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Jacques de Bourbon - Tome 1 : Fouquet

De
322 pages

Sur ordre du roi, l’homme au masque de velours noir et le surintendant Nicolas Fouquet sont réunis pendant plus d’un an, en leur prison forteresse de Pignerol. Entre ce grand ministre d’État, qui a fidèlement servi Mazarin et Anne d’Autriche et qui connaît parfaitement les rouages de l’État, et cet homme, dont la destinée est, et doit toujours, demeurer secrète, se développent pensées et réflexions sur les « Affaires », la police de Louvois en France et ses services secrets à l’étranger, les intrigues, les complots, les conjurations, la politique de la monarchie... Ces « Affaires » sont liées entre elles. Elles cachent et, donc, révèlent aussi la vérité sur l’Homme au Masque de Velours Noir, du jour de sa naissance à sa mort. Les documents produits sont rigoureusement authentiques !


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-75479-0

 

© Edilivre, 2015

Citations

 

 

« Il pouvait encore m’entretenir trois quart d’heure d’affilée au téléphone de L’Affaire des Fuites ou du Mystère du Masque de Fer ou encore de la Disgrâce de Fouquet et c’était moi qui devais lui dire : Francis, tu t’épuises, arrêtons là, nous reprendrons demain.

Mais, pour la première fois, il n’y aura pas de demain »

Maurice Grimaud,
Préfet

Il arriva un événement qui n’a point d’exemple ; et, ce qui est non moins étrange, c’est que tous les historiens l’ont ignoré.

Or pourquoi des précautions si inouïes…

Qu’on songe qu’il ne disparut en ce temps-là aucun homme considérable.

Il est donc clair que c’était un prisonnier de la plus grande importance, dont la destinée avait toujours été secrète.

Voltaire

Prologue

Vous !…Oui, Vous, qui me lisez ! Accordez-moi au moins ces premières pages du prologue, ces quelques premiers paragraphes, peu de lignes seulement et, sans doute, trouverez-vous de l’intérêt à lire ce livre en entier et aurez-vous l’envie de réfléchir, de rechercher, de trouver et de partager ce que vous ressentez. Votre apport, vos apports à cette belle énigme de l’Histoire de France sont les bienvenues et une formidable renommée récompensera qui retrouvera l’acte de baptême de L’Homme au Masque de Velours Noir.

Tous les éléments de l’intrigue connus à ce jour vous sont fournis dans les chapitres qui suivent, proposés dans l’ordre chronologique et regroupés par principaux faits historiques. S’il vous semblait qu’un chapitre vous apparaisse être une histoire à lui tout seul, ou qu’un paragraphe, ou même qu’une phrase, vous porte à la réflexion et à des développements, alors nous aurions, dans cet éclair de la pensée, fait un échange entre nous qui me comblerait. Et, je vous en remercierais. En tous les cas, tous les textes de lettres qui vous sont soumis dans ce livre sont authentiques.

Vous disposez aujourd’hui de documents, notamment de plusieurs études anglaises qui vous permettent de retracer l’origine et la jeunesse de L’Homme au Masque de Velours Noir. Plusieurs « Affaires », intrigues, conspirations, conjurations, ont secoué les hautes sphères politiques durant le règne de Louis XIV. C’est le rapprochement des unes et des autres, la compréhension des unes par rapport aux autres, qui vous permettront de comprendre l’ensemble de ce mystère. Et l’histoire de L’Homme au Masque de Velours Noir peut en être le fil conducteur. Ou plutôt, c’est le rapprochement de ces affaires, leur correcte juxtaposition, respectueuse de l’ordre chronologique, qui donne le fil conducteur de la vie de L’Homme au Masque de Velours Noir.

Comme dans un Puzzle, ne forcez pas les pièces pour les ajuster les unes aux autres. Elles doivent se fixer aisément et, notamment, les dates des courriers et des événements sont les bornes, les taquets à respecter impérativement. Alors, vous verrez que ces « Affaires » s’emboîtent les unes dans les autres, sans difficulté, à la manière d’un jeu de poupées russes.

