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L'ÉCRIVAIN DE LANGUE FRANÇAISE ET LES POUVOIRS EN ALGÉRIE

De
200 pages
Depuis quelques années, a commencé déjà une chasse à l'homme qui a pour objectif l'élimination de tous les intellectuels du pays, surtout les francophones. Il semble urgent, voire nécessaire, de tenter d'expliquer la situation de l'intellectuel en général et de l'écrivain francophone en particulier qui est la cible privilégiée des tueurs fanatiques et autres. Une investigation menée depuis la fin des années quarante et le début des années cinquante jusqu'à aujourd'hui.
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L'écrivain de langue française et les pouvoirs en Algérie

Collection Histoire et Perspectives Méditerralléenlles dirigée par lean-Paul Chagnollaud

Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions L'Hannattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours.

Dernières parutions
Abderrahim LAMcmcm, Le Maghreb face à l'islamisnre, 1998. Paul SEBAG,n~nis, histoire d'une ville, 1998. Grégor MATIllAs,Les SAS en Algérie, 1998. Michel Cornaton, Les Call1pSde regroupement de la guerre d'Algérie, 1998. Zoubir CHATIOU,Migrations nwrocaines en Europe ou le paradoxe des itinéraires, 1998. Boualem BOUROlJIBA, syndicalistes algériens, 1998. Les André MICALEFF, etite histoire de l'Algérie, 1998. P Samy HADAD,Algérie, autopsie d'une crise, 1998. Romain DURAND,De Giraud à de Gaulle: Les Corps,francs d'Afrique, 1999. Ahmed DAHMAN!, 'Algérie à ['épreuve, 1999. L

@ L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-7676-7

Rabah SOUKEHAL

L'écrivain

de langue française

et les pouvoirs en Algérie

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

A ma mère, ma fille et L,ucien le Prince Alsacien A ceux qui nous ont quittés et ceux qui demeurent emrnurés au fond de la citadelle, dont les cris lacèrent nos rêves et déchirent

nos sommeils tout au long de cette longue nuit nommée: EXIL.

Introduction

Depuis bientôt six années, la fatwa d'Ali Belhadj et de ses acolytes est appl iquée à la lettre; en effet, tout intellectuel, tous ceux qui représentent une certaine intel1igence, une certaine ouverture d'esprit, un certain talent dans le domaine des sciences ou les arts peuvent être considérés comme ennemis de l'Islam., de Dieu et de ses préceptes, par conséquent doivent être condamnés à la peine capitale. Depuis bientôt six longues années, des intel1ectuels sont les cibles mouvantes des Groupes Islamiques Armés (G.LA.) et des fous de Dieu de tous genres. On a l'impression qu'ils veulent absolument inverser et accélérer le processus afin de revenir à un âge de pierre" à un âge de la déraison. .. en un Inot : l'âge des ténèbres. Il nous a semblé urgent, voire nécessaire, de tenter d'expliquer la situation de l'intellectuel algérien en général et de l'écrivain francophone en particulier qui est la cible privilégiée des tueurs fanatiques et autres. Mais l'histoire sanglante récente n'est qu'un tremplin pour remonter le temps et commencer notre investigation depuis la fin des années quarante et le début des années cinquante jusqu'à aujourd'hui, c'est-à-dire les années quatre-vingt-dix. En effet, l'écrivain algérien de langue française a été l'objet de persécutions constantes de la part du pouvoir colonial; les perquisitions, les arrestations, les interrogatoires et les interdictions de séjour sur le sol natal qui débouchent automatiquement sur un exil douloureux - principalement en France (I) pour être plus sous surveillance.

