L'Espagne des trois religions

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Que fut réellement l'Espagne des trois religions ? En marge des chroniques, des poèmes épiques et des ballades, tout un monde de tradition orale a tendu à embellir le récit d'un vécu de tolérance exemplaire. Cet ouvrage vise à donner un avant-goût de ce que furent les grands moments de la cohabitation dans l'Espagne des trois religions et à amorcer une réflexion sur cette période mythique.
Publié le : jeudi 1 novembre 2007
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EAN13 : 9782296182271
Nombre de pages : 228
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L'Espagne des trois religions

Religions et Spiritualité ("olleetion dirigée par Richard Moreau
La collection Religions et kSpiritualité rasselnble divers types d'ouvrages: des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l'homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou Inéconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue inter-rei igieux. Dernières parutions Daniel FAIVRE,

Tissu, voile, vêtel11ent,2007.

Mythes de la Genèse, genèse des 111ythes, 2007. Didier FONTAINE, Le n0l11divin dans le Nouveau Testa/l1ent, 2007. Pierre BOURRIQUAND, L 'Évangile juif, 2007. Bernard FELIX, Pour I 'honneur de Dieu, 2007. Jean-Jacques RA TERRON, C-rélébration de la chair, 2007. Bernard FÉLIX, Fêtes chrétiennes, 2007. Antonio FERREIRA GOMES, Lettres au Pape, 2007. Étienne OSIER-LADERMAN, Sources du Karl11an, 2007. Philibert SECRET AN, Essai sur le sens de la philosophie de la religion,2006. Élnile MEURICE, Quatre « .Jésus » délirants, 2006. PAMPHILE, Voies de sagesse chrétienne, 2006. DOlningos Lourenço VIEIRA, Les pères contel11porains de la 1110ralechrétienne, 2006. Francis LAPIERRE, L'Evangile de Jérusalem, 2006. Pierre EGLOFF, Dieu, les sciences et l'univers, 2006. André THA YSE, Vers de nouvelles Alliances, 2006. Philippe LECLERCQ, C'0111111e veilleur attend l'aurore. un Écritures, religions et 1110dernité, 2006. Mario ZANON, J'ôterai ce cœur de pierre, 2006. Anne DORAN, Spiritualité traditionnelle et christianisnle chez les Montagnais, 2005. Vincent Paul TOCCOLI, Le Bouddha revisité, 2005.

Daniel FAIVRE,

Jean-Paul MOREAU, Disputes et conflits du christianisn1e, 2005.

David BENSOUSSAN

L'Espagne

des trois religions

Grandeur et décadence de la convivencia

L'HARMATTAN

@ L'HARMATTAN,

2007

5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04134-9 EAN: 9782296041349

À mes parents Fiby et Salomon z "1 Bensoussan et à mes beaux-parents Esther z "1 et Mitchell z' '1Leiberman

PRÉFACE Conflits et confluents culturels dans l'Espagne de la Convivencia. Une perpective séfarade Voici un petit livre qui décrit avec clarté et cohérence l'histoire de la rencontre culturelle et politique des Juifs, des Maures et des Chrétiens dans l'Espagne médiévale. C'est une histoire pleine de bruit et de fureur mais aussi une histoire où les productions religieuses, littéraires, poétiques, philosophiques et législatives ont atteint des sommets rarement égalés. L'avènement du califat omeyyade de Cordoue est perçu comme l'élément régénérateur des cultures helléniques et latines de même que comme une enveloppe culturelle profondément créatrice et originale. L'Espagne chrétienne des lendemains de la Reconquista dominait politiquement et culturellement l'Europe. Dans l'histoire juive, la période qui suit le califat de Cordoue est désignée comme un « âge d'or» de la culture juive C'est là un bilan remarquable. Mais ce qui importe historiquement, est l'impact de ce phénomène et son retentissement dans le temps sur la vie culturelle des « héritiers» de ce passé glorieux. Ce qui est important c'est la marque présente de cet héritage dans les goûts et consciences des légataires qui ont été façonnés par ce passé. Or en ce domaine on peut avancer, sans exagérer, que les créations culturelles de l'Espagne médiévale (de la conquête arabe à l'expulsion des Maures) ne se retrouvent qu'auprès des populations juives, qui y puisent leur référence, leur identification et leur respect. L'histoire du judaïsme «séfarade» n'est pas entachée comme l'islam et la chrétienté espagnoles de persécutions fanatiques, de guerres civiles, de cruautés et de comportements sans nom. D'avoir été tout au long des siècles une minorité nationale et culturelle fait que le judaïsme se trouve être une victime, bien sûr, mais surtout comme une entité délivrée des nécessités du pouvoir et donc une entité aux mains propres. Cela est très clair dans cette histoire terrible et tellement riche de l'Espagne du Moyen Âge. De la présence arabe on se souvient, à côté de la richesse culturelle de la période omeyyade, des persécutions

