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Journal du Maréchal Wilson

De
468 pages
Sir Henry Wilson a eu un rôle important dans la politique de l'Empire, notamment au cours des événements de la guerre de 1914. Selon le maréchal Foch qui a rédigé la préface de cet ouvrage, il avait compris la nécessité pour la France et l'Angleterre d'unir leurs forces pour pouvoir tenir tête à la puissance militaire allemande. Foch écrit : Cest sa prévoyance, sa conviction éclairée et soutenue, sa ténacité à faire régler les préparatifs d'une lutte possible que l'Armée britannique dut le pouvoir de débarquer rapidement en France en août 1914 et entrer utilement en campagne. Dans cet ouvrage militaire dimportance, Wilson écrit son journal de guerre du premier mois de 1914 jusqu'à sa mort en 1922.
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JournalDuMarechalWilson 

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Ouvrage publié avec le soutien du CNL.

© Nouveau Monde éditions, 2012.

ISBN 9782365834230

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JOURNAL

DU

MARÉCHAL WILSON

INTRODUCTION

La famille du Maréchal Sir Henry Wilson remonte à un certain John Wilson qui débarqua à Jarrickfergus en 1690 à la suite de Guillaume III. Successivement armateurs puis propriétaires terriens, ses ancêtres étaient fixés dans le Comté de Dublin. C’est là que le 5 mai 1864 naquit Henry Hughes, qui fait l’objet de cette biographie.

Dès son enfance des gouvernantes françaises lui apprirent à parler notre langue. En 1877, à Pâques, il fut envoyé à Malborough ; là, ses maîtres tout en rendant hommage à ses facilités et à sa conduite, n’eurent pas à se féliciter de son application, et dans les premiers jours de 1880, son père, apprenant que des vacances se produiraient à Woolwich, il le reprit à la maison paternelle où des professeurs le préparèrent à cette grande Ecole Militaire. Deux échecs à Woolwich et trois à Sandhurst ne le découragèrent pas et il résolut d’entrer dans l’armée par la petite porte, c’est-à-dire par la Milice. Entre temps il fut envoyé à Darmstadt pour s’y perfectionner en allemand et eut l’occasion, pendant son séjour, de voir fréquemment les membres de la famille régnante de Hesse-Darmstadt, à savoir les Princesses Victoria, Elisabeth et Irène qui devaient épouser plus tard le Prince Louis de Battenberg, le Grand-Duc Serge et le Prince Henri de Prusse. Il se lia davantage encore avec la Princesse Alix qu’il devait retrouver plus tard à Saint-Pétersbourg Impératrice de Russie.

Plus heureux qu’autrefois il réussit à ses examens de la Milice et, affecté comme Lieutenant au 18e Royal Irlandais puis à la Rifle Brigade, il partit pour l’Inde le 12 février 1885. Blessé au front, on put lui sauver la vue, gravement menacée, mais il dut être rapatrié et le 22 novembre 1887 il se retrouvait en Irlande après une absence de près de trois ans. Il y passa sa convalescence et profita de ces loisirs forcés pour préparer l’Ecole d’Etat-Major. A la fin de son congé, il fut affecté au 2e Bataillon de la Rifle Brigade en garnison à Douvres puis à Belfast. Le 1er août 1891 il était reçu à l’Ecole d’Etat-Major avec le n° 15 et le 3 octobre il épousait Miss Cecil Wray à Kingstown.

Les deux ans qu’il passa à l’Ecole d’Etat-Major devaient marquer dans sa carrière, les cours, plus théoriques alors que maintenant, l’intéressèrent vivement ; sa rapidité de pensée et son esprit furent vite remarqués et une amitié solide le lia avec plusieurs de ses camarades, entre autres le Capitaine (depuis Lord) Rawlinson, le Capitaine (depuis Major General) H. Hamilton et le Capitaine (depuis Lt General) Sir T. D. O. Snow.

A la fin de mars il fit un voyage d’études aux Champs de Bataille de 1870 et ne voulut pas revenir à Bagshot avant d’avoir visité Waterloo.

