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L'Argentine des Kirchner (2003-2015)

De
294 pages
Ce livre décrit la montée en puissance de Néstor Kirchner, investi président de la République argentine le 25 mai 2003 et qui, porté par un idéal péroniste de gauche, va arracher son pays à l'abîme. Osant affronter le FMI et les créanciers, il parvient à relancer l'économie du pays. En 2007, c'est sa femme, Cristina Fernandez de Kirchner, qui lui succède en tant que présidente. Cet ouvrage rend compte des principaux épisodes de ces mandats et insiste sur le rôle capital des grands médias sur l'échec final du kirchnérisme.
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l’échec Inal du kirchnérisme, un échec relatif, toutefois, dû pour une part
Couverture : © jalka Studio &Wikimedia
Charles Lancha
L’Argentine des Kirchner (2003-2015)
A RE CHE RCHE S M É R I Q U E S L AT I N E S
Une décennie gagnée ?
L'Argentine des Kirchner (2003-2015)
Recherches Amériques latines Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin La collectionRecherches Amériques latinespublie des travaux de recherche de toutes disciplines scientifiques sur cet espace qui s’étend du Mexique et des Caraïbes à l’Argentine et au Chili. Dernières parutions Charlie DAMOUR,La mort et le désir d’immortalité dans l’œuvre de Gabriel Garcia Marquez, 2016. e Eliott MOURIER,État et Églises dans le Brésil du XXI siècle. Les partenariats Public-Religieux, 2016. Julieta QUIROS,La politique vécue. Péronisme et mouvements sociaux dans l’Argentine contemporaine, 2016. Beatriz PALAZUELOS,Acapulco et le galion de Manille. La réalité quotidienne d’un e port au XVII siècle, 2016. Eric TALADOIRE,Les contre-guérillas françaises dans les Terres Chaudes du e Mexique (1862-1867). Des forces spéciales au XIX siècle, 2016. Sergio Javier VILLASENOR BAYARDO,Vers une éthnopsychiatrie mexicaine. La médecine traditionnelle dans une communauté nahua du Guerrero, 2016. Agripa FARIA ALEXANDRE,L’écologie politique au Brésil. Rio de Janeiro, 2016, 2016. Ute CRAEMER, Renate KELLER IGNACIO,Transformer est possible ! Comment une favela du Brésil est devenue une association communautaire : Monte Azul entre défis et conquêtes, 2016. Mariella VILLASANTE CERVELLO,:Violence politique au Pérou. 1980-2000 sentier lumineux contre l’État et la société. Essai d’anthropologie politique de la violence, 2016. Erasmo SAENZ CARRETE,L’exil latino-américain en France de 1964 au début du e XXI siècle, 2016. e e Jean-Pierre TARDIEU,-XVIILes penseurs ibériques et l’esclavage des Noirs (XVI siècles). Justifications, réprobations, propositions, 2016. Jean-Pierre TARDIEU,L’affaire du Dragon (1792-1799). Les incidences au Rio de la Plata d’une menace de famine à l’île Maurice, 2016. François BALDY,Bernal Diaz del Castillo et la conquête de la Nouvelle Espagne (Mexique),2015. Beyla Esther FELLOUS,La nature juridique des accords entre l’Union européenne, le Chili et le Mexique, 2015. Arnaud MARTIN,La laïcité en Amérique latine, 2015. Bernard GRUNBERG,A la recherche du Caraïbe perdu. Les populations amérindiennes des Petites Antilles de l’époque précolombienne à la période coloniale, 2015. Bruno MUXAGATO,Le leadership du Brésil en Amérique du Sud. De la contestation à l’émergence d’une hégémonie consensuelle, 2015.
Charles LANCHAL'Argentine des Kirchner (2003-2015) Une décennie gagnée ?
