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L'héritage de Théodore Roosevelt : impérialisme et progressisme (1912-2012)

De
246 pages
Un siècle après la campagne présidentielle de 1912, l'influence de Théodore Roosevelt sur la politique américaine contemporaine et plus que jamais d'actualité. Ce livre offre une sélection d'articles envisageant l'héritage de Roosevelt dans la politique américaine depuis 1912. Ces essais s'intéressent plus particulièrement aux questions clés que sont le progressisme et l'impérialisme dans l'héritage idéologique, diplomatique et stratégique rooseveltien.
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Sous la direction de
Claire Delahaye et Serge RicardL’héritage de Téodore Roosevelt :
impérialisme et progressisme
(1912-2012) L’héritage de
En reprenant de nombreux thèmes chers aux progressistes, Téodore Roosevelt : notamment dans le domaine économique, le discours prononcé
par Barack Obama à Osawatomie (Kansas) en décembre 2011 lui impérialisme et progressismea permis de faire écho au célèbre exposé du New Nationalism par
Téodore Roosevelt, dans ce même lieu, et de se présenter ainsi
ecomme le digne héritier du 26 président des États-Unis (1901-
1909), de nouveau candidat à la Maison-Blanche en 1912 à la tête (1912-2012)
du tiers parti qu’il avait créé pour la circonstance.
La fliation recherchée par les démocrates, à laquelle les
néoconservateurs prétendent également, montre combien les
préoccupations politiques de Téodore Roosevelt d’il y a un siècle
sont tout à fait d’actualité en 2012.
Le présent ouvrage propose de revenir sur cette question et
ofre une sélection d’articles envisageant l’héritage de Téodore
Roosevelt dans la politique américaine depuis 1912. Ces essais
sont présentés chronologiquement et thématiquement, et ils
s’intéressent plus particulièrement aux questions clés que sont
le progressisme et l’impérialisme dans l’héritage idéologique,
diplomatique et stratégique rooseveltien.
En couverture : le président Téodore Roosevelt à l’été 1904. Illustration reproduite avec
l’aimable autorisation de la Teodore Roosevelt Collection (Harvard College Library).
ISBN : 978-2-336-00491-4
9 782336 00491424 €
L’héritage de Téodore Roosevelt :
Sous la direction de
Claire Delahaye et Serge Ricard
impérialisme et progressisme (1912-2012)
L ’air e anglophone




L’héritage de Théodore Roosevelt :
impérialisme et progressisme
(1912-2012) L'Aire Anglophone
Collection dirigée par Serge Ricard

Cette collection entend s'ouvrir aux multiples domaines d'un vaste
champ d'investigation, caractérisé par la connexion idiome-culture,
auquel les spécialistes formés en langues, civilisations et littératures dites
“anglo-saxonnes” donnent sa spécificité. Il s'agira, d'une part, de mieux
faire connaître des axes de recherche novateurs en études britanniques,
américaines et canadiennes et, d'autre part, de répondre à l'intérêt
croissant que suscitent les cultures anglophones d'Afrique, d'Asie et
d'Océanie — sans oublier le rôle de langue véhiculaire mondiale joué par
l'anglais aujourd'hui. A cette fin, les domaines privilégiés seront l'histoire
des idées et des mentalités, la sociologie, la science politique, les relations
internationales, les littératures de langue anglaise contemporaines, le
transculturalisme et l'anglais de spécialité.

Dernières parutions

John MULLEN, La chanson populaire en Grande-Bretagne pendant la
Grande Guerre 1914-1918 The show must go on, 2012.
Annie OUSSET-KRIEF, Les Juifs américains et Israël. De l’AIPAC à
JStreet, 2012.
Daniel GALLAGHER, D’Ernest Hemingway à Henry Miller. Mythes
et réalités des écrivains américains à Paris (1919-1939), 2011.
Fiona McMAHON, Charles Reznikoff, Une poétique du témoignage,
2011.
Emma RENAUD, Mary Beale (1633-1699). Première femme peintre
professionnelle en Grande-Bretagne, 2010.
Timothy WHITTON, Ken « le rouge » et la Mairie de Londres. Du
Greater London Council à la Greater London Authority, 2010.
Dominique MAILLARD, Première vague d’immigration chinoise en
Californie, 1849-1949, 2009.
Suzanne FRAYSSE, Les voix du silence. La lettre écarlate et les récits
d’esclaves, 2009.
Anne NICOLLE-BLAYA, L’Ordre d’Orange en Ulster.
Commémorations d’une histoire protestante, 2009.
C. DELAHAYE et S. RICARD (dir.), La Grande Guerre et le combat
féministe, 2009.
Annie OUSSET-KRIEF, Yidn ale brider. Immigration et solidarité,
2009.
Sous la direction de
Claire DELAHAYE et Serge RICARD




