L'ACTION FRANCAISE ET L'ETRANGER

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L'Action française et les idées de Charles Mauras ont eu un rayonnement considérable dans le monde. Même après la condamnation pontificale de 1926. Conçu pour combler cette lacune, ce livre évalue les empreintes de la doctrine maurassienne dans des pays ou des régions prêts, à des degrés divers, à en adapter les préceptes et les modalités d'action. Comment, hors de France, les intellectuels attirés dans l'orbite de l'Action française ont-ils tenté d'acculturer ses enseignements dans leurs conceptions de la nation, de l'État et de la société.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296275416
Nombre de pages : 151
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L'Action française et l'étranger
Usages} réseaux et représentations de la droite nationaliste française

Catherine

POMEYROLS

et Claude HAUSER

(eds.)

L'Action française et l'étranger
Usages, réseaux et représentations de la droite nationaliste française

L' Hannattan 5-7, me de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Hannattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Hannattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino IT ALlE

HISTOIRE

AU PRÉSENT

se donne pour objectifs principaux: - promouvoir les échanges entre historiens, équipes et centres de recherche en France et en Europe; - rendre compte des recherches les plus novatrices dans les différents domaines historiques; - contribuer à une réflexion sur le métier d'historien et les méthodes de la recherche historique, dans le cadre d'ensemble des sciences humaines; - ouvrir une revue scientifique aux travaux des jeunes chercheurs et des historiens débutants. Toute proposition d'article à la revue est à envoyer à Sources. Travaux historiques. HISTOIRE AU PRESENT, 24 rue des Écoles, 75 005 PARIS

Ce volume reprend avec des modifications les textes réunis dans le n° 53-54 de la revue Sources. Travaux historiques publiée par l'Association Histoire au Présent.
cg L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-1778-0

INTRODUCTION

Les auteurs:
Catherine Pomeyrols, née en 1964, ancienne élève de l'ENS de Saint-Cloud, est maître de conférences à l'Université de Nantes; a publié Les intellectuels québécois, formation et engagements, 1919-1939, L' Harmattan, 1996 ; « Une histoire en chantier: intellectuels québécois et guerre d'Espagne. Autour d'André Laurendeau. », dans Histoires d'Europe et d'Amérique. Le monde atlantique contemporain, Nantes, Ouest-Éditions, 1999. Elle coordonne ce volume avec Claude Hauser. catherine. pomeyrols @humana.univ-nantes.fr Claude Hauser, né en 1965, est maître-assistant auprès de la Chaire d'histoire contemporaine de l'Université de Fribourg. Auteur d'une thèse intitulée Aux origines intellectuelles de la Question jurassienne, culture et politique entre la France et la Suisse romande 1910-1950, il travaille sur l'engagement politique des intellectuels dans le monde francophone. Il est membre du comité du Groupe de recherche en histoire intellectuelle contemporaine (GRHIC). Il coordonne avec Catherine Pomeyrols ce volume. Alain Clavien. Né en 1957, docteur en sciences politiques, Alain Clavien est chargé de cours à l'Université de Neuchâtel et membre du Groupe de recherche en histoire intellectuelle contemporaine. Il poursuit des recherches sur l'histoire des intellectuels et de la presse en Suisse romande. Dernier ouvrage paru: Histoire de la Gazette de Lausanne. Le temps du colonel, 1874-1917, Vevey, L'Aire, 1997 Jacques Prévotat, professeur d'histoire contemporaine à l'Université Charles de Gaulle Lille 3, spécialiste d'histoire religieuse contemporaine, a publié Etre Chrétien en France au XXO siècle, Seuil, 1998 et Les catholiques et l'Action française, Fayard, 2001. Denis Rolland, professeur d'histoire contemporaine à l'université Robert Schuman (Strasbourg 3) est spécialiste d'histoire des relations internationales et d'histoire culturelle (XXe siècle), avec une zone de prédilection, l'Amérique lusophone et hispanophone. Il a publié récemment La crise du modèle français (PUR, 2000), Louis Jouvet et le théâtre de l'Athénée (L'Harmattan 2000), Mémoire et imaginaire de la France en Amérique latine (L'Harmattan 2000), L'Espagne, La France et l'Amérique latine (L' Harmattan 2001). denisrolland @freesurf.fr Cécile Vanderpelen (Bruxelles, 1974) prépare actuellement une thèse de doctorat en histoire à l'Université libre de Bruxelles portant sur "Le monde catholique et la littérature en Belgique francophone (1918-1939)" grâce à une bourse Mini-Arc allouée par son université. Elle a notamment écrit "La Plume et le bénitier. Les écrivains catholiques de langue française de la Belgique des années vingt", paru dans les Cahiers d'histoire du temps présent (Bruxelles, 1999).

