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L'APPROCHE INTÉGRÉE DU GENRE DANS LA STRATÉGIE EUROPÉENNE POUR L'EMPLOI

436 pages
L’Union européenne est de plus en plus attachée au principe de l’égalité entre les sexes. Elle a introduit le concept d’ « approche intégrée du genre » dont l’objectif extrêmement ambitieux consiste à instaurer une égalité totale entre les femmes et les hommes en ce qui touche au travail, que cela soit sur le marché du travail formel ou au foyer. Voici un panorama de la situation dans plusieurs pays de la communauté.
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L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'emploi

La première édition de cet ouvrage a été publiée en anglais par l'Institut syndical européen (ISE) sous le titre «Gender mainstreaming in the European employment strategy»en 2001.
Traduit de l'anglais par Charles Schellings. L'ISE est subventionné par la Comn1ission européenne. La traduction française de cet ouvrage a été réalisée avec le soutien financier du Ministère fédéral autrichien de l'Education, de la Science et de la Culture.

Collection «Questions contemporaines»

Publié sous la direction de Ute Behning et Amparo Serrano Pascual

L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'emploi

L'Harmattan
5-7, rue de I 'ÉcolePolytechnique

75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection Questions Contemporaines dirigée par JP. Chagnollaud, A. Forest, P. Muller, B. Péquignot et D. Rolland
Dernières parutions

Robert BESSON, Quelle spiritualité aujourd'hui ?, 1999. Olivier DURAND, Le vote blanc, 1999. Patrick HUNOUT (éd), Immigration et identité en France et en Allemagne, 1999. André MONJARDET, Euthanasie et pouvoir médical, 1999. Serge MAHÉ, Propriété et mondialisation, 1999. Georges KOUCK, L'entreprise à l'école du non-lucratif, 1999. Bernard BARTHALA Y, Nous, citoyens des États d'Europe, 1999. Anne Marie GAILLARD et Jacques GAILLARD, Les enjeux des migrations scientifiques internationales, 1999. ARTIFICES, Art contemporain et pluralité: nouvelles perspectives, 1999. Pierre BERGER, L'informatique libère l'humain, 1999. Laurent GUIHERY, Economie du Fédéralisme: quelle constitution fédérale pour l'Europe? Claire MICHARD, Le sexe en linguistique, 2001. Maxime TANDONNET, L'Europe face à l'immigration, 2001. Edward GRINBERG, Mobilité restreinte, mobilité étendue, 2001. Lydie GARREAU, L'amour conjugal sous le joug: quelques faits et discours moraux sur la vie intime des français, Sexes, morales et politiques, tome 1 2001. Lydie GARREAU, Une reconnaissance progressive du plaisir sexuel Sexes, morales et politiques, tome 2, 2001. Thierry BENOIT, Parle-moi de l'emploi... d'une nécessaire réflexion sur le chômage à des expériences pratiques pour l'emploi, 2001. Lauriane d'ESTE, La planète hypothéquée ou l'écologie nécessaire, 2001. Christian BÉGIN, Pour une politique des jeux, 2001. Jacques CAILLAUX, Pédagogie et démocratie, 2002.

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-3062-0

Sonunaire

Avant-propos
Introduction
par Ute Behning,
...

9
Il
David Foden et Amparo Serrano Pascual

Le cas de la Suède
par Lilja M6sesd6ttir

27

Le cas du Danemark
par Karen Sjf1rup

63

Le cas de la Finlande
par Anna-Maija Lehto

105

Le cas des Pays-Bas
par JooP Schippers

141

Le cas de l'Allemagne par Katrin Tons et Brigitte Young Le cas de l'Autriche par Andrea Leitner Le cas du Luxembourg par Claudia Hartmann-Hirsch Le cas de la France
par Séverine Lemière et Rachel Silvera

163

199

233

253

L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'emploi

7

Le cas du Royaume-Uni par Sylvia Walby Le cas de l'Espagne
par Anna Escobedo
..

281

321

Le cas de 1'1 talle. par Marzia Barbera et Tiziana Vettor Le cas de la Grèce par Maria Zervou
Comparaison de l'adaptation de l'approche intégrée du genre dans les différentes stratégies nationales pour l'emploi par Ute Behning et Amparo Serrano Pascual

361

381

407

8

L'approche

intégrée

du genre

dans

la stratégie

européenne

pour

l'enlploi

Avant-propos

L'approche intégrée du genre est une expression qui fait florès depuis un ou deux ans et elle figure maintenant au nombre des préoccupations de l'Union européenne (UE). L'application du concept d'approche intégrée du genre à la politique européenne de l'emploi a aussi eu pour effet de le populariser auprès des Etats membres à partir de 1999 lorsque sa mise en œuvre fut décidée dans le cadre des quatre piliers des Plans d'action nationaux. L'interprétation que donnent les Etats membres de ce concept d'approche intégrée du genre et sa transposition dans leurs stratégies nationales de l'emploi de chacun d'eux sont au centre de cet ouvrage qui rassemble des contributions d'experts nationaux décrivant les récents développements survenus dans les politiques de promotion de l'égalité avant de les comparer à ce qui s'est fait au cours des vingt dernières années. Le projet du présent ouvrage est né à l'occasion de discussions entre Ute Behning, David Foden et Amparo Serrano Pascual, à l'Institut syndical européen (ISE), pendant l'été 1999. L'idée de la tenue préalable d'un séminaire à l'ISE a été lancée puis encouragée par Béatrice Hertogs et Sinead Tiernan, de la Confédération européenne des syndicats (CES),ainsi que par le directeur de l'ISE, Reiner Hoffmann, qui a accepté que son organisation finance à la fois la publication et le séminaire qui s'est tenu les 18 et 19 mai 2000 à l'ISE, à Bruxelles. Mais avoir une idée ne suffit pas toujours. Encore faut-il que cette idée rencontre des personnes enthousiastes décidées à rédiger des rapports et présenter des exposés. Les rapports nationaux extrêmement instructifs figurant dans le présent

L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'enlploi

9

ouvrage montrent que nous avons eu la chance de trouver des chercheurs compétents et motivés qui ont accepté de participer à cette réflexion collective et de présenter des communications à ce séminaire. Les entretiens de Bruxelles ont dépassé toutes nos attentes et, par la suite, la nécessité de publier les travaux des chercheurs s'est imposée. Nous devons énormément aux auteurs et nous tenons à leur exprimer notre gratitude. Notre collaboration fut un réel plaisir et c'est pourquoi nous projetons de donner une suite à ces travaux. C'est ainsi qu'un réseau ISE sur l'approche intégrée du genre et l'emploi a été constitué.

