L'Afrique noire à l'époque charnière 1783

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Durant des siècles, les Européens pratiquèrent le troc sur la côte du Sénégal et à l'embouchure des fleuves, sans chercher à en connaître davantage. Il fallut attendre le Siècle des lumières pour que la curiosité s'éveille. Dans les archives du général Decaen se trouvent deux textes révélateurs de cet esprit nouveau : un manuscrit anonyme de 1783 et un mémoire rédigé en 1793 par Jérôme Lalande répertoriant tout ce qui a été écrit sur l'Afrique et posant les questions : Nil, Niger, Sénégal sont-ils un même et unique fleuve ? Où se trouve Tombouctou célébrée par les médiévistes arabes ?...
Publié le : samedi 1 avril 2006
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EAN13 : 9782296144927
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© L'Harmattan, 2006
ISBN : 2-296-00388-5
EAN : 9782296003880 L'AFRIQUE NOIRE
À L'ÉPOQUE CHARNIÈRE Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus
Frédéric Joël ATVO, Le juge constitutionnel et l'état de droit en
Afrique, 2006.
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subsaharienne : le cas du Bénin, du Gabon et du Togo, 2006.
Djibo HAMANI, Contribution à l'étude de l'histoire des états
Hausa, 2006. Le sultanat touareg de l'Ayar, 2006.
Pierre NKWENGUE, L'union nationale des étudiants du
Karnerun, 2006.
Auguste ILOKI, Le droit des successions au Congo (tome I et
//), 2006.
Bernardin MINKO MVE et Stéphanie NKOGHE (sous la
direction de), Tourisme au Gabon, 2006.
Mohamed Tétémadi BANGOURA, Violence politique et
conflits en Afrique : le cas du Tchad, 2006.
Nouhoum DIALLO, Le budget du Mali, 2006.
Jean-Claude BERTHÉLEMY et Abdoullah COULIBALY (sous
la dir.), Culture et développement en Afrique, 2006.
Huenumadji AFAN, L'évangile Chaka, 2006.
Kengne FODOUOP, Le marché de la friperie vestimentaire au
Cameroun, 2005
Fortunatus RUDAKEMWA, L'évangélisation du Rwanda,
2005.
Mamadou SECK, Les scandales politiques sous la présidence
de Abdoulaye Wade, 2005.
Révérend Francis Michel MBADINGA, Les Église du réveil fac
à la crise de l'État en Afrique, 2005.
René-Pierre ANOUMA, Aux origines de la nation ivoirienne,
2005.
Dominique BANGOURA (sous la direction de), Quel avenir
pour les jeunes de Guinée ?, 2005.
Mubangi Bet'ukany GILBERT,Système social et stratégies
2005. d'acteurs en Afrique, Noël Le Coutour
L'AFRIQUE NOIRE
À L'ÉPOQUE CHARNIÈRE
1783
Du troc à la découverte
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FRANCE
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1053 Budapest Du même auteur
Éditions de l'Harmattan :
LE HONFLEURAIS AUX SEPT NAUFRAGES :: mémoires
de Jean Doublet, contemporain de Louis XIV, embarqué à sept
ans, tour à tour terre-neuvier, corsaire, agent secret pour tenter de
rétablir les Stuarts,et négrier.
LE MERLE BLANC DE LA MONACO DU NORD : réponses
partielles aux questions que se pose tout visiteur du musée
Richard Anacréon de Granville, sur l'étrange collectionneur qui,
parti de rien, revint quarante ans plus tard avec une colossale
masse de tableaux et d'éditions princeps, qu'il légua à sa ville
natale.
MERS ET SABLES, NAVIGATIONS D'HIER : naufrage du
paquebot BRAZZA, après torpillage et traversée du Sahara en
camion, par le Tanezrouft et Bidon V, nostalgie des longs voyages.
CONTES DE MALICE ET SAGESSE : : récits de griots
d'Afrique noire où Leuck-le-Lièvre et Boucki-la-Hyène sont les
homologues de Goupil-le-Renard et Ysengrin-le-Loup du Roman
de Renard européen.
