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L'Amérique en projet

De
310 pages
Lors de la Découverte, l'Amérique apparut aux Espagnols comme un monde où tout était à créer. Durant tout le premier XVIe siècle, des débats animés eurent lieu dans le monde ibérique à ce sujet. La reprise en main de l'Etat sous Philippe II et l'imposition d'une logique ouvertement coloniale relancèrent les controverses. Ce livre permet de mieux appréhender la complexité de la politique coloniale entre le XVIe et le XVIIIe siècles.
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L'AMÉRIQUE EN PROJET
UtoPies, controverses et réformes dans l'empire espagnol (XVI e - XVIII e siècle)

@L.Harmattan. 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07562-7 EAN : 9782296075627

N ejma Kermele et Bernard Lavallé (coordinateurs)

L'AMÉRIQUE

EN PROJET

Utopies, controverses et réftrmes dans l'empire espagnol (XVIe - XVIIIe siècle)

L'Harmattan

Recherches Amériques latines Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin
La collection Recherches Amériques latines publie des travaux de recherche de toutes disciplines scientifiques sur cet espace qui s'étend du Mexique et des Caraibes à l'Argentine et au Chili.

Dernières parutions Carmen Ana PONT, L'autobiographie à Porto Rico au x:xe siècle: l'inutile, l'indocile et l'insensée, 2008. Françoise MOULIN CIVIL (sous la dir.), Cuba 1959-2006. Révolution dans la culture. Culture dans la Révolution, 2006. Jahyr-Philippe BICHARA, La privatisation au Brésil: aspects juridiques etfinanciers, 2008. Idelette MUZART-FONSECA DOS SANTOS et Denis ROLLAND, Le Brésil des gouvernements militaires et l'exil. 1964-1985,2008. Bernard GRUNBERG, Le contrôle de la vie religieuse en Amérique, 2008. Nadine SUSANI, Le règlement des différends dans le Mercosur, 2008. Anath ARIEL DE VIDAS, Jeux de mémoires - Enjeux d'identités. Pour une histoire souterraine des Amériques Denise URCELA y -MARAGNES, Les volontaires cubains dans la défense de la République espagnole. 1936 - 1959. La légende rouge, 2008. Bruce JNO-BAPTISTE, La dynamique identitaire de la Dominique: quelles stratégies pour un petit État caribéen anglophone,2008.p Laurent FONT AINE, Paroles d'échange et règles sociales chez les Indiens yucuna d'Amazonie colombienne, 2008. Rodrigo CONTRERAS OSORIO (coord.), La Gauche au pouvoir en Amérique latine, 2007. José PINEDA QUEVEDO, Espace et archéologie au Pérou. Lecture spatiale des sociétés préhispaniques, 2007. Porfirio MAMANI-MACEDO, La société péruvienne du x:xe siècle dans l'œuvre de Julio Ramon Ribeyro, 2007.
(coord.), 2008.

AVANT PROPOS

L'Amérique en projet en une période où l'Espagne forge sa propre histoire, avec les avatars que l'on connaît, se prêtait, assurément, à un certain nombre de mises en perspective et de regards croisés, susceptibles de mettre en relief la marche cahotique mais en rien négative du long processus de l'édification de l'empire colonial américain. L'Amérique apparaît, d'emblée, comme un vaste creuset où l'allochtone ne peut jamais du passé faire table rase, ne peut jamais faire fi de l'autochtone. De là toute cette longue série de tensions, de disputes, de dissidences, de ruptures franches, dont les pôles antithétiques ne conduisent pas, forcément, à la synthèse dans la marche imperturbable de l'Histoire rêvée par le philosophe. Les textes, réunis en ce présent volume, abordent la thématique précitée sous des angles fort divers et créent, par là même une évidente dynamique, en parfaite adéquation, d'ailleurs, avec l'objet de la recherche. L'on appréciera la convocation d'aires géographiques variées, de périodicités historiques diverses, lesquelles, bien que ne couvrant point la totalité de cette longue durée envisagée, réussissent, cependant à renvoyer de cette dernière des aspects suffisamment éclairants pour que l'on puisse s'en faire une idée précise. De tels travaux sont le fruit d'une collaboration scientifique dont il y a lieu de souligner la synergie exemplaire, émanant du rapprochement de deux entités de recherche: le Laboratoire de Recherche en Langues et Littératures Romanes, Etudes Basques et Espace CaralDe de l'Université de Pau et le Centre de Recherches sur l'Amérique Espagnole Coloniale de l'Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris III. Tous mes chaleureux remerciements aux deux responsables de cette rencontre: Nejma Kermele et Bernard Lavallé.

Christian MANSO Directeur du Laboratoire de Recherche en Langues et Littératures Romanes, Etudes Basques, Espace Caral'be (EA 1925) de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour.

INTRODUCTION

Lors de la Découverte, l'Amérique apparut aux Espagnols comme un monde où tout étl:tità créer, puisque d'emblée ils ne purent l'imaginer qu'à leur façon. Dans l'urgence et de manière toute naturelle, ils y transportèrent, parfois en les modifiant à peine, les vieilles traditions castillanes et leur longue expérience médiévale. Dès les premières années du XVIe siècle, l'encomienda, sous sa forme américaine, est un bon exemple de ce type d'adaptations que l'on pourrait croire spontanées. Cependant, la nouveauté évidente de ce monde à la géographie et aux limites I:tlors en constante expansion, la complexité grandissante des problèmes qui se posaient aux Espagnols de l'époque, conduisirent très vite les vainqueurs de la Conquista à des réflexions plus approfondies sur le devenir des Indes occidentales. La Couronne, surtout à l'époque de Charles Quint, avec les Conseils qu'elle mit en place pour son administration et les juntas qu'elle réunit de façon ponctuelle sur tel ou tel aspect, fut au centre et souvent l'initiatrice - de ces nouveaux débats. Très tôt d'autres groupes, souvent antagoniques, firent entendre leurs projets nés d'intérêts divergents. La nouvelle Amérique coloniale devl:tit-elle n'obéir qu'aux désirs de la monarchie alors qu'elle avait été conquise par des osts privés, sans le concours de la Couronne qui ne s'était engagée en rien ni n'avait pris aucun risque dans les capitulaciones signées avec les futurs conquistadors? Lui fallait-il suivre plus précisément les voies de l'Évangile, comme le soutenait avec obstination et véhémence Bartolomé de las Casas mais aussi tous ceux, souvent oubliés, qui pensaient comme lui en Espagne ou aux Indes et le soutenaient sans faillir dans ses longs combats? Les droits des vainqueurs avaient-ils une priorité absolue sur toute autre considération, comme le proclamaient les anciens de la Conquête, ainsi qu'on le vit clairement exprimé lors de la rébellion des encomenderos péruviens rangés sous les bannières de Gonzalo Pizarro après le refus des Lois nouvelles de 1542 ? Fallait-il tenter l'impossible pour créer outre-Atlantique un monde véritablement nouveau comme le pensaient et essayaient de le faire passer dans les faits, de nombreux missionnaires tout empreints de perspectives selon les cas messianiques, utopiques ou tout simplement chrétiennes? Telles furent quelques-unes des grandes questions qui animèrent le premier demi-siècle de présence espagnole outre Atlantique. La reprise en main de l'État sous Philippe II et l'imposition d'une logique ouvertement coloniale surtout après la Junta Magna à la fin des années 1560,

