JERUSALEM

De
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Jérusalem est la plus ancienne capitale d'un Etat souverain. Son histoire est complexe dans ses dimensions religieuses, chronologique, spatiale et politique. Aujourd'hui, première métropole israélienne, elle demeure un kaléidoscope ethnique et culturel. Son destin urbain se caractérise par la succession de phases d'ombres et de lumières: 18 fois détruite, elle a toujours survécu, en tant qu'entité urbaine. L'objectif de cette synthèse unique sur le sujet, a été de dresser, aux différentes époques, à travers les diverses réalités, le portrait urbain de Jérusalem.
Publié le : jeudi 1 janvier 1998
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EAN13 : 9782296353121
Nombre de pages : 416
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JÉRUSALEM Destin d'une métropole

Collection Comprendre le Moyen-Orient dirigée par lean-Paul Chagnollaud
Dernières parutions

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@ L'Harmattan,

1997

ISBN: 2-7384-6061-5

COLLECTION

COMPRENDRE

LE MOYEN

- ORIENT

Valérie RIVIÈRE

-TENCER

Armand ATTAL

JÉRUSALEM
Destin d'une métropole

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

A nos familles respectives qui nous ont patiemment encouragés et qui ont sereinement supporté notre indisponibilité. Que soient particulièrement remerciés Josiane pour le traitement de texte et Claude pour la réalisation cartographique

SOMMAIRE

Avant-propos

...
.............................

Il

PREMIÈRE

PARTIE: OMBRES ET LUMIÈRES DE JÉRUSALEM des origines au début du 19ème siècle

CHAPITRE I : GENÈSE ET CADRE DU DÉVELOPPEMENT 17 I . Le cadre géographique. ...... ... . 17 A . Relief et paysages l7 B . Climat 20 C . Géologie et géomorphologie 21 II. Genèse de la ville: l'ancienneté de l'occupation humaine 23 A . Ancienneté et diversité du peuplement ..23 B . Les origines de Jérusalem .26 C. L'actualité du débat sur les origines de la ville 32 CHAPITRE II : LES ALÉAS D'UNE CAPITALE DE DAVID À BAR KOKHBA du XIème siècle avt JC au Hème siècle ap JC 35 I . Jérusalem, capitale royale 996 586 avt JC .35 A . Fondation et émergence de Jérusalem, capitale politique 35 B . Les destins heurtés d'une capitale 931 586 avt JC 39 II . Le retour à Jérusalem et la domination perse 538 ..333 avt JC 42 III . La domination hellénistique 333.. 164 avt JC ..45 IV . Les dynasties hasmonéenne et hérodienne 164 ..4 avt JC............................................... 48 V . L'occupation romaine 4 avt JC .. 135 ap JC 54 CHAPITRE III : ROME ET BYZANCE DE L'ÉCLIPSE À LA RENAISSANCE 135.. 638 59 I . La romanisation 59 A . ;\dia Capitolina 59 B . La domination romaine 61 II . L'âge d'or de la domination byzantine 63 A . Epanouissement urbain 63 B . Jérusalem, métropole chrétienne 65 CHAPITRE IV: DE LA CONQUÊTE ARABE AU DEUXIÈME ROYAUME LATIN DE JÉRUSALEM 638.. 1244 ... .. 71 I . La première domination musulmane 638.. 1099 71 A . L'instauration de l'Islam 72 B . Transformations de Jérusalem sous les Omayyades 74 C . Le déclin du VIII au XIème siècle 76 II . Le royaume latin de Jérusalem 1099 -1187 81 A. Origines et développement 1. Les justifications de la première croisade ...........81 2. Siège et prise de Jérusalem. ... ... .. ... 83 3. Evolution du royaume latin ... ... ... ... 84 B . Jérusalem, capitale du royaume latin 87 1. Fonctions politiques et religieuses 87 2. La société urbaine... ... ... 89

-

-

7

C . Saladinet la fin de la dominationchrétienne 1187 - 1244
1. La domination ayytlbide 2. Le deuxième royaume latin de Jérusalem CHAPITRE V : LA DOMINATION MUSULMANE 1244 au début du XIX ème siècle I . La domination mamelouk 1249 - 1517
A . Un statut administratif insignifiant.

3. Le tissu urbain

92 96 96 98 101 101 102 ... 103 106 109 110 112

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . .. 10 1

B . Les aspects économiques... C . L'épanouissement de l'Islam D . Les communautés non-musulmanes II . La période ottomane 1517 au début du XIX ème siècle A . La prospérité sous le règne de Soliman le Magnifique B . Le lent déclin

...... ...

DEUXIÈME PARTIE RENOUVEAU, AFFIRMATION ET MUTATIONS: LA JÉRUSALEM MODERNE du début du XIXème siècle à 1967 CHAPITRE I . TRADITION ET MODERNITÉ: DE LA DÉCADENCE OTTOMANE À LA FIN DU MANDATBRITANNIQUE 1830 1947 117 I . Mythes et réalités de Jérusalem au tournant du XIXème siècle 117 A . Jérusalem dans la symbolique religieuse 117 1. Jérusalem et le judaïsme ......... ... ... 117 2. La vision chrétienne 121 3. La vision musulmane 123 4. L'impossible universalité. ... ... ... 126 B . Pèlerins et voyageurs, témoins du déclin urbain: la décadence matérielle 127 II . L'entrée dans l'ère moderne... ... 133 A . L'empire ottoman et les grandes puissances 133 B . L'éveil des nationalismes 135 C . De la première guerre mondiale à l'établissement du mandat 138 D . Le mandat britannique 146 CHAPITRE II : LE RENOUVEAU URBAIN 1830 - 1948 151 I . Peuples et populations: de l'atonie à la reprise démographique 151 A . Les disparités des communautés. 152 B . Le renouveau dans le cadre de l'enjeu diplomatique 153 C . Les migrations vers Jérusalem et le renouveau démographique 155 II . Urbanisme et urbanisation 161 A . Paysagesurbainset urbanisationspontanée 1840 1917 161 1. Une ville close au début du XIXème siècle 161 2. Les transformations de la VieiIle Ville 163 3. La Nouvelle Ville: Jérusalem sort des murs 167 B . L'urbanisation planifiée sous le mandat britannique 177 1. Les plans d'urbanisation 177 2. Les nouveaux quartiers 184 CHAPITRE III : JÉRUSALEM PARTAGÉE 1947 1967 189 I . Jérusalem et la création de l'Etat d'Israël 189 A . Le contexte 189 1. Le plan de partage et le statut de Jérusalem 191

-

-

-

8

2. La guerrecivile décembre1947 -mai 1948 B . Jérusalemet la guerred'indépendance 1948 1949 II . La partitionde Jérusalem 1949 1967

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-

...
o. o. o. o.

... 193 195 198
...... 198 201 208

A . Les réalités administratives de la partition B . L'urbatlisme C . Des tensions récurrentes à la deuxième bataille pour Jérusalem

TROISIÈME

PARTIE:

LES RÉALITES

CONTEMPORAINES

depuis 1967 213 .. 213 213 ... 216 ................. 216 218 221 225 228
o.

CHAPITRE I : LES RÉALITES URBAINES I . La gestion israélienne de la réunification A . La défmition administrative de l'espace urbain B . La gestion administrative et municipale 1. L'organisation municipale 2. In:frastnlctures et services ... 3. Transformation et gestion des modes de vie 4. Intégration économique et socio-économique II . Urbanisme et urbanisation 1967 1987

...

...

-

A . La reconquêtede la VieilleVille
1. Les opérations d'urbanisme 2. Les fouilles archéologiques B . Aménagements et politiques urbaines 1. 1967 1971 : l'après réunification 2. L'urbanisation des années 1970 3. L'urbanisation du début des années 1980 III . L'urbanisme: radicalisation de la politique spatiale 1988 1997 A . L'aménagement de l'espace central 1. La valorisation des espaces résidentiels 2. La diversification des fonctions B . Israélisation : urbanisation et métropolisation 1. Politiques urbaines et Intifada 2. La radicalisation de l'urbanisation du Grand Jérusalem 3. L'intransigeance des politiques urbaines depuis l'élection de Benymnin Nétanyahou . CHAPITRE II : LES RÉALITES GÉOPOLITIQUES I . Réactions et refus 1967 - 1988 A . Le refus de reconnaître Jérusalem, capitale d'Israël. 1. La réprobation des Nations Unies 2. L'UNESCO se joint au concert des nations 3. La position de la Croix Rouge 4. La pérennisation israélienne du statut de Jérusalem B . La question de Jérusalem au Moyen-Orient. 1. De la guerre des Six Jours à la guerre de Kippour 2. De la guerre de Kippour à la rm des années 1980 C . Jérusalem et le mouvement palestinien D . Jérusalem et les grandes puissances 1. Jérusalem et les USA 2. Jérusalem et l'URSS

228
... 228 233 235 236 240 244 253 254 254 256 258 258 262 273 .279 ..279 279 279 283 285 287 ...288 289 294 30 1 306 306 312

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-

9

3. Jérusalem et l'Europe 4. Jérusalem et le Vatican. II . Jérusalem: nouvel enjeu politique depuis 1988 A . L'émergence de l'Etat palestinien 1. L'Intifada 2. La déclaration d'indépendance de la Palestine

... . ..

313 315 321 ............ 321 321 324

B . Vers la normalisationdes relationsisraélo-palestiniennes
1. Madrid et ses conséquences 2. Les progrès du processus de paix (Oslo I-Oslo II) 3. Le ralentissement du processus de paix C . La nouvelle approche de Jérusalem par les grandes puissances 1. Les Etats-Unis et Jérusalem. ... ... 2. Russes et Européens face à Jérusalem 3. Le Vatican, les Eglises et Jérusalem 4. Les Etats arabes et Jérusalem CHAPITRE III : QUEL AVENIR POUR JÉRUSALEM 7 I . Les réalités humaines A . Les caractères démographiques 1. Jérusalem est la première agglomération israélienne 2. La croissance démographique 3. Les mouvements migratoires B . Les réalités socio-économiques des communautés 1. Espaces vécus, espaces communautaires. 2. Les espaces économiques II . Bilan et prospectives ... A . Réalités, positions et propositions 1. L'actualité du débat historique 2. Les réalités 3. Quel statut pour Jérusalem 7 B . L'enjeu économique ... Conclusion Bibliographie Table des cartes et figures Table des chronologies ...

327
328 333 337 342 342 346 348 352 355 . .355 .355 355 360 365 369 369 375 ... 383 383 383 386 391 396 403 407 411 411

......

. ...

......

10

A VANT

-PROPOS

Jérusalem est la plus ancienne capitale d'un État souverain, existant aujourd'hui. David la choisit en 996 avt JC pour devenir la capitale du royaume d'Israël. Depuis le premier millénaire avt JC, ses fonctions politiques n'ont pas été continues, Jérusalem a été, par quatre fois, capitale: du royaume d'Israel puis de Juda (996 à 586 avt JC), des dynasties hasmonéenne et hérodienne (142 avt JC à 6 ap JC), de façon éphémère, lors de la dernière révolte juive (132-135) et enfin sous les Croisés (royawne latin de Jérusalem 1099-1187). En 1949, Jérusalem redevient la capitale de l'État d1sraël. L'histoire de Jérusalem a vu, ainsi, se succéder de nombreuses périodes de splendeur et d'effacement, de rayonnement et de déclin. De 935 avt JC aux années 1950, Jérusalem a été 17 fois détruite, totalement ou partiellement, une fois rasée par Hadrien en 135, elle a été 19 fois reconstruite pour atteindre une population de près de 600 000 habitants, aujourd'hui.
Dès l'Antiquité et jusqu'au VIème siècle ap JC, Jérusalem est une des plus impor-

tantes villes mondiales, une métropole; à ces époques, elle fait même, souvent, figure de mégapole. Sous Hérode (1er siècle avt JC), elle compte 30 000 résidents ordinaires et peut accueillir jusqu'à 200 000 habitants et pèlerins. Au Vème siècle, à l'apogée de la domination byzantine, elle atteint le chiffre de 80 000 habitants. Peu de villes comptent, alors, autant d'habitants.