PENDA LA BELLE BAMBARA : les défauts féminins vus par
les hommes, mais aussi légendes d'héroïnes chefs de race de la
mémoire africaine.
LA FEMME DJINN : autres contes africaine.
AMPLITUDE DU TAM-TAM africain : prodigieuse influence
d'un homme bienveillant sur l'évolution des francophones africains
qui font connaître les particularité de leurs coutumes et épanchent
leur coeur dans des poèmes.
Éditions Corlet.
SAINT-HYMER, LE PETIT PORT-ROYAL NORMAND :
Sous la conduite de l'abbé de Roquette, bâtisseur embastillé pour
son jansénisme militant, visite d'un idyllique petit village qui a
conservé le charme de la Régence.
NORMANNIE repêchage, sur mille ans, de notables normands
pour la face inusitée de leur vie, par ailleurs connue.
LE SÉRAIL DES BARBARESQUES : roman d'amour et
d'aventures qui mènent à El Djézaïr la blanche, ou Alger.
LA LIBÉRATION DE PONT-L'EVÉQUE : souvenirs de
jeunesse des survivants pris dans les trois jours de bataille, dans
cette ville-rue, tronçonnée par trois ponts détruits. LE LEGS DU GÉNÉRAL DECAEN
Parmi le fatras de papiers constituant le legs
que les descendants du général Decaen ont fait à la
Bibliothèque de Caen, et qui comprennent des
centaines de lettres et rapports concernant toutes les
parties du monde, il y a deux textes curieux qui traitent
de ce qu'on savait sur l'Afrique de l'ouest, vers la fin du
règne de Louis XVI et sous la Révolution
L'un comporte 80 pages manuscrites ayant pour
titre:
" Considérations géographiques et politiques
sur l'état actuel du Sénégal et mesures à
prendre pour que la colonie cesse d'être à la
charge du gouvernement."
Le texte soigneusement calligraphié n'est ni
signé, ni daté Il semble que ce soit une récapitulation
destinée au ministre de la Marine, après le traité de
Versailles de 1783, nous rendant les territoires perdus,
avec en final des conseils pour que, contrairement au
passé, la colonie ne grève plus le budget de l'État.
L'autre document s'intitule :
" Mémoire sur l'Intérieur de l'Afrique par
Jérôme Lalande, à Paris, de l'imprimerie des
Administrations nationales, An troisième de
la République "
7 Pas un mot de ce qui se passe, en France, alors
en pleine Révolution, mais énumération de tout ce qui
a été dit pour savoir en quel sens coule le fleuve Niger,
et s'il est différent du Sénégal et du Nil ; puis en
seconde partie, rapport des récits qui ont été faits par
ceux qui ont pénétré à l'intérieur de l'Afrique.
Tout se calcule en journées de marche, avec
itinéraires supposés des pèlerins étant allés à La
Mecque ou ceux des slatées, nègres libres, acheteurs
d'esclaves dans l'intérieur et les conduisant vers le
littoral pour les vendre au plus offrant.
Question posée : de combien de journées de
marche sont éloignées Tombouctou et Tombu, ou sont-
ce la même ville ?
Racontars passant de bouches en bouches, en
langues différentes, latin, arabe, franque ou idiomes
locaux souvent mal compris, pour tenter de tracer un
début de cartes embryonnaires, comme l'ont fait Delille
en 1700 et Barrié du Bocage en 1788.
Jérôme Lalande est un opiniâtre bureaucrate
compilateur sédentaire. Les recherches des on-dit sur
l'Afrique l'intéressent plus que la contemporalité des
émeutes en France et le renversement de la royauté.
Il s'apparente en fait à l'Hermagoras de La
Bruyère.
Ces deux documents ont été rédigés à la
période charnière où, aux traitants venus uniquement
pour faire fortune, s'ajoutent des curieux qui veulent
supprimer le terra incognita des cartes.