loin de mettre un terme aux projets et aux controverses, les relancèrent sous des formes souvent renouvelées, peut-être plus crispées aussi. Que l'on pense, à cette époque, aux efforts désespérés des religieux lascasiens pour ne pas laisser disparaître la trace de leurs efforts et les espoirs qu'ils avaient fait naître, dans les Andes notamment. L'apparition sur la scène américaine de nouveaux interlocuteurs, la Compagnie de Jésus, dans le domaine ecclésiastique, ou les toutes premières générations créoles, pour ce qui est du monde séculier, contribua aussi à cette permanence des débats sur l'Amérique au sein de l'Empire. Elle en relança certains, en fit surgir d'autres. Le long xvnème siècle, que l'on a trop longtemps cru paisible et enkysté dans les structures héritées du siècle antérieur, fut lui aussi à cet égard beaucoup plus inventif et traversé de perspectives alternatives qu'on ne l'a cru longtemps, sans compter la permanence du vieil esprit arbistrista hérité de la lointaine Péninsule. Au moment du changement dynastique et avec les hésitations des premiers Bourbons surtout occupés d'abord à remettre en marche la Péninsule, les premières décennies du xvmème siècle souvent présentées comme la période grise de l'histoire hispano-américaine ne furent pas exemptes d'innovations, de volontés de changement, souvent inattendues, inorganisées parfois, mais bien réelles néanmoins et dont certaines devaient laisser une trace encore visible à l'époque suivante. Avec l'ère bien connue des réformes bourboniennes, le devenir américain fut replacé au centre des préoccupations de l'État et de ses administrés, dans un contexte sur bien des points modifié, du fait de la volonté péninsulaire d'inscrire son empire dans une logique coloniale désormais efficace, donc relancée, mais aussi en raison des évolutions internes de la société sur laquelle ces réformes devaient s'appliquer et qui amenaient les Américains à ne pas accepter sans réagir les injonctions péninsulaires. Ce fut sans doute la période où projets, réformes, transformations de toutes sortes et d'origines souvent opposées firent de l'empire le lieu par excellence des confrontations et de possibles renouveaux. Il était bien sûr illusoire en deux jours et demi et grâce à une dizaine de communications, de prétendre couvrir ce vaste terrain d'enquête. Le Laboratoire de Recherches en Langues et Littératures Romanes, Etudes Basques, Espace Caraïbe de l'université de Pau et des Pays de l'Adour ainsi que le Centre de Recherche sur l'Amérique Espagnole Coloniale de la Sorbonne Nouvelle-Paris III, auxquels s'étaient joints pour l'occasion de fidèles amis extérieurs, ont simplement voulu apporter quelques contributions à cette réflexion, et les organisateurs les remercient bien sincèrement d'avoir rendu possible cette rencontre dont cette publication porte témoignage.

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Hésitations et débats autour de la première Amérique

Un projet ambitieux et éphémère: La Casa de la ContraJaciOn de la Coruna, ou les aléas de la géopolitique impériale

Louise Bénat- Tachot Université de Marne-la-Vallée
La circumnavigation de Magellan-Elcano (1519-1522) et ses conséquences constituent un épisode enclavé dans l'histoire des Indes Occidentales: exploit inouï mais espoir sans lendemain. Souvent mise à la marge de l'histoire coloniale primitive, elle est lue comme un incroyable et exceptionnel périple, sans autre conséquence que la démonstration géographique de la sphéricité et des dimensions de l'orbe terraqué. Je me propose d'étudier cet épisode du point de vue des élites qui, dans la péninsule ibérique, collaborèrent et soutinrent cette expédition et celles qui lui fIrent suite: dans quelle perspective, selon quelles espérances, avec quels moyens et avec quels effets? Il s'agit de tracer la géo-économie et la géopolitique qui ont sous-tendu les choix impériaux, dans le droit fIl d'une expérience de navigation aussi unique qu'exaltante entre 1519 et 1539. On se souvient de la rivalité féroce qui s'instaura entre la Castille et le Portugal pour l'occupation des îles aux épices, les Moluques situées aux antipodes, rivalité qui prit plusieurs formes, maritime, commerciale, militaire, scientifIque, diplomatique et qui fut enterrée enfin au moins
offIciellement

- par

-

la résolution

politique de l'empefio

(l529)1.Pourtant

la

conclusion que l'empereur Charles Quint donna à l'affaire des Moluques fit l'objet du mécontentement d'une partie des élites marchandes de Castille et de Galice, en même temps qu'elle reconfigurait la géopolitique impériale. Un des chroniqueurs qui a le plus et sans doute le mieux souligné ce mécontentement et cette frustration fut Francisco LOpez de G6mara. C'est en étudiant de près ces chapitres de la Historia de las lndias que j'ai été amenée à m'intéresser à la création d'une deuxième maison du commerce à la Corogne, conséquence directe du retour de Sebastian Elcano, en 1522. La maison du commerce de la Corogne fut un projet de développement économique ambitieux, vigoureux et éphémère qui, mis à l'ordre du jour

I La vente des Moluques avec droit de rachat, (retroventa) se fit en 1529, à l'issue du traité de Saragosse: l'Empereur cédait la jouissance des Moluques à Joan Il pour une somme de 350000 ducats.

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pendant quelques années, eut des adeptes convaincus et d'importants soutiens financiers en Castille, liés au puissant Consulat de Burgos. Pourtant, après avoir rallié toutes les énergies, les moyens et le soutien de Charles Quint, la Casa de la Contratacion de la Corufia va être abandonnée. Ce renoncement fut vécu comme un échec par certains secteurs des élites castillano-galliciennes. Pourquoi un tel effort de promotion suivi d'un si brutal désenchantement? Tel est l'objet de cet exposé. Je me propose de mener cette histoire d'une deuxième maison du commerce d'abord en évoquant les conditions et les enjeux de sa création, puis les opérations commerciales et maritimes dont elle fut la base et enfin les conséquences politiques et économiques de son abandon. Pour cela je m'adosserai aux documents des archives municipales de la Corogne, et à la mise en œuvre historiographique de ces épisodes dans le livre XX de la Historia General y natural de las lndias de Fernandez de Oviedo et dans la Historia de las lndias de Lopez de Gomara de 1552 éditée en espagnol pour la première fois à Saragossel. Je voudrais ainsi reconstituer le point de vue à la fois cosmographique, économique et politique des concepteurs.

Le Portugal et la Castille: comme chiens et chats dans un même sac A travers ce projet, c'est en effet toute la question du commerce des épices qui se trouve posée. La question d'une nouvelle route vers l'orient et du monopole des épices n'était pas nouvelle mais elle mobilise au XYlème siècle essentiellement le Portugal et l'Espagne, deux puissances maritimes en pleine expansion, dans un contexte géopolitique qui, depuis 1453, date de la prise de Constantinople par les Turcs, implique également l'expansion de la puissance ottomane. De quel marché parle-t-on? De l'équivalent au niveau rentabilité de la cocaïne aujourd'hui; de bénéfices pouvant aller jusqu'à 2000 % dès lors que la cargaison arrivait à bon port. Or le Portugal avait une franche avance sur son voisin castillan.