Ute Behning, Institut des hautes études de Vienne David Foden et Amparo Serrano Pascual, Institut syndical européen, Bruxelles

10

L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'e111ploi

Introduction
Ute Behningl, David Foden2 et Amparo Serrano Pascual3

L'ajout d'un Titre sur l'emploi au Traité d'Amsterdam a incontestablement marqué un tournant dans la position de l'Union européenne vis-à-vis des questions sociales en général; il a aussi conduit incontestablement à une réorientation fondamentale de la politique de l'emploi. Le Titre relatif à l'emploi stipule que l'emploi est une question d'intérêt commun et que le rôle de l'DE est de coordonner les politiques et non de réglementer ni d'harmoniser. Il témoigne à la fois du haut degré d'intégration atteint grâce au marché unique et à la marche vers l'union économique et monétaire (DEM)et de la réelle coexistence de nombreux marchés du travail différents à l'intérieur de l'DE. Le Titre sur l'emploi instaure un système de référentiel en définissant des lignes directrices communes en matière de politique, la présentation par les Etats membres de rapports réguliers sur l'avancement de leur mise en œuvre, et une procédure d'examen collégial et d'évaluation en

1 2

Professeur assistant au départenlent des sciences politiques de l'Institut des hautes études de Vienne (IHS); adresse électronique: behning@ihs.ac.at Chercheur et responsable de l'Unité II, Enlploi, politiques du nlarché du travail et protection sociale à l'Institut syndical européen; adresse électronique: dfoden@etuc.org Chercheuse à l'Institut syndical européen (ISE);adresse électronique: aserrano@etuc.org

3

L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'emploi

11

UteBehning,

David Foden et Amparo Serrano Pascual

vue de formuler des recommandations spécifiques et, dans un deuxième temps, d'affiner les directives communes. Le succès avéré de cette démarche est à l'origine de son adoption dans d'autres domaines de politique. Directives non contraignantes et recherche des méthodes d'excellence sont devenues le leitmotiv des décideurs européens. Sur le fond, la mise en pratique du Titre sur l'emploi - connu sous le nom de «processus de Luxembourg» depuis son lancement en 1997- a clairement montré que l'objectif de cette politique est de relever le niveau d'emploi plutôt que de se centrer sur la réduction du chômage. Par ailleurs, le processus de Luxembourg a principalement pour objet d'augmenter (et d'améliorer) l'offre de main-d'œuvre. Une bonne application des lignes directrices en matière de politique macro-économique accompagnant l'UEM devrait entraîner un développement approprié de la demande totale. On suppose aussi, implicitement, que si l'objectif d'accroissement et d'amélioration de l'offre de travail n'est pas atteint, une approche plus restrictive sera mise en place du côté de la demande. Dans le cadre du processus de Luxembourg s'est mis en place, au niveau des directives relatives à la politique de l'emploi, une structure fondée sur quatre piliers: employabilité, esprit d'entreprise, adaptabilité et égalité des chances. Dans un premier temps, le pilier de l'égalité des chances s'est concentré sur la problématique du genre avant de s'élargir et de se réorienter vers une, thème du présent rapport. Les études par pays rendent compte de l'interprétation donnée au concept de l'approche intégrée du genre suivant le contexte national, mais il faut souligner que le souci premier du point de vue de la stratégie de Luxembourg est d'accroître le taux d'emploi des femmes.
12
L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'e1nploi

Introduction

Les comparaisons entre les performances en matière d'emploi réalisées respectivement par l'économie européenne, les EtatsUnis et le Japon font apparaître un taux d'emploi généralement beaucoup plus faible en Europe (abstraction faite d'écarts importants entre les Etats membres). Cependant, ce «fossé de l'emploi» n'est pas le fait de différences dans la structure de l'emploi entre travailleurs masculins appartenant aux classes d'âges les plus actives, qui ont sensiblement les mêmes taux d'emploi en Europe, en Amérique et au Japon, mais plutôt à des taux d'emploi plus faibles en Europe pour les femmes, les travailleurs âgés et les jeunes. La stratégie de Luxembourg se propose de «corriger»ces écarts. Ses concepts clés sont l'activation - qui consiste à utiliser les ressources de la politique publique de l'emploi pour promouvoir des options «actives» telles que l'emploi, l'expérience professionnelle et la formation, plutôt que de se contenter d'offrir des compléments de revenu aux chômeurs - et la prévention - qui vise à venir en aide aux personnes privées d'emploi (par des mesures actives) avant qu'elles ne basculent dans le chômage de longue durée. Les études par pays, qui constituent le corps du présent ouvrage, se font l'écho du débat sur l'approche intégrée du genre en cours dans chaque pays et, ce faisant, révèlent combien il est difficile d'adopter une approche «commune»ou «coordonnée» face à des situations nationales (ou infranationales) différentes. Pour des raisons pratiques, ces études ne couvrent pas l'ensemble des Etats membres quoique nous aurions voulu les traiter tous. Dans des travaux ultérieurs, nous espérons pouvoir rendre compte des expériences de la Belgique, de l'Irlande et du Portugal.

L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'emploi

13

Ute Behning, David Faden et Amparo Serrano Pascual

Les femmes sur le marché du travail: les fossés des sexes en Europe
L'égalité des chances est devenue un élément central de la stratégie de l'emploi en Europe, à la suite d'une prise de conscience croissante des écarts significatifs entre hommes et femmes que font apparaître tous les indicateurs utilisés pour l'évaluation du comportement du marché du travail, et en particulier ceux se rapportant aux taux d'emploi.

Graphique 1 - Taux d'emploi dans l'Europe des 15
90 80 70 60 50 40 30 20 10 o 1975
--+- Femmes Source: L'emploi en Europe,

1985
~

1990
Hommes

1994

1996

1998

1999

Bien que les choses aient progressé, le taux d'emploi des femmes reste nettement inférieur à celui des hommes. Dans l'Union européenne, le taux d'emploi des hommes représente 1,38 fois celui des femmes. Cependant, cet écart varie fortement d'un pays à l'autre. Les pays méridionaux, comme l'Espagne, la Grèce, l'Italie et, dans une moindre mesure, des pays continen-

14

L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'enlploi

Introduction

taux comme le Luxembourg présentent des écarts prononcés. En revanche, dans les pays nordiques (Suède, Finlande et Danemark), l'écart entre les sexes est moins prononcé. Tableau 1 - Taux d'emploi (15-64 ans) exprimé en 0/0
Hommes et femmes Espagne Grèce Italie Luxembourg Irlande Belgique Pays-Bas Autriche Portugal France Allemagne Royaume-Uni Danemark Finlande Suède Union européenne
*
(I)

Hommes 67,8 71,6 67,1 74,4 73,6 67,5 80,3 76,7 75,7 67,5 72,4 76,9 81,2 70,2 72,1 71,6

Femmes 37,3 40,3 38,1 48,5 51,4 50,2 61,3 59,7 59,6 53,5 57,1 63,7 71,6 64,6 68,9 52,6

Écart entre

les sexes *
1,82 1,78 1,76 1,53 1,43 1,34 1,31 1,28 1,27 1,26 1,26 1,21 1,13 1,09 1,05 1,36

52,3 55,6 52,5 61,6 62,5 58,9 70,9 68,2 67,4 60,4 64,8 70,4 76,5 67,4 70,6 62,1

exprime le rapport entre le taux d'emploi des hommes et le taux d'emploi

desfemmes
(1)

1998

Source: Enquête sur les forces de travail,1999, Eurostat, Statistiques en bref, thème 3,5/2000

L'approche intégrée du genre dans la stratégie euroPéenne pour l'e111ploi

15

Ute Behning, David Foden et Amparo Serrano Pascual

Tableau 2 - Taux d'activité (15-64 ans) exprimé en 0/0
Hommes et femmes Italie Grèce
(1)

Hommes 73,7 77,2 76,2 75,8 78,3 73,0 82,6 80,5 79,3 79,1 82,8 75,5 85,0 78,9 78,8 78,1

Femmes 45,6 48,5 48,5 50,2 54,4 56,0 64,4 62,7 62,9 63,0 67,3 62,2 76,1 73,9 74,0 59,2

Écart entre les sexes 1,62 1,59 1,57 1,51 1,44 1,30 1,28 1,28 1,26 1,26 1,23 1,21 1,12 1,07 1,06 1,32

59,6 62,5 62,2 63,1 66,4 64,6 73,6 71,6 71,2 70,9 75,1 68,8 80,6 76,4 76,5 68,6

Espagne Luxembourg Irlande Belgique Pays-Bas Autriche Allemagne Portugal Royaume-Uni France Danemark Finlande Suède Union européenne
(1)

1998

Source: Enquête sur lesforces de travail,1999, Eurostat, Statistiques en bref, thème 3,5/2000