Ces derniers mettront cent cinquante ans pour y
parvenir. FORTS ET COMPTOIRS
Après les navigateurs découvreurs de côtes,
l'appas de gains faciles porta les Européens vers
l'Afrique occidentale, soient qu'ils fussent de petits
traitants indépendants ou employés d'associations
d'armateurs formant des Compagnies commerciales
aux noms ronflants. Durant un siècle on n'en compte
pas moins de sept qui furent toutes déficitaires,
mauvaises affaires dues en partie à l'incompétence
des dirigeants restés à Dieppe, Rouen ou Saint-Malo,
mais surtout à la malhonnêté de leurs agents
exploitant les forts-comptoirs, loin de tout contrôle. Et
comme le souligne le rédacteur anonyme du
Manuscrit, l'insalubrité du climat qui est le pire ennemi
des Européens.
Historique succinct
Dès 1444, le portugais Dinis Dias, après les
sables étincelants de la Mauritanie était arrivé à un cap
verdoyant qu'il baptisa Cap Verde et débarqua sans
difficulté sur l'îlot rocheux de Barraguiche. Il n'en fut
pas de même quand il voulu aborder la côte en face de
N'Dakarou, (les tamariniers en langue locale) où ses
hommes furent accueillis par des flèches, javelots et
sagaies. Les Portugais se le tinrent pour dit et se
contentèrent de l'îlot qui avait de bons puits et offrait un
excellent mouillage permettant de réparer les
bâtiments et y faire de l'eau.
9 Ils donnèrent des nom portugais aux saillants de
la côte : Pointe des Almadies = des pirogues, Cap
Manuel, en l'honneur de leur roi.
Quand Joao Fernandez s'engagea dans
l'embouchure d'un fleuve, entre la Pointe de Barbarie,
et la Grande Terre, il rencontra des pêcheurs qui
revenaient sur leurs pirogues.
- Quel est le nom de ce fleuve ? demanda-il ?
en désignant l'eau
Les noirs ne comprirent pas, mais vu son geste,
crurent qu'il désignait leur embarcation.
- Sanaga ! répondirent-ils, ce qui signifie :
pirogue.
Ce qui devint Sénégal pour baptiser à la fois le
long fleuve à la source inconnue et la terre de ses
rives.
Les premiers Français qui touchèrent les côtes
du golfe de Guinée furent Normands. A la veille de la
guerre de Cent Ans, des Dieppois ne craignirent pas
d'armer trois frêles vaisseaux pour ces rives lointaines.
Quand je dis trois, j'entends trois qui purent revenir il
y en eut certainement beaucoup plus, mais les autres
eurent des malheurs, preuve en est les petits canons
moyenâgeux que l'on peut voir dans certains villages,
aux alentours de Sassandra (Côte d'Ivoire), rive sans
barre donc facilement abordable, canons en tous
points semblables à ceux du Mont-Saint-Michel.
Comme toutes les guerres, celle de Cent Ans
ralentit, puis supprima le trafic maritime et, si l'on
exempte Damon et le père Loyer, et les activités sur les
côtes du Sénégal où nous étions Solidement ancrés, il
faut attendre la Restauration pour trouver des Blancs
plus bas sur les côtes.
En 1529, le saintongeois Jean Alphonse
relâcha sur les côtes du Golfe de Guinée, nota que
poivre et maniguette y poussaient bien.
10 Les frères Jean et Raoul Parmentier, en route
vers Sumatra visitèrent la côte depuis le Cap Lopez
jusqu'au Cap Vert Ils constatèrent que les Français y
étaient bien reçus et réussissaient mieux que les
Portugais
Durant le règne de François ler, des navigateurs
français remontèrent un petit bout du fleuve Sénégal.
Mais ils furent contrés par les Anglais auxquels la reine
Elisabeth avait concédé pour dix ans le monopole du
commerce jusqu'aux escales de Rufisque, Portudal et
Joal à l'embouchure de la Gambie.
" Le soleil lui pour moi comme pour les autres, et
je voudrais bien voir l'article du testament d'Adam qui
aurait protesté François 1er qui m'exclut du partage"
pourtant rappela son escadre.
