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Jacques Bloeme
L’Europe médiévale
en dates50
Les couronnes, la tiare et le turban L’Europe médiévale
en dates50
Les couronnes, la tiare et le turban
Cinquante « tranches d’histoire », évoquées dans leur ordre
chronologique, invitent le lecteur à parcourir en tous sens le continent,
de l’Atlantique à l’o ural et de la Scandinavie à la m éditerranée, pour
revivre quelques uns des grands événements qui ont inféchi le cours
de l’histoire de l’e urope entre 476 et 1492 : la naissance et le déclin
des empires et des royaumes, la montée en puissance de la chrétienté
et ses difcultés, les succès et insuccès de l’Islam conquérant, les
grandes querelles politiques, les Croisades, la Grande peste, la guerre
de Cent ans…
À l’issue de sa troisième année en faculté de droit, Jacques Bloeme change
d’orientation et devient tour à tour pilote de chasse, enseignant dans les écoles de
l’Armée de l’Air puis ofcier d’état-major. En fn de carrière militaire, il reprend
les études juridiques pour un DESS de droit privé. Européen convaincu et féru
d’histoire, a publié, en 2002, un ouvrage consacré à l’Europe de la Préhistoire
et de l’Antiquité. C’est avec les outils pédagogiques de l’enseignant, la rigueur
du juriste et la précision du militaire qu’il aborde ici l’Europe du Moyen Âge,
répondant, pour chaque événement étudié, aux cinq questions chères au Maréchal
Foch : Qui ? Quand ? Où ? Pourquoi ? Comment ?
e n couverture : enluminure issue de l’Histoire du Saint Graal
jusqu’à l’empire de Néron, 1270, Bibliothèque nationale de France,
manuscrit N°6769.
RUE
ISBN : 978-2-296-96284-2 DES ÉCOLES
47 euros
RUE-DES-ECOLES_GF_S_HISTOIRE_BLOEME_EUROPE-MEDIEVALE-V2.indd 1 23/08/12 18:06
Jacques Bloeme
L’Europe médiévale en 50 dates2





L’Europe médiévale en 50 dates Rue des Écoles

Cette collection accueille des essais, d’un intérêt éditorial
certain mais ne pouvant supporter de gros tirages et une diffusion
large.
La collection Rue des Écoles a pour principe l’édition de
tous travaux personnels, venus de tous horizons : historique,
philosophique, politique, etc.


Déjà parus


Simon JACQUES-YAHIEL, Ma raison d’être, 2011.
Nicole MORIN, Entre-deux, 2011.
Nathalie PEYNEAU, La tactique du bonheur, 2011.
Jean-Louis CHARTRAIN, Sur le pré vert, 3 lignes pour le
15, Les haïkus du rugby, 2011.
René-Jean ANDERSON, Le Stylibroscope, 2010.
Jacques LESPARAT, Aubépine Brugelade, 2010.
Denise KAWUN, Journal de la vie absente, 2010.
Sakina GAMAZ HACHEMI, Chemins croisés. De Sétif à
Sétif en passant par Lyon, 2010.
Daniel Verstraatt, Carnets de jeunesse d’un dinosaure.
1941-1943, 2010.
Ange Miguel do SACRAMENTO, Ni noir, ni blanc. Une
vie atypique, 2010.
Véran CAMBON DE LAVALETTE, De la Petite-Bastide
à la Résistance et au camp de Dachau, 2010.
Patrick GERARD, Je n’ai jamais été vieille, 2010.
Sonia KORN-GRIMANI, Un chant d’espoir. Souvenirs
autobiographiques d’une survivante de la Shoah, 2010.
Marie-Gabrielle Copin-Barrier, Robert-Espagne, une
tragédie oubliée. Une femme de gendarme raconte, 2009.
Nazly SADEGHI, Salut le Paradis. Une jeune Iranienne
dans les labyrinthes de l’Occident, 2009.
Gérard GATINEAU, 30 ans de bitume ou les tribulations
d’un flic du XXe siècle dans un univers hostile, 2009.

Jacques Bloeme





L’Europe médiévale en 50 dates


Les couronnes, la tiare et le turban

























L’HARMATTANDu même auteur


Aux éditions l’Harmattan :

L’Europe avant l’an Mil (de la préhistoire à Charlemagne) :
– tome 1 (366 p.) : de l’éveil de l’Europe à l’apogée de l’empire romain e 2 (430 p.) : du déclin de l’empire romain au démembrement de l’empire
carolingien
Préface de Jean Tulard, de l’Institut.


Aux éditions Corlet, à Condé sur Noireau :

Sentinelles de la Seine en Normandie médiévale (238 pages en quadrichromie)
L’évocation de quatre châteaux forts et de quatre abbayes de Haute Normandie dans
leurs contextes respectifs (historique, juridique, religieux et architectural).




Des aperçus de ces deux ouvrages sont accessibles sur le site de l’auteur :
http://www.jacquesbloeme.fr

















© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96284-2
EAN : 9782296962842 De quoi s’agit-il ?
L’interrogation introductive que lançait le Maréchal Foch en commençant chacun
(1)de ses exposés est toujors pertinente. La méthode quintilienne du QQOPC per-
met d’y apporter une réponse complète et circonstanciée, quel que soit l’ordre des
facteurs : Qui ? Quand ? Où ? Pourquoi ? Comment ?
Où ?
En Europe … mais parfois un peu au delà.
L’Europe, comme chacun sait, s’arrête aux rives de la Méditerranée, aux détroits des
Dardanelles et du Bosphore, et, vers l’est, aux Monts Oural. Les limites de ce cadre
géographique, déjà bien vaste, sont pourtant outrepassées en trois occasions :
– Si Constantinople, l’ancienne capitale de l’empire byzantin, est géographique-
ment placée dans l’Europe telle que ci-dessus définie, le territoire de l’empire
débordait largement vers le Proche-Orient et le continent africain. C’est donc
dans ces deux directions qu’ont lieu certaines sorties des fron-
tières européennes ;
e– Au VII siècle, un événement de portée considérable se passa en Arabie : la
naissance du Prophète, entraînant l’éclosion de l’Islam et sa fulgurante ex-
pansion. Bien que non européen, ce fait de première importance, dont les
répercussions furent immenses, ne pouvait pas ne pas être évoqué ;
– Au début du second millénaire, à l’occasion des croisades, et durant deux
siècles, des chevaliers européens « exportèrent » un peu d’Europe chrétienne
en terre d’Islam. Là aussi, il était impossible de ne pas mentionner, ne fût-ce
que brièvement, dans ces pages consacrées à l’Europe, la présence de ces
« royaumes latins » en Syrie et en Palestine.
1.- L’ « hexamètre mnémotechnique de Quintilien » (35-95 ap. J.C.) comportait sept termes :
Quis, Quid, Ubi, Quibus, Cur, Quomodo, Quando (qui, quoi, où, avec quoi, pourquoi, comment,
quand ?).
7Quand ?
Au Moyen Âge. Mais que recouvre précisément cette notion ?
Les historiens, dans leur majorité, en situent le début à cette année 476 qui vit la
disparition juridique de l’empire romain d’Occident. C’est sur cette date que s’ouvre
la présente étude. Il faut noter cependant que certains médiévistes proposent des
dates quelque peu différentes. C’est ainsi que Jacques Le Goff, l’un des grands
spécialistes de la période, place plutôt l’orée du Moyen-Âge un siècle plus tard,
lorsque la mort de Justinien, en 565, marque la fin du rêve de reconquête des territoi-
res romains perdus, tandis que la naissance de Mahomet, en 570, va profondément
modifier le devenir de l’Europe et du monde.
La détermination de la fin de la période médiévale est un peu plus controversée.
Certains chronologistes sont des tenants de l’an 1453, sonnant la fin de l’empire
byzantin après la prise de Constantinople par les Turcs. Peut-être y voient-ils
l’évènement symétrique, pour l’empire romain d’Orient, de celui qui marqua, en 476,
le coup d’envoi du Moyen âge. Mais d’autres historiens préfèrent retenir l’année
1492 durant laquelle les « rois catholiques » entrèrent en propriétaires dans la cité
de Grenade, consacrant ainsi la fin du dernier royaume musulman d’Espagne.
Pour faire bonne mesure, cette seconde date a été choisie comme terme de cette
excursion dans le passé. Elle a l’avantage d’englober la totalité du cycle « con-
quête - reconquête » de l’Espagne. L’année 1492 est également celle où l’Europe se
prit à regarder avec attention au delà de ses propres frontières : les Allemands
Glockenthon et Martin Behaïm de Nuremberg fabriquaient le premier globe terres-
tre « moderne », tandis que le Gênois Cristoforo Colombo appareillait de Palos
vers des horizons lointains.
Qui ?
Ceux qui font l’histoire : ils portent « les couronnes, la tiare ou le turban ».
– « Les couronnes » renvoient aux empereurs et aux rois qui ont participé à la
naissance, au développement ou à la disparition des domaines qu’ils ont
gouvernés : l’empire romain d’Occident, qui n’existe plus dès les premières
pages de cet ouvrage ; le fugitif empire carolingien, disparu moins d’un demi-
siècle après sa création ; le Saint empire, qui portera plus tard le qualificatif de
« romain germanique » ; l’empire grec – ex romain d’Orient – , disparaissant
au milieu du quinzième siècle, après mille ans d’une existence agitée. Ce sont
aussi les royaumes, qui cherchent leur survie dans des conflits quasi perma-
nents : ils sont anciens (France, Angleterre, Espagne, Italie …), ou nouveaux
venus (la Hongrie, la Pologne, le Portugal ou encore la Russie, qui fut un
royaume avant d’être un empire …).
8– « La tiare » fait référence à la communauté des occupants du trône de saint
Pierre, réunissant sous une même appellation de « pape » les personnages les
plus éminents (Grégoire III, Grégoire VII…) et les moins recommandables
(Jean XII). Cette puissance spirituelle fut plongée, elle aussi, dans des con-
eflits plus ou moins aigus avec les puissances temporelles : au VIII siècle, ce
efut la Querelle des images avec l’empire byzantin ; au XI siècle, la Querelle
edes investitures, et, au XII siècle, la lutte du Sacerdoce et de l’Empire, oppo-
sèrent violemment pontifes et empereurs… Mais la sainte institution fut aussi
een conflit avec elle-même : le Grand schisme d’Occident vit, au XIV siècle, des
papes et des antipapes assis simultanément sur un même trône pontifical, où
il était parfois ardu de distinguer le vrai chef de l’Eglise du faux.
– « Le turban » enfin, suggère l’existence des sultanats et des khalifats, ces
régimes théocratiques dont l’Islam, né en Arabie, fut le fondement, et qui
devinrent rapidement des acteurs majeurs de l’histoire européenne. L’un d’eux
s’installa durablement en Espagne. Un autre fut l’adversaire récurrent des
e eEuropéens durant le cycle des croisades des XI et XII siècles. Un autre
eencore devint, au XV siècle, le fossoyeur de l’empire byzantin.
C’est en la compagnie de ces multiples acteurs de l’histoire européenne médiévale
que s’effectue ce voyage au fil du temps. Il respecte l’ordre chronologique, indis-
pensable à une perception dynamique de la situation, mais ignore les frontières
politiques, au demeurant instables, de ces temps troublés. Des coups de projecteur
sont ainsi dirigés sur une cinquantaine d’événements, connus ou moins connus,
qui ont ponctué notre passé médiéval commun, et qui sont évoqués dans ces
pages comme autant de tranches d’histoire.
Pourquoi ?
Pourquoi « cinquante tranches d’histoire » ?
A l’échelle d’un continent, et durant un millénaire, il se passe chaque année quel-
que chose d’important quelque part. Alors se pose un problème de choix. Ne
pouvant être exhaustif dans un ouvrage de quatre cents pages, il fallait naturelle-
ment faire un tri. Un reproche peut, dès lors, être formulé, car tout choix a nécessai-
rement un caractère subjectif. Si la formule de Marcel Proust (« dès qu’il y a choix, il
(2)ne peut être que mauvais ») est quelque peu outrée, celle d’un autre auteur, dont
le nom m’échappe aujourd’hui, est incontestablement vraie : « Là où il y a choix, il y
a sacrifice ». C’est ainsi que certaines dates qui ont été retenues dans cet ouvrage
pourront apparaître, à tel et tel lecteurs éclairés, moins pertinentes que d’autres qui
n’ont pas été choisies. Que ces lecteurs-là veuillent bien faire preuve de quelque
indulgence.
2.- La citation exacte est celle-ci : « On a tort de parler, en amour, de mauvais choix, puisque dès
qu’il y a choix, il ne peut être que mauvais » - Marcel Proust - « A la recherche du temps
perdu - Albertine disparue ».
9Toutes les dates ne présentent d’ailleurs pas le même niveau d’importance. Certai-
nes ne sont que de simples repères, utiles à l’historien qui les utilise pour subdivi-
ser une tranche de temps complexe. L’année 476 est de cette nature. Rien de primor-
dial ne s’y est passé, si ce n’est, depuis Ravenne, le renvoi symbolique d’un
manteau de pourpre à l’empereur de Constantinople. Ce geste spectaculaire, qui ne
modifiait aucunement le cours des choses, entérinait simplement un état de fait
remontant à plusieurs décennies : des empereurs insignifiants n’étaient en Italie
que pour la forme. Leur passage à la trappe ne bouleversa pas soudainement la
physionomie géopolitique de l’Europe. Cette année 476 n’est donc qu’un simple
repère chronologique : celui du passage de la période dite « Antiquité » à celle dite
« Moyen-Âge ». Cette absence d’évènement important explique le report du début
de la période médiévale pratiqué par certains auteurs.
D’autres dates sont, au contraire, majeures, les événements dont elles furent le
cadre temporel imprimant une inflexion brutale du cours de l’Histoire. En 1066, la
bataille d’Hastings fit, du jour au lendemain, basculer l’Angleterre de l’ancienne
dynastie saxonne à la nouvelle dynastie normande, avec tout ce que cela impliqua
de bouleversements immédiats pour le royaume insulaire, et, à très court terme, pour
(3)l’Europe occidentale. L’année 1066 marque donc une charnière de l’histoire.
Mais les évènements importants ne sont pas tous à effet immédiat. Un acte pou-
vant paraître, sur l’instant, insignifiant (à l’échelle européenne) peut entraîner, à
(4)plus long terme, des conséquences imprévisibles. C’est « l’effet papillon » .
En 1152, le roi de Francie Louis VII répudia Alienor de Guyenne. En cette lointaine
époque, encore proche du haut Moyen-âge, rien n’était plus banal, pour un souve-
rain, que de renvoyer son épouse. Les exemples de tels incidents matrimoniaux
sont multiples. S’ils bouleversaient la vie des reines répudiées, ils ne causaient
généralement pas de séisme géopolitique. L’événement purement « domestique »
que constitua la décision royale de 1152 aurait donc pu n’être qu’un détail de
l’histoire. Il n’en fut rien : il changea pour trois siècles le sort de deux nations
majeures de l’Europe occidentale. En effet, le roi de Francie vit l’Aquitaine, acquise
par apport dotal de son épouse quelques années plus tôt, passer immédiatement
de son patrimoine à celui du nouveau mari de la reine répudiée, lequel devint, peu
après, roi d’Angleterre. La situation complexe, quasi inextricable, ainsi engendrée
fut l’un des éléments déclenchants de la guerre de Cent ans. Celle-ci commença
militairement en 1328, mais les dés en avaient été jetés en 1152, cette année fatidi-
