Ils avaient 20 ans. Ils ont fait la guerre d'Algérie

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« L’immense masse de ceux d’Algérie, c’est-à-dire les soldats, vivent avec leurs souvenirs. Avec ce regard porté sur cette génération d’hommes longtemps silencieux, on peut mieux comprendre la désillusion causée par une guerre sans issue. Tel qu’il est, ce livre peut se lire comme un reportage dans les méandres d’une mémoire douloureuse et apporte une contribution importante sur un sujet, la guerre d’Algérie, devenu plus que jamais d’actualité.» Benjamin Stora
Ils ont vingt ans, et ils sont « appelés » en Algérie entre 1954 et 1962. Arrachés à leur foyer, ils découvrent cette guerre lointaine qui ne dit pas son nom. Pendant 18, 27 ou 30 mois, ils ont été pris dans l’engrenage de la violence. Aujourd’hui célèbres, ils se souviennent.
Le champion cycliste Raymond Poulidor, le vainqueur de course automobile Jean-Pierre Beltoise, l’écrivain Jean-Claude Carrière, le prêtre Guy Gilbert, le dessinateur Cabu, le ministre Pierre Joxe, et d’autres, tous aussi connus du grand public, racontent ce qu’ils ont vécu ; les interminables gardes de nuit, les marches, les sévices et la torture, les embuscades, les accrochages avec les « fels », les blessés et les morts. Tous sont marqués à vie, tous y ont perdu leur jeunesse.
Des témoignages authentiques et bouleversants.
Publié le : jeudi 28 février 2013
Lecture(s) : 36
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782847348835
Nombre de pages : 220
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DOMINIQUE PAGANELLI
ILS AVAIENT 20 ANS ILS ONT FAIT LA GUERRE D’ALGÉRIE
Préface de Benjamin Stora
TALLANDIER
Éditions Tallandier – 2, rue Rotrou, 75006 Paris
www.tallandier.com
© Éditions Tallandier, 2012
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo
EAN : 978-2-84734-958-0
À ma mère et à mon père
Le passé retrouvé
PRÉFACE
Entre 1954 et 1962, plus d’un million et demi de jeunes Français sont partis en Algérie accomplir un service militaire de douze, dix-huit ou trente mois. Une éternité. Ils avaient à peine vingt ans pour la plupart et venaient de toutes les régions de la France métropolitaine. De la Seine-et-Oise ou du Pas-de-Calais, de la Loire-Atlantique ou de la Corse, des hommes très jeunes, sortant à peine de l’adolescence, ont été envoyés vers une guerre lointaine. Emportant avec eux la photo d’une mère ou d’une fiancée, quelques effets personnels, presque rien d’une intimité désormais perdue. Cette période si importante, la guerre d’Algérie, n’a pourtant pas eu d’existence pendant longtemps : entre 1954 et 1962, trois départements français ont simplement subi la loi du « maintien de l’ordre », puis de la « pacification ». Et pourtant, 15 583 soldats français sont morts au combat ; 7 917 hommes ont été tués, victimes d’accident de la route ou de maladresses dans le maniement des armes ; 35 615 ont été blessés en opérations et 29 370 pour diverses causes. Quatre-vingt mille anciens soldats reçoivent actuellement une pension d’invalidité. Alors que la France commémore en 2012 la fin de la guerre d’Algérie, rares sont les témoignages de jeunes gens confrontés à une violence qu’ils n’avaient pas envisagée. Et pour laquelle ils n’étaient pas préparés. Dans son beau livre, Dominique Paganelli donne la parole à quelques-uns d’entre eux. Ils sont devenus célèbres après cette guerre longtemps jamais nommée. Chanteur ou chef d’entreprise, pilote de course automobile ou sportif chevronné, ils n’ont pas oublié. Leur récit de cette histoire est peu connu du grand public. Derrière le sourire d’un vainqueur de course automobile comme Jean-Pierre Beltoise, le visage célèbre de Raymond Poulidor pédalant dans les lacets des cols de montagne du Tour de France, il y avait autre chose, d’autres faits, d’autres vies, d’autres épisodes douloureux… Parmi ces témoins silencieux, on trouve des hommes politiques, comme Pierre Joxe qui était affecté à un service de renseignements et évoque « un traumatisme pour toute une génération ». Des artistes aussi font partie de cette histoire. Des hommes de lettres et de cinéma racontent. Jean-Claude Carrière a servi pendant vingt-neuf mois, il en a tiré un livre,La Paix des braves, un film,C’était la guerre. Ici, il raconte son retour d’Algérie, et la disparition des traces de ses lettres envoyées à celle qui sera sa femme… Le lecteur verra à travers tous ces récits de vie comment, avec le temps qui passe, le sentiment d’appartenance à une même génération s’est forgé. Une dernière génération qui a connu massivement « le feu » émerge. Le journaliste Jean-Pierre Farkas, le dessinateur Cabu… ces hommes si jeunes pendant la guerre d’Algérie ne se connaissaient pas, et ne se sont jamais rencontrés. Dominique Paganelli a suivi avec obstination et patience leurs destins parallèles dans ces années 1950. Cette guerre d’Algérie deviendra en secret leur seul « lieu » commun : celui d’une grande désillusion. Ce qui intéresse l’auteur, c’est de raconter comment vont se défaire, à travers les interminables gardes de nuit, les marches, la peur du silence quelquefois rompu par des coups de feu tirés des montagnes, l’émerveillement des uns et l’inconscience des autres. Dans le bateau qui les emmène vers l’Algérie, ils sentent au passage de la « frontière » (l’arrivée dans les ports d’Algérie) fondre la sécurité que leur donnait le sol de la métropole. Il n’est pas facile de réaliser que l’on entre dans un territoire
secoué par les passions de la guerre. Vont-ils d’ailleurs vraiment réaliser ce qui se passe ? Qu’ont-ils donc vu ? Qu’ont-ils vécu, ces jeunes hommes envoyés faire cette guerre ? En quoi cette expérience a-t-elle orienté leur vie future, la construction de leur carrière et de leur notoriété ? En lisant ces témoignages on voit ce sentiment diffus d’une guerre livrée sur une terre lointaine, et que l’on n’a pas comprise. Pour la plupart des jeunes soldats, et ils s’en souviennent encore, aller en Algérie constituait une première expérience de « tourisme » hors de son village, de son quartier, de sa ville. Ils mentionnent cette découverte d’un pays resplendissant, plein de la beauté dépouillée des rivages méditerranéens. La senteur entêtante des asphodèles de Camus. La traversée des villes et des villages qui apparaissent endormis, le monde européen et ses jeunes filles charmantes sont d’abord autant d’édredons. Ce qui rassure est aussi ce qui aveugle. Les arrestations et les interrogatoires quelquefois « poussés » sont peut-être des malentendus, des « erreurs » qui seront réparées. Mais ces pauvres espérances s’évanouiront vite au contact du réel. La guerre est toujours cruelle. Le passage à la vie d’adulte est rude, comme celui d’un deuil. La France des Lumières abandonne ses principes, et il faut bien se reconstruire un rapport au monde, différent de celui appris dans la famille ou sur les bancs de l’école républicaine. En lisant le livre de Dominique Paganelli, on reste aussi frappé par l’extrême précision des souvenirs qui se réveillent : un village traversé, un personnage rencontré, le sourire d’une fille aperçue… Les souvenirs ne demandaient qu’à revenir. Le lecteur verra aussi comment la grande et la petite histoire se croisent : avec l’arrivée de De Gaulle au pouvoir, et l’angoisse de l’attente d’un courrier qui n’arrive plus ; des liesses algériennes au moment du passage à l’indépendance, qui rencontrent les instants de tristesse s’installant dans le souvenir d’un camarade disparu. Tous les personnages interrogés dans ce livre n’ont pas connu l’horreur, mais chacun a gardé dans un coin de sa mémoire ce qui lui a définitivement fait perdre sa jeunesse. Ils sont revenus, devenus autres. Cette guerre a eu un grand impact sur l’ensemble de la société française. Dominique Paganelli raconte dans son introduction comment dans sa famille ou dans la rue, il a lui aussi été rattrapé par cette guerre quand il était enfant… Amnésie apparente, prudence, réveil douloureux : il reste décidément difficile aujourd’hui encore d’évoquer l’Algérie. De nommer ce conflit qui fit tomber une république, poussa hors de leur terre un million de pieds-noirs, imposa une guerre cruelle à plus de un million et demi de soldats français, et fit des centaines de milliers de morts du côté algérien. L’immense masse de « ceux d’Algérie », c’est-à-dire les soldats, vivent avec leurs souvenirs. Avec ce regard porté sur cette génération d’hommes longtemps silencieux, on peut mieux comprendre la désillusion causée par une guerre sans issue. Tel qu’il est, ce livre peut se lire comme un reportage dans les méandres d’une mémoire douloureuse, et apporte une contribution importante sur un sujet, la guerre d’Algérie, devenu plus que jamais d’actualité. Benjamin STORA
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