S'agissant des taux d'activité, les écarts entre hommes et femmes sont tout aussi importants. Dans les pays méridionaux tels que l'Italie, le taux d'activité des hommes représente 1,62 fois celui des femmes. A l'autre extrême, on trouve les pays nordiques où le taux d'activité des femmes est relativement proche de celui des hommes.
16
L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'emploi

Introduction

Les femmes sont elles aussi particulièrement touchées par la crise du marché du travail qui a des incidences quantitatives et qualitatives. D'une part, en dehors de pays comme l'Irlande et le Royaume-Uni, les femmes européennes sont confrontées à un chômage plus élevé. Aux Pays-Bas, en Grèce et en Espagne, le taux de chômage des femmes représente plus du double de celui des hommes. En revanche, en Finlande, en Suède et en Allemagne, l'écart est moins prononcé. Graphique 2 - Taux de chômage
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Femmes

Source: Enquête sur les/orees de travail, 2000

L'approche

intégrée

du genre

dans la stratégie européenne pour l'e1nploi

17

Ute Behning, David Foden et Amparo Serrano Pascual

Tableau 3 - Taux de chômage (15-64 ans) exprimé en 0/0
Hommes et femmes Pays-Bas Grèce
(1)

Hommes 1,6 7,0 9,4 1,6 7,8 3,3 5,6 7,4 3,0 4,4 8,8 5,2 7,5 3,9 5,9 6,9

Femmes 4,4 16,5 19,7 2,9 13,8 5,3 8,7 11,0 4,2 5,4 10,3 5,8 8,3 3,8 4,8 9,6

Écart entre les sexes 0,36 0,42 0,47 0,55 0,56 0,62 0,64 0,67 0,71 0,81 0,85 0,89 0,90 1,02 1,22 0,71

2,8 10,8 13,5 2,1 10,1 4,2 6,9 9,1 3,5 4,9 9,5 5,5 7,9 3,9 5,4 8,1

Espagne Luxembourg Italie Portugal Belgique France Autriche Danemark Finlande Suède Allemagne Irlande Royaume-Uni Unioneuropéenne
(1)

1998

Source: Enquête sur lesforces de travail, 10/2000

Les taux de chômage, d'emploi et d'activité ne rendent pas vraiment compte de l'ampleur du problème. Il faut aussi tenir compte de la détérioration qualitative des conditions de travail dans l'Union européenne. Nombreuses sont les femmes qui connaissent des formes d'emploi précaire (recul des salaires,

18

L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'enzploi

Introduction

forte insécurité, impact des formes de travail atypiques). A titre d'exemple, la généralisation de l'emploi à temps partiel des femmes est une particularité de l'évolution du marché du travail qu'on retrouve dans pratiquement tous les Etats membres de l'Union européenne (voir le tableau 4 et le graphique 3). GrapWque 3 - Temps partiel (en 0/0)
25
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Hommes

Source: Enquête sur les forces de travail,1999, Eu rasta t, Statistiques en bref, thème 3,5/2000

L'approche

intégrée

du genre

dans

la stratégie

européenne

pour

l'elnploi

19

Ute Behning, David Foden et Amparo Serrano Pascual

Tableau 4 - Travail à temps partiel (15-64 ans), exprimé en 0/0 Hommes et femmes Luxembourg 10,7 15,7 19,0 16,8 8,3 17,2 24,8 7,9 23,8 16,7 39,4 20,8 6,0 11,0 12,2 17,6 Hommes 1,8 3,5 4,9 4,4 3,0 5,6 8,9 3,4 9,4 7,4 17,9 9,6 3,3 6,3 7,9 6,1 Femmes 24,6 33,3 37,2 32,5 17,6 31,7 44,4 15,7 40,0 30,6 68,6 33,9 10,5 16,7 17,0 33,4 Écart entre les sexes 0,07 0,10 0,13 0,13 0,17 0,17 0,20 0,21 0,23 0,24 0,26 0,28 0,31 0,37 0,46 0,18

Belgique
Autriche Espagne France

(1)

Allen1agne

Royaume-Uni Italie Suède Irlande Pays-Bas Danemark Grèce Portugal Finlande Union européenne
(1)

1998

Source: Enquête sur lesforces de travail, 1999, Eurostat, Statistiques en bref, thème 3,5/2000

Le travail à temps partiel est particulièrement répandu chez les femmes de certains pays, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Suède par exemple. Souvent, ces femmes n'ont eu d'autre choix que d'accepter un emploi à temps partiel. Aux Pays-Bas, près de 70% des femmes travaillent à temps partiel. La proportion
20
L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'el11ploi

Introduction

des emplois à temps partiel relevant d'un choix délibéré (temps partiel volontaire) ou acceptés faute de mieux varie d'un pays à l'autre. En tenant compte des paramètres qui précèdent (taux d'activité, taux d'emploi, taux de chômage et taux de travail à temps partiel), on peut distinguer cinq catégories de situations dans lesquelles se trouvent les femmes dans les Etats membres de l'Union européenne:

.

Certains pays accusent un écart prononcé entre les sexes en ce qui concerne tous les paramètres du marché du travail (taux d'activité, taux d'emploi, taux de chômage et emploi à temps partiel). C'est le cas du Luxembourg.

.

D'autres pays présentent des difficultés particulières au niveau de l'intégration au marché du travail mais, lorsque les femmes ont un emploi, c'est généralement un emploi à plein temps. C'est le cas de certains pays méridionaux comme l'Espagne, la Grèce et l'Italie, Si, dans d'autres pays, l'intégration des femmes au marché du travail n'est pas aussi difficile que dans les cas précités, la situation se caractérise néanmoins par un taux élevé de travail à temps partiel chez les femmes. C'est le cas de pays comme la Belgique, l'Allemagne, l'Autriche et les Pays-Bas. Dans d'autres pays, l'écart entre les sexes est nettement moins prononcé du point de vue de tous les indicateurs considérés; il s'agit des pays nordiques (Danemark, Finlande et Suède), Un dernier groupe de pays présente des résultats contradictoires suivant les indicateurs. C'est le cas du Royaume-Uni et de l'Irlande. Le taux de chômage des femmes y est inférieur à celui des hommes, mais les taux d'activité et d'emploi le
21

.

.

.

L'approche intégrée du genre dans la stratégie euroPéenne pour l'emploi

Ute Behning, David Foden et Amparo Serrano Pascual

sont également. La France et le Portugal sont dans une situation intermédiaire.
Le concept de l'approche intégrée

du genre

Sur cette toile de fond, les institutions européennes ont mis l'accent sur la lutte contre les inégalités entre les sexes. Il y a peu, l'Union européenne (UE) a été désignée comme ayant «les politiques les plus progressistes au monde dans la promotion de l'égalité des chances entre hommes et femmes» (Pollach et Hafner-Burton 2000: 30). Les auteurs en attribuent principalement le crédit aux procédures communautaires en matière d'approche intégrée du genre ainsi qu'à la mise en place de politiques égalitaires bien qu'elles soient encore balbutiantes. Quoi qu'il en soit, l'Union européenne applique depuis longtemps une politique d'égalité des chances entre hommes et femmes fondée au départ sur l'article 119 du Traité instituant les Communautés européennes et sur la jurisprudence de la Cour européenne de Justice et, plus récemment, sur une série de directives relatives à l'égalité de traitement des hommes et des femmes sur le lieu de travail. Dans les années 1990, le centre de gravité de la politique européenne, qui était l'égalité de traitement sur le marché du travail, s'est déplacé au profit de l'action positive et de l'approche intégrée du genre. D'après Rees (1998), cette dernière peut être considéree comme l'instrument le plus avancé pour atteindre l'objectif de l'égalité entre hommes et femmes dans tous les domaines de la vie dans l'Union européenne. Bien qu'encore rudimentaire, cette approche intégrée du genre devrait - fait sans précédent extraire les préoccupations des femmes du cénacle des milieux politiques où elles étaient confinées pour les intégrer à l'ensemble de l'éventail des politiques publiques européennes. Par

