enthousiasme aussi pour les philosophes français et accueille
très favorablement la Révolution française de 1789. Polémiste
religieux et philosophe de plus en plus virulent à l’égard de son
pays, il doit se résoudre à émigrer, avec sa famille, aux Etats-
Unis. Les Priestley s’installent ainsi à Northumberland, en
Pennsylvanie, en 1794. Priestley y meurt le 6 février 1804
(Schofield, 2004).
En 1772, Priestley fait des expérimentations sur l’air nitreux,
autrement dit du monoxyde d’azote (NO) encore appelé oxyde
nitrique. Priestley se rend compte que ce gaz, quand il reste au
contact prolongé de la limaille de fer et du soufre, occupe un
volume moindre (Priestley, 1772). Le résultat de la réaction
chimique donne naissance à un gaz, le protoxyde d’azote (N2O)
encore appelé oxyde nitreux. Priestley vient de produire de
l’oxyde nitreux, mais il n’a pas encore pris conscience qu’il
vient de découvrir un nouveau gaz. Ce n’est que, plus tard, qu’il
s’en apercevra. Il est arrivé à cette conclusion en répétant ses
expériences avec le monoxyde d’azote et en observant les effets
obtenus sur la flamme d’une bougie, ainsi que sur des souris.
(Priestley, 1775). Ce n’est que par la suite que Priestley (1786)
a donné un nom à ce nouveau gaz : « L’air nitreux
déphlogistiqué est le terme par lequel j’ai d’abord distingué cet
espèce de gaz, car il est possible pour une bougie de brûler
dans cet air ». Priestley se montre un ardent défenseur de la
théorie de la phlogistique, ignorant et rejetant les travaux du
chimiste français Lavoisier. Ce dernier infirme cette théorie
développée par le chimiste allemand Georg Ernst Stahl, en
18publiant en 1777, son ouvrage intitulé Réflexions sur le
phlogistique, pour servir de développement à la théorie de la
combustion & de la calcination (Lavoisier, 1783).
La théorie du phlogistique (du grec phlogistos signifiant
inflammable) affirme que tous les matériaux inflammables
contiennent du phlogistique, une substance incolore, inodore,
impondérable qui se dégagerait en brûlant. Une fois brûlée, la
substance apparaît donc déphlogistiquée. Donc, plus un corps a
tendance à brûler facilement dans l’air et plus il contient du
phlogistique. Aussi, le corps cessera de brûler lorsque tout son
phlogistique aura été absorbé par l’air ambiant. Celui-ci a au
demeurant une capacité limitée à absorber le phlogistique. Il est
ainsi des airs qui absorbent mieux le phlogistique selon qu’ils
en contiennent ou non. Par conséquent, les airs déphlogistiqués
sont les plus à même de permettre à un corps de brûler (Conant,
1950). Joseph Priestley (1772a) ne se contente pas
d’expérimentations sur le protoxyde d’azote seul. Il est aussi à
l’origine de la découverte d’autres gaz. On lui doit ainsi la mise
en évidence de l’air nitreux (NO ou monoxyde d’azote), de l’air
marin acide (HCl ou chlorure d’hydrogène) et de l’air alcalin
(NH ou ammoniac). Priestley (1772b) a en outre réussi à 3
produire de l’air phlogistiqué (CO ) en versant de l’acide 2
sulfurique sur de la craie. Il est enfin, et surtout, un de ceux qui
a mis en évidence le dioxygène. En 1774, il obtient cet « air »
en concentrant, à l’aide d’une lentille, les rayons du soleil sur
du mercurius calcinata (oxyde de mercure). Joseph Priestley
nomme ce gaz, « air déphlogistiqué », car il permet aux corps
en contact avec cette espèce d’air de brûler vigoureusement
(Priestley, 1775).





19






















La mise en évidence de l’éther sulfurique
L’éther sulfurique a été mis en évidence en 1275, par
l’Espagnol Llull Ramon, mieux connu sous le nom latin de
Raymundus Lullius (1232-1316). Il donne, à ce composé, le
nom de « vitriol doux » (Whalen et al., 2005).