Puis, rappelez-vous votre excellent et proche collaborateur : Voltaire, qui vous a très précisément fait le portrait robot de L’Homme au Masque de Velours Noir, alors qu’il ne disposait pratiquement d’aucun élément d’enquête. Intuition… Intelligence. Embastillé lui-même une quinzaine d’années après le décès de L’Homme au Masque de Velours Noir, il apprend de ses gardiens qu’un homme de grande taille, à qui les plus grandes marques de respect étaient prodiguées, a été prisonnier à La Bastille, après l’avoir été à Sainte Marguerite, toujours servi par le même officier du Roi, sans que l’on puisse connaître son nom, voir son visage, entendre sa voix, sous peine de mort ! Le Marquis de Louvois en personne, Ministre de la Guerre, lui aurait rendu une visite, emprunte du plus grand respect, à sa prison dans le midi ! Avec ces seules informations, et constatant qu’aucun personnage célèbre n’a disparu au cours du siècle, Voltaire exprime deux phrases capitales : « c’était un prisonnier de la plus grande importance, dont la destinée avait toujours été secrète »… dont la destinée avait toujours été secrète… l’on peut se murmurer ces mots, qui découlent, sur l’instant, de ce que l’on apprend du personnage, sans immédiatement réaliser ce qu’ils impliquent. Mais, à la réflexion, quelle personne peut-elle avoir une destinée qui doive toujours demeurer secrète ? Quel enfant a-t-il à la naissance une destinée qui doive toujours demeurer secrète ?

Les pièces du dossier vous sont remises dans les pages qui suivent, les témoignages écrits et signés par les plus grands personnages du Règne, par le Roi lui-même, par ses Ministres du Conseil d’en Haut et par l’entourage royal immédiat. Faites-en bon usage.

Des enquêtes parallèles, « L’Affaire Anglaise » d’Henriette d’Angleterre, les catastrophes arrivées à Lauzun ou à Matthioli, éventuellement des « Affaires » quasiment identiques, telle celle de Louis de Oldendorff, vous sont soumises pour vous faire connaître toutes les pistes initialement envisagées, mais aussi pour vous baigner dans l’atmosphère du temps et vous présenter les personnages de la tragédie.

Ainsi, aurez-vous les éléments du mystère. Et si, après consciencieuse lecture de ce livre, vous partagez l’intime conviction à laquelle j’arrive, alors réfléchissez à la façon dont il faudrait procéder pour apporter la preuve. Par exemple, retrouver l’acte de baptême. Où ? Probablement pas à Saint-Germain, ni chez l’évêque de Meaux, qui bénit les naissances des fils du Roi. En Bourgogne ? Plutôt dans une province du nord de la France, à Péronne ? Ou dans la région parisienne, à quelques heures de Saint-Germain ? Demandez à Rome aussi, où l’on trouve la trace du séjour de Jacques Stuart. Le prénom est Jacques. Sa première mère adoptive est Dame Perronne, ou Dame Perronette, accoucheuse d’Anne d’Autriche.

Soyons honnête, ce livre a aussi été écrit pour me faire plaisir. Pour vivre une belle histoire de l’Histoire de France. Pour chercher, comprendre et restituer. Pour ainsi dialoguer, échanger avec vous, et partager. En pensant à mes enfants et à mes petits-enfants ! Aux vôtres, peut-être, aussi ! Partageons. J’ai toujours aimé l’Histoire au travers des romans, sous réserve qu’ils respectent la vérité historique.

 

 

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LE CHÂTEAU NEUF DE SAINT-GERMAIN
(Au fond LE CHÂTEAU VIEUX DE SAINT-GERMAIN)

L’Arrestation du Valet Martin

Le Roi convoqua Louvois dans la salle du Conseil d’en Haut. Immédiatement. L’ordre était impératif. Et Louvois s’y rendit au plus vite. Il y trouva le Roi et Lionne. Ce n’était pas un Conseil d’en Haut, ce n’en était ni l’heure, ni la composition : Colbert n’était pas là. Le Roi voulait communiquer une affaire d’importance au ministre de la Guerre et au ministre des Affaires Étrangères, ministres d’État, et à eux seuls.

– « Entrez Louvois. Tenez, lisez ceci. C’est un rapport que je reçois ce jour de monsieur de Ruvigny ».