C’est quelques jours après son retour en Angleterre qu’il fut présenté à Lord Roberts qui s’intéressa vivement à un travail que le jeune Officier lui présenta. Ainsi naquit une amitié qui ne devait pas faiblir jusqu’à la mort du Grand Maréchal, 20 ans après, à Saint-Omer. Nommé Capitaine il fit avec Rawlinson un voyage sur le Continent, Metz, Reims, Epernay et Châlons, et rejoignit ensuite à Aldershot la 61e Batterie de Campagne à laquelle il était attaché. Il passa alors au 4e Régiment de Dragons de la Garde et enfin à l’Intelligence Department à Londres. Chargé de missions à Paris et à Bruxelles pour discuter certains points litigieux dans la région du Borgou et l’Etat libre du Congo, il s’intéressa de plus en plus à la politique étrangère et s’occupa tout particulièrement des rapports avec la France, pays pour lequel il avait une spéciale affection.

La section de Wilson à l’Intelligence Department ne chômait pas, le Raid de Jameson et le fameux message de l’Empereur d’Allemagne au Président Kruger, les possibilités de la guerre avec les Boers, le désastre de l’Armée Italienne à Adoua et sa répercussion dans le Soudan, la menace des Derviches sur Kassala, inquiétaient vivement le Gouvernement Britannique tant au point de vue de l’Afrique du Sud qu’à celui de l’Egypte et Wilson eut l’occasion de discuter sérieusement la question avec Lord Roberts.

Ayant terminé son stage à l’Intelligence Department, Wilson fut envoyé à Aldershot. Les opérations étaient en cours en Egypte ; Rawlinson et Snow, ses camarades du Staff Collège, y avaient été envoyés ; il aurait voulu les suivre et il crut plusieurs fois le moment venu ; mais ses espoirs furent déçus et il en souffrit d’autant plus quand il vit après la bataille d’Omdurman plusieurs de ses camarades recevoir ou distinctions ou avancement.

La situation devenait de plus en plus tendue entre le Gouvernement Britannique et le Transvaal ; le 7 octobre les troupes furent mises sur le pied de guerre, la mobilisation ordonnée pour le 9 : elle devait être terminée pour le 17. Parti le 24 octobre de Portsmouth sur leCephaloniaavec l’Etat-Major de la 4e Brigade, Wilson arriva à Capetown le 18 novembre. Des ordres y attendaient, la situation étant assez critique au Natal, et leCephaloniacontinuant sa route arriva à Durban le 22. Malgré leurs échecs initiaux à Talana Hill et à Elandsgaate, les Boers avait défait Sir G. White à Ladysmith, l’y avaient encerclé et avaient pénétré au Sud presque jusqu’à Pietermaritzburg. Le Général Clery, Commandant la 2e division, avait été envoyé au Natal pour prendre le Commandement des troupes en dehors de Ladysmith, et, le Général Lyttelton, avec plusieurs brigades, était également envoyé sur le même théâtre d’opérations. Wilson prit part à la bataille de Colenço, puis à celle de Spion Kop comme il l’écrivait à sa femme le 12 février 1900. « Il y a exactement deux mois que nous sommes arrivés ici, et pendant ces deux mois nous avons souffert de lourdes pertes, mené de durs combats, fait de longues marches sans être plus près de Ladysmith. Et ce n’est pas la faute des troupes. Notre échec complet est dû à deux causes. La première est que nous avons à peu près le 1/4 des effectifs nécessaires et la deuxième est que nos Généraux ne sont pas à la hauteur. » La situation devenant plus critique à Ladysmith, le Général Buller établit un nouveau plan d’opérations qui aboutit à la délivrance de la ville. Les opérations n’étaient pas arrêtées pour cela, un armistice fut bien conclu entre Buller et Botha le 2 juin, mais il fut inutile, car deux jours après les hostilités reprenaient. Sur ces entrefaites Lord Roberts était arrivé pour prendre le Commandement et le 27 août il infligea une sérieuse défaite à Botha à Bergendal. Nommé Commandant en Chef en Angleterre en remplacement de Lord Wolseley, Lord Roberts quitta Capetown le 11 décembre et emmena avec lui Lord Stanley (maintenant Lord Derby) et Wilson. Ils arrivèrent le 2 janvier 1901 à Cowes et se rendit à Osborne où la Reine remit l’Ordre de la Jarretière au Maréchal Roberts. Wilson note dans son journal qu’il a trouvé la Reine très vieillie et très fatiguée. Elle devait mourir trois semaines plus tard !