On doit la première synthèse d’éther sulfurique à l’apothicaire
allemand Valerius Cordus (1515-1544) en 1540. Cordus le
nomme « huile douce de vitriol » (en latin, oleum dulci vitrioli).
Il se peut qu’il ait appris cette méthode de synthèse des
explorateurs portugais qui l’ont ramenée de leur voyage au
Moyen Orient (Ray & Cadden, 1998).
Paracelsus, de son vrai nom Théophrastus Bombastus von
Hohenheim (1493-1541), a été un scientifique et un médecin
helvète. Il est un des premiers hommes de sciences à
reconnaître les vertus analgésiques de l’éther sulfurique. Il
affirme ainsi, dans son ouvrage Opera Medico Chimica sive
paradoxa qui a été publié en 1605 (retranscrit par Ferguson,
1877): « Néanmoins, ce qui suit devrait être rapporté ici avec
ce qui concerne ce sulfure [éther sulfurique], que toute chose
extraite du vitriol [acide sulfurique] est d’autant plus
remarquable qu’elle est stable. Par ailleurs il passe pour être
doux, si bien que lorsqu’il est pris même par des poules celles-
ci tombent de sommeil pendant un moment, mais sans
dommage. A propos de ce sulfure, nul autre jugement ne devrait
être accepté que celui qui prétend que, dans le cas de maladies
qui ont besoin d’être traitées avec un analgésique, il calme
toutes les souffrances sans dommages, soulage toutes les
douleurs, fait baisser toutes les fièvres et empêche les
complications dans toutes les maladies. »
21On ne sait que peu de choses sur Matthew Turner ( ?-1788), si
ce n’est qu’il a été chimiste, apothicaire et chirurgien à
Liverpool. Cet homme reste connu pour être l’auteur de
l’ouvrage intitulé An Account of the Extraordinary Medicinal
Fluid called Aether publié en 1761. Dans cet essai, Turner
décrit les effets thérapeutiques de l’éther sulfurique : « … Mais,
la plus précieuse des vertus de l’éther réside en ses qualités
médicinales. On a pu mettre en évidence, lors d’expériences
répétées, qu’il s’agit d’un excellent remède dans la plupart des
maladies nerveuses et, en particulier, les attaques de toutes
sortes, qu’elles soient épileptiques, convulsives,
hypochondriaques ou paralytiques. [Ce composé soulage] les
maux de crâne, la goutte, les rhumatismes, les douleurs
d’estomac, les [flatulences] au niveau de l’estomac et des
intestins, les quintes de toux, l’asthme, les douleurs pleurétiques
et la surdité… »
Il est surtout intéressant de constater que Turner connaît les
propriétés analgésiques de l’éther et la façon dont il convient de
l’administrer, notamment pour ce qui est des maux de tête.
« Dans le cas des maux de crâne, lorsque survient une
migraine, celle-ci est instantanément soulagée par l’application
externe d’éther sur le front, en utilisant un morceau d’étoffe en
lin… Ou il peut être appliqué sur une autre partie du crâne où
siège la douleur, en rasant au préalable la zone si nécessaire.
Si la douleur est violente, une dose [d’éther] devra être prise
par l’intérieur. Dans le cas de migraines rebelles, il sera
également plus commode d’inhaler par le nez un peu d’éther,
soit seul ou mélangé avec une part égale d’eau de lavande,
d’eau de Hongrie ou d’eau de vie. Ou bien il sera plus facile de
l’appliquer en portant au nez un morceau d’étoffe en lin imbibé
d’éther. Ces procédés devront être répétés si une urgence
douloureuse le nécessite... »
Dès 1796, le Dr Richard Pearson, médecin à Birmingham,
semble être un des premiers à avoir utilisé de façon médicale
l’éther sulfurique. Il a employé ce composé dans le but de
soigner et de calmer la douleur dans le cas de tuberculose, et
d’autres maladies pulmonaires. Pour faire inhaler l’éther,
22Pearson utilise un mouchoir imbibé de ce composé et le porte
près de la bouche, ou du nez du patient (Buxton, 1846 ;
Robinson, 1847).
