L'éphémère et l'éternel

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Chaque âge obéit à tout un ensemble de données. C'est une évidence dans la vie personnelle de chaque homme. Mais il ne vient guère à l'esprit de nos contemporains qu'il puisse exister pour les sociétés humaines des "âges" dont le parallélisme peut être observé, tout aussi bien que dans notre vie individuelle. Pour parvenir à cette affirmation il fallait longuement rechercher les motifs qui conduisent à penser ainsi ; montrer que l'étude d'une suite d'événements dans la durée révèle une succession de vagues alternées et inscrites dans des durées régulières, ce qu'on nomme des rythmes.
Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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EAN13 : 9782296343993
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L'EPHEMERE

ET L'ETERNEL

La souveraine régularité des rythmes dans l'Histoire universelle

lllustration de couverture créée par Gaëtan Le lVlignant T'extes ras:w:mblés par Claudia Gufsche

~) L'Harmattan, 2003 ISBN : 2-7475~5592-5 EAN : 9782747555920

JEAN BRUY AS
Pr~fesselJr hONoraire à J'Université de Paris l - Panthéon-Sorbonne

L'EPHEMERE
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ET L'ETERNEL

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La souveraine régularité des rythmes dans l 'Histoire universelle

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Vù< Bava, 31 1(1214 Tonoo ITALIE

5.7, am de !'&:o!e.Pcl~iqlle nOO5Paris FRANCE

Du même auteur:

-

Fragments

-

Lumières d'éternité, L'BannaUan, 2002
de l'Ajh'que nolte, L'Harmattan,

-

Les sociétés traditionnelles 2001

Introduction

L'Occident a la prééminence dans ie monde d'aujourd'hui et devrait donc avoir tine très haute conscienœ de ses responsabilités et donc de ses devoirs envers le monde. n pourrait être l'éducateur de sa pensée, Lorsqu'on évoque cependant cette tâche, il la comprend aussitôt à la manière d'un éducateur d'école technique, n ne doute pas que sa supériorité tient à ses hautes qualifications dans les sciences physiques - - physique, chimie, astronomie - et biologiquel:L, ne doute pas que c'est n par ces connaissanœs qu'il s'est hissé au premier rang et que c'est en les développant toujours plus qu'il conservera ce rang, 11s'agit là pour tous d'une évidenœ dans i'immédiat
*

Pendant des millénaires, les cultures humaines les pius diverses, ont eu pour souci prédominant, à cÔté des précautions fondamentales de sécurité et de défense, de maintenir une autre préoccupation primordiak : celle de s'interroger sur 1'tJnivers, pensé comme réalité globale et englobante, et sur ses rapports avec i'homme,

L'ÉPHÉMÈRE

ET L'lkTERNt"L

De là sont nées les visions religieuses et Je culte d'esprits supérieurs: innombrables pendant des ml!lénaires dans !a croyance animiste; limités en nombre, de l'ordre d'une douzaine, pendant quelques dizaines de siècles dans le polythéisme; devenus unique depuis Abraham et les grandes
religions dites ", monothéistes )I.

Les deux derniers siècles ont vu t1eurir une tout autre attitude: celle d'un ralÎQnalisme lal'çiste qui a voulu affranchir l'homme d'une réflexion sur l'au-delà, considérée comme une rêverie ÎTmWe,puis plus encore condamnable, ear dépourvue de tout fondement rationnel. Cette aHÎtude fut et demeura celle d' inteHectuels dont beaucoup parmi les mieux doués se sont adonnés aux préoccupations scientifiques en tant qu'enseignants, chercheurs, savant:L, Ayant pratiqué « la science I}, Hs l'ont vu depuis deux siècles prendre peu à peu son extraordinaire eSSOLH essor te! un que Jes contemporains en sont venus il l'imaginer comme toujours plus fécond et suscepiibk, s'il est poursuivi, de combler l'espèce humaine de richesse et de puissance et pour tout dire, de bonheur. Et que faut-il pour que la science se développe toujours davantage? Ii faut recourir à la méthode qui a permis à la science de naître et lui a garanti tous ses progrès: l'ana!yse, Selon la deuxième règle de Descartes: « Diviser chacune des difficultés que j'examinerais en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'iJ serait requis pour !es mieux résoudre :'>, En tous domaines des sciences, le nombre des « parcenes » est aUé s'additionnant toujours davantage. Les (, découvertes }) se multiplient; nous nous ébattons donc toujours plus dans rinflni détail des connaissances analytiques. Et certes cet d'fort d'analyse est très normalement suivi par un effort de synthèse, opération par laquene on s'efforce de remonter à partir de nouveaux détails connus à une meilleure compréhension de leurs relations d'ensemble. Mais dans l'ordre 8