(5)que qui scella pour partie le destin des deux nations.
3.- Grand Robert : « charnière : (fig.) Point délicat et primordial qui conditionne tout le reste ».
4.- « Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas? » fut
le sujet d’une conférence faite en 1972 par le physicien et météorologue Edward Lorenz à
l’American Association for the Advancement of Science.
5.- Fatidique : du latin fatum = le destin – edicere = fixer - qui détermine le destin.
10Cette évocation de certains faits marquants de l’histoire de l’Europe médiévale
permet de rappeler quelques évidences …
– l’Allemagne et la France sont deux sœurs jumelles, issues du fractionnement,
en trois morceaux, du puissant et brillant empire carolingien. Ce découpage
malencontreux a transformé, durant mille ans, ces deux nations sœurs, théori-
quement faites pour s’entendre, en rivales se disputant férocement le troi-
sième morceau issu de ce partage.
– l’islamisation de l’Espagne, durant sept siècles, permit à la péninsule d’avoir
un rayonnement intellectuel intense : le khalifat ommeyyade de Cordoue fut,
en effet, un remarquable facteur de diffusion, en Europe, de la culture grecque
traduite par les envahisseurs arabes.
– la ville d’Istambul, aujourd’hui turque et donc moyen-orientale, fut, durant
mille ans, sous le nom de Constantinople, un acteur clé de l’histoire euro-
péenne.
– les papes médiévaux n’ont pas tous eu, tant s’en faut, la dimension spirituelle
ni le sens politique de l’immense Jean Paul II récemment disparu : si certains
pontifes se sont montrés largement à la hauteur de leur tâche, d’autres vécu-
rent et agirent d’une façon totalement indigne de leur fonction.
– La Peste Noire annula, en moins de dix ans, deux siècles de progrès démogra-
phiques et économiques.
… ou de mettre en valeur quelques enchaînements de circonstances pas toujours
transparents :
– le royaume de Portugal dut sa création au petit-fils d’un duc de Bourgogne.
– la naissance de la Russie fut un corollaire de l’excellence multidisciplinaire des
enavigateurs scandinaves du X siècle …
Comment ?
Chaque chapitre s’articule autour d’une date et d’un événement et présente une
« tranche d’histoire ». Il prend la forme d’un triptyque sur le thème récurrent « hier
– aujourd’hui – demain ».
Ces trois parties correspondent respectivement à :
– un historique plus ou moins circonstancié replaçant l’événement étudié
dans son contexte géopolitique,
– l’évocation de cet événement,
– un bref regard vers le proche avenir.
Cette articulation permet de répondre avec précision, au sein même de chaque
chapitre, aux cinq interrogations essentielles de l’analyse historique :
11– L’intitulé des chapitres apporte, à lui seul, la réponse aux trois premières ques-
tions : Quand ? (en 476) ; Où ? (en Italie) ; Qui ? » (Odoacre …) ;
– Le premier volet du tryptique (« Hier ») aborde le « Pourquoi ? »;
– Le second volet (« Aujourd’hui Comment ? » ;
– Enfin, le volet « demain » jette une passerelle vers l’aval de l’histoire, en po-
sant les jalons d’un chapitre ultérieur.
Les chapitres, relativement courts, ne peuvent naturellement pas faire le tour du
sujet abordé. Chacun d’eux est une porte entrouverte, devant permettre au lecteur
qui se montrerait soucieux d’en savoir davantage d’exercer sa curiosité en diri-
geant ses propres investigations de façon plus précise.
Il reste à préciser deux points de détail.
Les signaux de navigation
Ils fonctionnent un peu à la manière des liens dans un document informatique et
permettent la navigation dans l’ouvrage. Un signal comportant un nombre enca-
dré de repères pointés à gauche (< 11 <) propose un retour en amont vers la page dont
le numéro est mentionné. Il permet de retrouver aisément une évocation précé-
dente de l’événement. Le signal inverse, composé d’un nombre encadré de repères
pointés à droite (> 51 >) invite à aller en aval à la page indiquée, et permet de se
porter directement vers un événement futur en relation plus ou moins étroite avec
le sujet traité.
Les notes déportées
Quelques termes sont encadrés d’astérisques (ex : les *Barbares*). Ce signal in-
vite à consulter, en fin de corpus, quelques explications complémentaires dont la
longueur était incompatible avec la notion de note de bas de page.
J. B.
12Pr èr par
d l’a 476 à l’a l :
le haut Moyen-Âge
13C ap. 1 - Avant 476
l’Europe à la f d l’A qu é : é a d s l ux. 17
C ap. 2 - 476, en Italie
f érul Odoacre r vo l s s g s pér aux :
la f d l’ p r ro a d’O d . 29
C ap. 3 - 481, en Gaule
L’avè d Clovis :
l’é rg d la supér or é fra qu . 35
C ap. 4 - 493, en ItalieL Théodoric s’ s all à Rav :
l’I al d v os rogo . 41
C ap. 5 - 527, à ConstantinopleE
L’avè d Justinien :
l’ p r sur la vo d la r o quê . 45S C ap. 6 - 568, en Italie
gé éral byza Narsès, sul é, ra l’ p r ur :
l’I al d v lo gobard . 51
C ap. 7 - 570, en Arabie
a a ssa d Mahomet :E
l’é los o l’ xpa s o d l’Isla . 57
C ap. 8 - 590, à RomeT Grégoire le Grand a èd au rô d P rr :
la papau é s’aff r . 65
C ap. 9 - 610, à ConstantinopleA
L’avè d’ Heraclius
l’ p r ro a d’Or d v l’ p r gr . 73P
C ap. 10 - 623, en Bretagne
ro d Nor u br Edwin épous E lburg d K :E l pr r pas v rs l’u o d s royau s . 77
C ap. 11 - 639, au royaume franc
ro Dagobert dé èd pré a uré :S
l s ro s fa éa s prépar l’as s o d s P pp d s. 81
C ap. 12 - 674, à Constantinople
k al f Muawiya a u s èg fru u ux :
la por or al d l’Europ s f r à l’Isla . 87
C ap. 13 - 711, en Espagne
B rbèr Tariq fra l s Colo s d’H r ul :
la f d l’Espag w s go qu . 91
C ap. 14 - 730, à Constantinople
L’ p r ur Léon III s’al g sur la k al f Yaz d II :
l débu d la qu r ll d s ag s. 97
14C ap. 15 - 732, au royaume franc
a r du pala s Charles Martel à Po rs :
l’ xpa s o arab s s oppé Europ . 103
C ap. 16 - 755, en Andalus
er Abd er-Rahman I a é appé au assa r d s O yyad s :
Al-A dalus d v u é ra dép da . 109
C ap. 17 - 756, à Rome
pap Etienne II, d ff ul é, app ll aux Fra s :
la papau é d v u é a por l. 115
C ap. 18 - 771-800, au royaume franc LCharlemagne ro pu s p r ur :
l’a p r ro a d’O d (pr squ ) r ssus é. 121
C ap. 19 - 825, en Bretagne E
ro d W ss x Egbert gag la ba a ll d’Ell du :
la dy as saxo s’ s all pour d ux s a s. 133 S
C ap. 20 - 843, dans l’empire franc
L’ p r ur Lothaire s g l ra é d V rdu :
l’ xplos o d l’ p r arol g . 139
C ap. 21 - 882, en Europe orientale
après u app l d s Slav s aux Varègu s : E
Oleg ré l pr r é a russ . 149
C ap. 22 - 911, en Frankie occidentale T f v k g Rollon s g l ra é d Sa -Cla r-sur-Ep :
la Nor a d r da s l’ s o r d l’Europ . 155
C ap. 23 - 913, en Europe centrale A
l k a Siméon pr d l r d sar :
la Bulgar à l’apogé d sa pu ssa 161 P
C ap. 24 - 929, en Andalus
Abd er-Rahman III s k al f à Cordou : Eapogé dé l d’Al-A dalus 167
C ap. 25 - 955, en Germanie
er Otton I r por la ba a ll du f ld : S
a ssa du royau d Ho gr . 173
C ap. 26 - 987, en Francie
Hugues Capet s élu ro :
l s Carol g s s’ ffa déf v . 181
C ap. 27 - 992, en Europe centrale
Boleslas a èd au rô du al polo a s :
la Polog sur la vo d l’ dép da . 187
C ap. 28 - an Mil
l’Europe au l u du Moy Âg : é a d s l ux. 191
(suite de la table des chapitres page 202)
15Le cheminement
Italie Gaule Germanie Angleterre Espagne Papauté Byzance Slavonie Extérieur
450 1 Europe à la fin de l'Antiquité : Etat des lieux
2 476
Odoacre
3 481L Clovis
4 493500
Théodoric
E
5 527
Justinien
550
6 568 7 570
Narsès MahometC 8 590
600 Grégoire
9 610
Heraclius
623H 10
Edwin
11 639
650 DagobertE
12 674
MuawiyaM
700
13 711
TariqI
14 73015 732
Léon IIICh. Martel
750
16 756 17 756N
Emirat St Pierre
E 800
18 771-800
Charlemagne
19 825M
Egbert
20 843850
LothaireE
88221
OlegN 900
913911 2322
SiméonRollon
929T 24
Khalifat
950
25 955
Otton
26 987
Hugues 99227
Boleslas
1000 Europe en l'an Mil : Etat des lieux28
16… de l’Antiquité
Chapitre 1
Avant 476
L’Europe à la fin de l’Antiquité :
état des lieux
500 600 700 800 900 1000 1100 1200 1300 1400 1500
5
?
4
17-b_crt.wmf
21
3
Le continent européen est coupé en deux, d’ouest en est, par une sorte de ligne de
démarcation que forment le Rhin et le Danube. Jusqu’au cinquième siècle, tout ce
qui se trouve au nord de cette séparation est peu connu : c’est le territoire des
*Barbares*. Rome avait bien tenté, quatre siècles plus tôt, de s’y implanter. L’af-
faire ayant tourné au désastre, l’empereur Tibère avait décidé, en l’an 16 de notre
ère, que ces deux fleuves marqueraient définitivement la frontière impériale.
Cet état des lieux concerne donc essentiellement la moitié méridionale du continent,
où cinq sous-ensembles peuvent être distingués :
– l’Italie (1),
– l’empire romain d’Orient (2),
– l’Hispanie (3),
– la Gaule (4)
– l’archipel brittonique (5).
17 L’Europe à la fin …
Si Rome n’a pas réussi à s’implanter en terres germaniques, de nombreux Germains,
par contre, se sont installés en territoire impérial dans la première moitié du cin-
quième siècle. Il y a donc, dans ces cinq sous-ensembles, deux strates de popula-
tions : la première est constituée des autochtones : les Latins en Italie, les Grecs en
pays hellénique, les Ibères (devenus des Hispano-Romains) en péninsule ibérique,
les Gaulois (devenus des Gallo-Romains) en Gaule, les Celtes (qui n’ont pas eu le
temps de devenir des Britto-Romains) dans l’archipel brittonique. La seconde strate
est celle de tous les *Barbares* récemment arrivés d’un peu partout.
1 - L’Italie
Rome avait été longtemps la capitale unique de l’ancien empire romain, lorsque
celui-ci constituait un bloc politique monolithique. Après que Théodose, en 395,
eût partagé l’empire en deux fractions (> 30 >), c’est de Ravenne que régnèrent,
dans le nouvel « empire romain d’Occident » résultant de cette scission, deux
empereurs dépourvus d’envergure : Honorius (395-423) et Valentinien (423-455).
Valentinien assassiné, six empereurs (>>31>>) tout aussi inconsistants, et de sur-
croît éphémères, occupèrent le trône entre 455 et 472. La réalité du pouvoir était
assumée par un « chef des milices » barbare d’origine suève, Ricimer. Enfin, Glycère
(473-474) et Julius Nepos (474-475) complétèrent cette liste de personnages falots
entre les mains desquels l’empire romain d’Occident cheminait vers son déclin.
L’Italie n’avait pas que ce souci interne de gouvernance : était venu s’y ajouter, au