INTRODUCTION: INTELLECTUELS ET NATIONALISME MAURRASSIEN, pour une histoire comparée
Claude HAUSER Catherine POMEYROLS

La genèse de ce projet d'histoire comparée remonte à une collaboration entamée voici cinq ans dans le cadre du Groupe de Recherche sur l'Histoire des Intellectuels animé à l'Institut d'Histoire du Temps Présent par Nicole Racine et Michel Trebitsch. Travaillant alors tous deux à des recherches mettant en confrontation des groupes intellectuels avec le développement des }j}tationalismesau Québec et en Suisse romande entre les deux guerres, il nous est apparu intéressant d'élargir ce questionnement dans le temps et l'espace. La prégnance de l'idéologie maurrassienne chez les clercs nationalistes des pays de culture française ou latine au xxe siècle offre en effet un terrain propice à l'analyse comparative. Ce système de pensée suscite en effet l'interrogation non seulement quant à l'importance de sa matrice idéologique initiale (la pensée de Charles Maurras et sa diffusion depuis la France), mais aussi et surtout sur les empreintes qu'elle a laissées dans des pays ou des régions prêts, à des degrés divers, à en adapter les préceptes et les modalités d'action. Comment les intellectuels attirés dans l'orbite de l'Action française ont-ils tenté d' acculturer ses enseignements dans leurs conceptions de la nation, de l'État et de la société, principalement sur les continents européen et américain? Telle est l'interrogation majeure qui a guidé l'organisation de cet ouvrage d'histoire contemporaine comparée.

INTRODUCTION

Variété des typologie

adaptations

locales:

éléments

pour

une

En effet, il ne s'agit pas ici d'analyser le maurrassisme en tant que tel, mais d'appréhender la « teinture» de maurrassisme dont parlait Eugen Weber dans son Action française de 1985, le « maurrassisme diffus» qu'évoquait Jacques Prévotat dans un ouvrage récent1, c'est-à-dire un maurrassisme emprunté, utilisé, transformé. Ce livre aurait pu être sous-titré "du bon usage de Maurras et de l'idéologie de l'Action française": nous ne souhaitions pas travailler de nouveau sur l'idéologie maurrassienne, mais sur ses adaptations et ses transpositions par des intellectuels, c'est-à-dire étudier l'emprunteur plutôt que le fournisseur de doctrine. S'attacher aux motifs, aux modes d'acculturation, aux vecteurs et aux usages de ces emprunts offre la possibilité de dégager des motifs transversaux en comparaison et de construire sans doute à plus long terme des typologies: maurrassisme politique, mais aussi culturel (esthétique, littéraire), philosophique, tactique... Cette typologie potentielle peut s'apparenter à celles construites pour le fascisme ou le régime de Vichy: ne pourrait-on parler aussi de "maurrassiens", "maurrassophiles", "maurassomanes", "maurassoïdes" ? On pourrait sans doute, à propos de ce phénomène, reprendre l'expression de Philippe Burrin2 concernant le fascisme: une partie de ces intellectuels est attirée dans le « champ magnétique» de l'Action française et l'utilise à ses propres fins. Cela ne signifie pas, loin de là, que la doctrine maurrassienne soit empruntée dans son entier, ni pour les mêmes usages: dans son ouvrage, Alain Clavien évoque, pour les "helvétistes" qu'il étudie, un «maurrassisme tempéré »3; Jacques Prévotat, dans un ouvrage récent, distingue des «maurrassiens d'observance stricte», des
1 - 1. PRÉVOTAT, « Autour du parti de l'intelligence », dans P. COLIN, Ét. FOUILLOUX (dir.), Intellectuels chrétiens et esprit des années vingt, Paris, Cerf, 1997, pp. 169-193. 2 - Ph. BURRIN, « La France dans le champ magnétique des fascismes », Le Débat, novembre 1984, pp. 52-53. 3 - Celui de Robert de Traz en comparaison de celui des frères Cingria ; A. CLA VIEN, Les Helvétistes. Intellectuels et politique en Suisse romande au début du siècle, Lausanne, Éditions d'en bas, 1993, p. 151. 6