Il

Peu de capitales, dans le monde, témoignent d'un tel destin ou d'une telle longévité à l'exception de Carthage, Rome ou Athènes fondées au IXème ou vmème siècle avt JC, mais elles ont connu un très long effacement de leurs fonctions de capitale, un passé de principautés locales avant de redevenir capitales nationales à l'époque contemporaine. Le destin a été souvent contraire à Jérusalem où se sont succédées dominations et occupations. Si elle n'a été capitale que de royaumes juifs et du royaume chrétien des Croisés, elle a été, fréquemment, centre administratif d'empires extra-régionaux qui ont permis l'épanouissement de ses fonctions urbaines, le développement de sa population. Mais, Jérusalem a été, trop souvent, une ville oubliée sur l'échiquier géopolitique, reléguée au rang de simple bourgade, ne survivant que par ses fonctions religieuses et de pèlerinage; pendant ces longues périodes d'éclipse et d'atonie, la ville ne compte que 2 à 10 000 habitants, vit misérablement. Elle ne retrouve une prospérité durable que durant l'entre-deux-guerres. Conquise et reconquise plus de 70 fois, Jérusalem n'est pas une ville convoitée par hasard. Pourtant, sa position stratégique est médiocre, aux frontières du désert, à l'écart des grands axes de circulation majeurs depuis l'âge du Bronze. Les premières traces humaines remontent à 800 000 ans, lorsque les hommes de la Préhistoire s'installent sporadiquement et temporairement sur les pentes du Mont des Oliviers. C'est le site perché de l'éperon de l'Ophel qui fait d'elle une cité forteresse, il y a 5000 ans, forteresse imprenable jusqu'à la conquête de David, vers 996 avt JC. C'est l'établissement de fonctions de capitale politique qui fait de Jérusalem, une ville, il y a 3 000 ans. Puis, Salomon diversifie son fonctionnement en la dotant d'un rôle religieux, lorsqu'il construit le Temple consacré au...Dieu unique d'Israël. Jérusalem devient, alors, la ville berceau du monothéisme. Dans cette lointaine Antiquité, le royaume d'Israel puis de Juda n'est pas un empire majeur, il ne cesse, cependant, d'être menacé par ses puissants voisins du Croissant fertile. Jérusalem n'est pas qu'une place forte supplémentaire, c'est parce qu'elle est capitale qu'elle est convoitée: se rendre maître de la ville, c'est conquérir le royaume, s'approprier son Dieu et son trésor à une époque où la guerre est empreinte de magie et de superstition. Or, l'essence du peuple juif est son monothéisme. Dans leur combat pour leur survie politique, Israel puis Juda maintiennent l'intégrité de Jérusalem jusqu'en 586 avt JC. et instituent d'intenses fonctions diplomatiques, garantissant le développement de la ville. Parallèlement auX fonctions religieuse, politique ou diplomatique s'épanouissent des fonctions intellectuelles. La société se diversifie, se hiérarchise, l'économie s'organise. Dès le VlIIème siècle avt JC, Jérusalem fait, ainsi, figure de métropole. Lorsque les trois monothéismes marquent Jérusalem, le jeu des rivalités se fait entre les Juifs et les puissances chrétienne ou musulmane, cherchant à s'approprier
.

la ville témoin et symbole passionnel du fait religieux. Chacunjustifie, alors, son
attachement à Jérusalem, la validité de sa présence au nom de Yahvé, du Christ ou d'Allah, sûr de son bon droit. La réalité de Jérusalem se complexifie, devient alors

12

multidimensionnelle, ses paysages en portent la marque. Le tissu urbain de Jérusa.. lem reflète l'ampleur des conflits et des enjeux. Depuis le XIXème siècle, le devenir de Jémsalem se conjugue dans un cadre de nationalismes et de géopolitique internationale. Alors que la ville est sous la domination d'un empire ottoman décadent, Juifs et Arabes revendiquent une souveraineté nationale sur Jémsale~ les diverses communautés chrétiennes se disputent les Lieux Saints chrétiens. Jérusalem n'est plus seulement une ville qui prie, c'est une ville qui combat pour sa fonction de capitale. Sionisme et nationalisme arabe puis palestinien ne cessent, dorénavant, de s'affronter dans le cadre de la création d'Israël, encouragés par l'une ou l'autre des grandes puissances, avec comme facteur aggravant, l'inégale modernité des peuples en présence, reflet régional au ProcheOrient du problème général des rapports Nord-Sud, dominants-dominés. La réalité vécue de Jérusalem devient antinomique, chaque quartier s'impose par sa spécificité ethnique et religieuse, masquant mal des disparités socio-économiques complexes. Un mur invisible fait de haine et d'incompréhension se dresse entre des communautés qui vivent ensemble mais séparées. La division marque durablement Jérusalem, au point que Jérusalem est l'une des rares villes mondiales à avoir connu la partition "physique" de son organisme urbain (1948-1967). Pas plus qu'à Berlin ou Lamaka, cette solution n'est durable. Depuis 1967, Jérusalem réunifiée est la capitale contestée et non reconnue de l'Etat d'Israël sur laquelle s'exercent les revendications palestiniennes, sous couvert de la communauté internationale. Comment concilier les positions divergentes d'Israël et des Palestiniens (d'ml Etat constitué et d'un Etat à construire) qui s'affrontent sur les conditions de souveraineté, de gestion et d'administration? Comment préserver l'intégrité et le caractère extra-temporel des Lieux Saints, noeud gordien des trois monothéismes? Jérusalem est le révélateur de la confrontation judéochrétienne, islamo..chrétienne, judéo-musulmane, puis israélo-arabe et enfin israélopalestinienne, témoin du passage des conflits religieux à des conflits politiques. Jérusalem est, aujourd'hui, une métropole à l'échelle régionale et nationale, une métropole qui se dote de fonctions internationales dans des domaines variés: économique pour la haute-technologie, culturel par le rayonnement de sa foire internationale du Livre, n02 mondial après celle de Francfort. Aujourd'hui, sa destinée est, à nouveau, à ml carrefour: quelle solution pour Jérusalem, capitale de deux Etats, dans le cadre du processus de paix israélo-palestinien ? Peut-on seulement trouver mle voie unique, quelles sont les solutions possibles et s'imposeront-elles? La solution, quelle qu'elle soit, ne sera viable que si le développement et la croissance économique garantissent les décisions politiques et diplomatiques, apportant à chaque peuple la possibilité de vivre en toute quiétude à Jérusalem, à chaque communauté, juive, chrétienne ou musulmane de vivre paisiblement sa réalité religieuse. Au-delà de la question de l'appropriation territoriale, l'enjeu est le processus de métropolisation de Jérusalem, dans un cadre moyen-oriental et mondial. La fonction de capitale est essentielle pour Jérusalem, capitale de deux peuples et 13

de trois religions; aujourd'hui la notion de capitale politique est primordiale. La question de la souveraineté n'est pourtant pas uniquement politique, les revendications portent, aussi, sur Jérusalem, la ville, l'espace urbain, symbole des luttes entre communautés, nationalismes et religions, espace urbain âprement disputé dans le cadre des implantations juives du Grand Jérusalem. Jérusalem, la ville, fonctionne néanmoins, en tant qu'entité urbaine, en dépit des tensions. Conce~oir la destinée de Jérusalem, c'est donc, comprendre ses destins qui ont fait d'elle, cette ville-mosaïque originale aux multiples facettes.

14

PREMIÈRE

PARTIE DE JÉRUSALEM

OMBRES ET LUMIÈRES

des origines au début du XIXème siècle

~
. -

Escarpements t lignesde crête e
Points culminants Limitesmunicipalesde Jérusalem

,

N

1 2 3

VieilleVille Source de Gihon Source d'Ein Rogel

o 7501500m
'---l....-J '---l....-J

Carte N° 1

TOPOGRAPHIE

DE JERUSALEM

CHAPITRE I
GENESE ET CADRE DU DEVELOPPEMENT I . LE CADRE GEOGRAPmQUE
A . Relief et paysage

La région géographique où s'est développée Jérusalem, la Palestine, est située à l'extrémité occidentale du Moyen-Orient, dans une zone de transition entre les chaînes libanaises et le désert arabique. Elle occupe une bande côtière, le long de la Méditerranée qui s'étire des monts de Galilée au nord, du pied du mont Hennon et de la chaîne de l'Anti-Liban jusqu'au désert du Néguev au sud et à la mer Rouge, au golfe d'Aqaba. A l'est, le territoire est limité par le plateau du Golan, la dépression du Jourdain et de la mer Morte. Jérusalem se localise au centre-est de cet ensemble, au coeur des monts de Judée, à une quinzaine de kilomètres de la vallée du Jourdain, à une trentaine de la mer Morte, à une soixantaine de la côte méditerranéenne. Les collines de Jérusalem sont, en moyenne, 150 m plus basses que celles de Beit El et d'Hébron et fonnent un large ensellement entre les régions nord et sud de Judée. Cet accident topographique facilite les relations entre les plaines côtières et la dépression du Jourdain. Les collines de Jérusalem présentent une topographie accidentée: elles sont profondément disséquées en interfluves, en fonne de chaînons et d'arêtes. Les alentours de Jérusalem culminent à des altitudes voisines de 7 à 800 m : mont Scopus 821 ID au nord-est, mont des Oliviers 818 m à l'est qui constituent un écran avec le désert de Judée ou encore, la colline du Mauvais Conseil 795 m au sud, mont Herzl 838
In,

à l'ouest, ou au nord, les hauteurs de Givat Shapira (colline des Français) à 826

m. La région est drainée par des cours d'eau inte~ttents : réseaux du Sorek et du Réfaïm à l'ouest qui s'écoulent vers la Méditerranée, du Cédron à l'est qui s'écoule vers la dépression du Jourdain. La Vieille Ville est, ainsi, installée sur la ligne de partage des eaux. Le site de Jérusalem est particulièrement tounnenté, sillonné de profonds ravins. 17

,

N

.
.L.....L..L

Umites
Principaux

actuelles

de la Vieille

Ville

Source de Gihon
escarpements et lignes de crête

.

