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Jean d'Arcy

De
258 pages
Lorsque Jean d'Arcy fut nommé en 1952 directeur des programmes de la télévision française, celle-ci était pratiquement en train de naître en France. Considéré comme le père fondateur de la TV, sa conception ne fut pas élitiste mais visa toujours le public le plus large. A travers sa biographie, c'est finalement le cheminement de l'émergence de l'outil audiovisuel qu'il est possible de suivre depuis une mise en perspective des éléments historiques, politiques et éthiques.
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Sylvie PIERRE

Jean d'Arcy, Une ambition pour la télévision (1913-1983)

Collection « Le Mouvement des Savoirs»
Dirigée par Bernard ANDRIEU

L'enjeu de la collection est de décrire la mobilité des Savoirs entre des sciences exactes et des sciences humaines. Cette sorte de mobilogie épistémologique privilégie plus particulièrement les déplacements de disciplines originelles vers de nouvelles disciplines. L'effet de ce déplacement produit de nouvelles synthèses. Au déplacement des savoirs correspond une nouvelle
descri pti on.

Mais le thème de cette révolution épistémologique présente aussi l'avantage de décrire à la fois la continuité et la discontinuité des savoirs: un modèle scientifique n'est ni fixé à l'intérieur de la science qui l'a constitué, ni définitivement fixé dans l'histoire des modèles, ni sans modifications par rapport aux effets des modèles par rapport aux autres disciplines (comme la réception critique, ou encore la concurrence des modèles). La révolution épistémologique a instauré une dynamique des savoirs. La collection accueille des travaux d'histoire des idées et des sciences présentant les modes de communication et de constitution de savoirs innovants. Dernières parutions Herbert FEIGL, Le « Mental»
et le « Physique », 2002. Bernard ANDRIEU, L'Interprétation des gènes, 2002. Hervé ETCHART,Le démon et le nombre,2003.

A Antoine et Régis

cgL'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4983-6

Sylvie PIERRE

Jean d'Arcy, Une ambition pour la télévision

(1913-1983)

PREFACE
Le plaisir d'un professeur des Universités n'est pas celui d'être un "patron" selon la terminologie encore usitée en Médecine; Celui plutôt d'être un Directeur, non pas au sens religieux de directeur de conscience, mais dans l'acception anglo-saxonne où le terme "director" s'applique au réalisateur de film, communément appelé ici, metteur en scène. J'ai eu le plaisir, mais surtout l'honneur et le bonheur de « diriger» le mémoire de DEA que Sylvie Pierre a consacré à Jean d'Arcy en 2002. Ce bonheur se prolonge actuellement sous la forme d'une thèse. Et voici que ce premier opus prend véritablement vie par la publication. Jamais je n'ai autant perçu cet instant que comme une récompense. Et la seule satisfaction que j'en retire personnellement c'est que ce travail me confirme dans la définition que Diderot donnait de l'art pédagogique dans Le Neveu de Rameau:
"

Il y en avait de pires que moi, ceux qui

croyaient savoir quelque chose... J'apprenais en montrant aux autres. .. Et j'ai fait je crois quelques bons écoliers!..." Grâce à cet ouvrage, j'ai beaucoup appris. Avec

élégance, mais également avec ténacité et sans déroger à ce qui

fut autrefois la vertu cardinale des journalistes: en vérifiant ses sources et en accomplissant des centaines heures d'entretien
avec les acteurs de l'époque héroïque de la télévision, Sylvie

Pierre nous fait découvrir un homme de conviction

qui mit ses

talents et ses forces au service du public dans un domaine nouveau, celui des médias télévisés dont il pressentit la puissance informative et pédagogique et les développements planétaires actuels grâce aux satellites. Il fallait, grâce à la complicité de ses proches - et Madame d'Arcy ne sera jamais assez remerciée pour sa disponibilité et sa confiance - dresser le portrait d'un antitechnocrate responsable de programme à la télévision, d'un fonctionnaire aristocratique, d'un catholique tolérant épris de laïcité et d'un résistant s'opposant aux dérives propagandistes. Contradictoires ces qualificatifs? Sans aucun doute aujourd'hui où la technocratie de l'audiovisuel fait la pluie et le beau temps numérique et hertzien dans les créneaux désignés par les financiers - donc par les marchands de lessive -, où l'audimat est le baromètre exclusif de la communication, où les journalistes dirigent les chaînes et les programmes en fonction de leur credo: confondez vitesse et information et procureznous un Scoop par jour. John Ford, le patriarche hollywoodien l'avait prévu lorsqu'il mettait en scène le rédacteur en chef du 8