Lord Roberts ne cacha pas à son Secrétaire Militaire que 7 ans passés dans l’Etat-Major l’avaient tenu trop longtemps éloigné de la troupe. Nommé Commandant dans la Rifle Brigade le 2 décembre et le lendemain Lieutenant Colonel pour ses services en Afrique du Sud, Wilson dut au départ de Sir Jan Hamilton pour le théâtre des opérations, où il était appelé par Lord Kitchener, de rester encore près du Commandant en Chef. Mais le 24 février 1902 il était nommé au Commandement d’un Bataillon à Colchester.

La paix avait été signée en Afrique du Sud ; la campagne avait nettement montré la nécessité d’améliorer et de moderniser l’organisation et l’instruction de l’Armée et Lord Roberts créa une nouvelle Section à cet effet au Ministère de la Guerre, le Général Hildyard en prit la direction avec, comme adjoints, Rawlinson et Wilson. Ce dernier continua à travailler comme par le passé en liaison intime avec Lord Roberts, et cette intimité même en vint à porter ombrage aux chefs civils de Wilson au War Department, le Maréchal ayant, d’après la nouvelle réorganisation de l’Etat-Major Général, cessé d’être Commandant en Chef.

Le 1er janvier 1907, Le Colonel Wilson prenait le Commandement du Staff Collège ; il y succédait à Sir Henry Rawlinson. Il chercha à rompre la monotonie des cours, comme des voyages d’études et fit des voyages combinés navals et militaires. Il visita avec ses élèves les Champs de Bataille de 1870, comme il l’avait fait lui-même autrefois. C’est au cours de ce voyage, à Metz, que le surprit la nouvelle de la mort du Roi Edouard et il décida de revenir immédiatement en Angleterre.

La question du service obligatoire était déjà sérieusement agitée en Angleterre et Lord Roberts prononça en 1908 et 1909 à la Chambre des Lords plusieurs discours exposant le manque de préparation de l’Angleterre.

C’est à la fin 1909 que Wilson eut l’idée d’aller voir le Général Foch qui commandait l’Ecole Supérieure de Guerre française. Le 2 décembre il fut reçu par lui et visita l’Ecole de Guerre, ses notes journalières expriment sa satisfaction ; le 3, les deux chefs se rencontraient de nouveau. Deux mois plus tard, le 14 janvier, nouvelle visite de Wilson à Paris et le 1 juin Foch allait à son tour voir Wilson à Camberley. Après avoir visité l’Ecole de Guerre, Foch se rendit à Londres où il fut présenté au Ministre de la Guerre.

Les trois années de Commandement d’Ecole de Guerre terminées, Wilson espérait prendre une Brigade à Aldershot, mais il fut nommé Directeur des Opérations Militaires et le 1er août reprit le chemin du Ministère de la guerre. Il se rendit alors en France pour faire un voyage d’Etat-Major avec le Général Foch, mais ce voyage dut être interrompu, ce dernier ayant été désigné pour suivre les manœuvres en Russie.

De retour à Londres, Wilson chercha à resserrer les relations entre l’Amirauté et le War Office pour faciliter l’étude du transport éventuel des troupes sur le continent (rien n’était préparé ni même envisagé). Il gardait aussi une liaison étroite avec le Foreign Office où il s’entretenait fréquemment avec Sir Eyre Crowe et Sir W. Tyrrell.

Quelques jours après éclatait l’incident d’Agadir ; Wilson se rendit à Paris et se renseigna sur la situation. Les Membres Militaires du Conseil de l’Armée commençaient à comprendre qu’ils allaient se trouver en présence d’une crise, et des mesures furent enfin prises pour obvier au manque évident de préparation. Le Comité de Défense Impériale demanda à Wilson de rédiger une note à cet effet, il la lut à la séance du 23 août qui dura de 11 h. 30 à 18 heures, et continua ensuite de plus belle à mener le combat. Il vit Lloyd George qui se rendait à Balmoral et lui prouva la nécessité qu’il y avait à être prêt en même temps que la France en cas d’attaque allemande. La situation se calma et en novembre Wilson repartit pour Paris où il vit le Chef d’Etat-Major Général et le Général Foch ; de là il se rendit à Bruxelles et revint ensuite à Londres.