L’héritage de Théodore Roosevelt :
impérialisme et progressisme
(1912-2012)






































Maquette et mise en page

D. BLANC

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tél. 04 42 21 58 25 – fax 04 42 23 02 53
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© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00491-4
EAN : 9782336004914









Cet ouvrage est dédié à la mémoire de

Naomi Wulf

1964-2012

professeur à la Sorbonne




SOMMAIRE
Introduction,
par Claire DELAHAYE et Serge RICARD ...................................... 9

Theodore Roosevelt, the Progressive Party, and the Ascen-
dance of the Living Constitution,
by Sidney MILKIS .................................................................................. 19

Could Rooseveltian Diplomacy Have Prevented the Great
War?
by Douglas EDEN................................................................................ 39

The 1920 Election and the Harding Compromise: Forgetting
Progressivism and Internationalism while Remembering
TR,
by M. Patrick CULLINANE................................................................ 53

De Théodore Roosevelt à Franklin Delano Roosevelt : les
Amérindiens, objets des politiques progressistes et impé-
rialistes,
par Élise MARIENSTRAS.................................................................... 75

Le président Franklin Roosevelt et les impérialismes pendant
la Seconde Guerre mondiale : un anticolonialisme désinté-
ressé ?
par André BÉZIAT............................................................................... 83

Anticipating and Forging the Future: Theodore Roosevelt’s
Foreign Policy Legacy,
by William TILCHIN .......................................................................... 115

An Odd Couple: Truman and Nixon as TR Foreign Policy
Heirs,
by Michael KORT ................................................................................ 127

American Exceptionalism from TR to the New Left,
by William KEYLOR ........................................................................... 143

The Neoconservatives and Theodore Roosevelt,
by Andrew JOHNSTON ...................................................................... 155

La diplomatie publique reaganienne, une manifestation pro-
gressiste de l’impérialisme américain de nouvelle guerre
froide ?
par Maud QUESSARD ......................................................................... 175

L’héritage de Théodore Roosevelt dans les relations
américano-vaticanes,
par Marie GAYTE................................................................................. 193

Clinton en Bosnie, Obama en Libye : l’interventionnisme
humanitaire, impérialisme ou progressisme ?
par Maya KANDEL ............................................................................. 217


Note sur les auteurs................................................................................ 231



Claire DELAHAYE
Université François-Rabelais (Tours)
Serge RICARD
Sorbonne Nouvelle
(Université Paris III)
INTRODUCTION
Un siècle après la passionnante et trépidante campagne prési-
dentielle de 1912, l’influence de Théodore Roosevelt sur la poli-
tique américaine contemporaine est plus que jamais d’actualité.
Comme le note le professeur de sciences politiques Joseph
Postell, de nombreux enjeux de la campagne de 2012 font écho à
celle qui vit Théodore Roosevelt quitter le Parti républicain avec
1
fracas pour prendre la tête du Parti progressiste . Le discours
prononcé par Barack Obama à Osawatomie en décembre 2011 en
est une éloquente illustration. Cette allocution a en effet permis à
l’actuel président américain de se présenter comme le digne héri-
tier de TR : reprenant de nombreux thèmes chers aux progres-
sistes, notamment dans le domaine économique, son discours est
un hommage au New Nationalism que Roosevelt exposa en 1910
dans la même ville du Kansas. En effet, Barack Obama évoque le
combat de Roosevelt contre les excès des grandes entreprises, et
sa conviction que la liberté des marchés ne signifiait pas la licence
excessive :

But Roosevelt also knew that the free market has never been a free
licence to take whatever you can from whomever you can. He
understood the free market only works when there are rules of the
road that ensure competition is fair and open and honest. And so he
busted up monopolies, forcing those companies to compete for
consumers with better services and better prices. And today, they
still must. He fought to make sure businesses couldn't profit by

1. Joseph Postell, “Teddy Roosevelt for President in 2012?”, http://
www.visionandvalues.org/2012/04/teddy-roosevelt-for-president-in-
2012/, site consulté le 7 juin 2012. 10 CLAIRE DELAHAYE – SERGE RICARD
exploiting children or selling food or medicine that wasn’t safe. And
today, they still can’t.
And in 1910, Teddy Roosevelt came here to Osawatomie and he laid
out his vision for what he called a New Nationalism. “Our country,”
he said, “means nothing unless it means the triumph of a real demo-
cracy […], of an economic system under which each man shall be
2guaranteed the opportunity to show the best that there is in him.”