INTRODUCTiON

des sciences appHquécs ces opérations successives descendent eUes-mêmes autant de marches en direction de phénomènes plus intimes encore inconnus.., c'est-à-dire s'éloignant toujours davantage de la recherche d'une synthèse globale, La synthèse universeHe a été rêvée par ces grands esprits que furent Vico, Leibniz, Einstein, Oswald Spengler... Mais le souci de synthèse « scientifique /) eut pour objet principal sinon exclusif, l'espace et !e temps physiques, dont Einstein a démontré le rÔle comme quatrième dimension de l'espace. Cependant cette attitude ne wnceme pas le tout de l'homme. Elle laisse de côté, on le montrera, deux aspects essentiels de sa destinée: le temps vécu et le psychisme, On pourra penser, il est vrai, bien naturellement: se tourner vers tout ce qui est concret pour s'efforcer de le mieux comprendre afin de pouvoir mieux agir sur hÛ, est un souci très important, d'aiUems nonnal et couramment partagé. Chacun s'y efforce quotidiennement dans la conduite de sa vie, aussi bien personne He que pmfessionneHe. Au contraire se tourner vers l'Un en utilisant sa raison, tendre vers une synthèse globale de l'ensemble de nos expériences humaines - c'est-à-dire tendre vers l'lin simplement c'est évoquer un périple vertigineux, N'est-ce pas pour tout homme Met même pour un« phiJosophe professionnel» - nourrir une préoccupation vaine, tendant vers un objet insaisissable, un mirage aussi lointain qu'inaccessible ? n en est ainsi présentement car personne ne guide plus nos réHexions dans ces voies. S'il a existé des dés, nul ne nous aide plus à les trouver aujourd'hui. Si eHes ont été connues des hommes, dies doivent alors avoir été enfouies dans des gisemenl,> très anciens et tres profonds du passé, C'est là qu'il iàudraÜ dès lors entreprendre de les re-chercher. Et ne serait-ce pas une ambition digne de quiconque souhaite retrouver enfin un sens profond il.la vie en la situant dans la totalité du réel? Quatre dés ont été forgées, il y a bien des siècles. Deux nous sont venues des traditions millénaires de ['Orient La q

L 'ÉP!-lilv!l~RE ET L 'l:TERNEL

première est un calendrier universel, qui, selon la sagesse hindoue, rythme le temps, La deuxième est l'idée de bipolarité proclamée par la Chine, qui domine pour çelle-cÎ toutes les réalités qui s'expriment dans la durée, Les rythmes d.u cœur d d.e la respiration en donnent des images très concrètes, Les deux autres clés sont des réalités historiques propres à l'Occident
première est l'affinnalion que le momie est un ensemble cohérent et qu'H témoigne donc d'un Existant unique et inteHigent CeUe affirmation de l'Être, qui a été, qui est et qui sera, a été énoncée par Abraham, Avant lui, il y avait des «dieux >i, c'est-fi-dire une multiplicité de volontés conçues comme souveraines et, notamment, celles des astres il1nombrab!cs, qui dominaient le monde, L'une d'entre dles pouvait toujours s'opposer à ce qu'une autre avait voulu ou entrepris. Aucune prévision n'éwil possible. Abraham émet le message de « l'Existence », au-dessus de toute réalité connaissab!e, d'un Unique initiateur et régulateur Yahweh -: condition première indispensable à !a cohésion du monde, et donc il ce qu'il y ait stabilité de certaines règles. Privée de cette coordination générale, aucune <{science» ne pourrait être édifiée." ni même conçue. En pratique ce n'est qu'en postulant to!.~jollrs la parfaite stabilité des lois cosmiques que l'homme peut pousser plus avant dans une rneiHeure connaissance de ceHes-cL

- La

- La deuxième réalité historique fut la découverte des mécanismes de ia r<1ison p<1r Socr<1te ses disciples, C'est la facuhé et qui permet à l'homme d'eŒ:ctuer l'analyse mais également !a synthèse. Et c'est elle aussi qui révèle à l'homme la méthode qui !ui permet de progresser dans la connaissance; la pensée conceptuel!e, c'est-à-dire la faculté d'établir non pas seulement des idées plus au moins vagues, mais bien des «concepts », notions abstraites précises, clairement délimitées,... et J'aptitude à les combiner entre elles.
JO

INTRODUCTION

Force est de constater que plus nos sciences ont progressé, par d'admirables efforts d'anaiyse, pius nous nous sommes enfouis dans le détail et moins nous avons eu souci de considérer la convergence des lignes en direction de l'unité globale. De ce fait, notamment, les groupes J:mmains pénétrés communément par la culture scientifique tendent à s'éloigner toujours davamage, psychologiquement, et donc spirituellement, du très grand nombre des autres qui ne peuvent suivre. Les peupies sevrés de la cuJture «moderne» se raccrochent d'autant plus désespérément à leurs visions traditionne!!es. Les plus anciennes ~ ceUes-d, notamment en Afrique noire ou dans ]es «Amériques indiennes », ne savaient appJiquer la réflexion et l'analyse qu'aux réaUtés concrètes de 1a terre: les astres, les saisons, !es sols et leurs reliefs, les cultures, les herbes, les animaux, les ustensHes, ies annes". Elles ignonÜent les constructions abstraites. Narvement, eUes méditaient cependant sur de grands secrets du monde. gauchement peut-être, e!!es intégraient sans cesse à la vie personneUe de chacun ia pensée du ({global » et donc du ({religieux », c'est-à-dire de tout ce qui peut relier J'homme à tout ce qui n'est pas luI. On parle souvent de fraternité entre tous !es hommes mais si l'on ignore le global, on tourne le dos à ce qui peut le plus intensément !es y conduire, leur parenté millénaire commune: c'est-à-dire aussi bien la parenté du temps que celle de l'habitat terrestre. La grande novation â accomplir par notre époque est qu'eHe se retourne d'un demi-cercle sur elle-même et s'applique dés0I111aisil considérer aussi, il côté de !'infinie diversité de l'Univers, la nécessaire considération de 1'« Unité J)d'origine et de nature de notre espèce humaine, comme aussi de l'Univers entieL * Quiconque a conscience de la vie rude que menaient les chasseurs, pasteurs hommes d'autrefois en leur grande masse est frappé par la splendeur apparente des ou cultivateurs
~ ~