Points culminants en mètres

o
I

160
I

320m
I

-

Courbesde niveau

Carte N° 2

lE SITE DE LA VIEillE VILLE

Il n'offre pas de réelles conditions naturelles propices à l'implantation d'une agglomération. La ville est née sur l'éperon rocheux de rOphel (Cité de David), étroit promontoire, large d'une centaine de mètres, dressé à 725 m qui domine de 120 à ISO m les versants abrupts de la vallée du Cédron à l'est, du Tyropéon (ravin des fromagers) au nord-ouest et de la vallée de Hinnom (Géhenne) au sud-ouest. C'est une forteresse naturelle, un site de défense exceptionnel qui prolonge, au sud, la plate-forme du mont Moriah (mont du Temple) 744 ID, à l'extrémité d'un plateau ondulé, profondément disséqué. A l'ouest, le promontoire de l'Ophel se rattache au mont Sion,763 ID,dont l'étymologie vient de l'hébreu Ziya signifiant désert calciné. La ville semble émerger du désert. La présence de sources, au pied de cet éperon primitif: explique la fixation et la pérennisation de l'habitat dans un~ région subaride. La source du Gihon, dans la vallée du Cédron, est essentielle par la régularité et l'abondance de ses eaux ; elle est complétée, à environ SOOm plus au sud, par la source d'Ein Rogel. Néanmoins, autour de Jérusalem, les terres sont médiocres, fréquemment emportées par l'érosion, le long des pentes. Le rocher affleure, presque partout, dans cette zone subaride. Pour cultiver, on ne peut compter que sur les alluvions des fonds de vallées et, sur des tetT8SSeS artificiellement érigées sur les flancs des ravins. Malgré tout, les éléments fondamentaux à l'installation et au développement d'une ville sont présents: un site imprenable et l'abondance de l'eau. Pourtant, le site n'est pas totalement inexpugnable, puisqu'au nord, entre le Hinnom et le mont Moriah, le promontoire de l'Ophel s'ouvre sur un large plateau. Ce site de défense n'est que partiellement bien défendu, l'éperon de l'Ophel est dans un creux dominé directement par le mont Moriah, indirectement par le mont Sion ou le mont des Oliviers. L'assaillant surplombe toujours la ville. Le site condamne la ville à une expansion vers l'ouest qui restera limitée jusqu'au XIXème siècle, tant que Jérusalem ne sortira pas de ses murs, de la Vieille Ville. Jérusalem apparaît comme un trésor enchâssé sur un étroit éperon rocheux, entouré de profonds ravins, cerné de montagnes dénudées. Jérusalem, ville-mirage, ville-sortilège, les couleurs~ les contrastes, les excès y sont saisissants. Côté est, Jérusalem se dresse au-dessus du désert de Judée, étrange monde minéral où dominent les jaunes et ocres, la nature y est sauvage, hostile, brûlée par le soleil. Pierres et poussières sont écrasées par la lumière aveuglante du soleil. Sur l'horizon, se dressent les monts de Moab, miroite la mer Morte, enfouie quelque mille mètres plus bas, vaste étendue éclatante, pétrifiée. Côté ouest, le désert verdit, la végétation, introduite depuis le début du XXème siècle par les pionniers, fait de Jérusalem une oasis, au-dessus de laquelle se dressent remparts, dômes et minarets; Jérusalem, cité des pierres chatoyantes, selon les heures du jour, variant du doré à l'ocre, au rose et au pompre. Les nuits sont ensorcelantes, la clarté transfigure les vieilles pierres~ les étoiles semblent accrochées aux murailles. Le spectacle le plus éblouissant est celui de Jérusalem sous la neige~éclatante de pureté, telle un diamant émergeant de sa gangue de pieITes. 19

B . Le climat
Jérusalem est située à 31°45 de latitude nord et 35°14 de longitude est, dans le domaine du climat méditelTanéen, dans une région de transition avec le climat aride, qui sévit au-delà de la dépression du Jourdain sur le Moyen-Orient continental et la péninsule arabique. Au coeur des collines de Judée, Jérusalem se situe dans une des régions les plus arrosées du territoire d'Israël, avec la Haute-Galilée, dans une des régions où les températures annuelles sont les plus torrides. A Jérusalem, comme pour tous les climats méditerranéens, la tendance générale est chaude: étés très chauds, hivers doux. Jérusalem bénéficie d'un fort total d'insolation: plus de 3000 heures de soleil par an. L'autre grand caractère climatique est la sécheresse estivale. La hauteur moyenne des précipitations est de 550 mm par an, soit environ autant qu'à Paris, Berlin ou Moscou et plus qu'à Athènes ou San Francisco. La répartition annuelle des pluies révèle l'originalité du climat hiérosolymitain et la nette tendance à l'aridité. 80% des pluies tombent, l'hiver, sur quatre mois, de novembre à février. n ne pleut en moyenne qu'une soixantaine de jours par an. Les pluies, si elles sont peu fréquentes, se marquent par leur abondance et leur violence. L'hygrométrie moyenne est relativement élevée: 60%, mais inférieure, toutefois, à celle de la plaine côtière. Une sécheresse totale s'étale, l'été' d'avril à octobre. Le nombre total de jours de pluies est peu élevé: de 50 à 60 en moyenne annuelle; il ne pleut pas de juin à septembre, à l'exception de quelques rares orages. Jérusalem témoigne, cependant, d'une physionomie climatique spécifique. Les températures annuelles moyennes: 17,2°C sont plus froides que dans les régions voisines. De décembre à mars, la moyenne journalière n'excède pas 11°C avec des minima de 4°C et des maxima de 15°C. En janvier ou en février, il n'est pas rare de relever des températures négatives jusqu'à -4°C; ce coup de ftoid s'accompagne, alors, de quelques jours de neige, jusqu'à 10 cm en moyenne par an, qui enveloppent Jérusalem d'une aura singulière. Le record de hauteur de neige: 97 cm, a été enregistré en février 1920. Les minima de températures sont plus importants dans les vallées que sur les hauteurs de Judée entourant la ville, provoqués par des inversions de.températures, dont sont responsables des nuits sans vent. Ces vagues de froid n'excèdent jamais quelques jours, on ne relève que 14 jours, en moyenne par an, où les températures sont inférieures à SoC. Les étés sont, en revanche, plus chauds que ceux des plaines environnantes, de mai à octobre les températures moyennes excèdent 20°C, atteignent 24°C en juillet, août, les mois les plus chauds, avec des maxima moyens de 35°C. On relève, en moyenne, 135 jours par an où les températures sont égales ou supérieures à 30°C. Jérusalem, à l'instar des collines de Judée, est we région ventée; il n'est pas rare que soufflent des vents à 120 km/h sur les sommets, été comme hiver avec le khamsin en provenance du désert jordanien. On dénombre, en moyenne, 12 jours de tempête par an, ce qui témoigne de la rigueur et de la violence du climat de Jérusa20

lem. En l'absence de vents violents, les brises légères dominent. Elles tempèrent agréablement l'atmosphère, l'été. L'ensemble de ces caractères climatiques s'explique par la spécificité de la circulation générale. Jérusalem appartient au système de pressions atmosphériques et de vents planétaires de la zone subtropicale en été et" des latitudes tempérées l'hiver, où domine la circulation d'ouest, dans le cadre du balancement des pressions et des masses d'air. Lorsque s'établissent de grands flux d'ouest, en hiver, sur les 3035èmes parallèles, les dépressions frontales de type tempéré sont profondes et nombreuses: elles apportent des types de temps humide, c'est à cette époque que tombe la majorité des précipitations. En été, ces flux "remontent" au-delà du 40 ou 45ème parallèle, les hautes pressions subtropicales s'établissent très au nord et recouvrent largement la région de Jérusalem, elles apportent des types de temps subaride, ce qui explique l'absence de précipitations estivales. La modération des températures annuelles s'explique par l'altitude où est établie Jérusalem, qui modère les grandes chaleurs de l'été et renforce les températures hivernales, parfois froides. C Géologie et géomorphologie Jérusalem se situe sur le dôme anticlinal des monts de Judée, de part et d'autre de la ligne de partage des eaux. L'axe général de cet anticlinal est sud-sud-ouestlnordnord-est, il est accidenté par une combe où s'est installée Jérusalem. Cette combe fonne un ensellement qui s'élargit plus vers l'ouest que vers l'est, déterminant une voie de passage naturelle entre la côte et la dépression du Jourdain. A l'est, l'anticlinal retombe par une série de failles sur la dépression du Jourdain, à l'ouest, il s'abaisse par une série d'ondulations sur la plaine côtière. Ce dôme anticlinal est constitué de matériel secondaire. Il est formé d'un épais soubassement calcaire secondaire inférieur et jurassique sur lequel les calcaires et dolomies du Cénomanien et du Turonien (Crétacé supérieur) âgés de 80 à 65 millions d'années, aftleurent largement. fi s'agit de roches relativement dures et résistantes à l'érosion, mais très affectées par des phénomènes de dissolution karstique.

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Les calcaires du Cénomanien, plus anciens, déterminent un certain nombre des buttes et des monts que l'on rencontre aujourd'hui à l'ouest de Jérusalem: mont Herzl, colline du Souvenir,colline d'Hadassah, Givat Masua. La butte de Beit Zayit est constituéed'un calcaire cénomanienparticulièrementdur, en raison de bancs de quartzites.Dans les dolomies cénomaniennes,sont taillés les escarpementset collines de Givat Ram ou Réhavia. De minces couches de craie marneuse s'intercalent
dans les horizons calcaires. Les marnes n'étant pas attaquées par les processus karstiques, leur aftleurement explique le profil caractéristique en marche d'escalier des versants autour de Jérusalem. Ces gradins ont joué un rôle fondamental pour les premières implantations humaines. L'importance des calcaires turoniens explique la présence d'escarpements, d'à21

pics et de gorges dans le paysage de Jérusalem: ancien ravin du Tyropéon, vallée de Hinnom ou vallée du Cédron détenninants pour le site urbain. Ce calcaire d'une couleur ocre-rose très spécifique, dit "pierre de Jérusalem", constitue le matériau de construction de la ville et lui donne sa luminosité particulière. L'est et le sud-est de Jérusalem sont constitués, principalement, de craie à bancs de silex du Sénonien (Crétacé supérieur, datant de 70 à 65 millions d'années). Ce matériel moyennement résistant, mais renforcé par des bancs de silex sombre, constitue le mont Scapus, le mont des Oliviers, la falaise de Silwan, la butte de Ramat Raltel. Toute la région qui s'étale au sud-est de Ramat Rahel, Eizarlya, Abu Dis, Maale Adoumim, vers la dépression du Jourdain est constituée d'un vaste ennoyage de terrains crayeux, formant un glacis. La craie y est le plus souvent recouverte d'une fine croûte dure qu'on appelle localement "nari". Les eaux de pluie qui percolent la roche, en hiver, s'évaporent, pendant la sécheresse estivale. Le calcium des eaux de pluie se dépose, alors, en surface et forme cette croûte appelée nari, handicap sévère pour la végétation et l'agriculture. Le nord et le nord-est de Jérusalem sont constitués d'une alternance d'horizons crayeux sur un soubassement calcaire. Les terrains crayeux ont été profondément disséqués; lorsqu'ils sont conservés, ils protègent les terrains calcaires de l'érosion et détenninent de nombreuses buttes massives à sommet plat: colline des Français (Givat Shapira), Givat Shaül, Pisgat Zeev. L'histoire géologique peut être résumée de façon simple. A la fin du Précambrien (il y a 550 millions d'années), la région de Jérusalem se trouve à la périphérie d'un craton constitué de roches intrusives. Au Primaire ( 500 à 250 millions d'années), la région se situe à la limite nord du continent de Gondwana. L'ensemble est alors recouvert, de la fin du Primaire au Secondaire par la Téthys, puis par des mers épicontinentales (250 à 65 millions d'années). L'ensemble de la région subit des déformations tectoniques, entrecoupées de phases de sédimentation marine dès la fin du Crétacé (il y a une centaine de millions d'années) et pendant la phase paroxysmique de la formation des chaînes tertiaires récentes, des Alpes à l'Himalaya (30 à 10 millions d'années). La violence de l'érection du Taurus ou des Zagros, associée à la subduction de l'Afrique sous le continent eurasiatique, au niveau de la Méditerranée, explique le plissement de la Judée. n s'agit de plis de fond à larges anticlinaux, que l'on retrouve dans l'ensemble des chaînes proche-orientales. Le flanc est de l'anticlinal de Jérusalem est affecté par un champ de fractures méridiennes qui ont déterminé la dépression du Jourdain. La mise en place de ces structures s'est faite en plusieurs épisodes depuis la fin du Crétacé, date à laquelle les massifs apparaissent pour la première fois, puis sont progressivement surélevés. Ces massifs sont essentiellement constitués de hautes surfaces karstifiées, témoins presqu'intacts des surfaces d'érosion qui ont, à plusieurs reprises, au Tertiaire, retouché les massifs entre les pulsations orogéniques. Ces hautes surfaces karstifiées sont entaillées par des gorges aux flancs raides, expression d'un réseau hydrographique jeune, ayant à peine amorcé depuis la dernière

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surrection (tin du Tertiaire) le dégagement des formes structurales. En fonction de ce dégagement, la ligne de partage des eaux s'est déplacée vers le flanc est du dôme anticlinal; la Vieille Ville de Jérusalem s'est installée, de part et d'autre, de cette ligne de partage des eaux. La région de Jérusalem reste une zone fragile, en raison de l'ouverture récente de la mer Rouge et du rift est-africain et reste sujette à de fréquents tremblements de terre: 363, 749, 780,1033, 1760, 1927...