Louvois regarda ses interlocuteurs et prit la lettre. Il connaissait bien Ruvigny, notre ambassadeur extraordinaire à Londres en charge des affaires d’îles et de vaisseaux. Le Roi se tenait debout, en tête de table. Lionne à sa gauche, sur l’un des côtés de cette table sur laquelle se trouvaient disposées de grandes cartes du nord et de l’est de la France. Le Roi surveillait avec grande attention les réactions de Louvois, Lionne semblait plongé dans une profonde réflexion. Louvois posa une partie des feuillets sur la table, s’appuya un peu contre celle-ci et commença sa lecture :

« A Londres, le 29 Mai 1668.

Sire,

J’ai appris depuis trois jours par un moyen qui serait trop long à dire à Votre Majesté, qu’il était arrivé ici un de ses sujets le plus mal intentionné du monde, la cause de son voyage est de si grande importance que je n’ai pu ajouter foi aux avis qui m’en ont été donnés et encore moins aux particularités qui m’en ont été dites, quoiqu’elles vinssent d’une personne qui ne m’était pas suspecte, c’est pourquoi, Sire, j’ai désiré d’être moi-même témoin et par vue et par ouïe de toutes les choses qui m’en ont été rapportées, j’ai été en un lieu secret d’où j’ai vu le personnage et entendu ses discours qui m’ont fait dresser les cheveux en la tête, et il ne pouvait pas m’en arrivermoins, puisqu’il s’agit de la sûreté de votre personne sacrée et du salut de notre état,s’il peut y avoir quelque véritédans des discours si emportés et si peu vraisemblables, enfin, Sire, j’ai vu et entendu le plus méchant homme du monde pendant l’espace de dix heures, lesquelles furent employées en conversation en une collation, et en un souper que lui donna le Maître de maison, lequel le questionnait adroitement sur plusieurs articles que je lui avais donnés. J’étais dans un cabinet d’où je pouvais le voir et l’entendre fort à mon aise, ayant plume et papier pour écrire tout ce que je lui entendais dire, c’est pourquoi, Sire, Votre Majesté ne verra point d’ordre dans cette relation, mais seulement les paroles de cet homme ainsi qu’il les a proférées au maître du logis où j’étais, lequel il a connu du temps de Cromwell, et en qui il semble que la providence ait voulu qu’il ait pris une entière confiance.

Ce scélérat se nomme Roux, âgé de quarante-cinq ans, ayant les cheveux noirs, le visage assez long et assez plein,plutôt grand et gros quepetit et menu, de méchante physionomie, la mine patibulaire, s’il en fut jamais, il est huguenot, et natif de quatre ou cinq lieues de Nîmes, il a une maison, à ce qu’il dit, à six lieues d’Orléans nommée Marcilly, il dit qu’il a servi en Catalogne, qu’il a beaucoup de blessures, qu’il a servi les gens des vallées du Piémont, lorsqu’ils prirent les armes contre Monsieur le Duc de Savoie, que Votre Majesté le connaît bien, qu’il a eu avec elle plusieurs entretiens secrets et que dans les derniers,elle lui a conseillé de ne se plus mêlerde tant d’affaires, qu’il est au désespoir, que Votre Majesté lui doit soixante mille écus qu’il a avancés étant entré dans un parti en la généralité de Soissons, qu’il est fort connu de Monsieur le Prince et qu’il n’y a qu’à lui nommer son nom, c’est un grand parleur, et il manque point de vivacité.

Il est ici depuis six semaines, il n’a été que de nuit pendant quelque temps craignant à ce qu’il dit, de me rencontrer, mais que présentement il sort le jour, s’étant ressouvenu que j’avais la vue courte, il a trois personnes de créance avec lui desquelles il se sert ici pour porter ses billets qu’il a soin de retirer lorsqu’il en renvoie d’autres, il s’en sert pour courriers qu’il envoie au dehors à ses correspondants.