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L 't,"PffÉ'/vIÈ'RE ET L'ÉTERNEL

i}ociétés industrialisées et des étonnantes perspectives que leur ouvrent atÜourd'hui les progrès des sciences et des techniques, La culture occidentale a doté l'homme d'une dé magique: l'usage de la raison, grâce il laquelle il peut s'appEquer il connaître le Monde avec exactitude et précision, Correctement milisée, c'est-à-dire en appliquant les règles de 1a logique, eHe fonde la capacité de juger, le raisonnement scientifique et !es fommlal1om; malhématiques, qui édairent eux-mêmes les innombrables Jspects de la réaWé concrète: physique, chimie, géologie, astronomie... L'Histoire des trois derniers siècles nous montre les immenses progrès que put Jccomplir l'espèce lmmaine dans la compréhension et la maitrise du « monde exténeur }),p

Pourtm1t, une dislocation profonde et désormais rapide vient frapper les pensées des hommes et leur componement On en énonce chaque jour les causes « économiques et donc sociales i>,dans le cadre des postulats fondamentaux du matériaHsme soit de doctrine (marxisme-léninisme) soit de fàlt (libéralisme), Mais ces causes sont-el!es la source de nos maux? Ou ne sont-elles pas seulement des lèJD11es aniculièrep ment observables de maux qui trouvent leur source à un niveau plus profond? La nature est devenue pour I'Ocddent un jouet télécommandé. n J'observe, lu! consacre sa Jèrveur enfantine; l! entre chaque jour plus dans le détail de ses mécanismes pour imaginer de nouvelles améliorations au service de ses rêves, Ainsi a-t-il pu sans cesse accroître, et démesurément, ses propres moyens d'action, Mais le souci du progrès technique repose, par nature, sur le perfectionnement de l'm1alyse", Il est tendu sans cesse vers !a découverte plus affinée de la constitution du monde qu'il soit inanimé ou qu'il soit vivanL Notre aventure vers deux infinis - les astres et les galaxies, !es atomes et leurs particules ~. est certes apte à porter toujours plus loin notre immense penchant au rêve, Ene rend J'homme capable d'appréhender toujours mieux la diversÜé inilnie des phénomènes, Mais avons-nous songé que, ce faisant. 12

INTRODUCTION

eHe s'éloigne sans cesse davantage de la démarche inverse? Celle-ci viserait à rapprocber entre eUes les données les plus fondamentaks de l'expérience dans les divers domaines de 1a pensée en vue de parvenir à des synthèses qu'on s'efforcerait de rendre toujours plus englobantes, Beaucoup imaginent aisément que le souci d'une vision globale ne peut être au mieux qu'une consommation «de luxe }). La sagesse des miHénaires l'a considérée au contraire comme de grand prix afin d'arracher l'homme il l'angoisse qu'il ressent et conçoit lorsqu'il considère sa petitesse et la brièveté de sa vie, face it fimmensité de j'espace et du temps cosmiques. Cette tâche échut pendant des siècles il la foi religieuse. Mais ceHe-ci était alors reçue depuis l'enfance comme une discipline du cœur et de la vie... une règle contraignante et mde, transmise par la tradition sociale et reçue d'eHe sans remise en cause, car eHe était impérative de même que l'ensemble des règles coutumières. Les savants modernes, en accomplissant la révolution scientifique, ont démultiplié énormément nos moyens d'action sur le monde extérieur. Les dernières décennies nous ont montré que !es découvertes scientifiques dans les branches les plus diverses se stimulent les unes !es autres de te!!e sorte que les progrès sont d'année en mmée plus rapides. Engagé depuis plusieurs génératîons dans cette voie triomphale, l'homme a pu concevoir comme accessible le rêve de devenir totalement maître de son destin." sans plus mentionner aucune force qui {( soit supérieure à la sienne, aUCI.m scalpel de chirurgien» ne l'ayant mise àjour. La conception qui vise à devenir dominante en Occident selon laqueHe il n'est pas de niveau moral plus élevé que celui des {(droits de l'homme» équivaut en pratique à placer !'homme sur k podium, comme souverain seigneur de toutes réalités" . Dans cette optique, !a référence à l'Être couramment appelé Dieu, aftlnnatlon majeure des religions « monothéistes » 13

