L'école et ses contenus

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Les recherches décrites dans cet ouvrage s'inscrivent dans une orientation spécifique, celle des enjeux sociaux et épistémologiques de l'histoire de l'enseignement. L'école - ses programmes et ses méthodes comme ses enseignants et ses élèves - est en effet au carrefour de nombreux enjeux qui dépassent largement le cadre du champ scolaire. Le système scolaire a ainsi évolué en fonction d'exigences qui relèvent en grande partie de préoccupations d'ordre social, économique, politique ou idéologique.
Publié le : mercredi 1 décembre 2004
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EAN13 : 9782296379725
Nombre de pages : 164
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L'ÉCOLE ET SES CONTENUS

@ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7432-6 EAN : 9782747574327

Sous la direction de Hélène GrSPERT

L'ÉCOLE ET SES CONTENUS
Recherches historiques sur le XIX et le ~ siècles

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan KonyvesboIt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Misti 15 10214 Torino ITALIE

SOMMAIRE
Hélène Gispert Introduction Un axe de recherche en institut universitaire de formation des maîtres: l'histoire de l'enseignement, enjeux sociaux et épistémologiques 9

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Michel Toulmonde La nature de la lumière dans la physique des lycées de 1800 à 1960 13 Claudette Balpe Image de l'enseignement des sciences expérimentales en France au XIXe siècle à travers les textes officiels du primaire 43 Alain Gadpaille L'enseignement de l'agriculture textes officiels... à l'école primaire dans les 63 modernes autour des 83 le cas de la 97

Josiane Helayel La presse écrite et les mathématiques années 1970 : quelques exemples

Claude Piard Technique et éducation physique et sportive: gymnastique (1945-1985)

Daniel Denis De l'intérêt d'une lecture critique du Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson: les disciplines scolaires d'une édition à l'autre (1880-1911) 119 Dominique Ottavi Roger Cousinet (1881-1973) dans le Nouveau dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson 151

INTRODUCTION

UN AXE DE RECHERCHE EN INSTITUT UNIVERSITAIRE DE FORMATION DES MAITRES L'HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT, ENJEUX SOCIAUX ET ÉPISTEMOLOGIQUES Hélène GISPERT
En novembre 2000, l'institut universitaire de formation des maîtres de l'académie de Versailles a organisé des journées qui avaient pour objectif de présenter les travaux menés dans différents axes de recherche soutenus par cet institut. L'un de ces axes, consacré à l'histoire de l'enseignement, a été constitué au cours de l'année universitaire 1996-1997 autour de plusieurs enseignants-chercheurs en poste à l'IUFM et impliqués, chacun, dans des recherches concernant I'histoire de différentes disciplines au sein de laboratoires universitaires. Nous avons alors dégagé, à partir de nos intérêts spécifiques, une orientation générale autour de laquelle ont été développés plusieurs projets de recherche, certains pluridisciplinaires, regroupant au total une vingtaine de chercheurs. Les recherches en histoire de l'enseignement menées à l'IUFM de l'académie de Versailles, en collaboration avec le Service d'histoire de l'éducation de l'institut national de recherche pédagogique (INRP) et le groupe d'histoire et de diffusion des sciences d'Orsay (GHDSO) de l'université Paris-Sud 11, s'inscrivent ainsi dans une orientation spécifique, attentive aux enjeux sociaux et épistémologiques de l'histoire des disciplines. Le système scolaire a évolué en fonction d'exigences qui relèvent en grande partie de préoccupations d'ordre social, économique, politique ou idéologique. L'école - ses programmes et ses méthodes comme ses enseignants et ses élèves - est ainsi au carrefour de nombreux enjeux qui dépassent largement le cadre du