Ces propos de Barack Obama montrent combien les préoccu-
pations politiques de TR en 1912 sont tout à fait topiques en 2012.
Le présent ouvrage propose de revenir sur cette question et offre
une sélection d’articles envisageant l’héritage de Théodore Roose-
velt en politique américaine depuis 1912. Ces essais sont présen-
tés chronologiquement et thématiquement et ils s’intéressent plus
particulièrement aux questions clés que sont le progressisme et
l’impérialisme dans l’héritage idéologique, diplomatique et stra-
tégique rooseveltien.
Cet ouvrage débute par une analyse de deux aspects majeurs
du rapport qu’entretenait Théodore Roosevelt avec la Constitu-
tion et qui sont toujours au centre du débat politique contem-
porain : le rôle joué par l’exécutif et l’interprétation du rapport
que l’opinion publique américaine doit avoir au texte de loi fon-
dateur. Dans une communication non reproduite dans ce volume,
Vincent Michelot a montré dès l’ouverture de nos travaux que TR
a radicalement transformé la présidence américaine et qu’il est le
véritable instigateur d’un exécutif moderne et activiste, qui
s’inscrit pleinement dans les problématiques politiques progres-
sistes. Cela signifie-t-il pour autant que la présidence moderne
soit ontologiquement progressiste ? Les conservateurs n’auraient-
ils pas par ailleurs monopolisé la présidence moderne ? Dès lors,
la présidence peut-elle promouvoir d’autres buts qui ne soient
pas progressistes ? En s’intéressant à la présidence de Barack
Obama, qui a clairement fait en 2008 une campagne progressiste,
Vincent Michelot a souligné que si la rhétorique est bien la même
que celle de Théodore Roosevelt et qu’Obama entretient une
certaine méfiance vis-à-vis de son parti, il n’est pas vraiment un
président progressiste. Si Obama partage la vision rooseveltienne
selon laquelle un président peut repousser les limites de la
Constitution, excepté en politique étrangère, la présidence s’est
cependant trouvée graduellement isolée depuis TR. En outre,

2. Le texte complet du discours de Barack Obama peut être consulté à
l’adresse suivante : http://www.cbsnews.com/8301-250_162-57338052/
text-obama-address-on-the-economy-in-kansas/, site consulté le 7 juin 2012. INTRODUCTION 11
c’est là avant tout une question de contexte politique : si le pro-
gressisme s’appuie sur une démocratie directe, les instruments
qui servent à le promouvoir (tels que le référendum ou l’initiative
populaire) ont été accaparés par les conservateurs. Obama est
donc un progressiste qui se retrouve coincé dans un environne-
ment politique néo-conservateur, marqué par la certitude popu-
3laire que les Américains ont perdu leurs droits . Sidney Milkis
prolonge cette réflexion en envisageant comment les questions de
la pratique politique rooseveltienne lors de son mandat exécutif
furent réactivées et redéfinies par la campagne électorale de 1912,
qui interrogea en profondeur le régime constitutionnel américain
par le biais du programme ambitieux de réformes progressistes
défendu par le champion du New Nationalism. Sidney Mikis
montre parfaitement dans quelle mesure de nombreuses caracté-
ristiques de la politique américaine contemporaine s’inscrivent
dans des enjeux hérités de cette campagne et pilotés par TR,
notamment son soutien acharné aux élections primaires, sa
remise en cause des attachements de parti traditionnels, son
utilisation des médias, ainsi que sa capacité à forger des alliances
avec différentes organisations. L’action centrale de la présidence
dans la compréhension progressiste de la démocratie est une fois
de plus soulignée. Mais ce sont surtout les débats autour du rôle
alloué à la Constitution et de ses limites qui marquèrent les
efforts de TR et de ses partisans pendant cette campagne. Ces
deux analyses illustrent le rôle majeur joué par Roosevelt dans
des enjeux fondamentaux de la démocratie américaine qui sont
toujours d’actualité.
Si Roosevelt a pu changer le visage de la politique intérieure
américaine, peut-être aurait-il pu également changer celui du
monde : en spéculant sur ce qu’aurait accompli Théodore Roose-
velt eût-il encore été au pouvoir dans les années qui précédèrent
la Grande Guerre, Douglas Eden se livre à un intéressant exercice
d’histoire fiction qui lui permet de revisiter et d’éclairer les succès
ediplomatiques du 26 président de 1901 à 1909, notamment deux
affrontements majeurs – la guerre russo-japonaise et la crise
marocaine – qui mirent aux prises les futurs belligérants de 1914-