( I) Malek Haddad évoque ce pénible exil dans son roman Le Quai QlL"{ j7eurs ne répond plus.; Khaled Ben Tobal, écrivain et journal iste algérien. se retrouve exilé suite à un attentat Constantine. perpétré par son ami contre un café européen à

Il

Dès l'éclatement de la guerre de libération en 1954, l'écrivain se retrouve pris en tenaille entre le pouvoir algérien (un pouvoir politique et un autre militaire) et le pouvoir colonial, tous les deux impitoyables. Quand l'Algérie embrasse son indépendance, le pouvoir politico-militaire tente une fois de plus de maîtriser l'homme du verbe; considéré comme hautement dangereux, car il possède une arme efficace et redoutable, les dirigeants mettent en place une stratégie - à la manière de Mao ou Lénine - afin de le surveiller et de contenir sa force par l'intermédiaire de la guignolesque association des écrivains algériens. Depuis l'indépendance, l'écrivain algérien de langue française se débat contre des vents violents en provenance de plusieurs pouvoirs: un pouvoir économique, un pouvoir social, un pouvoir religieux, un pouvoir politico-financier et surtout un pouvoir militaire. Ces dernières années la situation de cet écrivain ne cesse de se dégrader dans une Algérie en éternelle effervescence; il se trouve que des fanatiques religieux ont décidé, dès 1991, de commencer ce que nous pouvons appeler l'opération d'épuration: le pouvoir religieux s'installe dans son tribunal - qui est audessus des lois -, juge, condamne et exécute à sa guise sous l'œil bienveillant des pouvoirs politico-financier (2) et militaire. Pourquoi bienveillant, voire complice? Parce que l'intellectuel en général et J'écrivain en particulier - a ouvertement affiché son opposition à ces deux pouvoirs durant les sanglants événements d'octobre 1988 quand les chars ont écrasé la jeunesse.

-

(2) Cette même mafia qui a exécuté bon nombre d'hommes politiques panni eux le président Mohammed Boudiaf en juin 1992 à Annaba.

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Quand les fanatiques tuent à l'arme blanche, ceux qui dirigent le pays ne s'occupent guère de la protection des intellectuels et des artistes (3).Qu'est-ce qu'un intellectuel ou un artiste face à un puits de pétrole ou de gaz? Apparemment, dans cette Algérie où tout est flou, un baril de pétrole vaut plus qu'un esprit brillant. Dans notre essai, nous essayons de faire le tour çle la question, de brosser un réel tableau qui [dé-]montre comment l'écrivain en tant qu'artiste et intellectuel s'est démarqué, s'est opposé en affichant son divorce avec les institutions étatiques. Nous expliquons les raisons de ce tonitruant divorce et les séquelles engendrées.

(3) Les listes noires des futurs condamnés à mort circulent dans les mosquées largement infiltrées par les services secrets algériens.

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A. L'écrivain dans la mouvance de la guerre de libération

Les premières traces d'une littérature autochtone de langue française remontent certainement aux années 20/30 ; quelques « indigènes» démontrent fièrement au colonisateur qu'ils sont capables de produire un texte dans une langue qui n'est pas la leur, du moins jusque-là. Parmi eux Caïd Benchérif, Abdelkader Hadj-Hamou, Chukri Khodja et Mohammed QuId Cheikh (1).Jean Déjeux les juge avec une grande sévérité en écrivant:
Les romans de cette époque sont médiocres et décevants. On copie. Il s'agit de montrer qu'on est capable d'écrire en bon français sans faire de faute de syntaxe, dans un style académique et au vocabulaire châtié. Les auteurs voient leurs sociétés comme de l'extérieur, abstraitement, avec les yeux des « autres». Voulant souvent être fidèles à l'image de ceux-ci, les romanciers désirent se faire lire par eux. Ils n'oublient pas le couplet aux bienfaits de la "mère patrie", critiquent l'alcoolisme et certains méfaits de la colonisation, sont moralisants et folkloriques, se maintiennent dans le superficialisme qui n'exprime pas les profondeurs du moi. (2)

