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L'exode autrement

De
308 pages
La traversée du désert du Sinaï par les Hébreux est le sujet du livre de l'Exode. Emigration massive et voyage initiatique, cette traversée constitue le prototype de tous les exodes auxquels l'humanité a été confrontée. Il faut moins chercher dans l'Exode la relation d'un événement historique qu'une approche de ce qui peut constituer un peuple, une nation, c'est-à-dire un groupe de personnes unies et solidaires.
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Pr´face e

La travers´e du d´sert du Sina¨ par les H´breux est le e e ı e ` sujet du livre de l’Exode. A la fois ´migration massive et e voyage initiatique qui conduisit Isra¨l de l’enfer des bagnes e ´ de l’Egypte aux riches contr´es de la Terre Promise, le pays e o` coule le lait et le miel, cette travers´e est le mod`le et u e e le prototype de tous les exodes auxquels l’humanit´ a ´t´ e ee confront´e. e Situ´ aux confins des v´rit´s de l’Histoire et des myst`res e e e e du mythe, le r´cit de l’Exode d´crit des circonstances ` jae e a mais actuelles, parce qu’inscrites dans les g`nes d’une hue manit´ toujours en quˆte de son identit´, toujours a la ree e e ` cherche de la parole. Migrations volontaires de populations en mal de nouveaux horizons ou d´placements de groupes e humains fuyant l’ˆpret´ de la Nature ou la brutalit´ de a e e tyrans, les exodes sont des ´v´nements dont pratiquement e e aucune ´poque et aucun continent n’ont ´t´ exempts. e ee ` A tous ceux et ` toutes celles qui se sentiraient intera pell´s – ou d´sorient´s – par ces mouvements souvent drae e e matiques de populations, le livre de l’Exode ne propose pas

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une morale, ou un syst`me, mais rappelle avec une force ade mirable que, bien souvent, ce sont les jalons de l’esp´rance e qui sont pos´s dans ces travers´es de d´serts que constituent e e e ` les exodes. A vrai dire, les exodes sont des prises de risque ´ternelles, d’o` peuvent survenir la vie comme la mort, le e u meilleur comme le pire, pour un individu comme pour une nation. Ainsi, a la fin de la seconde guerre mondiale, l’immigration ` en Isra¨l des rescap´s des camps de la mort de l’Allemagne e e nazie fut – pour les Juifs ! – un v´ritable exode de renaise sance, et, pour reprendre une expression d’Andr´ Neher, de e ´ l’Echec d’Auschwitz a jailli l’Esp´rance. e Plus g´n´ralement, l’´merveillement du retour des poe e e pulations d´plac´es vers leur lieu d’origine peut se confone e dre avec le printemps d’un voyage initiatique vers la libert´ e recouvr´e. Et c’est essentiellement ` un retour de ce type que e a s’attachent les r´cits du livre de l’Exode qui nous d´crivent e e l’interminable marche, a travers le d´sert du Sina¨ d’esclaves ` e ı, lib´r´s en route vers la Terre Promise, vers Canaan, la terre ee de leurs ancˆtres. Car si l’Esp´rance est ` la source de l’exode e e a des H´breux, la Libert´ sera ` son terme. e e a Ces migrations, ou exodes lib´rateurs, d’hommes, de feme mes et d’enfants, qui savaient ce qui s’´tait pass´ dans les e e ´ bagnes de l’Egypte pharaonique, dans les prisons de Babylone, dans l’enfer d’Auschwitz ou d’ailleurs, et qui avaient fait leur Pˆque – qui s’´taient senti en communion avec tous a e leurs fr`res –, a donn´ puissance d’actualisation a la conse e ` titution en nation, des H´breux d’abord, de tous les peue ples lib´r´s ensuite, demain peut-ˆtre de l’humanit´ enti`re, ee e e e lorsqu’elle aura rejou´ dans son corps et son esprit cette e aventure de travers´e d’un d´sert, parsem´ de trop rares e e e oasis, que constitue bien souvent une vie. Dur moment a ` passer, mais moment n´cessaire, tantˆt cruel, tantˆt exale o o tant. Le temps de l’exode, le temps du retour, peut ainsi ˆtre e celui qui, marquant la vie, d’un individu comme d’un

7 peuple, leur permet de devenir. Car si ce temps pose la question de la souffrance, il est ´galement celui o` peut se e u renouveler l’Alliance de l’Homme, avec lui-mˆme, avec la e ˆ Nature et avec l’Etre Transcendant pour qui le souhait essentiel reste le bonheur de tous dans la lib´ration universelle. e Mais, pour les Proph`tes et les penseurs juifs, cette lib´ration e e ´ passe obligatoirement par celle des H´breux d’Egypte, cone dition et pr´figuration de toutes les lib´rations futures. e e C’est pourquoi il faut moins chercher dans l’Exode la relation d’un ´v´nement historique au sens strict du terme, e e qu’une ouverture, une approche de ce qui peut constituer un peuple, une nation, c’est-`-dire un groupe de personnes, soa lidaires et unies. Individus ou populations vivant d’abord un exil synonyme d’angoisse, de souffrance et d’oppression, et qui un jour entreprennent un voyage lib´rateur – int´rieur ou e e ext´rieur –, condition d’entr´e dans un espace de fraternit´ e e e et de solidarit´. Entr´e qui, pour certains, peut s’effectuer e e dans la gravit´ et l’´merveillement de se retrouver enfin e e pleinement chez soi, comme le rappelle, avec beaucoup de pudeur et de retenue, la romanci`re et essayiste Marie-Mae deleine Davy quand elle ´voque le moment o` elle partira e u pour ce voyage dont on ne revient pas : Et l’homme s’´merveille en quittant la terre transfie gur´e, remplie de reflets. L’´ternit´ n’est rien d’autre e e e qu’une lev´e de voiles : une r´v´lation de ce qui ´tait e e e e cach´. En d´passant le miroir et l’´nigme, le nouvel e e e arrivant va de jubilation en jubilation (M.-M. Davy, Travers´e en solitaire, p. 261). e La Gen`se nous avait appris que l’Homme ne devenait e r´ellement humain – ne devenait image de Dieu – que lorse qu’il dialoguait, qu’il aimait et qu’il pardonnait. Avec l’invention du dialogue par le Patriarche Abraham, avec la naissance de l’amour et du pardon dans la famille de Jacob, c’est ` la naissance d’une v´ritable complicit´ entre Dieu a e e et l’Homme que nous avons assist´ ; ` l’installation d’une e a