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«catholiques imprégnés» et des «catholiques conservateurs admiratifs» 4. À partir de ce constat, les comparaisons sont multiples. Hors de France, le maurrassisme fournit à des groupes d'intellectuels l'archétype d'une doctrine, un prestigieux modèle, qui permet d'obtenir une reconnaissance sur la scène locale et de disposer d'appuis influents. La définition maurrassienne propose une conception unitaire et essentialiste de la nation fondée sur des permanences présentées comme naturelles et anciennes telles la famille, les traditions, une culture propre etc. Cette conception peut servir à légitimer la revendication d'autonomie issue de groupes linguistiques ou culturels, opposés à un État "pluriethnique", libéral ou démocratique. Le maurrassisme est, enfin, une référence qui a pu servir de levier, permettant à certains groupes le passage d'une revendication régionaliste à une revendication nationaliste, car il fournit des arguments utiles pour légitimer la nouvelle définition du groupe en "nation". Des composantes de l'idéologie d'Action française comme la «vraie France», les «quatre états confédérés» (juifs, francs-maçons, métèques, protestants), l'opposition « pays légal et pays réel» sont transposables à de nombreux cas de figure dans différents pays. Autrement dit, des groupes d'intellectuels peuvent très bien utiliser les mêmes structures de pensée, les mêmes figures de la rhétorique maurrassienne, sans pour autant leur donner le même contenu que l'original. Selon l'expression de Charles- Albert Cingria (intellectuel suisse romand), il est possible de définir une « modalité lémanique » de l'idée latine universelle de Maurras. Le thème de la latinité est en effet très utilisé par ces groupes qui allèguent volontiers la défense de "races latines" face à un État multiethnique, anglo-saxon ou germanique, incarnant de surcroît le monde moderne et ses valeurs. Une lecture des bouleversements d'après-guerre en termes de crise de civilisation, un renouveau du catholicisme, une culture française et latine érigée en quintessence de la civilisation occidentale chrétienne désormais menacée (péril jaune, bolcheviks, modernité américaine et toujours finance juive et protestante, libéralisme etc.), débouchent dans différents pays
4 - J. PRÉVOTAT, op. cit., p. 178.

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sur de nombreuses variantes autour du thème commun de la latinité, encouragées par l'Action française elle-même. Enfin, le modèle d'interprétation historique fourni par Maurras et les historiens dits "capétiens"5 (par opposition aux historiens de l'école méthodique, plutôt républicains), se transpose lui aussi aisément: invention d'origines mythiques et d'un peuple homogène (Nouvelle France, Arcadie rurale) ; récit passionnel et téléologique du destin de la nation guidée par la providence; développement "naturel" de la nationalité interrompu par un événement analysé comme catastrophique et parce que tel fondateur, établissant une rupture performative (la Conquête après 1763 pour le Québec, la défaite du Sonderbund en Suisse, etc.). La culture gréco-latine-française dont ces groupes sont dépositaires peut ainsi être érigée en contremodèle face à l' anglo-saxonne ou à la germanique. Le maurrassisme fournit donc une idéologie transposable à bien des situations différentes, il offre une interprétation, un sens qui peut être commun par delà les différences nationales: il réconcilie droite et intelligence, catholicisme et idées modernes, conservatisme et modernité et peut fournir hors de France également un élément utile à la construction d'idéologies de rechange à celle des États de la modernité industrielle et laïque. La question de l'intellectuel catholique Des intellectuels catholiques se sont ralliés à ce pôle maurrassien avec des arguments de fond (la référence néothomiste et antilibérale) mais aussi utilitaires: le maurrassisme est l'action temporelle correspondant à leur spiritualité, c'est une « doctrine de barricade» (selon l'expression de Bernoville) dans l'attente d'une future reconstruction de la Chrétienté. La condamnation de 1926 pose un dilemme à beaucoup de cathonationalistes: de l'acceptation sans commentaire au refus de soumission, en passant par la révision déchirante, une palette d'attitudes est alors possible. Cette alliance contre nature et
5 - Cf. O. DUMOULIN, « Histoire et historiens de droite », dans J.-F. SIRINELLI (dir.), Histoire des droites en France, Paris, Gallimard, 1992, Tome 2 Cultures, p. 327-398. 8

