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L'abécédaire de la Rome Ancienne

De
274 pages
A l'image de la Grèce, de l'Egypte, de la Mésopotamie, de l'Afrique, la Rome ancienne continue telle une sève à alimenter nos générations. Il importe d'en maintenir l'initiation et la connaissance. L'abécédaire de la Rome ancienne se veut être un outil pédagogique de maniement aisé à l'intention de tous les publics, prioritairement scolaires, qui ont à coeur de s'instruire sur cette société.
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Du même auteur Chez l’Harmattan La Rome ancienne : 1er siècle avant Jésus-Christ. – 1er siècle après Jésus-Christ., 2006 (Préface du Professeur Fabien Kange Ewane ; Postface du Professeur Saliou Ndiaye). Vivre et Mourir à Rome et dans le Monde Romain, 2007 (Préface du Professeur Pierre Solina N’dombi). En préparation - Essai de Méthodologie pour un Compte rendu critique (L’exemple de la Rome Ancienne). - GUIDE PRATIQUE pour l’élaboration et la soutenance d’un travail de recherche (Master, Thèse) en Histoire Ancienne. - L’épreuve d’Histoire Ancienne aux examens. Conseils pratiques. - Les Romains et la mer : points de vue.

En bienheureux hommage à Aimé Césaire, « ce nègre fondamental », In memoriam. A l’attention de mes étudiants et de toute la jeunesse africaine, qui rêvent d’un continent renouvelé !

« Ignorer ce qui s’est passé avant qu’on ne soit né, c’est être toujours enfant. » Cicéron.

SOMMAIRE
Préface……………………………..………………....……..…………........15 Introduction Générale…………………………….………...………...……19 Chapitre I : Une société de pouvoir…………………………………..…...25 Introduction…………………………………….............................................27 La domus familiale…………………………………….……...….…….…...29 Introduction………………………………….................................................31 Conclusion……………………………….......................................................51 L’univers social……………………………..……........................................53 Introduction…………………….....................................................................55 Conclusion…………………………………….……...……………………...97 Chapitre II : Un univers de savoir……………………………....…......….99 Introduction…………….……………………………...…………...……....101 Les hommes et les « matières » du savoir………….……..……...............103 Introduction……………………………………………...……....................105 Conclusion……………….............................................................................117 Les métiers de l’esprit et les infrastructures intellectuelles…….............119 Introduction……………..……………………………………………….....121 Conclusion………………..………………………………………………...129 Chapitre III : Une société militarisée………………................................131 Introduction………………………………………………………………...133 Les gens d’armes………………………….................................................135 Introduction……………….…………………..............................................137 Conclusion……………………..………..…….............................................147 Les « choses militaires »………………………..........................................149 Introduction…………………………………………...................................151 Conclusion……………………………………………………………….....163 Chapitre IV : Un univers fortement religieux………………………......165 Introduction…………….…………..............................................................167 Les « Hommes de foi » et les Divinités……………………………….......169 Introduction……………...…………………...….………………………....171 Conclusion………………….........................................................................197 Les infrastructures spirituelles……………………..………....................199 Introduction……...........................................................................................201 Conclusion…………………….....................................................................205 Chapitre V : Un milieu de plaisirs…………………………….................207 Introduction…………...................................................................................209

Les hommes et les « choses de plaisir »…………......................................211 Introduction……………………………………...........................................213 Conclusion……………………………….....................................................223 Les infrastructures de plaisir…………………………….........................225 Introduction………………………………………………………….…..…227 Conclusion……………….............................................................................235 Conclusion Générale……………………...................................................237 Sources et Bibliographie………………………………………………….241 Sources Juridiques………………………………………………………….242 Bibliographie……………………………………………………………….243 Cartes……………………………………………………………………....247 Iconographie………………………………………………………………251 Table des Matières……………………………………………………......261

