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Kasa-Vubu, Lumumba et l'indépendance du Congo

De
252 pages
Cet essai jette un regard sur l'histoire politique de la République Démocratique du Congo à Léopoldville entre 1956 et 1960. L'auteur y brosse le parcours de l'Alliance des bakongo (ABAKO) et celui du Mouvement national congolais (MNC) dont les principaux acteurs, Joseph Kasa-Vubu et Patrice Lumumba, ont joué, chacun à sa manière, un rôle cardinal dans la lutte pour l'indépendance.
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Prof. Kimpianga MahaniahKASA-VUBU, LUMUMBA
ET L’INDÉPENDANCE DU CONGO
1956 - 1960
Le présent essai jette un regard sur l’histoire politique de la
République Démocratique du Congo à Léopoldville entre 1956 et
1960. L’auteur y brosse succinctement le parcours de l’Alliance KASA-VUBU, LUMUMBA
des Bakongo (ABAKO) et celui du Mouvement national congolais
(MNC) dont les principaux acteurs, Joseph Kasa-Vubu et Patrice ET L’INDÉPENDANCE DU CONGOLumumba, ont joué, chacun à sa manière, un rôle cardinal dans la
lutte pour l’indépendance.
L’auteur démontre également que l’action politique de chacun 1956 - 1960
d’eux a connu une évolution et s’est faite dans le contexte de
la réaction des Congolais à la colonisation et au colonialisme :
confrontation, migration, accommodation et revendication
politique ; qu’étant partisans tous deux de l’intégrité du Congo
dans ses frontières coloniales, ils étaient des nationalistes :
l’un nationaliste fédéraliste et l’autre nationaliste unitariste ; que
l’octroi de l’indépendance du Congo a été fait dans l’amateurisme,
l’improvisation et l’impréparation des ressources tant humaines
qu’institutionnelles.
Docteur en histoire, maître en études
africaines et en sciences religieuses, licencié
en sciences politiques et administratives,
Kimpianga Mahaniah est le promoteur du
Centre de vulgarisation agricole, de l’Université
libre de Luozi, de l’Institut supérieur des
techniques médicales, de l’Institut supérieur
des arts et métiers et des Ets. S.D.L. Il est le directeur général
du CVA, recteur de l’ULL et administrateur gérant des Ets SDL.
ISBN : 978-2-336-29888-7
24 euros
Prof. Kimpianga Mahaniah
KASA-VUBU, LUMUMBA ET L’INDÉPENDANCE DU CONGO



































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KASA-VUBU, LUMUMBA
ET L’INDÉPENDANCE DU CONGO
1956 - 1960


Études africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions

Hilaire KOUOMEGNE NOUBISSI, Centralisation et décentralisation
au Cameroun. La répartition des compétences entre l’État et les
collectivités locales, 2013.
Myriam LEGENNE, Soins et altérité, 2013
Kyalondawa NYABABA, Les Pygmées face à une modernité
économique et religieuse importée. Les enjeux de l’inscription du
christianisme dans une culture africaine de frappe écologique,
2013.
Paulin KALALA KABEYA, L’école des compétences dans l’optique de
la gestion mentale. Essai de pédagogie de la gestion mentale, 2013.
Noël Bernard BIAGUI, Le gúbaher - parler baïnouck de Djibonker
(Basse-Casamance, Sénégal). Éléments de description linguistique :
phonologie et classes nominales, 2013.
Erick CAKPO, Art chrétien africain, Caractéristiques et enjeux,
2013.
José KAPUTA LOTA, Révolution culturelle et développement en
Afrique, 2013.
Jérémie TOKO, Rivalités ethniques mimétiques en Afrique. Déficit
démocratique et sous-développement au Cameroun, 2013.
Bernard SIMITI, De l’Oubangui-Chari à la République centrafricaine
indépendante, 2013.
Jessica HAMADZIRIPI, Poverty eradication in Zimbabwe, 2013.
M. Rachel ZONGO, La mondialisation et la société de l’information.
Quelle place pour l’Afrique au sud du Sahara, 2013.
Essè AMOUZOU, Partenaires en développement et réduction de la
pauvreté en Afrique noire, 2013.
Essè AMOUZOU, La démocratie à l’épreuve du régionalisme en
Afrique noire, 2013.
Abou-Bakr Abélard MASHIMANGO, Les conflits armés africains
dans le système international. Transnationalisme ethnique et États
dans la Corne de l’Afrique (1961-2006), 2013.
Joseph DOMO, Les relations entre frontaliers. Cameroun-Tchad,
2013.

