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L'ARSENAL DE PARIS

De
298 pages
En bordure de la Seine, à proximité des Célestins installé là au Moyen Age, l'Arsenal, crée au XVIè siècle, a connu une forte extension, sous la direction de Sully. Plus tard, les fabrications d'armes furent réparties sur tout le royaume mais jusqu'à la Révolution, diverses activités animèrent cet espace. Laboratoire de Lavoisier puis riche bibliothèque ouverte au public en 1797, les chefs de file des courants littéraires du XIXe au début du XXe siècle s'y retrouvaient et depuis, ce foyer de culture et d'érudition ne cessa de croître grâce à de brillants administrateurs et bibliothécaires.
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L'ARSENAL DE PARIS

Collection Histoire de Paris dirigée par Thierry Ha/ay

L'Histoire de Paris et de }'Ile-de-France est un vaste champ d'étude, quasiment illimité dans ses multiples aspects. Cette collection a pour but de présenter différentes facettes de cette riche histoire, que ce soit à travers les lieux, les personnages ou les évènements qui ont marqué les siècles. Elle s'efforcera également de montrer la vie quotidienne, les métiers et les loisirs des Parisiens et des habitants de la région à des époques variées, qu'il s'agisse d'individus célèbres ou inconnus, de classes sociales privilégiées ou défavorisées. Les études publiées dans le cadre de cette collection, tout en étant sélectionnées sur la base de leur sérieux et d'un travail de fond, s'adressent à un large public, qui y trouvera un ensemble documentaire passionnant et de qualité. A côté de l'intérêt intellectuel qu'elle présente, 1'histoire locale est fondamentalement utile car elle nous aide, à travers les gens, les évènements et le patrimoine de différentes périodes, à mieux comprendre Paris et l'Ile-de-France.

Déjà parus

Thierry HALAY, Paris et ses quartiers, 1998. J. Paul MARTINEAUD, Une histoire de l 'Hôpital Lariboisière, 1998. Michèle VIDERMAN,Jean Ramponneau, Parisien de Vignol, 1998. Victor DEBUCHY, La vie à Paris pendant le siège 1870-1871,1999. Robert VIAL, Histoire des hôpitaux de Paris en 400 dates, 1999. Robert VIAL, Histoire de l'enseignement des hôpitaux de Paris, 1999. Jean-Pierre THOMAS,Le guide des effigies de Paris, 2002.

Juliette FAURE

L'ARSENAL

DE PARIS

Histoire et Chroniques

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-1616-4

INTRODUCTION

L'Arsenal a donné son nom au quinzième quartier de Paris, dans le quatrième arrondissement. Notre approche concernera la partie sud, sur l'espace délimité de nos jours par le boulevard Henri IV, le boulevard Bourdon, le quai Henri IV. Les activités humaines ont été attirées progressivement sur ce lieu en bordure de la Seine, elles s'y sont déployées avec un caractère singulier, en raison peut-être de l'éloignement du centre de Paris et de la nature du sol marécageux à l'origine. Les berges accueillaient quelques embarcations; à l'est, le fossé, qui sera appelé plus tard « fossé de l'Arsenal », s'écoulait dans le fleuve et constituait une barrière naturelle séparant la ville de la campagne. Jusqu'au 19èmesiècle, entre la Seine et sa rive droite, s'étendait l'île Louviers, l'une des nombreuses îles qui parsemaient le fleuve dans le site de Paris. Sous le règne de Louis IX, la première implantation fut celle de l'ordre religieux des Carmes. Puis l'ordre des Célestins y connut une longue période florissante, tandis que les premières « Granges» créées par la Ville et destinées à abriter les fabrications de poudre, la fonte des canons, le forgeage des fusils, se développaient. Sous l'autorité de Maximilien de Béthune futur duc de Sully, l'Arsenal devint le plus grand centre de fabrication d'armement en France. Au cours du lSèmesiècle, après le transfert des activités militaires hors de Paris, l'Arsenal vit s'installer divers laboratoires scientifiques au sein desquels les plus éminents chercheurs œuvrèrent sous la conduite de Lavoisier. Durant cette période, l'édifice colossal qui avait été la résidence des Grands Maîtres de l' Artillerie, reçut des modifications importantes, non programmées pour la plupart d'entre elles, compte tenu de difficultés de tout ordre.

C'est en 1757 que le marquis Paulmy d'Argenson, ambassadeur, s'installa dans le célèbre Hôtel des Grands Maîtres; l'édifice connut alors une affectation nouvelle: celle de recevoir une riche collection de livres. C'est grâce à Paulmy que depuis deux siècles la «Bibliothèque de l'Arsenal» est le réceptacle de documents rares, manuscrits médiévaux aux précieuses enluminures, archives de la forteresse de la Bastille, collections d'estampes, photographies des arts du spectacle. Situé dans la partie sud du quartier, ce monument nous révèle en toile de fond des périodes historiques très tourmentées. Aujourd'hui, dans son urbanisation, cette partie du quinzième quartier de Paris présente des voies rectilignes, bordées d'immeubles paisibles, parmi lesquels se trouvent de nombreux bâtiments administratifs; les plus importants étant la Caserne de Cavalerie de la Garde Républicaine et le Centre Morland qui rassemble des bureaux de la Mairie et de la Préfecture de Paris. Tout en cheminant, nous percevons une ambiance particulière: les plaques commémoratives, les enseignes, les bornes d'information, nous encouragent à nous livrer à une exploration minutieuse, tandis que le Bassin de l'Arsenal, devenu port de plaisance présente ses agréments, tout comme les quais de la Seine, récemment mis en valeur. Parler de l'Arsenal, c'est descendre au fil du temps pour évoquer les évènements qui ont justifié la construction d'un dispositif de défense de la Capitale, découvrir l'espace qui fut un creuset du Christianisme, un atelier d'armement, le cénacle de nobles savants, un lieu d'érudition littéraire. Les différents chapitres traités sous forme de monographies, s'efforcent de traduire l'évolution, des origines jusqu'au temps présent, en établissant entre eux les liens synchroniques possibles.