En 1798, le Dr Thomas Beddoes (1760-1808), médecin anglais
à Oxford, crée la Medical Pneumatic Institution, sise à Clifton,
Bristol, dans le but de traiter les patients atteints de tuberculose
ou d’autres maladies respiratoires, grâce à l’inhalation de gaz
artificiels (Hunting, 2008). Cette même année, Beddoes répète
des expériences qui ont été menées par le Dr Robert Thornton.
Un de ses patients rapporte que l’usage qu’on a fait de l’éther,
pour soigner son oppression à la poitrine, a soulagé
immédiatement ses douleurs pulmonaires, puis l’a fait
s’assoupir. Beddoes a employé ainsi avec succès l’éther
sulfurique qu’il a fait inhaler pour soulager les douleurs et les
oppressions à la poitrine de personnes souffrant de maladies
pulmonaires. Ainsi, à une occasion, il a fait tomber une femme
dans un état d’inconscience en lui faisant inhaler de l’éther pour
dissiper la détresse respiratoire due à sa maladie pulmonaire.
Beddoes publie ses travaux dans le journal Contributions to
Medical and Physical Knowledge from the West of England,
faisant état par la même occasion des possibilités analgésiques
qu’offre l’inhalation d’éther sulfurique (Buxton, 1846 ;
Robinson, 1847).
En 1818, le chimiste et physicien Michael Faraday (1791 -1867)
est un jeune scientifique occupant le poste d’assistant chimiste à
la Royal Institution. Il est un des étudiants, puis le protégé, de
Humphry Davy, membre de la Royal Institution et de la Royal
Society (Tyndal, 1868). Son disciple, Faraday, a pu observer les
effets anesthésiques du protoxyde d’azote. Aussi, en 1818, a été
publié anonymement, dans le journal The Quarterly Journal of
Science and the Arts, la conclusion suivante : « Lorsque les
vapeurs d’éther sont mélangées à de l’air commun, elles
produisent des effets similaires à ceux occasionnés par l’oxyde
nitreux… Un effet de stimulation est d’abord ressenti au niveau
de l’épiglotte, mais cette sensation diminue bientôt très
rapidement… Avec une administration imprudente d’éther, un
homme peut tomber dans un état de léthargie très profond, qui
23se poursuit, avec quelques périodes d’intermission, pendant
plus de trente heures. » D’après Bergmann (1992), il s’agit bien
d’un écrit émanant de Michael Faraday. Ce dernier a publié
ainsi un des premiers écrits faisant état des effets narcotiques de
l’éther sulfurique, bien que ne formulant pas comme Davy
l’hypothèse d’une utilisation chirurgicale.

















24


L’odontologie aux Etats-Unis : sa pratique, son cadre
et sa formation
par les Drs Mathieu Bertrand et Xavier Riaud
Avant même que les Etats-Unis n’accèdent à leur indépendance,
il existe une pratique de l’odontologie dans ce pays qui est alors
une colonie britannique. Barbiers, « toothbreakers » ou briseurs
de dents, sont les principaux acteurs d’une dentisterie
balbutiante.
On retrouve l’existence d’un « dentiste » anglais, alors
dénommé barbier chirurgien, dès 1636. Il émigre vers la colonie
de Plymouth, sur la côte est, avec deux autres barbiers
chirurgiens. Il s’agit de William Dinly. Son nom est passé à la
postérité, car il périt dans une tempête de neige alors qu’il se
rend à Roxbury pour soulager un homme de ses maux de dents
(Deranian, 1989).
De 1620 à 1765, on estime à moins de dix, le nombre de soi-
disant dentistes, ou « opérateurs pour les dents », arrivés sur le
sol américain pour y exercer leur art. Ces opérateurs travaillent
d’ailleurs toujours de manière itinérante (Deranian, 1989).
Wilwerding (2001), quant à lui, avance le nombre de 6
« arracheurs » de dents ayant émigré aux Etats-Unis dans cette
période.
Il n’existe pas de dentiste américain à proprement parler, c'est-
à-dire né sur le sol américain et qui aurait bénéficié d’une réelle
formation dentaire. La pratique de l’odontologie demeure donc
très hétéroclite.
