J'ALLAIS OUBLIER DE VOUS DIRE

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« J'allais oublier de vous dire… est la suite, depuis 1998, de mon long voyage d'architecte rapporté dans Rentrons, il se fait tard. Des amis m'ont demandé de prolonger mes réflexions pour garder vivante la mémoire de ce siècle. Rien n'est jamais fini. J'ai côtoyé des personnalités ; participé à des échanges ; rapporté mes réaction devant les événements ; géré l'héritage de plus de cinquante années de construction avec mon frère Luc ; dessiné, assis dans la campagne de beaux paysages où j'ai vécu in initié quelques-uns aux joies du dessin pour découvrir la beauté simple d'objet familiers… »
Publié le : mercredi 1 janvier 2003
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EAN13 : 9782296309098
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J'ALlAIS OUBLIER DE VOUS DIRE...
Suite du long voyage d'un architecte

1998-2002

@L'Hannatlan,2003 ISBN: 2-7475-3660-2

Xavier ARSENE-HENRY

J'ALLAIS OUBLIER DE VOUS DIRE...
Suite du long voyage d'un architecte

1998-2002

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Du même auteur :

Notre Ville Marne éditeur 1969 Rentrons,. il sefait tard L'Harmattan 1999

Aux

trois ménages de mes enfants

Avec mes remerciements à Brigitte Zanella Arsène-Henry

Préambule

... L'escale est terminée, je reprends mon voyage. J'allais oublier de vous dire... est le prolongement, après 1998, de mon livre Rentrons, il se fait tard..! Je me réfère ici et souvent à des
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rencontres et faits marquants des années antérieures. Et puis le passé pèse. On n'oublie jamais. C'est en conversant avec des amis lecteurs qu'ont resurgi des idées et des événements non rapportés. D'autres m'ont demandé de revenir, avec plus de précisions sur certaines périodes fortes dont j'ai été un témoin agissant. D'autres m'ont fait part de leur déception de n'être pas cités, alors qu'ils s'étaient contentés d'être dans l'ombre. D'autres enfin m'ont reproché d'avoir entaché la mémoire de certains de nos ancêtres pour ne pas avoir parlé d'eux qu'en termes élogieux, alors qu'à côté d'indéniables qualités ils gâchaient leur image par une artificielle supériorité. Depuis quatre années, j'ai affronté, à nouveau, des situations importantes qui ont jalonné ma vie active. Je continue à côtoyer des personnalités, à participer à des échanges, à écrire mes réactions, à gérer l'héritage et les responsabilités des constnlctions qu'avec mon frère Luc, nous avons réalisées, à dessiner presque quotidiennement objets et paysages qui m'entourent, à
1- Rentrons, il se fait tard Xavier Arsène-Henry

-

Ed L'Harmattan

parcourir la campagne avec un fusil ou une canne à mouche, à rêver à ceux que j'ai connus et aimés, et qui ont rejoint la maison du Père. L'Architecture, l'Urbanisme et l'Aménagement restent mes principales préoccupations au milieu des problèmes que pose l'évolution de la vie quotidienne. Je vous invite à m'accompagner dans une nouvelle étape de ce long voyage. Et puis, j'aime la vie. J'aime retrouver des amis, ceux avec qui j'ai des points communs et qui s'intéressent aux nouvelles idées de la Société de notre époque, et ne se contentent pas de ne parler que de la beauté de leurs petits-enfants, album de photos en main, tournés vers leur passé. J'aime participer à des discussions avec ceux qui se posent des questions devant les événements et leurs conséquences, au lieu de rester confmés dans leur confort ouaté de l'univers décoloré de leur retraite. J'aime retrouver autour d'un pot, des jeunes angoissés de se voit: grandir et d'avoit: à affronter les problèmes de l'existence qu'ils découvrent hors du cocon familial. J'aime me retrouver à «Rivière », berceau de mes ancêtres, cette vieille maison meublée de souvenirs. J'aime le soir, accoudé à mon bureau, me retrouver seul dans le silence de la ville et lire, crayon en main, un de ces livres où je trouve, avec une joie intense, l'heureuse expression d'idées, quelquefois pressenties, que de bons écrivains ont su formuler. Il est l'heure de se reposer pour, demain dès le matin, mordre dans le jour nouveau.