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symbiose entre le divin et l’humain, d’un vivre-ensemble durable qui, pour les H´breux, signifia un accomplissement e de leur condition, et d´boucha sur cette Alliance qu’est la e b´rit. Alliance qui n’est ni religion, ni culte, ni v´n´ration, e e e ni rite, mais association ´troite et indissoluble entre le die vin et l’humain ; association qui d´passe les ´tats de cone e science obscurs et momentan´s et qui fait avancer l’histoire e des hommes et des femmes en privil´giant le dialogue, e l’amour et le pardon. Ce que la lecture de l’Exode nous apprendra, c’est que cette Alliance – cette b´rit – est celle qui, non seulement e lib`re l’Homme, mais ´galement lui enseigne qu’il ne peut, e e dans sa vie, faire l’´conomie de la travers´e d’un d´sert, au e e e cours de laquelle il pourra recevoir une Loi qui dit ce qui fait l’humain : aimer et ne pas tuer. Loi qui permettra de r´entendre ce qui – depuis des mill´naires – repr´sente le e e e souffle du divin en l’Homme, cette ruah primordiale qui, tout au commencement, planait sur la surface des eaux. Si pour les H´breux la Loi ´tait d’abord le mur dress´ entre Isra¨l et e e e e les Nations, pour l’Homme moderne elle sera ce qui s´pare e l’humain de l’inhumain – du non-humain. Depuis que les Dix Paroles furent r´v´l´es ` Mo¨ sur e ee a ıse la Montagne, au cours de la travers´e du d´sert du Sina¨ e e ı, un autre Juif, un hors-la-loi, un marginal – selon le terme utilis´ par John Meier – est venu nous rappeler, sur une e autre montagne, que l’accomplissement de la Loi demandait bien souvent de traverser un autre d´sert : celui o` fleurise u sent le l´galisme, l’arbitraire et le doctrinal ; l` o` les lois e a u ont transform´ des hommes en troupeaux a la d´rive, l` o` e ` e a u l’Homme est fait pour la Loi, et non la Loi pour l’Homme. D´sert du l´galisme qu’ont d´j` dˆ traverser les Juifs dont e e ea u le clerg´ n’avait eu, au cours des si`cles, que trop tendance a e e ` pr´senter comme commandement divin ce que Dieu n’avait e jamais demand´ : e

9 Car je n’ai rien dit ni prescrit a vos p`res, quand je ` e ´ les fis sortir du pays d’Egypte, ... mais ils ont march´ e selon leurs desseins, dans l’obstination de leur cœur mauvais, tourn´s vers l’arri`re et non vers l’avant (Jr, e e 7,22, 24) D´sert du l´galisme que doivent encore quotidiennement e e traverser ces croyants – prˆtres ou la¨ –, qui trop souvent e ıcs se sentent bless´s par la raideur et l’inhumanit´ d’un cere e tain langage eccl´siastique. D´sert qui, a l’´gal du d´sert du e e ` e e Sina¨ a ses Proph`tes et ses passeurs, ses explorateurs et ses ı, e chantres – ses Mo¨ et ses Aaron –; le philosophe Jacques ıse Ellul, le th´ologien et psychanalyste Maurice Bellet, le prˆtre e e Jean Sulivan en font partie : En menant leur combat au cœur de la foi, ils le m`nent e pour la race humaine. N’attendant pas que les choses changent par d´cret ils sont rarement d´¸us. Leur solie ec tude n’est pas isolement. Ils se sentent en communion non seulement avec leurs complices des souterrains et de la nuit mais avec tous les croyants, avec les incroyants aussi qui luttent dans la douleur contre les scl´roses des id´ologies et des partis, comme s’ils sae e vaient de science inn´e que la v´rit´ survient toujours e e e en mendiante, les pieds sanglants. (...) L’exil fait partie de la condition chr´tienne. Il n’y a e ´ rien d’´tonnant ` habiter l’Eglise comme des ´trangers. e a e C’est sans doute parce qu’elle ne consent pas a l’exode ` qu’il y a tant d’exil´s et qu’elle se fait de faux ennemis e (J. Sulivan, L’exode, p. 28-29).

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Avertissement et remerciements Cet ouvrage propose une lecture personnelle du texte de l’Exode. Cette lecture ne se veut nullement exemplaire ou normative. Elle devrait plutˆt inviter chacun et chacune a o ` entreprendre sa propre lecture et a dialoguer avec les diverses ` approches existantes. L’analyse propos´e s’appuie sur les travaux de nombreux e auteurs contemporains. Citer ces auteurs par des extraits bien choisis m’a paru honnˆte dans la mesure o` leur fr´e u e quentation a ´t´ essentielle dans mon cheminement et o` ee u de courtes citations pr´sentent pour le lecteur l’avantage de e pouvoir appr´cier le g´nie de la langue utilis´e par l’´crivain. e e e e La photo de couverture est de Myriam Dechamps. Les illustrations sont de Jean-Luc Thayse. Marie-H´l`ne Thayse-Foubert et Pierre de Guchteneere ont ee accept´ de lire et de commenter le manuscrit. e Qu’ils en soient tous remerci´s. e Il me plaˆ ´galement de souligner l’excellent accueil que j’ai ıt e re¸u de Monsieur Richard Moreau, Directeur de la collection c Religions et Spiritualit´. e La traduction utilis´e est celle de la Bible de J´rusalem de e e 1973.

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Introduction

L’Exode dans le Pentateuque Le premier Testament biblique – souvent pr´sent´ comme e e ancien par les chr´tiens – est constitu´ d’une suite de livres, e e dont le premier grand ensemble est appel´ Pentateuque. Fore m´ de la Gen`se, de l’Exode, du L´vitique, des Nombres et e e e du Deut´ronome – les cinq livres que le canon h´bra¨ e e ıque appelle la Tora, ou la Loi –, le Pentateuque est caract´ris´ e e par des jugements de valeur, des r`gles et des pr´ceptes. De e e ce fait, il poss`de un caract`re normatif que n’ont pas les e e autres ensembles bibliques. La Gen`se, premier livre du Pentateuque, est constitu´e e e d’un fascinant r´cit mythique dont la derni`re partie – l’hise e toire de Joseph – se rattache ` des ´v´nements historiques. a e e Elle raconte une histoire qui va des origines du monde a l’ins` ´ tallation des H´breux en Egypte. Cette histoire, nous l’avons e parcourue dans les trois volumes de La Gen`se autrement. e Le livre de l’Exode, int´gr´ dans le Pentateuque a la e e ` deuxi`me place, constitue une unit´ litt´raire autonome dont e e e le d´but prolonge – mais a environ quatre cents ans de e `