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conjoncturelle entre catholicisme et nationalisme, dans la bataille de la modernité fin-de-siècle, est désormais rejetée et ce rejet crée des troubles sincères chez ceux qui n'y voyaient jusque là aucune incompatibilité. La crise de la condamnation de l'Action française secoue plus ou moins directement le monde catholique francophone. Elle produit des effets divers sur le devenir du maurrassisme selon qu'elle touche des pays majoritairement catholiques, tels la Belgique francophone et le Québec, où le respect de l'orthodoxie romaine impose des choix déchirants, ou confessionnellement mixtes, comme la Suisse6. Sans exclure d'autres crises qui ont pu surgir à propos des nouvelles orientations de la papauté, la condamnation de 1926 fixe un point de repère dans la séquence qui va 1914 à 1962 « de la modernité à Vatican II », selon l'expression d'Étienne Fouilloux, voire même de 1864 à 1962 : du refus à l'acceptation du monde moderne.

Réseaux, relais maurrassienne

et modes

de perpétuation

de l'idéologie

«Politique d'abord!». . . La devise bien connue des disciples de Maurras invite l'historien des intellectuels à utiliser, ici plus encore qu'ailleurs, la notion de «réseau », celui-ci étant défini comme « l'outil d'une stratégie politique et intellectuelle [au service d'un] groupe à vocation prosélytique [et pouvant] en même temps jouer un rôle de prestataire de services pour ses membres» 7. L'un des objectifs de cette table ronde a été de tenter de dresser l'inventaire des réseaux intellectuels qui véhiculent les idées maurrassiennes, d'autant qu'aux marges extrêmes de l'intelligentsia droitière, l'obsédante idée du complot se marie particulièrement bien avec celle du travail plus ou moins masqué accompli par quelques initiés au service de «la
6 - R. BÜTIKOFER, Le refus de la modernité. La ligue vaudoise: une extrême droite suisse (1919-1945), Lausanne, Payot, 1997. 7 - C. PROCHASSON, « Histoire intellectuelle / Histoire des intellectuels: le socialisme français au début du XXe siècle », dans Revue d'histoire moderne et contemporaine, 39, juillet-septembre 1992, p. 445. 9

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Cause ». Souvent souterrains, surtout passé 1926 et a fortiori 1945, les réseaux maurrassiens doivent être tout d'abord identifiés, mais aussi étudiés par l'intermédiaire des points de contact qui les relient internationalement. Les journaux et les revues (qui en sont l'expression la plus visible et la plus connue), les associations politico-culturelles transnationales, certaines maisons d'édition et librairies, de même que les lieux de formation (collèges catholiques, École des Chartes etc. où l'Action française disposait de partisans), constituent autant de vecteurs des idées d'Action française, encore peu étudiés. Notre ambition n'était pas ici de faire le tour de cette question, mais plutôt d'ouvrir des pistes de recherche qui ne négligent pas la dimension sociologique et politologique dans l'approche historique comparée des clercs maurrassiens. Dans cette famille d'esprit contre-révolutionnaire et traditionaliste comme dans d'autres, on peut en effet observer la «relation consubstantielle qu'opère l'intellectuel entre ses choix esthétiques et ses choix idéologiques »8: l'idéal de latinité à géométrie variable, la fréquence du recours nostalgique aux référents pré-révolutionnaires et médiévaux, la virulence des attaques contre le spiritualisme ou le surréalisme etc., constituent autant d'indicateurs d'une imprégnation maurrassienne que l'on peut vérifier par une claire mise à plat des réseaux et relais qui la sous-tendent. Dans la même optique, les crises d'opinion qui traversent périodiquement les champs politique et intellectuel de plusieurs États sont autant d'instruments utiles à la mesure comparée de cette culture politique maurrassienne. La démarche est envisageable dans le cas d'événements ponctuels faisant office de «matrice intellectuelle », comme l'affaire Dreyfus en France et ses répercussions à l' étranger9; elle est aussi
8 - M. TREBITSCH, « La chapelle, le clan, le microcosme », dans Sociabilités intellectuelles. Lieux, milieux, réseaux, Cahier de l'IHTP N° 20, mars 1992, p. 20. 9 - Y. LAMONDE, «L'affaire Dreyfus et les conditions d'émergence de l'intellectuel vues des Amériques », dans M. TREBITSCH et M.-C. GRANJON, Pour une histoire comparée des intellectuels, Bruxelles, Complexe, 1998 ainsi que A. CLAVIEN, «L'affaire Dreyfus en Suisse: repérages », dans Le Mouvement Social, janvier-mars 1994, p. 39-52. Voir aussi J. COLL I AMARGOS, «Dreyfusisme et anti-dreyfusisme en Catalogne: l'écho international de la crise française », Sources. Travaux 10