En 1617 surgissent les Hollandais qui chassent
les Portugais et achètent l'île Barraguiche, à Biram roi
du Cap Vert, en échange d'une poignée de clous. Les
clous que les Africains ne savaient pas forger étaient
une monnaie de troc plus précieuse que l'or. Le
souvenir de cette valeur est venue jusqu'à nous. Ne
dit-on pas encore, pour déprécier une chose, ça ne
vaut pas un clou ?
Les Hollandais construisirent deux forts sur leur
île.et nommèrent leur nouvelle acquisition Gorée, ce
signifie bonne rade . Gorée était déjà le nom d'une île
de Zélande.
L'écrasante suprématie maritime des Hollandais
leur permit d'accaparer pendant une quarantaine
d'années, tout le commerce avec le littoral africain.
Devenue port d'escale pour les Hollandais sur
la route des Indes, Gorée fut prise par l'amiral anglais
James Booker en février 1663, puis reconquise par les
Hollandais avant la fin de la même année.
11 fidill1111 11111111111111111111 L
Germain Ducasse, après leur avoir pris l'île
d'Arguin en 1666, les chassa de Gorée en 1671 et leur
prit Portudal, Joal et Rufisque. Il traita avec le Damel du
Cayor et les Sérères, pour l'établissement de
comptoirs sur une profondeur de six lieues à l'intérieur
des côtes, du Cap Vert à la Gambie Par les traités de
Nimègue qui marquent l'apogée du règne de Louis
XIV, Gorée fut définitivement donnée à la France.ainsi
que les autres établissements de la Petite Côte
Avant cela, une Compagnie de marchands
Rouennais et Dieppois avait été créée en 1626 pour
l'exploitation du Sénégal et de la Gambie.
Indépendante, cette compagnie ne demanda ni lettres
patentes ni concession du roi.
De 1638 à 1657,Thomas Lambert, capitaine
dieppois, pour le compte d'une Compagnie de
marchands normands, navigua le long des côtes.
En 1639, il installa sur le pointe de Bieurt le
premier comptoir permanent.
Cinq ans plus tard Jannequin de Rochefort; un
agent de la Compagnie, remonta le Sénégal jusqu'à
Podor et passa de nouveaux traités avec le damel du
Cayor et le brak de Oualo.
Déjà en 1638, une première Compagnie des
marchands de Rouen et Dieppe s'était installée sur l'île
de Bocos, aujourd'hui nommée Babagueye qui était
inondée au moment de la crue annuelle du Sénégal.
En 1658, le commis Louis Caulier la transporta
dans l'île de N'Dar, autrement dit: La Ville, qui plus
haute, n'avait pas les mêmes inconvénients.. En
l'honneur du roi Louis XIII, il baptisa leur nouvelle
résidence : Fort-Saint-Louis.
Si bien que la charmante petite cité où
abondent les mulâtres peut se targuer d'être française
depuis aussi longtemps que l'Alsace.
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nL'installation du Fort Saint-Louis consistait en
un enclos, en forme de bastion, abritant les entrepôts,
un jardin et une chapelle.
Des gens venus de partout s'agglomérèrent
spontanément autour du Fort Saint-Louis. Le registre
d'état-civil, conservé au greffe du tribunal, fut ouvert en
1730.
Depuis 1778 il y avait un maire, élu parmi les
Saint-Louisiens de naissance, c'est dire que les
Européens ne pouvaient l'être.
A la veille de la Révolution, il y a 2400 noirs
libres auxquels sont assimilés les mulâtres, 550
européens et 3000 captifs de case, pour ainsi dire des
domestiques à vie, ne pouvant donner leurs huit jours.
Mais si un tel esclave a le désir de servir un
autre maître,. Il lui suffit de croquer un bout de l'oreille
de celui qu'il souhaite avoir pour nouveau patron.
En réparation du préjudice subi, son maître
légal était alors obligé d'en faire cadeau au blessé.
Telle était, dit-on, la coutume à N'Dar.
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LA TRAITE
Les Européens aventureux n'étaient pas venus
là par goût de découvrir des terres nouvelles, mais
simplement tenter de faire rapidement fortune en
pratiquant le troc.