Le 14 mars 1912, Sir J. French succède à Sir W. Nicholson comme Chef d’Etat-Major Général Impérial et annonce immédiatement au Ministre de la Guerre, au grand émoi de ce dernier, son intention de se tenir prêt à toute éventualité. En septembre Wilson partit pour la France avec Macdonogh et Farquhar pour assister aux manœuvres d’automne. De là il se rendit à Berlin, puis à Varsovie, à Saint-Pétersbourg et à Kiev où le surprit la nouvelle de la mobilisation de la Bulgarie, de la Serbie, de la Grèce et de la Turquie. Au bout de deux jours ils allèrent à Lemberg puis à Cracovie et à Vienne. A son retour à Paris, Wilson put voir le Général de Castelnau et se retrouvait le 12 octobre à Londres après six semaines environ d’absence.

La guerre des Balkans était déclarée : « La situation est très sérieuse, écrit Wilson dans son journal, cela doit être un avertissement pour les gens comme Haldane, avec leurs six mois de préparation après la mobilisation ? »

Le 12 novembre, à la réunion du Conseil de l’Armée, fut établie la liste des Officiers qui devaient avoir des Commandements ou faire partie de l’Etat-Major de notre corps expéditionnaire ; Wilson insista sur la nécessité d’obtenir l’assurance de l’Amirauté qu’elle pourrait transporter les troupes. Il finit par l’obtenir.

En janvier 1913, Wilson alla, comme tous les ans, faire un voyage en Suisse et le 14 février il passa par Paris où il rencontra le Général de Castelnau, le Général Joffre et le Ministre de la Guerre M. Etienne ; il se rendit à Bourges chez le Général Huguet et y vit le Général Foch qui venait de prendre le Commandement du VIIIe Corps d’Armée. Il devait le revoir en septembre aux manœuvres du XXe Corps qu’il vint suivre avec Sir J. French et le Général Grierson.

Au début d’octobre il partit pour le Proche Orient et se rendit compte sur place de la situation.

Le 4 novembre, à son retour à Londres il était nommé Major Général, à 48 ans 1/2, après 28 ans de service ; en l’espace de 12 ans il était passé de Capitaine à Major Général ! Depuis quelque temps déjà la question Irlandaise et le Home Rule agitaient beaucoup les esprits, Wilson ne pouvait manquer d’être fortement intéressé à la question et, se déclara entièrement favorable à l’Ulster, disant que si on voulait réduire cette région il faudrait mobiliser l’armée entière et que même dans ces conditions il doutait que l’on puisse y arriver. Wilson insista aussi sur la nécessité qu’il y avait à laisser aux Officiers la liberté de ne pas aller faire la police dans l’Ulster si cela leur déplaisait. Mais les événements se précipitaient sur le Continent. L’archiduc Franz-Ferdinand était assassiné à Serajevo. Le 30 juillet Wilson écrit : « La guerre semble inévitable, Sazonov et l’Ambassadeur d’Allemagne se sont rencontrés hier ; l’Allemand est allé chez Sazonov à 2 heures du matin en larmes et lui a dit que tout était fini ! A 5 heures Eyre Growe vint me voir et me dit que l’Allemagne avait donné à la Russie 12 heures pour démobiliser. En réponse à cette mise en demeure la Russie lança l’ordre de mobilisation générale. L’Allemagne allait mobiliser cette nuit suivie par la France.

« Plus tard j’ai vu Panouse, je lui ai conseillé de dire à Cambon qu’il devrait aller voir Grey ce soir et lui dire que si nous ne suivions pas il romprait les relations et rentrerait à Paris. Horrible journée. Le 12 août Sir A. Nicolson envoya chercher Wilson à 1 heure du matin et lui montra une dépêche reçue dans la nuit annonçant que les Allemands allaient attaquer sur les deux frontières.

Les réunions se multiplient entre Asquith, Cambon, Eyre Crowe Bonar Law, le Duc de Devonshire, A. Chamberlain, le Chef d’Etat-Major Général. Le 3 août Wilson écrit : « Visite habituelle à Nicolson à 9 heures, pas encore de décision au sujet de la mobilisation. Vu Sir John qui pense maintenant à aller à Anvers. Mais nous ne pouvons pas traverser la mer du Nord, l’embouchure de l’Escaut est hollandaise et aucune disposition n’est prise pour le transport, donc aucun espoir. A 13 heures Moggridge (Secrétaire privé du Chef d’Etat-Major Général) vint me montrer l’ordre de mobilisation. Grandes foules dans les rues et devant Buckingham Palace. Vu M. Cambon dans le bureau de Arthur Nicolson, il me tendit les deux mains. Quelle différence avec avant-hier. »