Quelques universitaires algériens essayent de redonner une valeur à quelques écrivains de ces années 20/30 et à leurs écrits (3) ; ils décèlent même en eux les premières traces du nationalisme. Il est vrai que cette période est loin d'être celle de l'éveil et du nationalisme; elle est beaucoup plus « celle du mimétisme et de l'acculturation »(4) qu'autre chose. « Le dévoilement du
(1) Cai'd, Benchérit: Ahmed Ben Mostefa, goumier, Paris, Payot, 1920 ; Abdelkader, Hadj-Hamou, Zohra, la fèmme du mineur, Paris, Editions du Monde Moderne, 1925 ; Chukri, Khodja, Mamoun, l'ébauche d'un idéal, Paris, Editions Radot, 1928 & El Euldj, captif des Barbaresques, Arras, Editions de la revue des Indépendants, I.N.S.A.P., 1929 ; Mohammed, OuId-Cheikh, Myriem dans les palmes, seconde édition Alger, Office des Publications Universitaires, 1986 (1ère édition 1936). (2) Jean, Déjeux, La Littérature algérienne contemporaine, Paris, Presses Universitaires de France, Coll. « Que sais-je? », 1975, p.59. (3) Ahmed, Lanasri, Conditions socio-historiques et émergence de la littérature algérienne, Alger, Office des Publications Universitaires, 1988. Dans cet essai, l'universitaire tente de mettre en valeur le roman Myriem dans les palmes de Mohammed OuId-Cheikh. (4) Jeai1,'Déjeux, Maghreb / Littérature(s) de . langue française, Paris, Edi1ions Arcantère, 1993, p.35.

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malaise» (5) naît dès le début des années 50 ; c'est une étape nécessaire et logique qu'emprunte l'écrivain en tant que colonisé. « n ne s'agit plus maintenant de rester soi-même, mais de revendiquer explicitement un nom, une patrie, bref d'être reconnu, à part entière. » (6).

Des romans comme Le Fils du pauvre de Mouloud Feraoun, La Colline oubliée de Mouloud Mammeri et La Grande maison de Mohammed Dib sont là pour témoigner; il s'agit de donner une image vraie de soi aux « autres », aux Européens; il s'agit de « casser» cette image racoleuse créée et longuement entretenue par la propagande coloniale. Comme par hasard, ces trois romans sont publiés entre 1950 et 1952, à une époque charnière, celle de la préparation souterraine de la guerre de libération - suite aux promesses non tenues et surtout à la répression du 8 mai 1945. Dévoiler son propre malaise c'est dire d'une manière indirecte la poudrière qui n'attend que l'étincelle; c'est dire les limites de la souffrance humaine, de l'humiliation et surtout de la misère de l'autochtone:
En attendant dans ce monde-ci, transitoire mais réel hélas ! C'était la misère, la noire misère, pire mille fois que la mort, et si notre prophète n'aurait interdit comme péché de se tuer soimême plusieurs se seraient hâtés d'atteindre le pardon de Dieu. (7)

dit le narrateur dans La Colline oubliée. La majorité des critiques ( universitaires ou autres) semblent d'accord pour dire que c'est durant le début des années 50 que la littérature algérienne de langue française est venue au monde, et que le père fondateur est sans conteste Mouloud Feraoun. Il est vrai que plusieurs raisons renforcent ce point de vue:

(5) Jean, Déjeux, La Littérature algérienne contemporaine, op. cil., p.61. (6) Ibid., p.61. (7)Mouloud, Mammeri, La Colline oubliée, Paris, Editions Plon, 1952, ppJ 74/175.