Prof. Kimpianga Mahaniah











KASA-VUBU, LUMUMBA
ET L’INDÉPENDANCE DU CONGO
1956 - 1960

























































Du même auteur

Kikulu kia Bamanianga, 2008.
La problématique du développement, 2007.
Le financement du développement par la mobilisation des ressources
financières locales : Cas des tontines, 2005.
L’expérience politique de l’Afrique noire de 1945 à 2005, 2005.
Kikulu kia Chefferie Luangu, 2001.
La présence africaine au monde menacée : l’anachronisme de
l’Afrique noire au monde, 2000.
Discours sur les causes du sous-développement en Afrique noire,
2000.
Développement ou sous-développement : l’expérience du développe-
ment économique en Afrique noire, 1999.
Pour une cartographie africaine repensée : pistes et réflexions, 1998.
Genèse de l’Université Libre de Luozi, 1997.
Le mouvement des ONG au Zaïre, 1996.
Autoritarisme et démocratie, 1994.
Répertoire des ONG membres du CNONGD-Zaïre, 1993.
Les coopératives au Zaïre, 1992.
Repenser le commerce au Manianga, 1990.
Découvrir la zone de Luozi, 1989.
La problématique crocodilienne à Luozi, 1989.
eLa mort dans la pensée kongo, 1988, 2 éd. 1990.
Le christianisme dans la vallée de Kimpese : EPI, 1908-1980, 1984.
Église et éducation : histoire de l’enseignement protestant au Zaïre,
1878-1979, 1983.
Grandir et vieillir au Manianga-Luozi, 1983.
La maladie et la guérison en milieu kongo, 1982.
eL’impact du christianisme au Manianga, 1981, 2 éd. 1988.

.



















© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336- 29888- 7
EAN : 9782336298887









Dédicace



et ouvrage est dédié à tous les Congolais qui ont versé leur C précieux sang, le dimanche 4 janvier 1959 à Léopoldville
(Kinshasa) et le 30 octobre 1959 à Stanleyville (Kisangani),
pour l’indépendance immédiate et totale de la République
Démocratique du Congo (RDC).


















7


































8 Liste d’abréviations
ABAKO : Alliance des Bakongo
ABAKO : Association des Bakongo
ABAZI : Association des Bayanzi
ABFMS : American Baptist Foreign Mission Society
ACP : Agence Congolaise de Presse
ADAPES : Association des Anciens Élèves des Pères
de Scheut
AEF : Afrique Équatoriale Française
AES : Association des Évolués de Stanleyville
AFAC : Association des Fonctionnaires et Agents
de la Colonie
AGRIFOR : Société Forestière et Agricole du
Mayumbe
ALCO : Alliance des Congolais
ANC : Armée Nationale Congolaise
APIC : Association du Personnel Indigène
de la Colonie
APIPO : Amicale des Postiers Indigènes de la
Province Orientale
ASAP : Association des Anciens Élèves des Pères
Jésuites
ASMA : Association de Secours Mutuels Atetela
ASSAMECA : Association des Anciens
Élèves Méthodistes
ASSANEF : Association des Anciens Élèves des Frères
des Écoles Chrétiennes
ASSORECO : Association des Ressortissants du
Haut-Congo
ATCAR : Association des Tshokwe du Congo,
de l’Angola et de la Rhodésie
BALUBAKAT : Association des Baluba du Katanga
BEM : Association des Bourses d’Études
du Mayombe
BMS : Baptist Mission Society
BRACONGO : Brasserie du Congo
CEDI : Centre Protestant d’Edition et de Diffusion
9CERCA : Cercle d’Études et des Recherches de la
Culture Atetela
CONAKAT : Confédération des Associations Tribales
du Katanga
CPP : Convention People Party
CSM : Conseil Supérieur Manianga
CVA : Centre de Vulgarisation Agricole
EIC : État Indépendant du Congo
FEDEBATE : Fédération des Batetela
FEDEKA : Fédération Kasaïenne
FEDEKWIKWA : Fédération de Kwilu-Kwango
FEDEQUALAC : Fédération de l’Équateur et du
Lac Léopold II
FGC : Fédération Générale du Congo
FGTK : Fédération Générale du Travail du Kongo
FIBAT : Fédération Indépendante des Batetela
FNLA : Front National pour la Libération
de l’Angola
JABAKO : Jeunesse de l’ABAKO
LECO : Librairie Évangélique au Congo
LUKA : Union Kwangolaise pour l’Indépendance
et la Liberté
MAT : Mutuelle d’Aides aux Trépassés
MNC : Mouvement National Congolais
MNC/K : Mouvement National Congolais/aile
Kalonji
MNC/L : Mouvement National Congolais/
aile Lumumba
MNPMR : Mouvement National pour la Protection
des Milieux Ruraux
ONATRA : Office National de Transport
OTRACO : Office de Transport du Congo
PCB : Parti Communiste Belge
PDC : Parti Démocrate Chrétien
PNP : Parti National du Peuple
PP : Parti du Peuple
PPNC : Parti du Progrès National Congolais
PROSORI/Gauche : Progrès Social de la Rive Gauche
de Stanleyville
10 PSA : Parti Solidaire Africain
PUC : Parti de l’Unité Congolaise
PUNA : Parti de l’Unité Nationale
RDC : République Démocratique du Congo
RENAIBAKO : Renaissance Bakongo
SDL : Société Dia Lunda
SMF : Svenska Mission Forbundet
UC : Union Congolaise
ULL : Université Libre de Luozi
UMHK : Union Minière du Haut-Katanga
UNECO : Union Économique Congolaise
UNELMA : Union des Anciens Élèves des Frères
Maristes
UNIMO : Union des Mongo
UNISCO : Union des Intérêts Sociaux Congolais
UNTC : Union Nationale des Travailleurs du Congo
UPCO : Union Progressiste Congolais
URSS : Union des Républiques Socialistes
Soviétiques
YMCA : Young Men’s Christian Association