3. Voir Vincent Michelot, “La présidence en exil : la fermeture de l’exécu-
tif sous George W. Bush”, Études anglaises 60.4 (2007) : 453-465 et Le président
des États-Unis : un pouvoir impérial ? (Paris : Découvertes Gallimard-Histoire,
2008), pp. 21, 74-75 ; Olivier Richomme et Vincent Michelot, dir., Le bilan
d’Obama (Paris : Presses de Sciences Po, 2012), Introduction : “Inventer une
présidence progressiste”. 12 CLAIRE DELAHAYE – SERGE RICARD
1918 et dans lesquels il joua un rôle déterminant de médiateur
qui préserva l’équilibre des puissances et la paix du monde.
L’impérialisme, source de progrès, avait à ses yeux une fonction
civilisatrice, pouvait éliminer autocratie et barbarie et contribuer
au maintien de la paix, grâce, à terme, à une réduction des arme-
ments. Il semblerait néanmoins qu’il ait sous-estimé à la fois la
force des nationalismes européens qui sous-tendaient leurs impé-
rialismes et le déclin de la Grande-Bretagne et de son empire.
TR ne parvint pas à vaincre la méfiance que l’Allemagne et
l’Angleterre éprouvaient l’une pour l’autre tout en conservant la
confiance des deux parties, et sa politique européenne, conduite
de façon très personnelle, fut guidée par sa sympathie pour la
France. Compte tenu de la rigidité du système des alliances euro-
péennes en 1914 et de la faiblesse qui avait caractérisé la diplo-
matie américaine après son départ de la Maison-Blanche, au
point que Berlin et Vienne firent au départ peu de cas de
Washington, il est vraisemblable, selon Douglas Eden, que le
champion du “gros bâton” de retour aux affaires aurait écourté la
guerre plutôt qu’il ne l’aurait empêchée. Mais on ne refait pas
l’histoire avec des “si”.
Une autre spéculation favorite des historiens concerne la candi-
dature éventuelle de Théodore Roosevelt en 1920 – que sa fille
Alice considérait comme certaine – s’il n’était pas mort l’année
précédente. Michael Patrick Cullinane, qui ouvre son essai par
cette question, pense qu’il aurait de toute façon pesé sur le choix
du candidat républicain, étant donné son prestige dans le parti et
ses états de service. Mais ce qui intéresse cet auteur et qui fait
l’originalité de sa contribution, c’est le paradoxe d’une investiture
qui tourna le dos au progressisme et à l’internationalisme tout en
se réclamant de l’héritage rooseveltien. Sa thèse est que la victoire
des conservateurs de la “vieille garde” enterra cet héritage mais
ressuscita le personnage qui l’avait transmis. Deux fidèles pou-
vaient prétendre incarner le progressisme et l’internationalisme
rooseveltiens à la convention républicaine de 1920, Hiram
Johnson, son colistier lors de l’élection de 1912, et Leonard Wood,
son compagnon d’armes pendant la guerre hispano-américaine,
nommé gouverneur de Cuba, puis des Philippines. Plus d’une
douzaine de candidats tentèrent leur chance, invoquant tous le
souvenir de Roosevelt, ou, du moins, ce qui dans ce souvenir
pouvait le plus avantageusement servir leur cause et les faire
apparaître comme ses disciples. Cullinane examine la campagne
de quatre d’entre eux, les plus en vue : Wood, adepte de INTRODUCTION 13
l’interventionnisme en politique étrangère, proche des milieux
d’affaires, soutenu par la famille Roosevelt, mais peu apprécié
des syndicats et des progressistes en général ; Johnson, suspect
aux yeux de l’appareil du Parti républicain pour avoir tenté
l’aventure progressiste de 1912 ; Frank Lowden, gouverneur de
l’Illinois, qui paraissait capable d’unir progressistes et conserva-
teurs dans un parti divisé ; Warren G. Harding, sénateur de
l’Ohio, l’antithèse de TR qu’il critiqua durement après 1912 mais
dont il chercha opportunément à se rapprocher après 1916, et
dont il invoqua sans vergogne l’image et l’héritage. La conven-
tion fut houleuse. Harding obtint l’investiture. Les progressistes
firent contre mauvaise fortune bon cœur. La campagne, menée
de main de maître, fut un hommage permanent à Théodore
Roosevelt et un exercice efficace de communication, avec le
concours de la famille Roosevelt. Pour Cullinane l’élection de
1920 marqua un basculement – la fin du rooseveltisme malgré un
souvenir omniprésent, le retour du conservatisme et de l’isola-
tionnisme – et constitua un événement fondateur en ce qu’elle
permit par la suite de manipuler de façon sélective l’image
de Roosevelt à des fins électoralistes déconnectées de sa vision
politique.
Si Théodore Roosevelt a pu articuler avec brio progressisme et
impérialisme dans ses principes et sa pratique politiques, ces
deux concepts ne sont peut-être qu’une seule et même facette de