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REMERCIEMENTS
Au moment où nous mettons un point final à cette œuvre, nous nous en voudrions de ne pas remercier et congratuler tous ceux qui, parents et amis, n’ont ménagé aucune peine pour donner à cette production la forme qu’elle revêt en cet instant. Nos pensées vont d’abord à l’endroit de Monsieur le Professeur Alexis Mengue M’Oye, pour avoir bien voulu réaliser la Préface de cet ouvrage. Nos pensées s’orientent également vers toute la communauté estudiantine de l’Université Omar Bongo- U.O.B.- et tout spécialement vers les étudiants des départements d’Histoire et Archéologie et de Géographie, tous niveaux confondus, qui se sont toujours arrachés les exemplaires des œuvres précédentes que nous avons mises à leur disposition et qui les ont toujours saluées avec un zeste de fierté, ne manquant aucune occasion de nous adresser leurs sincères et franches félicitations. Un puits de réconfort. Que les Vétérans et les Amazones des Cahiers d’Histoire et Archéologie – CHA– en soient remerciés. Aucun mot ne saurait exprimer toute la gratitude sincère et entière que nous devons à notre petit « comité de France » à la tête duquel trône inlassablement notre ami et cadet William Charlys Mbadinga, Doctorant en Histoire Ancienne à Paris XII-Val de Marne, personnage dévoué, disponible et éminemment serviable, qualités peu évidentes en ce bas et triste monde. Nous ne pourrions oublier tous ceux de nos collègues et amis dont les encouragements sont toujours apparus comme un soutien de tous les instants : Pr Fabien Kange Ewane, Pr Paul Nda, Pr Augustin Dibi Kouadio, Pr Pierre N’Dombi, Pr Abraham Ndinga Mbo, Pr Djarangar Djita Issa, Pr Saliou Ndiaye, Pr Dieu-Donné Meyo Me Nkoghe, Pr Bernard Nganga, Pr André-Parfait Bokiba, Pr Kodjona Kadanga, Pr Noël Adjo Guebi, Dr J-F Jean-François Owaye, Dr Wilson André Ndombet, Dr Jean Célestin Ky, Dr Roger Mboumba Mbina, Dr David Mokam, Dr Aggée Célestin Lomo Myazhiom, Dr Monique Mavoungou Bouyou, Dr Abraham Nyama, Dr Léopold Codjo Rawambia, Dr Wilson André Ndombet, Dr Gilchrist Anicet Nzengue Inguemba, Dr Eliane Bouendja, Dr Rufin Didzambou et tous les autres ! Enfin, que Laetitia Lishou, Secrétaire aux Presses Universitaires du Gabon - P.U.G.- qui a réalisé ce prêt-à-clicher et qui a toujours fait preuve d’une sympathie inaltérable et d’une disponibilité à toute épreuve, accepte l’expression profonde de notre réelle gratitude.

PREFACE
L’Abécédaire de la Rome Ancienne, tel est l’ouvrage que Monsieur le Professeur Hugues Mouckaga va devoir livrer, au public, quelques mois seulement après La Rome Ancienne Ier siècle avant J.-C. – Ier siècle après J.C. et Vivre et Mourir à Rome et dans le Monde Romain. Après avoir été annoncé avec fracas depuis quelques mois, il va donc bientôt être là, à portée de nos mains, pour garnir nos intelligences et densifier nos esprits ; il va alimenter les rayonnages de nos bibliothèques, intégrer les librairies d’ici et d’ailleurs et combler une série de lacunes. Sois le bienvenu ! Au moment de réaliser cette Préface, deux sentiments mêlés se dégagent donc : fierté et soulagement. Fierté de voir mon jeune collègue, éminent spécialiste de l’Histoire ancienne de Rome et auteur qui s’est toujours voulu prolifique, dynamique et discret chercheur, passionné de science et bienheureux disciple, parmi d’autres, de Monsieur le Professeur Jean-Pierre Martin, avec qui j’ai fait, à l’U.O.B. et à Reims Champagne-Ardenne, l’essentiel de mes « Humanités » en Histoire Ancienne, discipline particulièrement aride et qui compte très peu de spécialistes, produire, à un rythme de métronome, des œuvres de bonne facture, qui font autorité. Soulagement de le voir mettre à la disposition du public savant et moins savant, une réflexion qui faisait encore largement défaut. Bravo donc !!! Aurait-il été possible de réagir autrement ? Nous ne saurions l’admettre. Car après des siècles de gloire, les « Humanités » qui se caractérisent essentiellement par une fréquentation assidue des mondes grec et latin se sont considérablement essoufflées ou émoussées. La consécration de leurs langues – le latin et le grec – inexorablement rangées au placard des mentalités collectives sous l’étiquette de « langues mortes », a fini d’effacer des programmes de nos écoles, lycées et collèges, les plages horaires qui tentaient de maintenir la flamme allumée à travers des cours d’initiation au latin ou au grec dont les spécialistes se font du reste de plus en plus rares. C’est là l’explication la plus rationnelle du manque d’engouement de nos étudiants qui, une fois rendus à l’Université et inscrits au département d’Histoire, ne se sentent guère attirés par une histoire dont ils ne disposent d’aucun repère ou presque. L’ouvrage de Monsieur le Professeur Hugues Mouckaga vient donc à propos dans un univers où les plus élémentaires rudiments de l’Antiquité sont attendus comme autant de motifs de