Mais quoique la mobilisation ait été décidée, l’ordre n’en fut lancé que le lendemain matin, le 4 ; donc deux ou trois jours après la mobilisation française qui avait été décrétée le 1erà 15 h. 40. Le 4, Wilson se rendit à l’Ambassade de France ; pendant la journée il eut des entrevues avec Lord Milner, M. Amery, Sir J. Baird, M. Maxse, Lord Lovat et autres conservateurs éminents, pour que le parti conservateur agisse de tout son pouvoir sur le Gouvernement afin d’assurer une utilisation immédiate du Corps Expéditionnaire. Il apprit aussi, à sa grande satisfaction, que Lord Kitchener allait remplacer Lord Haldane comme Ministre de la Guerre.

A 23 heures enfin, l’Angleterre était en guerre.

CHAPITRE PREMIER — 1914 — LE PREMIER MOIS DE LA GUERRE

Le Grand Conseil de Guerre à Downing Street. — Lord Kitchener et Wilson. — Le Grand Quartier Général vient en France. — Rencontre avec le Général Joffre et le Général Lanrezac. — La retraite de Mons. — La Nuit du Cateau. — L’action salutaire de Wilson sur le G. Q. G. L’armée anglaise traverse la Marne. — L’ordre d’avance.

Une décision avait été prise plusieurs semaines avant les événements actuels, donnant le Commandement du Corps Expéditionnaire à Sir John French et lui adjoignant : comme Chef d’Etat-Major Général Sir A. Murray, comme Quartier Maître Général Sir W. Robertson, comme Adjudant Général Sir N. Macready, et comme Sous-Chef d’Etat-Major Général Wilson. Des bureaux avaient été retenus à l’hôtel Métropole et le Quartier Général s’y installa le 5 août ; les Officiers désignés pour les différents emplois rejoignirent rapidement, le Colonel Harper est le Colonel Macdonogh avaient été chargés respectivement du Bureau des opérations et de celui des Renseignements.

Wilson fut appelé le même matin par Lord Haldane, qui était encore Ministre de la Guerre, et il trouva, rassemblés chez lui les Membres Militaires du Conseil de l’Armée. Le Directeur des Opérations Militaires annonça immédiatement au Ministre que, se basant sur la décision prise par M. Asquith le 6 mai, il avait dit aux Français que notre Gouvernement, s’il entrait en guerre, enverrait 5 divisions en France. Il insistait sur l’urgence de l’envoi de ces divisions. Ensuite, ainsi qu’il le note dans son journal, il passa une heure et demie en consultation avec Sir John French et Haig, ce dernier suggérant de ne pas faire passer nos troupes avant deux ou trois mois, période pendant laquelle « les immenses ressources de l’Empire », pourraient être développées. Wilson fit alors remarquer qu’il n’y avait pas de ressources pour une longue guerre, les milieux militaires comme les autres étant persuadés que la lutte serait de courte durée. Et d’ailleurs, un tel retard serait en contradiction avec l’accord existant entre les Etats-Majors Français et Britannique, accord largement dû au travail personnel de Wilson.

A 16 heures le Grand Conseil de Guerre convoqué par le Premier Ministre se réunit à Downing Street. Etaient présents : M. Asquith, Sir E. Grey ; M. Churchill, Lord Haldane, Lord Roberts, Lord Kitchener, Prince Louis de Battenberg, Sir J. French, Sir J. Hamilton, Sir J. Cowans, Sir S. Van Donop, Sir D. Haig, Sir J. Grierson. Sir A. Murray, Colonel Hankey, Colonel St. G. Gorton, et Wilson. Le récit de cette réunion historique a été donné par Lord French dans son1914, par M. Churchill dansLa Crise mondialeet par Lord Grey dans sesMémoires. Tous ces récits s’accordent suffisamment entre eux, quoique Lord Grey note l’insistance prononcée de Lord Haldane pour que tout le Corps Expéditionnaire soit envoyé en France. Wilson en donne un récit dans son journal et dit :

Asquith déclara qu’il avait convoqué les grands soldats dès que cela avait été possible. Ensuite des tas de platitudes sur la situation et la stratégie en général. Sir John exposa les dispositions qu’il avait prises ; il dit qu’il ne croyait pas que Maubeuge puisse encore servir pour la concentration. Il insista pour partir de suite, quitte à décider plus tard le point final de destination, mais alors il émit la proposition ridicule d’aller à Anvers.