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PREMIÈRE PARTIE

LES RICHESSES

DU PASSÉ

Chapitre

I

PARIS EST NÉ SUR LA SEINE

Le site C'est à la fin de l'ère secondaire, durant la période dite du Crétacé (-10 millions d'années à -65 millions d'années avant J.-C.), que le Bassin Parisien a émergé des eaux sous la forme d'un épais plateau crayeux. Il a subi par la suite plusieurs submersions durant l'ère tertiaire (de -65 M.A. à -2 M.A.), submersions dues au contrecoup des mouvements alpins; à cette époque, des mers chaudes se sont glissées dans les zones dépressionnaires et ont de ce fait enrichi le sol de leurs sédiments. L'un de ces sédiments nommé le « Lutécien » atteint une trentaine de mètres d'épaisseur sur le site du « Quartier Latin» actuel. Au début de l'ère quaternaire, dans laquelle nous vivons, un changement climatique a fait alterner des périodes froides dites périglaciaires avec des périodes plus douces. Si les glaciers qui couvraient le Centre et le Nord de l'Europe n'ont pas atteint le Bassin Parisien (ils se sont arrêtés à Lyon), leurs apparitions ont entraîné d'importants changements dans le niveau des océans et un intense travail d'érosion fluviale. Dès lors, la Seine et ses affluents ont charrié et déposé des masses considérables d'alluvions, tout en creusant un lit de plus en plus profond. C'est ainsi que ce fleuve a traversé le site de Paris, par deux bras: celui du sud correspondait à peu de chose près au cours actuel, tandis que celui du nord longeait les collines de Belleville, de Ménilmontant, de Montmartre et de Chaillot. Ce cours

septentrional subsista longtemps, sa taille variant suivant les conditions du climat. Sur l'espace compris entre les deux bras de la Seine, s'est constitué un vaste marécage, appelé plus tard « Marais », surmonté par endroits de quelques monceaux insubmersibles: ils deviendront les monceaux Saint-Gervais, Saint-Jacques, Saint-Martin, SaintGermain l'Auxerrois, Saint-Roch, sur lesquels seront construits les premiers sanctuaires chrétiens. Puis, brisant un verrou, les eaux, d'un débit plus abondant et plus rapide qu'aujourd'hui, se sont rejointes pour former le fleuve principal, qui était beaucoup plus large et encombré de nombreuses îles. Sur la rive gauche, la Bièvre, affluent de la Seine, née à Guyancourt près de Versailles, entrait dans le site de Paris au niveau de la «Poterne des Peupliers », contournait la « Butte aux Cailles» puis rejoignait le fleuve après un parcours de 36 km.

La Préhistoire

Dans notre région, la présence de I'homme préhistorique, vivant de chasse et de cueillette, est attestée depuis 700.000 ans, grâce à la découverte d'objets et de restes de cultures agraires; les fouilles archéologiques ont permis d'établir que des progrès sensibles ont accéléré l'évolution dans la période du Néolithique (vers -5000 ans avant J.-C.). Déjà les populations dites danubiennes vivaient dans de véritables villages, aux maisons de bois ou de torchis, situés en bordure des cours d'eau, notamment à Meudon, Cormeilles-enParisis, Choisy-le-Roi. La poussée démographique durant le millénaire suivant et les conflits qui en découlèrent contraignirent les villages à se protéger des assauts ennemis, par des constructions précaires de toutes sortes: palissades, fossés, talus... Ce fut la période dite de la « poterie rubanée », dont témoignent les objets d'argile trouvés en divers lieux dans Paris et aussi à Vitry. Dans les années 1990, les travaux de fouilles sur le site de Bercy (après que fut prise la décision de reconvertir les anciens entrepôts de vin en jardins et espaces de loisirs) ont permis de mettre à jour divers objets de l'époque Chasséenne que l'on situe entre -4200 et -3400 avant J.-C. Parmi eux, des pirogues monoxyles en chêne, un 12

arc, des flèches, de nombreux outils tels que des grattoirs, burins, couteaux, côtoyaient des ustensiles de la vie domestique. Dès cette époque, le site de Paris semble avoir été habité en permanence, les objets cultuels découverts sont en cela significatifs.

L'Age du Bronze Comme le nom le laisse entendre, l'âge du bronze est la période au cours de laquelle la fabrication du bronze, alliage de cuivre et d'étain, fut mise au point. Cette découverte se situe à la fin du Néolithique et s'étend sur environ 1000 ans, de -1800 à -750 avant J.-C. Dès lors, la Seine s'affirme en tant qu'axe fluvial et prend la dénomination de «route de l'étain ». En effet, l'étain extrait des mines anglaises est convoyé par la Manche, pour remonter le fleuve en direction des deux régions riches en cuivre: la Méditerranée, notamment l'île de Chypre, à destination de laquelle sont empruntés après la Seine, la Saône et le Rhône; l'Europe Centrale, rejointe par la Marne, le Rhin et le Danube.

Le deuxième Age du Fer Plus tard, environ de -475 à -52 avant J.-C., durant le deuxième âge du fer, appelé « Civilisation de la Tène », les Celtes atteignent les côtes atlantiques, remontant la route de l'étain. Issus d'Europe Centrale, ils se cantonnent d'abord dans le nord de la Gaule, puis vont envahir lentement, par vagues successives, les vallées de la Seine, de la Loire, du Rhône, de la Garonne. Ils se heurteront à des peuples déjà en place dans le sud du pays: les Ligures, les Ibères, plus tard les Phocéens, puis se mêleront aux autochtones gaulois, tout en restant divisés en tribus; celles-ci prendront au fil du temps le nom des régions où elles vivent: Séquanes, Parisii, pour le Bassin de Paris. L'histoire de ce peuple illustre bien le phénomène des migrations et la façon de s'intégrer, à une époque où les modes de vie étaient grégaires pour la majorité d'entre eux. La population des Celtes a été estimée à huit millions d'individus, répartis en quelque 400 tribus, fédérées par une cinquantaine de cités. La 13

sédentarisation s'amplifia sur des lieux propices à la communication et aux échanges; elle fut facilitée par la pratique d'une écriture rudimentaire.