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- Pour la première fois des autochtones expriment ce qu'ils ont de plus profond en eux-mêmes, sans pour cela tomber dans le mimétisme et la bassesse. Pour la première fois, on sent des écrits authentiques et vrais, loin de l'exotisme alléchant. - Le début des années 50 c'est aussi la naissance de la révolution ( novembre 1954 ). - C'est le début d'une production littéraire qui ne faiblira jamais, même durant les moments les plus critiques ( la guerre d'Algérie, les événements sanglants qui secouent l'Algérie depuis le début des années 90).
* * *

Si Le Fils du pauvre, premier roman de Mouloud Feraoun, passe inaperçu ( parce qu'il est publié à compte d'auteur dans un autre département que celui où se situe Paris, capitale littéraire connue et reconnue ), celui de Mouloud Mammeri en revanche essuie toutes les critiques, beaucoup plus destructrices qu'élogieuses. La Colline oubliée est à l'origine d'une querelle vénéneuse entre Algériens:
Lorsque l'ouvrage parut, la presse française s'en servit à des fins tendancieuses: le « beau roman kabyle », le « roman de l'âme berbère », etc., comme si ce n'était pas un roman algérien. Des Algériens, irrités, contestèrent le roman à leur tour, parlant de la «Colline du reniement». Du moment que les Français sont favorables à l'ouvrage, c'est donc qu'il va contre l'Algérie, pensait-on à cette époque de tension brûlante. On ne se rendait pas assez compte qu'alors le romancier ne pouvait décrire la réalité algérienne telle qu'objectivement elle eût dû être décrite. (8)

(8) Jean, Déjeux, La Littérature algérienne contemporaine, op. cit., pp.65/66.

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Une certaine critique française réussit donc à apporter cette étincelle tant attendue pour tout faire exploser; on n'assiste plus à un débat littéraire, mais à un règlement de compte, pur et dur, autour du thème de l'engagement et du patriotisme. Plus de trente années plus tard, lors d'un long entretien avec Tahar Djaout, Mouloud Mammeri revient sur cet incident mémorable en démontrant une lucidité et un jugement sans faille:
Le fond du problème, c'est que mon critique trouvait scandaleux que mon roman ne soit pas une simple et sanglante condamnation du colonialisme. Mais mon critique se trompait de cible. Ce que j'écrivais c'était un roman. Ce qu'il fallait me demander ( ou se demander) c'était: est-ce que la peinture était fidèle au modèle vrai et pas aux figures d'artifice qu'une mauvaise idéologie leur substitue. [...] Il Y a dans La Colline oubliée toute une peinture de la situation coloniale telle qu'elle était vécue à l'époque: il y a une misère généralisée, l'injustice d'un ordre fondé sur la violence et le déni des droits élémentaires, il y a la mobilisation des jeunes algériens pour défendre non pas telle que l'aurait reconstruite un choix de héros dits positifs une cause où ils ne se sentent pas impliqués [...]. Le véritable engagement consistait à présenter cette société telle qu'elle était dans la réalité ou retraduite un discours idéologique, c'est-à-dire un mythe. Le premier devoir d'un romancier est le devoir de vérité. (9)

Comme nous l'avons déjà signalé, nous ne pouvons parler de critique littéraire pour la simple raison que la littérature algérienne de langue française est au stade de balbutiement. En France, le vieil adage « diviser pour régner» semble être le cheval de bataille d'une presse tendancieuse et méprisable. Pour preuve, les Algériens en sont les victimes, parce qu'ils ne sont pas encore mûrs pour discuter et débattre des problèmes, les leurs en l'occurrence, de manière objective et sans animosité aucune. La situation coloniale et la tension de l'après mai 1945 semblent être pour beaucoup dans cette querelle stérile. Loin des conflits, demeurent les œuvres.
(9) Tabar, Djaout, Entretien avec Mou/oud Mammeri, Alger, Editions Laphomic,1987, pp.3 ]/32.