II GENESE DE LA VILLE:

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L'ANCIENNETE HUMAINE

DE L'OCCUPATION

A Ancienneté et diversité du peuplement Jérusalem se situe dans une des régions les plus précocement occupées par I'homme. La situation géographique et les potentialités économiques de la région sont autant de facteurs favorables à une occupation précoce. Aux contins de l'Asie et de l'Amque, appuyée sur la Méditerranée, la région fut la voie de passage obligée entre deux grands axes fertiles: la vallée du Nil et la Mésopotamie où émergèrent, très tôt des civilisations avancées. fi semble que l'occupation humaine ait été, ici, plus continue qu'en Europe, dès le Paléolithique inférieur, ce qui s'explique par l'absence de périodes glaciaires. De nombreux peuples se pressent le long du Jourdain, vers la région alors appelée «Rhtenu» ( nom de l'ancienne Palestine). A l'origine, le pays de Canaan, nom antique du pays au-delà de l'Euphrate, qui s'étend sur la Palestine et Israël actuel, est une mosaique de peuples qui s'y introduisent progressivement et successivement. Ils sont issus de différentes civilisations avancées à une époque où l'Europe n'en est qu'à ses premiers balbutiements. Ces peuples, installés en Canaan à la tin du Néolithique, sont des Sémites venus en grande partie d'Arabie et des rivages de la mer Rouge, mais ils ne se~bleraient pas originaires d'Arabie. Certaines études linguistiques laissent à penser qu'il existe des liens étroits entre les langues sémitiques (hébreu, arabe. ..) et chamitiques (égyptien ancien, berbère...). S'il existe une famille ethnique chamito-sémitique, ses origines ne peuvent être, exclusivement, placées en Arabie. On suppose, donc, que c'est du nord-ouest de l'Aftique du Nord, qu'à partir d'une époque très reculée (vers le Xème millénaire), des vagues de migrations se seraient succédées vers les deux pôles du croissant fertile. C'est de cette famille ethnique originelle que sont issus les différents peuples qui migrent vers la terre de Canaan, où certains continuent à nomadiser et d'autres se sédentarisent. Les premiers groupes de cette origine à s'établir en Canaan, ceux qu'on appelle, par convention, les Cananéens, sont des Sémites du nord et de l'ouest arrivés, dans le courant du Illème millénaire. Les premières migrations épisodiques seraient celles d'anciens Cananéens (Proto-Cananéens) qui se réfugient dans les grottes de Judée : sur l'Ophel, à Aï et Tell-en-Nasbeh autour de Jérusalem, à proximité des 'sources, 23

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alors que les premiers occupants, les hommes de la civilisation méditerranéenne mettent en place les premiers systèmes défensifs de villages fortifiés préfigurant les premières structures urbaines (Bronze ancien proto-urbain). Une fois qu'ils ont pénétré dans la région, ils ne s'y fixent que par petits groupes, les phases de migrations continuent, dans une zone comprise entre la Méditerranée, la Syrie, la Mésopotamie et la péninsule arabique. On assiste à une redistribution progressive, à un essaimage complexe de ces nomades. Vers 1900 avt JC, les Hittites (Indo-Européens) pénètrent en Asie Mineure et établissent un vaste empire, aux confins de Canaan. Selon la Bible, Yabvé dit à Jérusalem: "Par tes origines et ta naissance, tu es du pays de Canaan. Ton père était amorrhéen* et ta mère était hittite" (Ezéchiel 16:9), ce qui montre d'une part la volonté d'enraciner les origines de Jérusalem dans son environnement ethnique et historique, d'autre part, les processus courants, à l'époque, de symbiose et de fusion entre les différents peuples qui occupent la région. A la même époque, une crise économique prolongée provoque une nouvelle migration, celle d'un groupe d'Araméens.. qui d'Ur en Chaldée, gagnent la " Syrie des deux fleuves" (Haut Euphrate) et se sédentarisent autour de Harân. Dans la Genèse Il :31, est relatée cette migration attribuée à Tharé, le père d'Abraham. La langue araméenne demeura longtemps la langue littéraire et diplomatique des Hébreux, ce qui témoigne d'une origine ethnique commune. Selon la tradition biblique, c'est Abraham, respectant la prescription de Dieu qui quitte sa terre natale de Harân pour se rendre en Canaan: "Eloigne-toi de ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle et va au pays que je t'indiquerai" (Genèse 12:1). On appellera Hébreux, mot dérivé de Ibrim : ceux qui viennent de l'au-delà, c'est-à-dire d'audelà de l'Euphrate, ces groupes de familles sémites nomades qui quittent Harân et s'éparpillent dans la zone d'influence de l'Egypte vers 1750 avt JC. En cel~ les Hébreux témoignent d'un comportement habituel aux autres peuples de la région: poussés par la pression démographique, par la nécessité de trouver de nouveaux pâturages, des groupes tribaux se détachent d'une zone de semi-sédentarisation à la recherche de nouveaux horizons plus prospères. Les Hébreux sont, à l'origine, des petits groupes qui errent aux confms du désert et des terres cultivées, par petites étapes. Ils ne connaissent ni le chameau, ni le cheval, leur animal de trait est l'âne, leurs troupeaux sont constitués de chèvres et moutons. Ces senti-nomades, pratiquent l'élevage, l'agriculture pendant de longues phases de campement coupées de migrations, comportement usuel de tous les groupes tribaux de la région. Lorsque la
* Amorrhéen: peuple sémitique, installé aux confins de la Syrie et de la Mésopotamie, au milieu du Hème millénaire avt JC.

* * Araméen: peuple sémitique installé en Mésopotamie, au Dème millénaire avt JC, qui apparaît en Syrie et Palestine du nord dans le courant du 1ermillénaire avt JC. Les Araméens babylonisés, les Chaldéens, fonderont au Vnème siècle avt JC la dynastie des Babyloniens, dont le représentant le plus connu est Nabuchodonosor.

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disette frappe, ils vont naturellement s'approvisionner en Egypte devenue un grenier à blé. La Genèse raconte cette errance des Hébreux, sous la conduite d'Abraham, même s'il reste très improbable, historiquement, qu'il se soit rendu en Egypte. Abraham, au-delà de. la figure biblique, témoigne de la volonté des Hébreux à se fixer en Canaan, où se sont développées depuis la fin du III ème millénaire de nombreuses cités-Etats prospères et à rompre définitivement avec leur ancienne patrie. Si l'identification du roi Amraphel (Genèse 14:1) avec Hammourabi, d'origine amorrhéenne, était avérée, le récit biblique de la guerre que mène Abraham aux côtés des Cananéens, contre les Babyloniens, confinnerait cette volonté et la symbiose précoce existant entre les deux peuples. Parallèlement aux migrations des Hébreux, il faut situer celles des Hourrites, aux confins nord de Canaan. Peuple descendu des montagnes d'Arménie, qui parle une langue qui n'est ni sémitique, ni indo-européenne, les Hourrites fonnent de petits clans pacifiques qui se mêlent aux autres peuples où ils s'intègrent, diffusent les cultures sumérienne puis babylonienne qui les caractérisent. fis forment un appoint ethnique non négligeable au groupe des Hébreux et diversifient le patrimoine ethnique de Canaan. Ainsi, la terre de Canaan se révèle être devenue une mosaïque de peuples d'origine plutôt commune, au contact des influences mésopotamienne et égyptienne. Précocement, les Hébreux prennent conscience de leur identité nationale, ils se définissent comme les Bnéi-Israël, les enfants d'Israël.. En effet, ils se distinguent par l'apport majeur du monothéisme, par la reconnaissance d'un Dieu unique tout-puissant. Désonnais, la terre importe avant tout, la promesse de Dieu devient irrévocable: selon les récits bibliques, la Terre Promise, la terre de Canaan revient définitivement à Israêl. Au milieu du IIème millénaire, les Hébreux se sédentarisent, enfin, ils s'installent à Sichem (Naplouse) prise aux Amorrhéens et y établissent leur dieu national. Sichem est leur première capitale. L'histoire de Canaan se complique entre 1785 et 1730 avt JC avec l'arrivée des Hyksos, peuple indo-européen d'origine asiatique, poussé vers l'ouest par la famine. ,fis s'agit probablement d'un peuple où se sont fondus des éléments indoeuropéens et cananéens. Ds conquièrent l'Egypte, accueillent les Hébreux d'Egypte avec qui ils ont des affinités culturelles et religieuses. La réaction nationale égyptienne contre les Hyksos fait des Hébreux Wle minorité allogène, suspecte, réduite en servitude. Parce qu'ils prennent conscience d'être une nation, un peuple opprimé, ils fuient l'Egypte, sous la conduite de Moïse (l'Exode) pour retrouver la terre de Canaan et rejoindre les petits groupes d'Hébreux fixés en Canaan de Sichem à Hébron. Ces Hébreux de Canaan sont affaiblis, ils doivent faire face aux incursions récurrentes de bandes de nomades qui pillent et s'emparent de leurs cités mal défendues. La réunification du peuple hébreu renforce leur sentiment national.
* Israël: le mot Isra-EI pourrait désigner celui qui lutte contre les dieux, celui qui lutte pour Dieu.
Il fait référence à l'adoption par Jacob (petit-fils d'Abraham) du nom d'Israël.