régénération de l’intérêt perdu pour les études anciennes en général, et pour l’Histoire romaine en particulier. En lutte contre une tendance légitime de privilégier l’Histoire régionale de notre continent, qui en a besoin et qui gagnerait d’ailleurs à tendre vers une plus lointaine prospection de son passé, l’Antiquité affiche des tableaux de fréquentation qui ne cadrent point avec tous ses apports à l’élaboration des concepts constructeurs de la vie quotidienne de nos sociétés. Là-dessus, les mots du philosophe et éminent homme de cour Sénèque, me viennent à l’esprit. Il enseignait notamment : Nisi ingratissimi sumus, illi clarissimi sacrarum opiniorum conditores nobis nati sunt, nobis uitam praeparauerunt. Ad res pulcherrimas ex tenebris ad lucem erutas alieno labore de ducimur ; nullo nobis saeculo interdictum est, in omnia admittitur et, si magnitudine animi egregi humanae imbecillitatis augustias libet, multum per quod spatiemur temporis est1. Cependant, une chose est de remuer et de scander les mobiles d’adhésion à un document scientifique, une autre est de le rendre accessible. Voici comment un livre, qui peut paraître, en première lecture, quelque peu simpliste au regard de son titre, circonscrit son intérêt majeur, celui de réconcilier des publics totalement sevrés des BA-ba de l’Histoire ancienne de Rome au moyen d’un lexique de consultation si aisée. Les uns et les autres ne s’orienteront vers notre matière et consentiront aux efforts d’en approfondir l’étude qu’autant qu’ils auront pu manier et manipuler des concepts fondamentaux qui constituent la substance de l’Antiquité. Pour ma part, je vois, en ce volume, aussi bien l’espoir que la conviction de rendre un immense service aux chercheurs de tout niveau qui y trouveront un bréviaire sobre, pratique et particulièrement maniable. Par cette publication, l’auteur vient combler un vide en offrant au public – dans toutes ses variétés, mais n’ayant en partage que l’intérêt à l’Histoire du monde romain – un ensemble de repères spécifiques qui ne manqueront pas de guider les pas des lecteurs dans ce labyrinthe dont le moindre détail, inexpliqué, a réussi à dérouter plusieurs contemporains. Il est à ce propos bien judicieux d’avoir évité de recourir au traditionnel appareil sophistiqué de l’érudition scientifique à travers un sujet consacré non pas à un thème monographique, mais à une multitude de clichés sur Rome et les Romains
1 De Breuitate vita, XIV, 1 : A moins d’être les derniers des ingrats, nous reconnaîtrons que les fondateurs des saintes doctrines sont nés pour nous ; c’est pour nous qu’ils ont organisé la vie. Quand nous marchons vers ces vérités sublimes amenées des ténèbres à la lumière, c’est le labeur d’un autre qui nous guide ; aucun siècle ne nous est interdit, nous avons accès à tous, et si la grandeur de nos aspirations tend à franchir les limites de la faiblesse humaine, nous avons un vaste espace de temps à parcourir.