Shinbone Star déchirant les notes prises par un apprenti journaliste venant de recueillir le témoignage qui rétablit la vérité sur l'Homme qui tua Liberty Valance, trente ans plus tôt. La dernière réplique est forte de toutes les dérives de l'information:"
Légende l''

Quand la légende devient réalité... Imprimez la

Qu'aurait dit Jean d'Arcy de la formule polaire qualifiant le Journal Télévisé de "grand messe du 20 heures"? Quel

sacrifice, quel partage, quelles convictions offrent ces officiants passe-plats au brushing impeccable? Quelles hiérarchies entre des bruits de guerre, des exécutions, des expulsions et des concurrents du Paris Dakar? La mort d'un journaliste renversé par un tank américain en manœuvre mérite-t-elle 20 fois plus de temps d'antenne que celle d'un enfant écrasé par les bolides d'un rallye? Pour répondre à ces questions très polémiques que les défenseurs de la modernité médiatique balayent d'un méprisant "Mais que serait un régime politique sans cette information libre sinon une dictature?" il faut revenir à I'histoire de la

télévision, à l'époque des pionniers et de Jean d'Arcy dont toute l'activité est celle d'un pénitent heureux à une époque où ceux qui travaillaient sur la chaîne unique étaient persuadés qu'il ne fallait pas déroger aux trois missions fondamentales de la 9

télévision:

informer, éduquer, distraire, et surtout ne jamais

mélanger les trois activités afin que la pertinence du message ne soit pas diluée. Cette approche historique de l'âge d'or - formule journalistique sans doute discutable- de la télévision au travers de l'évocation du trajet de Jean d'Arcy nous fait parfois regretter un "paradis perdu" peuplé de saltimbanques responsables pour qui les termes de culture permanente, de spectacle populaire, étaient indissociables de leur fonction de réalisateur ou de producteur. Les apports à cette étude des Barma, Tarta, Krier, Drot, Bringuier et autres Tchernia sont à cet égard édifiants. Les regrets formulés précédemment ne se muent pas en nostalgie, sentiment que doit s'interdire tout historien. Le rôle de Sylvie Pierre est clairement défini et sans cesse rappelé: il y a sans doute création mythologique autour de la naissance de la télévision. En s'intéressant tout d'abord à la biographie de ce Croisé de la télévision, elle débusque les éléments constitutifs du mythe et relativise la tentation hagiographique qui sous-tend malgré tout les témoignages des premiers acteurs. Mais à la différence du journaliste du film de Ford, l'historien ne déchire pas ses notes. Il s'en sert, comme d'une contre-épreuve. L'espace aristocratique évoqué par le récit des origines de cet

10

homme à particule montre combien sont réducteurs les schémas idéologiques attachés à la notion d'aristocratie. D'Arcy est un vrai aristocrate, descendant de nobles (et non de nobliaux) aux traditions bien ancrées qu'ils fussent anglais, ou irlandais, ou français. SERVIR est le maître mot, plutôt que "se servir de" ou "se servir" tout court que l'on retrouve parfois chez les représentants d'extraction nobiliaire plus récente, voire chez les serviteurs dont les aspirations petites -bourgeoises se limitent à acquérir un blason. SERVIR la cause, c'est servir la France. Formule ringarde aux yeux de certains post-modemes. Il y a chez d' Arcy un culte du service public que confirme à Sylvie Pierre le réalisateur nancéien Jean-Marie Drot: "Jean d'Arcy est un

symbole. Il incarne le culte du service public. Il pensait que l'on pouvait changer le pays en profondeur. Nous étions tous très marqués par la guerre, la résistance, les camps, et nous penslons comme lui, que la télévision par sa richesse et sa diversité, aurait des conséquences bénéfiques sur le public". Avec la seconde partie de l'évocation de Jean d' Arcy, resurgissent des figures tutélaires de la République, bafouée, piétinée, asservie par les sbires de la révolution nationale du cacochyme Pétain. Voici convoqués sous la plume de l'auteur, Louis Martin-Chauffier, Pascal Copau, François Villon, Pierre Il