champ scolaire. Historiens des sciences, historiens de l'enseignement, chercheurs en sciences de l'éducation, tous formateurs en IUFM, il nous a paru nécessaire de développer l'étude de cette dimension des contenus et des pratiques d'enseignement dans différents contextes historiques et d'apporter ainsi des éléments irremplaçables à toute réflexion sur l'école et son avenir. L'entrée par les matières scolaires aux programmes, par les disciplines scolaires dira-t-on pour le vingtième siècle, a été une entrée privilégiée par les différentes recherches qui ont été menées dans ce cadre. Il s'est agi d'étudier au nom de quels principes, au service de quelles finalités, par la mise en œuvre de quelles stratégies pédagogiques on a cherché à différentes époques - dans les programmes, les manuels, les textes officiels, la presse, un dictionnaire de pédagogie - à promouvoir tel ou tel contenu d'enseignement, telle ou telle pratique, telle ou telle matière. Ainsi, au-delà de la diversité des sources considérées, ces recherches ontelles permis de révéler différents plans de signification aux contenus d'enseignement. En fonction des disciplines, des divers ordres d'enseignement, se croisent en effet des enjeux spécifiques d'ordre épistémologique, idéologique, sociologique, institutionnel et politique.. Un premier projet de recherche, le plus ancien, concerne l'histoire de l'enseignement mathématique dans l'ordre primaire (primaire, primaire supérieur, écoles normales), de la Révolution à nos jours I. Axé sur la publication des textes officiels, une première étape de cette recherche menée par Renaud d' Enfert, Hélène Gispert et Josiane Helayel, est aujourd'hui achevée et un premier volume de textes officiels concernant l'ordre primaire de 1792 à 1914 est paru2. La poursuite de cette recherche sur le XX" siècle est engagée comme en témoigne ici la contribution de Josiane Helayel sur la réforme des mathématiques modernes dans les années 1970.
1 Voir GISPERT H. et al, Contenus mathématiques dans l'enseignement primaire, textes et contextes, recherche historique et formation des maîtres, in Re-source n° 1, IUFM de Versailles & CRDP de Versailles, 2000. 2 D'ENFERT R., L'enseignement mathématique à l'école primaire de la

Révolution à nos jours. Textes officiels. Tome 1 1791 - 1914, Paris, " INRP, 2003 (en collaboration avec 1. HELAYEL et H. GISPERT).
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Un projet de même nature a été lancé sous la direction de Claudette Balpe. Il s'agit dans ce cas de la publication des textes officiels de l'enseignement des sciences expérimentales (dont l'agriculture) dans le primaire au cours des Xrxeet XXe siècles. Claudette Balpe et Alain Gadpaille exposent ici le cadre dans lequel a été développée cette recherche et l'état d'avancement de leur travail, mené avec Philippe Savina et Marie-José Schlienger, au moment desjoumées 2000 de l'IUFM. Un troisième projet, toujours sur l'enseignement scientifique, mené par Michel Toulmonde s'est intéressé cette fois au lycée. Michel Toulmonde a analysé la façon dont la nature de la lumière est traitée dans les manuels et les programmes de physique sur deux siècles, cherchant comment les découvertes dans ce domaine ont peu à peu été transmises par l'enseignement. La quatrième recherche est une recherche pluridisciplinaire qui a regroupé une quinzaine d'historiens - de disciplines aussi différentes que mathématiques, éducation civique et morale, dessin, géographie par exemple - pour la plupart des IUFM franciliens. Elle a donné lieu à un colloque en décembre 2002 et à un ouvrage publié en 20033. Daniel Denis nous donne ici une présentation synthétique de cette recherche collective sur une des œuvres majeures de la littérature pédagogique de la Troisième République (1878-1911), pour laquelle l'approche disciplinaire qui caractérise l'ensemble de nos travaux s'est révélée particulièrement riche et opportune. Enfin, nous avons sollicité pour cet ouvrage deux collègues, alors en poste à l'IUFM de l'académie de Versailles, engagés dans des recherches historiques relatives à l'enseignement. Claude Piard nous livre ici une étude à la fois historique et ethnométhodologique sur le passé récent (1945-1985) de la gymnastique scolaire. Dominique Ottavi, pour sa part, s'intéresse à Roger Cousinet et à sa contribution dans la deuxième édition du Dictionnaire de pédagogie avec l'article « Intelligence ».
DENIS D. et KAHN P., L'école républicaine et la question des savoirs. Enquête au cœur du Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson, Paris, CNRS Editions, 2003. 11
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Cet ouvrage devrait donc intéresser les historiens de l'enseignement, les historiens de l'éducation. Plus généralement, il s'adresse à tous les acteurs de l'école, les professeurs du primaire comme du secondaire, les conseillers principaux d'éducation, ainsi que les futurs enseignants que forment les instituts universitaires de formation des maîtres, pour qui une connaissance du système éducatif, de son histoire, de la philosophie qui l'inspire, est capitale en tant que référence et appui pour leur pratique professionnelle.