la politique à l’égard des Amérindiens. L’étude d’Élise Marienstras
souligne que loin d’être contradictoires, ces deux concepts
servent de soubassement à la façon dont sont traités les Amérin-
diens, depuis le Dawes Act de 1887 jusqu’au Indian Reorganization
Act de 1934. En effet, la volonté d’amener les Amérindiens vers le
“progrès” ou la “civilisation”, autrement dit leur assimilation par
le christianisme et la citoyenneté américaine, se manifeste par la
création d’écoles, mais aussi par le morcellement des réserves, ce
qui détruit la propriété collective. Cette loi de morcellement, ainsi
que la théorie de la perfectibilité des races, montre qu’il existe
bien un lien essentiel entre progressisme et impérialisme. À
maints égards, l’Indian New Deal de Franklin Delano Roosevelt
n’est que le prolongement de la politique menée par TR.
Dès lors que l’on se penche sur la proximité intellectuelle entre
les deux Roosevelt se pose la question de la filiation pour le
second. Comme beaucoup d’historiens, André Béziat voit en
e eFranklin Roosevelt l’héritier en géopolitique des 26 et 28 prési-
dents, Théodore Roosevelt le républicain et Woodrow Wilson, le 14 CLAIRE DELAHAYE – SERGE RICARD
edémocrate. Le premier, selon lui, fut au tournant du XIX siècle
l’un des plus ardents défenseurs de la liberté du commerce avec
des pays peu avancés industriellement mais riches en matières
premières. La guerre hispano-américaine qu’il appela de ses vœux
sécurisa les approches du futur canal de Panama, dont la cons-
truction était vitale pour Washington aux plans commercial et
stratégique, et ouvrit et la route du commerce vers l’Asie. Le
second se fit le champion du droit des peuples à l’autodétermi-
nation et de l’autonomie des pays colonisés – vision proche, au
demeurant, de celle du premier Roosevelt, promoteur d’un
“impérialisme bienveillant” des grandes puissances, garantes de
l’apprentissage de la démocratie par les peuples sous tutelle – de
leur aptitude à se gouverner eux-mêmes, ou self-government – en
vue de leur émancipation à long terme.
Franklin Roosevelt se distingua de ces deux illustres prédéces-
seurs par sa volonté d’apaiser les relations avec l’Amérique latine
(“politique de bon voisinage”) et par son anticolonialisme, sa
volonté d’étendre au monde de l’après-guerre le principe de la
“porte ouverte” pour les échanges commerciaux. Partisan du droit
des peuples à se gouverner eux-mêmes et hostile au système pro-
tectionniste des empires britannique et français, il manifesta très
tôt pendant le conflit mondial sa préférence pour la décolonisa-
tion, comme en écho aux préventions que nourrissait Wilson à
l’égard des impérialismes européens. La convergence d’intérêts
entre la Grande-Bretagne et la France fit obstacle à ses projets, qui
n’aboutirent pas. André Béziat détaille avec soin les enjeux straté-
giques que constituèrent les colonies françaises pendant la guerre
et la complexité des relations de Washington avec Vichy et la
France libre. Au bout du compte, le réalisme l’emporta en Afrique
du Nord comme en Asie au nom des intérêts bien compris des
États-Unis, notamment de leur sécurité, car le statu quo ante colo-
nial apparut comme un facteur d’ordre régional et un rempart
contre la menace communiste, en Indochine notamment. L’“impé-
rialisme bienveillant” de Théodore Roosevelt avait du bon, non-
obstant les grands principes, et encore de beaux jours devant lui.
William Tilchin rappelle à juste titre que c’est bien Théodore
Roosevelt, et non Woodrow Wilson, qui est à l’origine de bien des
aspects de la diplomatie américaine contemporaine, non pas en ce
qu’elle promeut un impérialisme militant, mais plutôt en cher-
chant à préserver le pouvoir et l’influence des États-Unis. Cette
analyse retrace ainsi la tradition en politique étrangère inaugurée
par TR, souvent sous-estimée, mal comprise et mal utilisée. En INTRODUCTION 15
effet, la volonté américaine de contenir ou repousser toutevelléité
belliqueuse d’agresseurs voulant imposer par la force leur vision
edu monde trouve ses racines dans la pensée stratégique du 26 pré-
sident, dont les trois préceptes furent : préserver les intérêts amé-
ricains (qui incluait la promotion de la démocratie, de la liberté
afin d’assurer la sécurité internationale), disposer d’une armée
puissante et toujours bien préparée, reconnaître la supériorité
d’une culture et d’un leadership anglo-américain.
Michael Kort poursuit l’analyse de l’héritage de Théodore
Roosevelt en politique étrangère : partant, entre autres, de son