1 Gonzalo Fernandez de Oviedo, Historia general y natural de las Indias, Madrid, Atlas, BAE,t. CXVIlI, lib. XX, p. 216-304); Francisco L6pez de G6mara, Historia de las Indias, Madrid, Atlas, BAE 1.XXII, chap. 91, p. 212 b chap. 107, p. 224 a. 14

[carte n° 1 : Mappemonde de Martel/us Henricus dit Nicolaus Germanus, 1490; cette carte concilie le legs de Ptolémée avec les acquis modernes de la navigation portugaise de Bartolomeu Dias 1487 qui a franchi le cap de Bonne Espérance

La maîtrise de l'approvisionnement et du commerce des épices était devenu un objectif essentiel pour la puissance portugaise qui voulait pour cela contourner le monopole des Arabes et des Vénitiens en Méditerranée. Vasco de Gama, revenu avec ses bateaux chargés d'épices en 1499 fut reçu de façon triomphale à Lisbonne: le Portugal venait de trouver des voies d'acheminement propres (la future carreira da India). L'expédition suivante de Vasco de Gama en 1502 ne comptera pas moins de 20 bateaux. Le projet n'était pas pour les Portugais la découverte d'un nouveau continent, mais bien l'ouverture de nouveaux circuits, de nouvelles routes pour aller vers le connu, l'Afrique de l'or et l'Asie des épices et de la soie. Ces réussites portugaises dès le début du siècle avaient provoqué une véritable commotion autant chez Ferdinand le Catholique qu'à Venise qui voyait la fin de son monopole. Inquiétude aussi chez les marchands arabes. A Vasco de Gama qui débarque en Inde en 1498, ces derniers présents sur place demandent: « Comment par le diable es-tu venu ici?» Ils voyaient là

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s'effondrer leur monopolel. «Nous cherchons des chrétiens [le fameux prêtre Jean] et des épices» aurait répondu le navigateur portugais. Pourtant, la rivalité entre les deux états n'empêche pas que toutes ces expéditions maritimes ibériques tissent une relation complexe entre Espagnols et Portugais, une relation de «frères ennemis» faite d'affrontements, de rivalités mais aussi d'échanges et de contacts. Selon les politiques royales du moment, les transfuges passent de part et d'autre de la frontière, se «dénaturalisent », allant servir le roi d'Espagne après avoir servi le roi de Portugal. Maria da Graça Mateus Ventura2, dans une étude récente, souligne qu'au-delà de l'importance des techniciens portugais passés au service des Espagnols pendant le XYlèmesiècle, et du rôle essentiel des pilotes et des cartographes (comme le père et fils Reinel ou Diego Ribero pour ne citer que les plus connus), il faut ajouter le poids des communautés de marchands portugais qui ont participé aux expéditions de conquête de l'Amérique, et la présence significative de marins portugais à bord des bateaux espagnols, dès les voyages de Colomb. Il semble qu'il y eut un effet de continuité entre les deux parties du littoral atlantique de part et d'autre de la frontière sud; les centres urbains du littoral fournissaient ou complétaient les équipages; le même phénomène se reproduisait au niveau des îles entre Madère et les Azores (Terceira) qui étaient un pont de passage pour recruter. L'expérience du voyage de Magellan est sans doute le plus bel exemple de cette imbrication nécessaire et conflictuelle du Portugal et de l'Espagne.

La Corogne:

un point de départ régional

La Corogne donna dès le début du siècle des signes d'ambition économique3 au niveau de son activité commerciale et portuaire: il

I Les Arabes ont occupé les Moluques avant les Portugais, cf Francisco Morales Padron, Historia dei descubrimient y conquista de América, Madrid, Gredos, 1990. 2 Cf Maria da Graça Mateus Yentura, Portugueses no descobrimento e conquista da hispanoamérica, Viagens e expediçoes (1492-1557), Lisboa, Ediçôes Colibri, 2000. 3 Entre 1490 et 1520, c'est toute l'Europe occidentale qui connaît une période d'essor démographique et de développement économique. La Corogne était liée au consulat de Burgos, comme province de la Castille; si elle était le berceau de grandes familles nobiliaires depuis le Moyen Âge (ricos hombres) elle n'avait cependant pas de représentant aux Cortes et donc pas de vote. Une tradition de navigation depuis le Xlyème siècle en direction de l'Atlantique nord (vers l'Angleterre) mais aussi en direction des Canaries est attestée (cf. l'oeuvre de Outierre Diaz de Games El Victorial). Basques et Galiciens avaient un savoir faire et une histoire maritime significatives. Au début du XYlème,ce sont les villes portuaires qui connaissent un essor marchand dont elles souhaitent tirer le plus grand bénéfice. 16

s'agissait de tirer parti d'une situation favorable (sur la route des bateaux venant de la Méditerranée, de la Mer Cantabrique et du Portugal) et d'un port particulièrement sûr dont l'accès était favorisé par les vents dominants et les courants; le port avait également profité pendant tout le XVèmedu développement du « Consulat de Burgos », corporation de grands marchands dont la juridiction s'étendait jusqu'à la Galice et qui bénéficiait d'une tradition commerciale en plein essor (lien avec les ports de la Hanse, la Rochelle, Nantes, Londres). Au XVIèmesiècle, cette ambition est servie par des groupes sociaux urbains dynamiques qui défendent leurs prérogatives face aux grands nobles locaux. Le bilan des premières années du siècle fait apparaître une série de privilèges concédés à la ville par les monarques de Castille. Dès 1503, Isabelle la Catholique concède à la ville une foire franche de 30 jours célébrée dans les murs de la ville du 15 juillet au 15 août, sans paiement d'alcabala ni autre taxe où pouvaient venir « a vender comprar 0 cambiar» les gens de la ville comme tous les étrangers 1; les bateaux qui viendraient décharger des marchandises à cet effet seraient également exemptés d'impôt. Ce privilège visait à dynamiser et enrichir la ville. Mais c'est au cours de l'année 1520 que les privilèges les plus importants vont être concédés. 1520 c'est un an après le départ de l'expédition de Magellan mais deux ans avant le retour de Sebastian Elcano. Or une cédule royale dès
le 18 juillet 1520

-

en fait signée d'Adrien

d'Utrecht

mais dont le principe

fut arrêté par Charles Quint - concédait à la ville le privilège de célébrer une foire hebdomadaire.. tous les samedis2. Charles Quint avait en outre, à la demande du conseil municipal, exempté la ville de servicios pour plusieurs années (cédula du 12 novembre 1520) pour une somme de 85000 maravédis « vos mandamos que no pidais ni demandeis a la dicha ciudad de la coruna e vecinos e moradores della 10que les ha seydo e fitere repartido dei dicho servicio deste aiio 1520 ni dei dicho aiio venidero ni los otros aiios »3. En juin 1520, le Conseil de Castille édicte une provision pour que la ville de la Corogne puisse prélever un impôt - una sisa - de 100 000 maravédis pour la gestion judiciaire du sel. La ville, devant cet essor commercial, pensa à se doter d'infrastructures. On construisit des lonjas, entrepôts de préférence
1 Cf. Ram6n Carande, Carlos Vy sus banqueras, Barcelona, Critica, 2000, chap II, pour une analyse de la politique économique des Rois Catholiques qui fut de favoriser le commerce d'exportation de laine merina en particulier vers l'Europe du Nord et les Flandres. 2 On notera dans cette cédule l'importance concédée à la confrérie de saint André qui réunissait les gens de mer (Cofradia de mareantes), ce qui n'est guère surprenant. 3 A.G.S. ; Mercedes antiguas ; leg.5, publicado en Col. Doc. Hist. Del B.R.A.G., t. I, p. 139 por José Boado y Garcia de Montes in « El comercio y el puerto de la Corona durante el siglo XVI» por Antonio Oil Merino, in Revista de Estudios Coroneses, Instituto José Comide, nOl2, 1976, p. 137-177.

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municipaux, qui étaient loués aux commerçants par la municipalité: ce principe était préféré à la privatisation pour la vente de farine et de poisson. Charles Quint enfin demanda, depuis Worms, que soit étudié un système de fortifications de la ville et de construction d'un château dans l'îlot de San Anton pour assurer la défense du port à la fin de cette même année 1520.