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C'est alors qu'apparaît le dernier des peuples à s'établir en Canaan, les Philistins, contre qui doivent s'imposer les Hébreux à leur retour d'Egypte. Les Cananéens et les Hébreux mènent we lutte commune contre les nouveaux envahisseurs. Les Philistins appartiennent au rameau ethnique indo-européen, mais ils viennent de l'ouest. fis font partie des "peuples de la mer" lycio-cariens, originaires des bords de la Mer Noire, qui déferlent, par vagues successives, sur la Méditerranée orientale au XIIème siècle avt JC. Ds ressemblent beaucoup aux Grecs d'Asie mineure et d'Hellade, aux Crétois, avec qui ils se sont mélangés après les avoir soumis. Leur apparition est soudaine, m~s ébranle durablement la région, au point qu'ils lui laisseront son nom. Le mot Philistins donne la racine du mot Palestine, alors qu'ils n'établirent que cinq cités-Etats, le long de la côte, dont Gaza. L'origine étymologique du mot Philistin, en hébreu, arabe, et grec, fait référence à cette invasion brutale. La racine palash en hébreu signifie envahisseur, la même racine, en arabe, signifie celui qui ruine, en grec, la racine palaiein fait référence à celui qui combat, qui envahit. Les Philistins ne sont pas d'origine sémite, ils n'ont pas transité par l'Arabie, ils ne sont que le dernier peuple à s'installer en Canaan, où ils finissent par se mélanger avec leurs prédécesseurs, avec leurs vainqueurs, les Hébreux, dont ils adoptent la langue, la culture et la religion. fi était inévitable qu'Hébreux et Philistins se rencontrassent. Le contact des deux peuples fut presque fatal aux Hébreux qui ne pouvaient opposer que des annes de bronze au fer philistin. Une majeure partie du peuple hébreu se trouva transitoirement soumise aux Philistins. C'est face à ce danger majeur que les tribus des BnéiIsraël fusionnèrent en une nation unifiée, fondée sur sa spécificité ethnico-religieuse contre l'ennemi commun. C'est, dans ce contexte, que s'établissent la monarchie israélite autour de Samuel, Saül puis David, et la conquête du pays de Canaan pour repousser puis isoler les Philistins. Les Hébreux sont devenus des éleveurs, ils ont domestiqué le chameau, moyen de transport fondamental dans le désert et bête de somme pour porter les réserves d'eau essentielles à la survie du peuple. Ds s'établissent dans les monts de Judée, à peu près inhabités et y trouvent un refuge naturel conte leurs ennemis. Ce sont ces Hébreux sortis d'Egypte qui choisirent Jérusalem comme capitale, point d'orgue à une conquête longue et difficile de .Canaan, commencée avec Josué au xmème siècle avt JC et achevée par David vers
1000 avt JC.

B Les origines de Jérusalem La question brûlante, aujourd'hui, de l'appropriation de Jérusalem, comme capitale par les Israéliens et les Palestiniens incite à approfondir l' étude historique des origines de la ville, en ce qui concerne son peuplement. Les premières traces humaines sur le site de Jérusalem remontent au pléistocène, période la plus ancienne de l'ère quaternaire, entre 800 000 et 500 000 ans. Si l'on s'en réf'ere aux rares découvertes paléontologiques (quelques ossements humains),

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en particulier autour du mont des Oliviers et dans la vallée du Cédron, il est probable que depuis 800.000 ans la région de Jérusalem ait été traversée par plusieurs catégories d'hommes préhistoriques, représentant toutes les phases d'évolution de l'homme jusqu'à l'individualisation de l'Homo Sapiens: Australopithèques (de 800.000 à 300.000 ans) dérivant probablement du berceau des Grands Lacs africains, un Homme de type néanderthalien (45.000 ans), l'homme de Palestine (35.000 ans). On date plusieurs sites du paléolithique, d'entre 300 000 et 25 000 ans. Ces premiers hommes vivent dans la vallée du Jourdain et dans des sites d'abri des montagnes de Judée. Ce sont tous des nomades, ils ne connaissent pas l'agriculture, même s'ils ramassent des céréales sauvages. Avec l'homme de Palestine, des rites funéraires semblent avoir été pratiqués. On peut dater deux sites du mésolithique, d'entre 25 000 et 10 000 ans. Entre 10.000 et 8.000 ans, l'occupation se densifie avec l'épanouissement de la civilisation natoufienne en Judée, mais aucun groupe ne se fixe durablement sur le site de Jérusalem. A cette époque, le climat se stabilise et devient celui qu'on connaît aujourd'hui: climat méditerranéen de montagne marqué par l'aridité. Tous ces sites préhistoriques se situent autour de la source de OOon, sur les versants de la vallée du Cédron et les pentes du mont des Oliviers. La plus ancienne occupation prouvée du site de Jérusalem remonte au Néolithique (vers 8000 ans), comme en témoignent les restes de poterie près de la source de OOon. A cette époque, la région est marquée par de fréquentes intrusions de peuples venus du nord, des confins de la Mésopotamie et de l'Anatolie. L'agriculture devient la source principale d'alimentation, l'homme stocke ses récoltes dans des silos rudimentaires, l'élevage se développe, la métallurgie et l'artisanat du cuivre apparaissent, comme en témoignent les découvertes faites, dans l'arrière-pays de Jérusalem. Cette civilisation agricole et pastorale est désignée par les Préhistoriens sous le nom de "civilisation méditerranéenne". Jérusalem est alors un village non fortifié, groupant quelques dizaines de familles autour de la source de OOon. On a pu y relever quelques restes de poteries, datés du néolithique supérieur. fi s'agit de céramiques peintes qui témoignent d'influences nord-mésopotamiennes et semblent accréditer la thèse des nombreuses migrations qui affectent les peuples d'origine sémite dans le Croissant fertile. Au IVème millénaire, des petits groupes d'origine sémitique, venant des régions du Taurus, des Zagros et de Mésopotamie, poussés vers l'ouest par les migrations d'autres peuples plus orientaux, s'infiltrent progressivement dans les monts de Judée, depuis la dépression du Jourdain. Le premier village sur le site de Jérusalem ne semble pas se maintenir, le site est progressivement abandonné dans le cadre d'une crise méconnue qui affecte profondément la vie sédentaire. Au Bronze ancien, du IVème millénaire à la fin du illème millénaire, après la révolution agricole, le site devient permanent, le village se transforme peu à peu en ville. fi y a 5 000 ans, la ville semble déjà s'être constituée, elle s'organise, comme en témoignent de récentes fouilles archéologiques qui ont exhumé un mur de trois 27

mètres de large, pourvu de tours et d'ouvertures au-dessus de la source de Gihon. La ville a colonisé le promontoire de l'Ophel. La cité n'est que peu peuplée, ses habitants vivent dans des bâtiments simples, de fonne rectangulaire, au soubassement de pietTe. Comme les autres citadins de cette époque, les habitants de la future Jérusalem connaissent la poterie, l'artisanat du cuivre, ils se nourrissent de céréales (orge, blé), d'amandes, d'huile d'olive. Ds connaissent vraisemblablement la vigne. Ils semblent avoir pratiqué des rites funéraires, des ossuaires ont été retrouvés endehors des murs de la cité, sur le mont des Oliviers, dans des grottes. En revanche, ils n'ont pas encore l'usage de la citerne, la cité est dépendante, pour l'eau, du débit régulier mais médiocre de la source de Gihon, sur laquelle s'ouvre une porte (ou la porte) de la cité. Des entassements de pierre, sur les parties les plus hautes à l'intérieur de l'enceinte, peuvent être interprétés comme des autels primitifs. Néanmoins, la cité est restée de taille médiocre, il est probable que la ville ne demeure qu'une forteresse avancée d'une riche cité agricole établie plus au nord, où se réfugient les populations environnantes, en cas d'invasion. La fonction militaire, de défense stratégique semble avoir présidé au premier établissement urbain sur le site de Jérusalem. La ville se maintient grâce à ses fonctions de marché agricole. Cette époque du Bronze ancien est une période de développement urbain, lié à la prospérité agricole et commerciale de cette partie du Moyen-Orient qui a inventé la ville et où s'épanouissent de nombreuses cités-Etats, qui ne tardent pas à disparaître au cours de luttes fratricides ou d'incursions et des pillages des tribus nomades voisines. Pour des raisons inconnues (invasions? changement climatique ?), Jérusalem, comme les cités voisines, se vide de ses habitants au milieu du Inème millénaire. Le site de l'Ophel semble n'avoir été occupé, qu'épisodiquement, pendant près de 1000 ans, mais la région urbaine actuelle n'est pas complètement désertée. On a retrouvé des maisons de paysans au sud-ouest dans la vallée du Réfaïm, des tombes à l'ouest à Motsa ou sur le mont des Oliviers contenant des poteries et des annes en cuivre caractéristiques du llIème millénaire. Jérusalem n'est plus qu'un lieu de passage, peuplée, très épisodiquement, par des pasteurs guerriers issus de Sémites et d'lndo-Européens, semi-nomades, errant aux confins du désert. La première mention écrite de Jérusalem est attribuée à un scribe de Syrie du nord, sur une tablette d'argile rédigée en caractères cunéiformes, citant Salem parmi d'autres cités comme Megido, Jaffa, Ashdod... Cette inscription remonte à la deuxième partie du nIème millénaire, au plus tôt à 2500 avt JC. Le développement des civilisations égyptienne et mésopotamienne, dont les influences se croisent en Canaan, induit l'élaboration d'une civilisation urbaine dans la deuxième moitié du IDème millénaire. La cité reprend son essor, du XIXème au XVlème siècle avt JC. On trouve mention de la ville dans les textes d'exécration égyptiens de la XIème dynastie (XIXème siècle avt JC), puis de la XIIIème dynastie (début du XVITIème siècle avt JC), gravés sur des vases et des figurines d'argile. Lorsqu'un vassal manque à sa foi, le vase ou la figurine qui portait son nom est 28

brisé, ce qui est censé causer une malédiction, un terrible dommage en retour. La menace était suffisante à cette époque où l'on redoutait la magie. Ainsi, les Egyptiens pratiquèrent, envers Jérusalem, à des fins politiques, une sorte de magie, forme primitive de guetTe psychologique. Les textes d'exécration ont conservé, parmi d'autres noms cananéens (Sichem, Byblos, Yannout...), Rushalimum, Rushalayim, Ourousalim ou Ourouchamem pour désigner Jérusalem. Les deux éléments qui composent le nom: "yerou" et "chalem" signifient: "le dieu Chalem l'a fondé". Salem, Chalem ou Shalim est une divinité bien connue des Sémites occidentaux, des Amorrhéens, c'est l'antique dieu de la paix des Sémites, symbolisé par l'étoile du soir. Ezéchiel rappelle cette origine amolThéenne. La ville appartient au dieu Chalem, dont l'incarnation sur terre est le roi-prêtre qui la dirige. A l'époque, le pays de Canaan n'est pas propice à la fondation d'un Etat unifié. Ourousalim est l'une des nombreuses cités-Etats cananéennes. Son roi est vassal de l'un ou l'autre des empires qui se partagent l'hégémonie sur la région, selon l'époque: au sud l'Egypte, au nord Sumer et Babylone. Située à michemin entre les deux zones d'influence, la région est un perpétuel champ de bataille. Quel que soit le suzerain, Ourousalim lui doit tribut et allégeance politique. Sa loyauté est rarement acquise, surtout, lorsque le roi pressent le renversement de l'hégémonie. Jérusalem était, pour les pharaons, une perpétuelle source d'inquiétude, ce qui explique le recours aux tablettes d'exécration. Le territoire d'Ourousalim est petit, elle n'est pas une cité majeure de Canaan, à l'écart de la grande voie de passage nord-sud qui suit la côte. Son extension est limitée au nord par le territoire de Gabaon, au sud par celui de Bethléem, hors de l'orbite d' Ourousalim. La ville ne pouvait s'étendre librement que vers l'est, en direction de l'inhospitalier désert. Les fouilles archéologiques n'ont livré que peu de vestiges de cette époque. Ourousalim est une des forteresses établies sur la ligne de crêtes de Sichem à Hébron. Les ravins creusés des trois côtés du promontoire rocheux fournissent le tracé de la muraille à l'ouest, au sud et à l'est, complétée par un épais mur au nord. Trois portes (au moins) ouvrent sur la ville cananéenne, elles subsisteront jusqu'à l'époque des rois d'Israël. L'enceinte est un mur en gros appareil, large de trois mètres, dont on a retrouvé de nombreux vestiges, alors qu'on n'a pratiquement rien retrouvé de l'intérieur de la ville. Cette cité-forteresse s'appuie sur une importante co1IÙ11unauté rurale prospère dont on a retrouvé des traces, au sud-ouest dans la vallée du Réfaïm et, au nordouest, en direction des sources de Neftoah (Lifta), deuxième point d'eau majeur. On peut, donc, supposer qu'Ourousalim se constitue une zone d'influence centrée sur des relations ville-campagne et une intense fonction de marché agricole. L'autTe grande fonction urbaine qui se développe, dès l'époque cananéenne, est la fonction religieuse. A l'époque d'Abraham (XVIIIème siècle avt JC), si l'on accrédite le récit biblique, Melkisedek, roi de Salem est prêtre du dieu suprême, il reçoit d'Abraham la dîme du butin qu'il avait pris aux tribus voisines (Genèse 14:18). C'est à cette occasion que le nom de Salem apparaît pour la première fois dans la 29