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distance – les r´cits qui s’´taient achev´s par la descente e e e ´ en Egypte de Jacob et de tous ses fils (suivant Ex 12,40-41). L’Exode d´veloppe deux th`mes essentiels : la sortie – ou e e ´ la lib´ration – des H´breux d’Egypte (Ex 1-15) et l’Alliane e ce du Sina¨ (Ex 19-40). Reli´s entre eux par la marche au ı e d´sert (Ex 16-18), ces th`mes nous rappellent que l’Homme e e est un exil´, toujours appel´ ` traverser un d´sert en vue e e a e d’atteindre une incertaine Terre de libert´. Terre que l’on ne e pourra fouler qu’au terme d’un combat int´rieur contre la e peur, le doute et l’idolˆtrie. Terre promise toujours a venir, a ` toujours ` arracher au savoir et a la domination des hommes a ` (J. Sulivan, L’exode, p. 29). Terre enfin o` la libert´ ne pourra ˆtre pleinement prau e e tiqu´e qu’apr`s la r´v´lation d’une Loi, porteuse du signe e e e e et de la volont´ de Yahv´, selon la lecture biblique la plus e e courante. Mais Loi dont la nature et la provenance restent ´ cependant bien myst´rieuses car, pas plus que l’Ecriture e sainte n’est d’abord l’´criture de Dieu, la Loi n’est pas ime m´diatement celle du Maˆ de l’Univers. e ıtre Alors que dans la Gen`se, ` la suite d’Abraham, la parole e a de Yahv´ nous avait invit´s ` quitter pour aller vers la terre e e a qu’Il nous fera voir, l’histoire qui d´bute ici va nous rappeler e qu’il faut sortir pour partir en exode, comme le firent Mo¨ ıse et tout le peuple d’Isra¨l ` sa suite. Et de mˆme que l’appel e a e adress´ ` Abraham a pu ˆtre interpr´t´ comme une exhorea e ee tation faite a l’Homme de quitter ses enveloppes pour aller ` vers lui-mˆme, pour d´couvrir la terre de la relation, ainsi e e l’ordre de Yahv´ que Mo¨ transmet ` Pharaon de laisser e ıse a partir le peuple d’Isra¨l pourra ˆtre vu comme l’illustration e e de ce qu’une lib´ration ne peut faire l’´conomie d’un pare e cours ´prouvant a travers un d´sert int´rieur. e ` e e D´sert o` l’ˆme humaine, d´vast´e par le sentiment d’abe u a e e sence d’absolu et celui de perte de tout rep`re moral, pourra e cependant d´couvrir des fenˆtres qui ouvriront son horizon e e sur l’importance du relationnel, et par l`, prolongeront le a dialogue vertical avec Dieu et le dialogue horizontal avec

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l’Homme, dialogues qui avaient ´t´ initialis´s par le nomade ee e Abraham dans la Gen`se. (C’est cette int´riorit´ de l’´preuve e e e e du d´sert qui a conduit Annick de Souzenelle a parler, a e ` ` ´ propos des fl´aux que Yahv´ fait d´ferler sur l’Egypte de e e e Pharaon, des dix plaies de l’ˆme.) a Selon l’Exode, l’errance est donc le propre de l’Homme et c’est elle qui construira sa lib´ration. Car – comme nous le e verrons – ce qui int´resse Yahv´, c’est non seulement la lib´e e e ration mat´rielle des plus d´munis, mais ´galement – et sans e e e doute surtout – la lib´ration spirituelle de tous ceux qui, e prisonniers des langues de bois qui ont cours dans ces ´tats e totalitaires ou int´gristes qui ignorent la singularit´ des cone e ´ sciences – en l’occurrence l’Egypte au temps de Mo¨ –, ou ıse encore esclaves de ces d´mons int´rieurs qui parasitent la vie e e de l’esprit – ces d´mons que J´sus de Nazareth s’emploiera e e ´ a ` combattre, comme cela est racont´ dans les Evangiles –, e aspirent au risque de la transformation. L’Histoire r´cente nous a ´galement appris la d´tresse de e e e ceux qui doivent composer avec les r´gimes volontaristes qui e font fi de la libert´ int´rieure, comme la psychanalyse nous e e a ensuite enseign´ l’enfermement de ceux qui doivent lutter e contre les n´vroses qui confinent le malade dans un d´sert e e relationnel. Tous ces th`mes de l’Exode – lib´ration de l’Homme, don e e d’une Loi, importance de la travers´e d’un d´sert – seront e e pens´s dans le pr´sent volume. e e Le L´vitique et le livre des Nombres – les deux livres e suivants du Pentateuque – forment avec l’Exode un ensemble litt´raire relativement homog`ne caract´ris´ par le r´cit de e e e e e ´ la marche lib´ratrice des H´breux hors d’Egypte et par des e e lois imbriqu´es significativement dans ce r´cit et dont le e e rˆle est d’identifier l’existence singuli`re du peuple d’Isra¨l o e e a ` l’Alliance avec Yahv´. D’o` le nom de Livres de la Loi e u souvent attribu´ ` cet ensemble. ea En ce qui concerne le couple Exode-Nombres, il faut noter qu’il existe une continuit´ narrative entre leurs ´pisodes, et e e

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que plusieurs r´cits de l’Exode trouvent un parall`le – ou e e un prolongement – dans les Nombres. Par contre, dans le contexte d’une progression dans la pr´sentation des lois, c’est e plutˆt vers la paire Exode-L´vitique qu’il faudra se tourner. o e Enfin le Deut´ronome, dernier livre du Pentateuque, soue vent consid´r´ comme un doublet de l’Exode et des Nomee bres, pr´sente, du point de vue r´dactionnel, une c´sure e e e presqu’aussi nette avec les Nombres que celle entre la Gen`se e et l’Exode. Œuvre sp´cifique dont la partie la plus impore tante concerne trois grands discours de Mo¨ le Deut´roıse, e nome fait ´galement partie des Livres de la Loi. e Pr´sentation d’ensemble de l’Exode e Des cinq livres du Pentateuque, le livre de l’Exode est souvent pr´sent´ comme ´tant le plus important parce que, e e e pr´cis´ment, il raconte l’exode, cet ´v´nement fondateur du e e e e peuple d’Isra¨l ; ´v´nement extraordinaire qui fut v´cu come e e e me une lib´ration, comme un salut venu de Yahv´, cet Absolu e e de la libert´ humaine, individuelle et collective (A. Ab´cassis). e e Si l’on s’en tient au r´cit de l’Exode, la longue marche de e quarante ann´es ` travers le d´sert du Sina¨ a en effet conse a e ı titu´ l’´preuve fondamentale au cours de laquelle un cone e glom´rat h´t´roclite de tribus, plus ou moins incontrˆlables, e ee o s’est transform´ en un peuple, dor´navant conscient de sa e e valeur comme de son identit´. e ´ Epreuve qui a tout autant consist´ ` survivre a la marche ea ` forc´e dans les sables brˆlants et les rocs d´chiquet´s d’un e u e e lieu inculte et d´sol´, qu’` sortir vainqueur des tentations e e a du Veau d’or, celles o` l’ˆme est ´prouv´e par les arguu a e e ments p´remptoires du Malin – tout comme le sera l’ˆme e a de J´sus dans les c´l`bres tentations au d´sert racont´es par e ee e e les ´vang´listes Matthieu et Luc. e e Aucun autre ´v´nement de l’histoire d’Isra¨l ne peut en e e e effet ˆtre compar´ ` cette ´puisante marche initiatique dont e ea e les survivants devaient ˆtre semblables ` cette foule immense e a