Joxe, André Malraux, Marie Claude Vaillant Couturier, Lucie Aubrac. Assemblage idéologique plus proche d'un dîner de têtes de Prévert que d'un annuaire d'un gotha de la résistance, ce brillant et fictif aréopage que fréquenta d'Arcy ne cesse de m'émouvoir. Mon âge permet à ma mémoire de retrouver les figures derrière les noms, que je les aie côtoyés directement ou au travers des étranges lucarnes. Je me permettrai ici une parenthèse pour dire tout le bonheur que j'eus à échanger avec Pascal Copau qui fut un temps directeur des programmes à la station de Dijon et avec qui nous passions de Jean Dasté à Gilles Margaritis, de Malraux à De Gaulle comme si toutes ces rencontres dues à la famille et à la résistance confondaient avec lucidité et chaleur (et parfois parti pris) l'histoire sans majuscule à celle avec majuscule des femmes et hommes qui ont dit NON. D'Arcy - "le baron" selon le sobriquet de ses collaborateurs

-

est l'homme de l'indépendance à l'égard des pouvoirs. Pas plus qu'il n'a cautionné - en aristocrate patriote et en militaire républicain - la forfaiture du maréchal, pas plus il n'intriguera auprès de De Gaulle et ne rejoindra la phalange gaulliste qui trustera les postes de pouvoir au retour du Général aux affaires en 1958. Cette indépendance de caractère et de comportement coûtera son poste à d'Arcy. 12

Dès 1948, l'aristocrate fait sien le discours d'allégeance à la République que prononce le jeune François Mitterrand: "Voilà une fois de plus, en face des périls, la République apparaît à chaque homme libre comme le refuge. Voilà que les termes de nos lois deviennent notre rempart. Voilà que la fidélité au vieil idéal généreux, mais non chimérique, redevient le motif d'un nouvel enthousiasme dont nous pensons qu'il perpétuera ses victoires". Peut-être même est-il l'auteur de ce discours? Attitude dont il ne se départira pas lors de sa seconde carrière à l'ONU. Superbe trajet d'homme que déroule ici Sylvie Pierre alors que les visions d'avenir - "les flashes" dirait aujourd'hui un journaliste télévisuel basique - se trouvent confirmées par l'évolution technologique du média. Formidable leçon dont on attend, la version director' eut - comme dirait aujourd'hui un critique branché de cinéma - de cet ouvrage sous forme de thèse, et qui donne à l'observateur privilégié que je suis [et qui pourrait en écrire le "making of" comme dirait n'importe quel

folliculaire inculte abusant du franglais] l'envie irrépressible de croire encore et toujours aux saltimbanques de la télévision. Le banquier commanditaire du futur Moulin Rouge dans French Cancan de Jean Renoir, n'avouait-il pas indirectement en 1954

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au directeur des programmes Jean d'Arcy: social des illusionnistes!"

"Je crois au rôle

A moins que ce ne fut, dans le même film, la clocharde Prunelle qui s'adresse à Jean (D'Arcy) via Jean (Gabin): "Toi...t'es un Prince!"

Roger

Viry-Babel et de la Communication

Professeur en sciences de l'Information

à Nancy 2 Réalisateur et ancien producteur en Télévision et Radio (de service public)

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AVANT-PROPOS

Un départ chargé de symbole Pour expliquer en termes simples ce qu'est le destin, la vie et la mort de Jean d'Arcy constituent un bon exemple. Jean d'Arcy est mort le mercredi 19 janvier 1983. Il venait de passer l'après-midi à Antenne 2 auprès de Pierre Desgraupes, pour rendre compte des travaux d'une commission que ce dernier lui avait demandé de présider au mois de juillet. Jean d'Arcy a parlé durant deux heures et demi malgré une fatigue visible. En fin d'après midi, Pierre Desgraupes reconduit Jean d'Arcy jusqu'à la voiture qui devait le ramener chez lui. A peine tourné le coin de la rue, Jean d'Arcy a dit à Georges, le chauffeur de la voiture, qu'il ne se sentait pas bien et qu'il allait avoir un malaise, et il s'est effondré d'un seul coup sur la banquette arrière. Et c'est là que le destin est intervenu. Le chauffeur s'est souvenu qu'il y avait rue Cognacq Jay, une infirmerie et un service de quelques pompiers. Il est allé à toute vitesse rue Cognacq Jay, et c'est ainsi que Jean d'Arcy est mort sans avoir

repris connaissance devant cette maison du 15 rue Cognacq Jay, devant la maison où il était arrivé trente ans plus tôt presque mois pour mois, qu'il avait animée de sa passion et de son enthousiasme, pendant sept ans, de 1952 à 1959, sept années qui furent l'âge d'or de la télévision française.