L 'ÉPHÉ;MÈRE ET L'ÉTERNEL
-

judal'sme, christianisme, islam.

tendrait à se muer logi-

quement en une attitude considérée comme strictement particulière à certains; voire comme une « lubie}> de quelques-uns, qu'on tolère à titre de passe-temps purement personne! - au même titre que !a cueiHette des champignons ou la collection de tirnbres-poste." mais qui ne peut, voire qui ne doit en aucun cas constituer une donnée majeure de la vie sociale d'un grand intérêt pour toutes les consciences. Tei est le postulat fondamental de ce qu'on appelle la «conception laïque ».« à la base des tendances majeures qui s'efforcent de prédominer depuis cent ans dans les sociétés occidentales: d'Europe cmnme aussi bien du Canada ou des É:tats-Unis... Comme elle se heurte aux grandes Confessions, le suprême espoir de cette conception est de se faire admettre enfin par les responsahles religieux eux-mêmes. Certains prétendus « théologiens» ont déjà annoncé « la mon de Dieu }L Dès lors que « Dieu », pour les religions eUes-mêmes tendrait à n'être plus qu'un mot, pourquoi garder encore ce vocable? n suŒra de le remplacer par le mot « homme)/. Je suis « humaniste)} ou «les droits de l'hOImne sont la valeur suprême », «je crois en l'homme)} sont devenues des affirmations martelées, notamment en France, par tous les moyens d'expression publique. On n'ajoute pas, il est vrai, que l'homme est « maître du ciel et de !a tene, de toutes L:hosesvisibles et invisibles », car on sait trop bien que tei n'est pas le cas... Mais l'Homme - et plus précisément son opinion individueUe- est devenu l'alibi commode pour faire admettre des thèses, mêm.e les moins démontrées. À ce degré, la fonction de méditation sur la signification de l'Univers - visible et invisible - et de !a destinée humaine, qui était commune it toutes les confessions religieuses, cesse de pouvoir être honorée. La conséquence inévitabie en serait !a dégénérescence rapide, selon une loi universelle du vivant, des comportements religieux. Ceux-ci étaient depuis l'aube des temps une des expressions traditionndks des sociét~s humaines; ils perdraient cependant toute
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INTRODUCTiON raison d'être dès lors qu'ils cesseraient complètement de remplir kur fonction inteHectueHe propre: nourrir J'a,ypira!irm à
une synthèse universe!!e~

N'est-ce pus ce dont la présente génération tén10igne, à l'heure où l'on constate en heaucoup d'endroits le déclin rapide tant de lu pratique religieuse que des vocations aux ministères sacrés? Et pourtant! Le besoin de relier ses connaissunces au plus haut niveau est :fondamental en rhon:une,,, Sa fonction propre, à côté de tous les uutres organismes vivants communs, est d'avoir la faculté de « comprendre» - inteWgere en latin, venu d'intertigere signifie « rdier les connaissances entre eUes 1>. n ne pourra indéfiniment!' en détourner ni par la seule O prolifération des gadgets ni par le flot télévisuel des futilités quotidiennes, « L'homme n'est qu'un roseau, mais c'est un roseau pensant», n est apparu voici qudques mH!ions d'années comme l'une des plus recentes espèces vivantes sur la terre, au sein d'un univers qui en compta des myriades. La pbnète Terre eHe-même, n'occupe aucune place centrale au sein de ce petit monde local qui gravite autour de notre soleil. Le système solaire n'occupe à son tour aucune place privilégiée ni même remarquable, dans l'ensemble de notre galaxie". qui compte quelques deux cent milliards de soleils, constituant une sorte d'ellipsoïde, Notre sokil n'occupe nÎ le centre de la galaxie, ni un pOÎnt de la bordure, ni I'lm des foyers; il n'est vraiment qu'un point pam1i tous les autres apparemment placé « n'importe où 1>. t notre galaxie seraIt-eHe E la reine de toutes les autres? Plus d'un mH!iard sont déjà dénombrées aujourd'hui et nous aurions bien peu de chances de gagner, si nous voulions fuire le pari de découvrir à notre planète une place d'honneur. La préséance de l'homme est certes incontestable sur toutes les autres espèces vivantes connues de lui, c'est-à-dire rencontrées par lui sur la terre et dont il s'est assuré la domination ou le contr61e~Mais c'est un bien modeste duché à 15