Les principales correspondances sont en Suisse, à Genève, en Provence, en Dauphiné et en Languedoc, il dit que ces trois provinces sontd’intelligence avec la Guyenne, le Poitou, la Bretagne et la Normandie, qu’il a invité tous les cantons par les ordres de dix personnes qui conduisent toute cette conspiration duquelle il n’a nommé que Balthazar qui est à Genève et le baron de Dona ci-devant gouverneur d’Oranges, qu’il a fait entendre aux Suisses que les susdites provinces étaient si mal traitées qu’elles étaient résolues de se révolter et de se mettre en république, que pour cela elles auraient besoin des assistances étrangères que s’ils voulaient les secourir qu’elles se déclareraient en même temps et qu’elles étaient assurées du secours d’Espagne, il assure que dès le mois de septembre dernier les Suisses avaient promis d’entrer en France et de se mettre près de Lyon avec une armée de cinquante mille hommes aussitôt que la Provence, le Dauphiné et le Languedoc auraient pris les armes, qu’il a aussi parole des Espagnols qu’ils entreront en même temps, qu’il a rendu compte de son voyage en Suisse, aux susdites dix personnes qui sontcatholiques et huguenottes bienconcertées ensemble et qui se font fort de faire révolter les peuples de ces provinces qu’il dit être dans le dernier désespoir, que ces dix hommes se voient assez souvent en différents lieux tantôt dans une maison, tantôt dans une autre, que c’est lui qui a fait toutes ces liaisons lesquelles s’étendent à ce qu’il dit, dans toutes les parties de votre Royaume qu’il y a six ans qu’il travaille à ce dessein, qu’il a été envoyé de la part des dix, au marquis de Castel Rodrigo, et ensuite au Roi d’Angleterre et à M. le duc d’York pour leur demander secours afin d’avoir plus d’assurance pour l’événement de leur dessein que son instruction porte de l’adresser directement à eux de leur faire connaître ce qui a été arrêté de la résolution qui a été prise de se mettre en République, de voir premièrement ledit marquis, et ensuite le Roi d’Angleterre et M. le duc d’York, qu’il a trouvé de ces princes, le secours qu’ils en peuvent attendre, il dit qu’il est venu des cantons en Dauphiné où il a rendu compte de la négociation avec les Suisses, qu’il a passé à Lyon, Dijon, à Châlons-sur-Marne, à Sedan, à Liège, à Cologne, à Louvain et à Bruxelles, qu’il s’adresse suivant ses ordres directement au Marquis de Castel Rodrigo qui après l’avoir entendu lui fit la meilleure réception du monde, qu’il avait eu plusieurs conférences avec lui, qu’il l’avait fait mettre dans un cabinet pareil à celui-là, montrant celui où j’étais, pour entendre la proposition que Temple lui devait faire d’une ligue offensive et défensive contre la France entre l’Espagne, l’Angleterre et les provinces Unies, qu’il avait demeuré deuxmois près de lui, qu’il avait pris son passeport pour venir en Angleterre, qu’il s’était adressé directement au duc d’York, lequel après un entretien de trois heures, lui donne pour le lendemain un rendez-vous où il lui dit qu’il ferait venir le Milord Arlington, avec qui il conférerait à l’avenir, et de qui il attendrait les intentions du roi d’Angleterre, qu’il s’était aussi présenté de lui-même au comte de Molina, lequel lui donna son secrétaire pour le conduire chez le baron de Lisola, qu’il leur donna une lettre de créance du marquis de Castel Rodrigo, et qu’il étaitquasi tous les jours avec ces ministres, il n’a point vu l’Ambassadeur de Suède ni ceux de Hollande.

Il dit qu’il a persuadé Milord Arlington et les ministres d’Espagne que la France est prête de révolter et surtout ces sept provinces ci-dessus nommées, qu’après plus de trente conférences on est convenu que le roi d’Angleterre aura la Guyenne, le Poitou, la Bretagne et la Normandie, et le duc d’York aura en souveraineté la Provence, le Dauphiné et le Languedoc, à condition que ces princes s’obligeront de faire rendre à l’Espagne tout ce que la France lui a pris depuis 1630.