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-10610-6 EAN : 9782343106106
INTRODUCTIONLa crise historique argentine de 2001-2003. Du chaos politique à la crise sociale
En décembre 2001, l’Argentine, victime de la politique de convertibilité e peso-dollar, connaît son 4 mois de récession. On compte 2 500 000 chômeurs, soit 18,3 % de la population économiquement active auxquels 1 s’ajoutent 16,4 % de temps partiel . Face à la fuite des capitaux, le ministre de l’Économie Domingo Cavallo – Directeur de la Banque Centrale au temps de la dictature et super ministre de l’Économie sous la première présidence de Menem – tente d’imposer lecorralito, le gel des avoirs bancaires des petits épargnants. Nul ne peut retirer plus de 1000 pesos ou dollars mensuellement. Cette décision entraîne la paralysie de l’économie et la fureur des classes moyennes privées de la libre disposition de leur argent mais aussi des plus pauvres dont l’économie souterraine devient impossible. La misère et la faim déclenchent dans tout le pays et en particulier dans le Grand Buenos Aires la mise à sac des supermarchés. Bravant l’état d’urgence décrété par le Président De la Rúa, des dizaines de milliers de manifestants exigent sa démission. De violents affrontements avec la police se soldent par 33 morts, plus de mille blessés et des milliers d’arrestations. Le 20 décembre au soir, impuissant devant la colère populaire, De la Rúa démissionne. Le pays est au bord du chaos. Le monde politique est saisi de panique. Le président du Sénat, Ramón Puerta, assume le pouvoir par intérim, élu par ses pairs et les députés, le 21 décembre. Le Congrès désigne deux jours plus tard à la tête de l’État le gouverneur de la province de San Luis, le péroniste Adolfo Rodríguez Saá, pour 60 jours. Ce dernier appelle à des élections générales, le 3 mars, en vue d’élire un nouveau président de la République. Le 23 décembre, dans son premier message au pays, Rodríguez Saá annonce que l’Argentine est en cessation de paiement et se trouve donc dans l’incapacité de régler les
1  Cf. le constat établi par Pierre Salama in Denis Rolland et Joëlle Chassin,Pour comprendre la crise argentine, L’Harmattan, 2003, p. 48.
intérêts de sa dette. Comme l’indique María Seoane, c’est « le plus grand 2 défaut de paiement de l’histoire du capitalisme moderne » . L’Argentine doit alors aux organismes internationaux 132 milliards de dollars. Rodríguez Saá commet l’erreur grossière de désigner à de hautes fonctions gouvernementales deux personnages corrompus du temps du menemisme. Cette décision provoque la fureur populaire. Des dizaines de milliers de personnes se rassemblent Place de Mai puis protestent devant le Congrès au cri devenu célèbre «que se vayan todos, que no quede ni uno solo»qu’ils s’en aillent tous, qu’il n’en reste pas un seul »). Le 30 décembre, désavoué par les gouverneurs péronistes, Rodríguez Saá démissionne. Le 31 décembre, le président du Sénat, Ramón Puerta, devient à nouveau en une semaine président de l’Argentine, le quatrième en dix jours ! L’Argentine est à la dérive. Il ne tarde pas à démissionner et le président de la Chambre des députés, Eduardo Camaño, se voit contraint d’assumer les rênes de l’État. Le 2 janvier, le sénateur péroniste Eduardo Duhalde est porté à la magistrature suprême par les deux chambres réunies. Ángel Jozami éclaire en ces termes sa personnalité politique : « Jamais il n’a manifesté quelque rupture que ce 3 soit avec le système instauré par Menem et Cavallo » . Voici qui éclaire la gestion qu’il va s’efforcer d’imposer. Sous Duhalde, le pouvoir n’a de cesse de tenter de surmonter la crise économique sous une double pression permanente : celle d’une nouvelle explosion sociale et celle du FMI et des multinationales. Un séisme social a balayé De la Rúa et un autre tout aussi bien pourrait emporter l’ancien gouverneur de la province de Buenos Aires. Ce dernier en est parfaitement conscient et n’en fait pas mystère. Le mouvement social apparaît d’autant plus puissant qu’il a vu la jonction de la protestation des chômeurs – les piqueteros– et des classes moyennes dont les manifestations accompagnées de concerts decacerolesdevenues célèbres. Pendant les mois qui ont sont précédé la crise, lespiqueterosétaient pratiquement les seuls à protester à travers tout le pays par des barrages routiers. Le fameuxcorralitoinstauré par Domingo Cavallo a été ressenti par les classes moyennes comme un véritable hold-up et a mis le feu aux poudres. Depuis son intronisation, Duhalde a beau assouplir les restrictions bancaires, la colère des petits épargnants ne cède pas. Ils exigent la libre disposition de l’intégralité de leurs dépôts et la restitution en dollars de leur argent. Chaque jour, ils réagissent pour obtenir satisfaction. Le 20 février, ils sont des milliers à faire
2  Mara Seoane,Argentina ; el siglo del progreso y la oscuridad (1900-2003). Barcelone, Crtica, 2004, p. 199.Ángel Jozami avance le chiffre de 144 milliards.Argentina, la destruccin de una nacin,Barcelone, Mondadori, 2003, p. 53. Sur les causes de la crise e financière et économique, cf. Charles Lancha, « L’économie argentine au XX siècle, grandeur et décadence » inInformations et commentaires. Le développement en questions, n° 128, juillet-septembre 2004, p. 52-61. Cet article a été repris par la revueProblèmes économiquesde La documentation française, 30 mars 2005, p. 30-37 3  Ibid.,p. 61.
