Jules Durand

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La condamnation à mort, en 1910, de Jules Durand, pour un crime qu'il n'avait pas commis, mais parce qu'il était au port du Havre, secrétaire du syndicat ouvrier des charbonniers, fut immédiatement considéré comme une nouvelle affaire Dreyfus". Jamais pouvoir judiciaire et patronal ne s'était abattu, avec une telle force, sur ce représentant du monde ouvrier. Les recherches consacrées à Jules Durand demeurent rares. Comment expliquer ce silence ? Ces journées d'études qui lui sont consacrées, présentent de nouvelles approches et amorcent de futurs travaux.
Publié le : mardi 1 décembre 2015
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EAN13 : 9782336397726
Nombre de pages : 208
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JULES DURAND
UN CRIME SOCIAL ET JUDICIAIRE































Collection « Inter-National »
dirigée par Denis Rolland,
Joëlle Chassin et Françoise Dekowski

Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les
institutions, les politiques publiques et les forces politiques et culturelles à l’œuvre
aujourd’hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiques, des
relations internationales, de l’histoire et de l’anthropologie, elle se propose, dans une
perspective pluridisciplinaire, d’éclairer les enjeux de la scène mondiale et européenne.

Série générale (dernières parutions) :

Salim TOBIAS PEREZ, Religion, immigration et intégration aux Etats-Unis. Une
communauté hispanique à New York, 2015.
Daniel GRANADA DA SILVA FERREIRA, Pratique de la capoeira en France et au
Royaume-Uni, 2015.
Patrick HOWLETT-MARTIN, La coopération médicale de Cuba. L’altruisme
récompensé, 2015.
Maria Teresa GUTTIEREZ HACES, La continentalisation du Mexique et du Canada
dans l’Amérique du Nord. Les voisins du Voisin, 2015.
Eric DICHARRY, Théâtre, résidence d’artiste, médiation et territoire, 2014.
Catherine DURANDIN et Cécile FOLSCHWEILLER, Alerte en Europe : la guerre
dans les Balkans (1942-1913), 2014.
Estelle POIDEVIN, L’Europe : une affaire intérieure ? Ce qui change en Europe, 2014.
Juliette MAFFRE, La légalisation du mariage homosexuel en Argentine, 2014.
Pierre-Philippe BERSON, Sous le soleil de Chávez. Enquête sur le Venezuela d’Hugo
Chávez, 2014.
Mathieu CRETTENAND, Le rôle de la presse dans la construction de la paix, Le cas
du conflit basque, 2014.
Pierre JOURNOUD, La Guerre de Corée et ses enjeux stratégiques de 1950 à nos
jours, 2014.
Philippe SAUNIER, Politique de la comptabilité publique, 2014.
Laurent BORZILLO, La Bundeswehr. De la pertinence des réformes à l’aune des
opérations extérieures, 2014.
Jean-Yves PARAÏSO, La perception de la théologie latino-américaine de la libération
en République Fédérale d’Allemagne. L’exemple du cercle d’étude « Eglise et
libération » (1973-1978), 2013.
Edouard BOINET, Hydropolitique du fleuve Sénégal. Limites et perspectives d’un
modèle de coopération, 2013.
Eric DICHARRY, L’écologie de l’éducation. Un anthropologue à l’école du
bertsularisme en Pays basque, 2013.
Sébastien BARRERE, Les Etats-Unis face au franquisme. 1936-1956, la croisée des
chemins, 2013.
Marc PAVE, La pêche côtière en France (1715-1850). Approche sociale et
environnementale, 2013.
Marianne GUILLEMIN, Femmes officiers de communication dans l’armée de Terre. Le
parcours des combattantes, 2013.
Sous la direction de
John BARZMAN et Jean-Pierre CASTELAIN
Université du Havre
Les Amis de Jules Durand




JULES DURAND
UN CRIME SOCIAL ET JUDICIAIRE

































































© L’HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07941-7
EAN : 97-2343079417




À Lucien Déchamps,
petit-fils de Jules Durand,
décédé le 28 novembre 2014






















Lucien Déchamps dépose la couronne du Syndicat des dockers, avec Johann Fortier – secrétaire du
Syndicat – sur la tombe de Jules Durand le 25 novembre 2010, centenaire de la condamnation à mort
de son grand-père © Pascal Colé


SOMMAIRE



Avant-propos. Pour Jules Durand
John Barzman et Jean-Pierre Castelain 13
De l'émotion à la compréhension
Jean-Pierre Castelain15