Le complexe Burgos - la Corogne face aux promesses de Magellan

La politique locale prit une réelle envergure grâce aux liens existants avec le puissant consulat de Burgos, liens qui vont se trouver exceptionnellement renforcés à l'occasion du voyage de Magellan. On ne saurait omettre de signaler que de grandes familles de la Galice avaient partie liée avec le Consulat de Burgos et son commerce vers le nord de l'Europe et les Flandres. C'est le cas du comte de Andrada, lignage galicien lié à la grande famille de Lemos. Oviedo écrit, dans les Quinquagenas au sujet de Don Fernando de Castro, Conde de Lemos et marié à dona Teresa de Andrada, toutes deux grandes familles galiciennes «fue uno de los caballeros que primero passaron a Flandes a besar las manos de su mqjestad después quel rey Cat6lico su abuelo, muri6 ano de 1516» 1. Ce flux de Castillans et de Galiciens à Bruxelles, après la mort de Ferdinand et pendant la courte régence du vieux Cisneros, avait pour but de dénoncer la politique de Cisneros et de promouvoir les expéditions américaines, en particulier dans la perspective de la pêche aux perles. Mais c'était aussi pour poursuivre la politique d'expansion maritime engagée par Ferdinand, lequel avait engagé une véritable course contre la montre avec le Portugal depuis que les navigateurs et capitaines portugais avaient atteint les Moluques en 1512. Les expéditions castillanes organisées par Ferdinand entre 1509 et 1515 pour trouver le passage interocéanique avaient toutes été des échecs (la dernière en date celle de Solis s'était tristement terminée par la mort du découvreur du Rio de la Plata). Le vieux monarque mourut sans voir réalisée la découverte tant désirée. Or, en 1517-1518, lorsque Magellan et Ruy Faleiro arrivent en Espagne et se dénaturalisent pour se mettre au service du roi d'Espagne, ils affirment pouvoir trouver une nouvelle route vers l'Epicerie et se rendent crédibles en usant de deux arguments: d'abord ils affirment que le passage interocéanique existe au sud du continent, ensuite que les îles aux épices sont dans l'espace castillan. Ces deux affirmations sont le fruit d'un savoir portugais. En effet, Magellan lui-même avait navigué pendant sept
I Gonzalo Fernandez de Oviedo énonce ensuite les biens et les rentes de cette famille « tres juros e otros heredamientos en Galicia» in BataUas y Quinquagenas, ed. de J. B. de Avalle Arce, Salamanca, ediciones de la Diputaci6n de Salamanca, 1999, p. 174. 18

années pour le compte du roi Manuel sur les eaux indiennes jusqu'à Malacca; par ailleurs, il est renseigné par son congénère Francisco Serrao qui, dans ses lettres envoyées depuis Ternate, lui avait vanté la richesse des îles, en les situant dans l'hémisphère «castillan ». Quant à la première affirmation, elle est sans doute le fait de Cristobal de Haro, principal soutien logistique et politique de Magellan qui, comme lui, est passé du Portugal à la Castillel. Il importe de souligner le rôle du converso Cristobal de Haro, représentant des Fugger à Lisbonne pendant de nombreuses années. En 1513-1514, depuis le Portugal, Cristobal de Haro et NUllo Manuel, concessionnaire du monopole du palo brasil, avaient été les armateurs de l'envoi «secret» de deux caravelles vers l'Amérique. Le pilote Juan de Lisboa avait parcouru la côte sud du continent presque jusqu'à la Patagonie, au large du Rio de la Plata. Convaincu qu'il s'agissait du détroit, il revint en péninsule avec cette bonne nouvelle et l'allemand Schoner fera une carte de l'Amérique du sud où le détroit occupe la place du Rio de la Plata.

I SebastianAlvarez- agentdu roi de Portugalà Séville- communiqua à Manuel 1er que
Magellan avait montré « una poma y carta que hizo el hijo de Reinel» in Fernandez de Navarrete, Coleccian de viajes y descubrimientos que hicieron por mar los espafioles desde fines dei siglo xv, ed. Carlos Seeo Serrano, 1. III, Madrid, Atlas, p. 498, Numero XV : sans doute une carte de projection polaire, similaire à celle que fit son père, Pedro Reine! en 1522, ce que confirme Las Casas qui parle d'un «globo» et ajoute que « el estrecho deja de industria en blanco» (Historia de las lndias, Lib. Ill, cap. 10). Jorge Reinel avait accompagné Magellan lors de sa venue en Espagne. 19

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carte n02 : globe de Johannes Schoner, on y voit le tracé d'un passage à la

hauteur de l'embouchure du Rio de la Plata, par ailleurs les terres américaines découvertes sont partie intégrante de l'Asie 1.

Cristobal de Haro, membre du Consulat de Burgos, va donc jouer un rôle essentiel dans le financement de l'expédition de Magellan et il fut sans doute
1 Transylvanus (un autre transfuge) qui s'était marié en Flandres, avec une nièce de Cristobal de Haro, met en évidence le rôle de cet homme d'affaires de Burgos qui accompagne Magellan; Cristobal de Haro fait partie de ce phénomène de réversion des hommes d'affaires castillans du Portugal vers la Castille, à la suite du changement de politique du vieux roi Manuel, changement confirmé par Joao III. Cf. Demetrio Ramos (in Castilla y Lean en América. Cartografia histarica, Valladolid, 1991, Estudio preliminar « La accion organizadora de Castilla y Leon en América}) p. 18-25) qui explique que les négociants castillans s'étaient retournés vers Lisbonne pour profiter de l'opportunité de l' « alquiler de espacios », comme le fleuve de Guinée pour commercer avec les indigènes. Cristobal de Haro eut jusqu'à 17 caravelles dans ce négoce; il avait aussi investi dans la coupe de bois de teinture (palo brasil), ce qui explique son expédition au Brésil en 1513-1514; l'idée du détroit qui communiquerait depuis le Rio de la Plata à Malacca fut, semble-t-il, diffusée dans un bulletin des FUgger Newe Zeitung. Lorsque le roi Manuel, avec une forte intention nationaliste, décida de freiner l'intervention des étrangers dans l'activité commerciale, ces hommes d'affaires castillans revinrent en force en Castille, espérant trouver un nouvel espace de développement avec le nouveau roi et son entourage. Cette participation de CristObal de Haro au financement de l'expédition est analysée en partie par Demetrio Ramos et Ramon Carande (op. cil. p. 392). 20

celui qui recommanda le projet à Fonsecal. Demetrio Ramos rappelle que les négociants castillans, comme Cristôbal de Har02, qui avaient une succursale à Anvers, ont beaucoup espéré de l'arrivée du jeune empereur et de sa cour de Flamands, grâce auxquels ils escomptent que se produira un développement des activités commerciales d'exportation en Castille. C'est même sans doute la venue de tous ces Flamands qui incite les Portugais transfuges à passer en Castille - Magellan, Faleiro, Carvalho, Serrao etc. tous les marins cartographes, aventuriers, avec l'idée d'aller en Orient par l'Amérique - territoire espagnol que l'on croit très proche des terres convoitées3. L'empereur décida que l'entreprise se ferait majoritairement à ses frais. Cependant il y eut une grande rivalité entre les marchands entrepreneurs pour investir dans la flotte: Haro (4 000 ducats) les Flamands et les Függer. Mais le rôle de Haro est le plus important, il finance directement, en investissant dans les cinq bateaux et indirectement car il prête de l'argent au jeune roi, intégrant ainsi le circuit des bailleurs de fonds de Charles Quint: les Welser, les Függer et les Gualterotti 4. Ces financiers du Consulat de Burgos sont pour partie liés aux notables de la Corogne car ils ont des intérêts communs: la question convoitée des épices réunit l'ambition des hommes d'affaire castillans à celle des oligarques de ce port particulièrement bien placé pour le commerce avec le nord de l'Europe. Le séjour des Castillans à Bruxelles, dès la mort de Ferdinand pour y négocier ces choix politiques et économiques, l'arrivée du