Il assure qu’il n’y a rien de plus certain que cette grande révolte, ce mot lui est fort familier, il dit qu’elle ne laissera pas d’arriver quand même l’Espagne et l’Angleterre dont présentement il ne fait pas grand cas, ne fourniraient aucun secours, il s’assure fort d’Espagne, mais nullement d’Angleterre, il se repend même d’y être venu, disant qu’il a perdu son temps, il se fie fort sur les propres forces des révoltés et sur les assistances que les Suisses leur ont promis, il dit que tout éclatera bientôt, que toutes choses sont prêtes, qu’on ne manquera ni d’hommes, ni d’argent, ni de munitions, que les manifestes sont faits et imprimés par un libraire qui demeure à Oranges, il en dit le sujet qui est exécrable, il dit qu’il est fort pressé de France de s’en retourner, qu’il sollicite ici très instamment son départ, que les ministres d’Espagne lui ont dit qu’on ne voulait pas le laisser aller que la paix ne fut faite et qu’après cela les Anglais se moqueront de lui, que Lisola l’a assuré que Votre Majesté donnait une forte pension au duc d’York, qu’il partira d’ici au premier jour, que Milord Arlington lui a donné cent jacobins en trois fois dont il se moque, que le Comte de Molina lui donne beaucoup d’assurances et qu’il lui fournit toutes choses abondamment.

Il dit qu’il y a trois ans qu’il était à Paris et qu’il fit connaître aux ministres étrangers l’état des provinces de France, qu’en ce temps là la révolteeut pu se faire sans une contestation qui survint entre M. Nolis et le ministre de Suède sur le titre de protecteur des protestants, qu’il n’a rien dit au duc d’York, ni au Milord Arlington du dessein de mettre les susdites provinces en république et qu’il ne leur en parlera pas.

Il témoigne une grande peur de me rencontrer et que je ne le reconnaisse ce que je n’aurais jamais fait en le rencontrant dans les rues, il est vrai qu’après l’avoir considéré pendant deux heures avec attention il m’a semblé de l’avoir vu, et je crois que ça été en Languedoc, lorsque j’y fus envoyé il y a quinze ans par Votre Majesté pour commander de sa part à sept ou huit mille huguenots de poser les armes qu’ils avaient prises pour se venger de Madame d’Orléans et de M. le Comte de Rieux qui avaient fait murer la porte du temple de Vals en Vivarais, je ne sais s’il n’a point été consul à Nîmes où il est fort connu de la manière qu’il en parle.

Il dit que Lisola l’a assuré que deux princes de l’Empire, qu’il n’a pas nommés, ont écrit à Votre Majesté que la paix étant comme faite ils croyaient qu’ils feraient bien de cesser la levée de leurs troupes, mais que Votre Majesté leur avait répondu qu’ils eussent à continuer ces levées et que vous leur donneriez bientôt matière de les employer, que ces dits Princes ont envoyé à l’Empereur les réponses de Votre Majesté en original, et qu’il en avait ici deux copies dont Lisola en avait une.

En voilà beaucoup, Sire, mais ce qui suit est sans comparaison mille fois plus important, ce diable incarné dit qu’un coup bien appuyé mettra tout le monde en repos, qu’il y a cent Ravaillacs en France, qu’il y a plus de deux ans que Votre Majesté faisant une revue, un de ses gardes lui tira un coup qui blessa une femme à l’épauleà qui Votre Majesté fit donner cinquante pistolles,qu’il connaît ce garde, lequel est encore dans la même compagnie où il était.

Il dit qu’il a un frère nommé Pevé ou Peville qui est à Paris depuis six mois, qu’en y allant il avait passé par Sedan, qu’il fut conduit à Labourlie lequel après lui avoir fait des excuses de ce qu’il était mené par des gardes, lui demanda des nouvelles de M. Roux, son frère.

Il dit que c’est à ce frère qu’il adresse toutes les lettres qu’il écrit à ses correspondants, qu’il les écrit en des termes qui ne signifient rien en apparence, en sorte qu’il ne craint point qu’elles soient vues, ce frère adresse lesdites lettres à M. Petit, syndic de Genève, qui a soin de les distribuer, il ditque ce Petit est un homme riche de quatre mille écus de revenu et qui a des intelligences par tous les pays étrangers.