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que l’auteur s’efforce d’éclairer et d’enrichir de divers points de vue complémentaires. Nul doute que nos apprenants trouveront dans le présent recueil des réponses exhaustives à leurs attentes et que, surtout dans un milieu où les spécialistes sont plutôt rares, ces derniers voudront bien lui reconnaître quelque utilité, en s’en inspirant autant que possible. Il me reste à souhaiter que d’autres études du même ordre soient menées sur l’Antiquité, en empruntant, comme ici, une plume volontairement accessible. L’Histoire du vocabulaire abstrait de nos langues modernes – estil nécessaire de rappeler que ce vocabulaire est, avant tout et en grande partie un vocabulaire d’emprunt savant aux Latin et Grec ? – impose un meilleur regard et une plus vive attention à accorder aux sciences de l’Antiquité. Ce livre met incontestablement à la disposition du public de belles perspectives de familiarisation avec le monde romain et même gréco-romain, en même temps qu’il suscite bien de beaux sujets de recherche pour tous ceux qui, au-delà de mots répertoriés ici, s’intéressent aux idées qu’ils soustendent et à leurs évolutions spécifiques. Enfin, au moment où, lentement, se met en place l’Ecole de Libreville en Histoire Ancienne, une structure que nous forgeons de nos tendres mains encore en petit comité et que nous voulons voir devenir le fleuron de la recherche dans cette discipline en Afrique Centrale et même en Afrique de l’Ouest et au-delà, nous disposons, là, d’un instrument de connaissances et de recherches de première main, d’un outil didactique de prime importance. Un ouvrage qui se lit aisément et qui offre une bonne synthèse sur des questions de toutes natures. Une production qui arrive à point nommé ! Libreville (Gabon), le 18 mars 2007. Professeur Alexis Mengue M’Oye Habilité à Diriger les Recherches (H.D.R) en Histoire et Civilisation de l’Antiquité de l’Université de Paris IV-Sorbonne (France) ; Maître de Conférences ( C.A.M.E.S.) en Histoire Ancienne à l’Université Omar Bongo (U.O.B.) de Libreville ; Membre de la Société Française d’Etudes Epigraphiques sur Rome et le Monde Romain (S.F.E.R. Paris I-Paris IVSorbonne) ; Membre de l’Association des Historiens Francophones (AH.F.).

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INTRODUCTION GENERALE
Qu’entendre par vétéran ? Quelle explication donner à la notion de domus, à celles d’évergète, de villa, de gladiateur, de légion, de limes, de grand pontife, de vestale…. ? A quelle réalité renvoient des noms comme Auguste, Trajan, Jules César, Cicéron, Tibère, Septime Sévère, Hannibal, Vercingétorix, Jugurtha, Tacfarinas … ? Quelle réalité recouvrent des mots comme Augustus, Mens, Felicitas, Capitole, Mater familias, etc. ? Mais aussi, comment comprendre des périodes comme la Monarchie, la République, le Principat, le Dominat, qui ont segmenté la vie de Rome ? Dans quelle période situer tel ou tel personnage, ou encore tel ou tel fait ? Qu’ils sont nombreux, les élèves qui, sortis de leurs études secondaires, participent, dès leur première année d’études à l’Université, à des cours sur l’Histoire romaine, sans être capables d’y répondre avec célérité et exactitude ! Mais qu’ils sont aussi nombreux ceux qui, même après avoir suivi des cours parfaitement élaborés auprès d’Enseignants de haut niveau et de qualité appréciable dans cette même discipline, sont incapables de situer les faits et de donner des indications exactes sur les uns et les autres de ces faits ! Qu’il s’agisse de l’Université Omar Bongo (U.O.B.) de Libreville, de l’Université Cheikh Anta Diop (U.C.A.D.) de Dakar, de l’Université de Yaoundé I, de celles de Ngaoundéré, de Douala, de Dschang, de Lomé, de Cotonou, de Ouagadougou, de Cocody, de Nyamey… mais aussi de Paris, de Reims, de Lyon, de Rennes, de Bordeaux, etc., les étudiants inscrits dans ces Institutions font toujours face, à quelques variantes près, aux mêmes difficultés, dans l’appréhension des pans, même les plus ténus, de la vie de Rome dans l’Antiquité, quand démarrent leurs études universitaires en Histoire. Certes, comme à l’Université de Libreville, il y en a qui ont eu un cursus studiorum lisse dans leur parcours scolaire au niveau du secondaire, qui ont eu une « chevauchée scolaire » impeccable, et qui ont pu s’instruire suffisamment des « choses » de Rome par eux-mêmes, pratiquement en autodidactes, au point d’entretenir sur tel ou tel fait avec aisance et science ; mais il y en a aussi d’autres – les plus nombreux d’ailleurs- qui en ont une connaissance lacunaire au point de rester aphones, complètement fermés, dès que cette société est évoquée !