célèbre discours à la Sorbonne en 1910 sur l’“homme au combat”
(The Man in the Arena), Michael Kort se penche sur un couple
inattendu d’émules, Harrry S. Truman et Richard M. Nixon. Le
premier apparaît comme un choix logique. Truman se trouve
toujours dans le peloton de tête des grands présidents avec le
premier Roosevelt (et le second) à chaque sondage parmi les
historiens. Sa politique d’endiguement du communisme de 1945
à 1953, le plan Marshall et l’OTAN en font un digne héritier de
TR, mais il y a plus : sa conduite de la guerre de Corée sans que la
priorité de l’Europe, sa reconstruction et les défis qu’elle dut
affronter au lendemain de la Seconde Guerre mondiale fussent
oubliés. Le second de ce duo, Nixon, est un réaliste en politique
eétrangère avec une pensée stratégique, comme le 26 président,
qui choisit de surcroît comme conseiller à la sécurité nationale
puis secrétaire d’État Henry Kissinger, grand admirateur de
Théodore Rooosevelt. Michael Kort estime que Nixon, en étroite
collaboration avec Kissinger, à la fin des années soixante et au
début des années soixante-dix, “réagit de façon originale et effi-
cace au déclin relatif de la puissance américaine et aux nouveaux
défis soviétiques avec la politique de détente et l’ouverture vers
la Chine” ; il pense que “sa gestion de la guerre du Vietnam
illustra l’éventail limité d’options dont il disposait” mais que, dès
1972, “il pouvait se targuer d’une réussite considérable”. Trois
facteurs unissent les trois présidents comme praticiens des rela-
tions internationales : leur conviction que la diplomatie était
vaine si elle ne s’appuyait pas sur la dissuasion militaire, le fait
qu’ils durent affronter des changements majeurs dans l’équilibre
des puissances à leur époque et leur formulation réaliste de poli-
tiques étrangères adaptées aux conditions géopolitiques qu’ils
rencontrèrent, en fonction de ce qu’ils estimaient être la meilleure
façon de protéger les intérêts américains et de promouvoir la paix
dans le monde par la même occasion. 16 CLAIRE DELAHAYE – SERGE RICARD
Les derniers essais de cet ouvrage explorent l’influence diffuse
de Théodore Roosevelt en politique étrangère. William Keylor
es’intéresse à l’exceptionnalisme américain du 26 président à la
Nouvelle Gauche. Il s’agit pour lui, sinon d’en retracer les ori-
gines, du moins d’en étudier l’évolution depuis l’accession de TR
à la présidence jusqu’aux années soixante. Nation unique au des-
tin exceptionnel, les États-Unis s’estimèrent investis d’une mis-
sion de dissémination du républicanisme dont l’exemplarité les
plaçait au-dessus des autres pays. Le messianisme démocratique,
nouvel avatar de cette mission universelle, devint vite la promo-
tion et la diffusion des valeurs politiques, économiques et cultu-
relles de cette nation singulière. Phare et modèle de perfection
pour l’humanité, l’Amérique allait pratiquer avec le successeur
de William McKinley un impérialisme interventionniste et civili-
sateur, décrit comme un devoir envers les autres peuples. Wilson
s’empara de cette rhétorique pour tenter de promouvoir un nou-
vel ordre mondial fondé sur les valeurs américaines, mais il fallut
attendre 1945 pour que le “siècle américain” voie le jour avec une
Amérique surpuissante qui, de Truman à George W. Bush, se
considérerait, selon la formule favorite de Ronald Reagan, comme
“la dernière chance de l’humanité” et exercerait un “pouvoir de
contrainte” (hard power) et “de persuasion” (soft power) partout
dans le monde. Keylor rappelle que cette notion fut rejetée vio-
lemment dans les années soixante par la Nouvelle Gauche, qui
souligna les méfaits des États-Unis plutôt que leurs bienfaits. Il
conclut comme les tenants de l’école réaliste que l’Amérique n’est
après tout qu’une nation comme les autres qui a toujours mis sa
puissance au service de ses intérêts propres, comme toutes les
autres nations, et qui ce faisant a produit des effets tantôt béné-
fiques, tantôt néfastes.
L’image de Théodore Roosevelt se brouille avec les néo-
conservateurs qui sont en quelque sorte les héritiers des déçus
des années soixante. Andrew Johnston montre par un intéressant
effort de théorisation que ces derniers ont confisqué l’icône à leur
profit et en ont fait un modèle d’interventionnisme musclé et de
masculinité, qui n’est pas sans rappeler à leur propos la formule
4de Pierre Hassner sur le “wilsonisme botté” . Il retrace la genèse
du néo-conservatisme, le situe sur l’échiquier politique, en sou-
ligne les choix géopolitiques (supériorité militaire, intervention-