Les Parisii

On peut dater du 3ème siècle avant J.-C., l'installation de la tribu des Parisii aux abords du confluent de la Seine et de la Marne (sur le lieu où se trouve de nos jours un centre commercial chinois, avec son hôtel de tourisme en forme de pagode). A l'époque des Parisii, un oppidum, agglomération fortifiée, était construit dans le méandre de la Marne, à Saint-Maur-des-Fossés. Mais l'oppidum principal des Parisii se trouvait au « Seuil », lieu dénommé ainsi, car il constituait une sorte de barrage naturel peu prononcé, sur la Seine. Ce « Seuil» deviendra le berceau de Paris, dans cet espace insulaire réduit à huit hectares, que l'on appellera plus tard Lutèce.

Les prémices de l'économie

Les premiers témoignages du rôle économique, et partant de la richesse du peuple des Parisii, sont constitués par leur monnaie en forme de statères d'or de sept valeurs différentes et qui représentaient au droit, le visage d'Apollon, Dieu grec de la Musique, au revers, un cheval au galop. L'apparition de cette monnaie vers 100 avant J.-C. et la stabilité de sa teneur en or témoignent du rôle commercial des Parisii, tribu de pêcheurs et de bateliers, peuple de marchands de premier ordre, au sein du commerce fluvial du Bassin Parisien. Dès lors, élu par son peuple, le «défenseur de la Cité» est chargé de représenter les intérêts municipaux auprès des envahisseurs romains. Mais ses efforts seront vains, puisque les attaquants infligeront une sévère défaite à la tribu des Parisii, en -52 avant J.-C. Ainsi, la Gaule indépendante disparaissait peu à peu avec la reddition de Vercingétorix à Alésia, malgré les renforts venus de toutes parts.

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Les vainqueurs donneront le nom de Lutèce à l'important centre de batellerie, qui deviendra Paris. Très vite les garnisons romaines et les habitants du bourg trouvent au port un lieu de ravitaillement; ces ressources stimulent les populations qui dans un commun accord reconstruisent la ville sur le plan orthogonal classique des cités romaines; ces cités se caractérisent par un quadrillage régulier de part et d'autre des deux axes principaux nommés à cette époque le cardo et le décumanus. Le cardo, orienté nord-sud, constitue de nos jours les rues SaintMartin et Saint-Jacques, tandis que le décumanus, orienté d'est en ouest, préfigure les rues Saint-Antoine et Saint-Honoré. Les deux voies se croisent au Châtelet. Dans l'île de la Cité, la découverte parmi d'autres vestiges d'un « pilier des nautes » dédié à Jupiter, orné de sculptures représentant des dieux gaulois en compagnie de dieux romains, conforte la thèse selon laquelle les deux peuples ont, dès le début de leur coexistence, fait preuve d'une volonté de vivre en bonne intelligence. Ce pilier serait le symbole de « la paix romaine» qui s'instaura à cette époque. Dès lors, la ville se développe essentiellement sur la rive gauche de la Seine, en couvrant une cinquantaine d'hectares, pour une population de cinq à six mille habitants. Si on a pu imaginer le mode de vie des nautes, on ignore tout de la vie des autres habitants, mais on peut croire à une organisation hiérarchisée, structurée par les constructions dont les vestiges jalonnent le Quartier Latin. A leur religion qui combinait divinités romaines et gauloises, s'ajoutèrent à la fin du 1er siècle des cultes orientaux, sans doute introduits par des marchands et des soldats venus du MoyenOrient. Il est dès cette époque convenu de considérer comme importante la navigation fluviale car le «pilier des nautes » laisse supposer que des fonctions édilitaires étaient assurées par la «compagnie des nautes », organisation de commerçants pour transporter par voie d'eau l'intendance, les troupes et tout ce qui touchait à la vie de la cité.

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Le Bas-Empire La ville, qui avait prospéré grâce à la « paix romaine », commença siècle, lorsque les cités de l'Empire à décliner dès le milieu du 3ème souffrirent des invasions germaniques. En 275, les Alamans, les Francs et autres peuples, ravagent plus de soixante cités de la Gaule, dont Lutèce. Les bâtiments sont pillés, incendiés; les survivants n'ont d'autre recours que d'utiliser les pierres éparses pour édifier un rempart qui ceindra l'île de la Cité, tandis que sur la rive gauche, partiellement abandonnée, quelques habitants vivront à l'abri du forum fortifié. Sur la rive droite, Montmartre, grosse exploitation agricole, dotée d'un Temple dédié à Mercure, poursuit son existence paisible grâce à sa position stratégique. Les monceaux Saint-Gervais, SaintJacques, Saint-Martin sont protégés des envahisseurs par un terrain marécageux, survivance de l'ancien cours de la Seine. Dans cette topographie, Lutèce, qui dépend administrativement de Lyon, puis dès la fin du 3èmesiècle de Sens, prend au début du 4èmesiècle le nom du peuple dont elle est la capitale: Parisii, qui deviendra Paris. Doublement protégée par les bras du fleuve et par son enceinte fortifiée, l'île de la Cité assure un rôle défensif en tant que base de l'armée romaine en Gaule, puisqu'elle contrôle le trafic fluvial. C'est à cette époque que le Christianisme s'affirme après le Concile tenu à Paris pour condamner l'arianisme, «hérésie des ariens », qui niait la consubstantialité du Fils avec le Père. Au fil du temps, le catholicisme se renforçait; au nom de sa foi, Geneviève dissuada les habitants de fuir, lors de l'invasion des Huns. On se souvient qu'Attila, chef des envahisseurs, voyant les ponts et les murailles de la ville puissamment gardés, repartit sans combattre. Les invasions déferlaient de toutes parts sur un Empire romain, affaibli après son partage en 395 en partie occidentale et partie orientale: il n'avait pu contenir les conquêtes des Wisigoths, des Burgondes du Bassin du Rhône, des Francs de la Somme, enfin des Alamans d'Alsace. Dans ces circonstances, Geneviève reprend la direction des hostilités: lorsque les Francs se présentent devant Paris en 464, 16