edébut de V siècle, celui de l’apparition des Wisigots, fraction du peuple des Gots,
dont les bases de départ étaient l’île de Gotland (la Terre des Gots) et la rive
méridionale de la mer Baltique.
A la fin du second
siècle, les Gots, quit- Mer Baltique Huns
tant leurs régions MerGotland
Caspienne
glacées, s’étaient Dniepr
(1)
Gotsdirigés vers l’est et
Dniestr Ostrogotss’étaient installés,
(2)
pour partie d’entre Danube
Mer Noire
Dacieeux, entre les fleuves
Wisigots
MésieDniepr et Dniestr
Thrace
(position 1), pour les
autres en Dacie,
dans la boucle du
cours inférieur du 18_cart.wmf
Danube (position 2).
Peut-être (sous réserve, cette acception n’étant pas admise par tous les historiens)
cette répartition géographique les a-t-elle fait appeler respectivement Ostrogots,
18… de l’Antiquité
les Gots de l’est, et Wisigots, les Gots de l’ouest (en allemand : Ostgoten et
(1)Westgoten) .
Les Wisigots furent terrorisés par l’approche d’une peuplade asiatique, les Huns,
qui, après avoir franchi le Dniepr, s’étaient répandus en territoire ostrogot. En 376,
ils demandèrent à l’Empereur Valens l’autorisation de se réfugier sur la rive sud du
Danube. Permission leur fut donnée de s’établir en Mésie et en Thrace, moyennant
une participation militaire à la défense de l’empire.
Mais les déprédations qu’ils y commettaient les rendirent vite indésirables, et, peu
après le partage de l’empire, en 395, l’empereur d’Orient Arcadius les persuada
d’aller déployer leurs talents destructeurs chez son frère Honorius, l’empereur
d’Occident… Ils remontèrent alors toute l’Illyrie, puis redescendirent jusqu’en
Calabre (la pointe de « la botte »). En 410, ne pouvant franchir le détroit de Mes-
sine, ils remontèrent jusqu’aux Alpes, puis traversèrent la Gaule pour se fixer dans
la région aquitaine. Cet aller et retour dans la péninsule ne s’effectua pas sans
dommage pour le pays et ses habitants …
DacieIllyrie
Ravenne
Pollentia
Danube
395
Thrace410
Wisigots
Rome
19_cart.wmf
Depuis 395, Ravenne assume donc le rôle de capitale impériale, mais Rome de-
meure importante à un autre titre : elle est le siège de la papauté. Du temps du
christianisme naissant, les structures administratives de l’église avaient été co-
piées sur celles de l’empire. Maintenant que ces dernières sont presque totalement
1.- En français, l’orthographe « Wisigoth » et « Ostrogoth » est plus courante, mais incor-
recte : ce sont des Gots. La lettre finale « h » est volontairement omise.
19
vers Bordeaux
RhinDanube
L’Europe à la fin …
désorganisées, puisqu’il n’y a plus de pouvoir fort dans l’Empire d’Occident, les
structures chrétiennes assurent, tant bien que mal, la survie administrative dans
les composantes occidentales de l’ancien empire. Aussi le pape, au sommet de cet
édifice administratif, voit-il sa fonction de chef spirituel se doubler de celle de chef
temporel. Mais en dépit de ce nouveau pouvoir, il dépend toujours, juridiquement,
de l’empereur d’Occident, aussi falot soit-il. Cette sujétion se poursuivra après
l’année 476 qui marquera la disparition de l’autorité impériale en Italie (> 33 >) . Le
pape deviendra alors, théoriquement, sujet de l’empereur « romain » de Constanti-
nople. Cette dépendance quasi hiérarchique sera la cause de graves frictions et de
luttes d’influence qui prendront, au fil des années, une ampleur démesurée.
2 - L’empire romain d’Orient
C’est la moitié orientale de l’ancien empire depuis la scission organisée par Théo-
dose en 395. Constantinople, la capitale, se situe en territoire européen. Mais l’em-
pire d’Orient sort largement des limites géographiques de l’Europe, puisqu’il en-
globe une vaste région du Moyen Orient (l’Anatolie et la Syrie), ainsi que le nord
de l’Egypte (région non portée sur la carte ci-dessous).
Depuis le début du siècle, quatre empereurs (> 31 >) ont occupé le trône : Arcadius
er(395-408), Théodose II (408-450), Marcien (450-457) et Léon I (457-474).
implantation
des Ostrogots
Anatolie
20_cart.wmf
Syrie
20
ConstantinopleVandales
… de l’Antiquité
Dans ce pays de langue grecque, une colonie germanique est implantée au sud du
Danube : ce sont les Ostrogots. Bousculés par les Huns, lorsque ceux-ci franchi-
rent le Dniepr, ils furent incorporés dans les armées d’Attila jusqu’à leur déroute
de 451 (défaite des champs catalauniques) et la disparition des Huns en 453 (mort
d’Attila). Ayant alors repris leur liberté, les Ostrogots obtinrent de l’empereur
Marcien, en 455, l’autorisation de s’installer en Macédoine, à titre d’alliés fédérés.
Ils occupèrent ainsi partiellement l’espace abandonné par les Wisigots cinquante
ans plus tôt.
erLéon I , successeur de Marcien, ne s’émut guère de la présence de ce « corps
étranger » sur ses terres. Par contre, Zénon, accédant au trône en 474, se sent
davantage concerné par la gêne que les Ostrogots occasionnent à son peuple, et
cherche un bon moyen de s’en débarrasser. Dans douze ans, il trouvera la solu-
tion : les envoyer, eux aussi, guerroyer et s’installer en Italie ! (> 42 >).
3 - La péninsule ibérique
Ibères et Hispano-romains se remettent doucement du traumatisme causé, entre
410 et 430, par l’irruption des Vandales qui firent dans leur pays un bref mais
remarqué séjour.
Initialement voisins des Gots (leur
berceau était situé dans la partie
méridionale du Jütland), et après
Vistuleun long périple à travers l’Europe
centrale, les Vandales s’étaient
Rhininstallés, vers 375, sur la rive droite
du cours moyen du Rhin. En 406, Danube
en même temps que les Alamans
(> 24 >) et accompagnés du petit
peuple des Suèves (originaires de
cette partie de la Germanie qui sera Suèves
plus tard la Souabe), ils franchi- Douro
rent le Rhin, traversèrent la Gaule Andalousie
21_cart.wmfde part en part, contournèrent les
CarthagePyrénées et s’installèrent dans la
péninsule vers 410. Les Suèves
restèrent dans la partie nord, en-
tre la côte septentrionale et le
Douro (actuelle Galice), les Vandales descendant dans la partie méridionale, la
Bétique, à laquelle ils donnèrent leur nom : Vandalizia, ou Vandalousie, origine du
nom actuel, l’Andalousie.
21
V nd lesa aGaronne
Seine
L’Europe à la fin …
Mais en 429, les troupes romaines, secondées par certains des Wisigots fraîche-
ment installés en Aquitaine après leur périple italien (< 19 <), chassèrent les Vanda-
les de la péninsule. Le chef vandale Genséric emmena alors ses hommes en Afrique
du nord, d’où ils menèrent, depuis Carthage, des expéditions ravageuses sur tou-
(2)tes les côtes européennes de la Méditerranée . Le royaume vandale d’Afrique ne
perdurera qu’un siècle : il sera détruit en 533 par Bélisaire, général byzantin venant
reconquérir, au profit de l’empereur Justinien, les anciennes possessions romaines
d’Afrique (> 47 >).
Vers 450, donc, hormis des soldats impériaux, l’Espagne n’a plus sur son sol,
comme éléments étrangers, que le petit peuple des Suèves, cantonné dans la partie
septentrionale, et les supplétifs Wisigots qui, démobilisés par Bélisaire à l’issue de
sa campagne, se sont installés au pied de la chaîne pyrénéenne.
4 - La Gaule
Rhin
Francs
Francs rhénans
saliens Main
Somme
Alamans
Royaume romain
Saône
Burgondions
Wisigots
Rhône Hérules
22_cart.wmf
2.- Ce sont leurs exactions qui ont permis à leur nom de passer à la postérité dans le langage
commun, lui léguant les termes péjoratifs de « vandales » et « vandalisme ».
22
Loire
DanubeWisigots
… de l’Antiquité
La Gaule est une mosaïque de peuples divers. Elle compte, bien sûr, les gaulois
autochtones, d’origine celte, conquis par Jules César un demi-siècle avant notre
ère, et qui ont si bien assimilé les règles de vie et les traditions latines qu’ils sont
devenus « gallo-romains ». Ils sont, de loin, quantitativement majoritaires. Mais
depuis quelques décennies, et bien que minoritaires, des étrangers sont devenus
les maîtres du pays. La caractéristique de cette strate est qu’elle est multiethnique :
quatre peuples germaniques ont créé quatre royaumes et se partagent la domina-
tion du territoire gaulois :
– les Wisigots et les Burgondions, issus de la migration dite « ostique »
– les Alamans et les Francs, issus de la migration dite « westique ».
Cette distinction un peu superficielle est basée sur des implantations initiales plus
à l’est pour les uns, les ostiques, que pour les autres, les westiques.
Enclavé entre les quatre royaumes barbares se trouve le « royaume romain » de
Soissons, dernier vestige de la présence d’une autorité romaine en Gaule.
– a) Les Wisigots
Après avoir parcouru l’Italie dans les deux sens (< 19 <), et avoir engagé nombre de
combats contre les légions romaines, les Wisigots finirent, en 429, par aider le
nouvel empereur d’occident, Avitus, à purger la péninsule ibérique de la présence
des Vandales. Reconnaissant, Avitus les autorisa à rester en Gaule en qualité de
fédérés. Les voici donc définitivement installés dans les régions aquitaine et tou-
lousaine.
Outre le territoire délimité par les
Pyrénées, l’Atlantique, la Loire
et le Rhône, ils possèdent éga-
lement, à l’est du delta du
Rhône, la partie de l’ancienne
Provincia Romana (actuelle
Provence) située au sud du
Rhinroyaume burgondion, jusqu’à
Nîmes, et une bande de terre Danube
ibérique située entre les Pyré-
nées et l’Ebre, à l’est du terri-
Toulouse
toire suève. La capitale a été fixée
à Toulouse, d’où l’appellation
de « Royaume de Toulouse », 23_cart.wmf
sur lequel, en cette période, rè-
gnent les rois Théodoric (453-
466), puis Euric (466-486).
23Weser
Meuse
Rhin
Rhin
Elbe
Danube
L’Europe à la fin …
(3)– b) Les Burgondions
Initialement installés près des sources du Main et de la Weser, les Burgondions
(Burgondes) connaissaient les Romains, dont ils étaient géographiquement pro-
ches, et se montraient peu hostiles à
leur égard. Il leur arrivait même de com-
24-a_crt.wmf
mercer avec eux par dessus le limes,
cette ligne fortifiée qui isolait l’empire
des terres germaniques. Ils profitèrent
toutefois de l’élan de 406 pour fran-
Burgondionschir la frontière avec les Alamans. Ils
s’installèrent en Gaule dans la région Main
comprise entre le Rhin et la Meuse.
Quelques difficultés de voisinage les
ayant obligé à déplacer leur royaume
Pôvers le sud, ils se retrouvent, vers 475,
groupés en un royaume oblong com-
pris entre le Rhône et les Alpes, sous