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PREMIERE PARTIE

QUESTIONS DE METHODES

1.1. Cadre de la recherche Pour tous les témoins de cette période, Jean d' Arcy incarne une sorte de paradis perdu. Tous ont reconnu en lui un guide, un vrai patron, "le véritable créateur de la télévision française"! dont la profondeur et l'originalité de la trace laissée sont indéniables. Ancien officier, il est devenu un homme de "télévision", et a consacré sa vie à la télévision et à la communication. Il fut aussi un des hommes clés du débat international sur les médias, et enfin, constamment, un homme de prospective qui sut appréhender, longtemps à l'avance, les possibilités des techniques nouvelles et leur impact sur l'individu et sur la société. Pour cela, il est utile de le situer par l'intermédiaire d'une biographie critique qui va mêler les éléments de sa vie et ses conceptions de l'outil audiovisuel. Sans perdre de vue qu'en l'absence du principal témoin, qui s'est très peu exprimé sur le sujet, que ce soit dans des écrits, ou à des proches, toute analyse comporte une part de conjectures. Il est malaisé de connaître le point de vue ou les sentiments et les convictions de Jean d'Arcy,

1 P. Tchernia et A. Tarta, Hommage à Jean d'Arcy, documentaire, 52 mn, A2, 1982.

qui ne s'est pas autorisé à parler ou à écrirez. Néanmoins, il est possible d'apporter des éclairages pour situer son parcours. Cette recherche porte sur le directeur des programmes à la télévision française de 1952 à 1959. Elle est abordée à partir d'études du contenu des archives personnelles de Jean d'Arcy, d'archives inédites conservées par les acteurs de l'époque, d'interviews de ces acteurs, et des discours et témoignages de professionnels de la télévision, aujourd'hui disparus. Grâce à l'amabilité et la disponibilité de son épouse, Manuela d' Arcy, j'ai eu accès aux nombreuses archives personnelles, l'INA (Institut National de l'Audiovisuel) archives nationales. Par ses qualités humaines, Jean d'Arcy laisse aux professionnels de la télévision une très forte impression, ce qui fait s'ouvrir de multiples portes et archives personnelles. dont certaines sont déposées au Comité d'Histoire de la Télévision à et au Musée des

2

SPIMA 31 octobre 2001, rue Leroux, Paris/15p : Entretien avec la comtesse

Manuela d'Arcy, seconde épouse de Jean d'Arcy, p.12.

20

1.2. Présentation du corpus Archives Les archives personnelles de l'ensemble de la carrière de Jean d'Arcy sont déposées au Comité d'Histoire de la Télévision depuis sa mort. Un premier travail a consisté à référencer cette somme de documents. J'ai classé ces archives par thèmes et par ordre alphabétique, par exemple: "Couronnement de la reine, Deuxième chaîne, Eglise, Eurovision, etc", puis à l'intérieur de ces thèmes j'ai adopté des divisions réparties en sous-thèmes: articles, communiqués, correspondance, notes, rapports, classés par ordre chronologique. Par ailleurs, les documents plus récents sont intéressants pour le travail de recherche. En effet Jean d'Arcy a occupé le poste de directeur de la division radio et des moyens visuels d'information au service de l'information des Nations Unies de 1961 à 1971, et ses notes et rapports rédigés durant cette période permettent de mieux comprendre dans sa dimension internationale. La généalogie de la famille d'Arcy réalisée par Jean du Roscoat, beau-frère de Jean d'Arcy, comprend 263 pages. Ce document permet de situer Jean d'Arcy dans sa lignée et nous renseigne sur ses ancêtres: activités, propriétés, alliances, 21 sa démarche et sa conception de l'outil audiovisuel, en particulier

postérité, etc... La presse spécialisée en radio et télévision comme le journal Radio-Cinéma- Télévision constitue des sources essentielles à cette étude. Pour la télévision, il n'est pas toujours évident de retrouver les informations sur les supports visuels, à part celles conservées et diffusées par l'INA. Ainsi, la presse spécialisée conserve dans ses pages de précieux éléments concernant les diverses émissions. Ces journaux reproduisent, entre autres, les grilles de programmes radio et télévision fournies par les médias, et proposent également dans leur contenu rédactionnel des opinions et des tendances qui sont le reflet d'une partie de la société. Ma démarche a été de trouver, dans l'histoire cathodique, des éléments qui expliquent d'une part le contenu et la structure des émissions, d'autre part l'action de Jean d'Arcy et sa politique de communication en la matière. Outre la presse spécialisée, c'est dans la presse quotidienne, nationale et régionale, dans les magazines culturels, et hebdomadaires d'information, que la critique de télévision, à ses débuts, va s'exercer.