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opératoire si l'on considère une condamnation de portée universelle comme celle prononcée en 1926 par la papauté. Enfin, les analyses proposées ici sur les effets et répercussions après-guerre des compromissions maurrassiennes avec les forces de l'Axe, en Europe francophone ou sur le continent américain, incitent à poursuivre des recherches tant sur la réorientation du maurrassisme vers des thèmes dits « culturels» après 1945 que sur les changements de «pôles d'influence nationaux» dans la diffusion de l'idéologie d'Action française, consécutifs à l'exil et au refuge hors de France de nombreux intellectuels maurrassiens au cours du second xxe siècle. Nous avons tenté dans les pages qui suivent de fournir des éléments de réflexion et d'analyse pour une approche comparée et critique de l'histoire du maurrassisme. Cela, en mettant l'accent sur son influence dans les milieux intellectuels. La mise en valeur et la confrontation d'acquis historiographiques récents dans ce domaine donnera, nous l'espérons, une impulsion à d'autres travaux: ceux-ci sont nécessaires à une meilleure compréhension du phénomène maurrassien, y compris ses dérivés, sans en exagérer l'ampleur ni en minimiser la portée politique.

historiques, N°28, p. 57-65 ; M. DENIS, M. LAGRÉE, J.-Y. VEILLARD, L'affaire Dreyfus et l'opinion publique en France et à l'étranger, Rennes, PUR, 1995 ; M. LEYMARIE (dir.), La postérité de l'affaire Dreyfus, Lille, P.U. Septentrion, 1997 ; R. KaREN, D. MICHMAN (dir.), Les intellectuels face à l'affaire Dreyfus alors et aujourd'hui. Perception et impact de l'affaire en France et à l'étranger, Actes du colloque de l'Université de Bar-Ilan 13-15 décembre 1994, Paris, L'Harmattan, 1998. Il

"AGATHON" EN SUISSE? RÉSEAUX MAURRASSIENS ET EFFETS DE GÉNÉRATION EN SUISSE ROMANDE AU TOURNANT DU SIÈCLE
Alain CLA VIEN Groupe de recherche en histoire intellectuelle contemporaine, Université de Fribourg

Au printemps 1912, le quotidien parisien L'Opinion publie une série de six articles intitulée «Les jeunes gens d'aujourd'hui ». Le texte est signé Agathon, pseudonyme choisi par les auteurs, deux jeunes nationalistes proches du mouvement d'Action française, Henri Massis et Alfred de Tarde. Reprise en volume chez Plon l'année suivante, cette étude connaît un joli succès de librairie. L'enquête orale sur laquelle les auteurs disent se fonder est biaisée: Massis et Tarde ont essentiellement interrogé des étudiants qu'ils savaient proches de leurs idées, ils ont gardé les bonnes réponses et éliminé les autres 1, avant de conclure de manière tranchée: la jeunesse intellectuelle française de 1912 serait nationaliste, traditionaliste, religieuse; elle aurait le goût de l'énergie, de la virilité, des vertus régénératrices de la vie militaire. .. Aveu discrètement glissé dans l'introduction du Iivre, Agathon ne cachait pas son parti pris: « l'influence d'une telle enquête importe autant que son exactitude historique ». En d'autres termes et sous la plume de ses auteurs même: notre travail est un témoignage argumenté mais partial dont le but est d'imposer une image bien précise de la jeunesse actuelle... À sa sortie, Les Jeunes gens d' aujourd' hui furent discutés, contestés. Mais cela n'empêche pas l'expression « génération d'Agathon» de passer rapidement dans le langage courant pour désigner la jeunesse estudiantine d'avant la Grande Guerre
1 - Cf. P. BENETON,
« La génération de 1912-1914 », dans Revue française

de sciencespolitiques, vol. XXI/5,octobre 1971,pp. 981-1009.

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