J'ai mal à l'Algérie de mes vingt ans

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Ces carnets rassemblent des notes, des impressions écrites au jour le jour pendant 14 mois par un jeune homme de 22 ans militant communiste "appelé du contingent en Algérie". L'auteur n'a rien modifié de ses notes. "Ces écrits, ainsi que les quelque 200 photos prises là-bas, sont restés longtemps dans un coin de mon bureau [...] Les choses doivent venir en leur temps, celui du mûrissement par exemple...Ou encore celui du sentiment de la précarité du temps."
Publié le : mardi 1 mars 2016
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EAN13 : 9782140002939
Nombre de pages : 262
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MarcelYANELLI
J’ai mal àl’Algérie demes vingt ans
Carnets d’un appelé, 1960-1961
Préface d’Alain Ruscio et de Georges Vayrou
J’ai mal à l’Algérie de mes vingt ans
Marcel YANELLI
J’ai mal à l’Algérie de mes vingt ans
Carnets d’un appelé, 1960-1961 Préface d’Alain Ruscio et de Georges Vayrou
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-08611-8 EAN : 9782343086118
Merci à Céline Mathé et Sarah Voulleminot pour la remise en qualité des photos et la belle carte de géographie, et à Sylvie Plantin pour sa composition minutieuse.
Préface Ni histoire, ni mémoire ? Ou histoire et mémoire ? Ces carnets sont ce qu’ils sont : des notes, des impressions écrites au jour le jour pendant 14 mois par un jeune homme de 22 ans, « appelé du contingent en Algérie », militant communiste et néanmoins tourmenté. Nul ne quitte sa terre natale pour aller faire une guerre – car c’était une guerre, et seuls ces hypocrites dirigeants du pays le niaient – de gaieté de cœur.A fortiori en 1960, après les déclarations de De Gaulle sur la nécessaire « autodétermination » de l’Algérie : chacun savait que ceux qui s’affrontaient encore sur le terrain n’étaient que les instruments d’une stratégie qui se jouait ailleurs, chez les politiques, chez les diplomates. Mais, aussi, surtout, parce que Marcel Yanelli est communiste. Comme tous ses camarades, et au-delà, tous ceux qui réprouvent cette « sale guerre », il sait qu’il est, qu’il sera difficile, là-bas, de garder ses repères internationalistes. Qu’on ne s’attende pas dans cet ouvrage à des révélations sur ce que chacun s’accorde maintenant à appeler une guerre, ou sur l’action – longtemps hésitante – des communistes sur le sujet. Suivons plutôt le spleen, les révoltes, les doutes d’un homme confronté aux horreurs de la guerre, à la vulgarité, à la bêtise, à son corps qui lui échappe parfois, à ses pensées qui s’envolent souvent. Son innocence, sa pudibonderie, mais aussi sa sincérité prêtent à sourire aujourd’hui. Mais justement : c’est aujourd’hui. L’auteur n’a rien modifié. C’est tout à son honneur, c’est précieux : tant de prétendus « carnets » publiésa posterioriL’adulte que je suis devenu! « , sentent la réécriture était parfois tenté de gommer ou de modifier les aspects naïfs, excessifs, ultra-sensibles ou trop intimes de mes écrits de l’époque. Ce que je me suis résolu à ne pas faire ». Marcel Yanelli est né en 1938 dans une famille de 8 enfants, de parents émigrés italiens. Il effectue son service militaire à partir de février 1958 à Auxerre (Yonne). Il n’est pas envoyé
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tout de suite en Algérie car son frère Jean y est déjà, malgré lui : « Chapeau pour son refus de partir en Algérie qui lui avait valu plusieurs mois de prison. C’était aussi mon intention, mais, au PC, nous avons convenu que, maintenant, la place des communistes était là-bas. » Son adhésion au Parti communiste en 1953, « l’année de la mort de Staline » est connue et lui vaut d’être repéré dès son arrivée. Sa pratique de la lutte à « l’Union Sportive Ouvrière Dijonnaise » (USOD), le désigne pour un stage de sports de combat de quelques semaines, en compagnie de militaires et… de CRS, lui qui a eu affaire à eux sur d’autres terrains ! Il sort major de la promotion, le voilà moniteur… et sujet à bien des provocations musclées, dont il sort à chaque fois vainqueur quel que soit le poids de l’adversaire.