elle rompt le blocus ordonné par Childéric et grâce à une flottille fait ravitailler la ville. Douze ans après, les Francs entament un nouveau blocus; il durera une dizaine d'années au terme desquelles, Geneviève doit traiter avec le vainqueur Clovis, fils de Childéric. Clovis, converti au catholicisme par son épouse Clotilde, réunifie la Gaule, battant les Alamans à Tolbiac en 496, écrasant les Wisigoths à Vouillé quelques années après. Pour 1'honorer de ces bienfaits, l'Empereur romain lui remet en 508 les insignes consulaires. Clovis reconnu chef, choisit Paris pour capitale.

L'époque Mérovingienne L'époque Mérovingienne qui s'étend sur le 6èmeet le 7èmesiècle voit l'épanouissement du Christianisme, scellé par la construction de nombreuses églises et basiliques sur la rive droite, l'île de la Cité, la Montagne Sainte-Geneviève, désormais appelée ainsi, après la canonisation de Geneviève. L'activité économique se développant sans cesse, les commerçants qui venaient de plus en plus loin pouvaient accoster dans les ports naturels constitués par des grèves, en amont du Châtelet; ils échangeaient sur place les articles avec leurs homologues parisiens.

La royauté itinérante Cette époque appelée aussi «des rois fainéants» s'étale jusque

vers 750. La lignée des rois Clotaire II, Dagobert 1er, Clovis II,
réside au palais de Clichy, mais leurs successeurs, de plus en plus faibles, se trouvent confrontés à des aristocraties locales belliqueuses, et doivent pour affirmer leur autorité se transformer en monarques itinérants, se déplaçant de palais en palais, sur leur territoire. Ensuite c'est vers l'Europe Centrale que l'Empire Carolingien fixe sa capitale, à Aix-la-Chapelle. Pendant cette période, le calme s'instaura et l'on parla de «paix mérovingienne ». C'était le calme avant la tempête. 17

Les envahisseurs venus du Nord siècle et jusqu'en 911, les comtes désignés par le roi Durant le 9ème exercent le pouvoir à Paris et dans le Parisis. Plus tard leur charge deviendra héréditaire. Auparavant en 845, de nouveaux envahisseurs, les Vikings, appelés aussi Normands, marins et guerriers originaires de Norvège et du Danemark, embarqués sur les drakkars - navires s'accommodant d'un faible tirant d'eau arrivent à Paris, après avoir saccagé et semé la terreur sur les côtes de la Mer du Nord et de la Manche. Ils dévastent l'île de la Cité et demandent une rançon pour quitter les lieux. Ils reviendront en 856 incendier toutes les églises, excepté SaintEtienne, bâtie sur l'île de la Cité. Les sanctuaires Saint-Germaindes-Prés et Saint-Denis ne seront épargnés que moyennant une forte somme d'argent. Mais quelques années plus tard, ces terribles envahisseurs réapparaîtront dans la capitale et pilleront les trois édifices sacrés qu'ils avaient épargnés.

De solides fortifications et pourtant... A partir de 870, sous le règne de Charles le Chauve, la construction des défenses de la ville est entreprise avec le souci d'opposer aux envahisseurs une résistance à toute épreuve. Le « Grand Pont» et le « Petit Pont» sont posés de part et d'autre de l'île de la Cité, dans le but de barrer éventuellement le cours de la Seine; cette mesure vise particulièrement les Normands dans I'hypothèse où ils souhaiteraient remonter le fleuve pour se diriger vers l'est du pays. Redoutés mais attendus, les Normands arrivent le 24 novembre 885, embarqués sur plus de sept cents navires, selon l'historien Ablon, moine de Saint-Germain-des-Prés... Après bien des promesses non tenues et des combats meurtriers, Charles le Gros vient traiter avec les assiégeants, en leur donnant 700 livres d'argent et en les autorisant à étendre leurs pillages jusqu'à la ville de Sens, sous la condition d'en être partis avant mars 887 L.. 18

Malgré ces libéralités, les Normands campent à nouveau devant Paris, après avoir étendu leurs expéditions jusqu'en Bourgogne. Ils reviendront en 889, mais ayant échoué sous les murs de la capitale, ils pilleront les rives de la Seine, se propageront partout en France, jusqu'à ce que le traité de Saint-Clair-sur-Epte, signé en 911 par Charles III le Simple, leur accorde la région qui portera désormais leur nom: la Normandie. Rollon, chef des Vikings en deviendra le duc et n'aura de cesse d'organiser des expéditions pour conquérir toujours plus de terres; les Parisiens devront organiser une riposte contre l'une d'elles, dans la région de Noyon, en 925. L'on sait la témérité dont a fait preuve au siècle suivant, Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, pour partir à la conquête de l'Angleterre...
En France, dans ces périodes de repli, caractérisées par la faiblesse des gouvernants, les établissements religieux se sont multipliés, comme pour aider à supporter tant de misère et aussi pour maintenir la cohésion des habitants. L'île de la Cité, protégée par de nouvelles murailles se peuple densément; les deux rives de la Seine, pourvoyeuses de biens grâce à la mise en culture des espaces naturels, accueillent quelques dépendances qui s'entourent progressivement d'un habitat modeste.

