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L'Angleterre élisabéthaine

De
304 pages
Le règne d'Élisabeth 1re (1559-1603) a donné son nom à une période souvent considérée comme un âge d'or. L'expression n'est pas usurpée. Sous l'autorité de cette reine mythique, la Renaissance a connu son plus bel épanouissement, et pas seulement dans le domaine des arts. Point alors l'aube de ce qui deviendra plus tard l'Empire britannique. En plus de son intérêt historique, le tableau dressé ici de la civilisation élisabéthaine révèle des traits pittoresques, dramatiques ou inattendus.
Henri Suhamy, normalien, agrégé et docteur ès lettres, est professeur émérite à l'université Paris-Ouest, lauréat de l'académie française et du jury de la Vallée aux Loups. Il a notamment participé à la traduction de Walter Scott en Pléiade (Gallimard, 2003 & 2007).
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DU MÊME AUTEUR

 

Versification anglaise, Paris : S.E.D.E.S., 1970, Nouvelle version, Paris : Ellipses, 1999.

Les Figures de style, Paris : P.U.F., collection « Que sais-je ? », n° 1889, 1981. 11e édition publiée en 2010. Traduction portugaise,As Figuras de estilo, Porto : RésEditora.

Le vers de Shakespeare, Paris : Didier-Érudition, 1984 [épuisé].

La Poétique, Paris : P.U.F., collection « Que sais-je ? », n° 2311, 1986. 3édition publiée en 1997. Traduction portugaise,A Poetica, Rio de Janeiro : Jorge Zahar, 1988. Traduction coréenne, Séoul, 1989. Traduction serbe (POETIKA), Belgrade, 1998.

Sir Walter Scott, Paris : éditions de Fallois, 1993. Grand Prix du Romantisme 1993 (Jury Chateaubriand de la Vallée aux Loups). Grand Prix de l’Académie française 1994.

Stylistique anglaise, Paris : P.U.F., collection « Perspectives anglo-saxonnes », 1994.

Hamlet ‒ Shakespeare, Paris : Hatier, collection « Profil d’une œuvre », n° 170, 1994 (avec la collaboration de Gisèle Guillo).

Twelfth Night ‒ Shakespeare(ouvrage collectif), Paris : Ellipses, 1995.

Shakespeare, Paris : Le Livre de Poche, Librairie générale française, collection « Références », n° 523, 1996. 2édition en 2006.

Hamlet ‒ Shakespeare(ouvrage collectif), Paris : Ellipses, 1996.

* Première Leçon surAs You Like It,de William Shakespeare, Paris : Ellipses, 1997.

As You Like It ‒ Shakespeare(ouvrage collectif), Paris : Ellipses, 1997.

Henri VIII, Paris et Monaco : éditions du Rocher, collection « Le Présent de l’Histoire », 1998. Même ouvrage, Paris : « Le livre du mois », 1998. Traduction en espagnol, El Ateneo, Buenos Aires, 2004.

Première Leçon surVenus and Adonisde William Shakespeare, Paris : Ellipses, 1998.

Waverley ‒ Sir Walter Scott (ouvrage collectif), Paris : Ellipses, 1998.

* Première Leçon surRichard IIIde William Shakespeare, Paris : Ellipses, 1999.

Richard III ‒ Shakespeare(ouvrage collectif), Paris : Ellipses, 1999.

* Première Leçon surAntony and Cleopatrade William Shakespeare, Paris : Ellipses, 2000.

Antony and Cleopatra‒ Shakespeare, (ouvrage collectif), Paris : Ellipses, 2000.

La Poésie de John Donne, Paris : Armand Colin, 2001.

* Première Leçon surA Midsummer Night’s Dreamde William Shakespeare, Paris : Ellipses, 2002.

A Midsummer Night’s Dream ‒ Shakespeare(ouvrage collectif), Paris : Ellipses, 2002.

* Première Leçon surRichard IIde William Shakespeare, Paris : Ellipses, 2004.

Richard II ‒ Shakespeare(ouvrage collectif), Paris : Ellipses, 2004.

Dictionnaire Shakespeare(ouvrage collectif), Paris : Ellipses, 2005.

première Leçon surThe Tragedy of Coriolanusde William Shakespeare, Paris : Ellipses, 2006.

Coriolanus ‒ William Shakespeare(ouvrage collectif), Paris : Ellipses, 2006.

Guillaume le Conquérant, Paris, Ellipses, 2008.