11















12 Introduction
et ouvrage constitue une relecture de l’histoire de la C République Démocratique du Congo par rapport à la
participation de l’Alliance des Bakongo (ABAKO) et du
Mouvement National Congolais (MNC) dans la lutte pour
l’indépendance du Congo belge de 1956 à 1960. Ceci équivaut
à mettre en exergue le rôle qu’avaient joué Kasa-Vubu et
Lumumba à travers leurs partis politiques respectifs dans la
lutte pour l’indépendance politique de la République
Démocratique du Congo. Un accent particulier est mis sur
l’évolution de l’action politique de ces deux leaders durant cette
période.
er
Les événements qui ont eu lieu entre le 1 juillet 1956 et le
30 juin 1960 auraient produit des résultats autrement plus
différents si, du côté congolais, le leadership n’était pas incarné
par ces deux figures de proue, à savoir Joseph Kasa-Vubu et
Patrice Emery Lumumba. Chacun de ces hommes
emblématiques avait marqué le mouvement de la lutte pour
l’émancipation du Congo durant cette période. Ainsi, dans le
cadre de la relecture de l’histoire de l’ABAKO et du MNC
durant cette période, la présente étude examine également le
rôle qu’ils ont joué individuellement dans le combat pour
l’indépendance de la République Démocratique du Congo. Le
Congo belge a accédé à son indépendance le jeudi 30 juin 1960
avec un pouvoir central décentralisé sous la haute direction de
Joseph Kasa-Vubu, Chef de l’État et Patrice Lumumba, Chef du
gouvernement, avec six provinces semi-autonomes.
Cependant, pour une meilleure compréhension du rôle joué
par ces deux héros nationaux, nous devons placer l’action
politique de Kasa-Vubu et Lumumba dans le contexte de la
réaction des populations congolaises à la colonisation et de
l’évolution culturelle, sociale et économique qu’avait atteintes
chacun des groupes ethniques d’où ils étaient issus. Cette
réaction est passée par quatre étapes : la confrontation, la
migration, l’accommodation et la revendication politique. Les
trois premières étapes n’ayant pas donné les résultats
escomptés, les populations recoururent à la revendication
13politique pour mettre fin à la colonisation. Si déjà en 1946
Kasa-Vubu se prononça pour la rupture, Lumumba lui
emboîtera le pas en 1958 lors de son discours à la Conférence
panafricaine d’Accra au Ghana.
Kasa-Vubu et Lumumba étaient marqués par l’évolution
culturelle, sociale et économique dont se réjouissaient les
populations du Bas, donc les Bakongo et celles du Haut
constituées des Bangala. La région du Bas a été effectivement
occupée plus tôt par le régime colonial et ses populations ont
bénéficié très tôt des infrastructures sociales et économiques par
rapport aux sociétés du Haut où l’occupation effective s’est
effectuée tardivement. Ainsi, par rapport aux Bangala, les
Bakongo étaient les premiers à être exposés aux frustrations de
l’acculturation. Pendant que les leaders du Bas condamnaient la
colonisation et le colonialisme comme étant la cause de leurs
maux, les dirigeants du Haut savouraient encore le bien-fondé
de la mission civilisatrice de la colonisation et exigeaient plus
de temps pour permettre à leurs populations d’atteindre le
même niveau d’évolution culturelle, sociale et économique que
les autres populations du Congo belge.
Alors que Kasa-Vubu voyait dans l’indépendance une
occasion qui permettrait aux Bakongo d’accélérer le processus
du progrès culturel, social et économique, Lumumba était resté
pour longtemps sceptique à l’égard de l’indépendance, qui,
selon lui, bloquerait le processus de l’évolution culturelle,
sociale et économique des populations du Haut qui avaient
besoin de temps.
Tout au long du combat pour l’indépendance, Kasa-Vubu et
Lumumba furent divisés non pas seulement par leurs idéologies
politico-administratives, mais aussi et surtout par la
concurrence entre l’Alliance des Bakongo et le Mouvement
National Congolais. La pression populaire pour l’indépendance
incitait chaque leader à se montrer plus radical vis-à-vis de
l’autre en vue d’éviter d’être taxé de complice des Blancs, de
béni-oui-oui, d’opposant à l’indépendance. Chacun voulait