22

L'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'e111ploi

Introduction

ailleurs, le fait qu'elle mette l'accent à la fois sur les deux sexes atteste du caractère résolument novateur de l'approche intégrée du genre proposée au niveau de l'Union européenne (Behning 2000). Lors de l'adoption de cette approche, l'UE a en quelque sorte adapté les connaissances acquises par la théorie féministe. La Commission interprète le genre comme un savoir social sur les deux sexes biologiques - les hommes et les femmes - socialement et discursivement produit, et qui peut donc être redéfini grâce aux discours sur l'égalité entre les hommes et les femmes. C'est l'élaboration et la mise en pratique de politiques basées sur l'égalité qui lui conféreront une existence structurelle. De plus, on ne retrouve pas dans la nouvelle approche intégrée du genre adoptée au niveau européen le biais en faveur des hommes que recèle le discours mettant l'accent sur «lamêmeté sous-jacente», et qui implique généralement que les femmes «doivent devenir semblables aux hommes» (voir, par exemple, Young 2000). Au contraire, l'approche intégrée du genre, promue en tant que telle, peut se définir comme une approche supposant un rapprochement des deux genres vers une position médiane ou, en d'autres termes, comme un mélange de ce que la culture assigne aux hommes et aux femmes. Cette constatation s'applique en particulier à des responsabilités découlant d'activités exercées dans la sphère publique comme privée, lesquelles devraient maintenant être également réparties entre hommes et femmes. Cette approche constitue en quelque sorte une adaptation du modèle du dispensateur de soins universel proposé par Nancy Fraser (1994), et reconnu comme le concept le plus utile pour la recherche de l'égalité entre les sexes dans l'Etat-providence de l'ère postindustrielle (Behning 2000).

L'approche intégrée du genre dans la stratégie eu ropéerl ne pour l'emploi

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Ute Behning, David Foden et A1nparo Serrano Pascual

Cependant, ce qui se discute au niveau européen serait de peu d'intérêt sans une concrétisation dans les Etats membres. A côté des politiques sociales récemment adoptées au niveau de l'Union européenne, comme l'accord sur le congé parental par exemple, la Stratégie européenne pour l'emploi peut être considérée comme la possibilité majeure de diffuser l'approche intégrée du genre du niveau européen vers les 15 Etats membres. C'est d'autant plus exact que les directives de la Commission relatives aux Plans d'action nationaux (PAN) pour l'emploi ont repris en 1998 le concept de l'approche intégrée du genre. Dès 1999, il a été demandé que l'égalité entre les sexes devienne obligatoirement partie intégrante de toutes les politiques d'emploi des quatre piliers de la Stratégie européenne pour l'emploi. Cette approche ambitieuse de l'égalité constitue un défi pour les différents régimes de protection sociale des Etats membres de l'Union européenne dont les mécanismes d'intervention sont différenciés suivant le sexe. De plus, au cours des vingt dernières années, une série d'éléments culturels spécifiques, de systèmes de protection sociale et d'emploi, de discussions et de mesures de dimension purement nationale ont déjà transformé les politiques sociales et d'emploi ajustées aux disparités entre les sexes, ce qui a eu pour effet de diversifier les pistes nationales suivies en matière d'«égalité entre les sexes». Les contributions au présent ouvrage comportent deux parties. Chaque expert national débute par une description de l'évolution suivie au cours des vingt dernières années par les politiques de protection sociale ajustées en fonction des sexes. Il nous semble en effet important de connaître la toile de fond du débat national ainsi que son évolution pour être en mesure d'évaluer l'adoption récente de l'approche intégrée du genre par la Stratégie européenne de l'emploi dans les Etats membres de
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Introduction

l'Union européenne. La deuxième partie explique l'interprétation faite par chaque pays de l'approche intégrée du genre ainsi que les modalités de sa mise en pratique. De plus, les auteurs des études par pays formulent des suggestions quant aux moyens de renforcer les politiques nationales et européennes pour pouvoir faire progresser la mise en application de l'approche intégrée du genre. Le chapitre final procède à une analyse comparative et à un classement sommaire des pays en fonction des progrès réalisés dans la mise en œuvre de l'approche intégrée du genre, lequel pourrait servir à un examen plus approfondi des réformes qu'il reste à appliquer.

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intégrée

du genre

dans

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l'enlploi

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Ute Behning, David Foden et Amparo Serrano Pascual

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Le cas de la Suède
Lilja M6sesd6ttir1

1. Introduction En Suède, les femmes exerçant une activité professionnelle ne sont plus seulement celles dont l'époux ou le compagnon n'est pas en mesure de subvenir aux besoins de la famille; à l'époque actuelle, la plupart des femmes ont un travail. Le principe de l'égalité pour tous par le biais de l'emploi a été un des piliers de l'intégration des femmes dans l'emploi rémunéré et l'Etat a joué un rôle considérable en facilitant la transition du modèle de l'homme-soutien de famille vers celui du partage du rôle de soutien de famille entre l'homme et la femme. La solution apportée par l'Etat pour remédier aux tensions entre les sexes suscitées par les pressions intégrationnistes du capitalisme et le désir des femmes d'occuper des emplois rémunérés a consisté à élargir la couverture des prestations et services de protection sociale. Pourtant, les conditions de la participation des femmes suédoises au marché du travail restent différentes de celles des hommes parce qu'elles consacrent toujours deux fois plus de temps à la garde des enfants CPlantengaet Hansen 1999). Le présent article s'écarte d'autres études comparables sur l'Etatprovidence et le marché du travail en ce qu'il s'intéresse au premier chef au «mode réglementaire», concept appliqué dans
1 Maître de conférence à l'Ecole de con1n1erce de l'Université de Reykjavik (Islande); adresse électronique: lilja@ru.is. Cette contribution a été écrite à l'époque où l'auteur était chargée de recherche à l'Université de technologie de Luleâ (Suède). 27

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le contexte des théories de la régulation (voir M6sesd6ttir 1995). S'agissant des relations entre les sexes, le concept du mode réglementaire se réfère à des normes institutionnelles explicites et implicites qui ajustent en permanence les attentes et les comportements des individus à certains schémas de relations entre les sexes comme, par exemple, le modèle du partage du rôle de soutien de famille. Le mode de régulation et les circonstances politiques qui le sous-tendent sont les principales sources de divergences dans l'organisation des relations entre les sexes. Chaque pays va donc adapter ses propres variantes des formes ou schémas dominants de relations entre les sexes. C'est ainsi que, par exemple, la Suède a élaboré sa variante du modèle du partage du rôle de soutien de famille pour lequel nous parlerons de régime égalitaire de relations entre les sexes (M6sesd6ttir 1995 et 1998). Le présent article a pour but d'analyser la régulation des relations entre les sexes en Suède à travers les politiques en vigueur dans les domaines de l'égalité entre les sexes et de l'emploi. La première partie étudiera les différentes tendances des approches de l'égalité des sexes en Suède. Elle mettra en lumière les divers processus régulateurs sur lesquels reposent les schémas actuels des relations entre les sexes. Dans la seconde partie, nous verrons comment le discours sur l'égalité des sexes et les mesures adoptées ont influencé le comportement des hommes et des femmes sur le marché du travail en particulier. Ensuite, nous tracerons un parallèle entre les mesures prises au cours des vingt dernières années par le gouvernement suédois en vue de promouvoir l'égalité entre les sexes et l'évolution du marché du travail afin d'indiquer les écarts constatés entre les mesures adoptées et les résultats obtenus. La dernière partie examinera les effets d'une régulation supranationale (européenne) plus extensive sur l'évolution des rapports entre les
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sexes en Suède. Elle cherchera surtout à montrer dans quelle mesure les politiques communautaires en matière d'emploi et d'égalité défient et renforcent la réglementation suédoise applicable aux relations entre les sexes. Nous étudierons aussi l'implantation du concept de l'approche intégrée du genre en Suède étant donné qu'il s'agit là d'un exemple de politique que l'EtatNation (la Suède) a réussi à intégrer dans la stratégie dominante de l'égalité de l'Etat supranational (l'Union européenne).