Pour expliquer ces insuffisances, un argument a souvent été avancé dans la plupart des pays où ce phénomène se produit : la place de l’Histoire Ancienne dans les programmes d’enseignement élaborés par le Ministère de l’Education ou de l’Enseignement, pour le compte du secondaire. N’est-ce pas, en effet, ce Département Ministériel qui « légifère », donne quitus, avalise, oriente et précise les contenus des programmes de cours à dispenser aux jeunes élèves ? Par le canal de son bras séculier, les Inspecteurs Pédagogiques, il élabore, en amont, les curricula, définit les profils selon les niveaux d’études et leur donne un caractère officiel avant de les faire appliquer, en aval, par les Enseignants. Et dans cet agencement, l’Histoire de Rome – comme celle de l’Egypte, de la Grèce, de la Mésopotamie… - occupe la portion congrue, puis que dispensée entre les classes de 6e, de 5e et parfois de 2e uniquement ! Une répartition a priori compréhensible, et pour cause : cette tranche chronologique porte sur le lointain passé, la première phase de l’ère historique, celle qui succède à la préhistoire et qui respecte le principe selon lequel « il faut partir du plus lointain pour parvenir au plus récent ». Mais une répartition qui a un inconvénient majeur : elle porte sur une société et partant sur une période qui n’a aucune prise sur la réalité, qui n’a aucune commune mesure avec l’univers contemporain, qui comporte un côté exotique et donc totalement étranger, comme l’indiquent si bien à propos J. Scheid et R. Hanoune : « Le monde romain est aussi loin du monde actuel que celui des Pharaons, des Carthaginois ou des Gaulois. L’héritage linguistique, culturel, juridique de la civilisation romaine ne doit pas cacher son exotisme. Dans les domaines les plus divers… les habitants du monde romain vivaient et pensaient autrement que nous… »2. Résultat : l’ignorance sur cette période et sur ces sociétés disparues ôte chez les uns et les autres des apprenants la possibilité de s’enrichir d’un passé croustillant, de s’alimenter de la sève d’un vécu riche et enrichissant des hommes et des femmes de cette période et donc de nourrir ces esprits jeunes de repères solides et d’expériences fortes. Nous ne doutons pas que nos experts ès pédagogie des différents Ministères de l’Education ou de l’Enseignement aient cru bien faire en reléguant l’étude de cette ère le plus loin possible, c’est-à-dire au niveau des élèves qui intègrent nouvellement l’enseignement secondaire et qui ont encore des esprits fragiles, « neufs », au point de laisser l’apprentissage des sociétés du monde moderne et contemporain aux niveaux de formation proches de l’Université et donc assurés en direction des élèves les plus avancés et les plus aguerris intellectuellement. Mais quel procédé regrettable au regard des réalités vécues sur le terrain ! Car les résultats de ce procédé
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Dans Nos ancêtres les Romains, Découvertes, Gallimard, Paris, 1993, p. 14