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1998 - Janvier à Juin Une politique de la Ville - La Maison modèle n'existe pas Maison d'accueilpour handicapés mentaux - Cours de dessin Indépendance de l'Architecte - Portraitgraphologique Ordre et Désordre.

Ainsi se termine mon livre

1-

«J'ai ressenti l'envie de rédiger une nouvelle idée sur la Ville, qui consisterait à. .. » changer fondamentalement de politique d'Urbanisme et d'Aménagement. Retour en arrière pour bien comprendre l'évolution de ces cinquante dernières années. Au lieu de remettre en cause la conception de l'existant urbain avant les destructions, dues à la guerre de 1940, du parc immobilier périmé et inadapté aux exigences
1- Rentrons, il se fait tard page 397 - Ed. L'Harmattan 9

d'un mode de vie bénéficiant ne serait-ce que des progrès techniques~ on a préféré, avec une désastreuse démagogie, favoriser la Reconstruction in situ et à l'identique du parc immobilier, îlot par îlot, des villes sinistrées. A cette époque, il n'est qu'au Havre qu'Auguste Perret, architecte-en-chef, a osé dessiner une autre ville sur plan quadrillé avec de larges voies, sans rapport avec les tracés des quartiers détruits. De même, les façades ont été conçues avec une modénature nouvelle adaptée aux plans intérieurs des logements. Louis Arretche, avec une conception opposée, a reconstruit le décor de Saint-Malo dans des conditions telles que l'on n'imagine pas que la guerre soit passée par là. Ce sont les deux cas extrêmes, volontaires et bien traités. De Brest à Toulon, le reste est bien médiocre. La France est passée à côté d'une occasion, certes douloureuse, de moderniser sa conception urbaine. Jacques Chaban-Delmas m'a bien dit, il Y a plus de vingt années, au cours de l'un de nos entretiens, <<il faut pas ne avoir raison trop tôt. Les gens ne sont pas préparés à changer. Cela bouscule leurs idées reçues et leurs habitudes ». En 1950, les promoteurs immobiliers publics et privés ne pratiquaient pas une véritable politique foncière intra-muros, en vue d'assurer des réservations pour de futures opérations en pratiquant des démolitions. Quelques rares gestes, comme les Grands Boulevards du XVème Arrondissement à Paris, ont vu le jour dans une parfaite indifférence. Pensez! ce sont des H.B.M. en banlieue.

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De plus~ une génération n'avait construit~ en vingt ans~ qu'à peine 90.000 logements dont~ pour la plupart~ des logements HBM. Seuls, les lotissements de pavillons ont intéressé les promoteurs de logements sociaux, sous forme de Cités-Jardins. Quelques rares résidences, généralement de qualité, dues à des architectes talentueux~ ont été favorisées par des

amateurs d'architecture nouvelle. Mallet-Stevens 1 -était
de ceux-là. En dix années, la population du Pays passe de 40 à 45 millions. Peu à peu~ le vieillissement du parc immobilier et l'agencement des logements anciens ne pouvaient recevoir de nouveaux meubles tels le réfrigérateur, la machine à laver le linge et celle de la vaisselle. L'aspirateur ne rentre pas dans le placard à balais. La télévision ne tient pas dans la cuisine où l'on prend ses repas. On oublie qu'en 1962, 20 DID logements ne des disposaient pas de l'eau courante, 40 010étaient sans w.C. intérieur. Dix millions de logements n'avaient ni douche,nibaignoire! J'ai vu arriver notre première baignoire dans la maison de Bordeaux en 1928 l Nos ablutions se pratiquaient
dans un <<tub».

Autre phénomène de cette époque, le desserrement des ménages. Les grands enfants vont vivre ailleurs que chez leurs parents. S'ajoute, dans cette décade, l'afflux des pieds-noirs, rapatriés d'Algérie. Comment organiser l'accueil dans plus de 70 villes du Pays, des programmes de 5 à 10 000 logements, en
1- Rue du Dr Blanche - PARIS 16ème