Les épices et la gomme arabique ont été les
premiers produits recherchés par les Européens.
Le rôle des épices a été considérable dans
l'alimentation d'avant les réfrigérateurs car les
marinades conservaient les viandes. Mais l'homme
moderne en est encore à se demander pourquoi
l'achat de la gomme arabique était nécessaire, au
point de braver la perfidie des Maures qui la récoltaient
dans le Sahel de la rive droite du Sénégal.
L'acacia véreck
La civilisation actuelle a toujours besoin de
gomme pour ses sirops pharmaceutiques, ses juleps,
ses boules adoucissantes à sucer en cas de maux de
gorge et aussi pour coller ses timbres et ses
enveloppes, apprêter ses tissus neufs, lustrer la soie et
imprimer les cotonnades, préparer des couleurs fixes,
purifier les liqueurs et un tas d'autres choses encore.
Les gommiers, ou acacias véreck, bonsaïs en
devenir, de plus en plus rabougris, piquettent de place
en place la savane herbacée du nord.
Il y a en plus trois forêts appartenant à trois
tribus maures.
17 Si le règne végétal pouvait exprimer des
préférences, le petit gommier tout comme le grand pin
des Landes préférerait garder sa sève pour lui.
De même, il aimerait croître moins bordurier du
désert, pour recevoir parfois un peu d'eau de pluie.
La Nature, moins marâtre qu'on ne croit, l'a mis,
pour sa sauvegarde, dans une contrée peu peuplée.
Cela ne lui épargne pas la brutalité du vent qui
le courbe et sous sa torsion fait éclater l'écorce.
De tous ces maux, les blessures faites par
l'homme sont les pires. Les nomades le percent pour
lui voler sa sève et il est tentant de faire des plaies
larges pour récolter plus vite davantage de gomme.
Qu'importe si l'arbre en meurt : il n'appartient à
personne.
Or l'acacia véreck se reproduit difficilement. Non
qu'il soit chiche de graines, mais il a tellement
d'ennemis ! Chaque année, vers le mois d'août, il se
couvre de pompons jaunes qui sont ses fleurs, d'un joli
effet sur son bois orangé de son tronc. Sitôt formées,
les graines sont attaquées par des charançons qui font
de copieux festins, si bien que la moitié seulement
sera en état de germer. Et encore faut-il que le vent
pousse la semence vers un sol pas trop ingrat et que le
ciel laisse tomber un peu d'eau. Si la graine germe, il
lui faudra dix ans pour donner un arbrisseau au tronc
pas plus gros qu'un manche à balais.
La partie n'est pas gagnée pour autant car vingt
pour cent de l'effectif périra victime d'une maladie de
coeur, non du coeur, une pourriture noire qui se forme
sur la moelle. Une cavité se creuse, remplie de boue
noirâtre ; quand elle a détruit tout l'aubier, l'arbrisseau
meurt.
"La gomme est un don de Dieu, son produit est
à celui qui la recueille" dit la coutume.
18 L'arbre lui-même n'étant à personne, qui le
soignerait ou le protégerait de la machette des bergers
qui abattent ses branches pour la pitance de leurs
chèvres.
De plus, chacun craignant d'être devancé par
son voisin, se précipite avant que la sève ait eu loisir
de couler en belles boules. Les plus malins vont
récolter la gomme, loin des puits. Soit qu'ils reviennent
s'approvisionner en eau tous les deux jours, soit que
des pâturages existant près des gommiers, ils s'y
installent par petits campements. La corvée ravitaillant
la communauté en eau a alors droit à une rétribution
de cents grammes de gomme, par guerba apportée.
En bonne saison, la récolte est de quatre kilos
par jour et par personne. En mauvaise année la
cueillette peut n'être que de quatre cents grammes.
Alors les cueilleurs préfèrent se reposer et
dormir, d'autant plus que la rareté fait monter le cours
et qu'avec très peu, ils gagnent plus.