* première Leçon surThe Tragedy of King Learde William Shakespeare,Paris : Ellipses, 2008.

King Lear ‒ William Shakespeare(ouvrage collectif), Paris : Ellipses, 2008.

Hamlet, Lear, Macbeth, histoire de trois personnages shakespeariens, Paris : Ellipses, 2010.

* Première Leçon surMeasure for Measurede William Shakespeare, Paris : Ellipses, 2012.

* Ouvrages écrits en anglais.

Traductions

Shakespeare,Hamlet, Prince de Danemark. Traduction, commentaires et notes, Paris : Larousse, collection « Classiques Larousse », 2004.

La Comédie des erreurs ;Les Deux Gentilshommes de Vérone ;Vénus et Adonis ;Le Viol de Lucrèce, Paris : Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, traduction, notice et notes, à paraître.

Walter Scott,Waverley. Ivanhoé, traduction, notice et notes, Paris : Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2003 et 2007.

 

Éditions

Shakespeare,Henry V, révision de la traduction de François-Victor Hugo, préface et notes, Paris : Hachette, Le Livre de Poche, collection « Libretti », 2000.

Jules César, Hamlet, Macbeth,édition du texte anglais.Henry VIII, édition du texte anglais, notice et notes, Paris : Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2002 et 2008.

Emily Brontë,Les Hauts de Hurlevent, révision de la traduction de Frédéric Delebecque, postface et notes, Paris : éditions de Fallois, 2000.

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G U I D E   B E L L E S   L E T T R E S

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Collection

dirigée

par

Jean-Noël Robert

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D E S   C I V I L I S A T I O N S

Copyright

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation

réservés pour tous les pays.

 

© 2012, Société d’Édition Les Belles Lettres

95, bd Raspail, 75006 Paris

 

ISBN : 978-2-251-90338-5

 

Avec le soutien du

 

 

 

COMMENT UTILISER CE GUIDE ?

Il est, certes, possible de lire ce livre chapitre après chapitre, pour découvrir un panorama de lasociété élisabéthaine ; mais il est aussi conçu pour que le lecteur puisse y trouver rapidement (et en extraire) des informations précises sur un sujet qui l’intéresse. Il est donc conseillé :

‒ de se reporter au sommaire :chaque chapitre est divisé en rubriques (avec des renvois internes) qui permettent de lire, dans un domaine choisi, une notice générale. En outre, les autres rubriques du chapitre complètent l’information.

Au début de chaque chapitre, une introduction situe le sujet dans une erspective différente, illustrantla société et les mentalités élisabéthaines ;

‒ d’utiliser l’indexà partir duquel, sur une notion générale, un terme technique, voire un personnage, il est possible de réunir, à travers l’ensemble du livre, plusieurs données complémentaires.

Une bibliographie choisiepermet, dans un premier temps, de se reporter à des ouvrages récemment parus pour y commencer une recherche.

Tous offrent, sur le sujet qu’ils traitent, une bibliographie plus ou moins riche.

Enfin, les tableaux de synthèse, les cartes et graphiques pourront aider à visualiser et mieux retenir les informations désirées.  (Cf. table des cartes, plans et tableaux en fin de sommaire.)

 

 

 