Churchill dit que le détroit de Douvres était complètement bouché. Sir John insista encore pour partir de suite et décider ensuite la destination à prendre. Je mentionnai la souplesse du système ferroviaire français au point de vue aiguillage. Haig posa des questions et ceci nous amena à discuter stratégie comme des idiots.

Johnnie Hamilton demanda à partir pour Amiens aussitôt que possible. Ensuite stratégie insensée (certains croyant que Liége était en Hollande) et idioties. Lord Kitchener voulait être en contact plus étroit avec les Français et demandait qu’ils nous envoient un officier. Sir John insiste pour que l’on donne immédiatement les ordres pour les transports. La décision est prise de commander les transports pour les six divisions de suite.

La question des effectifs du Corps Expéditionnaire fut alors soulevée. Winston était d’avis d’envoyer six Divisions, la situation navale étant très favorable, puisque nous avions eu le temps nécessaire à la préparation. Lord Bobs est d’accord. La décision est prise de préparer de suite les six Divisions. Lord Kitchener demande à ce qu’on envoie en Egypte une Division des Indes. Tout le monde d’accord. Courte discussion sur les contingents des colonies et de l’Ulster, aucune décision n’intervient.

Réunion historique d’hommes, presque entièrement ignorants de leur sujet.

Lord Kitchener prit le Ministère de la Guerre le lendemain matin et le soir un autre Cabinet de Guerre se réunit au 10 Downing street. Wilson déclara à cette réunion que le Corps Expéditionnaire ne pourrait pas, dans son ensemble, prendre part à une action générale avant 20 jours. On décida de n’embarquer pour le moment que quatre divisions, la 1re, la 2e, la 3e et la 5e avec la division de cavalerie, une cinquième (la 4e) devant embarquer plus tard ; l’embarquement devait commencer le dimanche 9. Cédant à une crainte irraisonnée d’un débarquement ennemi sur notre côte orientale. Lord Kitchener avait décidé le jour même qu’une brigade de la 6e division, stationnée à Lichfield, se rendrait à Edimburgh et que 2 brigades de la 4e division seraient dirigées respectivement sur Cromer et York ; bien plus, il pensait à envoyer des brigades d’Aldershot sur la côte orientale. Ce dernier projet, quand il arriva aux oreilles de Wilson, excita son indignation violente ; une excursion de ce genre, si elle était entreprise, devant déranger complètement les dispositions prises pour amener le Corps Expéditionnaire à ses ports d’embarquement.

La suggestion faite la veille par Lord Kitchener de l’envoi par les Français d’un officier spécialement accrédité avait été communiquée à l’Ambassade de France et le Général Huguet arriva à Londres dans l’après-midi.

Il avait quitté si hâtivement la France qu’il n’avait pas eu le temps de recevoir des instructions spéciales non plus que d’obtenir les renseignements les plus récents sur les intentions et les dispositions des autorités militaires françaises.

Wilson écrit alors dans son journal le lendemain vendredi 7 :

Longue conversation avec Huguet qui ensuite repartit pour la France par train spécial et bateau pour voir Joffre. Il doit revenir ici mercredi matin. Lord Kitchener me fit appeler à 13 h. 45, il était en colère parce que j’avais laissé partir Huguet, et plus en colère encore parce que j’avais tout dit à Huguet au sujet de notre départ dimanche. Je lui répondis, n’ayant pas l’intention de me laisser rudoyer par lui, surtout après les sottises qu’il a dites aujourd’hui. Il fait venir la 6eDivision en Angleterre1et envoie des troupes d’Aldershot à Grimsby, dérangeant complètement nos plans.

Cette entrevue fut regrettable et eut des conséquences néfastes. Un léger antagonisme existait déjà entre les deux hommes, datant de discussions à l’Ecole d’Etat-Major. Cette conversation, à ce moment critique, accentua sans aucun doute cet antagonisme. Wilson avait de bonnes raisons de concevoir quelque irritation de voir détourner les troupes d’Aldershot comme aussi de voir que Lord Kitchener ne semblait pas se rendre compte du désarroi que ses projets amèneraient dans les plans de transport en France, transports qui devaient commencer le 9, c’est-à-dire 2 jours plus tard.