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Aujourd'hui, avec du recul et un jugement objectif, nous voyons en Le Fils du pauvre de Feraoun, La Colline oubliée de Mammeri et La Grande maison de Dib une libération concrète de la parole vraie; un acte d'avortement qui donne libre cours à cette parole trop longtemps confisquée. Le «je» dans Le Fils du pauvre est un «je» revendicatif, un jeu d'affirmation de soi, une vision du monde propre au colonisé qui est là pour détruire celle du colonisateur, celle de la propagande coloniale. Dans La Grande maison, Dib va au-delà de la simple revendication de soi; il appelle de manière claire à la révolte, à la déstabilisation de l'ordre ( colonial) établi; les paroles deMo Hassan, instituteur autochtone, en disent long:
être les maîtres, la patrie est en danger. Ces étrangers sont des ennemis contre lesquels toute la population doit défendre la patrie menacée. Il est alors question de guerre. Les habitants doivent défendre la patrie au prix de leur existence. (10)

- Quand

de l'extérieur

viennent des étrangers qui prétendent

La prise de position et l'ouverture des hostilités envers le colonisateur prennent encore plus de consistance dans L'Incendie et Le Métier à tisser; le premier publié quelques mois avant le déclenchement de la guerre, et le second trois années après. Les deux romans montrent clairement le processus de prise de conscience de la part du jeune héros Omar. Le triptyque « Algérie» de Dib constitue une oeuvre soudée, encrée au plus. profond dans la réalité algérienne. Nous pouvons rejoindre sans hésitation l'analyse de Khatibi, quand il affirme qu'en Algérie « le roman réaliste a rempli une fonction pendant la colonisation et la lutte nationale, celle d'affirmer clairement une personnalité, de montrer une société. » (11)

(10) Mohammed, Dib, La Grande maison, Paris, Editions du Seuil, 1952, p.22. (11) Abdelkébir, Khatibi, Le Roman maghrébin, Rabat, Editions S.M.E.R., 1979, p.58.

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Au début des années 50, et ceci jusqu'à l'éclatement de la guerre, deux tendances littéraires voient le jour; contrairement à ce que peuvent penser certains - ceux qui brandissent le concept d'engagement à tout moment -, ces deux tendances sont complémentaires et ont le même objectif: le colonisé doit recouvrer sa dignité. Le lecteur avisé voit que la première tendance englobe des écrivains « se déclarant les témoins tobjectift ' de leur société et de leur temps »(12); Mouloud Feraoun et Mouloud Mammeri semblent être des précurseurs; quant à la seconde, elle est constituée d'écrivains qui « se veulent, de façon plus dynamique, les porte-parole et les avocats de leur peuple» (13) ; Mohammed Dib est le chef de file de cette dernière tendance. L'écrivain peut ainsi remplir un rôle de témoin de son temps indispensable, mais il peut / doit également être le défenseur des libertés les plus fondamentales de l'humain. Etre écrivain c'est remplir une mission vis-à-vis de son peuple (des peuples), de son pays ( et des autres pays ). Dans Qu'est-ce que la littérature ?, Jean-Paul Sartre explique comment s'établissent des relations précises entre la société et l'écrivain:
[...] je suis auteur d'abord par mon libre projet décrire. Mais tout aussitôt vient ceci: c'est que je deviens un homme que les autres hommes considèrent comme écrivain c'est-à-dire qui doit répondre à une certaine demande et que l'on pourvoit de gré ou de force d'une certaine fonction sociale. (14)

L'écrivain doit subir une fonction sociale; du moment qu'il devient écrivain, qu'il choisit librement de l'être, il doit assumer un rôle, une fonction; il cesse d'être un individu « normal» au sein de la masse; il possède une arme redoutable: la parole; il doit s'en servir pour défendre les plus démunis au nom des droits les plus fondamentaux de l'individu.
(12) Naget, Khadda, Mohammed Dib romancier. Esquisse d'un itinéraire, Alger, Office des Publications Universitaires, 1986, p.12. (13) Ibid., p.12. (14) Jean-Paul, Sartre, Qu'est-ce que la littérature ?, Paris, Editions Gallimard, ColI. « Folio / Essais), 1989, p.84 (1ère édition 1948).

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