La période élisabéthaine constitue une sorte de mythe, comme l’âge d’or de la civilisation britannique, et si le règne d’Élisabeth Ire, qui a eu la plus longue vie de tous les Tudors, a duré quarante-cinq ans, de 1558 à 1603, on donne à ce quasi-demi-siècle l’importance d’un siècle entier, comme ceux de Périclès ou d’Auguste. L’adjectifélisabéthainimplique une imprégnation de cette période par une personnalité douée d’un rayonnement exceptionnel, alors que le motvictorien, tiré du long règne de Victoria de 1827 à 1901, évoque un conformisme pesant. Pour les spécialistes d’art ou de littérature, la période dite élisabéthaine s’étend au-delà de l’année 1603, car la créativité dans ces domaines, comme dans celui des sciences, ne s’est pas arrêtée à la mort d’Élisabeth ; son successeur l’Écossais Jacques Iera comme elle pratiqué un mécénat d’État. Les monarchistes voient dans ce règne la confirmation de leurs théories : au rayonnement mystique de la royauté, qui constitue le ciment spirituel et affectif d’un peuple, s’ajoute un climat de paix, de tolérance, de liberté individuelle, presque de démocratie dans les rapports humains, sinon dans les institutions. La personnalité de la reine fascine les historiens comme le public, femme exceptionnelle, non dénuée de passions et de tourments, mais douée d’une autorité et d’une habileté politique du plus haut niveau. À la couronne royale s’ajoute une couronne intellectuelle et artistique, plus pérenne que celle qui n’existe que dans la mémoire historique : les beaux-arts, l’architecture, la musique, la pensée religieuse, le droit, les progrès de la science et des techniques, la littérature, la poésie, le théâtre, ces trois dernières activités réunies par le seul nom de Shakespeare. La civilisation élisabéthaine a-t-elle été le berceau sans lequel son œuvre n’eût pas pu être produite, ou bien, réciproquement, sa gloire rejaillit-elle sur la période qui l’a vu naître et écrire ? La notion de mythe implique parfois la nostalgie trompeuse, l’imposture, le déguisement de la vérité sous des embellissements mystificateurs. Si mythe il y a, il se manifeste aussi par les broderies que la reine a inspirées au cours des âges sous forme de romans, de pièces de théâtre, d’opéras, de films, de séries télévisées. L’histoire n’a pas la prégnance d’une œuvre d’imagination. L’historien se donne pour tâche de ne rien dissimuler de la vérité, de ses ombres et contradictions. Le présent ouvrage ne constitue pas une apologie nostalgique et extatique de l’Angleterre élisabéthaine. Cependant le motcivilisationne constitue pas un simple cadre contenant des narrations, des descriptions de paysages anciens, des enquêtes sur les mentalités, des sondages rétrospectifs sur les opinions, les croyances, les préjugés, les tabous, les rigidités idéologiques et sociales d’une population. Au sens positif, la civilisation élisabéthaine, héritière de l’humanisme et de la Renaissance, où les mœurs, les institutions, les arts forment un ensemble non dénué d’idéalisme moral et d’exigence esthétique, a légué un patrimoine que le passage du temps n’a pas érodé. L’historien Alfred Leslie Rowse a pu commencer ainsi son livre sur l’Angleterre d’Élisabeth, donnant un point de vue britannique, mais auquel les continentaux ne peuvent rester indifférents :  

Le siècle d’Élisabeth n’est pas quelque chose de mort et détaché de nous. Il est vivant tout autour de nous et en nous. Partout où l’on va en Angleterre, il y a les vestiges visibles de ce qu’étaient ces hommes et ces femmes quand ils vivaient, les maisons qu’ils ont construites, aimées et habitées, les objets qu’ils ont faits et portés, les bibelots qu’ils chérissaient, les formes qu’ils ont imposées au paysage lui-même ; partout où des Anglais se trouvent ensemble, ou ‒ et c’est là le miracle ‒ partout où ils parlent notre langue, quelque chose de la tradition continue en eux.

C’est une période de progrès intellectuels, scientifiques, techniques, économiques, qui pratique aussi le culte de la beauté, de l’élégance, et enrichit la langue. L’exaltation de la monarchie et du patriotisme, même si elle résulte en partie d’une propagande organisée, ne manque pas de grandeur. Même les controverses religieuses et les ratiocinations exégétiques témoignent d’une quête de vérité, d’une exigence spirituelle à la hauteur de ce que contient de plus valorisant le concept de civilisation.

d’après Guy Boquet & Edouard Gruter,Les Îles britanniques au XVIesiècle,
coll. « U Histoire moderne », © Armand Colin Éditeur, Paris, 1994.

L’ANGLETERRE
AU TEMPS D’ÉLISABETH Ire

I

L’HISTOIRE

La conquête de l’Angleterre par Guillaume de Normandieen 1066, puis l’arrivée de la dynastie des Plantagenêts en 1154 eurent pour conséquences la mainmise sur le pays d’une classe nobiliaire d’origine française, l’instauration de coutumes venues du Continent et la transformation de la langue anglaise en un idiome hybride.La nation vit sous le régime dela monarchie héréditaire et du principe de primogéniture.La loi saliquene s’y applique pas, les femmes peuvent régner en l’absence d’un héritier mâle.Cependant le concept de légitimité, tout en constituant une valeur sacro-sainte, peut servir de cri de ralliement à des parties adverses. L’enchevêtrement des généalogies crée des situations de contentieux, quand le monarque et un prétendant s’estimant frustré par un usurpateur se réclament de la même légitimité, d’où des conflits violents et fratricides, car les belligérants appartiennent à la même famille. Les affrontements s’étendent au-delà du cercle de la Cour et du palais royal. Dans un pays encore féodal où survivent liens claniques et clientélisme, les contestataires recrutent des partisans armés dans leurs fiefs. Un conflit de légitimité dynastique se trouve à l’origine de la guerre de Cent Ans, ainsi que de la guerre civile qui suivit la défaite en France.