Ledit Roux a ici une grande habitude avec un marchand de vin nommé Gérard qui est natif de Metz et qui demeure depuis vingt ans en Angleterre, ce marchand est logé chez un chirurgien nommé Gérard dans la rue Bedford Street, il y a apparence que c’est par ce Gérard qu’il fait tenir ses lettres à Paris à son frère, et que c’est aussi au même Gérard à qui ce frère adresse les lettres qu’on écrit audit Roux, ce malheureux est logé dans Londres chez M. Robin vendeur de vin dans la rue Schandoes Street à l’enseigne du loyal sujet, toutes ces marques peuvent servir pour attraper ces lettres.

Il dit qu’il partira le premier de juin, qu’il passera à Bruxelles, de là à Sedan, ou Charleville, suivant la plus grande sûreté qu’il trouvera, pour de là se rendre à Genève, où il dit qu’il est attendu avec grande impatience.

Si j’en puis encore apprendre davantage je le ferai savoir en parlant de lui sous le nom du bonhomme.

Le roi d’Angleterre me dit il y a deux jours que la paix serait publiée à Paris le 28 de ce mois, il m’a encore parlé et même pressé de lui faire quelque proposition pour faciliter la liaison avec Votre Majesté qu’il désire très étroite, il ne parle pas moins que d’un traité offensif et défensif envers tous et contre tous, je lui ai répondu les mêmes choses que j’avais déjà faites, qu’on avait pris à tache de faire passer pour de simples compliments tant d’avances sérieuses que je lui avais faites de la part de Votre Majesté lesquelles avaient été instituées par votre procédé uniforme et qu’enfin la paix faisait voir qu’il n’y a rien de plus solide ni de plus sincère que votre affection pour ses intérêts dont je l’ai si souvent assuré, mais qu’il y avait si peu répondu et même que les dernières propositions que j’avais faites seulement au duc de Backingham et au Milord Arlington ayant été imprimées dix jours après les avoir faites, je ne pensais pas que Votre Majesté voulût encore se commettre à de pareils accidents, sur quoi il m’a réparti que je pouvais parler à lui-même, que tout ce que je lui dirai serait très secret, qu’il me donnait la parole de ne le dire à personne et que ce serait une affaire entre nos deux Majestés, ces Princes ont en effet une grande passion pour cette alliance, mais les personnes qui n’ont pas les mêmes sentiments font tomber le roi d’Angleterre dans la même erreur qu’il a eue ci-devant de ne point parler le premier.

Sire, en partant de Paris je ne donnai aucun ordre à mes affaires ne croyant être que fort peu de temps en Angleterre, elles sont en mauvais état et j’assure Votre Majesté qu’elles seront en confusion si je ne fais bientôt un tour en France, permettez-moi, Sire, de faire ce voyage qui ne peut durer qu’autant qu’il plaira à Votre Majesté mes affaires sont assez petites pour n’avoir pas besoin de beaucoup de temps pour les régler.

Le Comte de Saint-Alban s’en retournera en France dans huit ou dix jours sans aucun caractère, contre ce que son maître lui avait fait espérer, Arlington n’est point de ses amis, le roi d’Angleterre s’en va pour six jours à la campagne. »

Une missive séparée accompagnait ce premier rapport au Roi.

« A Londres le 29 Mai 68, M.

J’envoie ce courrier qui me sert de secrétaire pour porter une dépêche au roi, laquelle contient des choses très importantes, si elles sont véritables, je ne puis croire tout ce qu’il y a, mais il est impossible qu’il n’y ait quelque fondement puisqu’à Bruxelles et à Londres on fait si grand cas de ce démon.

J’écris un mot au roi pour avoir la permission de faire un voyage à Paris qui ne durera qu’autant qu’il plaira à sa Majesté je vous conjure Monsieur, de m’aider en cette rencontre, je vous en serais très obligé puisque c’est un moyen d’éviter ma ruine.

Ce porteur vous dira l’état où je suis, trouvez bon, Monsieur, qu’il vous sollicite sur le voyage que je dois faire par nécessité. »(1 Archives du ministère des affaires étrangères – Rapport de Monsieur de Ruvigny.)

Louvois se redressa.