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dont parle l’Apocalypse et dont un des Vieillards dira : Ce sont ceux qui viennent de la grande ´preuve : ils ont lav´ e e leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau (Ap 7,14b). C’est pourquoi la fondation d’Isra¨l remonte en fait dae vantage a Mo¨ et ` l’exode qu’` David et a la royaut´. ` ıse a a ` e Isra¨l est donc plus ancien que l’entr´e des H´breux en Terre e e e Promise. Car Isra¨l est v´ritablement n´ de ses errances – e e e mat´rielles et spirituelles – dans le d´sert du Sina¨ et de son e e ı pacte avec Yahv´, et non pas du rassemblement autour d’un e pouvoir fort comme l’est une royaut´. Comme l’humanit´ e e ´mergera davantage de ses errances mat´rielles et spirituelles e e dans le d´sert cosmique de l’Univers et de la perp´tuation e e de ses alliances avec la Nature et avec le Dieu qui interpella Mo¨ du milieu du Buisson (Ex 3,4) que de l’autorit´ de tel ıse e ou de tel homme d’´tat, aussi puissant soit-il. Car, comme e nous le verrons, le myst`re du Buisson – un des ´pisodes e e les plus significatifs de l’Exode, et peut-ˆtre de toute la e Bible h´bra¨ e ıque – contient un message d’espoir et a valeur pr´monitoire : il annonce a la fois la lib´ration de l’Homme e ` e et l’implication du divin dans l’avenir de l’humanit´ (Ex 3). e Plutˆt qu’un haut fait de Dieu, l’homme occidental – rao tionnel de nature – pr´f´rera cependant voir dans la d´livranee e ce des H´breux du joug ´gyptien une r´alit´ plus complexe e e e e et plus prosa¨ ıque, mais dont les tenants et aboutissants n’en demeurent pas moins obscurs et largement probl´matiques. e Un peuple d’Isra¨l affranchi par Yahv´ de ses esclavages, e e une humanit´, enfin r´concili´e, d´livr´e de ses exils par ses e e e e e Sages, ses Proph`tes, ses Mystiques et ses Intuitifs : davane tage que sur une possibilit´, le livre de l’Exode nous ouvre e sur une grande esp´rance que les hommes et les femmes de e tous les temps sont invit´s ` revisiter dans un contexte o` e a u l’incertitude est une propri´t´ de l’Univers et le propre de ee l’existence humaine. Et si, dans cette aventure, Mo¨ joue ` ıse a la fois le rˆle de guide intr´pide et de l´gislateur inspir´, on o e e e comprendra ais´ment que l’humanit´ ne s’ouvrira au grand e e

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souffle de l’affranchissement que si elle continue ` trouver en a son sein des Sages et des Proph`tes qui œuvrent tout autant e a ` une n´cessaire paix entre les peuples qu’` une m´diation e a e entre les hommes et les femmes et le Divin qui S’est r´v´l´ e ee par la Voix qui parle du milieu du Buisson. Le D´sert, le Buisson et la Voix e Quarante ann´es pass´es ` parcourir le d´sert ont fait e e a e du s´jour dans ce lieu ´cart´ une des p´riodes incontoure e e e nables dans l’histoire de la formation du peuple h´breu. e Dans l’Exode, le d´sert apparaˆ ainsi comme l’endroit o` e ıt u peut soudain germer la semence qui, d`s l’enfance, ´tait e e pr´sente dans le devenir d’un individu, d’une nation, mais e ´galement d’une humanit´. Semence d’une extrˆme fragilit´ e e e e qui n’attendait qu’une circonstance de la vie pour grandir. Je pense que c’est Antoine de Saint-Exup´ry qui a dit du e d´sert que son importance venait de ce qu’il nous r´sistait, et e e par l` permettait a l’Homme de d´couvrir une signification a ` e morale et spirituelle dans son activit´. Quant a Lawrence e ` d’Arabie, cet autre grand amoureux du d´sert, il a dit que e son attrait pour le d´sert venait de ce qu’il ´tait propre e e – et peut-ˆtre aussi de ce qu’il rendait propre ceux qui le e parcouraient. Mais qu’est-ce qu’un d´sert ? Un espace sans limites, une e terre inhabit´e priv´e de tout rep`re, l` o` l’Homme se sent e e e a u ´ seul, dans l’Espace comme dans le Temps. Egalement un lieu o`, dans l’isolement le plus absolu, peut se d´rouler u e l’enfantement spirituel, d’un individu comme d’une Nation. Car c’est au d´sert que naissent les mendiants de l’Absolu. e Dans son livre Travers´e en solitaire, Marie-Madeleine e Davy ´voque son exp´rience du d´sert. e e e Il est impossible de relater cette exp´rience. Elle e s’´prouve avec une telle intensit´ que les mots s’av`rent e e e insuffisants pour en d´crire l’ampleur. Tracer, a son e `

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propos, les rites d’un passage, serait priv´ de significae tion. Il s’agit d’une mue comportant une nouvelle vision ; d’une naissance qui ne co¨ncide pas encore avec ı une re-naissance. Pour r´sumer l’op´ration en e e quelques mots, on pourrait parler d’une entr´e dans la e trag´die de la solitude. (...) Triple solitude du d´sert : e e on ignore comment s’orienter. Aucune parole ext´rieue re susceptible de servir de guide ne provient du dehors. Rien ne peut se dire. Alors, on p´n`tre involontairee e ment dans le domaine du secret (p. 176). Le d´sert est le pays qu’on n’ensemence pas, sauf par la e parole. Pays qui n’appartient a personne, sinon a Dieu, le ` ` d´sert r´v`le l’Homme ` lui-mˆme : il est le lieu de l’ˆtre, e e e a e e tandis que la ville est celui du paraˆ ıtre. Le d´sert est le lieu e ` o` Dieu dit ce qu’Il fera, non qui Il est. A Mo¨ qui demande u ıse de connaˆ le nom qui exprime le mieux Son essence, Dieu ıtre r´pond : Je suis celui qui est ; Il ajoute aussitˆt : Voici ce e o que tu diras aux Isra´lites : “Je suis” m’a envoy´ vers vous e e (Ex 3,14). Et encore : Je vous ferai monter de l’affliction ´ d’Egypte vers le terre des Canan´ens (Ex 3,17). e Dans le Buisson Ardent, c’est l’Absolu qui S’exprime. L’ex´g`se rabbinique la plus courante de la vision du Buisson e e est que Yahv´ est avec Son peuple au milieu des souffrances, e symbolis´es par les ´pines d’un arbuste a demi-mort. C’est e e ` dans l’ins´curit´ et l’isolement d’un d´sert inhumain, a trae e e ` vers un v´g´tal qui flambe, que Dieu manifeste Sa pr´sence e e e a ` Mo¨ ıse. Quelle signification attribuer a ces deux symboles que ` sont le Buisson et la Voix, pr´sents au troisi`me chapitre e e de l’Exode ? Esther Staborinski-Safran y voit l’annonce du myst`re d’un Dieu d´sireux d’assurer l’Homme, malgr´ Sa e e e transcendance irr´ductible, de Sa paradoxale proximit´. e e Le buisson d’´pines sugg`re l’´cran imp´n´trable auquel e e e e e se heurte toute r´flexion sur Dieu, mais encore sur e les ´preuves, les souffrances et la mort. Il marque la e

