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L'ÉPOPÉE DU TIGRE ET DE L'EUPHRATE

De
160 pages
L'auteur nous conduit à la découverte de la Mésopotamie antique, et de ses civilisations qui nous ont légué un patrimoine inestimable et ont bouleversé le destin de l'humanité. Il nous met en contact avec les Sumériens, créateurs exceptionnels, qui jetèrent un regard neuf sur l'univers. Il inventèrent les premières villes, constituèrent les États. Par l'écriture, ils firent entrer l'homme dans l'histoire.
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L'Epopée du Tigre et de l'Euphrate

Collection Comprendre le Moyen-Orient dirigée par lean-Paul Chagnollaud
Dernières parutions

ARBOIT G., Le Saint-Siège et le nouvel ordre au Moyen-Orient. De la guerre du Golfe à la reconnaissance diplomatique d'Israël, 1995. ABDULKARIM A., La diaspora libanaise en France. Processus migratoire et économie ethnique, 1996. SABOURI R., Les révolutions iraniennes. Histoire et sociologie, 1996. GUINGAMP Pierre, Halez el Assad et le parti Baath en Syrie, 1996. KHOSROKHVAR Farhad, Anthropologie de la révolution iranienne. Le rêve impossible, 1997. BILLION Didier, La politique extérieure de la Turquie. Une longue quête d'identité, 1997. DEGEORGE Gérard, Damas des origines aux mamluks, 1997. DAVIS TAÏEB Hannah, BEKKAR Rabia, DAVID Jean-Claude (dir.)" Espaces publics, paroles publiques au Maghreb et au Machrek, (coed Harmattan/Maison de l'orient), 1997. BSERENI Alice, Irak, le complot du silence, 1997. DE HAAN Jacob Israël, Palestine 1921, présentation, traduction du néerlandais et annotations de Nathan Weinstock, 1997. GAMBLIN Sandrine, Contours et détours du politique en Egypte, 1997. LUTHI Jean-Jacques, L'Egypte des rois 1922-1953, 1997. CHIFFOLEAU Sylvia, Médecines et médecins en Egypte. Construction d'une identité professionnelle et projet médical, (coed.Harmattan/ Maison de l'Orient), 1997. ANCIAUX R., Vers un nouvel ordre régional au Moyen-Orient, 1997. RIVIERE-TENCER Valérie, ATTALArmand, Jérusalem. Destin d'une métropole, 1997. YAVARI-D'HELLENCOURT Nouchine, Lesfemmes en Iran. Pressions sociales et stratégies identitaires, 1998. Philippe BOULANGER, Le destin des Kurdes, 1998. Christophe LECLERC, Avec T.E. Lawrence en Arabie, 1998. Sabri CIGERLI, Les réfugiés kurdes d'Irak en Turquie, 1998. Jean-Jacques LUTHI, La vie quotidienne en Egypte au temps des Khédives, 1863-1914, 1998. Daniel FAIVRE, Vivre et mourir dans l'ancien Israël, 1998. Françoise CLOAREC, Bîmaristâns etfolie, 1998. Joseph KHOURY, Le désordre libanais, 1998. Jacques BENDELAC, L'économie palestinienne, 1998

Ephrem- Isa Yousif

" L'Epopée du Tigre et de l'Euphrate

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Du même auteur

-Parfums d'enfance à Sanate. Un village chrétien au Kurdistan irakien. L'Harmattan, 1993.

-lvlésopotamie, paradis des jours anciens. L'Harmattan, 1996.

-Les philosophes et les traducteurs syriaques. D'Athènes à Bagdad. L'Harmattan, 1997.

@ L' Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-7510-8

"Quel étrange sentiment que de se pencher sur une époque révolue, comme engloutie de tout son poids de diamant, a/()rs que nous ne touchons pas encore à la fin
du jour dont elle fut le matin.
"

René Char

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I Vers le Tigre et l'Euphrate

Au commencement étaient deux fleuves, le Tigre et l'Euphrate, deux géants aux souffles humides, aux dos puissants, aux robes couleur du temps. Ils descendaient fougueusement des montagnes du Taurus, et des hauts plateaux de l'Arménie, parcouraient de vastes étendues. Ils se rejoignaient en Basse-Mésopotamie, avant de se
jeter dans le Golfe. Le sourire ou l'écume aux lèvres, selon l'humeur du moment, ils animaient au passage les herbes, les arbres, les briques, les pierres, ils attiraient, fascinaient les hommes. Semés de soleils et d'ombres~ gonflés de fertilités, de pluies et de déluges, ces fleuves aux eaux suaves et capiteuses étaient sources de vie, artères, chemins, justiciers, deltas. En 1980, je regagnai ma contrée de limon et d'argile, blottie entre les deux fleuves, l'Irak, Je revenais de France où j'avais étudié la philosophie et les civilisations des peuples. Ce fut une longue période de travail et d'enthousiasme. A Nice, dans ma petite chambre 9

d'étudiant, j'écoutais, à l'aube, les colombes qui exhalaient sur les toits leurs plaintes douces et monotones. Ces roucoulements éveillaient des souvenirs de jeunesse. Je revoyais le nord de l'Irak, ses montagnes étincelantes, ses villages enfiévrés, sa vallée fleurie, palpitante de chants, le Tigre et les courbes majestueuses qu'il y dessinait. Comme de grosses pierres grises, aux jours de légende, des buffles marchaient lourdement sur ses berges riantes, bordées de broussailles et de melonnières. Des saules pleureurs s'ébrouaient, de graciles palmiers faisaient la roue. Leurs reflets dansaient sur les flots frissonnants de lumière. Aux heures de nostalgie, le fleuve ne quittait plus mon imagination. Sa musique fluide ruisselait dans l'ombre. Elle résonnait longtemps à mes oreilles et dans mon coeur. Je m'y noyais comme dans un rêve...

Je rentrai donc au pays. Je retrouvai avec émotion mes parents, mes amis. Ils avaient quitté Sanate, leur village, perché dans les montagnes du Kurdistan, et s'étaient installés au centre de Bagdad, à Agd Nassara où ils vivaient modestement. Après les effusions du retour au milieu des miens, j'allai, du haut d'un pont, saluer mon vieil ami le Tigre. Il étreignait joyeusement la capitale sur sa poitrine ambrée. Je lui lançai, telle une brassée de fleurs, sept années de séparation et de bonheur triste, la seule offrande que je puisse lui faire. Bagdad m'attendait comme une amie pleine de vitalité et d'entrain. Elle arborait fièrement sa nouvelle ceinture d'arbres, de parcs et de jardinets. Elle m'entraîna au coeur de ses vieux quartiers animés, bigarrés d;ombre et de lumière. Dans la rue Al Rashid, des bâtiments en briques surplombaient les arcades d'anciens bazars où 10

s'entassaient des nattes, des tapis bariolés, des pièces de tissus multicolores, des cuivres amarantes, rutilants comme des soleils. Le soir tombait déjà. J'enfilai l'avenue Abou Nouass qui longeait la rive gauche du fleuve. Elle était bordée de guinguettes, de boîtes de nuit, et baignait dans une fine senteur aromatique de fleurs, de thé, d'épices et de poissons grillés. Je m'attablai dans l'un de ces bars et sirotai un bon café à la turque, amer et concentré. Des images fortes flottaient devant mes yeux, sorties tout droit de mes lectures sur la naissance de Bagdad. La "Cité ronde" avait été fondée en 762 par le célèbre calife Al Mansour. A la fin du siècle, elle était entourée de trois enceintes et pourvue de quatre portes sous lesquelles pouvaient passer des cavaliers munis d'étendards. Au centre de la ville, au milieu d'un parc verdoyant, baigné de ruisseaux, s'élevaient le palais des merveilles et la mosquée. Bagdad connut sa plus grande prospérité sous les règnes d'Harun al-Rashîd et d'al Mamûn, les héros des "Mille et une Nuits". C'était alors "/a cité de la paix, la demeure de toutes les J.oies, la résidence des plaisirs, et le jardin de ['esprit.l " Seuls demeuraient, restaurés en partie, quelques édifices de la brillante époque abbasside, le fameux Palais, bâti par le calife Al-Nasser (1180-1225), avec ses deux étages de chambres, ses belles arcades, ses "muqarnases" en briques, et la Mustansiriya, grand collège de droit que l'émir des Croyants AI-Mustansir Billah (1126-1242) mit six ans à construire, avant de lui donner son nom.

Il

Quand le jour suivant se leva, je pris le chemin de cette école, située sur la rive est du Tigre. Dès mon arrivée, je contemplai, frappé d'admiration, son magnifique portail, orné d'une écriture coufique, celle dont se servaient les Arabes, avant le dixième siècle. Ses "iwans", larges galeries décorées, s'ouvraient sur une immense cour où flânaient des étudiants, jeunes hommes aux figures couleur de pain d'épice. Comme eux, j'étais sensible à la pensée qui habitait ces lieux, où la culture de l'esprit était à l'honneur depuis de longs siècles.
L'après-midi, je pris le bus et roulai vers Al Karkh, de l'autre côté du fleuve. Il me tardait de visiter l'un des plus beaux musées de l'Orient qui faisait rêver les touristes de tous les pays. Je vis un bâtiment moderne, avec une grande porte surmontée d'une archivolte en briques émaillées, dans le style néo-assyrien. Comme je ne tardai pas à le découvrir, outre une riche bibliothèque qui contenait des ouvrages en plusieurs langues et de merveilleux manuscrits, il présentait aux visiteurs de captivantes collections d'objets découverts lors des fouilles archéologiques. Il témoignait de l'existence de nombreux peuples et cultures qui fleurirent en Mésopotamie depuis la préhistoire. Dans la salle consacrée aux Sumériens et aux Accadiens, je m'attardai devant les brillantes vitrines, éclairées avec art. Là sommeillaient des vases~ des sceaux-cylindres, des armes, des harpes et d'élégantes sculptures. Je plongeai dans l'antiquité comme au fond de l'eau donnante d'un miroir qui allait refléter mon vrai vIsage.

Ainsi, me disais-je, bien avant la Grèce et Rome, Sumer et Accad avaient édifié au coeur de l'Orient, dans 12

la vallée entre le Tigre et l'Euphrate, une éblouissante civilisation qui allait durer quelques millénaires. Elle m'attendait, telle une mère, pour me glisser au doigt l'anneau précieux de son héritage. Or, cornaline et lapis-lazuli. Une civilisation d~argile, de briques, de temples et de palais. Une civilisation de l'écriture: chants, hymnes, poèmes, épopées. Une civilisation du regard. Cerné de bitume, chargé de prières, fabuleux, unique, ce regard illuminait les statuettes d'orants découvertes dans les fondations des temples, il dévorait à demi leurs visages immobiles, comme plongés dans l'extase. Il dépassait tous les horizons, allait vers l'infini....

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