et du fanatisme des Almoravides et des Almohades, des guerres de palais byzantines où l'intolérance ne trouvait sa mesure que dans la vanité des enjeux. Du côté chrétien, en marge d'une Reconquista épique, se sont tramés les massacres des juifs de 1391, la remise à l'ordre du jour par les rois très chrétiens de Castille et d'Aragon de la législation discriminatoire des Visigoths, les accusations de crimes rituels, les expulsions d'une brutalité et d'une inhumanité que l'on ne retrouve qu'en Allemagne nazie et surtout l'introduction de l'Inquisition (nationale), cette monstruosité chrétienne où l'Homme ne pouvait être qu'un fervent de la croix ou un hérétique passible de l'autodafé. C'est dans ce contexte que s'est enraciné ce que nous comprenons aujourd'hui comme judaïsme. Les grands compilateurs de la loi juive, le renouvellement de l'exégèse biblique, la structuration de la grammaire hébraïque, la poésie (en hébreu, arabe et castillan), la musique laïque et religieuse, la réflexion sur les problème du divin, sur la signification de l'histoire juive, de l'exil, les écoles talmudiques, les méthodes d'éducation et d'enseignement, les écoles de traduction en hébreu, arabe et latin, les courants mystiques dont cette énorme branche, la kabbale, toute pailletée de couleurs lumineuses et d'ombres qui touchent au noir, tout cet ensemble auquel se désaltèrent les assoiffés, est encore, pour beaucoup l'essentiel du judaïsme d'aujourd'hui. Avec le sionisme et la création de l'Etat d'Israël le "séfardisme" compose les deux pivots essentiels du judaïsme du second millénaire. Parler de convivialité en Espagne médiévale exige beaucoup de prudence et de doigté. Telle que nous l'entendons, une convivialité reconnaît un minimum de légitimité à la différence, à ceux qui n'appartiennent pas au courant majoritaire. Il semblerait plutôt que les courants majoritaires en Espagne baignaient dans l'intolérance, en ce sens que le choix d'un mode de vie différent sur une base égalitaire, n'était pas reconnu, de jure et de facto, tant à l'époque de l'Espagne des Maures qu'à celle de l'Espagne catholique. Le droit des personnes au sein de la majorité dans les domaines économiques, politiques et sociaux n'était pas reconnu. Par contre, le vécu séparé des communautés en tant que communautés, avait sa place dans cette Espagne médiévale. Ce séparatisme est probablement l'un des facteurs principaux de l'acharnement culturel juif en Espagne. Il

Certains chercheurs, projetant des idéologies modernes sur cette période lointaine, établissent des comparaisons stériles entre la martyrologie du judaïsme français et allemand de l'époque des croisades et celle des Juifs espagnols de l'époque des pogromes et des conversions forcées, comparaisons selon lesquelles le judaïsme en Espagne chrétienne aurait plus faiblement résisté dans son refus de perdre son identité. Or, on ne peut comparer ce qui se passe au sein d'une communauté composée de plusieurs centaines de milliers de membres avec des communautés composées de quelques centaines ou milliers de membres. Ce n'est pas ce genre de statistiques qui peut établir la force et la portée d'un judaïsme, mais bien plutôt par la capacité de surmonter les siècles, d'assurer un continu juif et surtout un contenujuif à cette continuité. En ce domaine, le judaïsme espagnol est d'une vitalité remarquable de nos jours. Quand, en Israël, des populations nouvellement émigrées, venues essentiellement des pays de langue arabe, se sont senties rejetées et dépréciées dans leur judaïsme, elles ont choisies avec force et conviction, de se rassembler, pour se défendre, autour du contenu culturel du judaïsme espagnol, tant dans la législation qui prévaut dans les modalités de la vie juive que dans les domaines de la musique, de l'étude, de la philosophie ou de la mystique. Le judaïsme espagnol - non limité à celui de Babel - est le terme de référence culturel de ce que l'on désigne par le terme «séfarade» de par le monde. Il serait bon de dire ici quelques mots sur l'un des caractères de ce judaïsme, que certains milieux orthodoxes, non ashkénazes, veulent s'approprier et monopoliser comme seuls héritiers légitimes. Ce caractère c'est son ouverture au monde, sa souplesse, sa capacité de composer avec l'hétérogénéité de la vie et son débat interne entre particularisme et universalisme. Ce caractère est peut être l'un des moyens les plus persuasifs pour établir un lien entre le monde de la « halacha » c'est-à-dire le judaïsme traditionnel des préceptes et de la Tora, et le monde moderne. Qui du chêne ou du roseau tient mieux la tempête? Il est relativement simple de voir que ceux qui se choisissent « séfarades» dans le monde d'aujourd'hui, tiennent mieux la route dans un monde moderne dans lequel la Bible est devenue lettre morte. iii

Cette vitalité « séfarade» est née de cette Espagne conviviale si l'on veut. Peut-être la leçon ou l'aspect le plus important de cette convivialité est, que dans un univers diversifié, la liberté de créer sa différence est un levier d'une puissance remarquable, tellement remarquable que nous, juifs « séfarades» nous nous abreuvons encore aux sources du séfardisme cinq cents ans après les désastres de l' intolérance inquisitoriale.

C'est ce que ce livre, du professeur David Bensoussan, essaie de faire ressortir. C'est là un petit texte à la gloire de la compréhension réciproque, de la tolérance, de l'ouverture. Être juif c'est savoir vivre avec l'autre sans être l'autre. Les ancêtres « séfarades» ont su tracer quelques voies que nous choisissons de suivre encore aujourd'hui. Peut-on en faire des autoroutes? Notre siècle peut-il créer une présence culturelle juive dont on se rappellera encore dans quelques siècles? En tout cas cela est un devoir « De génération en génération il est du devoir de l'homme de se considérer comme l'un des enfants sortis d'Egypte » pour citer la Haggadah de Pessah, et, en plus cela n'est pas impossible. Les Tanaïrndu Second siècle, les Yéshivoth de Babel, les. Tosfot de France, l'Âge d'or séfarade, les Yéshivoth de Lituanie, le mouvement hassidique de Pologne, l'épanouissement culturel judéo-allemand au XIXe siècle et la renaissance de la langue hébraïque ne sont que quelques unes des bornes qui jalonnent le contenu et le continu juif le long des siècles, chacun différent, chacun avec son centre d'intérêt, avec sa propre richesse. Il n'est pas impossible que demain un nouveau courant prenne le leadership culturel juif et que celui-ci, comme tous les autres, prendra forme au sein du lieu géométrique de la créativitéjuive: Le texte biblique.
Raphaël Ben Shoshan Jérusalem

iv

AVANT-PROPOS

Souviens-toi des jours antiques, Médites les annales de chaque siècle. Deutéronome 32-7

Durant les vacances d'hiver 2005-2006, et en prévision de la tenue du prochain festival Sefarad 2006 (la Quinzaine sépharade de Montréal) dont le thème est la Convivencia, je me proposai de préparer hâtivement un texte qui puisse donner la saveur de ce que fut l'Âge d'or espagnol. Beaucoup ont idéalisé cette époque, d'autres en ont fait un mythe et bien d'autres encore en parlent mais sans pouvoir dépasser un certain sentiment de nostalgie transmis par les exilés d'Espagne au fil des siècles. Que savons-nous de cette période? Il existe un très grand nombre de documents, d'archives, d'essais et de compilations scientifiques qui risquent de dérouter le lecteur par l'abondance d'informations détaillées. En outre, des écrits poétiques et philosophiques abondent, mais leur compilation s' avèrerait être fastidieuse. Des écrits historiques surenchérissent des épopées les exagérantjusqu'à atteindre l'invraisemblable et pouvoir mieux mettre en évidence l'héroïsme des camps rèspectifs. Toutefois, ces écrits doivent reposer sur certaines assises historiques. Enfm et en marge des chroniques, des poèmes épiques et des ballades, tout un monde de tradition orale a tendu à embellir les récits du vécu de l'Espagne des trois religions. Comment donc faire renaître le vécu de cette période de 1'histoire, sans sombrer dans le récit scientifique et exhaustif ou sans en effleurer la superficialité? La méthodologie retenue, celle de courts récits, permet au lecteur de recevoir l'information à petites doses. Pour en agrémenter la lecture, certaines de ces légendes savoureuses qui font le charme des contes anciens sont rapportées. Soulignons que dans certains cas, la ligne de démarcation entre histoire et légende est parfois floue et l'historien lui-même éprouve bien des difficultés à trancher.

Aussi ce fascicule n'a pas pour ambition de rétablir la vérité historique. Il vise plutôt à donner un avant-goût de ce que furent les grands moments de la cohabitation dans l'Espagne des trois religions et à amorcer une réflexion sur cette période mythique. Avec comme finalité, le fait d'éveiller chez le lecteur un certain intérêt qui le poussera à vouloir en savoir plus, à mieux connaître le creuset des civilisations dont nous sommes issus et à envisager l'avenir avec plus de clairvoyance.

vi

TABLE DES MATIÈRES

Préface... Avant-propos Tabledesmatières

.. .......

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i v vii
1 3 4 6

LA GENÈSE DE L'ESPAGNE DES MAURES L'Espagne avant la conquête arabe La conquête Florinda et Egilona ... La table du roi Salomon .. ... Pelayo.
Le s tro is rei i gi ons

...

...

8

10 15 17 19 21 26 33 35 40 41 43 49 53 56
59

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

Berbères et Arabes en Espagne St-Jacques de Compostelle Charlemagne en Espagne .. La résistance des Chrétiens à la nouvelle domination des Maures Entendons-nous! LA DYNASTIE OMEYYADE DE CORDOUE La dynastie et le Califat omeyyades à Cordoue Cordoue, Centre mondial de la culture Hasdaï Ibn-Chaprouth La magnificence du Califat de Cordoue
LES ROI S DES P AR TI S

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 4 7

La fin de la dynastie omeyyade et le règne des partis Samuel Ibn-Nagrila La poésie séfarade
Sal om on Ibn -Gab iro 1.. . . ... . . .. .. .. . . . . . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

LA DYNASTIE ALMORAVIDE L'invasion des Almoravides Al-Ghazali Saadia Gaon Yehouda Halèvi Avraham Ibn-Ezra Bahya Ibn-Paqouda Les Juifs et leur patrie ancestrale

...

63 65 69 71 73 75 76 78

L'astronomie Le Cid LA DYNASTIE ALMOHADE EN ESPAGNE L'avènement des Almohades ...
La m édec

82 83 87 89

in e . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 93

La grammaire hébraïque Ibn-Toufay1 ................ ....... Averroès Maïmonide Averroès et Maïmonide Thomas d'Aquin. Le soufisme La cabbaIe La bataille de Las Navas de Tolosa La chute de Cordoue et de Séville

.. .. ... ... ...

..

96 98 99 100 103 106 107 109 111 115 119 121 122 126 127 129 133 136 137 140 143 148 153 156 159 160 165 167 172 174 177

LA CONVIVENCIA La Convivencia Alphonse X - Le roi érudit Le grand tournant: La peste noire Guerre civile en Castille Le grand tournant: 1391, Annus horribilis Le grand tournant: Les polémiques religieuses Le grand tournant: La réunification de l'Espagne catholique Le grand tournant: L'Inquisition L'Église face au rayonnement de l'Espagne des Maures Le royaume de Grenade L'expérience de la Convivencia ... ... ... ... Le Portugal médiéval ... Les traducteurs Les géographes L'exégèse LES DERNIERS JOURS.DU ROYAUME DE GRENADE Les derniersjours du royaume de Grenade Don Isaac Abravanel L'expulsion des Juifs L'expulsion ,desMaures
viii

Les Juifs hispano-portugais L'empreinte de l'Andalousie L'héritage séfarade La liturgie séfarade
Les leçons de l' hi sto ire.

180 182 185 187

. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . .. .__ . . . . . ... . 189 .

Index....... ..... .
Bibliographie Remerciements

.....

.

198 209 209

Liste des tableaux Les grandes périodes de l'Espagne médiévale Quelques dates importantes de l'Espagne médiévale Les souverains omeyyades Les grandes figures poétiques de l'Âge d'or séfarade Principaux émirats et royaumes de l'époque des rois des Partis Les souverains almoravides Les souverains almohades Les rois de Castille et de Léon Les rois d'Aragon. L'unification de l'Espagne catholique Les Émirs nasrides de Grenade. Les Rois du Portugal 30 30 39 59 61 66 93 117 117 136 147 155

ix

LA GENÈSE DE L'ESPAGNE DES
MAURES

L'ESPAGNE AVANT LA CONQUÊTE ARABE Que savons-nous arabe? des habitants de l'Espagne avant la conquête

L'Espagne était sous la domination des Visigoths et les aléas de cette période nous ont été rapportés par l'archevêque Isidore de Séville, né en 560. Il rédigea un ouvrage encyclopédique intitulé Étymologies qui fut pendant plusieurs siècles considéré en Espagne comme l'encyclopédie du savoir humain. Il rédigea également l'histoire des rois des Goths où il essaya d'embellir la çontribution des Visigoths en Hispanie.
Qui étaient les Visigoths?

Les Visigoths sont originaires des régions du Sud de la Baltique. Au quatrième siècle, ils subissaient la pression des Huns. En 376, l'empereur romain Valens pèrmit à 100 000 d'entre eux de s'établir en Thrace, région du Sud-est des Balkans. Mais ils ne purent se faire à la vie sédentaire, d'autant que la famine sévissait et qu'ils furent maltraités par les gouverneurs romains. Deux ans plus tard, ils se soulevèrent contre les légions romaines. La victoire des Visigoths à Andrinople les rendit maîtres de la région. L'empereur romain Valens y perdit la vie. En guise de représailles contre les Visigoths, l'armée romaine massacra les familles de près de 30 000 Visigoths à leur service. Alaric roi des Visigoths déclara la guerre à l'empereur Honorius et assiégea la capitale romaine. Ce dernier refusa de verser une rançon de 30 000 livres d'argent, 5000 livres d'or, 300 fourrures teintes et 3000 livres de poivre pour épargner Rome. Alaric mit la ville à sac en 410, et cet événement contribua à faire germer dans les esprits l'idée que l'emprise romaine sur le monde méditerranéen relevait du passé. Quelques années plus tard, Honorius accorda aux Visigoths des territoires en Gaule et en Espagne. Les Visigoths eurent raison des Vandales - autre population des régions du Sud de la Baltique - qui jusqu'alors occupaient l'Espagne et durent se retirer en Afrique du Nord.

Les Visigoths étaient-ils des Chrétiens? Oui. Cependant, ils étaient influencés par la doctrine de l'évêque Arius qui remettait en question la divinité du Christ. Bien que l'arianisme fut dénoncé et frappé d'anathème au Concile de Nicée en l'an 325, il faudra attendre jusqu'en 589 pour que le roi visigoth Recarède fasse admettre aux évêques fidèles de l'arianisme la nature divine et humaine du Christ et depuis, l'Espagne chrétienne a embrassé le catholicisme. Quant aux Vandales, ils envahirent l'Afrique du Nord en 429 et, sous la direction de leur roi Genséric, s'emparèrent de Carthage en 409, puis de la Sicile, de la Sardaigne, de la Corse et des Îles Baléares. Ils pillèrent la ville de Rome en 455. En Afrique du Nord, ils furent en conflit avec le clergé catholique et l'église byzantine en raison de la doctrine aryenne à laquelle ils souscrivaient.
LA CONQUÊTE

Comment la Péninsule ibérique put-elle tomber si rapidement aux mains des envahisseurs maures? Les rois Visigoths s'étaient rendus haïssables des nobles et des puissants du pays. Il n'y avait pas de monarchie héréditaire et les luttes intestines furent intenses. Près de la moitié des rois visigoths périrent assassinés. Par ailleurs, les Visigoths s'étaient rendus odieux aux yeux des Juifs en raison de la législation antijuive : Interdiction d'épouser des Chrétiens ou de posséder des esclaves chrétiens, interdiction de respecter les fêtes juives ou le rite de la circoncision, les acculant à l'esclavage, à la conversion ou à l'exil. Les autorités visigothes considéraient qu'il fallait extirper le judaïsme de l'Espagne avant qu'il ne s'y propage. De fait, les Juifs participèrent à l'invasion araboberbère et gardèrent militairement certaines villes nouvellement conquises. Rodéric fut couronné en 710. Toutefois, un prétendant mécontent forma un royaume séparé et les Basques se rebellèrent. Ces dans ces temps troubles que l'invasion arabo-berbère se produisit. Les nobles abandonnèrent Rodéric et c'est ainsi que l'Espagne cessa de faire 4

partie de Dar EI-Harb (la Maison de la guerre) et fit partie de Dar ElIslam (la Maison des Musulmans).

Que signifient les notions de Dar EI-Harb et de Dar El-Islam? Dar El-Islam désigne l'ensemble des territoires se trouvant sous la tutelle d'un gouvernement musulman. Ses habitants sont les Musulmans (de naissance ou convertis) ainsi que les communautés appartenant aux religions tolérées Gudaïsme et christianisme). Ces dernières jouissent de droits partiels par rapport aux citoyens musulmans (taxe spéciale et autres mesures discriminatoires: interdiction de monter à cheval, d'épouser une musulmane, obligation de porter un habit spécial etc.). Dar EI-Harb est l'ensemble des territoires et des communautés vivant en dehors de la tutelle de gouvernements musulmans et dont les habitants sont dénommés Infidèles ou Incroyants. Il existe aussi une notion de Dar El-Solh, littéralement, la demeure de la conciliation qui caractérise les pays non musulmans dans lesquels vivent des populations musulmanes. Cette notion traduit un état de trêve intermédiaire entre ceux de Dar EI-Harb et de Dar ElIslam. Ce fut donc une Espagne désunie qui se trouva aux prises avec les Maures. Entre le printemps et l'automne de l'an 711, l'armée de l'envahisseur Tariq Ibn-Ziyad réussit à avancer de son point de débarquement à Gibraltar (dont l'étymologie est Djebel Tariq ou la montagne de Tariq) jusqu'à Tolède, capitale du roi visigoth Rodéric. Des monnaies arabo-islamiques furent frappées dès les premières années de la domination musulmane. L'Espagne des Visigoths était certes désunie. Mais au sein même de Dar El-Islam, des divisions commencèrent à apparaître: L'élite arabe s'appropria la majorité du butin de guerre, les meil~eurs sols, alors que les Berbères (les habitants de l'Afrique du Nord nouvellement convertis à l'islam) reçurent en lot des régions rocailleuses. Il y eut plusieurs rébellions des Berbères. La discorde entre Arabes et Berbères se détériora en guerre ouverte le matin même 5

de la bataille de Poitiers en 732, et dont la victoire fut attribuée à Charles Martel, grand-père de Charlemagne. Dans le Nord de l'Espagne, la résistance chrétienne commença à s'organiser avec à sa tête un certain Pelayo. C'est à partir de cette enclave chrétienne négligée par les Maures que la Reconquista se fera. Elle se terminera par l'expulsion des Juifs et des Maures de la Péninsule ibérique. Mais en marge de l'histoire, de nombreuses légendes sont nées pour expliquer la défaite des Visigoths.
FLORINDA ET EGILONA

On a prétendu que l'Espagne

est tombée en raison d'une

traîtrise...
Oui. Celle du comte Julien. Florinda, la fille du comte Julien, avait été placée à Tolède pour y parfaire son éducation. Elle aurait été séduite par le roi Rodéric qui lui avait promis la couronne d'Espagne. Elle fmit par céder à ses avances et certains conteurs ont prétendu qu'elle devint enceinte car elle avait fait envoyer à son père un œuf pourri pour lui signifier qu'elle avait été déshonorée. Or, Rodéric changea d'avis et sa promesse de mariage fut bafouée. Il voulait maintenant faire d'une certaine Egilona, la future reine.
Qui était Egilona ?

Egilona était une Maure d'une grande beauté dont le bateau fit naufrage sur les côtes d'Espagne lors d'une tempête. Elle s'appelait alors Elyata et devait appartenir à une famille importante étant donné qu'elle était accompagnée d'une suite nombreuse. Le roi Rodéric en devint amoureux fou et lui demanda la main. Pour cela, elle dut être baptisée et prendre le nom d'Egilona. Une partie de sa suite se convertit et l'autre retourna en Afrique avec de riches présents. Le comte Julien en fit une maladie et d'aucuns prétendent qu'avec son frère Don Oppas, évêque de Tolède, il trama la perte de Rodéric. Les espoirs qu'ils avaient placés en la personne de Rodéric, duc de la Bétique couronné pour mettre fin à la débauche de son prédécesseur Witiza - tombaient.Le comte Julien gouvernaitla ville de Septem

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