Il

majorité des logements sociaux avec les équipements publics correspondants, si ce n'est en les concentrant dans des secteurs libres ou peu occupés, tangents aux périmètres des agglomérations actuelles? Abandonnant les modes de construction traditionnelle, il était souhaitable d'exploiter les dernières techniques du Bâtiment pour diminuer les coûts et les temps de réalisation. Il est bon de rappeler qu'un logement de surface moyenne, du temps de la Reconstruction, demandait 3000 heures de travail sur le chantier et, qu'en 1956, la modernisation des outils et des méthodes de mise en œuvre ainsi que l'éventail des modes de construire un logement de 83m2 ne demandait que 1 000 heures sur le tas et, de plus, le mètre carré de plancher était moins

cher de 30 % !
Seul, l'Etat pouvait engager une politique de cette ampleur à l'échelle du Territoire national et donner les moyens à des organismes publics de gérer des opérations importantes, tout en devenant maître, à un prix raisonnable, des terrains nécessaires. C'est en 1958, qu'ont été déclarées les dispositions légales créant les Zones à Urbaniser en Priorité ~es Z. U.P.). En 1967, 190 «ZUP» ont été lancées, d'une surface de terrain total de près de 106 396 hectares pour accueillir environ 600 000 logements par an, avec leurs équipements, fmancés parallèlement à la livraison des constructions de logements. Avec mon confrère Daniel Badani, nous étions les deux architectes-en-chef, nommés membres de la Com-

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mission des Villes du Plan Economique et Social. Nous étions enthousiastes et écoutés. Enfm, les Villes françaises, au lieu de se développer dans la pagaille et sans relations avec les équipements existants ou à créer, pourraient recevoir, dans le cadre d'un urbanisme moderne, une importante et nouvelle population. Les actuels détracteurs de cette difficile période, composés soit de jaloux de ne pas y avoir participé par manque de compétence, soit d'opportunistes parce que cela fait toujours rire facilement de dénigrer le passé, feraient mieux de réfléchir aux conditions du moment de la réalisation de ces morceaux de Ville pour, après plus de 30 années, leur apporter d'inévitables améliorations car, de nos jours, les choses changent vite. Dans bien des agglomérations, pendant ce temps-là, les élus locaux favorisaient, par électoralisme, la prolifération de maisons individuelles dans des lotissements stupides de médiocrité, pillage des abords du moindre village, dévorant les espaces ruraux, transformés en banlieues informes, sans équipements et sans communications adaptées à la circulation. Dès leur installation, les nouveaux habitants réclament à grands cris le raccordement aux réseaux. Quel gaspillage! Quand on pense que des constructions dans chaque village sont abandonnées. Nous sommes quelques uns à avoir dénoncé le r:ègne du « pavillon-chien-méchant». Il aura fallu attendre vingt ans la déclaration d'un maire et non des moindres: Jean-Pierre Sueur, Maire d'Orléans, Président de l'Association des Maires des Grandes Villes

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de France, qui n'hésite pas à dire : -« Le temps où tout le monde voulait un pavillon est terminé! » . Aveuglés par la publicité de promoteurs, marchands-dutemple, qui proposent le logis de rêve, cher, mal conçu, mal construit, les amoureux inconscients et leur famille découvrent les difficultés de vivre loin de la vraie Ville. Il est évident, une fois encore, que nombreux sont ceux qui ne recherchent, dans leur choix, que la satisfaction immédiate de leurs désirs du moment, désirs personnels dictés par une conception égoïste de la vie en Société, dont, par ailleurs, ils bénéficient. Ils ne mesurent pas, dans le temps, les conséquences de leurs choix multipliés par ceux de leurs voisins. Il s'ensuit un déséquilibre dans l'aménagement de leur propre environnement. Cela, enfin, ne manque pas de rejailli:r à l'échelle du Territoire. TI n'y a plus d'urbanisme. Il n'y a plus de Grand Projet à l'échelle même d'une Région, parce que les responsables ne sont plus des créatifs mais seulement des gérants du quotidien. Les architectes, dont la vocation première est d'inventer le futur et non de pétrifier les programmes des promoteurs pour survivre, étaient une pépinière dans laquelle, de par leur formation, surgissaient quelques sujets inquiets de problèmes d'urbanisme. Aujourd'hui, ce qui est baptisé «urbanisme» n'est plus traité que par quelques «ateliers », Services à la solde d'hommes politiques provisoires dont le principal objectif est de ne rien changer pour ne pas déranger leurs électeurs, après un semblant de dialogue. Le premier constat à reconnaître aujourd'hui, est que notre démographie est à la baisse. La priorité du Projet