OUVERTURES

Ouverture des Premières journées d’étude Jules Durand
Pascal Reghem19
Bienvenue à l’Université du Havre, Jules Durand
Jean-François Lhuissier21
Une figure havraise
Édouard Philippe 23
Un combat pour la dignité
Élisabeth Robert-Barzman 25
La mémoire de l’affaire Durand façonne l’histoire de la ville
John Barzman 27
Jules Durand, symbole et martyr de la classe ouvrière
Johann Fortier 29

ÉTUDES

Comment parler de Jules Durand et des charbonniers ?
Considérations sur l’état actuel des recherches
Jean-Pierre Castelain 33
Le contexte économique, social et politique de l’Affaire Durand
John Barzman 43
Autour de l’Affaire : les policiers face aux grèves
dans le port du Havre à la fin des années 1900
Laurence Montel 67
L’Affaire Durand à travers la presse anarchiste et insurrectionnaliste
Anne Steiner 85
1910-1912, la prise en compte par la CGT
de l’Affaire Durand et les conséquences de la répression
Jacques Defortescu 93
Jules Durand, victime d’un crime judiciaire
Henri Leclerc 109
Les dreyfusards à l’épreuve de la « raison d’État capitaliste »
Gilles Manceron 115
Autopsie de l’erreur judiciaire du siècle.
L’Affaire Durand, ou l’« affaire Dreyfus du pauvre » (1910-1918)
Marc Hédrich 129
L’Affaire Jules Durand en littérature. Panorama
Sonia Anton 145
Présentation et débat autour des Quais de la colère
Philippe Huet 155
Relire Boulevard Durand
Yoland Simon 159
Fin de journée au Havre, une œuvre manifeste de Raoul Dufy
Annette Haudiquet 173
« Folie » de Jules Durand ?
Alain Gouiffes 181
Jules Durand, mon grand-père
Christiane Delpech 189

CHRONOLOGIE 193







Portrait de Jules Durand avant son arrestation
AVANT-PROPOS

POUR JULES DURAND




1JOHN BARZMAN
2et JEAN-PIERRE CASTELAIN


Jules Durand, secrétaire du syndicat des dockers charbonniers du port du Havre, fut à
l'initiative d'une grève en 1910 qui échoua à la suite d'une « rixe d'ivrogne » qui
entraîna la mort d'un protagoniste (un « renard », c'est-à-dire un briseur de grève, un
« jaune ») et l'arrestation de Durand inculpé de complicité morale, alors qu'il était
totalement étranger à cette bagarre. Le 25 novembre 1910, les Assises de Rouen le
condamnaient à mort ! Une campagne internationale le fit sortir de prison en février
1911, mais, quelques semaines plus tard, il était interné dans un asile d'aliénés près
de Rouen où il finit sa vie au régime des indigents en 1926, ignorant la
reconnaissance de son innocence en 1918.


La rencontre d’un historien et d’un ethnologue autour de la question de la
mémoire, des traces du passé dans le présent d’une ville et de son port, ne peut
qu’être une expérience enrichissante, de réflexions en journées d’étude, de
questions en publications. Nos préoccupations ne pouvaient que nous amener à
aborder « l’Affaire Durand », affaire révélatrice de bien des aspects de l’histoire
du Havre, toujours occultés par certains. Précédemment, chacun de notre côté,
nous avions déjà rencontré Jules Durand ; désormais, il s’est imposé à nous
avec insistance : répondant à cette invitation, appuyés par l’Université du Havre
et la jeune association des Amis de Jules Durand, nous avons organisé, les 13 et
14 novembre 2013, les Premières journées d’étude Jules Durand réunissant
chercheurs et enseignants, dockers et magistrats, associatifs et descendants de
Jules Durand.
Jules Durand, un crime social et judiciaire résulte de ces rencontres : sauf une
3exception regrettable, il reprend les communications présentées à cette