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LA NATURE DE LA LUMIÈRE DANS LA PHYSIQUE DES LYCÉES, DE 1800 À 1960 Michel Toulmonde
A la fin du xvme siècle, notamment grâce à l'invention de la pile électrique par Volta, la physique change de statut culturel: d'une simple liste de curiosités de salons, elle devient une science, eXpérimentale et rationnelle. Elle utilise de plus en plus des outils de l'analyse mathématique après les travaux de Lagrange et de Laplace vers 1790. Dans le domaine de l'optique, une difficulté majeure résiste depuis plus d'un siècle: quelle est la nature de la lumière? Huygens et Newton ont proposé tour à tour vers 1700 deux théories très différentes pour expliquer la réfraction de la lumière lors du passage de l'air dans l'eau ou dans le verre par exemple. L'un et l'autre expliquent quantitativement les lois géométriques découvertes par Snell en 1620 et publiées par Descartes en 1637, mais, partant d'hypothèses différentes sur la nature de la lumière, leurs conclusions sont contradictoires quant à la variation de la vitesse de la lumière lors de traversée d'un dioptre: pour Huygens, la lumière est une onde qui se déplace moins vite dans l'eau que dans l'air; pour Newton, la lumière est un ensemble de corpuscules matériels plus ou moins gros (ce qui lui permet "d'interpréter" les différentes couleurs), ces corpuscules sont accélérés lors du passage de l'air dans l'eau, et ralentis dans le passage inverse. Hélas, aucune vérification expérimentale n'est encore possible vers 1700 : il manque à la fois l'idée d'une expérience, et les possibilités de sa réalisation technologique, pour mesurer des durées de propagation beaucoup trop brèves. Newton cherchera en vain une experimentum cruds comme celle qui lui avait permis de découvrir en 1672 la recomposition de la lumière blanche.

C'est en 1838 que François Arago aura l'idée de cette expérience, qui consiste à mesurer la vitesse de la lumière simultanément dans l'air et dans l'eau. Il fait ainsi passer la mesure de la vitesse de la lumière « d'une affaire d'astronomes à une affaire de physiciens ». Très simple dans son principe, cette expérience sera en fait très délicate à mettre en œuvre; il faudra tout le génie de technicien et d'expérimentateur de Léon Foucault en 1850 pour la réaliser, et prouver ainsi que l'hypothèse des corpuscules matériels de Newton n'est pas correcte. La notion d'éther, « matière subtile» due à Aristote et réintroduite par Descartes en 1637 pour tenter d'expliquer la propagation de la lumière, sera fermement reprise en 1819 par Fresnel. Mais malgré les travaux de Maxwell sur les ondes électromagnétiques, publiés en 1864, l'hypothèse de l'existence de l'éther subsistera jusqu'en 1905, quand Einstein pourra balayer l'Univers de cet éther bien « encombrant ». Toutefois, ce n'est pas avant 1950 que ce terme disparaîtra réellement de l'enseignement de la physique (en dehors des aspects historiques).

I. Bref rappel historique: les idées sur la lumière
Vers 1700, la nature de la lumière ne fait pas l'unanimité dans le monde savant où deux théories s'affrontent, mais aucune ne peut l'emporter par manque d'une expérience probante. En 1690, Huygens propose un modèle ondulatoire, puis en 1704, Newton suggère un modèle mécaniste et corpusculaire. Ces deux théories expliquent bien les constats expérimentaux de la vision (le rôle de l'œil, du cristallin, de la rétine), et de l'optique géométrique (la réflexion, la réfraction), déjà connus quantitativement par les découvertes du Hollandais Snell (1580-1626) réalisées en 1620 et publiées par Descartes (1596-1650) dans La Dioptrique, 1637, à la suite du Discours de la Méthode, ainsi que divers aspects chromatiques de la lumière blanche (l'arc-en-ciel). Mais aucune des deux théories ne peut expliquer correctement les phénomènes de diffraction (découverts vers 1662 par le jésuite italien Grimaldi (1618-1663)), ni d'interférence (découverts par l'expérience des « anneaux» de Newton vers 1672).