Bible. Le nom de ce roi de Salem: Melkisedek ("mon roi est Sedek"), comme à l'époque de Josué celui d'Adonisedek ("mon seigneur est Sedektt) peut indiquer que le dieu suprême dont il s'agit, est appelé Sedek ("justice") et, à ce titre, est un des éléments des noms des prêtres-rois dont les dynasties régnèrent sur Salem. Cette insistance de l'idée de justice témoigne d'attributs moraux attachés à la divinité, mais ne surprend pas. Dès l'époque des Sémites primitifs, le dieu suprême est conçu comme une sorte de chef céleste et source de toute loi. Ainsi, il n'est pas surprenant que dans la théologie rabbinique postérieure, au nom divin d'Elohim (dérivé de celui de El, dieu commun à tous les Sémites) ait été joint l'attribut de justice, tandis qu'à Yahvé, nom plus spécifiquement israélite, on lie celui de clémence. Le récit du paiement de la dîme d'Abraham à Salem témoigne de l'ancienneté des liens entre le peuple d'Israël et Jérusalem. De même, Abraham reçoit l'ordre de Dieu de lui sacrifier Isaac, son fils, au pays de Moriya que la tradition identifie avec le mont Moriah (mont du Temple) qui domine l'antique Jérusalem: "achemine-toi vers la terre de Moriya, et, là, offre-le (Isaac) en holocauste sur une montagne que je te désignerai" (Genèse 22:2) Le XVillème siècle avant notre ère voit l'effritement de la puissance égyptienne. Salem décline, son tenitoire et sa zone d'influence se réduisent, les établissements agricoles disparaissent. Sa population diminue, une partie de ses habitants fuit la menace Hyksos et se réfugie aux tranges du désert où elle renoue avec le pastoralisme nomade. Au milieu du XYlème siècle avt JC, l'Egypte connaît 1Ulregain de puissance et reconquiert les tenitoires occupés par les Hyksos jusqu'en Syrie. Jérusalem repasse sous contrôle égyptien, au XV ème siècle. Les Egyptiens, comme plus tard les Britanniques, préf'erent le maintien des dirigeants locaux à l'administration directe. Les rois de Salem prêtent sennent de vassalité à chaque pharaon, paient un tribut, participent à l'entretien des troupes égyptiennes, lorsqu'elles séjournent en Canaan. Mais, ils gouvernent comme bon leur semble, ils lèvent des armées et n'hésitent pas à combattre les principautés voisines pour étendre leur tenitoire. Le pharaon, en tant que suzerain, leur doit aide et assistance en cas de danger. Un gouverneur militaire égyptien réside à Gaza dont dépend, alors, Salem. Les rois de Jérusalem sont à cette époque des Amorrhéens originaires du désert syrien. Ds parlent l'akkadien qu'ils rédigent en caractères cunéiformes, dans un style attestant l'origine syrienne. A Tell El Amarna, on a retrouvé six des lettres du roi de Salem, Abdi Hepa et deux du roi Shuwarta qui ne cessent d'implorer l'aide du pharaon contre les Habirou* et évoquent la situation critique de Salem, au XIV ème siècle avt JC. On a pu dater, avec certitude, cette correspondance de 1389 à 1358 avt JC, époque où les pharaons du Nouvel Empire voient leur pouvoir s'amenuiser en Canaan, surtout sous Akhénaton, qui rêve de paix universelle, d'imposer le culte d'un dieu unique Aton et de la
. Habirou : population d'origine incertaine qui vivait au XIV ème siècle avt JC en dehors du système urbain et avait son camp principal en Samarie, près de Sichem.

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construction de sa nouvelle capitale Tell El Amarna. Salem contrôle, à cette époque, un vaste territoire montagneux qui s'étend des limites de la plaine côtière jusqu'à Ramallah au nord et Bethléem au sud, c'est-à-dire à peu près sur ce qui deviendra le territoire de la tribu de Benjamin. Abdi Hepa écrit au pharaon pour affinner sa loyauté, accuser ses voisins de trahison et de complot contre l'Egypte. Pour inciter le pharaon à intervenir, il évoque le lourd tribut que paie Salem, ce qui permet de mesurer la puissance de la ville au XIVème siècle avt JC. Le roi se plaint, aussi, de la conduite des soldats égyptiens en garnison à Salem, de la capture de ses caravanes, de la trahison de Bethléem, ville du pays de Salem; il demande des archers pour reconquérir la ville félonne. Les renforts ne furent jamais envoyés, la garnison égyptienne se révolte contre Abdi Hepa et quitte Salem en emportant le trésor royal. On a retrouvé quelques vestiges archéologiques de la Jérusalem de cette époque, témoignant de sa prospérité: terrasses sur lesquelles devaient être construites des habitations, de nombreuses tombes remplies de vases importés de Chypre et de Grèce qui témoignent qu'au XIVème siècle, Jérusalem a développé une importante fonction commerciale "internationale" et entretient des liens d'échanges avec la Méditemmée orientale. Lorsque l'Egypte abandonne sa domination sur Canaan, on ne trouve plus trace de l'existence de Jérusalem pendant près d'un siècle. On la voit réapparaître, dans la Bible, lors de la conquête de Canaan par Josué, dans la deuxième partie du XIllème siècle avt JC. Elle est alors devenue une ville jébuséenne et s'appelle Jébus. Les Jébuséens sont d'origine mal connue, probablement apparentés aux Hittites, comme le confirme Ezéchiel lorsqu'il fait de Jérusalem la fille de Hittites et d'Amorrhéens. Les Jébuséens ont récupéré la cité que les Amorrhéens avaient abandonnée pour des raisons inconnues. Adonisedek, roi de Jérusalem-Jébus, prit la tête de la coalition de cinq rois (avec ceux d'Hébron, Yarmout, Lakhish et Eglon) formée pour châtier les Gabaonites (au nord de Jérusalem) qui ont rallié les Bnéi Israël. Battus par Josué, les rois sont exécutés, leurs territoires sont annexés, sauf Jérusalem qui resta encore aux mains des Jébuséens, pendant près de deux siècles jusqu'à la conquête de David. La tribu de Juda semble l'occuper un temps, mais ne peut s'y maintenir. Le territoire de la ville, c'est-à-dire celui de l'époque de Abdi Hepa, fut ensuite attribuée à Benjamin (Josué 18:12-20). Les fouilles actuelles de la cité de David n'ont livré que peu de témoignages de la ville jébuséenne : quelques tessons et une monumentale structure à degrés dont on connaît mal l'usage et qui pourrait dater de cette époque. S'agit-il des soubassements d'une tour de défense, d'une pyramide pour l'adoration des dieux? En revanche, à Gilo, au sud de l'agglomération actuelle, on a trouvé un quartier entier de maisons rurales, les fondations d'une tour de défense. Jébus est-elle sortie de ses murs ou est-ce une petite agglomération agricole de sa zone d'influence ? A l'aube du premier millénaire, Jébus est une petite bourgade déclinante de quelques milliers d'habitants, aux murailles mal entretenues. Elle constitue une enclave 31

entre le royaume d'Israël au nord et de Juda au sud, entre les tribus de Benjamin et de Juda. Cette enclave devient d'autant plus intolérable aux yeux de David, roi de Ju~ que les Jébuséens ont conclu une alliance contre Israël avec les Philistins de la côte. C L'actualité du débat sur les origines de la ville Aujourd'hui, le regain d'intérêt pour les origines de la ville traduit la volonté d'attribuer Jérusalem à celui des peuples: juif ou palestinien, qui, historiquement, pourrait prouver l'antériorité de son installation. Les sources sont très minces pour permettre de trancher objectivement le débat: quelle légitimation accorder, scientifiquement, aux revendications palestiniennes et israéliennes, de deux peuples qui réclament la même ville comme capitale. Les Palestiniens évoquent, aujourd'hui, une origine cananéenne qui ferait d'eux les premiers occupants de Jérusalem, arguant d'une sorte de droit du sol. Les Israéliens s'appuient, quant à eux, sur le fait que les Hébreux ont, les premiers, constitué un Etat en Palestine-Canaan dont la capitale est Jérusalem. Quel crédit accorder à cette thèse qui attribuerait la ville aux descendants de ses premiers occupants? La question n'est pas à proprement parler de savoir qui des Cananéens (Palestiniens ?) ou des Hébreux (Israéliens) sont les premiers occupants, puisque les premiers habitants ne sont pas, de toute façon, d'origine sémite, ni Cananéens, ni Hébreux., mais les hommes préhistoriques de la "civilisation méditerranéenne". C'est seulement à partir du illème millénaire que des populations nomades sémitiques franchissent le Jourdain pour s'établir en Canaan, où une civilisation plus développée les attire. Au IIème millénaire, ce sont les Cananéens qui s'installent, ils s'implantent à Jérusalem, mais ne l'ont pas fondée, puisqu'on a trace de la ville antérieurement, dès 2500 avt JC. Ils la perdent dans la deuxième moitié du Hème millénaire, puisque ce sont des AmolThéens puis des Jébuséens qui l'occupent. L'histoire cananéenne de Jérusalem débute au XIXème siècle avt JC au moment où Abraham et les Hébreux s'installent en Canaan. Aucune source historique ne permet de détenniner clairement une date exacte, ni pour les Cananéens, ni pour les Hébreux. Tous ces événements ont lieu dans le cadre d'un vaste mouvement migratoire et de maturation de civilisations, de plus en plus organisées et hiérarchisées politiquement, socialement et économiquement. fi est impossible de trancher rigoureusement sur l'antériorité de l'occupation de Jérusalem. En revanche, on peut, sans conteste, affirmer que la première nation à s'ériger en Canaan, à choisir Jérusalem comme capitale est celle des Hébreux: Israël. n s'agit bien d'une nation puisqu'elle est constituée d'un peuple ayant la même langue, la même histoire et surtout la même religion, cette nation organise, politiquement, le territoire. C'est vers elle que se dirigent les Cananéens repoussés par les