Il faut reconnaître aussi que Wilson avait, vis-à-vis de son supérieur, pris une attitude que tout supérieur serait justifié à ne pas admettre et qu’un homme du tempérament et du passé de Lord Kitchener pouvait considérer comme une offense sérieuse. Le Ministre pouvait également, à bon droit, se froisser de voir que l’on avait renvoyé Huguet en France, sans qu’il le sache ; il pouvait en effet avoir voulu discuter avec cet officier qui avait été envoyé, sur sa suggestion, à Londres par nos Alliés.

Il est plus malaisé de comprendre comment il ait pu trouver à redire à ce que l’on ait mis Huguet au courant du projet de départ du Corps Expéditionnaire. Le secret était de grande, même de vitale, importance. Mais cacher la date du mouvement au Maréchal Joffre et à son Etat-Major eût été déraisonnable. Ce n’était pas cette altercation en elle-même qui eut de l’importance, mais ses suites. Pendant les six ou huit premiers mois de la guerre, les relations entre Lord Kitchener et Wilson demeurèrent assez tendues. Quoique n’occupant pas en théorie une situation de premier plan au Grand Quartier Général, Wilson, en raison de la confiance que Sir John French avait en son jugement et en son savoir, avait réellement, en pratique, une situation prédominante. Si les termes dans lesquels il était avec ses Ministres avaient été moins antipathiques, il aurait pu aplanir les difficultés et les mésententes qui s’élevaient entre Sir J. French et Lord Kitchener avec autant de succès qu’il le faisait entre Sir J. French et les autorités militaires françaises. L’avis de Wilson, demandé de temps en temps et donné franchement, aurait certainement été d’un grand secours pour le Ministre dans la lourde tâche qui lui avait été imposée par la volonté de la Nation et il aurait servi à éviter à Kitchener certaines erreurs qui nuisirent à la cause nationale. Il est hors de doute que Lord Kitchener se forma une idée beaucoup plus exacte de la situation que Wilson ou n’importe quel autre Officier du Grand Quartier Général britannique. Dès qu’il prit possession de ses fonctions à Whitehall, il comprit que le Royaume Uni aurait à accomplir un prodigieux effort d’expansion militaire et il basa son entière politique sur cette conviction. Il ne se fît pas d’illusion sur les possibilités du corps Expéditionnaire Britannique, tel qu’il était constitué, dans une lutte où toute la population mâle des autres belligérants serait jetée dans la balance. Il vit clairement que, même soutenue par des Divisions régulières formées d’unités venant des Indes ou d’ailleurs, la petite armée de Sir J. French serait complètement incapable d’exercer une influence décisive dans le conflit qui commençait, et il le comprit avant que cette petite armée ne quittât les rivages du Royaume-Uni. Ses méthodes ont pu sur certains points amener des critiques, son manque d’insistance pour l’application du service obligatoire, au moment où il avait le pays entier derrière lui, fut très malheureux, ses conceptions stratégiques ont pu être imparfaites, mais la large vue d’ensemble qu’il avait du problème était assurément très près de la perfection. Les idées, étroites et erronées, qui prévalurent au Grand Quartier Général pendant les six premiers mois de la guerre au sujet des plans de Kitchener visant à la multiplication des unités de combat britanniques auraient peut-être existé dans tous les cas. Mais l’influence de Wilson sur l’entourage de Sir J. French était forte. Ferme partisan du service obligatoire, il tournait constamment en ridicule les plans et les intentions du Ministre et le Grand quartier Général le suivait. Il est permis de croire que son attitude à l’égard de ces plans et de ces intentions eût été moins franchement hostile, s’il ne s’était pas senti tellement en désaccord avec leur auteur.

