Julien Cain, un humaniste en guerre

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Longtemps administrateur général de la Bibliothèque nationale, membre de l'Académie des Beaux-Arts, Julien Cain (1887-1974) fut aussi président de la commission française de l'UNESCO. Mobilisé en 1914, gravement blessé en 1916, il a laissé de ces années de guerre une correspondance qui apporte un éclairage sur l'itinéraire d'une génération intellectuelle confrontée à la première des deux grandes catastrophes du XXe siècle.
Publié le : jeudi 1 décembre 2011
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EAN13 : 9782296476059
Nombre de pages : 484
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Chemins de la Mémoire
Julien Cain Un humaniste en guerre * Lettres 1914-1917
Introduction, notes et postface par Pierre-André Meyer
e Série “XX siècle”
JULIEN CAIN UN HUMANISTE EN GUERRE * LETTRES 1914-1917
JULIEN CAIN UN HUMANISTE EN GUERRE * LETTRES 1914-1917 Introduction, notes et postface par Pierre-André Meyer Editions LʼHarmattan
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55788-8 EAN : 9782296557888
INTRODUCTION Du jour de sa mobilisation le 2 août 1914 jusqu’à sa grave blessure le 12 février 1916, Julien Cain a partagé le sort des millions d’hommes, français, allemands ou d’autres nationalités, ayant combattu sous l’uniforme. Ses lettres, que nous présentons 1 ici , reflètent donc une expérience non pas unique mais ô combien partagée ! Près de trois ans après la mort du dernier poilu et alors qu’approche le centenaire du début de la Première guerre mondiale, leur lecture ne nous apprend certes rien sur cette guerre et sur le quotidien des combattants qu’on ne sache déjà, qu’on n’ait déjà lu dans les innombrables “lettres du front”, publiées ou non. Car, pour la plupart des soldats du front, la correspondance était le seul moyen de communication avec leur famille, jusqu’à l’établissement des premières permissions à partir du printemps 1915. « Jamais les Français et les Françaises ne se sont tant écrit … On était assoiffé de nouvelles, on voulait rassurer les siens … C’était souvent la lettre quotidienne, 2 attendue de part et d’autre ». Aussi pourrait-on juger la publication, surtout intégrale, de cette correspondance, comme superfétatoire, comme n’apportant qu’un témoignage de plus à tant d’autres déjà connues. D’autant que, en raison de la blessure reçue le 12 février 1916 qui signifia pour Julien Cain la fin du service actif, cette correspondance s’arrête précocement : les quelques lettres postérieures à cette blessure ne sont plus celles d’un combattant, mais d’un convalescent, et leur valeur documentaire est nettement moindre. Et pourtant, ces lettres nous ont semblé mériter de prendre leur place dans la bibliothèque déjà énorme constituée par les lettres ou carnets des combattants de la Grande Guerre, même si, ne le dissimulons pas, des raisons affectives et familiales expliquent l’intérêt que nous avons pris à leur lecture et
1  M. Hubert Cain, fils de Marcel Cain, le frère cadet de Julie n et l’un de ses correspondants, en possession de ces lettres depuis la mort de Julien Cain en 1974, a bien voulu nous les remettre afin de nous permettre d’établir cette édition. Qu’il en soit remercié. 2 Jacques Meyer,La vie quotidienne des soldats pendant la Grande Guerre, p. 165.