L'ÉPHÉMÈRE

ET L'ÉTERNEL

l' éche1 le du cosmCHL, et il le doit non il sa puissance démographique ~.~.Jes insectes sont bien plus prolifiques que lui~'m. mais

uniquement à ses facultés psychiques, et tout particulièrement a son intelligence dialediquf\ it sa raison. CeIJe-d est apte à lui montrer, avec éloquence, les l'dations entre les phénomènes, et la relativité de sa position au miHeu d'eux. Encore faut-il que l'homme ne laisse pas se dégrader cet instrument majeur de son action. L'heure est venue oÙ il doit refilser à ses maîtres - il ceux de sa pensée tout autant et pltls encore qu'à ceux de sa politique - de conduire sa réi1exion vers l'asservissement Non peut-être J'asservissement à un individuH' cd individu étant morte! la servitude n'aurait qU'lm temps. Mais une autre servitude bien plus fortement menaçante : celle qui porte l'individu dans la mesure oÙ iJ n'est pas soumis à des contraintes, it s'abandonner aux si grandes fàcilités que peuvent lui procurer sa situation sociale ou la faveur de;; circonstance;;". Notre époque « libérale >,incline de plus en plus vivement à admettre tOtlS les caprices même amisociaux des individus comme étant légitimes. Dès lors qu'on le proclame « souverain,) il ne saurait être admis qu'on puisse porter atteinte à la liberté imprescriptible de ses démarches. Certes, si J'homme était effectivement maître, il lui summit de décréter et de veiller fi Ja mise en œuvre de ses décisions. Mais! 'homme-individu J1'est évidemment pas souverain. Ii ne l'est pas ni par sa nature même, n'ayant décidé ni de l'apparition de son espèce, ni davantage de sa propre naissance, ni d'aucune des spécificités majeures qui, dès son apparition, encadrent sa destinée: milieu fiîmilial, nationalité, aspect physique, santé, degré d'intelligence, de mémoire, de résistance nerveuse, de force physique, d'aptitude au travail. n ne l'est pas dans 1a pratique, se l1eunant aux vastes données qui Je Jimitent étroitement dans l'espace et dans le temps. Sans doute a-t-il maîtrisé grandement les servitudes que lui impose l'espace: il peut en quelques heures se déplacer vers un point quelconque de la planète et transmettre instantanément les pensées, !es
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INTRODUCTION

informations, les images. Mais compte tenu de l'Immensité de l'espace, n lui faudra encore beaucoup de temps avant de pouvoir échapper ._- comme on ne peut l'exclure - it son système solaire, voire de pénétrer un jour dans d'autres galaxies. Le temps est un autre obstade, infiniment plus dense, it la liberté de son comportement Et c'est encore lm point que l'homme occidental a étonnamment négligé jusqu'à ce jour, dans !es réflexions relatives à sa destinée,,,
* '" '"

L'homme, évidenm1ent, ne peut remonter le cours du temps, redevenir ce qu'il a cessé d'être. Mais il ne peut davantage descendre le cours de ce fleuve dans d'autres délais que ceux qui sont impartis à sa vie. Il n'est pas de démarche humaine, de quelque importance qu'eHe soit, qui échappe au courant majestueux des années, des siècles et des miHénaires... L'état actuel des choses, comme ce fut le cas de toute autre époque du passé, marche à son heure qui bientôt s'enfuira, D'autres équilibres ou déséquilibres apparaîtmnL Non pas selon la fantaisie des hommes mais selon certaines fonnes et règles de combinaison, Ces i"il1messont-eHes anarchiques, ne relèvent-elles d'aucune loi? La tournure d'esprit de J'homme occidental est de le pense!'...et pour des misons bien explicables, D'abord on ne peut exclure un profond réflexe d'orgueiL Recormaitre qu'il y a des lois du temps, ce sem admettre qu'il existe un ordre de choses dépassant pour la suite des temps ses aspirations volontaristes: un ordre des choses à l'intérieur duquel son destin s'inscrit inévitablement et qui donc, dans une certaine mesure et de quelques façons, le gouverne. Si l'orgueil ne le dominait, l'homme aurait une vision beaucoup plus présente de la succession inévitable des âges de la vie en lui comme dans tout le monde vivant Mais admettre qu'il existe un ordre des choses qui domine J'ensemble des destinées humaines,,, c'est reconnaître qu'il existe à l'individualisme d'impérieuses limites,,, Et sinon la pensée laïque, du moins la mysti17

L'ÉPllÉMitRE ET L'ÉTERNEL

que laidste - qu'eUe soit Il socialiste)} ou Il libérale

»-~

veut

a priori s'en affranchir, Le déroulement des phénomènes au sein des espaces infinis obéit il un grandiose ordre de lois que nos sciences physiques ont entrepris efi1cacement de prospecter. Il se trouve que les strucrores du temps il travers les jours, les années et [es millénaires n'ignorent pas le temps physique. Elles s'inscrivent en lui mais le modulent à leur usage de manière originale puisque !es loL, du temp)' vécu ne se réduLw:n!pas aux loLl' de l'espace. Les données fondamentales du I{temps vécu J}ou « durée» sont des rythmes qui consistent en retours pérlodiques réguliers d'une conjoncture, d'un processus ou d'un phénomène, La grande régularité des rythmes du temps, quotidiens et annuels mais aussi bien séculaires est une conclusion à laquelle étaient parvenus, intuitivement ou par rélk~xion, depuis de longs siècles les Sages les plus admirés de J'Inde et de la Chine. n reviendra demain à la pensée occidentale de reprendre cc vaste débat, non plus seulement comme les « Sages })cn termes d'intuition métaphysique, mais selon les exigences d'une pensée scientifique en se l()mlant sur l'énoncé des événements majeurs survenus depuis environ 5000 ans soil depuis qu'ont été créées ei. utilisées des écritures - recueillis avec la plus grande précision possibk Affî!mer la rigueur des rythmes du temps implique inévitablement qu'on va dès lors les énoncer." et montrer que la succession des événements obéÜ fi ces grandes régularités. CeDes-ci sont accessibles it l'intelligence hmmdne, comme !e sont aussi lois de !' espace bien qu'étant de nature essentiellement différente. C'est un objectif que l'on s'ef.i(xcera
d'atteindre dans une première étape: « Les lois du temps vécu (ou I( l'Éphémère
1>