4. Pierre Hassner, “États-Unis : l’Empire de la force ou la force de l’Em-
pire ?”, Cahiers de Chaillot 54 (septembre 2002) : 43. INTRODUCTION 17
nisme préventif, unilatéralisme, promotion de la démocratie) et
analyse les écrits des adhérents de cette mouvance, commeRobert
Kagan, notamment leur vision de l’histoire américaine, qui nous
ramène à l’exceptionnalisme américain. Il analyse surtout avec
précision la manière dont les néo-conservateurs ont utilisé Roose-
velt à un siècle de distance pour prôner un impérialisme décom-
plexé, et souligne à ce propos les dangers de la simplification et
de la décontextualisation.
Maud Quessard analyse les similitudes entre Théodore Roose-
velt et Ronald Reagan : grands communicants tous les deux,
sachant parfaitement utiliser le pouvoir des médias, ils œuvraient
pour que l’armée américaine soit toujours bien préparée et entraî-
née, persuadés que la puissance militaire américaine était la clef
de la politique étrangère. Celle de Ronald Reagan à l’encontre du
bloc soviétique dans les années quatre-vingt rappelle les pré-
ceptes défendus par TR : la diplomatie publique de l’Administra-
tion Reagan manie avec dextérité puissance et persuasion afin de
garantir la sécurité collective et de préserver les intérêts améri-
cains face au bloc communiste en Europe.
Sur un sujet peu connu, les relations des États-Unis avec le
Vatican, Marie Gayte consacre un essai à leur évolution, mais sur-
tout à la politique vaticane de Théodore Roosevelt qui donna le
ton et dont le style inspira ses successeurs jusqu’à l’établissement
de relations diplomatiques en 1984 sous Ronald Reagan. Tous
opteront, selon les événements concernés, pour des contacts
ponctuels et à durée déterminée, assurés par des personnes au
statut changeant (représentant du secrétaire à la Guerre, repré-
sentant personnel du président, voire par une personne sans
aucun titre). Il sera toujours question de rapports non pas avec le
siège de l’Église catholique, mais avec l’État reconnu en droit
international sous le nom de Vatican. Le premier à imposer les
États-Unis sur la scène diplomatique mondiale, TR jeta les bases
des relations américano-vaticanes telles qu’elles fonctionnèrent
jusqu’à leur normalisation près d’un siècle plus tard.
L’étude de Maya Kandel qui conclut ce volume s’attache à
l’analyse de l’interventionnisme humanitaire sous Bill Clinton et
Barack Obama, deux présidents démocrates qui, au nom d’un
devoir d’ingérence, signent, l’un en Bosnie, l’autre en Lybie, le
renouveau d’une politique étrangère démocrate. Elle les situe par
rapport aux faucons libéraux et néo-conservateurs, deux courants
qui se réclament d’une tradition interventionniste inaugurée par
Théodore Roosevelt selon un concept qui fera de Washington le 18 CLAIRE DELAHAYE – SERGE RICARD
“gendarme” d’un hémisphère puis du monde. Avec l’ingérence
humanitaire Clinton et Obama rejoignent cette tradition. Maya
Kandel s’interroge sur la nature progressiste ou impérialiste de
cet activisme géopolitique et aborde la question centrale des inté-
rêts américains. Elle note que la part d’idéalisme qui animait la
politique de Bill Clinton, et même celle de George W. Bush, a fait
place au “pragmatisme prudent” de Barack Obama, qui “res-
semble fort à un retour au réalisme”.