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Philistins. Les Cananéens, soumis par Josué, se mêlent assez rapidement aux Hébreux, ils se sont fondus aux Hébreux dont ils ont adopté la religion, les coutumes
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et la société, la tribu de Juda qui donne ultérieurement son nom au royaume de David aurait été fonnée dans sa majorité de Cananéens hébraïsés, donc convertis au judaïsme. Cette assimilation des peuples vaincus à la nation des vainqueurs est une coutume habituelle de l'Antiquité. C'est ainsi que les Jébuséens, comme les autres peuples, acceptent l'organisation nationale des Hébreux. David n'a, d'ailleurs, pas exterminé la population jébuséenne lorsqu'il prit la ville. Toute la difficulté du débat sur l'appropriation juive ou palestinienne, juive et palestinienne de Jérusalem provient de la difficulté de définir et d'enraciner dans l'histoire une nation palestinienne, alors que le peuple juif constitue une unité nationale incontestable. Les Palestiniens, aujourd'hui, sont, avant tout, un peuple qui se défmit par leur appartenance majoritaire à une même religion: l'Islam, mais leur origine ethnique est plurielle. Sont-ils les descendants de Cananéens et de Philistins dont on n'a plus trace à partir du Xème siècle.? En grande majorité, il s'agit d'Arabes arrivés les derniers et, en Canaan et, à Jérusalem, mais aussi de descendants de Juifs convertis au christianisme puis à l'Islam, et, enfm, d'autres peuples islamisés ayant occupé la Palestine après Saladin: Kurdes, Iraniens, Turcs... Le coeur du débat est là : quel tenitoire revendiquer pour un peuple qui s'affinne aujourd'hui comme une nation. Il serait facile de clore le débat en arguant de la tradition historique qui reconnaît que le tenitoire appartient au peuple qui, le premier, y a fondé une nation, quelle que soit l'antériorité du peuplement. C'est ainsi que la France a été fondée par les Francs, les Etats-Unis par les émigrants anglo-saxons, sans que cela ne soit remis en question. Mais, Jérusalem n'est pas une ville comme les autres, sa triple sacralité religieuse n'a cessé de complexifier et passionner le débat. fi n'en reste pas moins que l'histoire politique de Jérusalem s'établit lorsque David la choisit comme capitale, lorsque de bourgade commerciale, elle prend rang de métropole nationale, lorsqu'elle cumule de nombreuses fonctions: politique, religieuse et économique.

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Jérusalem, capitale des royaumes d'Israël et de Juda 996-586* avt JC

996 970 - 931 966 935 931 923 867 846

846 - 769

prise de Jébus par David (1004-970) Jérusalem devient capitale du royawne d'Israël 1000 bah- 3ha règne de Salomon extension de la ville vers le Nord lOba début de la construction du Temple le pharaon Shesbonq pille Jérusalem et le Temple schisme: division en deux royaumes, Israël et Juda Jérusalem capitale du royaume de Juda incursion égyptienne, pillage du Temple développement des fonctions religieuses (règne de Josaphat)

décadence
émergence de la puissance assyrienne construction des murailles, restauration du Temple

tin IX s 836 798

798 - 769
769

menace assyrienne,pillage du Temple, murs rasés

- 698
769 727

- 727

722
715

-

701
698

prospérité règne d'Ozias: renforcement des murailles extension territoriale: la "grande ville" 60ba - 723 rénovation du Temple chute du royaume d'Israël 698 règne d'Ezéchias : extension de la ville vers l'Ouest travaux de fortifications: le "gros mur", canal de Siloé échec du siège de Jérusalem par les Assyriens (Sennachérib) décadence: retour du syncrétisme, essor de Babylone prospérité: règne de Josias. Jérusalem, vassale de l'Egypte affinnation des fonctions religieuses et de pèlerinage déclin

- 640

640 609

-

609 597

-586

NabuchodonosorassiègeJérusalem
première déportation vers Babylone chute de Jérusalem, destruction du Temple déportation des notables
et divergent selon les références historiques

586

. les dates de la période biblique sont approximatives

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CHAPITRE

II

LES ALEAS D'UNE CAPITALE, DE DAVID A BARKOKHBA (du XIème siècle avt JC au llème siècle ap JC)

La richesse de la période permet de comprendre la mise en place de Jérusalem, capitale politique d'un Etat juif au devenir incertain. Le tournant capital est pris avec David et Salomon qui sont les fondateurs de Jérusalem capitale, avec l'émergence de fonctions aussi bien politiques que religieuses. Jérusalem traverse l'époque biblique, avec plus ou moins de bonheur, tout en étant étroitement mêlée à toutes les mutations politiques et diplomatiques des Etats voisins. Aussi, voit-on se succéder des époques florissantes et des moments de déclin plus ou moins accentué. Parallèlement, il est possible de constater l'émergence et la persistance de données constantes, surtout spirituelles, qui se perpétueront jusqu'à notre époque. Cette longue période, essentielle pour le devenir de Jérusalem, nous est connue à travers les récits bibliques, en partie confnmés par les recherches archéologiques.

L JERUSALEM,

CAPITALE

ROYALE

(996

-586 avtJC)

A Fondation et émergence de Jérusalem, capitale politique Selon les récits bibliques, après la sortie d'Egypte et sous la domination de Josué, les douze Tribus d'Israël réussissent, progressivement, mais avec difficulté, à s'installer en Terre de Canaan. Il n'y a pas encore d'unité politique ou militaire, de Josué à Saül. Le particularisme tribal représente l'une des faiblesses essentielles des Hébreux, durant les deux siècles qui précédèrent l'avènement de David. Une des causes de la séparation des tribus du nord de celles du sud n'était-elle pas en rapport

.

35

avec le maintien de l'enclave jébuséenne, impossible à conquérir? Face au développement de la menace philistine, apparaît la nécessité d'un lien politique, c'est à dire l'instauration de la royauté. Collaborateur et vassal des Philistins, David est constamment soutenu par la tribu à laquelle il appartient, celle de Juda. Il en est désigné roi, vers 1010, avant d'être sollicité pour exercer le même pouvoir sur les tribus du Nord, vers 1004. C'est lui unifie le peuple hébreu. fi veut, surtout, fonder sa fonction royale sur la conquête d'une capitale. Son choix se porte sur Jébus, jamais conquise par les Hébreux. Outre ses défenses naturelles, la ville occupe une position neutre vis-à-vis des différentes tribus, ce qui lui donne une sorte "d'extetritorialité" nationale disculpant David de tout soupçon d'avantage tribal: la ville est proche de Juda, et du territoire de Benjamin, tout en ne leur appartenant pas. D'autre part, elle se trouve à proximité des grands axes d'échanges régionaux. La conquête de Jébus est réalisée, vers 996, elle était considérée comme impossible, ce qui explique le mépris des assiégés: "aveugles et boiteux t'en écarteront" (Samuel II 5:6). David réussit, cependant, grâce à la rose: son neveu Joab pénètre dans la ville, en utilisant une canalisation pennettant d'exploiter la source (de Qihon) située au pied de l'éperon rocheux. La prise de la ville, puis sa proclamation, en tant que résidence royale, donc, capitale politique, s'accompagnent d'un habile ménagement de ses habitants qui cohabiteront avec les Israélites, coutume fréquente, à l'époque, de soumission des vaincus aux vainqueurs. L'établissement d'une capitale pour le royaume d'Israël induit le passage de l'ordre tribal à l'entité nationale. Ce moment fondateur explique l'extraordinaire et pennanent attachement du peuple juif à l'égard de la Cité de David et du "Grand Israël". Pour parachever son oeuvre, David fait. transporter, en grande pompe à Jérusalem, l'Arche d'Alliance, châsse des Dix Commandements transmis à Moïse par Yahvé. Ainsi, Jébus devient Jérusalem. Elle est, en premier lieu, la cité de Dieu, en conséquence de la promesse de Yahvé; ses premières fonctions sont religieuses, ce qui permet d'identifier la ville à la religion nationale. La faible étendue de Jérusalem, environ 3 hectares, n'empêche pas David d'élaborer tout un programme de construction, grâce à l'assistance technique des Phéniciens de Tyr. On commence par ériger le palais royal, ce qui amène David à déplorer la sobriété de la tente abritant l'Arche. Alors, il prépare des matériaux et des plans pour la construction du Temple. Mais Dieu lui reproche d'avoir les mains tachées de sang et transmet cette charge à son successeur. C'est parce que David cumule, au départ, les fonctions de prêtre (chef spirituel) et de roi (chef temporel) que les premières fopctions de Jérusalem sont religieuses et politiques. David dissocie, ensuite, les deux fonctions: aux prêtres, les fonctions religieuses, au roi, les fonctions politiques, ce qui explique la difficulté de l'équilibre futur, entre pouvoir religieux et politique à Jérusalem. Pour achever son oeuvre.politique, David organise, à Jérusalem, métropole nationale, une administration nombreuse (conseillers, scribes), ainsi qu'une cour fastueuse fréquentée aussi bien par sa nombreuse famille que par de

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multiples invités. On y retrouve, avec le harem, des caractères propres aux monarchies orientales. Les fouilles archéologiques n'ont pas pennis de retrouver des traces avérées de la cité de David, soit par impossibilité des recherches, soit par disparition des vestiges qui se trouvent, s'ils existent, sous l'actuel Haram as-Sharif. Après de nombreuses intrigues, Salomon succède à son père en 970, il reçoit de David la mission d'ériger le Temple en l'honneur de Dieu. fi parvient à affirmer la centralité de Jérusalem, dans ml contexte géopolitique régional spécifique. Diplomate, il sait profiter de l'affaiblissement de ses voisins: la Babylonie divisée et l'Egypte en crise. Le développement économique est rune de ses préoccupations, il encourage la concentration de richesses à Jérusalem.

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JERUSALEM A L'EPOQUE DU PREMIER TEMPLE

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150 300m I

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La capitale s'étend vers le nord, elle dépasse, probablement, les 10 hectares. L'extension territoriale s'accompagne d'une polarisation des fonctions mais aussi d'une diversification des catégories sociales: aux paysans travaillant autour de l'agglomération, mais résidant en ville, s'ajoutent les administrateurs, les entrepreneurs (possédant comptoirs et ateliers) et la main d'oeuvre fournie par les provinces pour contribuer à l'enrichissement du patrimoine hiérosolymitain. Cette expansion assortie d'un cosmopolitisme lié à la politique extérieure d'alliances, pose des problèmes de relations avec les tribus du nord, plus agricoles, jalouses de Jérusalem. Elles ne possèdent pas de ville aux fonctions équivalentes à celles de Jérusalem, elles ne font que tolérer la domination politique d'une métropole où elles ne se reconnaissent guère. Génie commercial et diplomatique, Salomon manifeste, également, un rôle d'administrateur et surtout de constructeur pour accentuer la magnificence de la ville. n édifie de la forteresse de Millo, pour pallier la faiblesse de la défense au nord, et entreprend plusieurs autres chantiers. Sur le plan temporel, Jérusalem s'enrichit de bâtiments administratifs (Portique des Colonnes, Maison de la forêt du Liban) et royaux: palais érigé en 13 ans, ce qui laisse supposer son caractère fastueux. Mais l'oeuvre maîtresse du règne est la construction du Temple. Les vestiges ayant, entièrement, disparu, on ne peut le présenter, qu'en se basant sur les récits bibliques: le premier Livre des Rois est particulièrement prolixe à son sujet. Grâce à la collaboration de Hiram, roi de Tyr, Salomon peut utiliser les bois les plus précieux du Liban et bénéficier la main-d'oeuvre spécialisée de Phénicie, en plus d'une imposante main-d'oeuvre nationale. De dimensions modestes: 5,25 m de long, 26,5 m de large, 15,7 m de haut, le Temple est un édifice tout en longueur et comprenant trois éléments successifs: le porche ou vestibule "Ulam" précédé de colonnes, ouvrant sur une première salle du culte "Hekhal" avec une table d'offrandes. Au fond de cette salle, le Saint des Saints "Dévir" abrite l'Arche d'alliance. La maison de Dieu est précédée de plusieurs parvis, païens, femmes, Israélites. La réalisation du Temple est inspirée des temples cananéens, phéniciens et syriens connus à l'époque. Le Temple dans son architecture correspond à trois fonctions complémentaires: le vestibule permet le lien entre le monde profane (l'extérieur) et le monde saçré ; le Hekhal est l'expression du culte quotidien: offrandes, rituel; le Saint des Saints est le lieu de la résidence de Dieu, réservé à l'élite sacerdotale, ce qui explique son caractère inaccessible. Salomon n'a pas inventé ce plan, il l'a adopté et amélioré, à partir des temples syriens à trois salles successives, construits sur ce même modèle, depuis la fin du Illème millénaire. Le génie de Salomon est d'avoir transposé cette organisation architecturale en symbolique spirituelle: progression du profane au sacré, du peuple au Dieu unique qui fonde l'unité nationale. On comprend, alors, comment le Temple devient le symbole du judaisme et comment la ville du Temple s'impose comme capitale politique de l'Etat juif A la fin du règne de Salomon, les fonctions centrales de Jérusalem apparaissent