A la fin du temps de récolte viennent les
caravanes de chameaux lents aux jarrets ceints de
grelots de cuivre qui descendent la précieuse denrée
vers les Échelles du Fleuve d'où elle sera répartie
dans les comptoirs qui l'exporteront vers l'Europe ou
les Amériques. Outre la gomme, les Maures apportent
aux escales, le sel gemme qui n'est pas exporté en
Europe, mais est objet d'un commerce intense entre
Africains.
La caravane du sel ou azalaï
La vente du sel est la ressource traditionnelle
des nomades. Dans certaines dépressions,
d'anciennes cuvettes lacustres renferment des bancs
de sel gemme où on peut tailler des blocs.
19 Ce sont les antiques sebkras , immenses et
étincelantes de sel, dans un sol bouleversé, hérissé de
buttes d'argile. La plus célèbre est celle de Taoudéni.
L'hiver des centaines de chameaux convergent
vers ce lieu
La caravane abandonnant le sahel et ses
derniers acacias prend le désert et arrive aux dunes de
l'Azouad, fixées en rides parallèles.
Certaines saisons, ils sont plus de trois mille à
charger le sel avant de redescendre vers la savane où
se pratique le troc avec les peuplades noires.
La sebkra de Taoudéni est à huit cents
kilomètres au nord de Tombouctou, à quatre cent
cinquante kilomètres d'Arouan, dernier puits où les
chameaux peuvent boire.
La mine, à ciel ouvert, exploitée depuis des
siècles, fournit un sel gemme aussi dur que de la
pierre.
Avec un pic et une houe on extrait de longues
barres de dix à quinze centimètres d'épaisseur.
Une fois nettoyées et polies, elles sont chargées
sur les chameaux, à raison de trois par bête. Une est
placée transversalement et les deux autres te long de
chaque flanc.
Quelle diffa , quelle fête, quand les nomades
arrivent chez les sédentaires !
Signe de richesse, les nantis s'offrent une barre
en entier, tandis que pour les meskines, les
commerçants scient la barre en menus morceaux, en
ayant soin, au préalable, de la poser sur un tissu ou un
cuir, afin de ne pas perdre un grain de la précieuse
denrée.
Le natron qu'on récolte dans les mares salées
au sud de l'Egypte, fait le même office que le sel des
sebkras, mais est moins pur.
20 Pour obvier à l'absence de monnaie, une barre
de sel servait d'unité de paiement pour le troc.
Un autre produit fort recherché était l'or échangé
contre du sel par les gens de Galam et Bambouk.
Les pépites étaient extraites du sol de latérite, la
poudre, des sols alluvionnaires de la Falémé.
Sous l'Ancien Régime, les 2/3 de l'or mondial
venait d'Afrique, de contrées où aucun Blanc pourtant
n'avait encore pénétré. Il s'achetait à Podor, sur le
Haut-Fleuve, en un comptoir qui doit son nom à ce
commerce, l'or s'y vendant par pots.
Les autres produits recherchés étaient le morfil
ou ivoire car on chassait l'éléphant partout, sans
cependant que les noirs aient songé à le domestiquer
comme celui des Indes qui rend de si grands services
là-bas.
Le beurre de karité dit aussi beurre de Galam ;
le shea, arbre qui donne le fruit dont on extrait ce
beurre, croît à l'état naturel dans toute la savane.
L'amande du fruit ovoïde est enveloppée d'une pulpe
douce que recouvre une mince écorce verte. On met à
bouillir le fruit dans l'eau, après l'avoir bien fait sécher
au soleil. Le beurre obtenu est plus blanc, plus ferme,
aussi agréable au goût que celui fait avec du lait.
De plus, il se conserve un an et plus sans avoir
besoin d'être salé ; appliqué sur le corps, il donne à la
peau une douceur de soie, tout comme l'huile d'olive,
mais ne rancit pas. Présentement le beurre de karité
remplace le blanc de baleine dans les crèmes de
beauté.
Un autre produit recherché était l'indigo plante
annuelle poussant à l'état sauvage. Sa tige unique de
la grosseur d'un doigt, peut atteindre deux mètres de
hauteur. Pilée, elle donne une excellente teinture
bleue, de ce beau bleu des guinées dont les Touaregs
aiment se voiler.
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