Les Capétiens L'émergence du Pouvoir royal est reconnue par le couronnement de Hugues Capet à Noyon le 3 juillet 987. Le roi s'empresse d'assurer sa succession en s'associant son fils Robert, qu'il fait sacrer la même année, posant ainsi les bases de la dynastie des Capétiens qui régnera sur la France jusqu'en 1328. Mais c'est seulement sous Philippe Auguste, dans les années 1180, que l'administration royale prendra sa place dans le palais de la Cité. A Paris, au début de l'an 1000, les activités commerçantes sont en plein essor, et l'ennemi toujours redouté est le duc de Normandie, devenu roi d'Angleterre, dont le domaine commence à une centaine de kilomètres de Paris, à Château-Gaillard. 19

La vie sociale s'organise autour du fleuve siècle, les marchands de l'eau constituent le A l'approche du 12ème métier le plus puissant, au sein d'un ensemble qui englobe toutes les professions; chaque profession est le noyau d'une confrérie vouée à un saint patron dont elle porte le nom; les confréries seront appelées plus tard corporations. A cette époque, les marchands de l'eau, en raison de leur importance, administraient les autres confréries; leurs responsabilités étaient variées, du fait de la forte activité déployée autour de la Seine. Comme les nombreux biens qui contribuaient à la vitalité de la capitale arrivaient par le fleuve, des ports de toutes tailles se côtoyaient. Le port au bois était situé en amont du quai Henri IV actuel; lui succédait le port Saint-Paul, réservé aux vins et aux marchandises diverses provenant, après de multiples pérégrinations sur terre et sur voie d'eau, de Lyon, de Provence, du Languedoc, des régions de l'Est et du Centre. Sur le port appelé «La Grève », devant l'Hôtel de Ville actuel, le port au foin et le port au blé se partageaient la berge. Les mariniers et leurs familles vivaient groupés à proximité du monceau Saint-Gervais, où accostaient leurs barques. Ils côtoyaient les habitants du quartier qui pratiquaient traditionnellement la pêche, car le poisson trouvait là un milieu propice à sa prolifération, dans les eaux riches en éléments nutritifs, puisque les bouchers et les égorgeurs accomplissaient leur tâche sur la rive. Les pêcheurs acheminaient les paniers de poisson vers la Halle des Champeaux, qui subsista dans des édifices différents, jusqu'en 1970 au lieu-dit «les Halles ». Une partie de la pêche était cependant vendue près des berges dans de petites boutiques, et aussi de porte à porte par des regrattiers. Les mariniers parisiens ne pouvaient cependant répondre totalement à la forte demande du temps de Carême, c'est pourquoi en cette période, les provinciaux affrétaient vers Paris une grande flotte poissonnière. Leurs bateaux descendaient de Bourgogne avec des viviers pleins de poissons pêchés dans les étangs de la région des Dombes. La course entre les barques était impitoyable, principalement dans le but d'obtenir une bonne place sur le port pour écouler rapidement la cargaison. 20

L'administration

municipale des «Marchands

de l'eau»

Nous comprenons la responsabilité de la corporation des «Marchands de l'eau» qui assure et régule les transports sur la Seine. Devenue administration municipale, en raison de sa force, elle est l'expression des habitants et remplit un rôle analogue à celui des anciens «Nautes» de l'époque romaine. Elle est mentionnée en 1121, par la remise que lui fait Louis VI du droit de 60 sous, qu'il percevait après le temps des vendanges sur chaque bateau chargé de vin, arrivant à Paris. En 1170, Louis VII confirme aux «Bourgeois de Paris qui sont marchands par eau, les coutumes dont jouissaient leurs pères» : «Il n'est permis à personne d'amener à Paris ou d'en sortir par eau quelque marchandise que ce soit depuis le pont de Mantes jusqu'aux ponts de Paris, à moins d'être parisien et marchand, ou d'avoir pour associé dans son commerce un parisien marchand; les contrevenants se verront confisquer toute leur cargaison, dont le roi aura la moitié, en raison du délit, et l'autre moitié ira aux parisiens marchands de l'eau». Cette corporation possède une juridiction propre, reconnue par le roi, et rend une justice qui est sans doute à l'origine des jugements tenus par le « Parloir aux Bourgeois» devenu Hôtel de Ville.

L'enceinte de Philippe Auguste Le trafic fluvial était devenu très important, et bien qu'il fût encadré par une règlementation rigoureuse, les craintes d'une attaque possible de la part d'envahisseurs inquiétaient les populations. C'est ainsi qu'après son accession au trône en 1180, le roi Philippe Auguste ordonne avant son départ pour la 3ème croisade, la construction d'une muraille dite plus tard «enceinte de Philippe Auguste». Les travaux commencent sur la rive droite en 1189, pour englober outre ce qui est déjà le centre de la capitale, des champs en céréales ou en vergers et des terrains marécageux. L'enceinte prend forme, perpendiculairement à la Seine, par la tour Barbeau, au 32 quai des Célestins actuel. Le plus grand vestige du mur, récemment restauré, se trouve à quelques mètres de son point 21

de départ: d'une hauteur de dix mètres environ, il longe le terrain de sport du lycée Charlemagne; deux tours attestent du rôle défensif de la construction. Grâce à des pans de murs plus modestes, émergeant çà et là dans le cadre bâti actuel, nous pouvons retracer son parcours, qui, grosso modo, passe rue des Francs-Bourgeois, rue Rambuteau, pour tomber au Louvre dans la cour carrée, à l'endroit même où les soubassements du donjon ont été mis en évidence, dans les années 1980. En ce lieu, la tour du Coin se dressait au point de jonction de l'enceinte avec les berges de la Seine (à proximité du pont des Arts). Sur la rive gauche, les travaux se sont poursuivis jusqu'en 1213.

Le Parloir aux Bourgeois
Cet édifice mis en place au 12èmesiècle donnera naissance un siècle plus tard à la municipalité parisienne quand en 1260, la Prévôté de Paris sera réformée. En effet dès ce moment, le Prévôt de Paris, Etienne Boileau est nommé fonctionnaire royal. Premier de la lignée, il est devenu célèbre aussi, par son œuvre littéraire, magnifiquement illustrée et intitulée: le «Livre des Métiers de Paris », dans lequel il mentionne les statuts de 132 professions.