– « Voici un nouveau complot dont je vais devoir m’occuper. »

– « Louvois, considérez que ce n’est pas un complot, mais plutôt une conjuration. Ce semble très sérieux. Il y a de nombreuses zones d’ombre en ce rapport, par ailleurs très détaillé. Monsieur de Ruvigny n’a pas pu confier à une lettre toutes les informations qu’il veut nous donner. J’aimerais aussi comprendre quelle serait l’implication de mon cousin, Charles II, dans cette affaire. Enfin, je voudrais entendre Ruvigny sur ces « discours qui lui ont fait dresser les cheveux en la tête » et qui concernent « la sûreté de ma personne et le salut de notre état ».

« Lionne, autorisez ce voyage que Ruvigny doit “faire par nécessité”… puisque “c’est un moyen d’éviter sa ruine”. Et, surtout, amenez-le moi auplus vite. Je veux qu’il nous fasse rapport. Et prenez des dispositions pour que Charles se saisisse du scélérat et nous le livre. »

Ruvigny vint à Saint-Germain et rendit compte au Roi dans les moindres détails.Sa Majesté possédait, depuis fort longtemps, une information qu’elle ne divulguapoint à ses ministres ce jour là, à propos de ceque Ruvigny n’avait voulu exposer qu’oralement, notamment cequi était « exécrable etde si grande importance qu’il n’avait pu ajouterfoi aux avis qui lui en avaient été donnés et encore moins aux particularités qui lui enavaient été dites ».Elle confirma ses ordres d’arrestation de Roux. La Cour d’Angleterre lui ayant fait savoir que Roux de Marcilly avait échappé aux soldats du Roi Charles, en quittant le pays juste à temps, Louis XIV mit sa tête à prix pour cent mille écus, soit trois cent mille livres. Et Sa Majesté précisa, s’il en était besoin, que seuls, le Roi, Lionne et Louvois suivraient « l’affaire Roux de Marcilly ».

Cependant, la recherche s’éternisa, mais ne diminua pas en intensité. Le 13 novembre 1668, Lionne écrivit : « Ce scélérat s’appelle Roux. Sa Majesté désire que vous l’arrêtiez, et j’y ajouterai même que vous ne sauriez présentement lui rendre un service plus important, et qui lui serait plus agréable ».

Il fallut près d’une année pour localiser « le scélérat » qui était en Suisse, chez son ami Balthazar. Le dimanche 19 mai 1669, il était conduit à la Bastille. Une troupe de gardes françaises, conduite par Turenne, avait franchi la frontière et l’avait enlevé. Les Suisses se vengèrent comme ils purent : ils mirent en jugement les troupes étrangères coupables et les condamnèrent à mort par contumace. Et ils trouvèrent le moyen de faire placarder la sentence sur la porte de l’Hôtel de Turenne à Paris ! Le Roi en eut un mouvement d’humeur, puis en rit, sans doute en pensant à la tête qu’avait dû faire Turenne.(2 Haag : « France protestante », T.IX – Protestations suisses contre l’enlèvement de Roux.)

Monsieur de Lionne reçut l’ordre du Roi d’interroger en personne Roux de Marcilly. Ainsi l’affaire était circonscrite au cercle du Roi et de ses deux ministres. La torture fut, comme il est de coutume, appliquée à Roux afin de faciliter l’obtention de l’information la plus complète. Malgré tout, Lionne ne put s’empêcher d’écrire – propension naturelle à la communication, en contradiction à la volonté affichée du Roi de soustraire l’information à laconnaissance de tous, ou volonté, en accord avec le Roi, d’orienter l’information dans la bonne interprétation des événements ? En effet, il écrivit à monsieur Dumoulin : « Les propos de Roux sont des extravagances de cerveau dérangé ». Grâce à cette interprétation officielle et à la suppression physique du personnage en quelques jours, l’Histoire retiendra… qu’il ne faut rien en retenir.