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Reste également en suspens la valeur (c) de la vitesse de la lumière, dont la finitude a été prouvée en 1676 par le Danois Olaus Roemer (1644-1710) en traitant des observations astronomiques, mais on ne connaît pas encore la valeur de cette vitesse dans un milieu transparent matériel (air, eau, verre). Quelques rares progrès vont avoir lieu au cours du 18e siècle, notamment en 1727, l'Anglais Bradley (1693-1762) découvre le phénomène de l'aberration de la lumière. C'est la première preuve expérimentale du mouvement orbital de la Terre autour du Soleil. C'est au cours du XIXe siècle que les résultats arrivent enfin. En 1802, l'Anglais Thomas Young (1773-1829), grâce à sa célèbre expérience des trous, énonce le principe des interférences lumineuses. Par la mesure de l'interfrange, il détermine expérimentalement les valeurs numériques de ce qu'on appelle aujourd'hui les longueurs d'onde et obtient les valeurs suivantes: 1 / 60 000 de pouce pour le violet (0,42 /lm) et 1 / 36 000 pour le rouge (0,70 /lm) [1 pouce = 2,54 cm]. En 1819, Augustin Fresnel (1788-1827) complète le principe énoncé par Huygens, ce qui lui permet de calculer l'intensité de la lumière diffractée par différents diaphragmes. De plus, il émet l'idée que la lumière est une onde transversale, abandonnant ainsi l'analogie avec les ondes sonores longitudinales. En 1849, Hippolyte Fizeau (1819-1896) mesure la vitesse de la lumière dans l'air lors de l'expérience de « la roue dentée» effectuée entre Suresnes et Montmartre. La mesure de c passe ainsi du domaine de l'astronomie à celui de la physique. Exploitant ingénieusement une idée émise en 1838 par François Arago (1786-1853), le contemporain de Fizeau, Léon Foucault (1819-1868) réalise enfin l'expérience déterminante en avril 1850, l'experimentum crucis attendue depuis 150 ans: il parvient à mesurer la vitesse de la lumière dans l'eau par la célèbre expérience du "miroir tournant". Le résultat est sans appel: la lumière se propage moins rapidement dans l'eau que dans l'air. La théorie mécaniste de Newton s'effondre. En 1864, l'Anglais James-Clerk Maxwell (1831-1879) publie une théorie des ondes électromagnétiques (lesquelles sont encore inconnues), qui doivent se propager dans l'éther à une vitesse très voisine de celle de la lumière dans l'air. Il affirme que la lumière est

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une onde électromagnétique. C'est seulement 23 ans plus tard, en 1887, que l'Allemand Hertz (1857-1894) détectera expérimentalement ces ondes. De 1881 à 1887, les physiciens américains Michelson (1852-1931) et Morley (1838-1923) n'arrivent pas à mettre en évidence le mouvement de la Terre au sein de l'éther immobile. En 1905, Albert Einstein (1879-1955) interprète ce résultat négatif en postulant que l'éther n'existe pas. Cette "invention" d'Aristote, reprise par Descartes et Huygens, aura duré plus de 2200 ans! Voyons à présent comment les découvertes dans le domaine de la lumière sont peu à peu transmises aux jeunes générations par l'enseignement de la physique au lycée.

II. Etude des programmes et des manuels scolaires
(les références notées [*n] indiquent les textes en annexe. 1. La nature de la lumière

Le programme d'enseignement de 1819 pour les collèges royaux (nom donné aux lycées entre 1815 et 1848) [* 1] fixe quelques notions à aborder en optique en classe terminale (dite «de philosophie»). Les deux théories sur la nature de la lumière, de l'émission (Newton) et des vibrations (Huygens), doivent être présentées, ainsi que des considérations sur la vitesse de la lumière lors du passage d'un dioptre. L'éther est désigné par l'expression «fluide élastique ». Les interférences lumineuses (découvertes par Newton) sont étudiées de façon qualitative par la description « détaillée» de l'expérience des anneaux colorés (dits« de Newton »). Le programme de 1828 [*2] inclut des découvertes récentes: - en 1801, en étudiant le spectre solaire donné par un prisme, l'Allemand Ritter (1776-1810) découvre les rayons ultraviolets, d'après leur action chimique sur le chlorure d'argent. En 1801 également, l'astronome anglais William Herschel (1738-1822) découvre les rayons infrarouges, par leurs effets thermiques. Ces résultats apparaissent dans le programme de 1828, lors de l'étude physico-chimique des « différentes parties» du spectre solaire. Mais on ne parle pas encore des raies « sombres» de ce spectre,

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