la houlette du roi Chilpéric (472-474),
lequel, assassiné deux ans après son accession au trône, sera remplacé par son
frère Gondebaud (474-516).
– c) Les Alamans
Les historiens latins les situaient, vers l’an 200, dans le triangle compris entre la
Danube, le Main et le Rhin. Ils n’eurent qu’à traverser ce dernier fleuve pour
s’installer en territoire impérial. Contrairement aux paisibles Burgondions, ils avaient
été, durant deux siècles, de dangereux voisins : entre les années 200 et 400, ils
avaient tenté, à sept reprises (212, 230, 250,
268, 324, 352 et 364), de pénétrer en Gaule. 450_9020_b
24-b_crt.wmf
En 406, ils franchirent en masse le Rhin gelé
et réussirent enfin à s’implanter, entre le Rhin
et la Moselle, dans la région correspondant
grossièrement aujourd’hui à l’Alsace et la
AlamansLorraine, tout en gardant une attache dans
leur berceau territorial originel (actuel Pala-
etinat). Au milieu du V siècle, ils occupent
toujours ce même territoire à cheval sur le
Rhin.
3.- Ce nom peut aussi être orthographié « Burgundions ».
24
Danube… de l’Antiquité
– d) Les Francs
Les Francs étaient divisés en deux « tribus », cousines de race mais séparées en
deux royaumes : les Francs « saliens», sur le cours inférieur du Rhin, et les Francs
« rhénans » (ou « ripuaires »), à cheval sur le cours moyen du Rhin. Les Francs
saliens avaient obtenu en 355, de Julien dit l’Apostat, lequel n’était pas encore
empereur, mais légat impérial pour les Gaules, le droit de s’établir en Gaule Belgi-
que, à l’ouest de la Meuse. En cent ans, leur territoire s’était peu à peu agrandi pour
atteindre la Somme.
En 458, les Saliens avaient élevé sur le pavois l’un des leurs, Childéric, ainsi devenu
« roi de Tournai ».
Rhin
Francs
Francs rhénans
saliens
Main
Somme25_cart.wmf
AlamansRoyaume romain
Seine
Wisigots Burgondions
– e) Le « Royaume romain » de Soissons
Enclavé entre les royaumes wisigot et burgondion au sud, le royaume alaman à
l’est, et les deux royaumes francs au nord, se trouve un vaste territoire, compris
entre la Somme et la Loire, qui est toujours sous obédience romaine, bien que
complètement isolé de son administration centrale italienne.
Cette appellation « royaume romain », due à l’historien médiéval Grégoire de Tours
(544-595), est d’ailleurs erronée : il ne s’agit nullement d’un royaume, mais d’une
ancienne légature romaine. En 457, le légat Aegidius avait fait de Soissons le centre
de décision.
Un nouvel empereur, Vibius Sévère, arrivé au pouvoir en 461, avait destitué Aegidius.
Le nouveau légat, soucieux de plaire au roi wisigot Théodoric, son voisin du sud,
25
Loire L’Europe à la fin …
lui avait immédiatement cédé une partie du territoire dont il avait reçu la charge.
Mais Aegidius refusa sa destitution. Après avoir battu son éphémère successeur,
il décida de reconquérir par la force les territoires cédés au roi wisigot.
Afin de pouvoir se consacrer à cette tâche, il demanda à son voisin du nord, par
ailleurs son allié et ami, Childéric, le roi des Francs saliens, d’assurer l’intérim de sa
légature. Mais Aegidius mourut au combat en 464. Childéric assuma alors seul la
gestion du territoire romain, et fut reconnu comme haut fonctionnaire romain jus-
qu’en 471, date à laquelle l’empereur Anthémius(467-472) nomma Syagrius, le fils
d’Aegidius, à la tête de la légature.
Mais bientôt, avec l’arrivée d’Odoacre (> 32 >), il n’y aura plus d’empereur en Italie,
donc plus d’empire, et ce dernier vestige de la domination romaine en Gaule sera
livré à lui-même. Aussi ce territoire fera-t-il l’objet des convoitises franques, et n’a-
t-il plus désormais que quelques années à vivre …
– f) La presqu’île armoricaine
Pour être très complet, il ne faut pas quitter la Gaule sans citer cette presqu’île du
bout du monde, située à l’extrême ouest : l’Armorique, que les troupes romaines
avaient peu colonisée, que les Barbares, qui ne sont pas des gens de mer, ignorent
totalement, et qui est comme isolée dans sa culture demeurée celtique. Elle sera
bientôt un refuge pour les Celtes des Iles brittoniques qui l’appeleront « Breta-
gne »(> 79 >), en hommage à leur patrie d’origine.
5 - Les îles brittoniques
La puissance romaine s’était très tôt intéressée à la Bretagne (Brittania) : si Jules
César n’y débarqua que pour peu de temps en 54 avant J.C., l’occupation romaine
était devenue définitive sous l’empereur Claude, en l’an 43 de notre ère. Mais seule
la moitié méridionale de la grande île avait retenu l’attention de Rome, la colonisa-
tion s’étant arrêtée aux Monts Cheviot.
Les Romains avaient donné aux habitants celtes de cette région le nom de Brittoni,
d’où le nom de Brittania pour désigner leur pays.
Au nord de la Bretagne, la Calédonie (actuelle Ecosse) était peuplée de Pictes, les
« Hommes peints », voisins turbulents qui avaient obligé les Romains à construire,
entre Bretagne et Calédonie, deux murailles juxtaposées (le mur d’Hadrien, puis le
mur d’Antonin) pour tenter d’arrêter leurs incursions. A l’ouest, l’île d’Hibernie
(l’Irlande) était peuplée de Scots, autres voisins guère plus faciles.
26… de l’Antiquité
eAu III siècle, des na-
vigateurs saxons, ve-
Calédonie
nant du Jutland, Pictes
27_cart.wmf Jutesavaient obligé les Ro-
Monts Cheviot
mains à édifier le « lit-
Angles
toral saxon » (litus
Hiberniesaxonicum) : il s’agis- SaxonsScots
Bretagnesait de fortifications Frisons
Brittonsde bord de mer desti-
nées à freiner les
Litus
saxonicumagressions de ces
nouveaux venus. Ce
barrage, tenu par les
troupes romaines, se
montra temporaire-
ment efficace.
eMais au début du V siècle, la situation de l’empire s’était fortement dégradée sur le
continent, où les légions étaient trop peu nombreuses pour s’opposer avec succès
aux migrations germaniques. Aussi l’empereur d’Occident Honorius (395-423) ju-
gea-t-il que les troupes romaines stationnées en Bretagne seraient plus utiles en
Gaule : en 409, il décida de les rapatrier.
Les Pictes, profitant du vide laissé par le départ des Romains, firent alors irruption
chez les Bretons. Le chef breton, Vortigern, incapable de lutter seul, demanda l’aide
d’un écumeur des mers venu du Jutland, Henquist, lequel, à l’occasion d’un raid de
piraterie, avait pris pied avec ses marins dans le sud-est de l’île. Cette coopération
fut si efficace que, les Pictes une fois battus, Vortigern offrit aux Jutes, à titre de
remerciement, le droit de s’installer définitivement dans le territoire du Cantium (le
Kent). Henquist fut élu roi de Kent en 455. Il invita alors d’autres Jutes à venir
s’établir dans l’île. Ils vinrent nombreux, accompagnés d’Angles et de Saxons…
e Ainsi, depuis le début de la seconde moitié du V siècle, une majeure partie de la
Bretagne est-elle en train de perdre à la fois son identité celtique et les éléments de
la culture latine que lui avaient apportée quatre siècles de présence des légions
romaines, pour devenir une terre de peuplement germanique.
.
27 L’Europe à la fin …
28Odoacre…
Chapitre 2
476, en Italie
Le chef hérule Odoacre renvoie les insignes impériaux :
fin de l’empire romain d’occident
500 600 700 800 900 1000 1100 1200 1300 1400 1500
Hier, dans l’empire romain
Fondée par Romulus en 753 avant J.C., Rome, cette ancienne petite bourgade
édifiée sur les sept collines du Latium, n’avait pas tardé à devenir une grande cité
urbaine, puis la capitale d’un empire s’étendant sur le pourtour de la Méditerranée.
29-b_crt.wmf
Rome
025_b
(1)De l’année 31 avant J.C., marquant l’avènement du premier empereur, Auguste , à
l’an 395 de notre ère, date de la mort de Théodose le Grand, cet immense territoire
était gouverné par un seul homme. Il y eut, toutefois, une exception : durant une
vingtaine d’années (292 - 313), Dioclétien partagea non pas l’empire, mais le pou-
voir impérial entre lui-même et trois autres « coempereurs » : ce fut la « tétrarchie ».
1.- Contrairement à une idée répandue, Julius Cæsar, dont le nom patronymique deviendra un
titre prestigieux (Cesar), ne fut jamais empereur (> 412 >)
29476, en Italie :
(2)Mais l’empire était décidément trop vaste pour être dirigé par un « monarque » ,
alors que des dangers multiples s’accumulaient sur des frontières de longueurs
démesurées. Du côté de l’Anatolie, les Perses menaçaient fortement la façade orien-
tale de l’empire. Au nord, de nombreuses tribus germaniques (les Gots et les Ala-
mans, notamment), venues des plaines septentrionales et des rivages adriatiques,
exerçaient une forte pression sur la frontière constituée par le Rhin et le Danube.
Aussi, avant de mourir, en 395, Théodose crut-il bon de reprendre partiellement
l’idée de Dioclétien : il créa un gouvernement dyarchique (à deux têtes). A son fils
aîné, Arcadius (18 ans), échut la partie orientale, là où le danger perse semblait le
plus grand. Le centre de décision était Constantinople, l’ancienne petite cité de
Byzance à laquelle l’empereur Constantin avait donné son nom en y établissant, en
313, la capitale impériale. Il voulait, ce faisant, se rapprocher de la région qu’il
jugeait le plus vulnérable.
Au cadet, Honorius (11 ans), échut la moitié occidentale dont le centre de décision
n’était plus à Rome, mais à Milan.
Germains
Milan Constantinople
Rome
Occident
Orient
30_cart.wmf
Dans l’esprit de Théodose, cette « cogérance » représentait une solution provi-
soire pour un empire dont il ne remettait pas l’unicité en question. Rapidement,
cependant, les faits en décidèrent autrement : ce partage de responsabilités se
traduisit par l’émergence de deux états séparés, un « empire romain d’Orient » et un
« empire romain d’Occident ».
2 - au sens étymologique du terme : monos archein = le seul à commander
30
PersesOdoacre…
Durant plus d’un demi- siè-
Theodosecle, les deux entités se mon-
395trèrent institutionnellement 395
occident orient
stables : de 395 à 457, trois
empereurs (Arcadius, Théo- Honorius Arcadius
dose II et Marcien) régnè- 408
rent sur l’empire d’Orient.
Dans le même temps (395 à
455) deux empereurs (Hono-
423rius et Valentinien) se suc-
cédèrent sur le trône de l’em- Theodose II
pire d’Occident.
31_schma.wmf
Si Honorius, à l’ouest, par- Valentinien
vint à remplir assez correc-
tement sa tâche, son suc-
cesseur Valentinien III,
450
monté sur le trône en 423, à Marcien
455l’âge de 4 ans, fut dès le
Maxime 457
Avitusdépart, et resta ensuite, le