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distance entre la Divinit´ et l’homme et figure, par l` e a mˆme, la solitude de ce dernier. N´anmoins, une voix e e s’´l`ve de ce lieu inaccessible : Dieu s’adresse a Mo¨se ee ` ı du milieu du buisson . Cet appel concr´tise les die verses formes de communication qui s’instaurent entre la Divinit´ et l’homme (E. Staborinski-Safran, Le e Buisson et la Voix, p. 11). Le Seigneur du Buisson Ardent n’est pas un Dieu-objet, une idole qui Se laisserait enfermer dans une synagogue, une ´glise ou une mosqu´e, ou bien dans les histoires pieuses et e e rassurantes racont´es aux hommes. En t´moigne l’Arche de e e l’Alliance que les H´breux fugitifs construiront au d´sert. e e Arche qui est vide comme le sera le Tombeau du Christ ressuscit´ ; vide de tout ce que les hommes et les femmes e s’´vertuent a d´finir, a apprivoiser, ` figer sous la forme e ` e ` a d’histoires saintes, anesth´siantes, mortif`res. e e Fendeur des portes du bagne, sauveur et lib´rateur de e la vie inerte, tel est mon nom pour toujours (C. Vig´e, e La manne et la ros´e, p. 47). e Environ treize si`cles apr`s le passage des H´breux, c’est e e e encore au d´sert que se d´roulera un autre passage : celui de e e J´sus de Nazareth qui y passera de l’univers de l’enfance a e ` celui de l’ˆge adulte. a Tout d’abord, c’est dans une r´gion aride et st´rile, sur e e les rives du Jourdain, dans la rencontre avec l’ˆtre le plus e fruste, Jean le Baptiste qui avait son vˆtement fait de poils e de chameau et un pagne autour des reins, et se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage (Mt 3,4), que J´sus de e Nazareth prendra conscience de sa mission. Comme il est ´crit au livre des paroles d’Isa¨e, le proe ı e ph`te : Voix de celui qui crie dans le d´sert : Pr´parez e e les chemins du Seigneur, rendez droits ses sentiers (Lc 3,4).

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La voix dont Jean annonce la venue est le Verbe du Seigneur du Buisson Ardent, le Galil´en qui ne craindra pas e de maudire ceux qui enferment Dieu dans un syst`me de lois, e ceux qui r´duisent les hommes et les femmes en esclavage e en les chargeant de fardeaux impossibles a porter, ceux qui ` veulent s´parer trop tˆt l’ivraie du bon grain, ceux enfin e o qui veulent lier Dieu a une th´ocratie ou a un quelconque ` e ` syst`me de r`gles ou de dogmes. e e Ensuite, c’est toujours au d´sert que se d´roulera l’´preuve e e e des tentations. Et il ne fait pas de doute que cette mise a ` l’´preuve constituera un moment capital dans la vie de J´sus e e de Nazareth. ` A ce sujet il est bon de garder en m´moire le fait que, e de mˆme que ce fut le Dieu des H´breux qui les poussa au e e d´sert du Sina¨ c’est l’Esprit qui mena J´sus a travers le e ı, e ` d´sert durant quarante jours, o` il fut tent´ par le diable e u e (Lc 4,1-2). ` A partir des r´cits du Buisson Ardent et de la longue e errance des H´breux dans le d´sert, comme des r´cits de e e e la pr´dication de Jean le Baptiste sur les rives arides du e Jourdain et de la tentation de J´sus de Nazareth au d´sert de e e Palestine, il y a un sens ` parler du caract`re indispensable a e du passage par ce lieu de s´cheresse, battu par le vent et le e sable, mais o` souffle ´galement l’Esprit. u e Car parfois tombe dans ce d´sert une v´rit´ fugace. Dieu e e e Se laisse alors deviner et l’humanit´ apprend a se connaˆ e ` ıtre, a ` se construire, et ainsi se pr´pare ` une autre travers´e ; e a e celle qui conduit vers ce que Montaigne a appel´ le grand e peut-ˆtre ! e Qu’on aimerait sentir circuler le vent des hauteurs chr´e tiennes ` travers les rocs d´chiquet´s des rigidit´s doca e e e trinaires pour r´v´ler la rigueur ´vang´lique qui exclut e e e e ` jamais tout despotisme moral. Qu’il souffle ! (J. Sulia van, L’exode, p. 215).

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Subdivisions et th`mes de l’Exode e En g´n´ral, les sp´cialistes reconnaissent au moins trois e e e parties dans l’Exode : 1. Histoire d’une lib´ration (Ex 1,1–15,21). e ´ 2. Marche de l’Egypte jusqu’au Sina¨ (Ex 15,22-18,27). ı 3. Isra¨l au Sina¨ : les Dix Paroles (Ex 19–40). e ı Notons encore que certains ex´g`tes distinguent dans l’ene e semble Exode 19-40, l’Alliance (Ex 19-24), la rupture de l’Alliance et son renouvellement (Ex 32-34), et enfin, les instructions pour la construction du sanctuaire (Ex 25-31 et Ex 35-40). S’il manque des signaux clairs pour ´tayer cette fa¸on de e c structurer le texte, nous la conserverons cependant car elle correspond aux grands th`mes que nous distinguerons dans e le texte : 1. Histoire d’une lib´ration : le th`me de l’´tranger. e e e 2. Marche dans le Sina¨ : l’exp´rience du d´sert. ı e e 3. Les Dix Paroles : le th`me de l’Alliance. e Nous avons d´j` ´voqu´ le th`me du d´sert. Pour les deux eae e e e autres th`mes – la lib´ration de l’´tranger et l’Alliance, – e e e parcourons rapidement les diverses clefs d’interpr´tation. e
La lib´ration de l’´tranger e e

´ En Egypte les H´breux sont esclaves ; dans une soci´t´ e ee o` les citoyens sont d´j` ´cras´s ´conomiquement et socialeu eae e e ment par le pouvoir, les ´trangers, assujettis au bon vouloir e des maˆ ıtres du pays, sont au comble de l’oppression et du d´nuement. Le corps de l’esclave ne connaˆ que le bˆton et e ıt a le fouet, et son esprit, humili´ et d´grad´ par des brimades e e e

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et des vexations, sombre progressivement dans une nuit sans fin. Tel est le processus d’asservissement que les H´breux ont e ´ ´prouv´ en Egypte. Tel est ´galement le m´canisme d’assue e e e jettissement que les opprim´s des mondes concentrationnaie res modernes ne connaissent que trop bien. De ce point de ´ vue, l’oppression des H´breux en Egypte apparaˆ comme e ıt une donn´e permanente et universelle de l’exp´rience hue e maine. Dans l’introduction de son livre Du d´sert au d´sir, Are e ´ mand Ab´cassis pr´sente l’exil en Egypte du peuple d’Isra¨l e e e comme une dure ´cole de la volont´, comme une ´ducation e e e inhumaine a l’esp´rance et ` la foi, comme peut-ˆtre la seule ` e a e fa¸on de participer a la situation de fait de tous les ´trangers c ` e dans toutes les soci´t´s. ee Ne peut comprendre l’´tranger que celui qui a ´t´ ´trane eee ger ; ne peut donner un sens a la paix que celui qui ` a ´t´ victime de toutes les violences ; ne peut aimer ee v´ritablement que celui qui a ´t´ victime de toutes les e ee haines (La pens´e juive, 1. Du d´sert au d´sir, p. 13). e e e ´ Apr`s l’esclavage endur´ en Egypte, les H´breux s’ene e e fuient du pays de Pharaon pour se diriger vers le pays de Canaan. Mais au lieu de prendre directement le chemin de la Terre Promise, ils errent quarante ann´es dans la p´ninsule e e du Sina¨ C’est l` qu’ils entendront la parole qui leur r´v´lera ı. a e e ´ le sens de leur s´jour en Egypte : e Tu n’opprimeras pas l’´tranger. e Vous savez ce qu’´prouve l’´tranger, car vous-mˆmes e e e ´ avez ´t´ ´trangers au pays d’Egypte (Ex 23,9). eee Pendant leur s´jour dans le d´sert, les H´breux apprene e e ´ dront a s’identifier a la parole de Celui qui, en Egypte, S’´tait ` ` e adress´ ` Mo¨ du milieu du Buisson : aimer l’´tranger, celui ea ıse e qui est diff´rent, afin de bˆtir la soci´t´ de justice, de paix e a ee et d’amour pour laquelle Yahv´ les a appel´s hors d’exil. e e