1 Professeur d’histoire à l’Université du Havre, vice-président des Amis de Jules Durand.
2 Ethnologue, président de l’association des Amis de Jules Durand.
3 Malgré nos demandes, nous n’avons pas obtenu la communication de Vincent Duclert,
« L’affaire Durand : nouvelle affaire Dreyfus ». Le lecteur intéressé pourra lire, du même auteur :
« Cette loi de justice… L’affaire Durand, la magistrature et la République (1910-1918) », in Marc
13 occasion auxquelles nous avons ajouté un texte d’Annette Haudiquet sur Fin de
journée au Havre, tableau de Raoul Dufy (1901) et un autre de Yoland Simon sur
Boulevard Durand, pièce de théâtre d’Armand Salacrou, deux œuvres
extrêmement différentes mais indispensables pour comprendre Jules Durand et
les charbonniers. Jean-Pierre Castelain a assuré l’essentiel des travaux qui ont
permis de passer des contributions au livre.
Par le choix de la pluridisciplinarité, du droit à la psychiatrie, de l’histoire à la
littérature, notre intention était d’esquisser un premier état des connaissances, et
surtout des questions, sur Jules Durand et la grève des charbonniers, sur la
machination de la Compagnie Générale Transatlantique et sa volonté de
détruire un responsable syndical, sur l’appareil judiciaire d’alors et la
mobilisation internationale, etc. Le lecteur attentif percevra des différences,
voire des divergences, entre les articles : que ce soit l’amorce de recherches
futures et de débats à venir.
De Premières journées d’étude ne prennent sens qu’avec celles qui les
suivent, centrées sur l’approfondissement d’un thème spécifique. Ainsi, en
2016, les Journées Jules Durand traiteront de « Répression des syndicats
e maritimes et portuaires et solidarité internationale au début du XX siècle », sans
préjuger du thème en 2018, année du centenaire de la réhabilitation de Jules
Durand.
Précisons encore que ces rencontres bénéficient d’un lieu privilégié, au nom
symboliquement très marqué : l’amphithéâtre Jules Durand, baptisé le 25
novembre 2014 à l’Université du Havre.

















Olivier Baruch et Vincent Duclert (dir.), Justice, politique et République. De l’affaire Dreyfus à la guerre
d’Algérie, Bruxelles, Éditions Complexe, 2002.
14 DE L’ÉMOTION À LA COMPRÉHENSION




1JEAN-PIERRE CASTELAIN


Ces Premières journées d’étude consacrées à Jules Durand répondent à la
nécessité, voire à l’urgence, de se donner des moyens de connaissance et de
recherches sur ce qui éclata sur la scène publique, au soir de sa condamnation à
mort le 25 novembre 1910, comme « l’affaire Jules Durand », une « nouvelle
affaire Dreyfus » – la comparaison était fréquente, à l’époque, pour dire la
violence des erreurs judiciaires. Toutefois, la comparaison entre les deux
affaires a ses limites : pour n’évoquer que les publications scientifiques, des
centaines de titres, d’un côté, contrastent avec les quelques rares de l’autre, celui
de Jules Durand qui, malgré une réhabilitation officielle le 15 juin 1918, n’en
connut pas une véritablement complète et publique, lui qui mourut le 20 février
1926, à l'Asile de Quatre Mares à Sotteville-lès-Rouen, au régime des indigents.
Figure majeure, et cependant profondément méconnue, de l’histoire ouvrière
comme de l’histoire du Havre, Jules Durand n’a quasiment jamais retenu
l’attention et l’intérêt des chercheurs bien que le seul nom de Jules Durand
réunisse l’histoire du Havre, de son port, du syndicalisme, en particulier celui des
etravailleurs du port, et, bien sûr, la plus grande erreur judiciaire du XX siècle.
Ces journées veulent susciter un désir de connaissances, faire émerger des
pistes de recherche, qu’il s’agisse de travaux universitaires ou associatifs. C'est
pourquoi elles ne pouvaient s’enfermer dans un entre soi académique, mais
qu’au contraire nous les avons souhaitées ouvertes à tous pour initier une
recherche à multiples voix : la diversité des intervenants comme celle du public
augure d’une meilleure connaissance de Jules Durand et des charbonniers
jusqu’à maintenant condamnés au silence, alors que leurs luttes, il y a plus d’un
siècle, sont d’une étonnante modernité, d’une surprenante actualité…
Merci à l’Université du Havre d’avoir immédiatement associé les Amis de
Jules Durand à la conception et à la réalisation des journées, ainsi qu’au
Syndicat général des ouvriers dockers du port du Havre de les avoir
accompagnées et permis qu’elles se tiennent sous les couleurs du drapeau
syndical des charbonniers, ce même drapeau que Lefrançois – condamné avec

1 Président de l’association des Amis de Jules Durand. Ce texte s’inscrivait dans les ouvertures de
la journée ; nos remerciements l’ont placé en début de livre.
15 1 2Durand et libéré depuis peu – portait fièrement en tête de l’impressionnant
cortège funèbre accompagnant Jules Durand, le 23 février 1926 au cimetière
Sainte-Marie, au Havre.