A la fois bâtiment et institution, le « Parloir aux Bourgeois» a pour mission de superviser les échanges. Le Prévôt des Marchands, dans ses fonctions, est entouré de quatre échevins; il est à la tête d'une équipe de clercs qui enregistre les sentences du «Parloir aux Bourgeois» et délivre les expéditions. C'est lui qui gère les finances municipales, perçoit les amendes, encaisse les contributions et règle les dépenses. Le Prévôt, pour fixer son pouvoir emprunte la devise et le sceau de la Hanse (ou corporation) des Marchands de l'eau, pour en faire ceux de Paris: «Fluctuat nec mergitur » : « Il est battu par les flots, mais ne sombre pas ». C'est du Parloir aux Bourgeois que dépendait entre autres la profession des crieurs de vin; ceux-ci annonçaient dans les rues, la nature et le prix du vin débité dans les tavernes. Les 80 courtiers en vin, plus tard réduits à 60, achetaient pour le compte d'étrangers. Les jaugeurs de vin également nommés par la municipalité, 22

calculaient avec leur jauge métallique la contenance des tonneaux entrant dans la ville. On distinguait le «port aux vins de Bourgogne» pour les cargaisons en provenance de l'V onne, la Saône, la Bourgogne, du «port aux vins français» pour les provenances du Val de Loire et de l'Oise.
Les ports au 13ème siècle

De part et d'autre de l'Hôtel de Ville, sur le port de Grève, ainsi dénommé pour sa plage de sable et de gravois, le trafic du vin fut concurrencé par celui du sel. Le sel provenait de l'Atlantique, mais pendant la guerre de Cent Ans, lorsque les combats paralysèrent les estuaires, il fut nécessaire de faire appel à d'autres pourvoyeurs. C'est aussi sur la place de Grève que l'on entassa les pavés de grès, quand sous l'égide de Philippe Auguste, furent commencés les premiers pavages des rues de Paris. En remontant vers l'est, de la place de Grève jusqu'à la tour Barbeau, les ports et les pontons se succédaient, avec leurs affectations propres; c'est ainsi que le port Saint-Gervais, réservé au bois, recevait les bûches, les fagots et l'article indispensable aux nombreux viticulteurs de la région parisienne: les javelles d'échalas, sortes de tuteurs utilisés pour soutenir les jeunes ceps. Un autre type de bois y était déposé: le merrain, bois de construction destiné à confectionner les poutres et solives ainsi que le merrain de chêne, de châtaignier, de robinier, débité en planches pour des usages divers. Mais au fil du temps et des besoins, d'autres matériaux furent déchargés un peu au hasard, sur des emplacements libres. Toujours en remontant le fleuve, on atteignait le port au charbon puis le port à l'Archevêque qui était le débarcadère des bateliers de Sens; rappelons que l'archevêque de Sens avait à cette époque prééminence sur l'évêque de Paris et possédait de ce fait une résidence temporaire pour ses séjours dans la capitale. Enfin le port Saint-Paul, pouvait héberger grâce à son étendue toutes sortes de cargaisons en transit. Plus à l'est, le port dit plus tard de la tour de Billy était utilisé par les transporteurs de matériaux de construction, de pierres surtout, 23

que l'on déposait à proximité de l'embouchure de l'ancien bras de la Seine, devenu le canal Saint-Martin, qui se termine en bassin de l'Arsenal aujourd'hui. Ce port, constituait avec le port Saint-Paul, la bordure sud de notre quartier de l'Arsenal. Ainsi, grâce aux documents précieusement conservés dans les bibliothèques, nous avons posé les bases de l'histoire du quartier, et imaginé un tant soit peu, les modes de vie dans ce site aménagé progressivement jusqu'au Moyen Age; à cette époque la ville de Paris connut un essor spectaculaire, essor expliqué par la forte activité économique dans une période où les échanges par terre et par eau se multipliaient d'un pays à l'autre. Pendant les Croisades, les déplacements maritimes ont aussi fortement contribué au brassage des populations et partant, à une forme d'enrichissement due aux influences d'autres civilisations. La religion chrétienne, par l'élan qu'elle insufflait, a cautionné fortement cette expansion. Dès lors, le Pouvoir royal contrôla en association avec le Pouvoir religieux et le Pouvoir municipal, l'organisation de la capitale.

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Chapitre

Il

PREMIERS RÉSIDANTS

LES CARMES
Louis IX revint de la septième croisade en 1254, accompagné de religieux, les Carmes. Cet ordre mendiant originaire du mont siècle. Carmel avait été institué en Syrie au 12ème Le Roi, admirant leur dévotion, leur concéda un terrain appartenant à la paroisse Saint-Paul et qui était situé près du fleuve, en dehors des fortifications érigées par Philippe Auguste. La berge de la Seine prit dès lors le nom populaire que l'on avait donné à ses premiers occupants: les «barrés» en référence à leur costume rayé. Pour les accueillir dignement, une église, un couvent et un siècle, les Carmes jardin furent aménagés. Mais au début du 14ème souhaitèrent quitter ce quartier qu'ils trouvaient isolé et malsain en raison des zones marécageuses subsistantes. Ils obtinrent des autorités religieuses la possibilité de s'installer sur la rive gauche, qui brillait déjà par son développement intellectuel. La rue des Carmes, dans le quartier Maubert, témoigne de leur implantation en ce lieu, ils y restèrent jusqu'à la Révolution; leur église fut démolie en 1811. Le terrain qu'ils avaient occupé sur la rive droite, fut vendu à l'échevin Jacques Marcel. Celui-ci y fit construire en 1318 deux chapelles en remerciement de la guérison, estimée miraculeuse, de sa fille. C'est son fils Pierre, qui cédera par contrat toute cette propriété à l'ordre des Célestins.