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sont là, têtus, implacables ; il suffit de s’appuyer, pour s’en convaincre, sur ceux que nous ont fournis à l’Université de Libreville au cours des années académiques 2000- 2001, 20001-2002, 2002-2003 et 2003-2004 nos étudiants, pour nous en rendre compte : 2000-2001 : sur 450 étudiants que comptait la 1ère année du Département d’Histoire et Archéologie de cette Institution, 50 à peine – en majorité des redoublants ! – étaient capables, dès le démarrage des cours, de donner des indications sur, entre autres, le nom du fondateur de Rome, la date de la fondation de cette cité, le nom de Jules César, la signification des guerres puniques, le nom de Cicéron, le contenu du triumvirat… ; des thèmes pourtant à la portée de tous les esprits ! Légère amélioration l’année suivante : sur 350 inscrits dans ce niveau d’études, 65 en avaient les capacités. Une tendance qui n’évoluera pas conséquemment les années suivantes : 58 sur 300 et 45 sur 250. Certes, des raisons de toutes natures avaient été avancées par les Enseignants et même les responsables académiques et pédagogiques pour expliquer cet état de fait : la paresse des étudiants, partisans du moindre effort et de ce fait réfractaires à toute forme de « sacrifice intellectuel », la faiblesse généralisée des générations entières des élèves qui intègrent, ces dernières années, nos Universités, faiblesses que l’on détecte d’ailleurs depuis le cycle secondaire et qui donnèrent lieu, au Gabon, à la tenue des Etats Généraux de l’Education en 1983. Si ces arguments ont une forme de validité que l’on ne saurait contester, doit-on cependant les considérer comme les seuls ? Convient-il de s’en complaire au point de ne pas explorer d’autres pistes ? Ne convient-il pas aussi de prendre en compte d’autres facteurs, y compris les plus insoupçonnés, en creusant le problème, afin de ne pas arriver à une forme de quadrature du cercle ? L’ignorance flagrante manifestée en Histoire romaine par nos élèves sortis des Lycées et Collèges, ne doit-elle pas aussi être imputable à des problèmes structurels liés au fonctionnement même du Ministère de l’Education ou de celui de l’Enseignement ? Question sensible et provocatrice à tout le moins car touchant à l’essence même d’un mammouth (dixit Claude Allègre), autrement dit d’un secteur puissant, lourd et pesant, à une corporation peu encline à se saborder, à faire son auto-critique, à regarder dans le rétroviseur, mais question vitale car nécessaire à la survie d’une discipline majeure, mais aussi à la formation équilibrée des élèves engagés dans la poursuite des études d’Histoire. Pour notre part, nous pensons que des pistes existent et méritent d’être explorées. Parmi celles-ci, nous retenons celle de la « contemporénéisation » de l’Histoire ancienne de Rome, autrement dit son « actualisation », son alignement sur les autres sociétés et les autres périodes 21

historiques, aux fins de lui ôter son exotisme et son éloignement du présent et des préoccupations immédiates, quotidiennes. Ce qui veut dire, en d’autres termes, qu’il incombe de considérer l’Histoire ancienne comme une simple séquence temporelle de l’Histoire, une période parmi les autres et par conséquent une ère qui joue le même rôle : mettre l’homme en rapport avec son passé, le sortir de son amnésie, pour qu’il sache qui il est, d’où il vient, où il est et, éventuellement, comment construire son identité, son avenir ; comme les autres tranches chronologiques, la considérer et la faire considérer comme contribuant fortement à la revisitation de notre passé, collectif ou / et individuel, à la restauration de la mémoire collective, à l’exercice de notre devoir de mémoire et, plus largement, à la formation de l’Homme, de tout l’Homme. Mais pour ce faire, une solution collatérale s’impose : procéder à un retour « héroïque » à l’apprentissage des langues dites mortes, essentiellement le latin et le grec, parce que linguae francae ; faire de ces langues véhiculaires dans ces sociétés disparues, des langues qui nous soient familières, qui fassent partie de nos cultures, des langues de communication et d’échanges ; des langues qui fassent partie de notre paysage linguistique, au même titre que le français, l’anglais, l’espagnol, l’allemand, etc. Mais ce n’est pas tout, à notre sens : il faut aussi trouver une autre classification de cette matière dans l’arsenal de celles qui sont dispensées dans le domaine de l’Histoire, de manière à lui trouver le même attrait que les périodes postérieures, c’est-à-dire, la période moderne et la période contemporaine. Enfin, et last but not least, il faut vulgariser cette discipline, ce qui veut dire qu’il faut impérativement tordre le cou à cette tendance fâcheuse, rétrograde et nauséabonde qui consiste à ravaler l’Histoire de Rome et, plus largement, ancienne, au rang de « discipline mythique », « magique », seulement accessible à des esprits particuliers, rares, mais en en faisant une discipline comme les autres, à la portée de tous. C’est vers cette tendance, croyons-nous, qu’ont convergé, en France, et ce au cours de ces vingt dernières années, des enseignants chevronnés, érudits et parfaits savants dans leurs domaines, en réalisant des ouvrages de belle facture, compréhensibles, maniables et adaptés à tous, y compris aux jeunes esprits. Dans cet ensemble homogène, nous nous en tiendrons, entre autres, à M. Christol et D. Nony, Des origines de Rome aux invasions barbares, Paris, Hachette, 1974, M. le Glay, J.L. Voisin, Y. Le Bohec, Histoire Romaine, Paris, P.U.F., 1991, N. Grimal, S. Le Bohec, J.-P. Martin, O. Rouauld, Dictionnaire des biographies. 1. l’Antiquité, Paris, A. Colin, 1992, J.-P. Martin, A. Chauvot, M. Cebeillac-Gervasoni, Histoire Romaine, Paris, A. Colin, 2001, M.P. Armand Lindet, Histoire et politique à Rome : les historiens romains (IIIe s. av. J.-C- Ve s. ap. J.-C.), Bréal, 2001… Une 22