rester Père de l’indépendance.
La pensée politique de chacun d’eux a connu une évolution.
En vérité, seuls les imbéciles ne changent pas ! Si au départ
14 Kasa-Vubu était un séparatiste, il finit par devenir un
nationaliste fédéraliste. Et si Lumumba était au départ hésitant à
propos de l’indépendance, il était devenu avec le temps, un
nationaliste unitariste. Ainsi, nul d’entre eux n’était plus
nationaliste que l’autre. C’est autant dire qu’il serait faux de
considérer Kasa-Vubu comme étant un non-nationaliste et que
seul Lumumba l’était véritablement, car une telle conception
fausserait l’évolution des actions politiques menées pour
l’indépendance du Congo par ces deux leaders qui comptent
parmi les Pères fondateurs de la République Démocratique du
Congo. En effet, si Lumumba était un nationaliste unitariste de
la gauche congolaise, par contre, Kasa-Vubu était un
nationaliste unitariste de la droite. Le premier prônait le
panafricanisme assorti d’une structure politico-administrative
centralisée jacobine pour le Congo indépendant, par contre le
second prônait une structure politico-administrative
décentralisée, un dispositif fédéraliste pour un Congo
indépendant uni. Ces deux dirigeants avaient la conviction de
l’intégrité territoriale du Congo belge. C’est autant dire qu’ils
sont tous les deux des nationalistes défendant la nation
congolaise dans ses frontières coloniales.
En d’autres termes, l’auteur démontre :
- que Kasa-Vubu et Lumumba ont joué chacun à sa manière
un rôle cardinal dans la lutte pour l’indépendance. Adeptes
de l’intégrité du Congo dans ses frontières coloniales, ils
étaient tous les deux nationalistes, l’un nationaliste
fédéraliste et l’autre nationaliste unitariste ;
- que l’action politique de chacun des deux dirigeants doit être
placée dans le contexte de la réaction du peuple congolais
tout entier au colonialisme belge et dans le cadre de
l’évolution culturelle, sociale et économique qu’avait
atteinte chacun des groupes ethniques dont Kasa-Vubu et
Lumumba étaient issus ;
- que, ne bénéficiant pas des droits politiques, les Congolais
étaient forcés de mener les actions politiques dans le cadre
des associations culturelles et d’entraide. Les partis
politiques et les syndicats pour les Congolais n’étaient
autorisés qu’à partir de 1958. Marquées par une coloration
15tribale, beaucoup de ces associations se transformèrent en
partis politiques dont certains sont devenus tribalistes dans
leur vocation ;
- que l’ABAKO fonde sa démarche politique d’abord sur
l’indépendance immédiate dans le cadre de l’éclatement du
Congo belge en vue de restaurer les nations tribus
d’autrefois pour aboutir à l’indépendance immédiate dans un
Congo uni avec un dispositif fédéral ;
- que le point de départ du MNC était l’indépendance dans le
contexte de la communauté belgo-congolaise, donc le refus
de l’indépendance immédiate devant déboucher sur
l’indépendance totale progressive et négociée, jusqu’à
l’indépendance totale et immédiate dans le cadre d’un
Congo uni ;
- que l’octroi de l’indépendance du Congo a été fait dans
l’impréparation tant en ressources humaines
qu’institutionnelles, dans la précipitation, l’amateurisme.
Comme la conduite des affaires de l’État était aux mains des
cadres expatriés belges, l’autorité coloniale n’a jamais perçu
la nécessité de former des hauts cadres congolais pour la
gestion des affaires de la République ;
- que si l’autorité coloniale s’était préoccupée à temps de la
mise en place des institutions et organes transitoires entre
1956 et 1960, la classe politique congolaise, en dépit de sa
formation formelle limitée, aurait néanmoins eu assez de
temps à faire l’apprentissage de la bonne gestion de la res
publica et de la démocratisation, facteurs essentiels à la mise
sur pied d’un État de droit performant et démocratique ;
- que l’année 1956 est déterminante dans l’histoire de la
revendication politique de la République Démocratique du
Congo, d’autant plus que c’est au cours de cette année que
parurent simultanément le manifeste de la Conscience
Africaine et le manifeste de l’ABAKO. Il s’agit des premiers