Une seconde étape nous montre la situation de notre espèce partagée, actuellement comme depuis des siècles, en deux

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INTR()DUCTION mondes qui ont été et demeurent encore très prot{:mdément étrangers l'un fi J'autre. L'« humanisme i>de l'Occident exerce aujourd'hui la préséance, L'antithèse de cet humanisme était hier, dans J'esprit de beaucoup, le monde marxiste", mais celui-ci, surgi directement de doctrines occidentales, ne fut qu'une excroissance du monde moderne. Si le marxisme a pu apparaître à certains (tel JeanPaul Sartre) comme le complet accomplissement de « l'humanisme» moderne, c'est qu'ils n'avaient pas répugné à porter au paroxysme certaines des incompréhensions fondamenÜdes de notre temps concemant la réalité vécue par l'homme, son aventure persmmdle, sa destinée d'être capable de libre détermination, sa situation au sein de l'Univers et soumis aux rythmes du temps. L'ishun est par contre d'une grande présence historique et future. Se situant dans la lignée du judaïsme et du christianisme, il fait bien évidemment partie de j'Ocddent «monothéiste », mais il s'en distingue par ses structures familiales fondamentales. EUes reconnaissent à J'homme la faculté d'avoir jusqu'à quatre épouses fussent-elles mm musulmanes mais elles interdisent aux femmes le mariage avec un non-musulman!. Ce precepte est d'une immense portée sociologique, En s'opposant en pratique à l'assimilation biologique avec d'autres groupes - sauf de façon tout à fait margimde el non significative - il transrnue par le l'ait l'nème la spécilkité culturelle en spécificité biologique... et fait obstacle de manière très imperative à !.mefusIon progressive avec les autres groupes humains. Du point de vue de la conception génerale du monde, les seules cultures qui se distinguent réellement de !'Occident sont celles de l'Extrême-Orient: [nde, Chine et anciennes conceptions façonnées par l'une ou par l'autre.

1 Coran.

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L 'i~PI-lÉivfÈRE

ET L 'l?TERNEL

Vu de l'extérieur. une masse humaine comme celle de l'Extrême-Orient compte sur un espace relativement restreint près de 1a moitié de 1a population mondia1e. Cette masse, en croissance relative par rapport au monde occidental, se trouvera de par Je progrès même des comnumications, en contact toujours plus quotidien, tOt~joursplus intime avec luI. Vu de l'intérieur, 1'Extrême-Orient porte une vision du monde profondément distincte des conceptions occidentales,,, A !a base de cette vision de 1'homme s'affinne une relativité fondamentale de Ja position de ce1uî-ci par rapport à tout cc qui n'est pas lui: l'Univers si on considère les choses dans leur matérialité; le Global si on envisage !e monde comme réalité existentie!le, Cette vision, si différente de !a conception centrée sur l'homme qui caractérise l'Occident, est restée en fait encore absolument étrangère à !a pensée de celui-ci. EUe ne pourra pas !e demeurer demain, Les grandes cultures d'Extrême-Orient ont en commun !e postulat, au sein de t'ordre rnajestueux du monde, d'un devenir univi;:rse!n-.,. ont l 'homme ignore le commencement et la fin d obéissant à des lois immuables qui commandent la destinée de toutes les réalités et de tous les êtres. Cet ordre du monde est
~

appelé

en Chine le Taon
~

00 voie, le chemin la

m'men Inde Kharma

ou Dharma

la loi cosmique, le grand ordre,

Sur ce fondement ont été élaborées deux vastes constructions inte1!ectuelles, qui, avec les aspects contestables inhérents à toute pensée humaine, prendront justement leur part à la résurrection d'un système rigoureux de pensée universelle. Nous ne doutons pas que la croissance même des besoins alimentaires nous iTIsse une nécessité de prospecter et d'exploiter toutes les ressources virtueHemeut disponibles dans la terre, dans ks eaux, dans le sous-sol terrestre et marin, qu'eHe;; soient minénÜes ou biologiques". n n'est pas rnoins impérativement nécessaire de mettre en œuvre toute;; !es res20