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Julien Cain, un humaniste en guerre 3 l’émotion que celle-ci nous a causée . Mais ces lettres nous paraissent avoir aussi un intérêt dépassant cette simple dimension affective. Cela tient d’abord, assurément, à la personnalité même de leur auteur : Julien Cain. Cet intellectuel, jeune agrégé d’histoire puis historien d’art que les circonstances, auxquelles cette guerre ne fut précisément pas étrangère, conduisirent vers la haute fonction publique – il fut, de 1930 à 1964, avec une “interruption” de 1940 à 1945, administrateur général de la Bibliothèque nationale – a, du fait précisément de sa formation, mais aussi de sa sensibilité personnelle, une manière de vivre la guerre et de l’observer qui font la valeur de son témoignage, même si, répétons-le, il s’ajoute à bien 4 d’autres . A son père – car c’est essentiellement à lui que ces lettres sont adressées – Julien raconte la guerre telle qu’il la vit au quotidien – dans les limites de ce que la censure l’autorise à dire : c’est l’existence d’un sous-lieutenant dans les tranchées d’Artois, puis de Champagne, confronté, comme des millions d’autres poilus, au froid, à la pluie, à la boue, au manque de sommeil et aux “marmites” qui arrosent la tranchée où se déroule son existence. Mais Julien Cain, on s’en doute, ne se limite pas à des descriptions de son quotidien. Intellectuel formé aux études historiques, il est attentif à tous les développements du conflit et livre ses impressions, ses opinions, ses pronostics, qu’il tire tant de son expérience propre que de la lecture – aussi assidue que critique – des journaux qui lui parviennent aux tranchées. On verra à la lecture de ces lettres que le sous-lieutenant Julien Cain n’exprime pas sur la guerre, sur les questions politiques et internationales, des opinions d’une grande originalité. A l’instar de la plupart de ses semblables – entendons : les jeunes intellectuels pacifistes d’avant 1914 pétris d’universalisme et devenus du jour au lendemain des
3 L’auteur de ces lignes est le petit-fils du Dr André Cain, frère de Julien, maintes fois évoqué dans ces lettres. Il mourra en déportation à Auschwitz en 1944 avec sa femme Jeanne et leur gendre Claude Aron, tandis que leur fils Pierre, déporté par le convoi 73 du 15 mai 1944, disparut dans les Pays Baltes. 4 Parmi ceux les plus récemment publiés, on peut citer :Jules Isaac. Un historien dans la Grande Guerre. Lettres et carnets. 1914-1917, Armand Colin, 2004, introduction par André Kaspi, présentation et notes par Marc Michel ;Un ethnologue dans les tranchées, août 1914-avril 1915 : lettres de Robert Hertz à sa femme Alice, présenté par Ph. Besnard, J.-J. Becker, Ch. Prochasson, CNRS éditions, 2002.
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Introduction
5 combattants – il adhère totalement à l’Union sacrée et fait son devoir de soldat sans état d’âme apparent. Patriote, il croit, ou veut croire, à la victoire finale de son pays, en dépit des désillusions provoquées par l’échec des offensives de 1915. La guerre, d’autres l’ont bien montré, a provoqué une rupture, en tout cas provisoire, dans la conscience des élites intellectuelles françaises d’avant 1914. Ces lettres en portent témoignage et c’est sans doute ce qui fait une partie de leur intérêt.
Jeunesse d’un clerc (1887-1914) Il n’est pas aisé de reconstituer la biographie de Julien Cain, de sa naissance à ce tragique “été 1914”, dont le reste de sa vie allait dépendre : il n’a pas écrit ses Mémoires, malgré maintes sollicitations. Si nous-même lui avons souvent rendu visite, au soir de sa vie, sous les ombrages de Louveciennes, nous ne l’avons hélas ! pas assez interrogé sur ce qu’avait été sa jeunesse. Peu enclin à parler de lui-même, Julien Cain n’y faisait que de brèves allusions, préférant interroger les “jeunes” – et c’est peu dire qu’à cette époque ils avaient la vedette – plutôt que de raconter ses propres souvenirs. Nous avons cependant recueilli quelques-unes de ses paroles, encore une fois, trop rares. Son frère cadet Marcel, qui lui survécut pendant treize ans, racontait plus volontiers ce qu’avait été leur enfance et j’ai pu vérifier, en confrontant ses récits à différents documents, à quel point sa mémoire était exacte. Je me suis beaucoup appuyé sur ses souvenirs. Pour le reste, on dispose des différents “dossiers de carrière” de Julien Cain, de son dossier militaire, qui permettent de fixer des dates, d’établir des chronologies, mais qui ne peuvent naturellement rendre compte de la richesse d’une vie… Né le 10 mai 1887 à Montmorency, Julien Cain est le quatrième des cinq enfants de Sylvain Cain et de Lucie Théodorine Alexandre, mariés à Paris en 1882. Il vient après Madeleine (1883), Pierre (1884) et André (1885) et précède Marcel, le cadet, né en 1889. Sa famille paternelle, les Cain (c’est sous cette forme que 5 Voir en particulier à ce sujet Christophe Prochasson et Anne Rasmussen,Au nom de la Patrie. Les intellectuels et la Première Guerre mondiale (1910-1919), éditions La Découverte, 1996.
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