documents dans lesquels les leaders de deux tendances
avaient émis leur prise de position par rapport à l’avenir
politique du Congo belge. C’est la toute première fois en
effet que le régime colonial fut contraint d’envisager
l’indépendance politique du Congo belge ;
16 - que désormais, le mur invisible d’isolement et de silence
érigé autour du Congo belge par l’État colonial connut des
fissures. Car, à partir de la parution de ces deux manifestes,
l’État colonial ne pouvait que réagir aux événements et
tenta, dans la précipitation, de libéraliser la vie politique en
organisant en 1957, les élections municipales à Léopoldville,
Elisabethville et Jadotville. Mais les leaders congolais qui
étaient sous l’emprise du vent pour l’émancipation soufflant
à travers le monde, avaient jugé ces mesures timides et
tardives ;
- que le séparatisme kongo est une réaction des Bakongo de
Léopoldville à la politique coloniale de débakongolisation,
de dékikongolisation, de démunukutubalisation, et de
lingalalisation de Léopoldville ;
- que la date du 4 janvier 1959 est historique pour autant
qu’elle symbolise le point de non-retour dans la marche pour
l’indépendance que ce soit du côté des gouvernés congolais
que du côté des gouvernants belges. Désormais,
l’indépendance n’est qu’un problème de temps ;
- que la Conférence de la Table Ronde de Bruxelles du 20
janvier au 20 février 1960 à laquelle les leaders congolais et
belges ont pris part pour déterminer l’avenir du Congo,
s’était faite dans la précipitation et l’amateurisme. En
voulant épargner le Congo belge de la lutte pour
l’indépendance du type algérien, les participants à cette
conférence n’ont fait que renvoyer la crise au Congo
indépendant ;
- que la date du 20 janvier 1960 est très importante dans
l’histoire politique du Congo pour la simple raison que c’est
ce jour qu’eut lieu le démarrage des travaux de la
Conférence de la Table Ronde de Bruxelles au cours
desquels fut prise la décision fixant au 30 juin 1960
l’indépendance du Congo ;
- que l’année 1960 est importante dans l’histoire de la
République Démocratique du Congo, car elle est
l’aboutissement des efforts des Congolais et Congolaises
dans la lutte pour la liberté.
17- Dans la tradition de mouvement prophétique kongo, un
prophète se sent complet (full prophet) lorsqu’il a été
arrêté et jeté en prison pour la cause prophétique, donc
la résistance. De même, pour être reconnu père de
l’indépendance et pour entrer au panthéon des pères de
l’indépendance congolaise, le leader devait à tout prix
être arrêté et mis en prison pour la cause de la lutte pour
l’indépendance du Congo. C’est dans ce cadre que les
arrestations de Kasa-Vubu et de Lumumba ont fait
entrer ces deux dirigeants au panthéon des Pères de
l’indépendance de première heure dans la lutte pour la
souveraineté de la République Démocratique du Congo.
Afin de montrer la place qu’occupe la période de 1956 à
1960 dans les annales de l’histoire du Congo, nous avons fait la
relecture de l’histoire politique de la République Démocratique
erdu Congo à partir du 1 juillet 1956 jusqu’au 30 juin 1960 pour
la simple raison qu’un examen sur l’arrière-plan historique
s’avérait nécessaire sinon indispensable pour une meilleure
appréciation de la lutte pour l’indépendance.
Tel un griot et en vue de donner un aspect narratif à ce
travail, nous avons évité de le surcharger par des notes
infrapaginales. Toutefois, dans la bibliographie, nous avons cité
tous les ouvrages que nous avons exploités.
Cette étude basée sur la lecture des ouvrages publiés sur
cette période constitue un condensé des conclusions de la
documentation couvrant ladite période. Ce condensé a été
enrichi par le souvenir de quelques événements saillants que
nous avons vécus entre 1957 et 1963, au cours de nos études
secondaires au Bas-Congo et à Léopoldville. Durant cette
période, notre engagement politique a été façonné surtout par
Joseph Kasa-Vubu et Patrice Emery Lumumba. Nulle
prétention pour nous de faire la théorie ou en inventer une
nouvelle, mais plutôt de faire la théorie de la théorie, c’est-à-
dire d’élaborer un condensé.




