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L'échec des premières colonies françaises à Madagascar

De
269 pages
L'histoire de l'installation des premières colonies françaises sur la côte Est de Madagascar aux XVIIe et XVIIIe siècles n'a suscité que peu d'études. Après avoir épluché le courrier administratif et les rapports d'exploration de la période, l'auteur montre que l'échec de ces tentatives est dû à la faiblesse structurelle des établissements français, minés par les hésitations de la politique coloniale et par les conflits internes entre colons et commerçants. Ces éléments vont davantage contribuer à leur échec que les fièvres et l'opposition des autochtones, généralement tenues pour responsables.
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Gérard Buttoud
L’échec des premières colonies françaises à Madagascar (16331831)
L’échec des premières colonies françaises à Madagascar (1633-1831)
Gérard Buttoud
L’échec des premières colonies françaises à Madagascar
(1633-1831)
Du même auteur Il s’appelait Poivre ; un chasseur d’épices dans la mer des Indes (1750-1772), Paris, L’Harmattan, 2016, 189 p.
La colonisation française des Seychelles (1742-1811), Paris, L’Harmattan, 2017, 259 p.
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12685-2 EAN : 9782343126852
La grande île du tableau
Sur le grand tableau au mur de la salle des gardes, le Pouvoir, à la fois politique et militaire, montre du doigt où aller, la grande île madécasse. Si l’on en connaît à peu près le pourtour et grossièrement la situation dans la mer des Indes, on ignore tout de ses richesses qu’on suppose immenses. Le territoire est inconnu, alors forcément, il suscite les convoitises et les rêves des puissants, qui entendent se l’accaparer. Encore faut-il y aller, c’est-à-dire trouver l’endroit sur la mer. Pour cela, on a besoin de prendre des mesures. Pour ce qui est de sa latitude, on sait à peu près faire et on devrait donc y arriver. Quant à sa longitude, elle devra rester encore longtemps inconnue faute de théorie et d’appareillage. A défaut de science exacte, une fois rendu dans les parages, on pourra toujours voguer aux instruments le long du même parallèle, et finir par se retrouver à peu près là où l’on doit aller. De toute façon, quelle qu’en soit la méthode, ceux qui savent doivent y conduire les autres. Le Pouvoir s’adresse donc à la Science, à moins que ce ne soit à la Marine, chargée de gérer toute cette cuisine, une cuisine dont on a besoin. Orientée par le chef et armée de ses boussoles et compas, c’est elle qui guide les marins là où l’on veut qu’ils aillent. Et même si les théories d’alors ne sont que des tirs sur la comète, même si les instruments dont on se sert, tanguant au gré des vagues, ne
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donnent qu’une information aléatoire, ces marins-là finissent bien toujours par y arriver.
Que la grande peinture représente le roi d’Angleterre ou de Portugal, chacun d’eux se rêvant déjà sur place, importe peu. Curieusement, le portrait est celui d’un lord anglais, Thomas Howard comte d’Arundel, qui collectionnait les tableaux de maîtres et avait prévu de coloniser la Grande-Ile, projet qui n’avait rien de commun avec sa passion pour les arts et qu’il ne mit jamais à exécution. Pour que la postérité en retienne quelque chose, mieux vaut parfois faire fixer ses idées sur la toile qu’essayer de les mettre en pratique. C’est déjà mieux que de n’en point avoir, même si comme ici, il s’agit plus d’un rêve que d’un projet circonstancié.
En fait, la peinture pourrait tout aussi bien figurer le roi de France, Louis XIV dit le Grand, qui rêve aussi de s’y voir, et qui, lui, se donne tout de même quelques moyens d’y arriver. D’abord, en poussant des marins français sur les lieux. Ensuite, en finançant le rachat des compagnies de commerce privées qui s’étaient mis en tête de gagner des piastres dans la mer des Indes. Enfin, en faisant partout savoir que la France y est, et que c’est donc son territoire. Même si la France en question se résume sur le moment à une centaine de personnes perdues dans un port de l’extrême Sud du pays, de surcroît complètement isolé du reste de l’île…
Le rêve du grand Louis ne va pourtant pas se réaliser. Et ce n’est certes pas faute d’avoir essayé. Car il y eut de multiples tentatives, dans le Sud à Fort-Dauphin puis sur la côte Est, à Antongil, à Sainte-Marie comme à Foulpointe, ou encore à la Baie-aux-Prunes, 8
comme on désignait alors ce qui deviendra bientôt Tamatave. Mais pendant deux siècles, les quelques Français qui cherchèrent à s’installer en ces quelques lieux ne réussirent jamais à y tenir plus que quelque temps. Tous ont échoué, parfois dramatiquement, souvent lamentablement, toujours piteusement. Quels qu’en aient été les buts et les moyens, aucune tentative plus ou moins bien montée n’a permis à des Français de s’installer sur l’île. Lorsque cette histoire longue de deux siècles commence, c’est-à-dire en 1633 avec la fondation de ce qui s’est avéré être l’ancêtre de la Compagnie orientale, il n’y a pas un seul Français sur Madagascar, au contraire des Portugais, Arabes et Hollandais qui déjà y accostent et pour certains, s’y installent. Lorsqu’elle se termine, en 1831, avec la débâcle de l’expédition devant reconquérir Tamatave sur les Hovas, il n’y en a pratiquement pas non plus. Malgré les descriptions grandiloquentes de ceux qui, de Cauche et Flacourt à Mayeur et Roux, ont prétendu s’être aventurés dans l’intérieur des terres, l’emprise - si tant est qu’il y en eût une - de la France n’a pas dépassé la côte. Et encore, dans certains lieux précis et pour certains plutôt isolés (Fort-Dauphin, Marancètre, Foulpointe, Sainte-Marie, Tintingue, Tamatave) où l’essentiel une fois sur place était bien de tenir devant l’adversité, et même de survivre seuls contre tout. Mieux, à un moment même, entre 1680 et 1730, le roi avait pu décréter - et confirmer à plusieurs reprises - la mainmise de la France sur la Grande-Isle alors même qu’il n’y avait personne ou presque sur place. Malgré l’échec des diverses tentatives de s’y implanter, l’idée d’un droit historique de la France sur Madagascar avait dès lors fait son chemin, un chemin semé donc d’embûches. La colonisation de Madagascar était devenue un mythe. 9