Entretiens Pour aborder l'approche mythologique de Jean d'Arcy et son rôle au sein de la télévision, j'ai 22 réalisé une série

d'entretiens auprès d'acteurs de l'époque. Cette population se caractérise par une forte hétérogénéité (études, parcours, fonctions, trajectoires suivies...). Je les ai classés selon plusieurs critères: le premier cercle familial (Manuela d'Arcy, seconde épouse de Jean d'Arcy, Manette Martin-Chauffier, Jean-Rolland du Roscoat, Claude Hertz), les animateurs-présentateurs(trices)auteurs (Pierre Tchemia, Pierre Dumayet, Jacqueline Joubert...), les collaborateurs directs (Yvette Balloni, sa secrétaire durant dix ans, Michèle Rebel, responsable de programmation ...), les réalisateurs (Jean-Marie Drot, Jean-Claude Bringuier, Jacques Krier, Alexandre Tarta, Denise Billon), les techniciens (JeanJacques Ledos, électricien). Les entretiens ont été réalisés de mars 2001 à mai 2002 à partir d'un guide d'entretien. Au fur et à mesure des entretiens, confronté aux autres témoignages, ce guide s'est enrichi. Il a fallu souvent passer du stade de l'éloge, de la nostalgie pour une époque "révolue" à une véritable interview. Comme le souligne Pierre Tchemia : "Les années 50 à la télévision furent vraiment fructueuses, ce n'est pas la nostalgie de notre jeunesse qui leur donne un air de printemps. Je pense sincèrement qu'en juillet 1952 quand Jean d'Arcy nous tomba du ciel, le Père Noël était en avance,,3. Pour Jean-Marie Drot, auteur-réalisateur:
3

"Cette

SPIPT 27 janvier 2002, rue E. Detaille, Paris/19p : Entretien avec Pierre 23

période des années 1950 représente pour nous une sorte de paradis perdu"4. Jean-Claude Bringuier remarque: "Ces faits remontent à cinquante ans, ils sont donc passés par le filtre des souvenirs. Je dois enjoliver, angeliser l'époque, mais il y a du vrai". Il est donc possible de s'interroger sur la pertinence des témoignages des acteurs de l'époque à juger eux-mêmes cette période. Cela nécessite de recouper les informations pour comparer les faits historiques et les récits. Le fait pour moi d'avoir occupé de 1994 à 1998 le poste d'éditeur de programmes à la Cinquième chaîne auprès de Jean Marie Cavada, puis de Jérôme Clément, et à ce titre d'avoir travaillé avec de nombreux producteurs, auteurs et réalisateurs, dont Igor Barrère, producteur et réalisateur, a probablement été un atout pour rencontrer rapidement les acteurs, maîtriser la teneur des entretiens, et souvent "entendre des confidences". Cependant, une des difficultés est de rester dans son rôle d'interviewer en restant maître de l'entretien pour ne pas glisser dans une inversion des rôles ("vous qui avez travaillé à la télévision, vous savez que ..."). Mon guide d'entretien comprend cinq questions portant

Tchernia, p.2.
4

SP/JMD 6 avril 2001, SCAM, Paris/9p : Entretien avec Jean-Marie Drat, p.4. 24

plutôt

sur

Jean

d'Arcy

en

tant

qu'homme

(éléments

biographiques du mythe) et huit questions pour lesquelles j'ai demandé aux interviewés de se référer plus précisément à l'action de Jean d'Arcy (en postulant alors qu'il serait possible de mesurer l'écart entre la part du mythe et la réalité de l'action). L'ensemble de ces questions concerne, selon des la définition des critères modalités diverses, cinq dimensions:

mythologiques, les attitudes manifestées et opinions prises par Jean d'Arcy, la part de mythe et de réalité dans la "télévision
d' arcyenne". Il m'intéresse particulièrement d'étudier la manière dont

Jean d'Arcy a mis en oeuvre son action à la télévision et notamment constructive quelle est, durant cette période, de ce directeur des programmes la fonction (participant de l'outil

véritablement de la recherche et de l'élaboration

audiovisuel). Ce travail porte donc d'abord sur la naissance de la vocation de Jean d'Arcy en le situant par rapport à son passé familial, puis les étapes de sa carrière jusqu'à son entrée à la télévision en 1952, avant d'analyser la part de création spécifique de l'action de Jean d'Arcy durant cette période.

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