18 1. La chronologie des événements entre 1956 et 1960
a République Démocratique du Congo (RDC) tire
erL officiellement sa naissance le 1 juillet 1885 de la
Conférence de Berlin qui l’a reconnue en tant qu’État
Indépendant du Congo (EIC) sous le leadership du Roi Léopold
II, Roi des Belges. Cette entité politique souveraine eut Vivi
pour première capitale administrative déclarée par Henry
Morton Stanley. En 1908, Vivi passa le relai à la ville de Boma
devenue ainsi la deuxième capitale du Congo, toujours dans la
province du Bas-Congo. Douze ans après, soit en 1920, la
capitale fut transférée à Kintambo-Kinsasa devenu
Léopoldville. Les populations du bassin de l’EIC devinrent
alors des sujets coloniaux dépourvus des droits politiques. Par
ailleurs, cet État qui devint en 1908 le Congo belge et qui
accéda à son indépendance politique le jeudi 30 juin 1960, est
une création du Roi Léopold II et du peuple belge.
Successivement, l’EIC devint en 1908 le Congo belge, en 1960
la République du Congo, en 1963 la République Démocratique
du Congo, en 1971 la République du Zaïre et en 1997 enfin, la
République Démocratique du Congo.
La chronologie que l’auteur donne ici sur la marche vers
l’indépendance pour la récupération des droits politiques, fut
marquée d’une part, par les événements ayant eu lieu entre 1956
et 1960 à Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa et d’autre part, par
deux leaders politiques de proue : Joseph Kasa-Vubu et Patrice
Emery Lumumba.
Né en 1917 dans le Bas-Congo, Joseph Kasa-Vubu arriva en
1942 à Léopoldville où il fut engagé dans l’Administration
centrale en qualité d’aide-comptable.
Né en 1925, Patrice Emery Lumumba quitta son village en
1943 dans le Kasaï occidental, précisément le Sankuru en pays
otetela et arriva en juillet 1944 à Stanleyville où il émergea
comme leader social dans différentes associations culturelles.
En 1944, le Père jésuite Joseph Mavwela, un Évolué
mukongo, fonda la Renaissance Bakongo (RENAIBAKO),
précurseur de l’Association des Bakongo (ABAKO).
191945 marqua la fin de la seconde guerre mondiale à laquelle
avait participé la Force Publique, l’armée du Congo belge
composée des officiers belges et des soldats congolais ; c’est en
cette année également que les soldats qui s’étaient illustrés dans
les différentes campagnes africaines, rentrèrent à Léopoldville ;
parmi ces anciens combattants, plusieurs furent pour longtemps
auréolés de gloire par la jeunesse kinoise du fait qu’ils
s’exprimaient en lingala, la langue de l’armée ; il s’agit, à titre
d’exemple, de Simon Tezzo et de Pierre Canon.
En 1946, l’Administration coloniale nomma deux
ressortissants non Bakongo comme chefs de Cité à Léopoldville
dont la population était majoritairement constituée des
kikongophones et des kitubaphones ou munukutubaphones. Les
ressortissants appartenant au grand ensemble kongo à
Léopoldville (Bas-Congo, Kwango et Kwilu) n’ont jamais
accepté cet acte qu’ils ont qualifié d’injuste.
En 1946, Kasa-Vubu fut élu Secrétaire général de
l’Association des Anciens Élèves des Frères des Écoles
Chrétiennes (ASSANEF). Ce qui lui permit d’être admis au
courant de la même année à l’Union des Intérêts Sociaux
Congolais (UNISCO). Profitant des assises de l’UNISCO en
1946, Kasa-Vubu prononça un discours politique dans lequel il
défendit le droit du premier occupant des terres congolaises.
Pour la première fois, Kasa-Vubu participa à une plate-forme
qui lui permit d’exposer ses idées et ses revendications
politiques.
En 1950, Edmond Nzeza Nlandu fonda l’Association des
Bakongo pour l’unification, la conservation et le
perfectionnement de la langue kikongo et le journal Kongo dia
Ngunga qui servirait d’outil de propagande, d’éducation et
d’instruction.
En 1951 à la paroisse Christ-Roi à Léopoldville, fut fondé
par l’Abbé Joseph Albert Malula, alors vicaire de cette paroisse,
le cercle culturel dénommé Cercle de Conscience Africaine. Par
la suite, ce jeune prêtre ordonné en 1946 accéda à l’épiscopat en
1959 avant d’être élevé en 1969 à la dignité cardinalice. L’un
des objectifs poursuivis par le Cercle de la Conscience
Africaine était l’organisation des cours du soir en faveur des
20 Évolués catholiques en vue de leur promotion intellectuelle,
culturelle et spirituelle. Messieurs Joseph Iléo, Joseph Ngalula,