1 Mis en retrait ainsi que son secrétaire Conchillos depuis la mort de Ferdinand, l'évêque de Burgos, Fonseca ne reprendra son importance qu'à la mort de Jean de Sauvage, grand chancelier de Bourgogne qui jusque là le mettait à la marge. Personne mieux que lui ne connaissait les affaires des Indes, dès lors qu'i! s'agissait de favoriser la production d'or et de perles... Quant à Cristobal de Haro, il est l'appui financier idéal pour ce type d'expédition; prêt à investir des capitaux avec la seule perspective d'obtenir d'énormes bénéfices: si l'expédition était un succès, même partiel, il pouvait en tirer un bénéfice de l'ordre de 400%. Par ailleurs, le pragmatique Cristobal de Haro avança l'argent au roi à un taux d'intérêt très élevé, camouflant ainsi la réalité de sa participation réelle ainsi que celle des Függer au financement total de l'expédition. 2 Sans doute lié à la famille des Haro, condes de Vizcaya dont descendent les Lopez de Ayala (cf. Oviedo, Batallas y quinquagenas, op. cit.,. p. 214). 3 Transylvanus dans sa célèbre Carta de Valladolid écrit que, lors de la préparation de l'expédition « Haro y sus amigos quisieron tamar a su cargo el armazon diciendo al emperador que no querian que su majestad gastase casa alguna mas de les conceder y dar licencia para que pudiesen hacer la armada », c'est-à-dire reproduisant le système portugais de « alquiler de espacio» pour son commerce (cf. Castilla y Leon en América. Cartografia historica, Valladolid, 1991, estudio preliminar de Demetrio Ramos « la accion organizadora y Castilla y Leon en América » p. 18). 4 Carande Carlos Quinto y sus banqueras, p. 392. 21

jeune prince en Espagne, et le retour en grâce de Fonseca, constituent les prolégomènes de la création de la deuxième Casa de la Contratacion.

Une conjoncture politique dramatique

et favorable...

Charles Quint va manifester les mêmes dispositions que son grand père à
l'égard de Ja maîtrise des épicesl, il reprendra

- sans

doute conseillé par les

magnats flamands et Jes élites castillano-galiciennes - une politique d'expéditions maritimes coûteuse. Il manifesta également de bonnes dispositions à l'égard de la Corogne comme les multiples cédules et privilèges cités plus haut le prouvent. Sans doute fut-il sensible au loyalisme de la ville et à l'accueil qu'elle lui réserva pour y tenir la dernière réunion des Cortes de Castille, session ô combien difficile et conflictuelle. Dans ce finis terre, (lieu bien inhabituel dans une ville qui n'avait pas droit de vote I), les procuradores de Castille avaient signifié leur mécontentement devant le départ du monarque, resté à peine trente mois dans ses royaumes d'Espagne et, depuis Tolède, les premières résistances comuneras à sa politique s'étaient manifestées. Pour la Corogne, il s'agissait de ne pas rater le train du développement, possible grâce à la découverte des nouveaux mondes. Dans cette année 1520, profitant du séjour de Charles et de sa cour, les premières tractations se mettent en place pour la création d'une Casa de la Contratacion de la part du concejo de la ville et de la noblesse galicienne. Le 4 décembre 1520, les dignitaires de la ville se réunissent pour rédiger les Capitulaciones deI reino de Galicia para el servicio de Su Majestad en el tiempo de las comunidades de 1520 : texte politique qui est rédigé dans Je contexte d'extension de la rébellion des comunidades à l'ensemble des villes de Castille. La noblesse et les notables de la Corogne saisirent cette occasion pour réunir une assemblée à Mellid, à l'issue de laquelle seront rédigés les quatorze chapitres qui composent les Capitulaciones deI reino de Galicia. Les six premiers chapitres font référence à la situation insurrectionnelle que connaît le royaume de Castille: les signataires assurent le roi d'Espagne de leur loyauté et de leur fidélité indéfectible au pouvoir royal, sa conservation et sa prééminence2-. Les signataires s'engageaient à ne respecter ni
I Il Y eut une période de doute, essentiellement due à l'opposition de Las Casas depuis 15151516, et à l'attitude sans doute rétive de Adrien de Utrecht. 2 Article II, les signataires affirment que si les troubles venaient à gagner la Galice, « todos juntos e cada uno de por si iran con sus personas, casas, criados e vasal/os a castigar, e sosegar e reduzir al servicio de Sus Altezas y en favor de su justicia » art. IV « Si por las ] comunidades de Castilla fuera enviado Gobernador 0 Justicias nuevas otras provisiones [.. _ que no sean obedescidos ni cumplidas las dichas provisiones ». Tirant argument de l'effet nocif du vote de Zamora, ville en proie aux troubles, qui a pouvoir au nom de La Galice, les 22

gouverneur, ni nouveaux juges envoyés par les comuneros, et s'engageaient également à maintenir l'ordre dans leurs terres, empêchant toute propagation insurrectionnelle. Les chapitres VII et VIII demandaient droit de vote aux Cortes pour la Galice (la réponse de Charles Quint sera très évasive sur ce point). C'est dans le chapitre X que figure la demande de la création d'une Maison du Commerce pour l'épicerie et que soit choisi le port de la Corognel. La lecture du texte manifeste que les auteurs ne souhaitent pas entrer en compétition avec les Indes Occidentales qui dépendaient de la Maison du Commerce de Séville. Il s'agissait pour eux de créer un centre indépendant, pour un commerce en direction des Moluques et d'envisager de grandes flottes à partir d'un port mieux situé pour les échanges avec les Flandres si chères à Charles Quint ainsi qu'avec d'autres territoires septentrionaux. Le texte demandait que fût concédée à la Corogne «la descarga de la contratacion de la Especieria e las atras casas de las lndias nuevamente halladas » et « que se haga alli Casa de Cantratacion segund e de la manera que esta en la ciudad de Sevilla de las otras lndias antiguamente halladas ». Allusion claire était faite aux Portugais et à leur récente découverte des Indes Orientales (jugée récente par rapport aux découvertes des Espagnols) des Indes Orientales2 Qui signe? La totalité des magnats galiciens, les représentants des maisons Lemos, Altamira, Benavente, Andrade, Rivadeneira, les évêques de Astorga, Lugo et en présidence l'archevêque de Santiago, Alonso de Fonseca (3ernedu nom). Demetrio Ramos fait observer que la tenue des Cortes à la Corogne dut permettre la rencontre des élites locales avec des
signataires sollicitent «que de aqui en adelante este dicho reino [el reino de Galicia] tenga voto en cortes y fuera del/as, en todas aquellas casas que las ciudades de dicho reino de Castilla le tienen en las dichas Cortes y cossas ». Dans l'article XI, les signataires demandent que soient publiées leurs décisions auprès de tous les gouverneurs généraux de Castille. Texte imprimé pour la première fois dans la Galicia diplomatica, Santiago, le 8 de octubre de 1882, n° 14,1. I, p. 97-100. Ces chapitres montrent une des nombreuses démarches que livra la ville pour obtenir droit de vote au parlement; après maintes batailles, ce droit fut acheté par la ville à la Couronne pour 100.000 ducats. 1« X- Gtro si; que los dichos Senores y Caualleros, por si, y en nombre de los otros ausentes é pueblos dei dicha Reino acordaron de suplicar é suplican a sus Altezas é sus Gobernadores en su nombre, que les haga merced de la descarga de la contrataciOn de la especieria, é de las otras cosas de las Indias nuevamente halladas, sea en la Ciudad de la CorUM y que alli se haga Casa de Contratacion segund é de la manera que esta en la Ciudad de Seuilla de las otras lndias antigüamente fal/adas por quanto es mucho seruicio de sus Altezas, bien é Procomun desde Reino por muchos respectos é motivos que dara por relacion la persona que en su nombre ciello embian )).(Galicia diplomatica, Santiago, 8 de octubre de 1882, n014, p. 99). 2 Les Indes orientales comprennent l'Inde barbare, c'est-à-dire l'Atrique sub-saharienne, l'Inde gangétique et l'Inde extragangétique. 23