Après 13 mois de service en métropole – la durée du service militaire pouvait être prolongée jusqu’à 28 mois, et le frère étant revenu – il est envoyé en Algérie en février 1960. Et le militant tente d’appliquer les consignes du parti (c’était un temps où il n’était pas jugé utile de préciser de quel parti il s’agissait) : « Je n'y suis pas allé pour faire la guerre mais pour gagner mes compatriotes à la conscience que cette guerre n'avait rien à voir avec les intérêts de la France. Le moment était venu pour moi, comme pour d'autres jeunes communistes ou chrétiens, non de refuser de partir, mais de me retrouver avec les gars du contingent – les appelés – pour faire mon travail de militant de la paix en Algérie. Cette dernière ne pouvait survenir que si les appelés aussi comprenaient les véritables enjeux de la pacification ».
Toujours repéré, il est dès son arrivée affecté (« désigné volontaire ») dans « un commando de chasse » et « porteur de radio », poste évidemment le plus exposé en opération (son successeur sera tué quelques jours après sa prise de poste). Durant ces 15 mois, il écrit « au vu et au su de tous » sur des petits carnets, les faits du jour ou de la nuit qui le marquent.
Marcel n’est pas, à ses propres yeux, un militant « exemplaire », en ces temps où les héros communistes sont des hommes de fer, des êtres sans failles. Il n’est pas sûr de lui, il pense ne pas en faire assez, ne pas savoir comment s’y prendre, il discute et se tait parfois (« toujours et encore, je ne donne pas
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mon avis… ») même si la révolte gronde en lui. Enfermé dans ce monde clos, il n’a qu’une vision très partielle de ce qui se passe en Algérie, en France, et dans le monde, même si sa famille, les amis et ses camarades de métropole sont très présents par le courrier.
Lorsqu’il débarque à Philippeville le 22 février 1960, la situation est plombée, par le discours de De Gaulle sur l’autodétermination, six mois auparavant (septembre 1959), qui représente un virage majeur du Général vers la recherche d’une solution négociée et marque le début de la fin... de l’Algérie française, de l’Algérie de papa, comme disait le Général. Cette guerre va-t-elle enfin s’achever ? C’est la question légitime que se posent les contemporains. Et donc les soldats sur place. En attendant, la guerre continue. Le 19 janvier le général Massu, à qui de Gaulle doit en partie son accès au pouvoir, en mai-juin 1958, est rappelé en métropole : il a sévèrement critiqué les évolutions du général De Gaulle.« ultras » décrètent une Les grève générale de protestation. Grève générale ? Des Européens, car les « musulmans » ne comptent guère, n’est-ce pas ? Le 24 janvier à l’issue d’une manifestation, commence « la semaine des barricades » à Alger. Un face à face tendu entre gendarmes et manifestants armés (on sait aujourd’hui qu’ils le furent grâce à la complicité d’officiers et de sous-officiers) commence. Des barricades sont érigées. Des coups de feu éclatent : au soir on dénombre quatorze gendarmes et huit manifestants tués, on relève plus de 150 blessés. À Paris certains gaullistes dissidents commencent à prendre leurs distances, au premier rang desquels Jacques Soustelle, l’ancien gouverneur général, comploteur lui aussi lors de la prise du pouvoir de mai 1958, exclu du gouvernement le 5 février 1960. Il n’y a plus un seul front dans cette guerre mais deux : celui qui oppose les belligérants, et celui qui voit les Français s’opposer entre eux.
Marcel ne sait sans doute pas non plus, que la première bombe atomique française a explosé en Algérie quelques jours avant son arrivée : le 13 février, sur le site d'essai nucléaire de Reggane, au centre du Sahara. Cette bombe, perchée sur une tour métallique haute de 100 mètres, développa une puissance de 70 kilotonnes (quatre fois celle d’Hiroshima). De février 1960 à avril 1961, la France a testé quatre bombes dans
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