Albert Nkuli, Victor Ndjoli, Dominique Zangabie, Antoine
Ngwenza et Cyrille Adoula étaient membres de ce cercle ;
Monsieur l’Abbé Jean Loya les y avait rejoints plus tard.
L’ABAKO fut dotée de sa personnalité juridique et morale
en novembre 1953.
Le 21 mars 1954, Joseph Kasa-Vubu fut élu président de
l’ABAKO dont les objectifs furent aussitôt renforcés par la
dimension de revendication politique. Pour lui, il fallait
primordialement doter l’ABAKO des bases solides ; d’où, la
création d’un comité directeur (comité central), d’une section de
presse ainsi que des sections d’art et d’agrément. Durant la
même année, un gouvernement libéral socialiste de coalition fut
élu à Bruxelles. M. Auguste Buisseret, un libéral, fut nommé
ministre des Colonies. Ce dernier était déterminé à implanter au
Congo l’enseignement laïc. Ce fut le point de départ de la
guerre scolaire que le Parti Social Chrétien qualifia
d’anticléricale.
En 1954, Patrice Lumumba rencontra Auguste Buisseret
qu’il reçut à domicile. Les deux interlocuteurs se vouèrent
beaucoup d’estime l’un pour l’autre au point que le ministre des
Colonies devint le parrain de son hôte Lumumba qui finit, après
cette rencontre historique, par adhérer au Cercle Libéral de
Culture et d’Agrément de Stanleyville.
En 1954, Patrice Lumumba fonda avec un groupe
d’Européens l’Amicale Libérale, une section provinciale du
Parti Libéral Belge à Stanleyville dénommée Cercle Libéral au
sein duquel il fut élu vice-président. Son adhésion au Parti
Libéral lui permit d’entrer dans le milieu belge et de nouer des
contacts avec des figures de proue du pouvoir colonial telles
que le ministre des Colonies Auguste Buisseret, membre
influent dudit parti qui demeura pour longtemps son parrain.
Le 5 mars 1954, Lumumba accéda à la présidence de
l’Association des Évolués de Stanleyville (AES).
Du 18 au 24 avril 1955, eut lieu la Conférence de Bandung
en Indonésie. Organisée par les leaders du non-alignement,
21cette conférence encouragea le mouvement de la décolonisation
à travers le monde.
Afin de récupérer le vent pour l’indépendance, l’Église
catholique au Congo déclencha le processus d’africanisation de
son personnel ecclésiastique. À ce titre, Monsieur l’Abbé Pierre
Kimbondo fut sacré évêque auxiliaire de Kisantu en 1955 tandis
que Monsieur l’Abbé Joseph-Albert Malula le fut en 1959 pour
le compte de l’archidiocèse de Léopoldville.
erDu 15 mai au 12 juin 1955, Sa Majesté le Roi Baudouin 1
effectua son voyage triomphal au Congo et Ruanda-Urundi.
Patrice Lumumba eut l’occasion de s’entretenir longuement
avec lui à Stanleyville. Grâce à l’appui de M. Buisseret, Patrice
Lumumba figura parmi les Congolais invités en Belgique pour
un voyage d’études en avril et mai 1956. Mais, usant de faux en
écriture, il réussit à soutirer une somme de 120.000 FB (cent
vingt mille francs belges) au compte chèques postaux. Ainsi, le
25 juin de la même année, il fut arrêté à Stanleyville aussitôt
après son retour de Bruxelles. Condamné à deux ans de prison,
il interjeta appel à la Cour d’Appel de Léopoldville et sa peine
fut tour à tour ramenée à dix-huit et à douze mois. Il resta donc
en prison du 6 juillet 1956 au 7 septembre 1957. Désavoué par
les siens, toutes les associations de Stanleyville auxquelles il
avait adhéré furent indignées de cet acte et lui retirèrent leurs
cartes de membership. Suite à sa requête à la Cour d’Appel de
Léopoldville, Lumumba arriva en septembre 1957 à
Léopoldville, ville en pleine effervescence. Immédiatement
après sa libération le 7 septembre 1957, il fut engagé le
lendemain 8 septembre 1957 à la Brasserie du Congo
(BRACONGO) en qualité d’agent commercial. Grâce à son
éloquence, il réussit à séduire les masses populaires kinoises
dont il se servit par la suite comme tremplin pour son ascension
politique.
En 1955, le professeur belge flamand Jeff van Bilsen de
l’Université coloniale d’Anvers, publia en néerlandais un
document intitulé Plan de Trente ans pour l’émancipation de
l’Afrique dans lequel il préconisait pour l’indépendance de la
Colonie, une rallonge de 30 ans afin de préparer et d’éduquer
les autochtones congolais appelés à assurer le leadership. En
22 outre, le document prônait un Congo indépendant uni avec un
dispositif fédéral, concept qui, désormais, était devenu cher à