Les journées d’étude et ce livre n’auraient pu exister sans le soutien
d’institutions et de personnes que nous tenons à remercier.
Tout d’abord les personnes qui, après avoir participé aux Journées,
s'expriment dans ce volume, en leur nom ou au nom de leur institution : sans
elles, rien n’aurait été possible.
L’Université du Havre, sa Commission Recherche, le Pôle de Recherche en
sciences humaines et sociales, Idées Le Havre (Cirtai) UMR 6266 CNRS, le
GRIC et l’UFR LSH pour leur soutien, en particulier Claudine Boutleux,
Estelle Coletta, Dan Hérouard et spécialement Christelle Merrien, coordinatrice
du colloque qui a toujours su répondre à nos multiples demandes.
Le Syndicat des dockers du Havre, les Amis de Jules Durand, la Ville du
Havre et la Ligue des Droits de l’Homme qui nous ont apporté un nécessaire
soutien financier.
Les Archives nationales, les Archives municipales du Havre, la Bibliothèque
Armand Salacrou du Havre et le Centre Havrais de Recherches historiques
pour leur accord à la reproduction de documents, ainsi que Laurence Le Cieux
et Jean-Luc Dron, Jean-Marc Jaillet, Pierrot Lebas et Matthieu Simon pour leur
aide à la recherche d’illustrations.
Mais ce livre existe surtout grâce à la confiance de Joëlle Chassin qui l’a
accueilli à L’Harmattan, faisant preuve d’une patience encourageante lorsque les
difficultés le retardaient. Qu’elle soit ici remerciée ainsi qu’Isabel Lavina pour
son beau travail de graphiste.
Je tiens également à remercier particulièrement, pour leur aide et leur
soutien, Pascal Colé et Yoland Simon, mais aussi Sylvie Barot, Hervé Delamare,
Alain Gouiffes, Christiane Marzelier et Christian Louvet, Marie-Claude et
Daniel Sadou : tous m’ont aidé à surmonter des passages difficiles qui ont pu
ralentir la réalisation de ce livre.
Ainsi, bien sûr, que Christiane Delpech et les dockers du Havre, les
descendants de Jules Durand à qui importe l’aboutissement de ce travail.

Merci à tous.

1 Coaccusé trop souvent oublié de Jules Durand, et aussi innocent que lui, Charles Lefrançois fut
condamné à huit ans de travaux forcés suivis d’une peine de relégation à vie. Après une
campagne de soutien, le Président de la République signe, le 31 juillet 1924, un décret portant
remise de la relégation et de l’obligation de résidence aux colonies. Charles Lefrançois est mis en
liberté le 26 septembre 1924, il peut alors revenir au Havre. Cf. Charles Onésiphore Lefrançois.
Éléments biographiques. Parcours judiciaire, note inédite de Christiane Marzelier, juillet 2015.
2 l’Humanité, 24 février 1923.
16 OUVERTURES









Les Premières journées d’étude Jules Durand © Service audiovisuel AI/LSH, Université du Havre
OUVERTURE DES PREMIÈRES
JOURNÉES D’ÉTUDE JULES DURAND




1PASCAL REGHEM


L’Université est fière de contribuer au travail engagé autour de ce qui est
peu connu comme « l’histoire de Jules Durand ». Mais ça n’est pas un hasard,
certains de nos enseignants chercheurs à l’Université du Havre ayant dans leur
champ d’étude et de recherche le portuaire, le maritime et la logistique d’hier et
d’aujourd’hui, le territoire havrais et la mémoire de ce territoire.
Jules Durand est une figure majeure de la mémoire havraise, mais il est mal
connu. Qui, mieux que notre université, en lien avec les acteurs sensibles à cette
mémoire, en particulier l’association des « Amis de Jules Durand », pouvait
envisager ces Premières journées d’étude qui lui sont consacrées. Nous avons
en tant qu’université le devoir d’étude et de recherche, mais nous devons
également nous ouvrir à des publics plus vastes pour éclairer notre société.
La mémoire et l’histoire de Jules Durand nous permettent d’aborder
l’histoire du Havre, celle de son port, l’histoire du syndicalisme et notamment
celui des dockers et des travailleurs du port, sans oublier bien évidemment une
edes plus grandes erreurs judiciaires du XX siècle. Voilà ce qui sera traité ce soir
et demain comme premier état des recherches qui ouvre la volonté de voir
d’autres journées d’étude sur ces sujets.
Ce soir, en présence des descendants de Jules Durand et du syndicat des
dockers, M. Henri Leclerc, avocat et président d’honneur de la ligue des Droits
de l’Homme, nous fera l’honneur d’animer la conférence-débat « Jules Durand,
vers une réhabilitation complète ? »
Nous ne pouvons que nous réjouir que la liberté d’expression, qui est au
cœur des missions de l’Université, soit portée à l’occasion de cette
conférencedébat par un de ses vifs défenseurs en la personne de M. Henri Leclerc.


1 Président de l’Université du Havre.
19

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