LES CÉLESTINS
L'origine de Célestin, est dérivée de Céleste: qui appartient au ciel, au firmament. Céleste était une déesse adorée à Carthage, succédant ainsi pour les croyants à la spirituelle Astarté «reine du Ciel », adorée par les Sidoniens au 2èmemillénaire avant Jésus-Christ, dans le Liban actuel. Céleste eut un temple à Carthage en Tunisie, où son culte continua, après l'avènement du Christianisme. Ce ne fut qu'en 399 de notre ère que les chrétiens de Carthage transformèrent ce temple en église. Héliogabale ou Elagabal, empereur romain de 218 à 222, vainqueur au Moyen-Orient, grand prêtre du soleil à Emèse en Syrie, fit apporter de Carthage à Rome, l'idole de Céleste: comme la croyance voulait qu'elle symbolisât la lune, Héliogabale voulut la marier avec son Dieu qui représentait le soleil. Les noces se célébrèrent à Rome et dans toute l'Italie... Pour parer les deux époux, on avait apporté de Carthage les richesses immenses que renfermait le temple de Céleste et c'est en signe de réciprocité que tous les sujets de l'Empire romain durent faire à Héliogabale des présents de noces. Hélas, cette « alliance» ne put sauver l'empereur marqué par la superstition et la débauche: il fut assassiné par sa garde personnelle. La création de l'ordre religieux remonte à 1246, lorsque le pape Célestin V créa une communauté d'ermites dans un lieu isolé du mont Muro au cœur du massif des Abruzzes, dans l'Italie méridionale. Appelés d'abord « monaci morroniste » ils prirent le nom de Célestins en 1251. Leur règle, approuvée par Urbain IV en 1264, permit à cette communauté d'être confirmée dix ans plus tard, lors du Concile de Lyon. Elle fut érigée en Ordre par Grégoire X, avec faculté d'élire tous les trois ans un Général, responsable du gouvernement supérieur. L'ordre des Célestins connut une grande extension, siècle, il comptait en puisque dans les premières années du 14ème Italie quarante abbayes et vingt prieurés. 26

Les Célestins furent introduits en France par Philippe le Bel en 1300. Le Roi leur donna les moyens d'établir immédiatement trois monastères: dans la forêt de Compiègne, aux environs d'Orléans et à Paris. La taille de leur première maison dans la capitale étant insuffisante, Pierre Marcel leur céda les bâtiments de l'ancien couvent des Carmes, situés à proximité du quai Saint-Paul; ce don, fait en 1352, répondait à la sollicitation de Robert de Jussy, chanoine de Saint-Germain-l'Auxerrois et secrétaire du roi Jean II le Bon. Les premiers religieux constituant la communauté subsistèrent pendant plusieurs années grâce à de modestes revenus et aux aumônes des fidèles. Au mois d'août 1358, le Dauphin futur Charles V, fils de Jean II le Bon, sur la proposition du secrétaire du roi, décida qu'ils recevraient une bourse en la chancellerie de France, et l'année suivante, il renouvela ce privilège, que le roi Jean II ratifia à son retour de captivité d'Angleterre. Au fil du temps les libéralités de la monarchie à l'égard des Célestins furent de divers registres, comme par exemple la permission d'acquérir des rentes amorties. Le roi Jean II voulut contribuer à la construction d'une église destinée à remplacer leur modeste chapelle: il les gratifia d'une forte somme en or (10.000 francs) et de 12 arpents de bois de haute futaie, à couper dans la forêt de Moret. C'est en mai 1365 que le roi Charles V, un an après son avènement, posa la première pierre de l'édifice dédié à « l'Annonciation de la Sainte Vierge ». Cinq ans plus tard, le 15 juin 1370, l'église était inaugurée par Guillaume de Meulin, archevêque de Sens, en présence du Roi et de la Reine. Les prodigalités continuèrent de la part de Charles V puisque 5.000 livres du trésor royal furent consacrées à la construction des bâtiments conventuels, et qu'une partie des jardins de l'hôtel Saint-Paul, résidence de la famille royale, leur fut gratifiée avec une maison en supplément. Au début du 15èmesiècle, les Célestins étendirent leur propriété à l'est jusqu'aux murs de la nouvelle enceinte, dite enceinte de Charles V, dont nous reparlerons. Les secrétaires du roi avaient doté l'église d'un autel spécialement affecté à la célébration des 27

services religieux royaux, ceci moyennant une somme de 1000 livres et une rente annuelle. Ils contribuèrent également de leurs deniers à la construction des autres bâtiments, en particulier de deux salles pour tenir leurs assemblées et conserver leurs archives. Ainsi, Charles V avait pris les Célestins sous sa protection par déférence vis-à-vis des moines, mais son attitude provoqua des hostilités dans les paroisses voisines. Pour atténuer un sentiment d'injustice, les Célestins durent conclure, le 20 décembre 1372, une transaction avec le curé de Saint-Paul, église située jadis rue SaintPaul, qui prétendait à titre de droit paroissial, à une partie des offrandes, puisque les moines étaient installés sur les terres de sa paroisse: ceux-ci lui payèrent une somme de cent francs-or pour mettre fin à ses réclamations. C'était là le premier acte des rivalités qui se manifesteront sur plusieurs siècles, entre la paroisse SaintPaul et des résidants du quartier de l'Arsenal. Le pape Clément VII, par sa bulle de 1377, avait autorisé les Célestins de France à former une congrégation particulière et à tenir tous les trois ans un Chapitre pour l'élection du Prieur provincia1. Par cette mesure l'importance de l'Ordre des Célestins était reconnue; dès le lSèmesiècle, il devint l'un des plus riches et des mieux rentés du royaume de France, puisqu'il possédait déjà vingt monastères. Charles VI amplifia les largesses à leur égard, en exemptant les moines des contributions des gens de guerre; il les dispensa aussi de toutes tailles et impositions et leur octroya le droit de prendre pour leur usage, trois setiers de sel, sans s'acquitter du droit de gabelle. Ces divers privilèges furent renouvelés et confirmés à plusieurs occasions par les rois de France au cours des 16èmeet
17ème siècles.