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encore fragiles. A une décadence religieuse (réintroduction des cultes idolâtres étrangers) s'ajoutent les éléments d'une crise sociale, liée à une inégalité croissante entre caste privilégiée et catégories exploitées: révoltés religieux et mécontents sociaux fmissent par s'unir contre Salomon. Pourtant, de petite bourgade jébuséenne, Jérusalem est passée au rang de capitale religieuse et politique et a atteint celui de métropole, au rayonnement économique régional.

B. Les destins heurtés d'une capitale (931-586 avt JC)
Dès la mort de Salomon (931 avt JC)), Jérusalem entre dans une phase heurtée de son histoire, aussi bien pour des raisons propres au peuple juif que, par suite des influences extérieures qui s'exercent, de manière plus ou moins détenninante. A la mort de Salomon, ses fils se disputent sa succession, le royaume est séparé, au nord le royaume d'Israël, au sud, le royaume de Juda; Jérusalem n'est plus la capitale d'un royaume unifié, mais seulement du royaume du sud. Le schisme compromet l'avenir de Jérusalem. La ville connaît une période de déclin plus durable encore, que celle de sa splendeur passée. Le royaume de Juda se voit, en effet, coupé de la Phénicie par le royaume d'Israël, perd le débouché sur la mer Rouge et subit la menace de l'Egypte au sud-ouest. Sur le plan religieux, la situation est problématique: Jérusalem ,doit faire face à la conCUlTencedes temples construits par Israël. C'est dans ce contexte que les premiers prophètes interviennent. Ils jouent un rôle essentiel dans l'histoire de Jérusalem. Le prophète (nabi, en hébreu) est un homme de Dieu, il ne prévoit pas, ce n'est pas un simple oracle, mais il dit avant les autres, il pré-dit, met en garde le roi, le peuple. fi est le garant du monothéisme dans un cadre national, une sorte de trait d'union entre le temporel et le spirituel. L'action des prophètes témoigne du lien entre les fonctions religieuses et politiques de Jérusalem, ville du Temple. La capitale s'affaiblit et ne peut empêcher l'incursion égyptienne, avec le pillage du Temple, sous le règne de Roboam, vers 923. Ce n'est que lorsque les deux pouvoirs spirituel et temporel s'épanouissent à Jérusalem, autour du Temple, symbole du monothéisme, que la ville prospère. Alors, le roi Josaphat (867-846) peut développer le rôle central du Temple, alors, le roi Joas (836-798) peut consolider les murailles, restaurer le Temple, reconstituer son trésor, ce qui réactive la convoitise des Etats voisins sur Jérusalem. Le déclin de Jérusalem s'accentue en raison de,la pression extérieure: la vassalité fiscale du royaume de Juda s'impose dans ses relations avec les Assyriens ou les Syriens. Les relations se tendent avec Israël, ce qui explique le pillage du Temple et la mise à bas des murailles, sous le règne d'Amasias (798-769). Les envahisseurs investissent la capitale par le nord-ouest, seul secteur où les remparts ne sont pas bordés de)ravins. Ce secteur rester~ pour les siècles à venir, la grande faiblesse de la défense de Jérusalem. Au vmème siècle, le royaume de Juda connaît à nouveau la prospérité, Jérusalem voit son espace urbain se densifier et sa population se diversifier. C'est alors

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que les prophètes s'attaquent à la nouvelle mentalité de jouissance de la population et à la dégénérescence des valeurs religieuses initiales, avec le syncrétisme. L'archéologie contemporaine révèle, aussi, le développement urbain vers la colline de l'ouest avant même que des murailles n'y soient édifiées: Jérusalem, surpeuplée, déborde de ses fortifications. Quatre souverains se succèdent, durant la deuxième partie du Vnlème siècle. La prospérité se manifeste, aussi bien par l'extension tenitoriale que par le développement agricole et artisanal (métallurgie du cuivre, textile). Cette période est, incontestablement, depuis David, l'un des moments forts de l'histoire de Jérusalem. Fondée surtout sur le commerce terrestre et maritime, l'euphorie économique est bien réelle, mais s'accompagne d'une crise sociale: inégalités accrues, ruine des petits artisans, exportations d'esclaves (notamment vers la Grèce). Le roi Ozias (769-727) renforce les murailles, fait construire des tours, des machines de guerre. L'intense activité de Jérusalem transparaît à travers les virulentes critiques des prophètes transcrites à cette époque, celles d'Isaïe, tout particulièrement. Une nouvelle vision de Jérusalem commence à apparaître, à travers les récentes recherches archéologiques. Ainsi, se justifie l'appellation de "Grande Ville", avec environ 60 hectares fortifiés, sans compter l'environnement rural ni les faubourgs extérieurs. Toutes les inscriptions retrouvées révèlent une intense activité administrative et une fermentation spirituelle. L'image de la capitale met en évidence la diversité de ses composantes : au sommet des collines, des bâtiments administratifs, alors que les pentes sont résidentielles, parsemées de maisons luxueuses à étages et dotées de cabinets de toilette. Progressivement, les fortifications de la colline de l'ouest se développent, vers le "gros mur" de la bordure nord. Le Temple est rénové sous le règne de Jotham, roi bâtisseur qui continue à améliorer les fortifications de la ville. A la fin du vmème siècle, sous le règne d'Achaz, la puissance assyrienne devient déterminante en Palestine: cela aboutit, après une situation transitoire de vassalité, à la disparition du royaume d'Israël avec la chute de Samarie en 722~ Juda, étranger à ces événements n'en devient pas moins, lui aussi, vassal de l'Assyrie. Le Temple fait, encore, les trais de la politique extérieure, puisque son trésor sert au paiement du lourd pibut exigé par les Assyriens. Jérusalem et le royaume de Juda entrent dans une nouvelle phase, beaucoup plus positive grâce au roi Ezéchias dont le règne (715- 698) reflète de multiples originalités. Pour faire face à la menace assyrienne croissante à la ftontière. nord, Ezéchias commence à renforcer les remparts et surtout à se préoccuper de l'alimentation en eau de Jérusalem. C'est ainsi, qu'est creusé le canal d'amenée d'eau à l'intérieur de Jérusalem, depuis la source de Gihon jusqu'à la piscine de Siloé, à la pointe sud de la Cité de David. Ce canal de 533 m réutilise une partie des installations antérieures. Les habitants construisent de nombreuses citernes pour conserver l'eau de pluie; on retrouve, ainsi, à Jérusalem l'introduction de techniques, semblables aux systèmes existants dans le reste du royaume. De plus, Jérusalem voit affiuer des réfugiés de l'ex-royaume de Samarie, souvent attirés par les possibilités de retour à la religion

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initiale. Leur arrivée justifie la thèse maximaliste de l'extension de la ville, corroborée par la présence de nombreux cimetières, récemment découverts: à Siloé, au mont des Oliviers (est), près de la porte de Damas (nord) et dans la vallée de Hinnom (ouest). L'autre aspect du règne, consacré aux fonctions religieuses et culturelles, concerne le renouveau religieux juif: contemporain de l'action des prophètes: destruction du luxe des cultes idolâtres, retour des prêtres lévitiques à leur rôle initial. n s'agit, à nouveau, de conforter les fonctions majeures de Jérusalem. On assiste à l'épanouissement de fonctions intellectuelles: constitution progressive du canon biblique, mise par écrit des prophéties. Le rayonnement d'Ezéchias et de Jérusalem franchit les 'frontières. La politique extérieure devient prépondérante, lorsqu'à l'occasion d'une nouvelle menace assyrienne (destruction de cités judéennes, siège de Jérusalem par Sennachérib en 701), Ezéchias réussit à éviter l'occupation de la capitale en acceptant le paiement d'un tribut alimenté, une fois encore, par le trésor du Temple. Il suit, en cela, les conseils de paix d'Isaïe. Après la longue décadence du règne de Manassé (698-642), la prospérité est retrouvée sous le règne de Josias (640-609). La rénovation du Temple s'accompagne d'un renouveau intellectuel (découverte du Deutéronome dans le chantier du Tempie), de la réactivation des pèlerinages, ce qui débouche sur la centralisation absolue du culte à Jérusalem, la disparition des sanctuaires étrangers, des autels et idoles, la fin des sacrifices humains. Josias tente de s'opposer à une pénétration égyptienne, ce qui aboutit à un éphémère assujettissement et au paiement d'un tribut particulièrement lourd. Puis, le royaume tombe sous la coupe de Babylone. L'indépendance politique de Juda et la survie de sa capitale, Jérusalem, ont, malgré tout, un répit de près d'un quart de siècle, sous le règne des derniers souverains, mais, la fragilité du royaume perdure, marquée par la pression géopolitique et la réaffirmation des prévisions prophétiques, en la personne de Jérémie. Une tentative de remise en cause de la sujétion babylonienne se révèle, particulièrement dramatique, pour Jérusalem: une première occupation par Nabuchodonosor, en 597, aboutit à W1pillage du trésor, une déportation de notables dont la famille royale, le prophète Ezéchiel et d'artisans: serrurierset forgerons, essentiels à l'activité économique de Jérusalem. Des velléités d'indépendance poussent le roi Sédécias, pourtant installé par les Babyloniens, à participer à une nouvelle coalition dont l'issue sera fatale. L'appel des prophètes devient de plus en plus intense, ils réclament une autre politique extérieure afin de sauver le royawne. Ds conseillent la soumission aux Babyloniens, mais le roi préfère l'alliance avec l'Egypte. Le long siège de Jérusalem débute, alors, marqué par la volonté d'affamer la population et d'affaiblir son esprit de résistance. Une tardive armée égyptienne de secours est écrasée, l'assaut final a lieu en 586. Pour éviter la catastrophe prévisible, le roi Sédécias, comme son peuple, revient à la pureté du culte mais sans obtenir l'appui de Jérémie (libéré, comme les esclaves hébreux, après la première déportation), toujours favorable à la reddition. La résistance, seule alternative, s'accentue, malgré la raréfaction des vivres. Finalement, les remparts sont percés, le roi s'enfuit, la popu-

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