personnalités prestigieuses tant politiques qu'économiques «no s610 el obispo Fonseca, como también Zapata, Hernando de la Vega, Francisco de los Cabas y demas conseje ras y miembros de la burocracia indiana coma también todos los cortesanosflamencos »1. Dans ces années 1518~1520, se dessine un plan de développement de l'activité maritime et commerciale et de construction navale des ports du nord de l'Espagne, comme une correction du fort développement régulier de Séville et de la côte andalouse, observable depuis les premiers voyages de Colomb. Depuis Worms en 1521, Charles Quint fait une déclaration prudente à la lecture des derniers chapitres des Capitulaciones :
A 10 que suplicais que a la especieria que se trajese de aqui en adelante de las islas descubiertas se descarguen en la ciudad de la Coruna, y que alli haya casa de contratacion como hay en Sevilla de la contratacion de las Indias, hasta ahora no he determinado 10 que sera mas conveniente hacerse en esto, 10 mandaré proveer como convenga (mars 1521)

Donc si Charles d'un côté favorise la ville et lui octroie quelques privilèges, il ne statue sur rien d'important, ni sur l'octroi du vote à la ville ni sur la création de la maison du commerce: la réponse sur ces deux points reste évasive.

L'euphorie

Septembre 1522: le bateau la Victoria, commandé par le basque Juan Sebastiân Elcano, seul bateau rescapé de l'expédition, arrivait à San16car de Barrameda après avoir fait le tour du monde. Il transporte un appréciable chargement de 524 quintaux de clou de girofle et d'autres épices en moindre quantité. Elcano revenait en confirmant que les Moluques étaient bien la source des épices et qu'elles se situaient dans la partie espagnole, ce qui avait déjà été posé comme principe par Magellan. La joie du prince fut sans doute inégalable2 .
1 Demetrio Ramos, op. cit.p. 21 2 Cf. lettre de Charles Quint à sa tante, Marguerite d'Autriche, régente des Pays Bas: « la armada que hace tres anos envié a las islas de las Especias, ha regresado y ha estado en el lugar donde crecen las dichas especias, dande ni los portugueses ni ninguna otra nacion ha estado jamas », ce qui était faux mais que le jeune roi affirme dans ces termes pour fonder son droit de regard sur l'épicerie. Dans sa réponse la tante de Charles propose que Bruges devienne le nouveau centre de commerce des épices... Voir Laurence Bergreen, Magallanes Hasta los confines de la fierra, Barcelona, Editorial Planeta, Historia y sociedad, 2004. 24

Celle des élites de la Corogne ne le fut pas moins. Un deuxième texte, un Mémorial sans date ni signature, fut rédigé sans doute entre septembre et décembre 1522, dans la logique des Capitulaciones mais beaucoup plus argumentél. Ce texte fut vraisemblablement pris en compte par Charles Quint car la cédule de création de la Maison du Commerce reprendra les arguments avancés dans le Mémorial. On notera la rapidité dans la rédaction
des textes et dans la prise de décision
années

- ce

- qui

va être la caractéristique
déjà affûtés. .,

de ces

qui montre

que les arguments

étaient

Il s'agit d'un habile plaidoyer intitulé «Memorial presentado al emperador sobre las ventajas que resultarian de establecer en la Coruiia la casa de Contratacion para el comercio de la especieria » qui plaide pour la création de la Casa à la Corogne, et dont les arguments sont aussi nombreux que convaincants. On y évoque la disposition du port « el mejor que hay en todos nuestros reinos », autant pour y faire escale que pour organiser des flottes, sans danger pour les bateaux. Toutes les nations qui ont besoin de se pourvoir en épices et qui sont les plus grandes consommatrices, à savoir celles de l'Europe septentrionale (et où les épices sont te plus chères) pourraient se ravitailler à la Corogne (France, Allemagne, Ecosse, Danemark, Norvège). On y expose la facilité pour construire des bateaux car l'arrière-pays dispose de beaucoup de bois et de fer (à la différence de Séville qui doit les faire acheminer de très loin). Les eaux en sont salées et froides et les bateaux résistent mieux qu'à Séville dans une eau douce et chaude où prolifère la vermine. On pourra fabriquer de grands bateaux nécessaires pour un commerce si lointain et préférés à des petits où il reste peu d'espace pour les chargements de marchandises. L'arrière-pays peut également fournir des vivres en grande quantité à des prix bas. Les auteurs signalent qu'un meilleur contrôle des marchandises sera possible car les bateaux seront amarrés au plus près des édifices, à la différence de Séville où les navires ont l'habitude de mettre 15 ou 20 jours pour remonter le fleuve du Guadalquivir et «pueden sacar todo 10que quisieren ». Enfin le dernier argument a une haute valeur symbolique; les expéditions de découverte sont placées sous la protection de l'apôtre saint Jacques (dont le culte et le pèlerinage international irradie depuis le Moyen Âge dans toute l'Europe), il est donc normal et raisonnable que le commerce international

1 Texte du Memorial in M. Fernandez de Navarrete, Coleccion de viajes y descubrimientos que hicieron por mar los espaiioles desde fines del siglo Xv, ed. Carlos Seco Serrano, t.IIl, Madrid, Atlas, n077 p. 95. Daté par erreur de 1524 par Fernandez de Navarrete: en 1524 la Casa a déjà presque deux ans de fonctionnement car tout se décide à partir du retour de Sebastian Elcano.