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SPLENDEUR DES LIEUX
siècle, un L'enclos des Célestins a occupé jusqu'au milieu du 16ème vaste espace compris entre la Seine, les rues du Petit-Musc et de la Cerisaie, les murs de la ville à l'est. Par la suite, cette étendue a été considérablement réduite lors de la cession au roi Henri II d'une partie des jardins, sur lesquels seront élevés les premiers édifices de l'Arsenal. Les constructions du couvent, qui s'étendaient au nord de l'église en bordure de la rue du Petit-Musc, formaient un bâtiment quadrilatéral dont la cour intérieure était coupée en deux par une aile transversale; le grand cloître, réédifié au début du 16ème siècle, se trouvait d'un côté et la cour des cuisines de l'autre. Les dépendances occupaient à la suite deux corps de logis parallèles à la rue du Petit-Musc et étaient séparées l'une de l'autre par la basse-cour. Le bâtiment qui bordait les jardins se rattachait à d'autres constructions situées en deçà du chevet de l'église. Ces constructions comprenaient l'infirmerie et le petit cloître. De vastes jardins et des vignes s'étendaient au-delà de ces divers corps de logis du côté du levant; au nord, le couvent était bordé par des maisons que les Célestins avaient fait construire. L'entrée s'ouvrait dans la petite cour en bordure de la rue du PetitMusc, ce qui fut matière à critique: « Ce couvent est une des plus riches maisons religieuses qu'il y ait à Paris, mais la porte principale est mal placée, elle est petite, sans ornements et ne répond en aucune façon à la richesse de la maison ». L'église, qui avait remplacé l'ancienne chapelle des Carmes, s'élevait à l'extrémité sud du couvent, à proximité de la Seine, dans une apparente simplicité, mais l'intérieur s'ornait des plus belles richesses artistiques. L'édifice comportait deux parties juxtaposées et bien distinctes: l'église elle-même, bâtie en forme de rectangle très allongé terminé par une abside polygonale, était séparée des chapelles latérales par une clôture en boiserie. Souvent à vocation expiatoire, ces chapelles renfermaient un grand nombre de monuments funéraires. L'une d'elles avait été construite à la demande du duc Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI, après qu'il eut provoqué l'accident du «bal des Ardents» bal masqué 29

organisé en 1393, à l'occasion du mariage d'une dame d'honneur de la reine Isabeau de Bavière, et au cours duquel cinq jeunes seigneurs, déguisés en sauvages avec des maillots enduits de poix, furent brûlés vifs par des torches enflammées; le Roi put être sauvé. Par la suite, dans les chapelles latérales se sont fait ensevelir les plus hauts personnages du royaume, durant cette période fastueuse. A l'extérieur, le portail de la façade de l'église donnait sur la cour d'entrée du Couvent. Il était décoré de trois statues: sur le piliertrumeau du centre, Saint-Pierre Célestin, fondateur de l'Ordre en Italie; à sa droite Charles V tenant dans sa main droite un modèle réduit de plan en relief de l'église, à sa gauche la reine Jeanne de Bourbon. Le cloître, avec ses arcades portées par de petites colonnes corinthiennes couplées, était le chef-d'œuvre de l'ensemble des

constructions. Bâti en 1539, sous le règne de François 1eT, il était,
pense-t-on, l' œuvre du grand architecte Pierre Lescot. Sa bibliothèque renfermait les archives des secrétaires des rois et un nombre considérable de livres rares et précieux assemblés par Charles V qui était un fin lettré.

Le déclin

La prospérité grandissante, engendrée par les privilèges royaux, de l'époque de Charles V jusqu'à celle de Louis XIII, laissa s'introduire un relâchement des mœurs parmi les religieux. Constatant cette corruption, le roi Louis XV dut ordonner aux moines, par l'édit de 1768, de se réformer. Sur le refus qu'ils opposèrent à la volonté royale, leur sécularisation fut exigée par les papes Clément XIV et Pie VI et leur maison fut supprimée dix ans plus tard. Les bâtiments, attribués ensuite aux Cordeliers, reçurent quelques religieux; ils n'y restèrent que peu de temps: un décret les obligea à se retirer.

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RÉAFFECTATION DES LIEUX CONVENTUELS
Quelques années plus tard, un hospice spécialisé dans le traitement des maladies par l'électricité fut installé dans les bâtiments conventuels; inauguré en novembre 1783, les physiciens Ledru, père et fils, le dirigèrent. Puis, un arrêt du conseil de mars 1785 affecta les bâtiments vacants à un Institut de sourds-muetsaveugles, fondé par l'abbé Sicard. Dans la période trouble précédant la Révolution, I'hospice ferma et un régisseur fut nommé pour gérer les biens, en l'attente d'une nouvelle occupation. La loi du 20 juillet 1791 renouvela l'affectation du couvent aux personnes infirmes, mais cette nouvelle attribution ne dura que peu de temps, car le couvent fut transformé en caserne. L'église, dont on avait fait un magasin de bois de charronnage, se trouva gravement endommagée par un incendie en 1795. Avant cet accident, Alexandre Lenoir avait pris soin de faire transporter au dépôt des Petits-Augustins, les œuvres artistiques dont elle était ornée: on les retrouve dans les collections publiques de la Basilique Saint-Denis et du Louvre. Ce personnage, passionné d'art, aurait souhaité assurer la conservation des magnifiques colonnades du grand cloître. Hélas, les démarches qu'il tenta à cet effet restèrent sans résultat, et les transformations effectuées pour un usage militaire firent disparaître ce curieux ensemble architectural. Les derniers vestiges du couvent, le portail de l'église, la nef et les quelques restes des chapelles, qui subsistaient encore en 1847, furent détruits pour agrandir la caserne. C'était pourtant le moment où les historiens de l'art commençaient à prendre en considération les architectures du passé. Nous retrouverons le site du couvent, lors de l'évocation de la caserne de la Garde Républicaine. Revenons sur nos pas et siècle, pour comprendre les raisons qui ont arrêtons-nous au 14ème justifié la construction de l'enceinte colossale de Charles V. 31