En premier lieu, elle reste le fait de clergymen puritains. On
compte, parmi ces prêtres, Cotton Mather (1663-1728) qui a été
25l’un des plus célèbres ministres du culte de l’Amérique
coloniale. Ce dernier, dans son livre The Angel of Bethesda,
mélange, de façon apocalyptique, son prêche puritain avec des
remèdes dentaires et médicaux. (Deranian, 1989).
On l’a vu précédemment la pratique de la dentisterie s’effectue
majoritairement de manière itinérante. Cette pratique s’impose
du fait du faible nombre de praticiens, avérés ou prétendus, pour
une population souvent éparpillée, et enclavée. Ceux-ci vont, de
ville en ville, vendre des remèdes pour calmer les douleurs
dentaires ou bien extraire les dents douloureuses. Quand il n’y a
aucun opérateur disponible, ce sont alors des ménagères pleines
de ressources qui s’occupent de cette besogne. Ces dernières
apprennent, de manière empirique, au fur et à mesure des essais
et des erreurs, prodiguant une dentisterie domestique à base
d’emplâtres et de gargarismes artisanaux (Asbell, 1975).
Il y a bien sûr les charlatans qui abondent à la faveur d’une
absence de régulation de la profession. Les charlatans sont si
nombreux que William Smith note en 1757 : « Les charlatans
abondent comme les sauterelles en Egypte » (Deranian, 1989).
Il convient enfin d’ajouter que, bien souvent, les traitements
dentaires sont délivrés par des artisans. Ceux-ci sont sculpteurs
d’ivoire, horlogers ou orfèvres, mettant leur habileté manuelle à
profit pour effectuer des soins dentaires (Asbell, 1975).
Enfin, il est aussi fréquent de voir des forgerons extraire
gratuitement des dents pour promouvoir leur activité première
(Deranian, 1989).
Ces interventions finissent souvent mal pour le pauvre patient,
comme le rapporte le Dr Samuel S. Fitch à propos d’un
forgeron en Virginie, dans son ouvrage A System of Dental
Surgery. « Il s’avère que la mâchoire est trop faible pour
supporter la traction monstrueuse exercée sur elle et cède entre
la première, et la deuxième molaire. Immédiatement, ont cédé
la paroi antérieure et celle postérieure du sinus. La fracture
s’est poursuivie vers l’os spongieux du nez emportant six dents
26saines avec la mâchoire. » Fitch précise que le patient s’est
rétabli de l’intervention bien qu’il ait été défiguré.
Les thérapeutiques dentaires employées, durant cette période
coloniale, demeurent extrêmement frustres. Elles se résument,
pour la plupart des cas, à l’extraction de dents douloureuses ou
délabrées, voire à leurs obturations avec des « bouchons » de
plomb ou d’étain.
L’instrumentation utilisée est de même bien souvent
rudimentaire.
- La clé de Garengeot peut permettre une avulsion rapide et
efficace des dents moyennant cependant une utilisation
irréprochable, et une bonne connaissance de l’anatomie
dentaire. La griffe assurant la préhension doit se trouver sur la
partie linguale/palatine de la dent tandis que l’autre partie de
l’instrument prend appui sur la partie vestibulaire de la dent.
Entre les mains d’un charlatan, la griffe peut prendre appui sur
la gencive et, alors que l’opérateur tente d’extraire la dent, elle
vient arracher les tissus mous, et l’os entourant cette dent
(Atkinson, 2002).
- Le pélican du fait de son volume important est plus difficile à
manipuler que la clé, encore plus au niveau des secteurs
postérieurs. Il nécessite en outre la séparation préalable de la
gencive de l’os, équivalente d’une syndesmotomie, grâce à une
lancette très tranchante. Cette étape est suivie d’une
mobilisation par un élévateur. Alors seulement, le pélican peut
être utilisé convenablement en faisant basculer la dent. Celle-ci
est enfin saisie avec les doigts ou une pince. (Atkinson, 2002).
Quand les opérateurs utilisent les instruments de leur art, ces
derniers se servent surtout de pélicans et de clés de Garengeot,
plus rarement de daviers. Ces derniers sont peu utilisés, car ils
restent inadaptés aux anatomies dentaires. Aussi, les praticiens,
qui utilisent volontiers pélicans et clés, sont-ils des Français et
des Britanniques (Glenner, 1998).
27Durant ce XVIIIe siècle, l’instrument de choix employé pour les
extractions reste la clé de Garengeot, car elle permet en effet, à
une main habile, d’effectuer une avulsion rapidement. Cette
période ne connaissant pas l’anesthésie ou les antalgiques
permettant de procéder confortablement à des extractions, on
comprend que la vitesse d’exécution de l’acte ait été
primordiale. Cependant, son usage par des charlatans a pu
causer de graves dommages au patient (Atkinson, 2002). Les
violentes souffrances occasionnées par cette clé ont d’ailleurs
laissé des traces durables au sein de la société américaine.
Oliver Wendell Holmes note dans Claims of Dentistry (1872) :
« Il n’y eut jamais de serres d’oiseaux ou de griffes de bêtes qui
furent la cause d’autant d’appréhension et d’angoisse, d’autant
de hurlements et de douleurs atroces, que cet instrument
diabolique ressemblant à la serre d’un vautour, connu sous le
nom de clé. »
Il n’est plus fait mention « d’arracheur » de dents avant 1734. A
cette date, un certain James Mills publie une « réclame » dans le
New York Journal (Wilwerding, 2001) : « Extractions de dents
et de chicots cassés, très sûres et très soigneuses, pratiquées
par James Mills, qui fut formé par James Reading, décédé, qui
fut très célèbre pour ses extractions dentaires. S’adresser à la
boutique du défunt, près de l’entrée du vieux marché. » On ne
sait hélas que très peu de choses sur ce James Reading.
Plus tard, vers 1738, le Philadelphia Newspaper fait état de
William Whitehead qui se présente en la qualité « d’opérateur
pour les dents ».
Un dentiste français, c'est-à-dire un barbier chirurgien, qualifié
venant de Paris et ayant émigré aux Etats-Unis, le sieur Roguet,
se fait connaître dans le Boston Independant Advertiser de
juillet 1749, pour sa spécialité qui consiste à « soigner
les haleines les plus puantes en extrayant les dents cariées et
les chicots, et en cautérisant des gencives jusqu'à l’os de la
mâchoire. Sans la moindre douleur ou incommodité ; et sera
mis à leur place, un dentier aux dents faites de véritable ivoire
africain, serties sur un émail de couleur rose, donc qui sied
joliment aux mâchoires… »
28Ce type de dispositif prothétique reste néanmoins très rare, non
seulement à cause de son coût, mais aussi du fait de ses piètres
performances. En somme, ces dents en ivoire sont considérées
comme un véritable luxe à cette époque (Wilwerding, 2001).
Les premiers praticiens véritablement formés en odontologie
sont venus d’Angleterre, côté anglais, et de France, avec le
comte de Rochambeau qui débarque à Newport, en 1778,
accompagné de La Fayette et de Jacques Gardette, dentiste
français reconnu comme étant un des pionniers de la dentisterie
américaine. Il convient de citer aussi Jean-Pierre Le Mayeur.
Côté français, Jacques (dit James) Gardette (1756-1831), passe
un examen de chirurgien de l’Amirauté, à Bayonne, en 1777,
puis s’embarque sur La Basquaise à destination de Boston.
Après avoir relâché à Plymouth, en 1778, il fait partie du corps
expéditionnaire de La Fayette (1757-1834), qui prend part à la
guerre d’indépendance américaine. On a même écrit qu’il serait
parti de France avec La Fayette, ce qui n’est pas exact, car ce
dernier est déjà arrivé en Amérique, en 1777.
Gardette est un patriote ardent, ayant embrassé avec
enthousiasme les idées libérales qui ont précédé la Révolution.
La décision américaine de rejeter le joug britannique a été, pour
lui, l’occasion de mettre en pratique ses opinions. Il rejoint donc
La Fayette, après s’être enrôlé comme chirurgien de la Marine.
Une fois sur place, il pratique non seulement la chirurgie, mais
aussi l’art dentaire, dans l’armée du nord, selon Viau (1925).
Se disant « chirurgien-dentiste venant de Paris », Gardette,
ayant bien étudié l’art dentaire chez Le Roy de la Faudiguère,
expert pour les dents parisien, il exerce la profession de dentiste
dans diverses villes états-uniennes. « On croit qu’il a été le
premier à substituer aux ligatures, des crochets soudés pour le
maintien des pièces artificielles (Lemerle, 1900) », ce que
confirme en d’autres termes André-Bonnet (1955) : « On lui
attribue l’invention des crochets sur les plaques ».
Voulant s’installer en Pennsylvanie, il fait publier cette
annonce, dans un journal local The Pensylvania chronicle and
29universal advertiser en juin 1784 : « Gardette, chirurgien-
dentiste, venant de Paris, informe le public, qu’il pose des dents
artificielles (qui imitent les dents naturelles), depuis une simple
dent jusqu’à une mâchoire complète et les place sans la
moindre douleur, si régulièrement, qu’il est impossible de les
distinguer des dents naturelles et de telle façon que le porteur
peut les retirer et les remettre lui-même avec la plus grande
facilité. Il les fixe sur des racines si on ne veut pas les retirer. Il
enlève aussi les incrustations ou le tartre des dents sans
douleur et les rend, au moyen d’une poudre de sa composition,
aussi propres et aussi blanches que jamais. Comme il se
propose de s’établir en cette ville et d’y exercer à des
conditions très raisonnables et très modérées, il espère se
recommander lui-même à l’attention et à la confiance de ceux
qui auraient besoin de ses soins. Il souhaite avoir l’occasion
d’utiliser son art de façon aussi libre qu’il se flatte d’être en
droit de l’attendre d’après son habileté. Dans le cas où quelque
Monsieur ou quelque Dame désirerait le voir venir à son
domicile, il s’y rendra sur simple demande ».
Il a initié, à la chirurgie dentaire, le jeune Américain Josiah
(Joseph) Flagg (1764-1816), qu’il a rencontré dans l’armée du
nord, lequel, comme lui-même, a été l’élève de Le Mayeur.
Selon Besombes et Dagen (1961), c’est Gardette, lui-même, qui
est considéré aux Etats-Unis comme le « fondateur de la
dentisterie ». Viau (1925) souligne que Gardette avait toutes les
qualités d’un professeur, qu’il a acquis une très haute réputation
aux Etats-Unis, où il a pratiqué pendant près de cinquante ans.
Gardette, alors qu’il est à Philadelphie, en mars 1791, et, selon
les documents qu’a possédés Viau, écrit à son frère, graveur à
Agen : « Je t'invite à passer en Amérique, je veux t'y faire
dentiste et t'y faire ta fortune. Je me charge de t'instruire et,
dans un an, te mettre en état de gagner autant dans une heure
que tu le fais en grattant le cuivre en France pendant une
semaine. Mon nom, sans me flatter, te mettra toujours à même
de bien faire tes affaires dans ce pays qui est un des meilleurs
du monde. Tu te muniras de quelques livres sur le sujet de ma
profession : Fauchard, Bourdet, Bunon ». (Cecconi, 1959).
30Trente ans après la mort de Fauchard, Gardette déclarait
toujours que « son œuvre était indispensable pour qui voulait
s’instruire dans son art » (Besombes et Dagen, 1961).
Gardette, en 1810, devait donner une des premières descriptions
d’un « pont » (bridge). Il a de plus développé l’idée de « cavité
de vide » pour stabiliser les prothèses amovibles complètes. Il a
laissé son fils (1806-1866) en Amérique, où celui-ci a exercé la
chirurgie dentaire. Gardette est revenu en France où il est mort à
Bordeaux.
Pierre (ou Jean-Pierre) Le Mayeur, après avoir vécu en France,
part en 1779-1780, vers Londres, où il obtient un passeport pour
l’Amérique afin de s’y occuper d’un frère. Il reste à New York
jusqu’en 1783. « Le sang généreux du patriotisme coulait dans
ses veines et l’incita à partir pour l’Amérique avec la flotte
française commandée par Rochambeau (1725-1807) pour
prendre part à notre lutte pour l’indépendance. Il arriva le 12
juillet 1780 et débarqua à Newport où il se mit à pratiquer la
chirurgie et l’art dentaire au profit des soldats des armées
alliées. Le Mayeur était un ami intime du marquis de La
Fayette (1757-1834) qui parlait en termes élogieux de son
habileté comme dentiste… Lorsque les armées américaines et
françaises eurent pris leurs quartiers d’hiver, en 1781-1782, …
alors que tous étaient à demi vêtus, à peine nourris et
souffraient tous les maux possibles par suite des privations et
intempéries, Le Mayeur travailla consciencieusement à
soulager ses frères d’armes et les habitants de la contrée de
leurs douleurs dentaires, et autres problèmes. Pendant cet hiver
1781-1782, Le Mayeur enseigna la dentisterie à deux
compagnons d’armes, un de ses compatriotes, James Gardette,
âgé de 25 ans, et l’autre, un Américain, Josiah Flagg, 18 ans,
qui, plus tard, firent honneur à la dentisterie américaine… Le
Mayeur fut le premier professeur de dentisterie en Amérique et
sa venue marqua le commencement de l’art dentaire comme
profession dans ce pays… Sa spécialité était la transplantation
des dents » (Viau, 1925).
La trace de Le Mayeur est perdue en 1787. Il aurait repris sa
carrière de chirurgien de la Marine, pendant plusieurs années. Il
31serait décédé en Virginie, en 1806 (Cecconi, 1959). Mais, Viau
(1925), quant à lui, signale que rien n’a été retrouvé le
concernant, ni en France, ni aux Etats-Unis.
Martin Deranian (1971) n'hésite pas à écrire: « La dentisterie
américaine est redevable d'une dette incalculable à Fauchard et
aux Français ».
Parmi les Britanniques, on trouve John Baker (1732-1828)
docteur en médecine, et Robert Wooffendale (1742-1796). On
pense que Baker a émigré le premier aux Etats-Unis, à Boston
en juin 1766, suivi par Wooffendale, la même année.
Wooffendale a été le premier aux Etats-Unis à utiliser la feuille
d’or laminée pour l’obturation des dents délabrées. Il a
introduit ce procédé, en 1767, lorsqu’il s’établit à New York
pour y pratiquer l’art dentaire (Craig, 1997). On attribue aussi à
Robert Wooffendale, la réalisation de la première prothèse
amovible complète ajustée. Cette prothèse a été portée par
William Walton résidant à New York. Il semble que cette
prothèse lui a donné pleinement satisfaction (Woodforde,
1983). Wooffendale a réembarqué vers son pays d’origine en
1768, ce qui était courant à cette époque (Deranian, 1989).
Avant de repartir, il a eu néanmoins le temps de publier le
premier livre américain sur l’art dentaire (Asbell, 1975).
Baker, quant à lui, est resté au Etats-Unis, a pratiqué son art
dans de nombreuses villes. Ce praticien figurait régulièrement
dans divers journaux locaux où il vantait les mérites de son art
et de sa pharmacopée. Ainsi, dans sa première réclame
publicitaire, Baker, alors fraîchement émigré, publie le 30 juin
1766, dans le quotidien le Boston Post-Boy (Bell 2007), la note
suivante: « John Baker, opérateur pour les dents, prie de faire
part à la bonne société qu’il est arrivé à Boston, chez M.
Joshua Brackett dans la School Street, et qu’il se tiendra à sa
disposition, en exécutant ses demandes. Il traite le scorbut des
gencives, nettoie et gratte en premier lieu les dents, les
débarrassant de cette substance corrosive, tartreuse, et
rugueuse qui gêne la croissance des gencives, corrompt
l’haleine, et est une des principales causes de scorbut, et, par
palier, s’il n’en est pas empêché à temps, ronge les gencives, de
32sorte que les gens voient nombre de leurs dents tomber
prématurément. Il obture, de plomb ou d’or, celles qui sont
creuses, afin de les rendre utiles de nouveau, et empêche l’air
d’entrer en elles, ce qui aggrave la douleur. Il fabrique et fixe
les dents artificielles, avec la plus grande précision et finesse,
de sorte que ces dents puissent manger, boire et dormir dans la
bouche des gens tout comme le feraient des dents normales,
lesquelles ne peuvent être découvertes par l’œil le plus aiguisé.
Il a pu fournir des preuves tangibles, quant à son jugement
dans cet art, aux principaux membres de la noblesse, de la
bourgeoisie et autres, en Grande-Bretagne, en France et en
Irlande, et dans d’autres endroits notables en Europe. »
On peut légitimement se demander pourquoi, si Baker avait une
clientèle en Europe aussi importante et fortunée, a-t-il tenté sa
chance dans une lointaine colonie ?
Baker propose aussi à ses patients d’acheter une poudre
dentaire, qui, semble-t-il, égale les dentifrices modernes et plus
encore : « Sa pâte dentifrice, qui est sans préparation corrosive,
permettra aux gencives de retrouver leur état immaculé,
préservera les dents et leur rendra un blanc parfait, fixera
celles qui sont branlantes, et les préservera des caries à venir
(…) »
Le 29 janvier 1767, Baker annonce, dans le Boston Newsletter,
son départ imminent de la ville de Boston. Néanmoins, il faut
attendre le 5 mai 1768, pour le voir publier l’annonce de son
arrivée dans la ville de New York (Bell, 2007). On ne retrouve
ensuite trace de Baker qu’au début de l’année 1772, à
Williamsburg, en Virginie. On peut ainsi voir, dans
l’hebdomadaire dénommé le Virginia Gazette du 12 mars 1772,
une annonce publicitaire. Celle-ci est somme toute très voisine
de celle publiée le 30 juin 1766, dans le Boston Post-Boy.
Baker vante les mérites de son art et de sa pharmacopée. A
noter qu’il se fait appeler « chirurgien-dentiste » et non plus
« opérateur pour les dents », comme il est fait mention dans
l’annonce du 30 juin 1766 du Boston Post-Boy.
33En avril 1772, Baker doit extraire plusieurs dents qui
incommodent George Washington, alors planteur en Virginie.
Le 13 octobre 1773, Washington note, dans son journal, que
« M. Baker, chirurgien-dentiste » est arrivé à Mount Vernon cet
après-midi. Baker y est resté plusieurs jours et a perçu cinq
livres sterling pour ses services, comme en attestent les comptes
de Washington (Bell, 2007).
Il faut préciser que George Washington (1732-1799) a connu
beaucoup de déboires avec ses dents et a, à ce titre, eu recours
aux services de nombreux dentistes (8 semble-t-il). Sa première
dent lui a été enlevée en 1754, à l’âge de vingt-deux ans, et a été
la première d’une longue série jusqu'à l’extraction de sa
dernière dent en 1796. Il a ainsi consulté plusieurs dentistes
dont Le Mayeur et Gardette (Dechaume et coll., 1977). Ce
dernier a recommandé d’ailleurs Washington, à un nommé John
Greenwood (1730-1803), lequel l’a fourni en ressorts de
rechange pour ses prothèses et a été le dernier de ses praticiens
traitants. Greenwood a laissé des mémoires et a entretenu avec
le futur président une correspondance intimiste régulière. Son
tour à pied en bois et ses instruments ont été conservés.
On sait que ses prothèses, qui sont restées célèbres dans
l’histoire de la dentisterie américaine, ont été modifiées en
partie, ou en totalité, au moins neuf fois entre 1781 et 1798
(Savitt, 1990). Des prothèses complètes bi-maxillaires lui ont
été posées en 1795, par son praticien préféré, un tourneur
d’ivoire qui est devenu dentiste, John Greenwood, sis à New
York. Les prothèses originales ont été données par la famille
Greenwood au Baltimore Dental College et ont été exposées au
Smithsonian Institute jusqu'à leur vol en juin 1981. Ces
prothèses se composent de dents réalisées à partir de défenses
d’hippopotame limées. Pour la prothèse mandibulaire, ces dents
sont serties sur une base faite d’ivoire d’éléphant au moyen de
chevilles de bois. La prothèse maxillaire est constituée d’un
palais en or festonné sur lequel sont fixées les dents. Les deux
prothèses sont solidarisées entre elles, par des ressorts spiralés
en or. (Deranian, 1989).
34Une autre figure importante de la dentisterie coloniale
américaine est Paul Revere, surtout resté célèbre pour son
patriotisme et en tant que figure de la guerre d’indépendance
américaine (1775-1783).

















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