brochette de Romanistes compétents, dont les contributions de haute volée ont été fortement appréciées et saluées par la critique, mais aussi par leurs principaux destinataires, les étudiants et les simples férus de l’Histoire ! C’est pourquoi nous avons cru utile de réaliser, à notre tour, ce modeste ouvrage, que nous avons intitulé L’Abécédaire de la Rome Ancienne. Cet ouvrage se veut donc être la continuation de ceux qui ont été produits par nos devanciers. Ce n’est point une production savante, mise à la disposition des savants, d’un public éclairé, érudit, parfaitement au fait des réalités pointues et suffisamment acérées de Rome ; il s’agit plutôt d’un simple manuel proposé à ceux des étudiants qui, pour combler leurs lacunes et s’aguerrir des « choses de Rome » veulent, à portée de main, avoir une palette de mots et d’idées sur cet univers, de manière à tenter d’en comprendre certaines des caractéristiques. L’Abécédaire de la Rome Ancienne est donc une sorte de vade mecum usuelle, une sorte de « press book », un « livre de poche », un « accompagnateur », un « manuel de secours », réalisé dans le but de faire saisir les réalités de Rome tout au long de son histoire. Plus largement, il se veut être, pour le grand public, pour la masse moyennement lettrée, un outil essentiel, maniable, facile d’accès, aisément compréhensible car débarrassé de son « côté ésotérique » et donc sectaire, et qui permet de saisir le fonctionnement du dedans et du dehors de Rome et, au-delà, du monde romain dans l’Antiquité ! Certes, on n’y trouvera pas tous les mots que comporte l’histoire de cette société, pendant les treize siècles qu’a durée sa vie ; mais on y verra les termes de base, les fondamentaux, les « éléments premiers » qu’il faut connaître pour comprendre Rome dans son intérieur et dans son extérieur ! On l’a ainsi subdivisé en cinq chapitres : - le premier qui montre le caractère hiérarchisé de la société romaine, société de classes, de paliers, d’inégalités ; un univers tellement compartimenté que toutes ses composantes ne pouvaient être logées à la même enseigne. Qu’il s’agisse du pater familias, de la mater familias, de l’esclave, de l’enfant, de l’affranchi ou encore de l’étranger, le pérégrin, de la domus ou de l’ensemble de la société, chacun était à sa place : point de mélange de genres ! - le second qui explore un aspect important, celui de la connaissance, celui du (des)savoir(s), comme pour montrer que Rome ne fut pas qu’une société d’analphabètes, d’inculturés, réduits à ne cultiver que « leur jardin » sans aucune capacité de conception, de conceptualisation, de contextualisation ; elle développa, comme le firent, avant elle, la Mésopotamie et l’ Egypte, 23