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la queue, sur un kilomètre, à l’entrée des tribunaux de Buenos Aires pour porter plainte contre lecorralito. En février, 15 000 plaintes sont enregistrées et, chaque jour, des milliers s’y ajoutent. Ceci en dépit d’un décret du pouvoir exécutif qui, prenant le contre-pied de la Cour Suprême, ordonne la suspension des procès judiciaires touchant aux restrictions bancaires. Pour le ministre de l’Économie, Remes Lenicov, lecorralitone saurait être levé. Sa suppression libérerait une masse de 45 milliards de dollars qui, convertis en 70 milliards de pesos, risqueraient d’être réinvestis en dollars et de faire flamber la cotation du billet vert, précipitant l’échec du nouveau plan économique et le naufrage du gouvernement. Ce sont les masses populaires qui sont les principales victimes de la crise et elles s’insurgent contre le sort qui leur est imposé. Le problème de la faim affectait depuis des mois de larges secteurs sociaux, les plus démunis. En 2000, 11 649 enfants de moins d’un an étaient morts, une grande partie 4 d’entre eux faute d’aliments ou de soins.Le problème éclate alors au grand jour : soixante magasins, deux hypermarchés, vingt supermarchés sont pillés 5 dans tout le pays par des foules réduites à la famine . En janvier, la situation s’aggrave. Le prix des produits alimentaires augmente de 30 % alors que l’Argentine compte quatorze millions de pauvres. En mars, des magasins sont à nouveau mis à sac dans l’agglomération de Buenos Aires. Une enquête conduite par la Municipalité de La Matanza, près de Buenos Aires, révèle la gravité de la dénutrition chez les nouveau-nés : sur les 6 889 enfants nés au cours du premier trimestre, 1 830 d’entre eux, soit 26,6 % de l’ensemble, présentent des symptômes de malnutrition – attribuables à la sous-alimentation de leurs parents – et I 227 souffrent de pathologies 6 diverses . Quelques semaines plus tard, la mort subite, en l’espace d’un mois, de six bébés nés dans des familles pauvres, à Bariloche, déclenche l’alerte rouge des autorités sanitaires locales. Pour les médecins de Bariloche, ces morts subites résultent de la pauvreté de milliers de familles frappées par un taux de chômage de 60 %. Les mois passent et la situation empire. En novembre, en une seule semaine, quatre enfants de la province de Tucumán, âgés de 2 à 6 ans, perdent la vie, faute de nourriture. C’est ce qu’exprime le docteur Juan Masaguer, président du Système provincial de Santé : « Ce qui les a tués, c’est la faim ». La photographie des victimes, squelettiques, fait la une de tous les journaux argentins. L’opinion publique, bouleversée, prend conscience du scandale : l’Argentine, un pays riche, capable de nourrir 300 millions d’habitants, laisse mourir de faim une partie de sa population, réduite à la misère. Une ONG, Red Solidaria, affirme que l’Argentine compte 260 000 cas de dénutrition et que 33 enfants de moins de cinq ans meurent chaque jour. Ce dernier chiffre est confirmé par le ministre
4 Nouvel Observateur, 27-12-02-01-2002. 5 Nouvel Observateur, 17-23-01-2002. 6 Clarín, 15-05-2002.
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