INTRODUCTION

sources d'inteUigence et de compréhension du monde que décèlent les grandes cultures humaines. EUes ont traversé les miHénaires et leurs vastes horizons n'ont pas encore été prospectés par l'homnu: moderne. En prendre enfin conscience, et en connaître, rut-ce sommairement, les données fondamentales peut constituer une première « introduction)} expérimentale à la « mondia!isation 1) de la pensée humaine qui s'imposera au destin des générations futures. Certes l'autre moitié de l'ancien monde - et très notoirement flnde et la Chine - n'a pas élaboré le vaste édifice de la physique et de la chimie modernes. On ne doute pas qu'une conséquence fut, malgré de très grandes créations dans le passé - tels le papier, la poudre, l'imprimerie, les chiffres, la boussole, la porcelaine - la faible eŒcacité de son action dans ces domaines concrets qui assura la suprématie des naÜons occidentales sur ces pays à partir du XVIH" siède.H Mais nul ne semble avoir saisi le problème dans toute son arnplem. Ce qui a déterminé l'avance de l'Ouest en connaissance et en pouvoir d'action fut en fait son aptitude au raisonnement déductif et à la pensée scientifique, mais cette capacité est née d'une réflexion appliquée aux mécanismes concrets de ]'Unlvers, - tds la chute des corps ou la structure de l'eau et tout autant et pius encore d'une profonde méditatkm sur ses plus grandes armatures: l'espace certes, mais également, Kant l'a montré, « te temps et l'entendement )J. Deux autres réalités Incontournables constituent j'existentie!, c'est-à-dire tout le réel vécu non réductible à ]'espace. Ce non pas le temps physique, qui n'est sont d'une part la durée qu'une dimension de l'espace mais le temps vécu n_ et d'autre part le psychisme (facuIté de créer et de combiner des concepts abstraits qui est propre à rhomrne) et les infinies conséquences qui en découlent dans la conscience de l'homme et dans le déroulement de son Histoire, Avant Einstein, il y eut Riemann; avant Riemann, il y eut Newton; avant Newton, il y eut Descartes... Avant celuI-ci,
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L'ÉPHÉMÈRE ET L'ÉTt'RNEL Clément d'Alexandrie et AugustifL Mais avant eux, il y avait eu Socrate et Platorl... et encore avant, Abraham et MoIse, et plus récemmeni Jésus qui ont établi et enseigné les postuhüs premiers de toute pensée globaiisante. C'est indivisiblement sur toute ceUe ascendance spirituelle, et donc cuttureHe, qu'a pris appui la suprématie moderne de « l'Occident)}. On n'ose plus le nommer que par une expression géographique, au lieu d'en reconnaître la source immuable dans la coexistence judéo-chrétienne de l'Un existentid et du Trois rationnel. Blaise Pascal était conscient de tout 1'« héritage» qui va, lentement rnais inévitablement s'affirmer au XXI" siècle. Le grand étonnement de la prochaine génération sera que le XXesiècle finissant ait voulu en ignorer l'évidence qui fera t'objet de la deuxième partie de cette « méditation» : ,\ Les lois de J'Être )}(ou« l'Étemd

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,

PREJvfIERE PARTIE

" " L'EPHEMERE

?

La souveraine régularité des rythmes dans l'histoire universelle

Le monde présent n'a pas de vision globalisante de la destinée humaine qui le satisfasse. Il ne s'en préoccupe pas. L'immensité de son aptitude intellectuelle, assistée de miraculeux ordinateurs qu'il perfectiorme chaque jour, le convainc de son génie et de sa propre puissance souveraine de pensée. S'il n'a pas encore tout compris, c'est qu'il lui Ümdrait, pense+H, le temps de poursuivre encore ses recherches, Et tout ceci est d'une teHe ampleur que vouloir en rechercher une synthèse n'a aucun sens, Et pourtant, à côté de tout ce que nous S;1vons,il y ;1aussi tout ce que nous ignorons: l'immensité des choses qui ne relèvent pas de l'ordre de l'espace, Le temps tel que nous le

vivons pourtant chaque jour -

la durée vécue -~- est pratique-

ment encore ignoré de nous, Nous ne savons rien de j'avenir." et nous posons donc en principe qu'il échappe complètement il nos possibilités de connaissance, Et pourtant les siècles se déroulent avec une majestueuse régularité dont nous alions montrer les lois, 25

L 'ÉPlfl;MltRE

ET L'ÉTERNEL

Le comprendre c'est élarglr immensément le champ de nos connaissances rationnelJes actuelles,,, et peimettre de très largement ouvrir enfin notre cuHure sur J'avenir. Notre époque vit, pour Jes misons qu'on va montrer, un tournant capita! dans notre devenir historique, Mais ce fai! nous est masqué par une prétendue {{vision des choses" qui s'enorgueilht d'être dominante, !1wnopoIÜique: cene que diffusent à chaque instant tous Jes moyens d'expression agréés par des commanditaires, qui disposent eux-mêmes de toutes !es ressources. financières, publicitaires, médiatiquesm'M et qui n'ont pour messages déterminants que ceux qui peuvent conf(xter leur puissance. Il Y avait hier une civilisation qui s'affirmait chrétienne. EUe s'était en fai! mâtinée de la conception qu'on nomme couramment <irationaliste j) mais dont les adeptes ne s'intéressent plus guère qu'aux problèmes de ressources tlnancières. .. Les différences de doctrine qui opposaient dans l'ordre économique les «libéraux)j et /es <<. marxistes» s'effacent toujours plus. Les uns et les autres se gardent désormais toujours davantage dans leurs paroles et dans leurs démarches d'afficher des oppositions quant à leurs conceptions éconmmques de base. Void que s'épanouit un matérialisme de fait Soucieux de ne pas s'affinncr comme doctrine, il s'est glissé peu à peu sous une même profession de foi: l'IJumanisme. Ceiui-ci apparemment consiste à afnrmer «J'amour pour les hommes )j qu'aucune croyance religieuse ou philosophique expérimentale ne vient entériner puisque l'homme individu ne décide ni de sa naissance, ni de tout ce qui le défInit: l'époque, le sexe, 1es caractères physiques ou mentaux, l'identité famÎliale, sociale, nationale, d'oÙ découlent le cJimat oÙ l'on vit et J'alimentation, la langue, l'éducationu.
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LA SOUVERAINE