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Mais comment l’installation d’un peuple sur une terre peut-elle s’exprimer en acte de partage avec ceux qui occupent d´j` cette terre ? Et comment des autochtones peuventea ils ouvrir leurs fronti`res ` des ´trangers sans se sentir mee a e nac´s de devenir – dans un avenir plus ou moins proche – e une minorit´ dans leur propre pays ? Questions a tout jamais e ` actuelles dont la nature n’est ni politique, ni ´conomique, ni e historique, ni sociologique, mais ph´nom´nologique, c’est-`e e a dire li´e aux structures transcendantes de la conscience. e S’il y a une Terre Promise r´elle pour un Peuple Choisi e bien particulier, il doit ´galement y avoir une Terre Promise e de rˆve, l` o` tous les peuples de la plan`te Terre s’engageront e a u e a e ` r´aliser la Parole entendue dans le d´sert ; Terre de la paix e et de la diff´rence accept´e o` sera r´alis´e la communicae e u e e tion entre tous les individus, toutes les id´ologies et toutes e les religions. Telle pourrait ˆtre finalement la grande le¸on a e c ` tirer du voyage initiatique de Mo¨ et des H´breux a travers ıse e ` le d´sert du Sina¨ e ı. Ce sera alors ` chacun d’examiner dans sa conscience, s’il a a contribu´ au rˆve pour lequel Abraham quitta la Chald´e, e e e ´ Mo¨ rompit avec l’Egypte et J´sus de Nazareth se fit asıse e sassiner : devenir des artisans de paix ! Il y a encore un aspect de la d´livrance des H´breux e e du joug ´gyptien qui devra ˆtre abord´. Car la lib´ration e e e e ´ d’Egypte est pr´sent´e dans l’Exode comme l’intervention e e directe de Yahv´ dans l’Histoire. Et, pour le Juif qui voit e dans l’immanence le lieu de la cr´ation, de la justice et de e la r´demption divines, la question est alors : Pourquoi le e ´ Dieu qui ´tait intervenu pour d´livrer Son peuple d’Egypte, e e pourquoi ce Dieu n’est-Il pas intervenu a Auschwitz et dans ` tous les camps de la mort ? Quel Dieu a pu laisser faire cela ? O` ´tait Dieu pendant que Son peuple se consumait dans le ue feu des fours cr´matoires ? e Cette question sera pos´e dans la seconde partie ; car si e on l’esquivait, on en serait r´duit a faire de l’Exode un conte e ` de f´es pour adultes, sans prise sur la r´alit´ ! e e e

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L’Alliance

La plupart des ´v´nements bibliques importants se d´roue e e lent soit aupr`s d’un puits, soit au sommet d’une montagne. e Les textes de la Gen`se nous avaient habitu´s aux rendeze e vous d’un puits a l’autre. Emplacements o` la proximit´ ` u e de l’eau favorise les rencontres, les puits sont par excellence les lieux de conflits (le puits de Sodome, Gn 14,10) et de r´conciliation (le puits d’Abim´lek, Gn 21,25-31), de e e contestation et de paix (le puits d’Isaac, Gn 26,15-22), de s´paration (le puits de Haggar, Gn 16,7-14) et d’union (les e puits de R´becca, Gn 24,11-21 et de Jacob, Gn 29,1-12). e Si la Gen`se est typiquement le livre des puits – mˆme si e e ´pisodiquement des puits apparaissent encore dans d’autres e livres, tels que par exemple le puits o` Mo¨ rencontre sa u ıse femme (Ex 2,15-22) et le puits o` J´sus se trouve face ` u e a une Samaritaine (Jn 4,1-26) –, par contre les montagnes sont plus ´quitablement r´parties sur l’ensemble des livres e e bibliques qui nous renvoient ainsi d’une montagne ` l’autre. a De la montagne au pays de Moriyya, o` Abraham re¸ut u c l’ordre de sacrifier son fils (Gn 22,1-19), au Sina¨ o` Mo¨ ı, u ıse re¸ut le D´calogue inscrit sur les deux tables de la Loi (Ex c e 24,12-18). Du mont Horeb – cet autre nom du Sina¨ – o` le ı u Proph`te Elie re¸ut la r´v´lation du Dieu de la brise l´g`re e ´ c e e e e (1 R 19,12), a la montagne de Galil´e o`, selon l’´vang´liste ` e u e e Matthieu, J´sus de Nazareth annon¸a les B´atitudes (Mt e c e 5,1-12). Pour les croyants, et plus particuli`rement pour les Juifs e et les Chr´tiens, c’est le Sina¨ et le D´calogue qui, de toute e ı e la hauteur de leurs symboles, surplombent l’itin´raire d’une e humanit´ en quˆte de rep`res. e e e Dans son livre les Bˆtisseurs du Temps, le penseur et a philosophe juif Abraham Heschel rappelle que c’est en l’an 2448 du calendrier biblique que se produisit un ´v´nement e e unique dans l’histoire de l’humanit´ : du sommet du mont e Sina¨ Dieu donna les Dix Paroles. ı,

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Le monde n’a rien port´ de plus pr´cieux que les deux e e Tables de pierre re¸ues par Mo¨se au Mont Sina¨ : Les c ı ı Tables ´taient l’œuvre de Dieu et l’´criture ´tait l’´crie e e e ture mˆme de Dieu, grav´e sur les Tables (Ex 32,16). e e Pourtant, quand Mo¨se descendit de la montagne, teı nant les deux Tables qu’il venait de recevoir, il vit le peuple dansant autour du Veau d’or ; il jeta les Tables et les brisa aux yeux de tout le peuple. La pierre est bris´e, mais les Paroles sont vivantes. e Mo¨se rapporta d’autres Tables ; elles ont aussi disparu, ı mais les Paroles n’ont pas p´ri. Elles sont encore l`, e a frappant ` nos portes comme pour nous supplier de les a graver dans la Table de notre cœur (p. 8). Andr´ Chouraqui parle du D´calogue comme d’une some e me ´thique en dix articles et un triomphe de rationalit´. e e Et en effet, face aux fatras juridiques ou moraux des codes soumis aux al´as des changements politiques et sociologiques, e le D´calogue se pr´sente avec la p´rennit´ d’une balise bˆtie e e e e a sur le rocher, et, avant les Grecs, avec la force de la rationalit´. Les Dix Paroles ont surv´cu ` l’usure du Temps, elles e e a constituent une norme fondamentale, un mod`le g´n´ral qui e e e fut a la base des droits de l’Homme d´finis par la Consti` e tuante de 1789 et consid´r´s depuis comme droits naturels ee inali´nables de toute l’humanit´. De plus, pour les Juifs e e croyants, le D´calogue embrasse l’essentiel du droit de Dieu e et du droit des hommes et des femmes, il constitue la charte absolue de l’Alliance, et sortir du D´calogue serait se mettre e en porte-`-faux par rapport a l’histoire du salut. a ` Bien que le D´calogue soit ` la fois un trait´ d’alliance e a e et une charte fondamentale, Isra¨l n’a jamais oubli´ que les e e commandements de la Loi sont toujours incarn´s par des e vivants, eux-mˆmes aux prises avec leur d´sir. Ainsi, par e e exemple, l’amour dans le Cantique des cantiques se heurte a ` la Loi, parce que cette Loi n’a de sens que lorsqu’elle est ext´rioris´e dans l’amour pour le prochain (S. Mos`s). e e e

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L’amour selon le Cantique se distingue fermement de la loi mais ne se soustrait pas purement et simplement ` son domaine : il vit avec elle une sorte de duo a assez tourment´. Les tiers rappellent sans cesse leur e pr´sence : l’amour ne peut se d´rouler a l’´cart du corps e e ` e social bien qu’il n’ait pas en lui son origine. Le corps social n’est pas la loi du couple. La loi dit ce qui d´passe e le couple et la soci´t´ (P. Beauchamp, L’un et l’autre ee ´ Testament, 2. Accomplir les Ecritures, p. 169-170). Cependant les soci´t´s organis´es autour de la Loi n’ont ee e eu que trop tendance a oublier – ou a occulter – le fait que ` ` la Loi ne doit ˆtre trait´e qu’avec la plus grande sensibilit´, e e e d’autant plus qu’elle ne peut jamais ˆtre confondue avec e quelque instance compacte et immuable. Faut-il rappeler ´ que la loi du Jardin en Eden n’est pas la mˆme que la loi e noahidique, et que si le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, cela ne veut-il pas dire aussi que la Loi est faite pour l’homme et non l’homme pour la Loi ? L’Exode et l’Histoire ´ Selon la Gen`se, les fils de Jacob, arriv´s en Egypte a e e ` la suite de Joseph, s’y ´tablirent durablement. L’histoire e ´gyptienne, sans donner au roman et au personnage de Joe seph une base absolument historique, les rend cependant plausibles pour plusieurs raisons. Tout d’abord nous savons que le delta du Nil, lieu de transit pour les populations venues du Moyen-Orient, a connu tout a la fois les migrations de pasteurs nomades a la re` ` cherche de pˆturages et les invasions des Hyksos ; ces ena ´ vahisseurs asiatiques r´gn`rent sur le nord de l’Egypte, ene e viron de -1780 a -1580. ` Ensuite, de source ´gyptienne, on sait que c’est vers cette e ´poque que des S´mites occup`rent de hautes fonctions a la e e e ` cour de Pharaon.

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On peut donc raisonnablement penser que l’histoire de Joseph est n´e de la r´miniscence d’un fait historique : un e e jeune H´breu, parvenu a une fonction importante, aurait fait e ` ´ venir ses fr`res en Egypte pour qu’ils s’y installent. Cepene dant, mˆme si les historiens situent les entr´es de certains e e groupes de nomades aux alentours de la p´riode des Hyksos, e il est impossible de dater avec pr´cision la venue de Joseph e ´ et de ses fr`res en Egypte. e Il ne faut d’ailleurs jamais perdre de vue que la description que donne la Gen`se de cette venue proc`de essentiellee e ment d’une vision th´ologique – comme c’est ´galement le e e cas pour la plupart des grands r´cits, aussi bien de l’Ancien e Testament que du Nouveau. Telles sont donc les donn´es de e ´ l’Histoire pour l’installation des H´breux en Egypte. e Quant au retour des H´breux vers le pays de Canaan, e c’est-`-dire l’exode proprement dit, la majorit´ des historiens a e le situe aux alentours du treizi`me si`cle, soit au cours des e e r`gnes de S´thi Ier (1312-1300) ou de Rams`s II (1300-1235). e e e Une date comprise entre 1300 et 1270 est souvent avanc´e e car elle concorde avec une inscription sur la st`le – conserv´e e e au mus´e du Caire – du Pharaon M´renptah (1235-1224) e e qui, pour la premi`re fois, mentionne dans un document non e biblique l’existence d’Isra¨l : e Personne ne rel`ve la tˆte parmi les Neuf Arcs. La e e Libye est ravag´e, l’empire hittite est en paix ; Canaan e est d´vast´ ; Askalon est conquis ; Gezer est pris ; Yee e noam d´sol´ ; Isra¨l est an´anti, sa semence n’existe e e e e plus (Cit´ par Andr´ Chouraqui, Mo¨se, p. 76). e e ı ´ Par ailleurs – et tout comme pour l’arriv´e en Egypte de e Joseph et de ses fr`res –, il est sans doute inutile de tenter de e fixer avec pr´cision une date pour l’exode puisque l’accord e quasi g´n´ral des historiens s’est fait autour de l’hypoth`se e e e qu’il n’y a pas eu un exode, mais une s´rie d’exodes au cours e desquels des groupes plus ou moins importants de S´mites e ont quitt´ l’Egypte pour rejoindre le pays de Canaan. e ´

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Le d´but de ces exodes aurait eu lieu au cours de la e premi`re moiti´ du treizi`me si`cle, et son terme ` la fin e e e e a de ce mˆme si`cle ; ces dates semblent confirm´es par tout e e e un ensemble de donn´es, tant arch´ologiques qu’historiques. e e Ainsi, comme c’est principalement durant le r`gne de e Rams`s II que furent entrepris de grands travaux dans le e delta du Nil, il est raisonnable de supposer que c’est durant ce r`gne que de plus en plus de pasteurs s´mites furent e e assimil´s aux prisonniers de guerre que le souverain utilisa e pour l’´dification de sa nouvelle capitale et la fortification e des fronti`res du Royaume contre le danger des invasions e venues de l’Est et du Nord. On peut alors imaginer qu’au fur et a mesure que le ` temps passa, les pasteurs durent ressentir plus durement la servitude ´gyptienne, et aspir`rent ` reprendre la vie libre du e e a d´sert. C’est alors que se r´v´la un guide inspir´ – que nous e e e e nommerons Mo¨ – qui aida les descendants de Joseph et ıse de ses fr`res ` trouver leur chemin a travers le d´sert brˆlant e a ` e u du Sina¨ ı. Un tel exode massif de travailleurs n’´tait cependant cone cevable qu’` une ´poque o` des incursions ´trang`res d´staa e u e e e bilisaient – ou avaient d´stabilis´ – le pouvoir pharaonique. e e ´ C’est cette grande instabilit´ de l’Egypte dans ses composane tes g´opolitiques, culturelles et religieuses qui a rendu pose sible que des esclaves ´chapp´s naissent a la responsabilit´ e e ` e et se transforment en peuple. Si nous ne connaissons pas les circonstances exactes de ´ la sortie des groupes d’H´breux d’Egypte, on peut cepene dant concevoir qu’elles ont ´t´ v´cues comme une lib´ration ee e e prodigieuse et que, bien plus tard, cette lib´ration a ´t´ ine ee terpr´t´e comme un acte de salut provenant de Yahv´. ee e Quant aux itin´raires emprunt´s par les diff´rentes carae e e vanes de fugitifs, rien ne permet de les reconstituer avec certitude. Le seul fait qui semble attest´, c’est le passage d’un e groupe important – peut-ˆtre le groupe le plus important e sous la conduite d’un chef charismatique nomm´ Mo¨ – e ıse

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par la mer des Roseaux – ou du Jonc –, dont la localisation demeure par ailleurs probl´matique. C’est l` que, selon la e a tradition, les H´breux auraient v´cu une exp´rience d´cisive e e e e pour leur foi. Les incoh´rences du r´cit (selon une version, Yahv´ agit e e e seul pour sauver les H´breux et il n’est pas dit explicitement e qu’Isra¨l traverse la mer, tandis que selon une autre version e Mo¨ ouvre les flots au nom de Yahv´) nous rappellent ıse e une fois de plus que le r´cit biblique de l’Exode n’est pas e a ` prendre comme le compte rendu objectif d’un ´v´nement e e historique mais comme la c´l´bration ´pique d’un acte de ee e puissance de Yahv´ per¸u par Isra¨l comme une promesse e c e de salut. Quoi qu’il en soit des v´rit´s historiques et des donn´es e e e g´ographiques issues de l’analyse documentaire, cette deni`re e e ne doit cependant pas occulter les images ´ternelles que, e depuis des mill´naires, le livre de l’Exode ne cesse de transe mettre aux hommes et aux femmes de tous les temps. L’esclavage sous l’autorit´ d’un tyran, la naissance d’une aspie ration a la libert´ chez les opprim´s, la prise de conscience ` e e de sa vocation par un lib´rateur, sont autant d’´pisodes qui e e proc`dent de l’Histoire universelle. Les croyants se sentiront e en plus concern´s par la r´v´lation du Nom ineffable dans e e e le feu d’un roncier et le don des Tables de la Loi au sommet du Sina¨ lieu de la proclamation des Dix Paroles. ı, Dans la conscience d’Isra¨l, l’Exode inaugure non seulee ment son histoire comme peuple (pour la premi`re fois e Isra¨l est appel´ un ‘am, une nation), mais aussi la e e ´ r´demption du monde. L’exode d’Egypte conduit ` la e a e u Terre promise, microcosme et tˆte de pont d’o` toute la cr´ation a commenc´ sa transfiguration en Royaume e e ´ e de Dieu. L’Exode est donc l’Ev´nement par excellence, le jour historique de la victoire, le jour o` le monde u est chang´ en lui-mˆme par l’´ternit´ (A. LaCocque, e e e e Penser la Bible, p. 329).

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Pour l’esprit grec, le monde est ´ternel, et donc statique. e La pens´e juive – relay´e en cela par l’approche scientifique e e moderne – pr´f`re voir dans l’histoire humaine une orienee tation, et donc une dynamique. Dans cette perspective, le Dieu juif – comme d’ailleurs le Dieu chr´tien – doit ˆtre e e pens´ comme ´tant un agent avec un but, et non pas comme e e ´tant un ˆtre avec une essence. Dieu est ce que Dieu fait ! e e (Ma¨ ımonide). L’Exode : processus de r´daction e ´ Si l’exode d’Egypte est un fait historique qui, comme nous venons de le voir, a pu ˆtre dat´ avec plus ou moins de e e pr´cision, par contre, dans l’´tat actuel de la recherche docue e mentaire, il ne semble pas possible de proposer une th´orie e d´finitive et compl`te sur la r´daction des livres bibliques e e e qui le racontent. Longtemps attribu´e au Proph`te Mo¨ lui-mˆme, la r´e e ıse e e daction de l’Exode – et d’ailleurs de tout le Pentateuque – est actuellement unanimement reconnue par les critiques et les ex´g`tes comme l’œuvre des scribes et des lettr´s e e e qui, a l’´poque qui suivit imm´diatement la p´riode de la ` e e e d´portation des Juifs a Babylone – p´riode connue sous e ` e l’appellation de postexilique –, ´crivirent, ` partir de docue a ments ´pars et de l´gendes anciennes, une œuvre litt´raire e e e donnant une belle impression d’unit´. Cette œuvre devait e participer a la reconstruction du peuple d’Isra¨l et ` sa ` e a r´surrection morale apr`s l’´preuve de ses ann´es d’exil ` e e e e a Babylone. Exil qui d´buta en -597 lorsque le Babylonien e Nabuchodonosor prit une premi`re fois J´rusalem et qui se e e termina en -538 lorsque le souverain perse Cyrus lib´ra les e d´port´s et permit la reconstruction de J´rusalem et de son e e e Temple. Selon les sp´cialistes (voir par exemple Jean-Louis Ska), e les principales th`ses ` propos de la r´daction de l’Exode (et e a e de tout le Pentateuque) sont au nombre de trois.

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1. L’Exode dans sa forme actuelle est une œuvre postexilique. La composition et la disposition des diff´rentes e parties remontent a l’´poque de l’origine du juda¨ ` e ısme cons´cutif ` l’exil a Babylone. (-587 est la date de la e a ` chute de J´rusalem et de la deuxi`me d´portation en e e e Babylonie, tandis qu’en -538 se situe l’´dit de Cyrus et e le retour des premiers exil´s.) e 2. S’il n’existe pas de document pr´exilique complet pour e l’Exode, par contre il en existe des fragments qui entrent dans la composition de l’œuvre actuelle. 3. Les mat´riaux pr´exiliques sont constitu´s de brefs r´e e e e cits et de cycles narratifs. En cons´quence il semble donc que le processus de r´dace e tion de l’Exode peut ˆtre d´crit comme suit. e e Certains textes tr`s anciens racontant la sortie des H´e e ´ breux d’Egypte et leur entr´e en Terre Promise ont surv´cu e e a ` deux d´sastres. Le premier eut lieu en -721, lorsque l’arm´e e e assyrienne s’empara de Samarie et d´truisit sur son pase sage l’ensemble des institutions politiques et religieuses du pays. Le second se situa en -587 lorsque l’arm´e de Nabue chodonosor incendia et saccagea la ville de J´rusalem apr`s e e un long si`ge. Et c’est lors du second exil ` Babylone et au e a cours de la p´riode qui suivit imm´diatement le retour des e e exil´s ` J´rusalem – soit entre -538 et -515 – que des scribes e a e r´dig`rent, a partir de divers fragments anciens, le livre de e e ` l’Exode tel que nous le connaissons. Cette reconstruction, rendue n´cessaire afin que la come munaut´ issue de l’exil retrouve ses racines, se devait d’ob´ir e e a ` deux imp´ratifs : il fallait d’abord renouer avec les tradie tions anciennes afin de r´tablir le pont avec le pass´ pr´exie e e lique, et ensuite, il ´tait tout aussi n´cessaire de montrer la e e p´rennit´ de ces traditions et de convaincre tous les membres e e du peuple qu’il ´tait, aujourd’hui, possible de reconstruire un e monde nouveau sur les anciennes fondations.