25

des épices s'établisse dans un lieu où repose le noble corps du saint et sous sa gardel. La réponse ne se fit pas attendre (à la différence de la prudente déclaration de Worms un an plut tôt). Valladolid, le 24 décembre 1522, fut le lieu d'émission de la real Cédula de création de la Casa de la Contratacion para la especieria de la Corufia qui est une synthèse des informations de Sebastian Elcano et des arguments du Mémorial. Le préambule était l'affirmation «que son estos lugares en nuestros limites y demarcacion », les capitaines espagnols avaient été bien reçus des roitelets insulaires, «reconociendo como suyos a nuestros reyes y permitiendo libremente contratar los productos de la especieria y cargar las naves con clavo y muestras de todas las otras especierias y droguerias que en las dichas tierras avia »2, Pour un commerce d'une telle envergure, il fallait un port où résideraient les officiers royaux en accord avec les instructions du Conseil des Indes, et réitérant le motif religieux d'un saint patron de l'Espagne «guiador y protector de las dichas nuesfras armadas », la Corogne était le port choisi pour y créer également un chantier naval: il s'agissait non seulement de réglementer mais aussi de promouvoir les expéditions par la construction de bateaux et d'organiser les projets en cours. Pour garantir ce commerce, des ordres sont donnés de construire un quai pour accueillir les bateaux de fort tonnage et de fortifier l'entrée de la baie (<< se hagan tres castillos, el uno a la par de san Francisco, en la isla de que la pefia grande, y el ofro en la otra parte a la punta de la entrada deI puerto y el otro a la Torre dei Espejo »3) ; le monarque exige que ces travaux soient financés par la ville qui est d'ailleurs prête à donner les fonds. On réfléchit également aux différents endroits où pourraient être construits les bâtiments eux-mêmes: ni les fortifications ni la maison ne seront construites; il n'y aura qu'un personnel administratif.
1 « Vuestra majestad en este descubrimiento mand6 tomar por su patron de la navegacion al bienaventurado ap6stol santiago, por cuya intercesion es de tener que Dios depar6 este descubriùiento es razon que vuestra majetad en memoria desto ponga esta contratacion en lugar donde se pueda seguir beneficio y la tierra en que su cuerpo esta sea mas noblecido e visitado» AGO Patronato 48 ramo 2 « estando en la coruna la especieria es como si estuviese en flandes y pues alii se gasta la mayor parte y muy poquito en levante es bien se ponga cuan mas cercano se pueda poner » ibidem. 2A la fin du volume 2 du Libro de aetas deI consistorio, se trouve l'index des cédulas reales conservées: « item otra provision firmada de su majestad e con las armas rea/es en que su Majestad promete e hace merced ala çibdad de La Coruna de hacer la casa de la contratacion en el/a» (foI.304.) in Ismael Velo Pensado, La vida municipal de La Coruiia en el siglo XVI; A Corona,Diputaci6nprovincial, 1992,p. 42. 3 Velo Pensado, ibid, p. 42. 26

Toujours avec cette même presse, dès 1522, fut décidée l'expédition de Garci Jofre de Loaysa qui ne prendrait la mer que trois ans plus tard: Privilegios que concediô el emperador a los naturales destos reinos que armasen navios para ir al Moluco en la armada de Loaisa. Composé de trente-trois articles, ce texte édictait un véritable règlement de la Casa et donnaient les normes de son fonctionnement (115 royal sur tous les produits chargés: épices, or argent pierres précieuses, soie). L'organisation des préparatifs fut fébrile, on travaillerait nuit et jourl. Cristobal de Haro, regidor de Burgos et membre du Consulat, fut nommé factor de la nueva Casa de la especieria de la Coruiia ; il joua là encore un rôle essentiel en liaison avec Arteta (groupe basque) qui, à Bilbao, se chargeait des ravitaillements. Cette maison, qui mettait à profit les grandes possibilités des ports du nord pour un développement outremer plus proche de l'Europe septentrionale, illustre une claire vision économique qui pouvait entrer en résonance avec les idées politiques universalistes de Charles Quint et de ses conseillers. En projetant également la création d'une maison du commerce jumelle aux Moluques, on espérait ainsi créer un véritable circuit commercial, sans autre prélèvement que le cinquième royal. D. Ramos observe que c'est une véritable «mécanique mercantile» où l'on voit
nettement Mémorial

- en dehors - « l'ilifluence

de l'ambition économique des signataires du des experts castillans plus habitués au commerce

avec les grandes maisons d'Europe, à la marge de l'influence des banquiers et marchands génois, florentins ou vénitiens qui dominaient la place de Séville »2.

La junte de Badajoz

Les difficultés liées à la politique extérieure empêchent la réalisation immédiate de ces projets; la création de la maison du commerce et les privilèges concédés aux marchands et navegantes qui participeraient à l'organisation des flottes en direction des épices, provoquèrent un émoi considérable à la cour de Jean nI de Portugal. Ce dernier posa le problème de la ligne de démarcation avec véhémence. Dans une situation très tendue, susceptible de dégénérer en conflit armé aux confins du monde, il fut décidé
I Libro de consistorio l, foI.llv (16 juin 1524). 2Demetrio Ramos, op. cil., p. 23. Ram6n Carandel de son côté met en évidence l'intérêt de cette éphémère Casa de la Contratacion, spécialisée dans la especieria, dont le modèle était inspiré plutôt du modèle portugais (la Casa da India) que du sévillan. 27

de trouver une solution concertée. On remit sur le tapis le problème de la antiraya (la ligne de démarcation aux antipodes) et Charles Quint, imitant en cela ses grands-parents, souhaita résoudre les problèmes de façon diplomatique de deux façons: en envisageant plus sérieusement son mariage avec une princesse portugaise et en réunissant une assemblée d'experts strictement paritaire qui définiraient la ligne de démarcation. Les réunions commencèrent en 1524 à Badajoz et assemblaient des juges et des experts des deux nations et acceptés respectivement. En dépit du déploiement de toutes les connaissances de la cosmographie et cartographie du temps il fut impossible de parvenir à un accord pour des raisons à la fois de mauvaise foi (falsification des cartes) mais aussi pour des raisons scientifiques, tels que les obstacles insurmontables pour défmir la longitude. L'importance de l'enjeu économique était telle qu'une décision sereine fut impossible. Dès la dissolution de l'assemblée, Charles Quint et les Castillans mirent une énergie exceptionnelle pour monter les expéditions vers les Moluques, dont les préparatifs furent accélérés1.

I La question du mariage de Charles Quint pesa peu pour la circonstance face à l'énorme enjeu des épices: en outre Charles, conseillé en cela par sa chère bonne tante, Marguerite d'Autriche, envisageait très sérieusement d'épouser Marie Tudor, encore enfant, (elle a six ans), liant par ce mariage les intérêts des Flandres et de l'Angleterre pour contenir le puissant voisin français. Signalons enfin, comme le souligne Herrera dans les Décades, qu'en 1524, François 1er, informé par ses corsaires, déclarait « que no habia criado Dias aquellas tierras para sôlo los castellanos» ; il armait donc une expédition en 1524 qui avait pour capitaine le florentin Juan Verrazano; ce dernier devait découvrir « que habia otro paso dei mar dei Norte al mar dd Sur ». Antonio de Herrera, Historia general de los hechos de los castellanos en las islas y tierra firme dei mar océano, Edici6n y estudio de Mariano Cuesta Domingo, Madrid, Universidad complutense de Madrid, 1991,1. II, Dec. III, Lib. VI, cap. 9, p. 482. 28

Un faisceau d'expéditions dans un temps record

{carte 3 : tracés des trois expéditions parties depuis la Corogne vers les MoluquesJ

Au cours de la seule année 1525, deux expéditions furent envoyées vers les Moluques. La première avait à sa tête Esteban Gomes, pilote portugais qui avait participé à l'expédition de Magellan I. Il affirmait pouvoir aller en Chine en trouvant un passage entre la Floride et Le Labrador. La cédule date de septembre 1524 et l'expédition est prête en mars 1525, ce qui est très rapide. Le bateau armé et approvisionné pour un an fut payé sur ordre royal par la ville de la Corogne. Le chargement en marchandises l'était par les marchands castillans. L'expédition sera un échec, même si Gomes fait la découverte géographique d'une partie de la côte de l'Amérique du nord jusqu'à Terre-Neuve. Voici ce qu'en dit Pierre Martyr, membre du Conseil des Indes: « [Gomez] sin haber podido descubrir, como 10prometio ni el estrecho ni Catay, volvio a los diez meses de su partida. Siempre pensé que eran vanos los pensamientos de este buen hombre y 10 dye.. pero no le faltaron votos en su favor»2. Les appuis en question sont sans doute sensibles aux arguments des Haro, Benavente, Arteta et autres opulentes familles liées entre elles qui financèrent pour partie l'expédition...