Majorien
jouet de son entourage. Fai- Vibius Sévère erLéon I Anthemiusble et incompétent, il fut as-
Olybrius
sassiné en 455 après 32 ans Glycere
Julius Neposd’un règne peu glorieux 474Romulus476 Zénon
L’accession de Maxime à la
pourpre impériale marqua
491alors, pour l’empire d’Occi-
dent, le début d’une période
plus néfaste encore que la
précédente. En vingt ans (de 455 à 475), de Maxime à Julius Nepos, le trône fut
occupé par huit empereurs falots, éphémères et sans pouvoir. Cinq d’entre eux
(Avitus, Majorien, Vibius Sévère, Anthémius et Olybrius) étaient des pantins aux
mains d’un officier d’origine germanique : le Suève Ricimer.
L’empire romain d’occident se mourait donc lorsque, en 475, un autre général ro-
main ambitieux, Oreste, fit élire empereur son fils Romulus Augustus. Oreste était
autrefois au service d’Attila. Il avait été envoyé en mission diplomatique à Cons-
tantinople. A la mort d’Attila, en 453, il rejoignit l’Italie où il s’éleva rapidement
dans la hiérarchie militaire. Son fils était un adolescent de 14 ans que l’on appelait
par dérision Augustulus, le petit Auguste, en raison de son âge. Trop jeune, il était
sous la tutelle de son père qui s’arrogea les fonctions de « régent » et détint ainsi
la réalité du pouvoir.
31Danube
Hérules orientaux
476, en Italie :
Hier, chez les Hérules
Le berceau des Hérules avait été, vers l’an 250, la Scandinavie méridionale. Comme
tous les Germains de cette région, et
presque à la même période, ils entamè-
Dnieprrent un mouvement migratoire. Quel-
Hérules occ.
ques uns, peu nombreux, (dits « Héru-
Dniestr
les occidentaux ») se dirigèrent vers le Francs Rhin
sud-ouest, et furent rapidement absor-
bés par les Francs. Les autres (dits
« Hérules orientaux ») firent route à Thrace
l’est et s’installèrent sur le cours infé-
rieur du Dniepr. Ils devinrent donc voi-
sins des Ostrogots, qui étaient sur
32_cart.wmfl’autre rive du fleuve (carte < 18 <).
eÀ la fin du IV siècle, les Huns, d’origine asiatique, mais réinstallés ensuite entre la
Volga et le Don, franchirent le Don et s’emparèrent du territoire des Hérules orien-
taux. Ceux-ci furent, bon gré mal gré, et tout comme les Ostrogots quelques mois
plus tard, entraînés à la suite des Huns dans leurs incursions dévastatrices. Edecon,
echef hérule, était, à la fin du IV siècle, au service des rois huns.
La défaite des Huns, en 451, lors de la bataille des Champs Catalauniques (en
Gaule, dans la région de Troyes) et la mort d’Attila, en 453, rendirent aux Hérules
– comme aux Ostrogots – leur entière liberté. Sous la houlette du fils d’Edecon,
Odoacre, leur nouveau roi, ils s’installèrent en Thrace, sous la boucle du Danube,
à l’endroit laissé libre par le départ des Wisigots en 395 (< 19 <)
476 : Odoacre à la conquête de l’Italie
Les Hérules, comme bien d’autres peuplades germaniques toujours à la recherche
d’un habitat stable, souhaitent bénéficier du statut privilégié de « peuple fédéré »,
allié à l’Etat romain, ce qui leur donnerait à la fois un territoire fixe et des moyens
d’existence définitifs. Odoacre en fait la demande à Oreste, le régent de l’empire
d’Occident. Ce dernier refuse avec hauteur. Odoacre décide alors de prendre par la
force ce qu’il ne peut obtenir par la prière. Soulevant les Hérules, il traverse l’Illy-
rie, pénètre en Italie et marche contre le jeune empereur Romulus et son père Oreste.
La bataille se déroule à Pavie. Oreste y est vaincu et tué. Odoacre accorde la vie
sauve à Romulus Augustulus, et l’enferme à Milan, tandis que lui-même s’installe
à Ravenne.
32Danube
Odoacre…
Mais il ne veut pas être considéré
comme un « voleur de trône », avec
tous les désagréments politiques que
Illyrie
lui vaudrait ce qualificatif d’usurpa- Pavie Thrace
ConstantinopleRavenneteur : les jalousies, les luttes perma-
nentes pour se maintenir au pouvoir,
Rome
l’instabilité institutionnelle… Il décide
alors de se mettre sous l’autorité de
Zénon, qui, à Constantinople, en 474, 33_cart.wmf
ervient de succéder à Léon I comme
empereur d’Orient (< 31 <).
Il renvoie donc à Zénon les insignes impériaux du pouvoir dans l’empire d’occi-
dent (dont le célèbre manteau de pourpre), et se fait reconnaître le simple titre de
« * Patrice * d’Italie ».
Ce renvoi symbolique des insignes supprime le distinguo entre « empire romain
d’Occident » et « empire romain d’Orient » en vigueur depuis le partage de Théo-
dose. Il n’y a plus, à nouveau, qu’un seul « empire romain », dont la capitale unique
est Constantinople et dont l’empereur est, aujourd’hui, Zénon …
Demain, dans l’empire
Après cette déclaration d’allégeance du patrice de Ravenne à l’empereur de Cons-
tantinople, l’empire romain, ainsi « réunifié » devrait s’inscrire comme héritier de
er el’empire d’Auguste, au I siècle, de celui de Constantin, au IV siècle et de celui de
Théodose, tout récemment. Il n’est qu’une mauvaise copie tronquée du grand
empire romain d’autrefois :
– sur le plan purement géographique, il n’en représente que la moitié, puisque,
hormis l’Italie, ses autres composantes occidentales (Iles Brittoniques, Gaule,
Hispanie) n’en font plus partie. Quant à l’Italie, elle n’y restera qu’un temps
désormais très limité : dans moins de vingt ans, elle deviendra un royaume
ostrogot… (> 41 >).
– sur le plan politique, le transfert définitif vers l’est du centre de gravité de
l’empire change la nature sociologique de celui-ci. Avec la perte des parties
occidentales, l’empire n’est plus « romain », mais grec : grec est son chef,
grecs sont ses sujets, grecques sont sa langue et sa culture.
Durant un peu plus d’un siècle, la fiction d’un empire romain unique ressuscité
sera néanmoins maintenue. Puis, en 610, dès son avènement, l’empereur Héraclius
tirera toutes les conséquences de cette situation : il n’y aura plus d’empire romain,
ni même d’empire romain d’Orient, mais un empire grec (> 76 >).
33476, en Italie :
Néanmoins, la disparition de jure de l’empire romain d’Occident, en 476, n’entraî-
nera pas sa disparition de la mémoire collective européenne : plus qu’un souvenir,
il demeurera une référence, et sa résurgence deviendra une ambition. C’est cette
ambition que, en l’an 800, Charlemagne concrétisera en devenant le nouvel « em-
pereur d’Occident » (> 129 >).
Enfin, la petite histoire offre cette particularité curieuse : le dernier et falot empereur
romain d’occident portait le double nom de Romulus, le légendaire fondateur de
Rome, et d’Auguste, le premier et l’un des plus grands Césars romains.
34Clovis …
Chapitre 3
481, en Gaule
Avènement de Clovis :
l’émergence de la supériorité franque
500 600 700 800 900 1000 1100 1200 1300 1400 1500
Le roi franc salien Childéric (< 25 <)
décède en 481. Son fils Clovis lui suc-
Francscède sur le trône du royaume de Tour- Francssaliens
rhénans
Tournainai. Il n’a que quinze ans. Le jeune roi
caresse très vite le projet d’agrandir
Alamans
Royaume romainson domaine. Trois étapes marqueront
l’ascension fulgurante de celui qui,
35_cart.wmfBurgondionsen deux décennies, décuplera son hé-
ritage et régnera sur les trois quarts
Wisigots
Hérulesde l’ancienne Gaule romaine :
– 486 : la bataille de Soissons
– 496 : la bataille de Tolbiac
– 507 : la bataille de Vouillé
486 : Clovis attaque le « royaume romain » de Soissons
En 471, sept ans après la mort d’Aegidius, son fils Syagrius avait été mis par
l’empereur d’Occident Anthémius à la tête de la légature de Soissons. Le roi franc
Childéric, qui, durant ces sept années, assuma les fonctions intérimaires de lé-
gat (< 26 <) , accorda au fils la même amitié tutélaire qu’il avait accordée au père. Ce
soutien était d’autant plus nécessaire à Syagrius qu’Euric, fils et successeur (< 23 <)
de Théodoric, assassiné en 466, n’avait pas renoncé au rêve de son père d’étendre
le royaume wisigot au nord de la Loire.
35Garonne
481, en Gaule :
Lorsque, en 481, Clovis succède à son père à la tête du royaume de Tournai, il ne
tarde pas à considérer le dernier déchet de l’empire romain allant de la Somme à la
Loire comme un vestige anachronique qu’il voudrait bien s’approprier pour aug-
menter l’étendue de son propre royaume.
Mais il y a les Wisigots, et leur rêve d’expansion vers le nord… Clovis craint
qu’une intervention de sa part au sud de la Somme ne déclenche une réaction
brutale d’Euric, qui trouverait là une excellente occasion de franchir la Loire pour
s’emparer lui-même du royaume de Soissons. Aussi juge-t-il urgent d’attendre une
opportunité.
Celle-ci se présente en 486, avec le décès d’Euric. Aussitôt, Clovis franchit la
Somme. C’est près de là, à Soissons, que se déroule la bataille. La victoire du Franc
est totale. Syagrius s’enfuit vers le sud, et se met sous la protection d’Alaric, le
tout nouveau roi wisigot qui n’a pas eu le temps d’intervenir.
Rhin
Francs
rhénansFrancs
saliens Main
Soissons
Paris
Alamans
le royaume de Clovis
après Soissons Seine
Burgondions
Wisigots
Rhône
36_cart.wmf
Clovis espérait étendre son royaume jusqu’à la Seine. C’est la Loire qui devient sa
nouvelle frontière. Grâce à ce premier succès, le jeune roi franc (il a maintenant
vingt ans) a déjà quadruplé son héritage. Aussi l’ancien « petit roi de Tournai » est-
36
Loire
Danube
SaôneRhin
eiS ne
40 km
Clovis …
il jugé digne, en 493, d’épouser Clotilde, la nièce de Gondebaud (< 24 <) , le
puissant roi des Burgondions (ce qui n’empêchera pas Clovis d’entrer en conflit
armé, en 500, avec son oncle par alliance… et de le battre dans les environs de
Dijon, mais sans aucune conséquence territoriale).
496 : Clovis attaque le royaume alaman : la bataille de Tolbiac
En rayures fines :
Rhinle royaume de Clovis
après Soissons
Francs
rhénansFrancs
saliens37-a_crt.wmf Main
Tolbiac
Alamans
Burgondions
Wisigots
Les Alamans ont toujours été un peuple remuant et offensif. Depuis trois cents
ans, ils s’en étaient pris à maintes reprises à l’empire romain (< 24 <). Le fait d’avoir
enfin réussi à traverser le Rhin ne les a pas calmés, et c’est maintenant le royaume
des Francs rhénans, leur voisin septentrional, qui est l’objet de leurs visées expan-
sionnistes. Sigebert, le roi franc rhénan, demande l’aide de son « cousin » Clovis.
Comme ce dernier craint également qu’un jour les Alamans ne se retournent aussi
contre lui, il se hâte de voler au secours de Sigebert.
La rencontre a lieu à Zülpich (en latin :
Tulpiacum – en français : Tolbiac). La bataille
Dusseldorf
est acharnée, et Clovis est sur le point d’être
37-b_sch.wmfbattu. Se souvenant alors que son épouse ca-
tholique le conjure, depuis 3 ans, d’embrasser
Colognesa religion, il s’écrie, si l’on en croit la tradi-
Aix la Chapelletion : « Dieu de Clotilde, donne-moi la victoire,
et je me fais chrétien ». Le miracle se produit :
30 kmZulpich Bonn
le chef alaman est tué, et ses troupes se dé-
bandent.
37
Loire
25 km
a eD nub
Meuse
SaôneRhin
Seine
Somme
481, en Gaule :
La victoire des deux rois francs est totale.
Sigebert s’empare de la moitié nord de
l’Alamanie, le sud étant placé sous la tu-
38_cart
Francstelle des Ostrogots qui, entre temps, ont .wmf rhénans
pris pied en Italie après y avoir vaincu et
Francs
saliensen avoir expulsé les Hérules d’Odoacre
Alamans(> 42 >). Quant à Clovis, « il se fait immé-
diatement baptiser, en compagnie d’un
Cette carte montre de façon approximative
grand nombre de ses guerriers », nous dit le nouveau royaume des Francs rhénans
englobant la moitié septentrionale du royaume alaman.Grégoire de Tours.
L’histoire est belle, mais ce n’est sans doute qu’une légende. La réalité est peut-
être d’ordre moins spirituel et nettement plus politique. Clovis s’est très vite rendu
compte, en occupant le territoire conquis sur Syagrius, que les populations gallo-
romaines, catholiques, n’étaient pas prêtes à se soumettre à un chef païen. Plus
important encore, les rouages administratifs, désormais tenus par l’Eglise depuis la
chute de l’empire, ne lui sont pas favorables. Il lui semble alors de bonne politique
de faire un geste vers ses nouveaux sujets et envers la hiérarchie chrétienne. Le
baptême (qui, de ce fait, est sans aucun rapport avec la victoire de Tolbiac) a lieu,
(1)en 498 ou 499, dans la cathédrale de Reims, dont (Saint) Rémi est l’évêque.
507 : Clovis attaque le royaume wisigot – la bataille de Vouillé
Dans l’ancien « royaume romain » de Syagrius, Clovis, désormais catholique, n’est
plus un intrus, car il est soutenu par le clergé. Il est en effet le seul chef germanique
catholique, les autres étant ariens, donc hérétiques (tels le roi wisigot Alaric et le
roi burgondion Gondebaud) ou païen (le roi franc rhénan Sigebert).
Fort de cette nouvelle légitimité, il peut désormais envisager de poursuivre l’exten-
sion de son domaine vers le sud de la Gaule en s’emparant du royaume de Tou-
louse. Dans celui-ci, les sujets gallo-romains catholiques d’Alaric souffrent de la
domination que leur imposent les Wisigots ariens, et préféreraient, tant qu’à subir
un roi barbare, que celui-ci soit catholique. Ce souhait est rapporté à Clovis qui
attend, à nouveau, le moment opportun de poursuivre ses conquêtes.
Il s’y emploie dès l’année 507, avec, naturellement, l’appui total du clergé du nord
de la Loire, mais aussi avec l’assentiment de celui du sud et de toute la population.
Le roi franc rhénan Sigebert, qui a une dette envers Clovis depuis leur victoire
commune sur les Alamans, apporte son soutien au Salien. La rencontre a lieu à
1 - Rémi est l’évêque a qui le roi franc a restitué, deux ou trois ans plus tôt, le fameux vase dit
« de Soissons », qui avait été dérobé dans la cathédrale de Reims, et emporté à Soissons en
vue d’un partage de butin. Ce vase était un grand cratère métallique, qui n’avait donc pas été
« cassé » d’un coup de hache par un guerrier récalcitrant, mais simplement cabossé.
38Clovis …
Rhin
Main
Francs
rhénans
Paris
Danube
Francs Seine
saliens
Alamans
Loire Saône
BurgondionsVouillé
39_cart.wmf
Hérules /Rhône
Ostrogots
Garonne
Wisigots
Barcelone
Vouillé, près de Poitiers. Alaric est tué au cours du combat. Clovis, vainqueur,
s’empare du royaume de Toulouse, et atteint les Pyrénées.
Demain
Peu après cette troisième victoire, Clovis interdira le culte arien sur la totalité du
territoire conquis. Les Wisigots traverseront alors les Pyrénées et s’établiront dé-
finitivement en Espagne, tout en gardant un pied à terre en Gaule, le long de la côte
méditerranéenne : Provence et Septimanie resteront wisigotiques. Afin que le pou-
voir central ne soit pas trop éloigné de ce territoire transpyrénéen, le roi wisigot
fera de Barcelone sa nouvelle capitale.
Clovis, alors au faîte de sa gloire, sera nommé consul romain par Anastase, l’empe-
reur de Constantinople. Il sera ainsi confirmé, par la plus haute autorité du moment,
comme le roi barbare le plus puissant d’Occident. L’essentiel, pour lui, sera de le
rester. Pour ce faire, l’idéal sera d’éliminer tous ceux qui, naguère, étaient les égaux
du roi de Tournai, et qui, bien que désormais plus faibles que lui, pourraient néan-
moins lui faire de l’ombre. Clovis fera donc le vide autour de sa personne. Il captu-
rera Chararic, roi de Thérouanne, et l’enfermera dans un couvent. Il tuera Ragnachaire,
39481, en Gaule :
le roi de Cambrai qui avait été son allié à la bataille de Soissons. Il supprimera
Rigomer, roi du Mans. Il fera disparaître Sigebert, le roi rhénan qui l’a aidé à battre
Alaric. Enfin, pour faire bonne mesure, il tuera Chloderic, fils de Sigebert et héritier
du royaume rhénan ! Sigebert et Chloderic morts, les Francs rhénans n’auront plus
de roi. Or, il leur en faudra un : ils ne se montreront pas rancuniers, et élèveront
Clovis sur le pavois ! Le roi salien deviendra ainsi le maître absolu de la majeure
partie de l’ancienne Gaule : son domaine s’étendra de la vallée du Rhin aux Pyré-
nées, à l’exception du petit territoire alaman, placé sous la tutelle des Ostrogots, et
du royaume burgondion, dont il n’a pas réussi à s’emparer, en 500, en dépit de son
succès sur Gondebaud.
Rhin
Main
Francs
rhénans
Paris
Danube
Seine
Alamans
Loire Saône
Francs Burgondions
saliens
40_cart.wmf Rhône
Ostrogots
Garonne
Wisigots
Clovis ne jouira pas longtemps de sa puissance : il s’éteindra en 511, après avoir
laissé à la postérité un important document juridique, promulgué en l’an 509 : la
première édition, en latin, de la * loi salique *, cette loi que, huit siècles plus tard,
l’on sortira d’un oubli total, à propos d’une querelle successorale franco-anglaise…
40Theodoric …
Chapitre 4
493, en Italie
Théodoric s’installe à Ravenne :
l’Italie devient ostrogote
500 600 700 800 900 1000 1100 1200 1300 1400 1500
Hier, en Macédoine
En 455, l’empereur byzantin Marcien avait accordé au peuple des Ostrogots la
permission de s’installer en Macédoine (< 21 <). Il avait exigé que leur roi Théodemir
envoyât son jeune fils Théodoric à la cour de Constantinople à titre d’otage et de
garant de la loyauté de son père et de ses sujets. Le jeune homme, intelligent et
ouvert, était fils de roi. Il reçut l’éducation soignée due à son rang.
erLéon I , succédant à Marcien en 457, appréciait le jeune Germain qui, parvenant à
l’âge adulte, devenait un homme fréquentable, puisque pétri de culture grecque.
Lorsque Théodemir décéda, en 473, Théodoric retourna parmi les siens et y fut élu
roi. Après avoir connu les fastes de Constantinople, le nouveau roi trouva la Ma-
cédoine bien terne, et surtout pauvre en ressources. Il caressa le projet de s’établir
dans une région plus accueillante.
L’année suivante, en 474, Zénon succéda à Léon. A titre de cadeau de bienvenue,
il conféra au roi ostrogot le titre prestigieux de Maître des milices, le plus haut
poste de la hiérarchie militaire byzantine. Mais l’empereur constata rapidement que
la présence d’un peuple barbare au milieu de l’empire n’était que modérément
appréciée de ses sujets grecs. Ne voulant pas revenir brutalement sur l’autorisa-
tion accordée par Marcien, il chercha le moyen élégant de mettre un terme à la
présence ostrogote.
41493, en Italie :
Hier, en Italie
En même temps, Zénon portait un regard préoccupé sur l’Italie : certes, depuis
Ravenne, Odoacre gérait sainement son domaine, mais il voyait grand. Il com-
mença par récupérer, en l’achetant aux Vandales africains qui l’avaient annexé, ce
grenier à blé qu’était la Sicile. Puis, en 480, il s’empara de la Dalmatie, en déshé-
(1)rence après le décès de Julius Nepos . Odoacre jetait maintenant un regard de
convoitise sur le Norique. L’empereur, qui avait conscience de la fragilité de son
autorité sur le patrice d’Italie, s’inquiéta d’une telle soif d’agrandissement pou-
vant, à terme, faire d’Odoacre un rival potentiel.
Zénon, qui n’ignorait rien non plus des souhaits de changement qui emplissaient
les pensées de Théodoric, proposa à son maître des milices de mettre un terme à la
puissance d’Odoacre. Aux yeux de l’empereur, cette expédition posséderait un
double avantage :
– elle mettrait fin, en Italie, au régime du chef hérule, qu’il considèrait toujours
comme un usurpateur, même si celui-ci s’était mis spontanément sous son
autorité ;
– elle débarrasserait l’empire d’Orient du peuple ostrogot dont le roi était, certes,
« civilisé » mais dont les sujets, au comportement encore très frustre, étaient
fort encombrants et peu prisés des Macédoniens las d’être rançonnés.
493 : Théodoric en Italie
En 486, Théodoric se met en route vers l’Italie. Après avoir remonté toute la Dalma-
tie, comme l’avaient déjà fait les Wisigots en 396 (< 19 <) et Odoacre en 476 (< 33 <),
il remporte trois victoires, l’une sur la Piave en 488, la seconde sur l’Adige en 489,
la troisième sur l’Adda en 490. Elles le rendent maître de la vallée du Pô. Puis il
arrive devant Ravenne qu’il assiège durant trois ans. Finalement, en 493, venu à
bout de la résistance d’Odoacre, et après l’avoir assassiné par traîtrise, le roi ostro-
got s’installe, à son tour, dans Ravenne, et assume le pouvoir en Italie « au nom de
l’empereur de Constantinople ».
erPour bien montrer qu’il est un fidèle lieutenant de l’empereur byzantin Anastase I ,
qui a succédé à Zénon en 491, il multiplie les gestes d’allégeance :
– il garde les pièces de monnaie à l’effigie de Zénon,
– il se montre révérencieux à l’égard des sénateurs romains,
– il maintient les structures administratives de l’ancien empire romain d’Occi-
dent, auxquelles Odoacre n’avait pas osé toucher.
1.- Julius Nepos, après sa destitution du trône de Constantinople par Oreste en 475, avait reçu
le titre et la fonction de roi de Dalmatie.
42Adda
Tessin
Piave
Danube
Adige
Theodoric …
489
490 488

Ravenne Dalmatie493
vers 485
Rome
Macédoine
43_carte.wmf
Cette attitude d’allégeance cesse le jour où Théodoric, sortant du cadre de la
mission officielle que lui avait confiée Zénon, s’octroie le titre de « roi d’Italie », et
installe dans la péninsule une dynastie germanique ! Le nouveau royaume ostro-
got d’Italie s’étend sur une vaste superficie comprenant toute la péninsule italique,
la Sicile, et la Dalmatie dont Théodoric s’était emparé lorsqu’il remontait de la
Macédoine vers les Alpes.
Souverain éclairé, et secondé par des ministres romains remarquables, Théodoric
tente d’installer une cohabitation paisible entre les deux communautés, latine et
ostrogotique. Au delà des Alpes, il joue un rôle d’arbitre : il se déclare garant de la
(2)souveraineté de la partie méridionale du royaume alaman . Bien que devenu le
beau-frère de Clovis, après avoir épousé sa sœur Audoflède, il n’hésite pas à
interdire au roi salien, devenu aussi, entretemps, le roi des Francs rhénans (< 40 <),
de s’approprier ce territoire.
2.- La moitié sud du royaume d’Alamanie était restée indépendante, après l’annexion de la
moitié nord par le roi franc rhénan à l’issue de la bataille de Tolbiac (< 38 <).
43
h nR i493, en Italie :
Demain, dans l’Italie ostrogote
Théodoric n’aura pas toutes les satisfactions qu’il aurait pu attendre des différen-
tes dispositions prises pour être aimé dans son nouveau royaume. Resté arien,
alors que ses sujets latins sont catholiques, il sentira, chez la plupart d’entre eux,
des relents d’hostilité. A l’inverse, voulant, sur le tard, donner aux catholiques
latins des gages de sa bonne volonté, il sera suspecté par ses coreligionnaires
ariens de trahir les croyances de son peuple.
Son épouse Audoflède ne lui ayant donné qu’une fille, Amalasonthe, Théodoric
mourra en 526, après un demi-siècle de règne, en laissant le trône à son petit-fils de
dix ans, Athalaric. Celui-ci décédant prématurément huit ans plus tard, une sordide
intrigue de palais (> 47 >) provoquera la colère de l’empereur de Constantinople,
qui décidera d’envahir l’Italie.
Les quatre premiers successeurs d’Athalaric — ces éphémères souverains que
seront Théodat (534-536), Vitigès (536-540), Ildebad (540-541) et Eraric (541) — ne
pourront s’opposer aux armées byzantines d’invasion. Seul, Totila (541-552) con-
naîtra quelques succès militaires, mais Teïa (552-553) sera vaincu par Narsès qui,
en 555, replacera toute la péninsule sous l’autorité de l’empereur (> 49 >).
Demain, chez les Hérules
Les Hérules croyaient avoir trouvé, dans la péninsule italienne, un lieu d’implanta-
tion définitive. Leur rêve n’aura duré que quinze ans. Chassés d’Italie par les
Ostrogots, après la mort d’Odoacre, la plupart s’en retourneront nomadiser dans
les plaines orientales d’où les Huns les avaient tirés. Certains d’entre eux, toute-
fois, s’engageront comme mercenaires au profit de l’empereur de Constantinople.
Mais le peuple hérule, en tant que tel, disparaîtra définitivement de l’Histoire dès le
edébut du VI siècle.
44_image..jpg
Mausolée
de Théodoric le Grand
à Ravenne
44Justinien …
Chapitre 5
527, à Constantinople
Avènement de Justinien :
les voies de la reconquête byzantine
500 600 700 800 900 1000 1100 1200 1300 1400 1500
474
Hier, à Constantinople
En 486, Zénon avait envoyé son encombrant voisin, le roi ostrogot
Théodoric, débarrasser l’Italie des Hérules d’Odoacre (< 42 <). Le ber- 491
ceau de l’ancien empire romain était ainsi passé d’une main barbare à
une autre main barbare, mais cet état de fait n’avait semblé troubler ni
erAnastase, empereur en 491, ni Justin I qui lui succéda en 518.
(1)Justin était d’origine plus que modeste : pâtre en Dardanie , il était
518analphabète. Toutefois, de solides qualités physiques, jointes à des
Justincirconstances favorables, avaient fait de lui un soldat, puis un géné-
527ral, puis un consul, enfin un empereur. Il fit alors venir à Constantino-
ple son neveu Justinien pour lui assurer une excellente éducation.
Celle-ci menée à bien, Justin adopta Justinien, le désigna comme son
successeur, et commença à lui donner d’importantes responsabilités
de gouvernement. Devenu maître des milices (magister militum, c’est-
à-dire général en chef), intelligent et cultivé, c’est sans entrave
d’aucune sorte qu’il accéda au trône après le décès de son oncle.
565
1.- La Dardanie : région du nord-ouest de l’Asie Mineure, qui donnera son nom à l’actuel
détroit des Dardanelles.
45
Zenon
Justinien Anastase 1°
45_schma.wmf527, à Constantinople :
527 : l’accession de Justinien
Contrairement à ses trois prédécesseurs, Zénon, Anastase et Justin, Justinien a
une âme de conquérant. Accédant aux responsabilités, il ne pense qu’à une chose :
remettre sous son autorité les territoires occidentaux perdus et reconstituer, dans
la mesure du possible, l’ancien empire de Constantin.
La Gaule, désormais franque, est un trop gros morceau : déjà, Clovis, le roi franc, a
montré sa puissance en éliminant, coup sur coup, Syagrius, les Alamans et les
Wisigots, et mieux vaut donc ne pas se faire des ennemis de ses quatre fils et
successeurs : cela peut toujours servir (et cela servira effectivement !). Quant aux
Iles brittoniques, elles sont géographiquement hors de portée. Mais l’Afrique du
nord occidentale (l’ancienne Ifrikia romaine), l’Italie et l’Espagne, ainsi que le
« corridor provençal » (l’ex Provincia romana) menant de l’une à l’autre, semblent
être des objectifs envisageables. La politique extérieure de Justinien est donc,
durant les quatre décennies de son règne (527–565), axée sur cette reconquête.
46_carte.wmf
empire de Justinien
projets de reconquête
Il lui faut d’abord, cependant, faire face à deux grands périls :
– à l’extérieur, il doit conjurer le danger perse. Pour avoir la paix sur cette
frontière, il signe un traité léonin obligeant Constantinople à payer aux
Perses un tribut extravagant.
– à l’intérieur, il doit mater la *sédition Nika*, cette courte guerre civile
(janvier 532) qui met Justinien au bord de la destitution.
Ayant enfin les mains libres, il peut mettre à exécution le projet qui lui est cher.
L’empereur dispose pour cela de deux généraux de valeur : Bélisaire et Narsès . Le
premier, brillant officier de la Garde, est venu à bout de la répression Nika. Quant au
second, qui est eunuque (ce détail est très important pour la suite), il est parvenu,
malgré cette mutilation, à monter dans l’estime de la cour impériale, et y jouir d’une
notoriété enviable d’excellent soldat et de fin diplomate.
46