2. Le discours et les mesures prises en matière d'égalité des sexes Magnusson (1999) a étudié le sens que donnaient au concept politique de «l'égalitédes sexes» des textes publiés par les principaux partis politiques suédois à la fin des années 1990. Elle conclut à l'absence de signification commune et à une incompatibilité entre les différentes versions en présence. Cette conclusion n'est pas surprenante, le discours politique contemporain n'étant que le produit de débats antérieurs sur l'égalité des sexes. Ainsi, on peut très bien retrouver dans les manifestes politiques les différentes approches de l'égalité des sexes adoptées au fil des décennies passées puisqu'elles font partie de notre vision commune de ce que constitue l'égalité ou l'inégalité entre les sexes. D'autre part, les relations entre les sexes ne sont pas statiques et leur évolution change la réalité de l'(in)égalité entre les sexes. En outre, le discours varie non seulement d'un parti politique à l'autre, mais il diffère suivant les niveaux institutionnels, comme par exemple entre les secteurs public et privé, mais aussi entre les échelons national, régional et local. Les acteurs des différents secteurs et niveaux opteront pour des notions de l'égalité des chances qui s'accordent avec leurs cadres de référence idéologiques et institutionnels. Dans le secteur privé, l'égalité des sexes est, par exemple, une quesL'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'enzploi

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tion d'utilisation des compétences des femmes pour accroître l'efficacité tandis que l'argument de justice est plus fréquemment évoqué dans le secteur public et le monde syndical (voir Hirdman 1998). Dans l'étude qu'elle consacre à l'évolution des politiques d'égalité en Suède entre 1972 et 1997, Pincus (1998) dégage deux grandes tendances. Jusque dans les années 1980, ces politiques mettaient l'accent sur la nécessité d'améliorer le statut des femmes sur le marché du travail en particulier, ce qui peut s'expliquer par un niveau d'instruction et un taux d'activité généralement plus faibles chez les femmes et correspond à l'argument néoclassique de la nécessité de développer le capital humain des femmes pour qu'elles puissent être à égalité avec les hommes sur le marché du travail (Becker 1964). La deuxième grande tendance a démarré, selon Pincus, dans les années 1980 à l'occasion d'une redéfinition des priorités, centrées désormais sur la transformation de la division du travail traditionnelle entre les sexes. Cela ne veut pas dire que les politiques d'égalité aient ouvertement reconnu que l'évolution de ces schémas implique l'octroi de droits aux femmes au détriment des hommes, mais au contraire que femmes et hommes avaient à gagner d'une plus grande égalité des sexes. L'inégalité des sexes était considérée comme un problème d'attitudes qui empêchait les femmes de gagner leur indépendance économique et les hommes d'assumer une part de responsabilité plus grande au foyer, auprès des enfants et sur le plan affectif. Or, les femmes et les conditions qui leur sont offertes sur le marché du travail sont restées au centre des mesures d'intervention prises pour accroître l'égalité des sexes. Leur but était de relever le niveau de qualification des femmes, tandis que les rares mesures ciblées sur le comportement des hommes et jeunes hommes s'efforçaient d'infléchir les choix éducatifs et profes30
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sionnels traditionnels et d'inciter davantage de pères à prendre un congé parental (Pincus 1998: 7-8). Depuis la fin des années 1980, la vision commune des éléments constitutifs et concourants à l'inégalité entre les sexes est beaucoup plus détaillée et complexe qu'auparavant. La difficulté d'obtenir le résultat souhaité des mesures de promotion de l'égalité et l'influence croissante de la recherche féministe sur les politiques d'égalité ont contribué à une diversification toujours croissante de la vision de l'(in)égalité des sexes. L'égalité n'est plus seulement une question de changement d'attitudes, elle implique aussi de revoir les structures de pouvoir à la source de la subordination de la femme à l'homme (Pincus 1998: 910). Bien que l'égalité des sexes figure au rang des préoccupations sociales depuis les années 1960, ce n'est que dans les années 1980 que le débat officiel sur l'égalité s'est ouvertement intéressé à la nécessité de démanteler les structures de pouvoir (M6sesd6ttir 1999). Les théories du patriarcat et la théorie de Hirdman sur le système du genre ont stimulé la formulation de la question de l'égalité entre les sexes en termes de pouvoir (Hirdman 1990). Pincus (1998: 11-12) affirme pour sa part que la problématisation de l'égalité des sexes en termes de pouvoir n'a cependant pas débouché sur des mesures de promotion de l'égalité et que le fossé entre l'explication théorique et les mesures concrètes s'est creusé. En d'autres termes, des mesures qui auraient pu être considérées comme menaçantes pour les hommes n'ont pas été mises en œuvre. L'éventail ainsi que la portée des mesures de promotion de l'égalité se sont étendus et favorisent de plus un plus un assouplissement des structures de pouvoir - dans les partis politiques et les universités en particulier - en réservant des sièges ou des postes à des femmes (Borchorst 1999: 182). La législation suédoise autorise les différences de traitement à condition qu'elles aient la forme d'une
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action planifiée destinée à promouvoir l'égalité. Ce qui signifie, en pratique, que la discrimination positive doit être liée à des initiatives proactives de promotion de l'égalité des sexes ainsi qu'à la mise en œuvre de plans en faveur de l'égalité des sexes. La décision prise en 1995 par le ministre de l'Education Carl Tham de réserver 32 chaires professorales au sexe sous-représenté en est un exemple célèbre. Dans les années 1990, les mesures d'égalité d'accès à l'emploi visaient à changer non seulement les schémas traditionnels basés sur le sexe mais aussi le fonctionnement des organisations privées et publiques en obligeant les employeurs, par le truchement de la loi sur l'égalité, à consigner avec précision les salaires versés aux hommes et aux femmes (1992) et à se doter de programmes d'égalité des chances (1994) (Pincus 1998: 36). Lehto (1999: 182) affirme que devant l'échec des projets mis en chantier dans les années 1980 afin de supprimer la ségrégation entre les sexes qui sévissait sur les marchés du travail des pays nordiques, les chercheurs spécialisés dans le marché du travail ont porté leur attention sur les processus et mécanismes à l'œuvre dans les organisations et les groupes professionnels ainsi que sur l'impact sur chaque sexe du changement organisationnel. D'autre part, l'influence croissante du postmodernisme dans les universités suédoises a aussi renforcé l'intérêt porté aux pratiques de travail qui révèlent les modes de production et de reproduction du sens donné au genre (voir également l'analyse de la Finlande par Lehto dans la publication précitée). La décentralisation du secteur public des années 1990 a eu un effet similaire sur les mesures de promotion de l'égalité des sexes. Ainsi, l'égalité des sexes n'est plus considérée exclusivement comme un problème d'emploi mais comme une question de politique du personnel (Pincus et van der Ras 1999; Hirdman 1998). On trouve un récent exemple de
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ces tendances dans les projets d'approche intégrée du genre mis en chantier en 1998 par quatre Agences locales pour l'emploi et dont le but est d'améliorer le fonctionnement des services locaux de l'emploi de manière à mettre un terme à la ségrégation entre les sexes sur le marché du travail (voir Riksdagen 1999/2000: 44). Selon Eduards et Astrom (1993: 53), les politiques de promotion de l'égalité des sexes en vigueur en Suède visaient avant tout à relever le niveau d'instruction des hommes et des femmes et à provoquer le changement au lieu de recourir à des mesures d'incitation économiques et à la législation pour faire changer les comportements dans les deux sexes. Ce n'est qu'à la promulgation de la loi sur l'égalité de 1994 que «l'ombudsman» a commencé à exercer des pressions sur les employeurs pour les obliger à s'y conformer sous peine de lourdes amendes. Jusqu'alors, on essayait seulement de les persuader d'y souscrire volontairement par le biais d'une campagne d'information et d'accompagnement des efforts entrepris dans ce sens (Pincus 1998: Il). Lors d'une séance d'audition sur l'égalité entre les sexes, en 1998, il s'est avéré que les mesures de promotion de l'égalité des chances appliquées dans le secteur privé s'étaient limitées au personnel d'encadrement avec, entre autres, des cours sur le thème de l'entreprise adaptée à la femme (Hirdman 1998). Cette approche descendante du secteur privé a eu pour effet de rehausser le prestige de l'action en faveur de l'égalité des sexes et, depuis, beaucoup plus de cadres masculins oeuvrent pour l'égalité au niveau organisationnel. Toutefois, les projets et initiatives qui sont le fruit d'une décision de la haute direction restent lettre morte parce que le personnel n'a pas été associé de manière active au processus décisionnel et n'en sait
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pas assez pour assurer un suivi efficace. La séance d'audition sur l'égalité précitée a aussi révélé une différence d'approche de l'égalité des sexes entre le secteur public et les organisations syndicales d'une part, et le secteur privé de l'autre. Dans le secteur public et les syndicats, la question de l'égalité des sexes est abordée sous l'angle du pouvoir et de la justice ou comme un problème de sous-représentation ou de sur-représentation. Par ailleurs, tandis que les gestionnaires publics doivent rechercher l'égalité des sexes pour renforcer leur rentabilité, dans le secteur privé, il s'agit essentiellement d'une question de ressources et de rendement ou d'utilisation des compétences féminines dans un but d'efficience. Il n'est pas prévu que les femmes aient le pouvoir et qu'elles en usent; elles sont une ressource qui peut être et sera utilisée par ceux qui ont le pouvoir (les hommes). La question de l'égalité des sexes n'est donc plus traitée comme un problème se posant aux femmes, mais comme un problème organisationnel devant trouver une solution pour que l'entreprise réponde à l'attente de ses clients (ibid.: 4-5). En résumé, les principales approches de la problématique de l'égalité ont consisté à améliorer le statut de la femme dans l'enseignement et au travail et à modifier la division traditionnelle du travail par le biais de changements d'attitudes puis d'actions positives dans le monde politique et universitaire. Dans les années 1990, les politiques d'égalité des sexes ont davantage cherché à changer le mode de fonctionnement des organisations publiques et privées et à associer les hommes aux campagnes pour l'égalité par le biais d'une approche intégrée du genre, d'études sur la masculinité et de cours sur l'égalité entre les sexes (voir notamment Riksdagen 1999/2000: 21-25).