I Il était revenu en Espagne après une sédition à bord. D'abord prisonnier puis jugé à Séville, son expérience et son habileté lors de la junte de Badajoz le créditèrent à nouveau de la confiance impériale. 2 Pedro Mlli1ir de Angleria Décadas del Nuevo Mundo, Madrid, Ed. Polifemo, 1989, Déc. VIII, cap. to, p. 54 L

29

La deuxième expédition, beaucoup importante sortit de la Corogne le 24 juiltet 1525 soit quatre mois plus tard; le capitaine en était un commandeur de l'ordre de saint Jean, Garcia Jofre de Loaisal. La Casa de la Contratacion de la Corogne réalise sa première expédition de grande envergure en armant sept bateaux. Sebastian Elcano s'embarque dans cette flotte qui devait emprunter la même route que Magellan (on se rappelle que le principe de l'expédition avait été à l'ordre du jour deux ans plus tôt). L'organisation elle-même est prise en charge par la nouvelle Maison du Commerce; autant la Couronne que les grands banquiers et marchands attendaient de juteux bénéfices de cette imposante expédition. C'est pourquoi des fonds importants furent réunis et on retrouve à nouveau Cristobal de Haro et les Függer, comme bailleurs de fonds ainsi que la Couronne, qui poursuit sa politique d'emprunts2. Les sept bateaux furent construits dans le chantier naval de la Corogne et au Pays Basque; pourvus en vivres, en artillerie et en marchandises pour le troc. Il s'agissait d'une puissante armada qui devait achever la conquête des Moluques, sous le mandat d'un Espagnol, bon chef militaire, Jofre Garcia de Loaysa. Ce dernier devait conquérir et organiser le gouvernement, en agissant comme premier gouverneur. Les bateaux de Loaysa furent détruits ou perdus dans le détroit. Loaysa, Elcano et une infinité de marins et équipiers moururent. Un seul bateau réussit à arriver jusqu'aux Moluques à Tidore: mais c'était trop tard: les Espagnols apprirent que les Portugais s'étaient établis dans une autre île du même archipel, à Ternate, où ils avaient édifié une fortification et où il disposaient de nombreuses embarcations de guerre. miguez, le capitaine espagnol, érigea de son côté une fortification à Tidore et se disposa à repousser les attaques des Portugais, qui se produisirent deux semaines plus tard. L'assaut fut repoussé mais c'était le prologue à la première guerre coloniale des temps modernes dans laquelle les Espagnols avaient la partie la plus difficile. Ils étaient peu nombreux, n'avaient pas de bateaux de guerre (ou peu), et manquaient de toute possibilité de recevoir un soutien logistique. Les Portugais en revanche, étaient plus anciens dans la zone et pouvaient recevoir toute sorte d'appui sur une route maritime qu'ils maîtrisaient relativement. Ils pouvaient escompter plus aisément l'aide nécessaire depuis leurs comptoirs moins éloignés tels que Malacca et l'Inde.

1 Bataillon observe précisément qu'en août 1524 le Conseil des Indes est officiellement fondé et son président est Garcia de Loaysa, confesseur de l'empereur Charles Quint, parent de Fray Garcia lofTe. 2 « Hizo el capitan general pleito homenaje en la Coruna. en manos del Conde don Hernando de Andrada », HeITera, op. cit. p. 516. 30

A cette expédition participait un pilote Urdaneta encore un basque - qui découvrira en 1566 le chemin du retour des îles vers la Nouvelle EspagneI. A peine l'expédition de Loyasa était-elle partie que, le 14 août 1525, un contrat confiait à Diego Garcia de Moguer la conduite d'une nouvelle expédition de trois bateaux vers « la parte deI mar océano meridional» : les signataires en étaient le comte d'Andrada, Cristobal de Haro, Rui Basante, Alonso de Salamanca et Pero de Morales2. Ces promoteurs, qui étaient aussi aussi les responsables de la Casa de la Contrataci6n de la Corogne, engageaient à leur service Garcia de Moguer, un excellent pilote qui avait participé au voyage de découverte de Solis et ensuite à celui de Magel1an. Les capitulations furent signées en février 1526 à Tolède. L'expédition armée et montée à la Corogne (les 4 armateurs sont de la Corogne) sortit du Finisterre le 15 août 1527. Elle toucha les côtes du Brésil et là entendit parler de la Sierra de Plata: le projet asiatique fut abandonné et les expéditionnaires se mêlèrent aux conquérants américains. L'expédition ne poursuivit pas vers les Moluques. Demetrio Ramos fait observer que cette expédition hâtivement préparée est le signe d'un état d'alarme au sein du

-

I Cf Navarrete qui recueille le journal de bord :« Derrotero de viaje y navegacion de dicha armada por Hernando de la Torre, el 24 de Julio de 1525, partimos de la Coruiia en nuestra derrota, la vuelta al cabo de Finisterre... » (AIS leg la papeles dei Maluco, desde 1519 a 1547, in Navarrete, op cit., 1. 3, doc N° XIV p. 125). En revanche Oviedo s'est trompé lorsqu'il déclare que cette expédition est partie de San Lucar de Barrameda (HGNI, 1. II, p. 239 a). Oviedo fait état des pertes; la nao Espiritu Sancti, avec pour capitaine Sebastian Elcano, se perdit a la hauteur du « Cabo de los once mil Virgenes ; embocaron en el estrecho la Anunciada, la San Lesmes y la Santa Maria dei Parral .. mas tarde llegaron la Victoria, la San Gabriel y el patax. A la salida dei estrecho desaparecieron la nave capitana y la Santa Maria dei Parral.. el patm 0 galeon Santiago recorrio la costa dei continente sur y llego hasta Nicaragua en la region de Malatlan.. a fines de Julio de 1526 fenecio el comendador

Garcia de Loaysa ,. nombrado capitan, Elcano a su vez enfèrmoy fallecio a los cuatro dias,
hicieron capitan a un hidalgo llamado Toribio Alonso de Salazar el cual murio a su vez a principios de septiembre, fue elegido Martin lfiiguez, alguazil mayor », in Oviedo, op. cit., t. 2, p. 263. Andrés de Urdaneta un des derniers défenseurs des Moluques remontera depuis les îles Philippines vers le Japon en prenant le courant Kuro Shivo et arrivera sur la côte nord ouest de l'Amérique puis à Acapulco; ce sera la fameuse route qu'empruntera le galion de Manille. 2 Cf Toribio Medina, Coleccion de Documentos inéditos para la Historia de Chile, primera serie, Tomo III, Expediciones de Jofi'é de Loaiza, Alcazaba , Mendoza etc... « Asiento que el conde de Andiada y Crist6baI de haro tomaron en nombre de su Majestad con Diego Garcia, 17 de agosto de 1525 » ; « Capitulaci6n que se tom6 con Hernando de Andiada y Crist6bal de Haro para hacer varios descubrimientos .10 de febrero de 1526 ». On notera les termes vagues utilisés dans cette capitulation. On peut signaler que Gabriel de Salamanca était haut fonctionnaire de la trésorerie de Ferdinand d'Aragon: il avait assuré la gestion de l'argent pour l'Empereur (cfCarande, op. cit. p. 114-120) : il était de Burgos; Alonso de Salamanca, sans doute de la même famille, fait partie de ce groupe d'hommes d'affaires galiciens qui investissent dans les expéditions pour l'épicerie. 31