Cependant, le 1er juin 1669, Monsieur de Lionne écrit à notre ambassadeur à Londres, Monsieur Colbert de Croissy : « Roux a fait savoir au roi qu’il désirait la grâce de lui pouvoir parler, pour lui révéler des choses qu’il ne pouvait confier qu’à sa seule personne. Sa Majesté n’a pas voulu le voir et m’a envoyé à la bastille pour entendre ce qu’il avait à lui dire. J’ai été à deux reprises six heures avec lui. »

Le 3 juin Croissy lui répond : « Je crois que vous pouvez tirer de Marcilly beaucoup de renseignements utiles au service du roi. Il m’a semblé que Milord Arlington en avait de l’inquiétude. » Milord Arlington avait de bonnes raisons d’en avoir… de l’inquiétude. Et son roi, tout autant ! Roux de Marcilly avait dû dire qu’il avait été reçu par Charles II par deux fois et qu’il était en liaison quasi permanente avec Arlington. Aussi, le roi d’Angleterre convoque-t-il notre ambassadeur pour faire savoir à Louis XIV que « s’il avait eu la moindre connaissance des pernicieux desseins qui passaient par l’esprit de ce scélérat, il n’aurait pas souffert qu’il eût aucun commerce avec ses ministres, mais il l’aurait envoyé pieds et poings liés, comme Sa Majesté en usa à son endroit, lorsqu’elle fit prendre elle-même par ses officiers et envoyer en Angleterre un de ceux qui avaient pris part à cet abominable jugement du feu roi son père », Charles 1er, qui mourut à l’échafaud.

Louis XIV éclate de rire lorsque, en présence de Lionne, il reçoit le message de Charles et dit aussitôt de faire répondre par Croissy qu’il ne doute pas de la sincérité de son cousin et qu’il n’ignore pas que « Roux ne s’est ouvert de ses exécrables desseins qu’avec l’ambassadeur d’Espagne, et que leur amitié ne sera pas troublée par cette affaire. » Le Roi sait que son cousin est un fourbe et un hypocrite, mais il ne va pas se mettre en froid avec celui-ci, ni lui supprimer la pension royale que la France lui sert secrètement et sans aucune raison apparente. Quelle que soit l’origine de sa motivation – par exemple un service très particulier rendu à la Cour de France par la Cour d’Angleterre, service encore actif, encore d’actualité, mais service secret,ou une rente allouée par le riche roi de France à son cousin d’Angleterre par solidarité familiale, cette pension pesait surtout par son existence, par le fait qu’elle pouvait être supprimée. Mais, la supprimer, pour punir le mauvais cousin, eut été une faute politique, car c’eut fait disparaître le magnifique moyen de pression qu’elle représentait par sa seule existence.

Le 20 juillet 1668, Morland avait écrit à Lionne une lettre dont les termes étaient étonnamment identiques à ceux employés par Ruvigny dans son rapport au Roi : « Roux est un mauvais français qui dit des choses si étranges, et surtout contre le roi en particulier que cela donne de l’horreur. Il fait espérer des choses qui font dresser les cheveux en la tête ». Sir Samuel Morland est un homme particulièrement éclectique : diplomate, mathématicien, inventeur, chargé d’affaires à Genève pour Cromwell, ancien parlementaire – le plus petit commun dénominateur de ces diverses activités qui l’animent tant, semble être un besoin récurant et chronique d’argent. Morland est l’homme qui, proche de Roux, avait alerté Ruvigny et organisé chez lui la journée de dix heures, la collation et le dîner, sources des révélations de la conspiration qui se préparait. Morland et Ruvigny en avaient débattue et, plus ou moins inconsciemment, en exprimaient l’idée en employant très exactement les mêmes termes.

Il reste de tout ceci que Roux, parmi ses révélations, dit « des choses étranges, et surtout contre le Roi, qui font dresser les cheveux en la tête » ! Choses qui ne sont jamais consignées par écrit. Choses qui, en 1668, provoquent un grand intérêt chez le Roi qui fait alors immédiatement venir Ruvigny. Choses qui semblent ne pas surprendre outre mesure le Roi lorsqu’elles lui sont révélées par oral, lorsque Ruvigny vient lui faire son rapport au palais. Choses qui provoqueront une chasse à l’homme d’une année et une mise à prix de trois cent mille livres pour sa capture. Choses qui font que Roux sera classé comme un extravagant au cerveau dérangé. Choses qui feront que son interrogatoire le conduira le 21 juin 1669, en moins d’un mois et sans autre forme de procès, à l’écartèlement en place de Grève.