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Familial, quand du reste il y a famille, n'est pas d'avoir des enfants mais bien un chien ou un chat. Plus de 70 °/0 de la population française vit dans une agglomération et la tendance est à la hausse. L'espace rural est moins exigeant en main-d'œuvre sur le tas alors que les services sont de plus en plus demandeurs. D'où l'obligation de mener en parallèle le programme d'aménagement de la Ville et celui de la Campagne: 1 - Annuler la législation des Plans d'Occupation des Sols (POS) qui est une erreur de conception de l'urbanisation basée sur la constructibilité de chaque parcelle cadastrale, ce qui en fiXe le prix. Lors de l'acceptation d'un POS par les électeurs, tous, quelle que soit leur proximité ou leur éloignement des équipements du moment, exigent que leurs parcelles aient un coefficient de constructibilité. Résultat navrant, on construit en ordre dispersé n'importe où dans l'espace rural sans prendre en compte le niveau d'équipements de voirie et de réseaux. Ne me dites pas le contraire. Je peux vous le prouver, entre autres, dans ma Commune de Dordogne ou dans celles limitrophes de Périgueux. Deuxième conséquence désastreuse en milieu urbanisé, l'uniformité du plafonnement, chacun voulant construire au maximum des possibilités du POS. Or, ce qui fait la beauté d'un paysage urbain, quelle que soit sa taille, c'est l'émergence, due au hasard, de quelques volumes au-dessus de la ligne des faîtages et des corniches. Il n'est rien de plus ennuyeux que la plate uniformité des zones pavillonnaires et, pire, celle des petits immeubles collectifs des quartiers périphériques.

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2 - Il est impératif de bloquer les périmètres d'agglomération afin de rendre inconstructibles les terrains agricoles, forestiers ou autres. Il semble nécessaire de dénoncer le saccage des abords des routes par des verrues en tôle ondulée. Les futures constructions doivent être concentrées dans les périmètres urbanisés, bénéficiant ainsi des équipements publics et privés existants, capables d'absorber un complément de demandes et sans bourse délier par la Collectivité. 3 - Etablir un inventaire précis des terrains intra-muros à exploiter, les dents creuses dans le tissu urbain, le long des voies existantes, les immeubles vétustes irrécupérables à démolir, les logements existants susceptibles d'être rénovés en améliorant leurs équipements intérieurs afin de les rendre attractifs. Exemple: dans la seule Commune de Bordeaux, il y a plus de 20 000 logements vides alors qu'habitables, en grande partie à cause de la vétusté de leurs équipements. Afin de favoriser cette priorité, nous avons proclamé, dès 1991 «Reconstruire la Ville sur la Ville» qui, fort heureusement, est annoncée dans quelques déclarations officielles ou par des confrères récupérateurs médiatiques qui croient avoir découvert l'eau tiède. Il faut accompagner cette incitation à récupérer la Ville par des exonérations, des avantages fiscaux et des indemnités. Même à moyen terme, cette politique s'avérera avantageuse pour les Finances Publiques. 4 - Densifier le centre de toute Ville, même de taille réduite, afin d'augmenter le nombre de résidents proches des services existants indispensables à un cadre

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de vie moderne; favoriser l'implantation, dans le centre, des activités artisanales, de loisirs et des boutiques de commerce. L'idéal étant de créer des espaces et des circuits piétonniers, accompagnés de parcs de stationnement périphériques ou, mieux, souterrains. Ces activités traditionnelles, tuées par l'implantation périphérique des « Grandes Surfaces» sont, par ailleurs, intéressantes, compte tenu de la diversité de leurs marchandises et de leur accessibilité aux habitants répartis en milieu semi-rural. Il est nécessaire de favoriser la diversité et, en particulier, limiter dans les Grandes Surfaces le nombre de boutiques dans des rues commerciales internes afin d'aider à maintenir ces activités dans les quartiers. Les centres retrouveront leur intérêt, au-delà, pour certains, d'un attrait touristique saisonnier, en accueillant de nouveaux artisans qualifiés en techniques nouvelles. L'informatique familiale, l'électro-ménager, la T.V., l'aménagement intérieur des logements sont demandeurs de services d'entretien de proximité dans le plus court délai, par des artisans compétents. 5 - Améliorer l'environnement quotidien des habitants en enterrant les réseaux actuellement aériens, EDF, téléphone et éclairage public, dans des caniveaux techniques; supprimer les poteaux et enterrer également les transformateurs électriques lorsque l'on ne peut les intégrer dans les pieds des immeubles; interdire la publicité, les panneaux, les affichettes sur les murs de la Ville; reconquérir les trottoirs, en les débarrassant de tout l'attirail actuel, à concentrer par nécessité, dans quelques points; imposer, au moins, une place de

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parking intégré par logement dans le volume construit, accompagné d'une interdiction progressive du stationnement le long des voies qui transforme le paysage urbain en garage à ciel ouvert. En fonction de l'importance de l'agglomération, favoriser la création ou le développement du réseau de Transports Publics in situ, en offrant des facilités d'usage aux utilisateurs, depuis les écoliers jusqu'aux personnes âgées. Toutefois, ne pas desservir, au-delà d'une limite raisonnable, des zones péri-urbaines éloignées généralement peu denses et dont il faut leur faire découvrir les conséquences désagréables de leur choix de cadre de vie éloigné du site urbain, sans que ce soit la Collectivité qui soit dans l'obligation de leur apporter les Services au pas de leur porte. Ils doivent rejoindre les points de départ et d'arrivée des transports publics par leurs propres moyens. On pourra peut être ainsi, dans un avenir pas trop éloigné, assister à un abandon de lotissements «Sam Suffit» qui pourront être rasés et récupérés en espaces verts; planter des arbres le long des voies et sur les places. Pas de ridicules accacias-boule, mais de vrais arbres comme des tilleuls ou des platanes; éviter, en dehors des Parcs et Jardins, les bacs à fleurs, autres massifs multi-floraux ainsi que les décorations des ronds-points qui sont, en général, des exercices de mauvais goût du Service Municipal. 6 - Créer des déviations périphériques aux périmètres d'agglomération, en les accompagnant d'interdiction de construire à proximité, afin de ne pas les transfo:rmer, dans le temps, en voies de desserte. Les déviations ne

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doivent pas être confondues avec les voies de contournement dont le but caché est d'étendre les zones urbanisées au bénéfice des terrains mitoyens qui deviennent constructibles. Pour beaucoup d'entre vous, ce long discours sur la Ville leur semblera une suite de lieux communs. Je leur ferai remarquer que je clame cela depuis plus de vingt ans et que ces réflexions que, peut-être, vous jugez raisonnables, n'ont fait l'objet que de très peu de réalisations. Ne pas favoriser en priorité des avantages individuels à court-terme. En un mot, changer la vie en Société est une attitude suicidaire pour les politiques qui ne sont pas, en général, des gens courageux. Jacques ChabanDelmas en savait quelque chose avec sa <<Nouvelle Société ». Attention! il ne faut pas en conclure d'appliquer systématiquement le même programme dans toutes les cités. Chacune a son originalité, qu'il convient de respecter et d'en favoriser le développement. De plus, dans une perspective élargie, il est important d'équilibrer le devenir de chaque agglomération en fonction de sa place dans l'environnement Régional et, pour certaines, National, Européen et International. Il est des points communs qu'il faut favoriser en priorité. lis constituent la base de la Société Urbaine d'aujourd'hui. Et, parallèlement, il faut croire à l'intérêt de la diversité, ce qui multiplie le caractère attractif et, pour chacun, de découvrir cette différence enrichissante.

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«Je ne crois qu'aux différences, non à l'uniformité»

écrivait Albert Camus1

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17 Janvier - «La maison modèle n'existe pas» tel est le thème de ma chronique dans La Croix 2 :
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«Tout élément d'architecture, sans discrimination d'importance, est implanté dans un site dont les contraintes, la forme et les dimensions du terrain, la topographie, l'orientation et l'environnement comptent dans le traitement du programme. Dans ces conditions, comment concevoir une maison si on ne connaît pas l'espace dans lequel elle viendra s'inscrire? La composition de la façade, cette peau entre l'intérieur et l'extérieur, se prolonge dans l'aménagement du site alentour. Programme et site sont indissociables. La maison bâtie, il est alors question d'un nouveau paysage. C'est cela l'architecture. Lancer Ut1 concours d'une maison individuelle sans donner le terrain, c'est d'abord réduire la maison à un objet que l'on peut poser n'importe où. C'est accepter la politique des modèles, conception commerciale justifiée pour des éléments destinés à une utilisation domestique comme une machine à laver, mais conception regrettable qui ne respecte pas l'originalité d'un cadre de vie individuelle et familiale. C'est favoriser, par la multiplication du modèle, le principe du lotissement, cette lèpre aux abords de toutes nos agglomérations, où la maison individuelle type est implantée au milieu d'une parcelle type, comme des automobiles dans un parking.
1- Chronique 2- La Croix algérienne

- Albert Camus 20

Ed. La Pléïade

- 17.01.1998

C'est la négation du paysage continu~ de la beauté simple de la rue du village dont les maisons entre mitoyens ont peanis, à la fois, l'adaptation au programme de chacun et de créer l'unité visible d'une communauté. Lancer un concours d'une maison individuelle, c'est aussi présenter, comme autant de modèles~ des maisons isolées et promouvoir ainsi le pavillon banlieusard~ symbole de l'enfermement, où chacun vit reclus au centre de son petit domaine clôturé, esclave d'un projet type dont, pour se singulariser, on meuble le jardinet avec des objets hétéroclites achetés dans une Grande Surface. C'est, enfin, sacrifier au complexe du château-fort miniaturisé où, des quatre façades, on peut voir l'arrivée de l'ennemi derrière la haie de troènes. On se croit protégé.

Il est surprenant qu'un organisme officiel1 patronne et
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expose les dix lallréats d'un tel concours~ alors que cette démarche est sans doute condamnable~ car c'est la négation du logement conçu et adapté à l'attente de chaque famille dont la maison sera intégrée dans un site qu'elle a choisi. Ne vaudrait-il pas mieux abroger le texte du seuil de 170 m2 de surface à construire qui permet de ne pas faire appel à un homme de l'Art pour établir le projet~ ce qui favoriserait le dialogue entre la famille postulante à la construction de sa maison et son architecte? Ils sont 20 000 disponibles. »

Ce texte a déclenché la colère du Directeur de l'I.F.A. C'est une chapelle dont les fidèles ne supportent pas la moindre critique. J'ai vu l'exposition des projets. Je n'ai pas été séduit.

1

Institut Français d'Architecture-

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2 Février - Aujourd'hui - Février 1998 - TI m'est demandé de venir constater un ennui d'étanchéité de la toiture à Epinay. C'est avec une pointe d'émotion que je retrouve ce dernier chantier. Le 30 mars 1996, j'ai été amené à prononcer quelques mots, lors de l'inauguration de «La Maison d'Accueil Spécialisée» pour handicapés mentaux à Epinay-sur-Orge, présidée par Patrick Segal - Délégué Interministériel aux Personnes Handicapées:
« Vous voici, chers amis. Par votre présence, vous témoignez de votre attachement aux valeurs défendues par l'Association « Les Jours Heureux» en ce jour d'inauguration de la Maison d'Accueil d'handicapés mentaux à Epinay-sur-Orge. En tant que Maître d' œuvre de cette réalisation, je voudrais vous faire part de quelques réflexions: Il Y a 50 ans, à quelques semaines près, mon frère et moi, Architectes, avons décidé de nous associer. Nous avons beaucoup construit: des milliers de logements, des milliers de mètres ca:rrés de bureaux, des équipements collectifs de toute nature, des églises, des barrages fluviaux et des ponts..., de tout, partout en France, en Afrique, en Asie. Vous venez de visiter notre dernière réalisation. Ce sera la dernière d'une longue carrière professionnelle trépidante, passionnante et passionnée. Cette Maison, comme toutes nos œuvres depuis un demisiècle, est un travail d'équipe de collaborateurs fidèles et compétents animés de la même ferveur, chefs d'études, dessinateurs, comptables et secrétaires.

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Toute œuvre humaine a une fin. Nous sommes entourés de jeunes confrères, anciens élèves, disciples et ftIs, qui prendront le relais, prêts à mordre dans la vie comme il est nécessaire dans tout métier de création. «Il faut croire à ce que l'on fait et le faire dans l'enthousiasme» est la consigne que nous a laissée notre ami, Robert Gamc, Fondateur des Equipes Sociales. Nous avons mis beaucoup de cœur dans cette dernière œuvre. Bâtir avec cœur est une condition essentielle, liée intimement à notre métier. Nous lui avons consacré les deux tiers de notre existence avec, du reste, beaucoup de satisfactions. Si l'on se contente d'assembler les éléments d'un programme fonctionnel, on ne construit que des «machines». Mon Maître, Le Corbusier, génial par ailleurs, s'est trompé quand il a qualifié le logement de « machine à habiter ». De nlême, le résultat de l'application stricte de règles, de règlements et de données techniques ne produit que de la « Construction». Pour que ce soit de l'Architecture, il est nécessaire que chaque trait du projet, chaque surface, chaque volume soit coloré par une inquiétude esthétique et que les assemblages soient le résultat d'un équilibre affirmé, d'un rapport mystérieux entre les pleins et les vides. Enfrn, la réalisation d'un lieu de vie pour ceux et celles qui n'ont pas la capacité d'être en relation avec leur entourage est un bien beau thème pour des Architectes. C'est là que nous mesurons notre responsabilité de créateur dans la modification du comportement par l'environnement que

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nous

avons façonné, aux côtés de ceux qui reconnaissent
quelle que soit sa condition.

la

dignité de tout être humain,

Enfin, au cours de cette étude et de ce chantier difficile, nous avons ressenti l'exigeante présence de notre sœur Thérèse, handicapée mentale accidentelle, dont l'un de nous est le tuteur depuis le décès de nos parents. C'est en pensant à ses réactions que nous avons conçu la progression par étape du cadre de la Communauté, depuis l'intimité de la chambre individuelle, les lieux de vie dispersés, communs à quelques chambres jusqu'à l'unité de la grande salle commune, espace des repas et des fêtes. Peut-être qu'un jour, elle comptera panni ceux qui seront accueillis dans ces murs qu'elle aura inspirés. Avec tous ceux qui ont participé à bâtir cette Maison, entrepreneurs, ingénieurs, ouvriers de tous cOqJs d'état, nous espérons que, chez ceux pour qui la réalisation de leur cadre de vie nous a été confiée, nous aurons contribué à créer un peu de bonheur. »

25 Janvier Avec l'accord du Père Tis, curé de la paroisse Notre-Darne-de Nazareth, j'organise une fois par mois, dans une des salles, un cours de dessin. Avec enthousiasme, une quinzaine de personnes, des jeunes et des retraités, passent deux heures devant une nature morte que je leur prépare; toujours deux objets au moins, pour avoir une composition: un melon entamé, une bouteille, une boîte; un bilboquet ouvert, une botte de carottes, un bocal, etc. L'exposition des œuvres après deux heures de travail permet à chacun de voir l'interprétation de leurs collègues et je me permets 24

-

de faire quelques remarques pour demander de choisir « un parti»~ de mise en valeur d'un seul effet. L'ombre courbe du melon sur la bouteille; l'opposition des parallèles des carottes en reflet sur le bocal. Une jeune marocaine qui n'a pas déjà dessiné souligne, d'instinct, les contours des volumes et ne cherche pas à exprimer les différents plans. Cela m'intrigue car le résultat a du caractère, loin de la représentation classique. Une petite dame d'apparence timide souligne avec force un des volumes, ne respectant pas les rapports entre les objets, mais le résultat est intéressant. Cela me fait penser aux représentations égyptiennes où le Pharaon est plus grand que ses sujets. Un jeune garçon s'exprime dans le brouillard, sans défmir le contour des volumes qui se superposent légèrement. C'est très frais et délicat. Il est curieux de constater que, d'une séance à l'autre, chacun, se sentant libre de choisir son expression, exprime sa personnalité sur sa feuille de papter. Je ne corrige pas. Je demande que l'on m'explique pourquoi telle interprétation, telle position dans la feuille, telle mise en valeur d'un seul effet. Nous buvons une orangeade et fiXons le prochain rendez-vous. Comme après un jury de l'Ecole des Beaux-Arts, ou une correction sur un projet en étude à l'Atelier, je suis fatigué, tant il est important de ne pas être directif, de respecter chez chacun sa personnalité et de demander à chacun de fouiller au fond de lui-même, les raisons de

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son choix quelquefois inconscient. Le but n'est pas de reproduire comme une photog:raphie~ l'objet que l'on voit, mais d'exprimer en toute liberté son impression personnelle. 18 Mars - A la fm d'un Conseil d'Administration de l'Association «Ligne et couleur », je suis interpellé par un des membres sur la liberté de choix, qui est de plus en plus rognée par les technocrates de l'Administration. En 1995, j'avais été frappé par la décision courageuse de Jacques Delors, éminent leader Européen qui avait renoncé en 1995 à compter parmi les candidats à la plus haute instance de notre Pays, par choix personnel Ce renoncement nous a fait réfléchir, face aux réprobations publiques de ceux qui n'admettent pas la primauté de la liberté individuelle lors de décisions qui engagent la Personne. Même la parution de sondages favorables ne constituent pas pour celui qui en a la faveur, une obligation d'accepter un désir collectif confrnné. Rien~ pas même la Loi, ne peut se substituer à la décision de notre conscience. Nous appartenons à une Société dont nous tirons quelques bénéfices. Nous pouvons accepter de subir les règles décidées par la Collectivité, mais rien ne peut nous contraindre à participer. A la limite, l'intolérable, à notre point de vue, peut nous pousser à la révolte, libre à nous de l'exprimer et à en subir les
conséquences.

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Dans certains cas, l'Histoire donne raison à la révolution qui peut ne pas être sanguinaire. Par essence, nous sommes nés libres de choisir. Rien ne justifie une obéissance aveugle, pas plus que le désintérêt systématique dicté par le désir d'une tranquillité égoïste. Participer à la vie collective ne veut pas dire que l'on aboie avec les loups. On peut prôner le changement même si ce que l'on demande n'est pas conforme aux idées de la majorité. J'ai trop vu d'assemblées, enthousiasmées par des causes, dans le temps, contradictoires, pour ne pas croire aux décisions prises dans le calme. Il faut croire à la puissance de la conviction de ce à quoi l'on croit. En tant qu'Architecte et qui plus est « Urbaniste », ne devons-nous pas baser notre activité professionnelle dans «la liberté et la dignité »1Nous subissons l'obligation légale d'être inscrit à l'Ordre des Architectes depuis la Loi de Vichy, pour avoir le droit d'exercer notre métier, que ce soit pour dresser des plans ou diriger des constructions. Les tenanciers de cet organisme officiel sont plus sensibles à la conception «hommes d'affaires» au service de l'Etat ou de promoteurs privés qu'à l'exercice libéral de la Profession, seul mode de sauvegarde de l'indépendance de l'Artiste mais en contrepartie, attitude à risques. On ne gagne pas à tous les coups car le salaire n'est pas garanti.

1- Déclaration du Conseil des Evêques de France

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14.12.1994

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Ceux qui ont choisi cette liberté ont pour conséquence d'être individuellement responsables et sont mis dans l'obligation d'être particulièrement exigeants sur leur interprétation d'un programme, avant de se laisser envahir par l'inspiration. Plus que d'autres et parmi les artistes, les architectes exploitent leur potentiel de créativité, quoique cette faculté soit en puissance, plus ou moins forte, dans l'esprit de chaque personne. Cette intervention spécifiquement humaine permet de traduire des idées abstraites, dans le respect d'un programme et le souci de l'intégration dans un site, en un assemblage de matières pour créer, selon le goût de l'Artiste, une œuvre qui sera partie intégrante du cadre de vie de quelques hommes concernés. C'est l'architecte seul, qui décide si son bâtiment est rond ou carré - ceux qui, parce qu'ils croient, du fait de leur place dans la hiérarchie, qu'ils ont des droits à imposer leur propre conception en matière artistique, se trompent. Ce n'est pas parce qu'ils paient qu'ils ont le droit d'imposer. Luc et moi avons vu arriver sur rendez-vous, à l'agence, un matin, un Monsieur important, plein de suffisance qui nous a demandé de lui construire une Villa en style « Pagode ». Cela n'a pas duré cinq minutes. Il n'a rien compris à la raison de notre refus et nous a traités de galopins. Au cours de notre vie professionnelle, nous avons, d'un commun accord, refusé certains projets, après avoir discuté avec des gens qui nous prenaient pour des porte-plume.

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