entre autres, les choses de l’esprit, au point d’apparaître, peu après, comme la terre d’élection du savoir ; - le troisième qui apporte des indications sur le côté guerrier, belliciste, « soldatesque » de la société ; un univers de guerre, une Ville en guerre, obnubilée par sa hantise de l’emporter à tout prix sur ses ennemis, qui tient à exercer son imperium, le « vouloir commander », et qui s’appuie, en cela, sur des instruments imparables : la légion, fer de lance de l’œuvre d’expansion territoriale, les troupes auxiliaires, force d’appoint et constituées des socii, les alliés, et, à l’occasion des guerres contre les Orientaux et les Puniques, la marine ; - le quatrième qui met l’accent sur la religiosité de la société ; un monde ouvert aux dieux, pieux, qui entretient un pacte tacite et explicite avec eux, le do ut des, le donnant- donnant, sur la base d’une véritable confiance, d’une inaltérable croyance, en en faisant les principaux piliers de la vie et les premiers responsables de toute action positive ou négative ; - le cinquième, enfin, qui examine un aspect tout aussi important et qui a fait la singularité du milieu romain : les plaisirs ; autrement dit, les loisirs, la détente, le divertissement et que Juvénal, auteur de l’époque impériale, a exprimé par un terme qui a traversé et influencé les âges, les jeux (de cirque) - circenses-, lui adjoignant, dans le même temps, un autre, qui s’est inscrit dans la même logique et qui a fait partie de la singularité romaine : le pain (ou, pour être plus exact, la distribution gratuite du blé) – panem- . Des thèmes qui ont toute leur importance et qui permettent, en les examinant selon l’ordre alphabétique, de saisir des pans entiers de la Rome ancienne !

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Chapitre I Une société de pouvoir

« Un chef (d’Etat) africain n’abdique que s’il a la bouche pleine de sang. » Dicton africanophobe.

« Un vieillard assis voit mieux qu’un jeune homme debout. » J. Ki Zerbo. « Appeler les femmes le sexe faible est une diffamation. » Le Mahatma Gandhi. « Rien ne rehausse l’autorité mieux que le silence, splendeur des forts. » Ch. de Gaulle.

Introduction
A Rome, trois termes étaient souvent utilisés pour exprimer le pouvoir : imperium, auctoritas, potestas. Le premier émanait d’imperare, qui a donné lieu à la notion d’impérialisme, notion d’où émane le pouvoir absolu, celui exercé par la puissance tutélaire, qui a la haute main sur le territoire sur lequel s’exerce ce pouvoir mais aussi sur les hommes qui l’habitent. Ce terme fait ressortir l’idée de pouvoir de commandement ; il véhicule la force physique, celle du poignet, celle obtenue après l’usage de la contrainte, la coercitio et qui s’exerce, au quotidien, avec autorité ; c’est elle qui a la portée la plus forte puis qu’elle recouvre tous les domaines de la vie romaine : politique, domestique, civique ; c’est le pouvoir dévolu au pater familias, le chef de famille, mais aussi au chef militaire, l’imperator, et à une certaine catégorie de magistrats, les magistrats supérieurs. Le second a une connotation essentiellement religieuse ; il fait ressortir la propension de celui qui l’exerce à se transcender, à aller vers l’audelà, vers les divinités et donc à être en pleine croissance et à s’élever audessus des hommes ; c’est donc le pouvoir détenu surtout par les prêtres et revêtu par des magistrats dont la fonction a une connotation religieuse. Le troisième a un contenu moins pondéreux, plus fade ; il bénéficie aux magistrats inférieurs et n’en reste pas moins vecteur d’autorité ! Celui qui en est investi n’est pas comme le citoyen ordinaire ; il est le chef, il assure le commandement et participe à l’orientation de la vie civique. Tout cela pour montrer que Rome est une société de pouvoir. Il en est qui l’exercent, l’appliquent parfois sans ménagement, il en est aussi qui le subissent. Rome est donc aussi une société de hiérarchie ! Comment prétendre le contraire lorsque l’on jette un regard sur cet univers ? Non seulement il est constitué de composantes diverses qui participent à la régulation de la famille–père de famille, mère de famille, enfants, esclaves, affranchis-, mais encore il reste profondément marqué par des paliers au sein de la société elle-même : le patricien côtoie le plébéien, le consul avoisine l’édile ou le préteur et le questeur, le patron et le client se tiennent pratiquement au coude à coude mais sans pour autant qu’ils ne soient mis sur le même pied, sans qu’ils ne soient considérés comme de purs et parfaits égaux. De ce point de vue, Rome apparaît comme une société inégalitaire, un monde fragmenté, parcellisé, classifié. Une situation nécessaire en ce qu’elle permet l’équilibre de la société, si l’on s’en tient à ces propos que Cicéron tint, par référence à son maître, Platon – d’où son nom d’homo platonicus-: