L'EUROPE AVANT L'AN MIL

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Cette synthèse effectuée à partir de travaux d'historiens modernes et contemporains de plusieurs nationalités, présente, en une perspective continue, l'évolution de l'histoire européenne, depuis les premiers peuplements préhistoriques jusqu'à l'année 843, où la signature du traité de Verdun provoque l'éclatement de l'empire carolingien et renvoie l'Europe à plus de mille ans de dissensions et de luttes fratricides.
Publié le : jeudi 1 novembre 2001
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EAN13 : 9782296271913
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JACQUES BLOEME

L'EuROPE AVANT L'AN MIL
TOME SECOND

Du déclin de l'empire romain au démembrement de l'empire carolingien

L' Hannattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Hannattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L 'Hannattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino IT ALlE

UN BREF RAPPEL

DU TOME PREMIER

Au Paléolithique inférieur, après être passé du genre « singe}) au genre « homo », notre lointain ancêtre a quitté son domaine africain originel et s'est répandu dans une notable partie du monde. Quelques-uns se sont retrouvés sur le continent européen, où, plus tard, des outils rudimentaires en silex racontent partiellement leur histoire. Au Paléolithique moyen, Homo sapiens, un peu plus évolué qu'Homo erectus, a fait une brève apparition. C'est la grotte allemande de Neandertal qui lui a donné son nom, mais c'est en France, dans le « Périgord», qu'il a laissé les plus nombreux vestiges. Au Paléolithique supérieur, Homo sapiens sapiens, s'est établi défmitivement sur le sol méridional européen. Des progrès considérables ont été accomplis: l'homme de Cro-Magnon, toujours chasseur et nomade, annonçait clairement l'homme moderne. Au Mésolithique, une évolution climatique (disparition de la calotte glaciaire) a permis le déploiement d'Homo sapiens sapiens sur l'ensemble du continent européen.
Au Néolithique, agriculture et élevage ont transformé en sédentaires les anciens chasseurs nomades. Dès lors, attaché à sa terre, I'homme a créé le village, puis la ville. Venue du moyen orient, où elle a pris son essor, la nouvelle civilisation s'est déployée lentement en Europe occidentale.

L'industrie métallique du cuivre et du bronze (Chalcolithique) est née au Moyen orient. Cette région a pris sur l'Europe une avance technique considérable. L'Europe, à son tour, a utilisé le cuivre et le bronze, et son retard commença à s'estomper. Puis elle prit sa revanche technique sur le Moyen Orient en forgeant un métal infmiment plus résistant: le fer

Vers 600 avant notre ère, et grâce aux navigateurs grecs, les hommes du fer ont eu désormais un nom: les Celtes. Ce sont eux qui occupaient une grande partie de l'Europe, du « Portugal» et de 1'« Irlande» à la « Roumanie ». De 270 à 100 avant notre ère, un vaste mouvement de bascule s'est lentement opéré dans l'ouest européen, le domaine celtique se réduisant au bénéfice d'une Rome en forte expansion. Mais rapidement, le régime républicain, qui avait déjà remplacé la Royauté, s'y essouffla, alors que des difficultés internes et externes suscitaient des convoitises de pouvoir. Au milieu du premier siècle avant notre ère, après que trois hommes avides de gouverner eussent tenté de s'imposer (<< premier Triumvirat »), César mit un terme au régime républicain. Enfm, l'ambition d'un autre homme, Auguste, jointe à une conjonction favorable d'événements, plaça Rome, pour longtemps, sous un régime monocratique puissant, le Principat, qui donna au monde connu, jusqu'en l'an 200 de notre ère, une longue « Paix Romaine».

*****

8

Quatrième

Partie

L'EUROPE

ET LES BARBARES
de 200 à 476

En quelques

lignes...

En l'an 200, Rome est à l'apogée de sa gloire. Antonins, le Haut Empire a brillé de mille feux.

Du siècle d'Auguste

au Siècle

des

En 217, l'assassinat de Caracalla fait entrer l'empire dans une période trouble de près de soixante dix ans Ousqu'en 284) durant laquelle une quarantaine d'empereurs, légitimes ou non, se disputent le principat. Les luttes intestines et l'affaiblissement corrélatif du pouvoir enhardissent les Barbares, qui effectuent diverses incursions.

Celles-ci sont provisoirement contenues, et Rome connait, pour un temps, avec le redressement des institutions impériales, une certaine stabilisation politique et économique. C'est cette période que les historiens nommeront ultérieurement le Bas Empire, sans que puisse être vue, dans cette expression, quelque connotation péjorative que ce soit: de grands empereurs lui redonnent, en effet, un dernier lustre.

Mais

une puissante

tions barbares,
dentale,

poussée venue de l'est entraîne plusieurs mouvements de migramenant à la décomposition de l'empire romain, dans sa partie occiet à son remplacement par des royaumes germaniques.

SOMMAIRE

de la quatrième

partie

IV - 1

LES INCURSIONS BARBARES ~une brève hfstoire des Barbares LE REDRESSEMENT DE L'EMPIRE ~une brève histoire du Christianisme LA DÉTÉRIORATION ROMAIN

11 19 39 52 67 79 87 131

IV - 2

IV - 3

DES STRUCTURES

~une brève histoire des Huns IV - 4 IV - 5 LES MIGRATIONS LES MOUVEMENTS DU GROUPE DU GROUPE OSTIQUE WESTIQUE

10 fiches complètent

cette quatrième

partie:

43 44 45 46 47

- Un nouveau lien: /'hospitalitas - La montée en puissance de - Du palais du Latran au palais - Les vrais maîtres de l'empire - Garde prétorienne et Préfets

la Papauté du Vatican du Prétoire Rome et la Perse

48- Les jurisconsultes 49 - Cent ans d'antogonisme

entre

50 - Le poids démographique des barbares 51 - Le chant des Nibelungen 52 - Les iles brittoniques du Vie au xe siècle

10

Chapitre LES INCURSIONS 200

4

-1
BARBARES

-

270
l'empire pour mouvements

Les Barbares profitent de l'anarchie qui s'installe dans tuer des raids dévastateurs. Parallèlement, de nombreux fuges s'y font jour. - Prélude aux difficultés: histoire les Sévère

y effeccentri-

~ -

Une brève Les difficultés Les empires

des Barbares et externes

-

internes dans

l'empire.

Les

chapitres

suivants:

4 2 LE REDRESSEMENT

-

DE L'EMPIRE

ROMAIN

(270

-

363) leur marque puissante: vers le Christianisme. ( 363 Dioclé-

Durant leurs longs régnes, deux grands tien réorganisera l'empire, et Constantin 4 - 3 LA DÉTÉRIORATION DES

empereurs l'orientera

imprimeront officiellement ROMAINES

STRUCTURES

-

476)

Ce chapitre précisera les variations du cadre institutionnel et rendra compte nérale entre 363 et 476, date de la fin de l'empire romain d'Occident. 4 - 4 LES MIGRATIONS DU GROUPE OSTIQUE (de

de la situation

gé-

363 à la fin du VO Siécle)

Une poussée venue de l'est mettra, de proche en proche, les peuples barbares en branle. L'empire, débordé de partout, ne parviendra pas à maîtriser les flux migratoires. Des royaumes germaniques se créeront sur les ruines de l'empire romain d'occident 4

-5

LES

MOUVEMENTS
westique, de son

DU GROUPE
cOté, procédera

WESTIQUE

(de

363 à la fin du VO Siécle)
ten'itorial ne subsistera de ce qui restera alors qu'un vestige de in-

Le groupe

à l'investissement ve"ont le jour. "

l'empire. D'autres royaumes germaniques fime de l'empire romain d'Occident.

11

LE PRÉLUDE

AUX DIFFICULTÉS:

LA DYNASTIE

DES SÉVÈRE

. PERTINAX
Après l'assassinat de Commode, en 192, l'excellent Publius Relvius Pertinax est, bien malgré lui, élevé à la pourpre en Novembre 192. Il doit ce choix à ses nombreuses qualités, dont la probité n'est pas la moindre. Mais cet homme intègre de 66 ans renouvelle l'expérience malheureuse dont Galba avait été victime en l'an 69 1: ses mérites sont gênants pour son entourage. Aussi les prétoriens égorgent-ils Pertinax après trois mois seulement d'un règne pourtant prometteur, et déjà riche de sages réformes.

.

SEPTIME SÉVÈRE

(...

-193 - 211)

En Février 193, le trône impérial, redevenu vacant, fait l'objet d'un nouveau combat des chefs, et l'empire est le théâtre d'un enjeu entre quatre généraux romains:

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200

1 - Cf. tome 1, page 192.

12

- A Rome, le vieux Didius JoHanos, (né en 103, il a alors 90 ans !) se fait, à prix d'or, élire par les Prétoriens. Le Sénat confirme l'élection, mais le peuple se montre réticent à le reconnaître; - Decius Clodius Septimus Albinos est acclamé empereur par les légions de Bretagne et d'Hispanie;
-

LuciusSeptimiusSeveros se voit revêtu des dignitésimpérialespar
les légions des provinces danubiennes d' Illyrie (situées entre le Danube et la mer Adriatique: Norique, Pannonie, Mésie);

- Enfm, Piscenius Niger est l'élu des provinces orientales. Il Y a donc, en même temps, quatre empereurs pour un trône. Tout de suite, Septime Sévère quitte l'Illyrie et vient camper aux portes de Rome. Julianus, abandonné des siens, est condamné à mort par le Sénat. Il a régné 70 jours.
Sévère se porte ensuite à la rencontre de Niger. Après deux années de lutte impitoyable, il le vainc, en 195, sur les bords de l'Euphrate. Revenant sur ses pas, il se dirige alors vers Lyon, où Albinus, sous la bannière duquel se sont rangés également les Gaulois de Celtique et d'Aquitaine, a installé son quartier général. Albinus est vaincu en 197, et Sévère reste seul. Il lui a fallu quatre ans pour mettre en place, par les armes, une dynastie qui ne durera pas un demi-siè-

cie.. .
Philosophe et lettré raffiné, comme le fut Marc Aurèle peu auparavant, Septime Sévère poursuit l'oeuvre bénéfique mais éphémère de Pertinax, et administre sagement l'empire. C'est la grande époque des *Jurisconsultes*(48) (les noms de Papinien, Paul et Ulpien sont attachés à une oeuvre législative considérable qui mènera le droit romain à une quasi-perfection).

Vers la fin de son règne, il part en Bretagne, où les Pictes

2

de Calédonie

(<< Ecosse») lui procurent quelques soucis. Ses succès lui valent le surnom de Britannicus. Mais il meurt brutalement, en fm de campagne, laissant deux fils à qui il confie l'empire.

La loi de succession dynastique est, une fois de plus, remise en vigueur. Mais la désignation de ses fils pour lui succéder n'est sans doute pas le meilleur choix que Sévère ait pu opérer. ..
2 - Les Pictes: voir le chapitre 5 de cette quatrième partie.

13

.

CARACALLA

( 188

- 211 -

217)

Marcus Aurelius Antoninus Bassianus, qui est né en Gaule (à Lyon), a adopté le manteau en usage dans cette contrée. Cet habit lui vaut le surnom de Caracalla, tout comme Caligula avait dû le sien à ses chaussures. La comparaison entre les deux Auguste ne s'arrête pas à cette particularité vestimentaire: comme Caligula, Caracalla est un dérangé mental qu'éclairent parfois des moments de lucidité. Conformément à la volonté de Sévère, il accède à la pourpre, à l'âge de 23 ans, avec son frère Publius Septimus Geta, d'un an son cadet. Mais l'aîné supporte mal le partage du pouvoir. En 212, il fait assassiner Geta, sous les yeux de leur mère, Julia Domna. Rapidement, il se livre aux débauches et folies sanglantes rappelant celles de Caligula. Le nouvel empereur réorganise l'armée, et dote Rome d'une réalisation architecturale grandiose: les somptueux « thermes de Caracalla». Mais son nom est plus particulièrement accolé au fameux Edit de 212, qui étend à tous les hommes libres le droit de cité romaine. Cette largesse juridique n'est pas gratuite: l'extension de ce droit de citoyenneté, qui s'achète, permet de faire face à d'énormes besoins d'argent. La mesure permet toutefois à l'ensemble du monde sous domination romaine de devenir « monde romain» 3. :.:. Théoriquement, la Gaule, plaque tournante de l'empire (c'est le lieu de
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passage obligé pour aller de l'Italie vers l'Hispanie, la Bretagne et les deux Germanie),devrait profiter,comme les autres provinces,de cette
extension de la citoyenneté et des avantages qu'elle procure. Mais, en 193, lorsqu'ils eurent décidé de se ranger du côté d'Albinus, les Gaulois avai:nt choisi le mauvais camp. Septime Sévère ne le leur avait pas

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.._ reurs, réorganisé territorialement, et divisé en deux secteurs:
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...

3 - Après Claude (41 à 54), qui, né à Lyon, avait élargi, au profit de certains
provinciaux, les critères d'accession au droit de cité, et Trajan (98 à 117) qui avait reconnu aux provinces l'égalité de représentation avec l'Italie, Caracalla est le troisième empereur qui prend une mesure allant dans le sens d'une uniformisation administrative dans l'empire.

14

-

un secteur « militaire », au nord-est, comprend les deux Gennanies et la Gaule belgique; c'est à ce secteur que va encore une certaine sollicitude de l'Empereur, davantage motivée, d'ailleurs, par les nécessités de défense aux fleuves (Rhin et haut Danube) que par la sympathie qu'il peut éprouver à l'endroit des habitants!

- un secteur « civil », au sud-ouest, comprend la Narbonnaise, l'Aquitaine et la Lyonnaise. Ces régions, qui ont commis la faute de se tromper d'empereur, sont l'objet de brimades impériales (impôt, confiscations, proscriptions...). Celles ci détériorent encore un peu plus une situation économique peu brillante. En effet, le poids des impôts d'état, les redevances aux grands propriétaires terriens, et plusieurs années de mauvaises récoltes, avaient déjà incité de nombreux ruraux à abandonner la campagne pour la ville. Les nouvelles mesures accroissent les difficultés. Les conditions de vie deviennent détestables. La Gaule est mûre pour une explosion sociale: une révolte dite des Bacle.
4 - Voir page 33.

s gaudes 4 , éclatera avant la fin du IIIèmeiècle, et durera plus d'un siè-

15

Caracalla n'a pas que des ennuis d'argent. L'année 213 lui apporte une mauvaise surprise: les Alamans attaquent le limes germanique, dans la région de Moguntiacum (Mayence) au confluent du Main et du Rhin (Cf. carte page précédente). L'empereur les repousse, en achetant grassement leur départ. Mais ce conflit, de peu de gravité au demeurant, est un premier signe des difficultés à venir.

En 217, Macrin, le compétent Préfet du Prétoire, soupçonne l'empereur d'en vouloir à sa vie. A titre préventif, il organise alors l'assassinat de Caracalla. Tué par ses prétoriens, à 29 ans, il n'est regretté de personne: ses six années de règne ont déjà paru longues!

. LES DERNIERS SÉVÈRE

..

MACRIN

(164

- 217

- 218).

Le Préfet du prétoire Marcus Opellius Macrinus prend la place ainsi rendue vacante. Quinquagénaire posé et administrateur intègre, il rétablit l' ordre public, et relève les finances mises à mal par son prédécesseur. Mais, homme de peu de caractère, il voit les soldats se détourner de lui et proclamer empereur le jeune Elagabal. Macrin lutte vainement pour sauver son pouvoir. Il est tué en 218 : il n'a régné qu'un an.

..

ELAGABAL

(204

- 218 - 222)

Varius Avitus Bassianus, petit-neveu de Septime Sévère (et fils illégitime que Caracalla aurait eu, à seize ans, de sa cousine Julia Saemias), est né dans les provinces orientales de l'empire, où il est« prêtre du soleil }} (d'où son sobriquet, devenu son nom d'empereur: Heliogabal, ou Elagabal). Ce jeune débauché, âgé de 14 ans lorsqu'il accède au pouvoir, fatigue très vite son peuple par ses nombreuses turpitudes. Les prétoriens le massacrent en 222, et jettent son corps dans le Tibre. L'année précédente, Elagabal avait adopté son jeune cousin Alexandre Sévère, de quatre ans son cadet. La succession était donc assurée.

..

ALEXANDRE

SÉVÈRE

(208

- 222 - 235)

Marcus Aurelius Severus Alexander a, lui aussi, quatorze ans lors de son accession. Il est faible de caractère, mais sait s'entourer de bons conseillers,
dont les excellents juristes Paul et Ulpien
5

.

5 - Qui avaient déjà travaillé pour Septime Sévère.

16

Toutefois, il va faire la dure expérience qu'un bon entourage ne transforme pas un être velléitaire en un chef énergique. Les Alamans avaient gardé un mauvais souvenir de leur expédition de 213, que la réaction de Caracalla a rendue infructueuse. Ils procèdent, entre 230 et 235, à d'autres attaques. Ce nouvel essai leur est plus bénéfique. Ils franchissent le limes, traversent les Champs décumates et la Germanie supérieure, où ils ravagent Argentoratum (Strasbourg), puis pénètrent en Gaule.

La dynastie des Sévère
150
160
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I

Ces cinq empereurs constituent la dynastie des Sevère

~

230

-

Deux liens rattachent respectivement Elagabal et Alexandre Sévère à Septime Severe: Elagabal est son petit-neveu, puisque fils de Julia Saemias, nièce de l'empereur; il est également son petit-fils, dans la mesure où il est, comme le prétend sa mère, le fils naturel de Caracalla. - Alexandre Sevère en est aussi le petit-neveu, puisque fils de Julia Mammaea, autre nièce de Septime; il en est devenu l'arrière-petit-fils, à l'issue de son adoption, à l'âge de dix ans, par son cousin germain Elagabal (qui n'en a, luimême, que 14 f).

17

L'empereur se rend sur le front de Germanie, et prétend assumer le commandement des armées. Mal lui en prend. Les soldats, qui sentent leur chef irrésolu, se révoltent, et Alexandre Sévère est assassiné 6, pour cause d'indécision et d'incompétence, par un des ses officiers, Maximin le Thrace. Ce dernier occupe la place qu'il vient de rendre libre. Rome, alors, va sombrer dans l'anarchie, ce qui ne l'aidera guère dans ses démêlés avec les Barbares. Les Barbares... Le nom terrible est lancé!

Au début du troisième siècle, sur le continent européen, Rome se juge à l'abri derrière ses fleuves et son limes, où les légions montent bonne garde. Face à eux, les peuples qui, par dessus le Rhin et le Danube, observent avec envie ce pays prospère, vont bientôt lancer des coups de mains aux frontières de l'Empire, puis de véritables incursions à l'intérieur du territoire impérial. Il Yavait déjà eu deux sérieuses alertes (carte ci-contre à droite) : - en 166, sous le règne de Marc Aurèle, des tribus alamaniques (Quades et Marcomans), traversant le coude du Danube, avaient déferlé vers le nord-est de la péninsule italienne, avant d'être battus, en 178, à Aquilée, par Septime Sévère (qui n'était encore que légat impérial); - en 213, les Alamans avaient lancé dans la région de Mayence une nouvelle offensive, que Caracalla avait fait échouer de justesse en parvenant à négocier avec eux (Cf p. 16). Ces actions avortées n'ont pas assouvi l'appétit des Barbares, et Rome va bientôt devoir, à nouveau, compter avec ses voisins. Ces « Barbares» ne sont pas des « sauvages»: Rome, comme la Grèce autrefois, appelle simplement barbari ceux qui sont étran1!ers au domaine de la civilisation gréco-latine.
---------------------------------------------------------------------------

6

- Cela

deviendra une habitude à Rome. Des sept empereurs inscrits sur le schéma de la page précédente, un seul, Septime Severe, n'est pas victime de luttes de palais (il meurt glorieusement au combat). Les six autres ont des destins tragiques:

- Pertinax :
- Geta:
- Caracalla:

égorgé

par les prétoriens,

- Macrin:
- Elagabal: - Alexandre Severe: 18

assassiné par son frère, assassiné par ses soldats, tué dans la lutte qui l'oppose à son rival Elagabal, massacré par les prétoriens, tué lors d'une rébellion de ses soldats.

160

180

200

220

AlEX.SEVÈRE

Ce nom de « barbares» est donc un terme générique. Il recouvre une multitude de peuples ou de peuplades parvenus aux confins du monde romain à la suite, le plus souvent, de longues pérégrinations.
C'est un aperçu de ces mises en place que relate maintenant une

BRÈVE

HISTOIRE

DES

BARBARES. Au début du Néolithique (c'est à dire
après le retrait de l'Inlandsis
7

, dans la

période approximative allant de 6 000 ans à 4 000 ans avant notre ère), la partie méridionale de la péninsule scandinave se peuple, peu à peu, d'hommes venant de contrées plus continentales, poursuivant les animaux qui fuient, en Europe centrale, le retour de la chaleur.
7 - Cf. tome 1, 1èrepartie, chap. 4: le Mésolithique.

19

Au cours du second millénaire, d'autres vagues de peuplement, révélées par des traces archéologiques, arrivent des plaines danubiennes, rapprochant les populations de l'Europe du nord des populations d'origine indo-européenne 8.

Puis, peut-être à la suite d'une catastrophe marine (un raz de marée ?), ces peuples du nord commencent à refluer vers le sud. En l'an 1000 avant notre ère, ils sont installés sur la rive méridionale de la Baltique, entre la Weser et l'Oder. Cinq cents ans plus tard, ils ont étendu leur présence vers l'est et vers l'ouest. Le terrain occupé va alors du bassin rhénan au golfe de Riga (les actuels « Pays baltes»). Sur leur flanc sud, ils ont les Celtes comme voisins. Il est évident que ce voisinage va provoquer des interactions de culture. Et ces Barbares, au contact des Celtes d'abord, des Celtes romanisés ensuite, et enfm des Romains en poste sur le limes, seront moins arriérés que ne le rapporte une tradition erronée.

A l'issue de ces divers mouvements, l'ensemble des barbares peut être subdivisé en trois grands groupes linguistiques, chacun d'eux se ramifiant en peuples distincts. 8 - Cf. tome 1, page 281, fiche n° 20. 20

Le groupe nordique

9

se situe:

-

dans la partie sud de la Scandinavie (dont les Lapons occupent le nord), et dans la partie nord de la péninsule jutlandaise. et sera le noyau originel des Vikings,

Il gardera une grande homogénéité, puis des actuels Scandinaves.

Le groupe ostique est à l'est (d'où son nom) et se trouve dans la région comprise entre l'Elbe et Golfe de Riga. Le groupe westique est, bien sûr, à l'ouest du précédent. Il occupe: - la plaine située entre l'Elbe et le Rhin; - une partie des actuels « Pays-Bas»; - la portion méridionale de la péninsule jutlandaise. Les hommes qui composent ces deux derniers groupes sont les Germains. Ce terme n'est pas, semble-t-il, d'origine germanique. Selon Posidonios, historien grec contemporain de César, ce sont les Celtes qui utilisaient ce vocable pour nommer leurs voisins du nord. Dans ses Commentaires, César désigne du terme générique Germani tous les Barbares occupant les territoires qui, sur la rive droite du Rhin et la rive gauche du haut Danube, font face aux possessions romaines. Et Rome forgera, à partir de là, le nom des provinces rhénanes de l'empire: la Germanie supérieure et la Germanie inférieure.

. LE GROUPE OSTIQUE
Issus de différents lieux de Scandinavie, des peuples sont venus s'établir sur le rivage sud de la Baltique avant le début de l'ère chrétienne. Les principaux d'entre eux sont:

. . LES

GOTS

(ou LES GOTHS)

Leur origine scandinave semble attestée par la toponymie actuelle: le sud de la « Suède» se nomme, aujourd'hui encore, le Gotaland; l'une des villes principales est Goteborg; la grande île située au milieu de la mer Baltique, à mi-chemin entre les côtes scandinave et balte, est l'île de Gotland (carte page suivante).
9 - Le rameau nordique n'est pas étudié ici: il en sera reparlé au chapitre 5 de cette 48partie.

21

A la frn du second siècle, les Gots quittent les rivages de la Baltique et se dirigent vers les plaines ukrainiennes (vallée du Dniestr et rive droite du Dniepr). Ils se rapprochent ainsi des dangereux cavaliers nomades asiatiques que sont les Huns 10. C'est sur le limes de Dacie que se produit, vers 230, sous le principat de Septime Sévère, la première rencontre avec les Romains. Plus tard, après l'évacuation de la Dacie par les légions romaines, certains Gots s'y installeront. Les Gots se scinderont ainsi en deux peuples nettement différenciés: Ostrogots (ou Ostrogoths) à l'est, Wisigots (ou Wisigoths) à l'ouest, ces nouveaux noms étant, sans doute, liés à leur implantation géographique.

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DOiepr

HUNS

..

LES BURGONDIONS

(OU BURGONDES)

Leur terre d'origine est le sud de la péninsule jutlandaise «( Danemark»), et probablement, ainsi que tend à l'indiquer la toponymie des lieux, l'île (aujourd'hui danoise) de Bornholm, dont l'ancien nom est Burgundorholm.
10 - Voir, au chapitre 3, « une brève histoire des Huns».

22

Installés, comme tous les Ostiques, sur le rivage balte, et, plus précisément, entre l'Oder et la Vistule, ils se dirigent ensuite lentement vers le sud-ouest, et s'établissent dans la région du haut Danube (en actuelle « Souabe »). Dès le milieu du troisième siècle, ils sont donc en contact étroit avec les colons et les soldats romains des Champs décumates, ce triangle délimité par le Rhin, le Danube et la fraction correspondante du limes fermant cette zone entre Mayence et Ratisbone (Regensburg).

. . LES

VANDALES

Issus du nord du Jutland (il existe peut-être un rapport entre le nom de ce peuple et celui de la province « danoise» de Vendsyssel), les Vandales quittent le rivage méridional de la Baltique au premier siècle de notre ère. Descendant vers le sud-est, ils s'installent en Europe centrale, sur la boucle de la Vistule (actuelle Silésie). Puis, vers 250, après une nouvelle migration en direction de l'Ouest, ils se retrouvent, sur le haut Danube, voisins des Burgondes. Aucun de ces trois peuples ostiques ne se perpétuera au delà de l'an milll , et le parler ostique disparaîtra totalement 12.

.

LE GROUPE WESTIQUE

Ce groupe possède le plus grand nombre de représentants, et, à l'inverse du précédent, les dialectes westiques se perpétueront jusqu'à l'époque moderne 13. C'est à ce groupe que peuvent être rattachés les Cimbres et les Teutons (dont le trajet est rappelé ci-contre - Cf. tome 1, page 159), qui jetèrent l'épouvante à la fm du second siècle avant notre ère, et que Marius vainquit fmalement, en 102, à Pourrières, près d'Aix en Provence, puis à Verceil-en-Piémont, en 101, les faisant ainsi disparaître de I'histoire
11 - Voir au chapitre 4. 12 - A l'exception d'une minorité de Gats qui, après l'attaque des Huns, se réfugiera

en Crimée méridionale, où le parler astique se perpétuera

tant

bien que mal

jusqu'au XVI e siècle. 13 - Anglais et Allemand, pour ne citer que ces deux langues, en sont directement issus (voir,en pages de conclusion, la carte des langues germaniques en Europe).

23

Les Suèves, auxquels Arioviste (Cf. tome 1, p. 171) avait fait franchir le Rhin pour « protéger» les Séquanes contre les Eduens, avant la conquête romaine, et qui furent taillés en pièces par César en 58 av.J.C.,
faisaient également partie de la branche westique

.

Aux premier et second siècles de notre ère, trois peuples ont une nette originalité: les Frisons, les Angles et les Saxons. Les premiers resteront dans leur terre d'adoption (les futurs « Pays-Bas») où ils commenceront à arracher des territoires à la mer aux fms de culture. Les deux derniers auront une destinée essentiellement maritime. Il en sera reparlé lors de leurs démêlés avec les Celtes de Bretagne, en même temps que sera évoquée une autre composante du groupe nordique: les Jutes du nord du Jutland 14.

,_

Deux autres peuples, enfin, méritent une mention plus, particulière. Il ne s'agit d'ailleurs pas de peuples à ;
proprement parler, mais plu-

;

tôt de ligues. Leur création est intimement liée aux développements de la politique romaine. En effet, dès les débuts du Principat, Rome souhaitait étendre sa domination au delà du Rhin, et visait la vallée de l'Elbe. Auguste avait fait effectuer plusieurs tentatives en ce sens, mais sans succès tangible. En l'an 9 ape J.C., une défaite cinglante des légions de Varus vint ruiner défmitivement l'espoir romain de s'étendre dans cette direction (Cf. tome 1, p. 208 ). Dès le principat de Tibère, le Rhin était adopté comme limite de l'empire. Si les Romains avaient lourdement payé tribut pour un résultat aussi mince, les Barbares, en faisant front, n'avaient pas moins souffert, et bien des peuplades avaient fondu dans les combats. Ce sont les reliquats de ces
14 - Cf. page 21, note 9.

24

peuples, désormais rassemblés en deux « confédérations», qui disposent à nouveau, chacune, d'une puissance que leur octroie l'union: les Francs et les Alamans.

..

LES FRANCS

Ce nom générique recouvre plusieurs tribus indépendantes, possédant chacune ses coutumes et son gouvernement. Ansivariens, Bructères, Chamaves, Chattes, Sicambres 15.. sont quelques uns des peuples, situés sur la rive . droite du cours inférieur du Rhin, qui se sont unis sous cette appellation, parce que, valeureux et hardis 16.
«...

ils sont restés libres de la domination romaine, frank, en langue germanique, signifiant libre 17 . Les autres explications du nom (...) doivent être considérées
comme des spéculations Karl Ferdinand ultérieures WERNER, et sans valeur». », op.cit., page 213). in « les Origines

Ce nom sera latinisé en tranci (prononcé « tranki», avec le C latin dur). C'est à l'occasion de « malberg » (mallus, réunion générale qui se tient sur une hauteur - berg -) que les tribus rassemblées forment la véritable communauté tranque, et où les chefs gèrent les affaires publiques sans en référer à une quelconque autorité de tutelle. Cet esprit de liberté de la fédération franque à l'égard de Rome n'empêche d'ailleurs nullement de nombreux Francs, de tout niveau social, de servir
15

- Dans

le futur

sera

faite

une distinction

entre

Francs

Saliens

et Francs

Ripuaires.

II est possible que le terme Salien dérive d'un qualificatif en usage chez les d'une SALA, ou propriété Chamaves, et désigne des (( privilégiés », possesseurs
foncière. Cette classe de riches propriétaires peuplades, leur conférant ce nom générique. cit.), ce nom viendrait d'un territoire lacustre, aurait émergé et dominé les autres Pour Michel Rouche (in Clovis, op. le Sallzee, au sud-est du Zuyderzee,

(aujourd'hui
"Salien

le Salland,
alors

en

(

Hollande

», environ

50 km au nord-est
et non social.

d'Arnhem).

"serait

un qualificatif

géographique,

L'appellation Ripuaire est plus tardive: elle désigne les Francs qui se positionneront au plus près des rives du Rhin (mot latin: ripa = la rive), par opposition aux autres Francs installés à proximité de la mer. A l'appellation « Francs ripuaires
Rhénans

», les historiens
». ou « hardi»

modernes
sont une

préfèrent
traduction

maintenant
plus

celle de
du

(

Francs
vocable

16 - « valeureux»

courante

germanique
17

FRANK par les historiens français. Mais sa traduction par « libre », telle que la propose Karl Ferdinand Werner, semble plus convaincante.
langue française a repris ce terme, avec la même acception, dans franchise, ville franche, port franc, affranchir (un esclave) ... incluant d'indépendance vis à vis d'une autorité extérieure. les mots

- La

une idée

25

dans les légions romaines ou de travailler pour l'empire à titre individuel.

L'appât d'une solde 18 et l'attrait d'une existence vouée au combat, rude
peut-être, mais conforme à leur mode de vie ancestral, et, de plus, vécue au sein d'une civilisation évoluée, sont de puissants ressorts d'intérêt pour ces peuples à l'étroit dans leurs terres cultivables exigues. Ces territoires barbares sont, en effet, couverts de forêts, et les clairières déftichées sont encore peu nombreuses. A défaut de pouvoir tous être agriculteurs, de nombreux Germains sont donc guerriers. ..

. . LES

ALAMANS

Ce groupe agglutine, à ce qui reste de l'ancien peuple suève, plusieurs tribus du peuple des Semnons 19 (Quades, Hermundures, Marcomans ...). C'est une alliance de tous les hommes (Alamanni; ancien allemand: aile mann - allemand actuel: Alle Manner) qui se sont établis sur le Main et
les cours supérieurs de la Weser %0 et de l'Elbe, après avoir été chassés, par les Gots et les Slaves Z1 , de leur territoire primitif: le « Brandebourg » {en
U)

« Allemagne» centrale, dans la région de Berlin
18

.

- Le

nummus solidus, ou plus brièvement sol, signifiant entier, massif, donc solide) (ou d'argent) à cours stable. Cette stabilité les soldats romains, sera l'une des causes gers commenceront à se montrer les plus

solidus (de la racine indo-européenne sera, au Bas Empire, une monnaie d'or des solidi, par lesquels sont rémunérés de la loyauté des légions, où les étrannombreux. le seizième siècle, une «solde ».

Le «soudard» sont des gens

du quatorzième siècle, et le «soldat », dès de guerre qui sont «soudoyés », qui perçoivent

19 - Ne pas confondre les Semnons, peuple germanique, avec les Senons, peuple gaulois évoqué dans la :Je partie. Les Semnons, très nombreux, occupaient le teffitoire situé entre Elbe et Oder. Ils étaient voisins des Chérusques, soulevés par Arminius au premier siècle de notre ère.

20 - Weser est un nom masculin
Dans cet ouvrage,

en français

(LE Weser),
féminin:

il sera précédé

de l'article

mais féminin la Weser.

en al/emand.

21

- Après

une longue

incertitude

sur son positionnement

recherches archéologiques et onomastiques (onomastique science des noms propres) font généralement admettre aujourd'hui que le berceau des peuples slaves se situe sur le territoire compris entre les cours de la Vistule, du haut et moyen Dniepr, et l'arc carpathique. Les Slaves étaient, à J'inverse de leurs voisins germaniques, des paysans sédentaires. gréco-romain sont avérés, 22 - Depuis des siècles, les faits relatifs au monde classique parce que leur relation écrite existe depuis longtemps. Il n'en est pas de même pour le monde germanique primitif. Celui-ci connait peu l'écriture, et les sources sont essentiel/ement constituées des résultats de recherches de tout type (archéologie, toponymie, onomastique, etc.). Aussi, dans J'état actuel des connaissances, faut-il accepter les informations données dans cette «brève histoire des barbares » comme des probabilités, non comme des certitudes.

=

géographique,

les

26

Les Alamans sont donc, eux aussi, face aux Romains, et c'est pour réduire la longueur de la frontière avec ces voisins inquiétants que Rome s'était engagée dans la colonisation des Champs décumates, protégés par le limes germano-rhétique. Il faut ajouter que le mot« Germain» appartient au vocabulaire romain, et que les peuples dits « germaniques» ne se sentent pas concernés par cet épithète qui leur est appliqué en bloc. Entre les différents peuples, il n'existe aucun sentiment d'appartenir à une race commune, et rien ne pourrait empêcher ces hommes combatifs de se lancer dans des guerres qui pourraient paraître fratricides à des observateurs extérieurs. Aussi, lorsque ces guerriers seront engagés dans les légions romaines, à quelque niveau que ce soit (simples légionnaires, décurions, centurions ou légats), ils s'opposeront sans réticence aux barbares, parce que ce sera leur métier de soldats romains, et qu'ils seront payés pour cela (Voir page 76). Bien plus tard encore, lorsque le roi franc Clovis vaincra les Alamans (à Tolbiac, en 496) ou les Wisigoths (à Vouillé, en 507), ce sera sans état d'âme: il ne se battra pas contre des « frères de race», mais contre des ennemis faisant obstacle à sa volonté d'expansion territoriale. LES DIFFICULTÉS
LE THRACE

INTERNES
(173

ET EXTERNES
238)

.

MAXIMIN

- 235

Maximin, ancien pâtre né dans cette lointaine province de l'empire qu'est la Thrace 13 , et que ses mérites ont
élevé au sommet de la hiérarchie militaire, a remplacé Alexandre Sévère, qui vient d'être assassiné (et dans l'assassinat duquel Maximin n'est pas tout à fait étranger.. .). Cet officier énergique et compétent réussit, dès son entrée en fonctions, à repousser, par la force de ses armées cette fois (et non moyennant fmances, comme Caracalla, en 213), les Alamans qui ont franchi le Rhin à Strasbourg, en 230, et ravagent la Gaule depuis cinq ans. ~9 23 - La Thrace se trouve au sud des bouches du Danube, entre la Macédoine et le Pont Euxin (vers l'actuelle «Bulgarie »). 27

Mais le danger n'est pas que sur le Rhin, car, à l'est, deux périls simultanés se dessinent:
-

depuis224, les souverainssassanides

24

sont montéssur le trône de

Perse. Ils réclament fermement les territoires orientaux (Judée et Mésopotamie) que Rome avait annexés voici plus d'un siècle pour fermer la boucle autour de la Méditerranée; - en 238, les Gots attaquent sur le cours inférieur du Danube.
Le mouvement de légions romaines vers le limes de Dacie et vers la frontière perse

Pour lutter à la fois contre les Gots, qui passent à l'offensive, et contre les Perses, que l'on s'attend à voir déclencher les hostilités pour tenter de récupérer ce qu'ils considèrent comme leur bien, Rome commet l'erreurde dégarnir de ses légions la frontière de Gaule et le limes germano-rhétique,

au profit de la Dacie 25 et de la partie Est de l'empire, à laquelle une importance primordiale semble attachée désormais. Cette situation délicate n'empêche nullement la reprise de l'une des activités favorites à Rome: la lutte pour le pouvoir suprême. Et l'avènement de Maximin marque le début d'une longue période de confusion au sommet de l' empire. 24 -Ardheschir 1°, fondateur de la dynastie en 226, se dit le descendant d'un mage nommé SA SSAN. - Voir,dans la fiche n° 49 ,page 343, le schéma de la lutte entre Rome et la Perse. Cette confrontation durera cent cinquante ans (de 244 à 390). 25 - Cf., sur la carte page 22, le déplacement des Gots. 28

. LE

BALLET DES EMPEREURS

En effet, durant près de cinquante ans 26, des généraux seront proclamés
empereurs par les légions, sans que ces proclamations aient le moindre rap-

port avec une quelconquecapacité à régner.Vingtempereurs 27 vont ainsi
défiler sur le trône, faisant souvent la preuve de leur inexpérience ou de leur incapacité. Nombre d'entre eux seront assassinés après quelques années - voire quelques mois - de pouvoir.

. . Gordien

I (qui a 80 ans) et son fils Gordien II, sont désignés en 237 par le Sénat pour contrer Maximin, élu par les légions. Il y a donc trois empereurs en même temps (voir graphique page 31). Mais tous deux disparaissent au bout de six semaines, aux portes de Carthage, dans un combat qui les oppose à un tenant de Maximin: Gordien II y est tué, et son père se donne la mort.

. . Pupien

..

et Balbin sont immédiatement nommés par le Sénat, pour remplacer les deux empereurs décédés. Il y a, de nouveau, trois empereurs ! Les deux nouveaux nommés sont rapidement égorgés par les prétoriens fidèles à Maximin (238), tandis que ce dernier, qui s'est rendu odieux, est lui aussi assassiné, en cette même année 238, par les soldats.
Gordien III, fils de Gordien II, accède alors à l'empire en 238. Il a

..

15 ans. En 242, il vainc les Perses, qu'il chasse d'Antioche. Mais, deux ans plus tard, il est à son tour assassiné par Philippe, qui le remplace.
Philippe (dit l'Arabe parce que né, en 204, dans les confins orien-

taux de l'empire) est fils d'un brigand. Ambitieux, il doit à sa valeur

d'avoir pu s'élever au rang de préfet du prétoire 28. Ayantfait massacrer le jeune Gordien, il accède à l'empire en 244, et signe la paix avec les Perses, moyennant l'abandon de la Mésopotamie. Il est tué à Vérone, en 249, au cours d'une révolte.

. . Dèce (Decius), qui succède à Philippe, ne règne que deux ans (249 à
251). Voulant conjurer la crise morale et politique dans l'empire, il décide de restaurer la religion traditionnelle à Rome. Il entame alors, à l'encontre des Chrétiens, une cruelle persécution. 26 - Jusqu'à ce que Dioclétienaccède à l'empire, en 284, et y remette un peu d'ordre. 27 - Encore ce nombre ne tient-ilpas compte des prétendants et usurpateurs, dits « les Trente Tyrans» (voirnote36,en page34). 28 - Voirla fiche n° 47, page 338: « les préfets du Prétoire ». 29

En 250, les Gots franchissent le Danube. Dèce les refoule au delà du fleuve. Mais ils reviennent l'année suivante, et Dèce, trahi par Gallus, gouverneur de Mésie, trouve la mort en tentant de repousser cette nouvelle incursion.

. . Gallus

est alors proclamé empereur par ses troupes, en 251. Il signe avec les Gots un traité de paix déshonorant, et passe son court reste de vie à Rome, dans la débauche et le crime. L'un de ses généraux, le maure Emilien, se révolte contre lui, le fait assassiner par les soldats, en 253, et tente de prendre le pouvoir. Il en est chassé au bout de quelques mois par Valérien, légitimement proclamé empereur par l' armée.

. . Valérien,

en effet (63 ans), issu d'une illustre famille sénatoriale (la gens Valeriana) est proclamé empereur, en cette même année 253, par les légions de Gaule et de Germanie. Il associe au gouvernement

de l'empire 29 son fils Gallien, âgé de 18 ans, lui confiantla défense
de la partie occidentale
30,

tandis que lui-même assure la défense à l'est.

A l'issue d'une victoire sur les Gots, dans la région du moyen Danube, Valérien se dirige vers la frontière sassanide, où les Perses repassent à l'offensive. Sapôr 1er,roi des Perses, le capture et le met à mort, en 260, dans des conditions atroces 31 .

. . Gallien

accède alors officiellement au pouvoir. Il doit maintenant faire

face, durant le plus long règne (8 ans !) de cette période, aux incursions des Gots en Grèce et dans les Balkans, et aux ambitions des usurpateurs (les trente tyrans 32). Il n'a pas le temps de mener cette mission à bien: il est assassiné en 268, à l'âge de 33 ans.

. . Claude

II « le Gotique» met à profit un très court règne (deux ans) pour repousser, une nouvelle fois, les Alamans, puis vaincre les Gots, en 269, à Naissus (Nish, en « Serbie »). C'est à cette dernière victoire qu'il doit son surnom. Il meurt de la peste l'année suivante, lors d'une nouvelle campagne sur le Danube.
sous
la commune une nouvelle vainc signature persécution de Valérien et de Gallien des Chrétiens. en Italie 343 (Rome du nord, qu'est notamment de

29

- C'est

déclenchée

30 - En 258, Gallien Germanicus. 31 - Cf. note
32

les Alamans n° 49, page

ce qui lui vaut le surnom

4 de la fiche
34, note 36.

face à la Perse).

- Voir

page

30

. . Quintilius, son frère, est alors élu empereur par les soldats. Mais il a un compétiteur en la personne d'un très brillant officier, Aurélien. Quintilius se désiste aussitôt et s'ouvre les veines.

. . Aurélien
150 157 160 170

devient alors le premier des « empereurs illyriens»

(Voir

chapitre suivant).
150

160

173

170 180 190

180

190 200 210 220 w u :I: fW
z

194 201 204 ? ? 0 206 ~214 ?
Z Z ~W W 0 0 ~0:: 0:: 0 ~~C> 0 Z w Ci: ::> Z ai

190 200 210

....I

220 230 240

230

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cc

-

235

240 ~250

237

2:Y

250 260

/

270

. L'IRRUPTION

DES

BARBARES et l'est de la

Le transfert d'une partie des légions vers le Danube inférieur Méditerranée a beaucoup affaibli la défense sur le Rhin.

31

L'occasion étant trop belle pour n'être pas saisie, les Alamans, à nouveau, lant les trop rares défenseurs.

et les Francs, pour la première fois 33 , franchissentla frontière,y bouscuCette double action, alémanique et franque, n'est pas concertée, Francs et Alamans éprouvant, les uns à l'égard des autres, une solide inimitié. Mais la conjonction des deux percées les rend d'autant plus irrésistibles que la propension de l'état romain à changer périodiquement de responsable n'est guère propice à une facile reprise en main de la situation. Ainsi, pendant que Rome se bat sur ses confms orientaux - et que ses empereurs apparaissent et disparaissent dans des luttes intestines sans fm la partie occidentale de l'empire devient-elle, entre 250 et 260, le champ d'action des Barbares.

Le trajet suivi par les Ala mans, en Gaule romaine, entre 250 et 260 (en fon sur la carte), est proche d celui du raid exécuté e Gaule chevelue, à la fin d second siècle avant notr ère, par les Teutons et le Helvètes.

- les Alamans colonisent la région située au nord du lac de Constance, entre le Rhin et le Danube. Les anciens Champs décumates deviennent ainsi le premier domaine tribal germanique constitué en territoire romain. Entrés ensuite en Gaule, ils parviennent dans les régions de Bourges et de Clermont, avant de se regrouper dans la
33 Les Francs ont déjà essayé, en 241, de franchir la frontière. L'essai fut infructueux, l'attaque ayant été stoppée net par le futur empereur Aurélien, alors légat impérial de Gordien III .

-

32

basse vallée du Rhône. Ils poussent même jusqu'en Italie du nord, d'où ils sont refoulés par Gallien (alors légat de son père Valérien), en 258.
-

Les Francs, qui ont franchi les vallées de la Sambre et de la Meuse,
en Germanie inférieure (<< Belgique»), traversent toute la Gaule, qui est partiellement dévastée, et pénètrent en « Espagne », où ils ravagent la région de Barcelone.

Pour la Gaule, le contrecoup de ces dévastations est un changement complet d'organisation économique. Jusque-là, cette province essentielle à l'économie de l'empire avait connu l'expansion des campagnes à la mode romaine. L'un des éléments de richesse était constitué par les vastes villae, centres productifs de première importance, tant sur le plan agricole que sur le plan artisanal, disposant de tous les corps de métier, et vivant en autarcie. Désormais, beaucoup de ces villae sont saccagées; dans celles qui ont été épargnées, l'épouvante est à son comble, et les propriétaires terriens
fortifient leurs domaines
34.

Le résultat est évident: les campagnes se vident au profit des villes. Mais ces villes ne sont plus, désormais, ouvertes sur l'extérieur: leurs superficies se réduisent à des dimensions plus facilement défendables, et l'on assiste à une sorte de résurgence des oppida des temps celtiques, où s' entassent de nombreux réfugiés. Il n'y a pas que les Barbares qui sèment la terreur: la dégradation générale du climat économique et social est à l'origine d'un vaste mouvement de révolte. Les paysans, las des mauvais traitements infligés à la fois par les Romains (lourdeur du fisc) et par les propriétaires ruraux, qui les traitent de plus en plus en esclaves, s'arment, se forment en bandes, et se conduisent pratiquement en bandits de grand chemin: ces Bagaudes 35 feront parler d'eux durant plus d'un siècle.

34 - Ces maitres de domaines ruraux donnent ainsi la première manifestation de leur puissance personnelle et du souci de protection des hommes qui leur sont attachés. Ils préfigurent les seigneurs du Moyen Age. 35 - Du mot celtique Bagad = troupe de combattants. On retrouve ce mot, de nos

jours, avec une signification un peu différente, pour désigner un orchestre
militaire (le « Bagad de Lann Bihoué », composé de binious, équivalents bretons
des cornemuses écossaises).

33

LES

« EMPIRES»

DANS

L'EMPIRE

Dans l'empire romain, des tendances centrifuges se manifestent ici et là. Elles portent le désordre politique à son comble. C'est l'époque des Trente Ty-

rans

36

.
GAULOIS (260 À 273)

. L'EMPIRE

La situation politique dégradée est encore aggravée, en Gaule, par les événements dramatiques qui s'y déroulent: les exactions barbares et les brigandages des Bagaudes. Un désir d'autorité et d'ordre se manifeste, et prend corps avec la création de l'empire gaulois, ou, plus exactement de l'empire romain des Gaules.

. . Postumus

- ( ... - 260 - 269)

En 260, sous Gallien (qui règne à Rome de 260 à 268), le Gaulois Marcus Cassianus Latinus Postumus est Gouverneur des Gaules, sous le contrôle de Salonin, le jeune fils de l'empereur. Peu désireux de rendre des comptes à un enfant, le gouverneur attend une occasion de se débarrasser de son mentor. Elle se présente lorsque Salonin exige de Postumus la livraison d'un butin que ce dernier, avec ses troupes, a pu récupérer sur les Germains. Les légions, qui ne veulent pas perdre le produit de leurs pillages, cessent de reconnaître Gallien, et élisent Postumus « empereur de Gaule)}. Une fois investi de ce titre, Postumus (qui commence par faire assassiner Salonin) rétablit à la fois l'ordre et la prospérité économique, dans un cadre administratif strictement calqué sur le modèle romain. Soucieux de ne rompre ni avec la capitale de l'empire, ni avec la tradition romaine, il reconstitue l'administration gauloise selon le schéma romain. Installé à Augusta Colonia (Cologne), qui devient capitale d'empire, il nomme des consuls et des légats, et remet en oeuvre les règles du droit impérial. Une monnaie stable, frappée à son effigie, est mise en circulation.
36

- En

404 avant J.C., Athènes avait été gouvernée par un conseil de trente magistrats qui, par leur despotisme sans bornes, furent bientôt appelés les TRENTE TYRANS. Huit mois après leur affivée au pouvoir, ce gouvernement avait été renversé. C'est en souvenir de cet épisode de l'histoire grecque que les légats romains qui usurpèrent la pourpre, durant cette période d'anarchie, reçurent ce nom. Ils n'étaient ni trente, mais une vingtaine, ni tyrans, mais des chefs de gueffe qui luttaient comme ils pouvaient contre les Barbares...

34

Plusieurs victoires sur les Germains lui valent le titre de Germanicus Maximus. Les Alamans, assagis, s'installent défmitivement sur la rive droite du Rhin, entre Mayence et le lac de Constance (les anciens Champs décumates). Le règne de cet excellent souverain est malheureusement éphémère: il est assassiné, en 269, par Lollianus, l'un de ses légats, qui se fait proclamer
empereur par une partie de ses troupes
37.

. . Victorin- (

-269 - 269)

Lollianus ne règne que très peu de temps, car il a commis la faute de ne pas tenir compte de Victorine, la sœur de Postumus. En effet, Victorine (Aurelia Victorina Pia Augusta) avait été associée à l'empire gaulois par son frère (d'où son nom d'Augusta). Sur les instances de sa sœur, Postumus avait également, en 264, associé à l'empire le jeune Victorin, fils de Victorine. Son oncle assassiné, en 269, Marcus Piauvonius Victorious Augustus accède donc à la pourpre. Il quitte la cité d'Augusta Colonia et s'installe à Augusta Trevirorum (Trêves). Courageux et efficace, il étend son pouvoir sur I'Hispanie et la Bretagne. Mais il est assassiné, lui aussi, quelques mois plus tard. Victorine fait alors proclamer empereur son petit-fils, qui est aussitôt massacré. Infatigable, Victorine intrigue à nouveau, et, grâce à elle, l'empire gaulois échoit enfm, en 269, à Caius Pius Esuvius Tetricus, préfet d'Aquitaine.

. . Tetricus - (

-269 - 273)

A Rome, le véritable empereur Claude II « Goticus », supporte malles rivaux que constitue pour lui la confrérie des « Trente Tyrans». Il s'apprête donc à détrôner Tétricus. Mais il meurt, en 270, avant de réaliser cette ambition. Après le court règne de QuintilIus, frère de Claude II, Aurélien accède à la pourpre romaine, et décide, lui aussi, de mettre un terme à l'empire des Gaules, après avoir réglé, dans la partie orientale de l'empire, un problème
37

- Dans le
parvenu

même

temps,

un ancien

forgeron,

du nom de Marius,
quelques mois plus

est, lui aussi,
tard.

à la pourpre,

mais

il a été assassiné

35

identique: l'empire de Palmyre gouverné par 1'« impératrice» Zénobie (voir ci dessous). Tétricus, se sachant en position de faiblesse, passe alors un accord avec Aurélien: après une bataille simulée où il se fait battre volontairement, l' empereur gaulois capitule en 273, devant Châlons sur Marne, et figure, pour la forme, au triomphe romain de son « vainqueur». L'empereur de Rome ne se montre pas ingrat: Tétricus est comblé d'honneurs, jusqu'à sa mort qui surviendra trois ans plus tard, en 276. Ainsi se termine, en forme de farce, la courte histoire de l'empire des Gaules, qui, loin d'avoir voulu faire sécession de l'empire romain, constituait, en fait, un remarquable essai de remise en ordre grâce à une administration décentralisée.

292) avec son systèmede tétrarchie 38. Il pensera,en effet,que quatre« coempereurs» sont plus aptes qu'un seul à gérer l'immensité d'un empire repris en mains fermes, et dont les administrés ont besoin de sentir un pouvoir fort, peut-être, mais surtout plus proche d'eux...

L'idée est si loin d'être mauvaise que Dioclétien la reprendra bientôt (en

.

L'EMPIRE D'ASIE

L'Arabe Septimius Odenathus, prince de Palmyre 39, avait commencé à s'affranchir de la tutelle romaine dès 255, sous le règne de Valérien, pour se faire l'allié objectif de Sapor 1er,roi des Perses et ennemi potentiel de Rome 40 . Gallien, successeur de Valérien, le ramène dans le droit chemin, et lui confie la défense des provinces orientales de l'empire. Odenat s'acquitte à merveille de ce rôle, en infligeant de lourdes pertes à ses anciens alliés perses. Il en profite pour exiger de Gallien la reconnaissance d'un titre d'empereur d'Asie, qu'il conserve jusqu'en 267, année où il est assassiné, en même temps que son fils Hérode (issu d'un premier mariage), et que son neveu Maconius. L'inspiratrice de ce triple meurtre est la reine Zénobie, seconde épouse d' Odenat.
38 - Voir page 43. 39 - Palmyre est une escale importante sur la piste des caravanes. 40 - Cf. page 28.

36

Descendante de la mythique Semiramis, reine de Babylone, la belle et ambitieuse Zénobie, devenue veuve, prend alors la régence au nom de son fils, le jeune prince Wahab Allath.

PERSE

Pendant qu'à Rome les empereurs se succèdent à cadence rapide (Gallien, Claude II le gothique, Quintilius, Aurélien), Zénobie entreprend une campagne de conquêtes. Elle étend son influence jusqu'en Anatolie et s'empare de l'Egypte, dont Wahab Allath devient roi. C'en est trop pour Aurélien, qui, dès son accession au principat (270), monte une expédition contre Zénobie. Celle-ci est vaincue à Palmyre en 272. Et tandis que l'empire d'Asie réintègre le domaine romain, Zénobie coule, jusqu'à sa mort, des jours heureux aux environs de la merveilleuse cité latine de Tibur, dans un domaine donné à l'impératrice déchue par son magnanime vainqueur. ..

41- L'un des membres de la Tétrarchie, système Dioclétien Voir début du chapitre suivant.

-

constitutionnel mis en place par

37

*****

42

- Autre

membre

de la Tétrarchie.

38

Le chapitre 4

précédent: INCURSIONS BARBARES (200

- 1 LES

- 270)
dans l'empire pour y effectuer centrifuges s'y sont fait jour. des raids

Les Barbares dévastateurs.

ont profité de l'anarchie qui s'est installée Parallèlement, de nombreux mouvements

Chapitre

4

-2
ROMAIN

LE REDRESSEMENT

DE L'EMPIRE

270
Durant sante:

- 363
impriment leur marque puisl'oriente vers le christianisme.

leurs longs règnes, deux grands empereurs Dioclétien réorganise l'empire, Constantin - Les empereurs - 306 : l'année illyriens

des six empereurs

- l'édit
~ -

de Milan
histoire du Christianisme

une brève

Constantin

et le retour à la monarchie
constantinienne

la fin de la dynastie

Les

chapitres

suivants:

4 3 LA DÉTÉRIORATION
Ce chapitre nérale entre

-

DES STRUCTURES

ROMAINES

( 363

- 476)
compte de la situation gé-

précisera les variations du cadre institutionnel 363 et 476, date de la fin de l'empire romain

et rendra d'Occident.

4 - 4 LES
Une poussée pire, débordé maniques

MIGRATIONS

DU GROUPE

OSTIQUE

(de

363 à la fin du V. Siècle)
L'emger-

de proche en proche, les peuples barbares en branle. venue de l'est mettra, de partout, ne parviendra pas à maÎtriser les flux migratoires. Des royaumes sur les ruines de l'empire romain d'occident

se créeront

4 5 LES MOUVEMENTS
Le groupe westique, de son

-

DU GROUPE
cOté, procèdera

WESTIQUE

(de

363 à la fin du V. Siècle)
territorial de ce qui restera alors qu'un vestige de in-

à /'investissement venunt le jour.

l'empire. D'autres royaumes germaniques fime de l'empire romain d'Occident.

1/ ne subsistera

39

LES

EMPEREURS

ILLYRIENS

(268

-284)
+ Dalmatie + Mésie = IIlyriel

Cette fausse dynastie est ainsi nommée parce que ses trois plus importants empereurs (Aurélien, Probus et Dioclétien) sont originaires d'Illyrie, cette bande de terre aux reliefs tourmentés (les Alpes Dinariques, où le Mont Dinara culmine à plus de 1800 mètres) qui se situe entre le moyen Danube et la côte adriatique, et englobe la Pannonie, la Dalmatie et la Mésie.

I Pannonie

. AURELIEN

(212

- 270 - 275)

Aurélien est né à Sirmium 1 en 212. Fils d'un paysan impécunieux,il était
entré dans l'armée comme simple soldat et avait franchi tous les échelons de la hiérarchie, ainsi que l'avait fait déjà Maximin le Thrace. Légat impérial sous Gordien III, il a battu, à Moguntiacum (Mayence), en 241, les Francs qui avaient ainsi vu stoppé net leur premier essai de débordement de frontière. Sa brillante carrière et ses succès militaires l'avaient conduit au consulat en 258. Maître de la cavalerie en 269, il repousse les Gots en 270, alors que Claude II « Goticus » vient de mourir. Cette victoire lui vaut d'être acclamé empereur par l'armée. Il a alors 58 ans. En 271, il repousse les Alamans à Plaisance, près de Pavie. Supplantant Quintilius, frère de Claude, qui s'est désisté en sa faveur, le nouvel empereur « à la poigne de fer» (manus adferrum) continue sa série de succès contre les barbares, repoussant des incursions de Vandales, de Sarmates et de Marcomans. C'est lui aussi qui vient à bout de Zénobie (en 272) et de Tétricus (en 273). Ces succès ne l'empêchent d'ailleurs pas de prendre un certain nombre de mesures de précaution: à Rome, le « Mur d'Aurélien», impressionnante

1

- Cette vi/Je va bientôt sortir de J'ombre (Vo;r /a note 4 page 44).

40

fortification ceinturant la ville, est le reflet de la terreur que les Barbares inspirent dans la capitale de l'empire.

Cette formidable muraille de 18 km de long est flanquée de 600 tours carrées et n'est percée que de 14 portes, chacune d'elles défendue par deux tours rondes. La courtine proprement dite est formée de deux murs maçonnés de près de 10 mètres de hauteur, et distants de 3 à 4 mètres. Le vide intermédiaire est comblé par un blocage de tout-venant lié au mortier épais. En outre, sur la face extérieure, un important talus oblique, en terre, protège la construction contre toute attaque au bélier.

Aurélien prend également, en 271, la décision stratégique d'abandonner la Dacie, cette excroissance territoriale au nord du Danube inférieur (actuelle « Roumanie)}). Le limes y est onéreux à entretenir et difficile à surveiller. Aussi les légions sontelles rapatriées sur la rive droite du fleuve, qui redevient, sur la to\~ talité de son cours, la ~ frontière de l'empire. Les Gats s'étaleront bientôt dans ce territoire ainsi rendu libre. Ils deviendront alors, aux yeux de l'histoire, les Wisigots, ou Gats de l'ouest, par opposition aux peuplades demeurant entre le Dniestr et le Dniepr, les Ostrogots, ou Gats de l'est. Mais Aurélien est assassiné en 275, par l'un de ses affranchis, alors que les incursions barbares reprennent. Et, une fois de plus, la Gaule, désormais territoire d'action favori, parce que peu et mal défendue, est pillée par les Francs et les Alamans qui pénètrent de toutes parts.

41

. PROBUS

2

(232

-276 -282)

Marcus Aurelius Valerius est également né à Sirmium. Ce fils de tribun militaire, qui a embrassé la carrière des armes, reçoit le commandement de l'Orient. Son honnêteté foncière lui fait donner le surnom de Probus. En 276, à la mort de Tacite, le Sénat ratifie son élection par les légions de Syrie. Le génie militaire du nouvel empereur permet d'autres victoires décisives sur les Francs, puis les Alamans, battus en 280. Les nombreux prisonniers, faits en ces circonstances, connaissent un sort particulier:

-

les uns sont « affectés» sur les territoires qu'ils avaient ravagés dans le nord de la Gaule, avec mission de les remettre en état et de les exploiter. Ainsi fixés à la terre, qu'ils n'ont plus le droit de quitter désormais, ils ont un quasi-statut de servage; ils préfigurent les serfs et les vilains du Moyen-Age.

- d'autres sont enrôlés dans les légions romaines. Dorénavant, ils défendront l'empire qu'ils viennent de combattre. Certains d'entre eux atteindront les plus hauts échelons de la hiérarchie militaire. Ces Germains, que le sort a placés dans un camp qui n'est pas le leur, se montreront, dans leur grande majorité, des soldats et des officiers fidèles à Rome. A son tour, Probus est assassiné en 282, par des soldats mécontents d'être affectés à des tâches subalternes et qui, en outre, craignent le licenciement d'une partie de l'armée. Marcus Aurelius Carus, né à Narbonne, est alors élevé à la dignité impériale par les légions, et confIrmé par le Sénat. Il rejette à l'extérieur les Sarmates qui avaient envahi l'Illyrie, et reprend la Mésopotamie aux Perses. Mais il meurt l'année suivante, au cours d'une expédition contre les Parthes. Son fils, Numérien, devient empereur. Mais il ne règne que neuf mois, assassiné par son beau-père, Arrius Aper, qui brigue la place. Les soldats arrêtent le meurtrier, et proclament empereur leur populaire légat Dioclétien.
2

- Entre

Aurélien et Probus, un empereur éphémère, TACITE, né en 200, et qui se disait descendant de l'historien du même nom, régna dix mois avant d'être, lui aussi, assassiné en 276. /I eut quand même le temps, dans ce règne si court, de libérer l'Asie mineure d'envahisseurs Alains.

42

200 210 212

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Parallèlement,

Carious,

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232

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second fils de Carus, s'était fait élire après le meurtre de son frère. La lutte avec Dioclétien devient inévitable. Carinus en sort vainqueur. Mais, dans la Gaule qu'il était censé défendre contre les Barbares, il s'était révélé

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tuent au lendemain
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En 292,

Dioclétien

inaugure

la Tétrarchie

. DIOCLÉTIEN

(245

- 284 - 305)

ET LA TÉTRARCHIE

(292

- 313)

Avec Dioclétien, l'empire entame une nouvelle période, non de calme (ce serait beaucoup demander...), mais de grandeur. Cette période durera un siècle. Les structures en seront, toutefois, bien différentes. Caïus Valerius Diocletianus, fils d'un affranchi dalmate avait été consul sous Aurélien. Parvenu à la pourpre, et devenu Auguste, à 39 ans, cet homme plein de bon sens découvre rapidement que l'activité d'un monarque (au sens premier, c'est à dire d'une seule personne en charge des affaires) ne permet plus d'assumer la responsabilité entière d'un empire aussi vaste. En 286, il décide de se donner un adjoint, sorte de co-empereur qui régnera sur une moitié d'empire. Il choisit Maximien, soldat rustre et cruel, mais fidèle, à qui il décerne aussi le titre d'Auguste. Le régime devient donc une dyarchie (commandement à deux). Toutefois, pour bien marquer sa prééminence, Dioclétien adjoint à son nom celui de Jupiter, roi de l'Olympe, et devient ainsi Diocletianus-Jovus. Il fait accoler au nom de Maximien le surnom d'Hercule, dieu puissant, certes, mais de rang inférieur! Maximien-Hercule se rend aussitôt en Gaule, pour tenter de réprimer la terrible sédition des Bagaudes. 43

La réforme constitutionnelle ne s'arrête pas là. Rome a trop souffert des luttes désastreuses pour le pouvoir, lorsque celui-ci vient à être vacant. Et la dyarchie ne résout pas les problèmes de succession dans l'une ou l'autre des deux moitiés d'empire: que l'un des deux co-empereurs disparaisse, et le poste suprême se retrouve l'objet de toutes les convoitises. En 292, Dioclétien trouve une solution originale: il donne à chacun des deux co-empereurs, qui ont le titre d'Auguste, un adjoint qui porte le titre de César. Ainsi, lorsqu'un Auguste mourra, son César deviendra Auguste, et un nouveau César sera désigné. Dès lors, avec la Tétrarchie, les problèmes de succession devraient-ils être défmitivement résolus...
Ce pouvoir à quatre têtes est mis en place dans les conditions suivantes: est « Auguste principal ». Estimant Rome trop éloi- Dioclétien-Jovus gnée des frontières orientales de l'empire, qu'il convient de surveiller avec une particulière attention, il s'installe à Nicomédie 3, d'où il gère la Thrace, l'Egypte et l'Asie.

- Galère, son César, est installé à Sirmium4 , et a la responsabilité
des provinces danubiennes. second A uguste, surveille, depuis Milan, la partie - Maximien-Hercule, centrale de l'empire (la péninsule italienne), et l'Afrique.
5 - Le vieux Constance,

à qui la pâleur de teint vaut le surnom de

C,b.lore, s' étab1it à Trêves, et gère la Gaule, la Bretagrte et l'Ibérie,.

3 - Nicomédie: ville fondée en Ille siècle avant notre ère (Cf. tome 1, page 298, fiche n° 27, note 1). 4 - Sirmium : ville importante de Pannonie, très anciennement fondée par une peuplade celte, les Taurisques. Détruite par les Avars au Vie siècle, cette ville a aujourd'hui complètement disparu: seuls, quelques débris, près de Sremka Mitrovica (à 60 Km à l'ouest de Belgrade), signalent son ancienne existence. S - Né en 22S, il devient Cesar à 67 ans, et sera Auguste à 80 ans!

44

-

225 ~
« AUGUSTE»

230

230=-

Il s'agit réellement d'un partage à

quatre du pouvoir, chacun des tétrarques ayant I 'imperium (le commandement des troupes et la résolution des problèmes de défense) dans sa zone de responsabilité. Mais ceci n'entraîne aucun fractionnement de l'empire, qui reste unique. Rome n'est plus, toutefois, que la capitale nominale. Il ne reste au Sénat romain qu'un rôle d'enregistrement de décisions politiques prises à Nicomédie.

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LES «CINQ»

CAPITALES DE LA TETRARCHIE

45

Sous la houlette de Dioclétien-Jovus, le gouvernement à quatre fonctionne en parfaite harmonie. Aussi la situation s' améliore-t-elle rapidement aux ITontières de l'empire, dont le territoire est restauré dans son intégrité et sur lequel l' ordre règne à nouveau. - Dioclétien et Galère remportent sur le Danube des succès décisifs, qui assurent la sécurité sur cette partie de la frontière. A l'extrême Est, la Judée réintègre l'empire, qui s'étend jusqu'au Tigre et englobe toute la Mésopotamie. La Perse reconnaît ces frontières et signe, en 297, une paix qui va durer quarante ans. - Maximien-Hercule était venu en Gaule, dès sa nomination comme Auguste de la partie occidentale de l'empire, pour réprimer la sédition des Bagaudes. Après avoir stabilisé le «front intérieur », il se tourne vers les Barbares: il bat les Francs, puis, à plusieurs reprises, les Alamans et les Burgondions qu'il repousse au limes. Il se rend enfm en Afrique, où il vainc les Maures en révolte. - Constance Chlore, de son côté, vient à bout de deux usurpateurs, Carausius, puis Allectus, qui s'étaient auto-proclamés « empereurs de Bretagne »6. En 304, les deux Auguste, Dioclétien et Maximien, auréolés de gloire à la suite de tous ces succès, vont à Rome connaître un triomphe à la manière antique. Ce sera la dernière célébration de ce genre. La situation, une fois rétablie, exige, pour perdurer, la consolidation des installations militaires et une nouvelle organisation administrative.

..

lES

DISPOSITIONS

MiliTAIRES

Les positions aux frontières sont tenues essentiellement par des troupes barbares, enrôlées en nombre de plus en plus grand sous les aigles romaines. Dans la profondeur du territoire est créée une armée de soldats romains et gaulois. Il s'agit d'une sorte de « corps de réserve et d'intervention », qui consolide l'arrière des forces frontalières, et qui se tient prêt à se porter en tout point où la situation l'exige.
Il faut également se prémunir contre des incursions de Saxons 7, qui, venus par mer, ont déjà commencé à désoler le littoral gaulois, de l'embouchure
6 - Cf. page 7 - Voir page

38.
134: « les navigateurs nordiques)J.

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