LA GUERRE DES DEUX ROSES

Deux branches de la famille royale s’affrontèrent entre 1455 et 1471, les descendants du duc d’York, fils d’Édouard III, qui arboraient une rose blanche, et les descendants du duc Jean de Lancastre, autre fils d’Édouard III, représentés par la rose rouge. Les York prirent le pouvoir en 1471, après avoir éliminé le lancastrien Henri VI et son fils. Le règne d’Édouard IV aurait pu instaurer une puissante dynastie, dans le prolongement de celle des Plantagenêts. La paix revenue, le commerce et l’industrie redevenaient florissants.C’était l’époque dela Renaissance, de l’invention de l’imprimerie,introduite à Londres parWilliam Caxton(c. 1422-1491), traducteur et imprimeur à l’activité inlassable. Mais une malédiction pesait sur la famille royale. Édouard IV fit emprisonner, puis assassiner son frère Georges. Quand il mourut en 1483, son fils aînéÉdouard V,âgé de quatorze ans, ne fut jamais couronné. Son frèreRichard, duc de Gloucester, nommé régent, s’empara du pouvoir sous le nom deRichard III.Il fit emprisonner, sous le prétexte de bâtardise, son neveu le jeune roi et son frère Richard dans la Tour de Londres. Personne, sinon leurs geôliers, ne les revit jamais. Le nouveau roi, accusé d’usurpation criminelle, provoqua un vent de révolte.Un quasi-inconnu du nom d’Henri Tudor, comte de Richmond, vit qu’il avait une chance à saisir.

LA DYNASTIE DES TUDORS

Né en 1457, Henri Tudor descendait des rois de France et d’Angleterre par des voies indirectes. Son père,Edmund Tudor,était le fils de Catherine de Valois, fille de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, veuve d’Henri V, mère d’Henri VI. Retirée au château de Windsor pendant que la guerre faisait rage en France, elle vécut en concubinage avec son secrétaire gallois, du nom d’Owen Tudor, dont elle eut cinq enfants. L’aîné, Edmund, anobli par son demi-frère Henri VI, fut tué au cours de la guerre des Deux Roses. Son épouse, mère d’Henri Tudor, Margaret Beaufort, descendait du père d’Henri IV, Jean de Lancastre, mais au long d’une branche illégitime. Ayant passé son enfance au pays de Galles, Henri Tudor, se sentant en danger, se réfugia en Bretagne, puis à la cour de son cousin Louis XI. Après la mort de celui-ci en 1483, année où se produisirent celle d’Édouard IV et l’usurpation de Richard III, la régente Anne de Beaujeu favorisa les menées de son protégé. Son ascendance faisait de lui le dernier représentant de la cause des Lancastre. Il entretint, par l’intermédiaire de sa mère des relations avec le camp adverse et avec la veuve d’Édouard IV, promettant d’épouser sa fille Élisabeth, afin de sceller la réconciliation des deux branches ennemies. Parti de France avec une petite armée financée par Anne de Beaujeu, il contourna le sud de l’île pour débarquer au pays de Galles, dernière enclave celtique à l’ouest de l’Angleterre. Il se présenta aux habitants comme un natif de cette contrée, champion de la cause galloise, des autochtones qui avaient subi plusieurs conquêtes depuis l’Antiquité. Plus tard,Henri Tudor se prétendit descendant du roi Arthur,incarnation de la Chevalerie, défenseur héroïque de la Bretagne insulaire contre les envahisseurs. Il donna pour cette raison le nom d’Arthur à son fils aîné.L’affirmation des origines galloises d’Henri VII et de ses descendants fait partie de ce qu’on appellele mythe Tudor,mélange de passé idéalisé, d’exaltation patriotique et monarchiste, l’arrivée imprévisible d’une dynastie aux racines anciennes et celtiques ne pouvant s’expliquer que parl’intervention de la Providence,prélude à la théorie dela monarchie de droit divin.Des circonstances inespérées, sinon la Providence, donnèrent, sur le champ de bataille de Bosworth, en octobre 1485, la victoire au prétendant.

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