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3. Les mesures de promotion et leurs effets sur l'emploi

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L'égalité des sexes est un enjeu politique majeur en Suède. Les partis politiques rivalisent sur ce thème afin de séduire l'électorat féminin qui, depuis 1979,exerce davantage son droit de suffrage que les hommes. D'autre part, la culture de centralisation politique et la structure de l'Etat ont engendré une tradition réglementaire puissante qui a permis à la formation majoritaire, le Parti social-démocrate, d'intégrer ses approches de l'égalité des sexes dans divers domaines de politique CM6sesd6ttir1999; Borchorst 1999: 186). C'est pourquoi une étude exhaustive du rôle de l'Etat dans le fondement des relations entre les sexes s'impose si nous voulons une vue d'ensemble des résultats de toutes les mesures de promotion de l'égalité. Quoi qu'il en soit, cette section se limitera à l'examen des mesures qui ont suivi les grandes approches de l'égalité des sexes en vigueur depuis trois décennies. Par ailleurs, les mesures de promotion de l'égalité seront mises en rapport avec l'évolution du marché du travail afin de mettre en lumière les divergences existant entre elles et les résultats obtenus dans la pratique. Améliorer le statut de la femme dans l'enseignement et au travail Le Tableau 1 indique une tendance marquée, depuis les années 1970, à une féminisation accrue de la population active suédoise. Le recul des hommes serait attribuable à un allongement des études et à la retraite anticipée. En revanche, la carence permanente de main-d'œuvre des années 1970 et 1980 ainsi que des politiques d'intervention sur le marché du travail et de protection sociale ont contribué à la hausse de la proportion de main-d'œuvre féminine. La fiscalité individuelle, la générosité
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des régimes de congé parental, la réduction du temps de travail pour les parents et l'abondance de services de garde financés par l'Etat sont autant de mesures qui ont permis aux femmes suédoises d'atteindre des taux d'activité similaires à ceux des hommes (voir Lofstrom 1995; Sundstrom 1997). De plus, le système de négociation centralisée a permis de resserrer la fourchette des revenus, ce qui a profité aux femmes et facilité leur participation au marché du travail (voir Rowthorn 1992). Tableau 1 - Répartition de la population active*
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1980 1990 1998 87,7 75,2 0,86 86,6 82,3 0,95 79,0 73,9 0,94

90-98 -7;6% -8,4%

Suède Hommes Femmes Ecart entre les sexes 87,0 59,3

**

0,68

*Personnes âgées de 16 à 64 ans. On constate une rupture dans les séries après 1970. **Calculé suivant le taux des femmes / taux des hommes. Source: Statistics Sweden, plusieurs années.

Syndicats et employeurs ont eu un rôle majeur dans l'élaboration des politiques d'égalité des sexes en Suède, ce nouveau domaine de politique couvrant des pans entiers d'une politique du marché du travail plus ancienne et rigide (Borchorst et al. 1999: 284). Cette influence déterminante des partenaires sociaux peut expliquer pourquoi les mesures de promotion de l'égalité mises en œuvre ces dernières décennies étaient en majorité des projets axés sur l'emploi. Ces projets visaient le plus souvent à améliorer le statut des femmes en matière d'ins-

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truction et de travail en mettant fin à la forte ségrégation basée sur le sexe dont était empreint le marché du travail suédois. Parmi les projets marquants réalisés dans les années 1980 et 1990 en Suède, on trouve le Projet nordique Bryt (1985-1989) et le Programme suédois KOM (1989-1993) favorisant une meilleure compréhension des forces qui sous-tendent cette ségrégation et contribuant à les enrayer (Pincus 1998: 24). Le Projet Bryt avait pour objectif d'influencer les choix éducatifs et professionnels des jeunes femmes et des femmes plus âgées tandis que le Programme KOM s'efforçait de changer les pratiques du travail, c'est-à-dire son organisation, sa durée et son évaluation, afin de les rendre plus attentives à la situation des femmes (voir Dahlerup 1989; Lundén 1993). Leurs résultats furent très décevants et le marché du travail suédois reste marqué par la ségrégation entre les sexes. De plus, ces projets ont montré la difficulté de changer des postes dans lesquels l'un ou l'autre sexe a toujours été majoritaire sans qu'un changement organisationnel ne soit opéré (Lehto 1999). D'autres projets plus modestes axés sur l'emploi comportaient des mesures visant à développer les compétences des feffilnes et à augmenter leur proportion dans les postes d'encadrement; ils s'accompagnaient aussi d'expériences de réduction du temps de travail. Les syndicats et les municipalités ont aussi reçu des fonds publics pour des activités dans le domaine de l'égalité (Pincus 1998: 25). Malgré deux décennies de politique active de l'emploi visant à endiguer la ségrégation basée sur le sexe sur le marché du travail suédois, celle-ci reste plus forte en Suède que dans d'autres pays de l'OCDE (voir Anker 1998: 43). Selon Melkas et Anker (1998: 96), ce degré relativement fort de ségrégation professionnelle suivant le sexe qu'on retrouve en Suède, en Norvège et en Finlande doit être attribué à la proportion élevée de femmes dans des professions majoritairement féminines partiL'approche intégrée du genre dans la stratégie européenne pour l'emploi