RÉGULARITÉ

DES RYTHMES

L 'homme individu est 1.H1 «roseau pensant}} comme dit PascaL c'est-à-dire premier par sa pensée et ses moyens d'action parmi tous les êtres vivants connus de lui, mais soumis à la précarité et it la mort sans que sa volonté y puisse rien.

L'homme peut se recommander en expérience de SOli éminente dignité parmi les êtres mais non d'une « souveraineté », qui malheureusement ne se situe pas à sem niveau. La « pensée unique }) d'aujourd'hui s'aŒehe volontiers indifférente à toute interrogation sérieuse sur la destinée de j'homme face à l'avenir et race à l'au-delà de la mort Et pourrunt se manifeste aussi en d'innombrables individus, même en Europe et en Amérique du Nord et très majoritai-

rement dans ks pays qui n'ont pas accédé à l'aisance économique, une espérance impérissable dans la dignité de la destinée humaine qui a été millénairement conçue comme pérenne dans l'au-delà de la vie présente. Ce dont soufhent tacitement les masses silencieuses dans les pays anciennement développés, c'est de pouvoir de moins en moins, il défaut d'habitudes traditionnelles que conservaient les générations des siècles passés, raccrocher leur aspiration il iUle visIon explicative globaU@~mtede la destinée humaine, apte it aider et réchauftèr chaque jour de leur vie, Depuis deux mine ans, s'était élaborée en Europe une vision chrétienne prenant appui sur la phî1osophie hellénique de Grèce et d'Alexandrie conçue comme explication globale du monde où s'intégraient sans cesse les progrès essentiels de la pensée: Clément d'Alexandrie, saint Augustin, Pascal ou Pasteur étaient penseurs tout autant que chrétiens. Aujourd'hui le christianisme quotidiennement véeu est un effort généreux mais intellectuellement trop souvent bien peu rigoureux pour s'initier au monde actuel, avec i'espoir que les progres scientifiques permettront de meiHeures voies pour le futur. Il ne songe plus guère it s'enraciner dans les sources 27

L 'É'PfiÉ'A.fÈ'RE ET L 'iT,£'RNEL

inteUectueHe;;de toute pensée, celles qm sont au fondement de la nature el du des1in de ['homme, L'homme est endos au sein de l'univers, c'est-à-dire au sein de forces qui Je dépassent à l'infini. physiquement et inte!lectuel!ement Mais il demeure ~ui-même el ne saurait échapper i~cette conditiofL Il est de son destin de ne pouvoir seu1ement pénétrer Jes domaines extérieurs il !m sur lesquels il souhaite s' infomler, qu'il travers les mécanismes de la pensée, eIJemême nourrie des messages qU'Jpportent ses cinq sens, Le développement de cette pensée a connu quelques moments décisifs, Pendant des millénaires eHe s'attachait à ses impressions directes et s'dTmçait d'y déceler des réalités consistantes: ce fut « l'animisme}} qui personnalisait celtes des f(m::es minérales, végétales, animales,.. qui lui apparaissaient, notamment par leur ('.mobilité », comme ayant une vie autonome, Lu conception du «polythéisme)i traduisit un prernier grand effort de synthèse; eHe réduisit le nombre des personnalités « divines » à un petit nombre de grands dieux, D'un cÔté les maîtres des grands aspects de l'univers: air et cie!, terre, eau, profondeurs souterraines; de l'autre !es inspirateurs des grands aspects de la destinée humaine: famme, amour, chasse, guerre, travail des champs, travail du bois puis des métaux,,, Un nouveau toumant décisif dans rinvestigation religieuse tht le messuge d'Abraham. 11aŒnnait qu'il n'était pas crédible que puissent coexister plusieurs dieux, c'est-à-dire plusieurs souverains aptes à se contredire l'un j'autre, Ce disant Abraharn consacrait une évidence de la pensée: le monde est, au niveau supérieur de généralités, « cohérent)} : s'il ne l'était pas aucune induction ou déduction rigoureuse, et a « scientifique » n"aurait jamais été fiable, La science n'aurait pu exister, cette science dont nous pouvons chaque jour à notre époque, constater 1a rigoureuse pertinence et la fécondité de raisonnements, Abraham fondait ce qu'on nomme le monothéisme, ce qui veut dire l'existence d'un seul « dieu)},
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