L’intention avait été, au début, de donner le nom d’Armées aux unités qui se trouvaient sous les ordres de trois Commandants subalternes, Haig, Grierson, Pulteney, mais, le 11, on changea d’avis et on leur donna le nom de Corps d’Armée ; d’après le journal de Wilson, c’est lui qui proposa ce changement. Des troupes, sur ces entrefaites, avaient commencé à traverser la Manche le 9 et tout allait bien, conformément au plan « W. F. » On lit dans le journal à la date du 12 :

Vu Huguet et deux Officiers Français (qui venaient d’arriver) à l’Ambassade de France à 8 heures. Ils arrivaient du Quartier Général de Joffre. Ils m’exposèrent toutes les dispositions des Français et des Allemands. Plus tard, à 10 heures, j’amenai les trois officiers chez Sir John, où se trouvait aussi Archie Murray. Nous examinâmes toute la situation et Sir John insista pour la concentration dans notre ancienne zone.

A 15 heures nous nous rencontrâmes tous les six, Sir John, Archie, moi-même, et les trois Français chez Lord K. au War Office. Nous discutâmes avec K. pendant trois heures. K. voulait aller à Amiens, et il était incapable de réaliser les délais et difficultés que causerait ce changement, non plus que sa couardise et le fait que nous serions d’une égale inutilité dans le cas d’une victoire ou d’une défaite française. Il croit encore que les Allemands arrivent en force par le Nord de la Meuse et nous balaieront avant que nous n’ayons effectué notre concentration. A la fin il consentit à une petite modification parfaitement inutile, qui ne servit qu’à augmenter encore la confusion. Ensuite Kitchener et Sir John se rendirent chez Asquith qui, ne connaissant rien à la question, approuva également.

Lord K. déclara qu’à une réunion du Cabinet, le 6 août, on avait décidé que la concentration ne se ferait pas sous Maubeuge, mais sous Amiens et qu’il en avait prévenu Huguet.

Il ressort de tout cela que, grâce à son don divinatoire bien plus qu’à des calculs basés sur la connaissance des temps et des distances, Lord Kitchener en était arrivé à la conclusion que les Allemands se proposaient de pousser en force par la Belgique, au Nord de la Meuse et qu’ils concentraient leurs forces dans ce but au moment même où, au War Office, avaient lieu les réunions avec les Officiers français. Les Français n’étaient nullement préparés à cette attaque conçue par le Comte Von Schlieffen il y a plusieurs années et qui amena la retraite de l’aile gauche alliée toute entière jusqu’à la Marne en trois semaines.

Sir J. French devait quitter l’Angeterre le 14 avec une partie de son Etat-major. Wilson eut donc à faire quelques visites d’adieu ; Lord Roberts vint d’Ascot pour le voir. Il note également dans son Journal la visite qu’il fît au premier Lord de l’Amirauté.

Je suis allé dire au revoir à Winston, je lui ai dit que nous avions souvent différé d’opinions et que je n’avais jamais craint de le lui dire, mais qu’il s’était conduit comme un héros à Downing Street le 5 et que je désirais lui serrer la main et lui dire au revoir. Il me répondit qu’il était sûr que je « conduirais à la victoire », puis il fondit en larmes et ne put finir sa phrase. Je ne l’ai jamais tant aimé.

Sir J. French, Sir A. Murray, Sir W. Robertson, le major Hereward Wake, Wilson et quelques autres officiers quittèrent Londres pour la France le lendemain et passèrent la nuit à Amiens. Arrivés à Paris le jour suivant à midi, ils virent le Ministre de la guerre et un certain nombre de personnalités militaires du Ministère, Dès le lendemain ils se rendirent au Grand Quartier Général du Général Joffre qui se trouvait à Vitry le François. Ils y furent chaleureusement reçus et mis au courant de la situation. Après avoir passé la nuit à Reims, Sir John et son Etat-Major allèrent à Rethel où ils virent le Général Lanrezac. Ce dernier commandait la 5e Armée française à la gauche de laquelle devait se former le Corps Expéditionnaire Britannique. La rencontre ne fut pas précisément heureuse, aucun des deux généraux ne semblant avoir une particulière estime pour l’autre.2

Le même jour Sir J. et son Etat-Major arrivèrent au Cateau où fut établi le Quartier Général ainsi que cela avait été prévu. La concentration des 1re, 2eet 3eDivision ainsi que celle de la Division de Cavalerie sons les ordres du Général Allenby se développait suivant le plan établi. Wilson écrit le soir même dans son journal :

Nous apprenons le succès de Pau et de Castelnau en Alsace, je n’en suis pas trop satisfait, cela signifie, je pense, que les Allemands font passer leurs troupes d’Alsace en Belgique. Je préfère ne rien écrire au sujet des mouvements de troupes françaises.

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