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culièrement fréquentes dans le secteur public. En revanche, les professions dominées par les hommes sont sensiblement mieux intégrées que dans les autres pays de l'OCDE. En d'autres termes, les politiques supposées faire reculer la ségrégation entre les sexes doivent davantage rechercher un changement des choix éducatifs et professionnels des hommes que des femmes. Dans un rapport destiné au gouvernement suédois, le Bureau national de vérification affirme que les mesures axées sur la politique du marché du travail n'ont aucun effet notable sur la ségrégation entre les sexes sur le marché du travail. Elles se répartissent pourtant de manière équilibrée entre les hommes et les femmes suivant leur représentation parmi les inactifs, mais les mesures destinées aux hommes sont plus coûteuses que celles s'adressant aux femmes (voir, par exemple, Utbildningsdepartementet 1999: 101). En 1997, les femmes occupaient 80% des postes ne nécessitant qu'un niveau d'instruction élémentaire (aide et soins) tandis que les hommes occupaient 90% de ceux exigeant la formation la plus onéreuse (activité manufacturière) (Gonas 1999:8-9 cité dans Plantenga et Hansen 1999). Des mesures particulières sont maintenant mises en œuvre pour inciter les hommes sans emploi à se tourner vers des emplois en majorité féminins, comme celui d'instituteur, ou les métiers de soins (Riksdagen 1999/2000: 45).
L'Etat suédois a eu recours à divers instruments pour influencer l'offre et la demande de travailleurs plus âgés, notamment les emplois protégés et subventionnés, la retraite «à la carte», la pension à temps partiel et les mesures d'incitation financière aux entreprises embauchant des travailleurs âgés. Ces instruments ont permis un fort degré d'intégration de la population en âge de travailler pendant les phases de pénurie de maind'œuvre. Pendant la récession du début des années 1990, ces 38
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mesures ont permis à beaucoup de travailleurs âgés de réduire leur temps de travail ou de quitter le marché du travail (Naschold et al. 1994; Olafsson et Petersson 1994). De plus, la politique active de l'emploi, qui consistait à faire en sorte de donner une expérience professionnelle aux jeunes a été réorientée au profit de la formation et l'éducation (Ministère de l'Industrie, de l'Emploi et des Communications 2000: 4). Dans les années 1990, la présence des hommes comme des femmes dans la population active a chuté et les femmes ont été plus nombreuses que les hommes à quitter le marché du travail pour poursuivre des études (voir Tableau 1 et The Swedish Institute 1999). En novembre 1998, 36,5% des femmes non actives étudiaient tandis que la proportion d'hommes n'était que de 34%. L'Initiative pour l'Education des Adultes (lEA) lancée en 1997 a permis à un grand nombre de femmes sans emploi de parfaire leur instruction au niveau secondaire supérieur. Beaucoup ont perçu des indemnités correspondant à ce qu'elles auraient, sinon, gagné sous forme d'allocations de chômage. En 1998, le total des indemnités versées représentait 124.000 cycles d'étude à temps plein, dont 24% versés à des titulaires d'un emploi remplacés par des chômeurs de longue durée (Finansdepartementet & Naringsdepartementet 1999: Il). De plus, 68% de ceux ayant bénéficié de l'IEA étaient des femmes (Utbildningsdepartementet 1999: 100). Une enquête réalisée auprès des jeunes (19-25 ans) en Suède a révélé que, si les femmes sont plus nombreuses à étudier que les hommes, c'est parce que les jeunes femmes ont plus de mal à trouver un emploi, qu'il soit à temps partiel ou à plein temps (Olofsson 1998: A4). Actuellement, dans les groupes d'âges les plus jeunes, on trouve en général plus de diplômés universitaires chez les filles que chez les garçons (Statistics Sweden 1997: 115). De ce fait, s'agissant d'instruction, la différence majeure
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entre les sexes réside dans les matières étudiées et dans le type de formation professionnelle reçue (Anker 1998: 140). Modifier la division traditionnelle attitudes et actions positives du travail -

Dans les années 1980et 1990,les mesures de promotion de l'égalité des sexes visaient à changer la division traditionnelle du travail. Le but était d'abord de changer les attitudes pour, ensuite, briser les structures de pouvoir par des actions positives. Actuellement, les attitudes faisant obstacle à l'indépendance économique des femmes ne semblent pas compromettre l'égalité des
sexes en Suède. En 1996, 970/0des hommes et 97°1Û femmes des déclaraient qu'il est tout aussi important pour une femme d'avoir un emploi que pour un homme (Eurobaromètre 44.3 1998 cité dans Plantenga et Hanson 1999: 28). Les initiatives les plus marquantes visant à modifier les structures de pouvoir dans le monde politique et universitaire furent l'adoption des principes «Un siège sur deux à une femme» et ce qu'il est convenu d'appeler les «chaires professorales Tham». Avant les élections de 1994, le Parti social-démocrate adopta le principe «Un siège sur deux à une femme» en réaction à la menace que constituait le mouvement «Support Stockings» qui revendiquait la création d'un parti des femmes (Môsesdôttir 1999). Cette mesure a eu pour effet, directement et indirectement, d'accroître la proportion de femmes députés qui est passée de 32,9% en 1992 à 40,4% en 1994 puis à 42,7% en 1998 (Bergqvist et al. 1999: 304). En 1995, le Parlement suédois décida de créer une série de postes de chercheur, d'assistant et de professeur réservés au sexe sous-représenté. Parmi les mesures proposées, la plus contestée fut la création des «chaires Tham», du nom du ministre de l'Education de l'époque. Dans son évaluation des chaires professorales, Jordansson (1999) constate une divergence entre la
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volonté politique au niveau central et la mise en œuvre sur le plan local et dans les universités. L'objectifpolitique était de donner un coup de pouce aux efforts consentis par les universités pour augmenter la part des femmes dans le corps professoral, qui n'était que de 7% en 1995, en créant 32 chaires financées au départ par le gouvernement (2/3) et l'université concernée (1/3). Actuellement, 29 de ces 32 postes sont POUlVUS des femmes par qui étaient chaque fois la meilleure candidate en termes de qualifications.Cela veut dire qu'aucun poste n'a été pourvu par l'application du principe d'action positive. Cependant, les universités n'ont pas débloqué les budgets supplémentaires pour donner des moyens à ces nouvelles chaires en termes de recherche, par exemple en recrutant des doctorants ou des assistants de recherche. Par ailleurs, les titulaires de ces chaires Tham se sont plaintes d'un surcroît de tâches administrativeset d'une sous-évaluation salariale. En d'autres termes, cette initiative a augmenté la proportion de femmes dans le corps professoral, mais il semble aussi que les chaires ainsi créées soient moins prestigieuses. L'approche intégrée du genre au niveau organisationnel Dans les années 1990, l'égalité des sexes a pris une place croissante dans la politique du personnel des organisations publiques et privées. La loi sur l'égalité de 1994 oblige, par exemple, les entreprises occupant plus de dix personnes à se doter de plans d'égalité des sexes orientés vers des objectifs précis. D'après une enquête réalisée en 1999 par Statistics Sweden pour l'Ombudsman chargé des questions d'égalité des sexes (JamO), seuls 22% environ des employeurs du privé avaient des plans de parité hommes-femmes contre 73% dans le secteur public. Les réponses données à la question de savoir pour quelles raisons l'entreprise n'avait pas appliqué de plan d'égalité sont assez inattendues. Plutôt que d'incriminer les frais
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qu'occasionnent l'élaboration et l'application d'un tel plan, les employeurs affirmaient que leur personnel ne s'était pas montré intéressé. Il semble que les employeurs ayant des plans de parité hommes-femmes étaient plus enclins à appliquer des mesures permettant de concilier travail et famille. D'autre part, ces employeurs mettaient généralement en place des programmes de lutte contre le harcèlement sexuel et de recrutement de représentants du sexe minoritaire pour remédier à la disproportion entre hommes et femmes dans l'organisation. D'après l'enquête, la haute direction des firmes privées semble s'impliquer davantage dans l'action pour l'égalité des sexes (660/0) qlle celle du secteur public (460/0) qui délègue la responsabilité aux échelons inférieurs (JamO 2000). Dans l'administration publique, la part des femmes dans la haute direction a progressé de 30/0en 1990 pour atteindre 250/0en 1999 sous l'effet des mesures actives adoptées afin de promouvoir l'égalité entre les sexes (Riksdagen 1999/2000: 15). Dans les années 1990, la charge de l'action pour la parité a été progressivement transférée du niveau central vers les échelons locaux. Cette décentralisation n'a pas toujours été synonyme d'effic~cité des politiques, les tâches n'ayant pas été bien définies, les ressources nécessaires (en temps et en argent) n'ayant pas été dégagées et la responsabilité pesant trop lourdement sur les POllvoirs locaux et, parfois, sur des personnes dépollrvues de l'expertise nécessaire. En 1992, les principaux groupements d'employeurs et de travailleurs se sont prononcés en faveur de l'approche managériale de l'égalité des sexes. Pour Pincus et van der Ros (1999: 216), l'Accord de coopération n'apporte à cette approche qu'un soutien vague qui montre le manque d'intérêt des partenaires sociaux pour une promotion active de l'égalité des sexes dans l'emploi.