l’ABAKO en particulier et aux Bakongo en général. Le
manifeste de la Conscience Africaine et le contre manifeste de
l’ABAKO constituèrent en fait la réaction ou la réponse de la
classe politique au document du professeur flamand catholique.
En février 1956, ce document qui fut traduit et publié en
français circula non seulement en Belgique mais aussi au Congo
belge parmi les Congolais et attira vite l’attention des autorités
coloniales belges sur la nécessité de s’occuper aussi du
problème politique au Congo, car jusqu’alors, elles ne s’étaient
occupées que du social et de l’économique.
Du 24 avril au 24 mai 1956, Patrice Lumumba fit partie de la
délégation congolaise de 15 notables invités en Belgique.
erLe 1 juillet 1956, parut dans le mensuel dont Joseph Iléo
était rédacteur en chef, le manifeste de la Conscience Africaine
qui renfermait la réaction des intellectuels congolais catholiques
au Plan de trente ans publié en flamand en 1955 par le
professeur Jeff van Bilsen. Le document acceptait le processus
d’acheminement vers l’émancipation du Congo proposée par
son auteur, mais avec la participation des Congolais. Il prôna
pour sa part un Congo uni conforme aux frontières héritées de
la colonisation. Afin de mettre le Congo à l’abri du métastase
des partis politiques métropolitains, les signataires dudit
document s’opposèrent à la fondation au Congo belge des partis
politiques plus enclins à diviser les Congolais les uns des autres
qu’à les rassembler autour d’un idéal commun pour un Congo
uni, fort et prospère.
erLe 1 juillet 1956, Joseph Iléo et ses amis de Conscience
Africaine se sont réunis pour réfléchir sur la fondation d’un
parti national dans lequel se regrouperaient tous les
Congolais/Évolués sans distinction ethnique et tribal. Une
deuxième réunion se tiendra le 26 août 1956 pour étudier la
possibilité de lancer un mouvement national congolais à travers
le pays. Dans le cadre du Cercle Libéral de Léo, Lumumba et
ses amis membres dudit cercle se réunirent le 29 décembre
1957 pour préconiser le lancement d’un parti politique
d’inspiration libérale dénommé Mouvement Populaire Libéral
23Congolais. Malheureusement, les tentatives de 1956 pour la
création d’un mouvement national congolais et celles de 1957
sont mortes à l’étape embryonnaire.
Toujours en 1956, en vue d’étudier la teneur du manifeste de
la Conscience Africaine, l’ABAKO institua en son sein des
commissions chargées de produire des conclusions à soumettre
à l’approbation de l’Assemblée générale du mouvement réuni le
23 août 1956 sous la direction de Joseph Kasa-Vubu. Appelé
contre manifeste de l’ABAKO, le rapport final des commissions
prônait le multipartisme dans l’espace politique du Congo belge
contrairement au document du cercle d’études de Joseph Iléo et
compagnie, fondant son argumentaire sur un régime
démocratique où le pouvoir s’acquiert par les urnes à travers les
partis politiques qui constituent un mal nécessaire
incontournable.
Le 23 août 1956, le président de l’ABAKO Joseph Kasa-
Vubu qui avait lu les conclusions émanant des commissions à
l’Assemblée générale de cette formation, lança à la fin de son
exposé, les mots historiques percutants suivants : "puisque
l’heure est venue, il faut accorder aujourd’hui même
l’INDEPENDANCE IMMEDIATE plutôt que de la retarder
encore de trente ans. Notre patience a déjà dépassé les bornes".
C’est donc pour la première fois que ces mots devenus chers à
la lutte pour l’indépendance, furent prononcés publiquement par
le président de l’ABAKO. Désormais, l’indépendance ou
émancipation ou encore autonomie interne du Congo n’était
plus qu’une question de temps.
Le 16 juin 1957, les masses congolaises à Léopoldville
lapidèrent les voitures européennes pour manifester leur
mécontentement vis-à-vis de l’arbitrage malheureux lors d’un
match de football opposant une équipe belge à une équipe
congolaise.
Le 8 décembre 1957, les premières élections municipales
furent organisées à Léopoldville (Kinshasa), à Elisabethville
(Lubumbashi) et à Jadotville (Likasi), élections à travers
lesquelles les autorités coloniales étaient déterminées à
annihiler la montée fulgurante de l’ABAKO et le mouvement
pour l’indépendance immédiate qui avait atteint un niveau très
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