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Le cas de la Suède

Associer

les hommes

à l'action

pour la parité

Les hommes sont de plus en plus au centre du discours politique et des mesures de promotion de l'égalité des sexes en Suède (Magnusson 1999: 16). En 1995, un mois de congé parental était proposé aux pères afin de les inciter à consacrer plus de temps à leurs enfants. Il est trop tôt pour évaluer l'incidence de cette mesure dont le père peut bénéficier jusqu'à ce que l'enfant ait atteint l'âge de huit ans. En 1998, 700/0des pères d'enfants nés à partir de 1995 en avaient bénéficié dans les deux premières années de leur enfant. En 1999, Il,6°1Û des sommes versées au titre du congé parental l'ont été à des hommes tandis que la proportion d'hommes ayant sollicité l'allocation parentale était de 33,6% (Ministère de l'Industrie, de l'Emploi et des Communications 2000: 7-8). En 1998, le taux de remplacement en cours de congé parental est passé de 75% à 80°1Û, puis on a noté une hausse du nombre des pères prenant un congé parental. Beaucoup de collectivités régionales envisagent maintenant d'élargir les programmes spéciaux d'éducation pour les parents pour y inclure des programmes spéciaux à l'intention des pères qui leur permettraient de se préparer à la prise en charge des enfants en bas âge. Depuis qllelques années, des mesures axées sur les hommes cherchent de plus en plus à les intégrer dans l'action de promotion de la parité. En 1999 a été lancé un projet biennal financé par des fonds publics dont le but est d'identifier les obstacles et les mesures qllÎ s'imposent pour donner aux hommes les moyens de s'engager dans cette voie (voir Riksdagen 1999/2000: 21-22). En synthèse, l'écart entre les mesures de promotion de l'égalité et les résultats obtenus en matière d'emploi est relativement modeste et la Suède se maintient dans le peloton de tête des pays de l'Union dans ce domaine, qu'il s'agisse de travail rému-

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néré ou non (voir Plantenga et Hansen 1999). Ce résultat a été possible grâce à une forte participation des femmes dans la population active et un resserrement de la fourchette salariale dans tous les secteurs. Quoi qu'il en soit, la ségrégation suivant le sexe reste forte sur le marché du travail suédois où la plupart des femmes sont employées dans le secteur public et les hommes dans le privé (voir notamment Lofstrom 1995; Gonas et Spant 1996). Dans les années 1990, les pressions exercées sur le projet pour la parité entre les sexes se sont multipliées à mesure que se creusait le fossé en matière d'emploi et de salaires. Le recul de l'emploi public et la décentralisation de la négociation salariale ont mis en péril le degré de parité élevé de la Suède. Entre 1990 et 1998, la participation des femmes dans la population active a chuté de 8,4 points de pourcentage, le chiffre étant de 7,6 points pour les hommes (voir Tableau 1). En 1996, le salaire mensuel moyen des femmes représentait 830/0 celui des hommes mais, en 1998, le rapport tombait à de 82%. Si l'on tient compte des différences d'âge, de niveau d'instruction, de durée du travail, de secteur et de groupe professionnel, il remonte à 92% (Ministère de l'Industrie, de l'Emploi et des Communications 2000: 7). En outre, un niveau record de chômage a exercé des pressions sur le modèle du partage du rôle de soutien de famille. La majorité social-démocrate qui accéda au gouvernement en 1994 les a quelque peu allégées par des mesures d'intervention directe sur le marché du travail, des programmes d'éducation et des plans de retraite anticipée qui ont absorbé un grand nombre de chômeurs. En 1999, 8,70/0 de la population étaient sans emploi ou occupés dans des programmes d'intervention sur le marché du travail. Le taux de chômage des femmes était de 6,7% contre 7,50/0pour les hommes (voir Statistics Sweden 1998; Ministère de l'Industrie, de l'Emploi et des Communications 2000).
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Dans les années 1990, la population active s'est diversifiée et de nouveaux schémas d'inégalité sont apparus sur le marché suédois du travail. Sur le front du relèvement de l'employabilité des demandeurs d'emploi, la démarche appliquée en Suède a consisté à investir dans le capital humain, ce qui a eu pour effet d'estomper la distinction entre chômage et inactivité des personnes non présentes sur le marché du travail. De plus, beaucoup d'emplois permanents, dans le secteur public en particulier, sont devenus temporaires et ont été proposés la plupart du temps à des jeunes femmes (voir Riksdagen 1999/2000: 43). Ce sont elles qui ont eu le plus de difficultéà s'intégrer dans le marché primaire du travail, ce qui en a poussé un grand nombre à poursuivre des études ou accepter des emplois temporaires. En 1999, la part des femmes dans l'emploi temporaire était de 18,5%contre 13,3%pour les hommes. Dans le groupe des 16-24 ans, le taux de chômage représentait près du double du taux moyen (Ministère de l'Industrie, de l'Emploi et des Communications 2000: 1). En outre, beaucoup de groupes immigrants n'ont pratiquement pas pu s'intégrer au marché suédois du travail dans les années 1990. En 1998, 110/0 la population de suédoise étaient d'origine étrangère avec un taux de chômage de 25% (Statistics Sweden 2000: 77; Finansdepartementet & Naringsdepartementet 1999: 19). Ainsi, l'effondrement de la politique solidaire en matière de salaires et un engagement moins déterminé envers le plein emploi ont accentué les clivages entre sexes, générations et ethnies en Suède. Par la même occasion, l'Etat est apparu de moins en moins à même de réduire les inégalités en raison d'un taux constant de chômage élevé et du mouvement d'intégration économique causé par l'Union économique et monétaire (UEM).Tout en se maintenant à l'extérieur de l'UEM,le gouvernement social-démocrate suédois s'est efforcé d'en respecter les critères en équilibrant son budget.
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