Sidney M. MILKIS
University of Virginia
THEODORE ROOSEVELT,
THE PROGRESSIVE PARTY,
AND THE ASCENDANCE
OF THE LIVING CONSTITUTION

Mené par Théodore Roosevelt, le Parti progressiste fit de la campagne de 1912 une
lutte passionnante pour l’âme constitutionnelle du peuple américain. Promouvant
un programme ambitieux de réformes économiques, sociales et politiques nommé
le “Nouveau Nationalisme”, qui représentait un sérieux défi au régime constitu-
tionnel, TR et ses partisans progressistes provoquèrent un débat extraordinaire
sur l’avenir du pays. Au-delà des élections de 1912, le programme de réforme
sociale du Parti progressiste et son éloge d’une “démocratie directe” a eu des
répercussions sur l’ensemble de la politique américaine, léguant une Constitution
“vivante” qui subordonne les droits naturels à l’opinion publique et le régime
constitutionnel limité au gouvernement national. Actuellement au cœur des
espoirs et des mécontentements des Américains, la vision progressiste de la poli-
tique et du gouvernement est un point de départ critique pour analyser le sens et
les responsabilités de la démocratie américaine.

The 1912 election was one of the great campaigns in American
history. It was the decisive battle of the Progressive Era, which
witnessed the first comprehensive efforts to come to terms with
the fundamental conflicts raised by the industrial revolution.
Led by Theodore Roosevelt, the Progressive Party campaign
promoted an ambitious program of economic, social and political
reform—New Nationalism—that posed profound challenges to
constitutional government. In the opening address of the Progres-
sive Party convention of 1912, Senator Albert Beveridge of
Indiana, decrying the power of large corporations and the pro-20 SIDNEY M. MILKIS
tection that the courts gave giant “Trusts,” stated the clear fun-
damental issue he believed framed the coming battle. “The Pro-
gressive Party believes the Constitution is a living thing,” he told
the delegates, “growing with the people’s growth, strengthening
with the people’s strength, aiding the people in their struggle for
life, liberty, and the pursuit of happiness, permitting the people
to meet all their needs as conditions changed.” “The opposition,”
Beveridge continued, “believes that the Constitution is a dead
form, holding back the people’s growth, shackling the people’s
strength, but giving a free hand to malign powers that prey upon
1the people.”
In response to the Progressives’ challenge to settled, standing
law, Republicans such as New York Senator Elihu Root and
President William Howard Taft defined their task as conserving
constitutional forms. The Constitution was not regressive, as Pro-
gressives charged, Root and Taft insisted. The Republican Party
recognized that the industrial age required reform, Root pro-
claimed at the GOP national convention, and the Taft administra-
tion had done its “full, enlightened and progressive duty to the
limit of national power under the Constitution.” Nonetheless, he
continued, the national government’s powers must not carry over
to an attack on constitutional forms such as “local self-govern-
ment,” the “boundaries of official power” between the branches
of government, and the “declarations and prohibitions of the Bill
of Rights.” Rejecting the Progressive Party’s belief that the funda-
mental law had to change in response to public opinion, Root
expressed fealty to the Framers and the restraints they imposed
on direct popular rule: “We cherish with gratitude and reverence
the memory of the great men who devised the American
constitutional system […], their lofty conception of human rights,
their deep insight into the strength and weakness of human
nature, their wise avoidance of dangers which had wrecked all
2preceding attempts at popular government.”
The question of whether America should have a Constitution of
settled standing laws or a “living Constitution” that is remade
episodically by changing assumptions and political practices has

1. “Proceedings of the First National Convention of the Progressive Party,”
August 5, 6, 7, 1912, Progressive Party Archives, Theodore Roosevelt Col-
lection, Houghton Library, Harvard University, p. 38.
2. “Address of the Temporary Chairman, Official Report of the Pro-
ceedings,” Fifteenth Republican National Convention, Chicago, Illinois, June
18-21, 1912, pp. 97, 98. THE PROGRESSIVE PARTY AND THE LIVING CONSTITUTION 21
deep historical roots. The origins of this debate go back to the
founding, to a disagreement between James Madison, rightfully
honored as the Father of the American Constitution, and Thomas
Jefferson, the author of the Declaration of Independence—a dis-
agreement that Madison recounts in Federalist 49. Madison’s hope
was that the people would come to worship the Constitution that
was crafted and ratified in 1789—that it would become America’s
civic religion. And yet, the Constitution could only become
America’s scripture, he believed, if it was inoculated from
raucous democratic or partisan politics. Frequent appeals to the
people to alter the Constitution, Madison feared, “would deprive
the government of that veneration that time bestows on every-
thing.” Believing that it was necessary to protect the Constitution
from passionate factionalism, Madison opposed his friend Thomas
Jefferson’s idea of a “living Constitution”: each generation of
Americans, Jefferson insisted, deserved the opportunity to define
the meaning of their rights, and to reset the terms of constitu-
tional government in light of this return to first principles. Only
through periodic refoundings would the Constitution remain a
living breathing thing that each generation of Americans could
3truly venerate.
History has largely vindicated Jefferson’s elusive, exalted idea
that the “Constitution belongs to the living.” Jefferson prescribed
that these transformations should occur through periodic consti-
tutional conventions, rarefied convocations of popularly elected
delegates. As it turned out, the Philadelphia meeting of 1787 was
the last of these august gatherings. But from time to time, the
Constitution has been pulled into the vortex of a rip roaring
election, constitutional episodes that have seen popular campaigns
joined to fundamental conflict for the constitutional soul of the
American people. The exciting 1912 election was such a contest.
Like other great presidential elections in American history—1800
(the “revolution” of 1800, as Jefferson called it), 1860 (the decisive
electoral contest of the Civil War period), and 1936 (the campaign
that marked the New Deal as an enduring feature of American
political life)—the 1912 election challenged voters to think

3. Alexander Hamilton, James Madison, and John Jay, The Federalist Papers,
ed. by Clinton Rossiter, with an introduction by Charles Kessler (New York:
New American Library, 1999), pp. 281-285. 22 SIDNEY M. MILKIS
seriously about the meaning of their rights and the Constitution
4that promised to fulfill them.
The election showcased four impressive candidates who
engaged in a remarkable debate about the future of American
politics. Besides Theodore Roosevelt and Taft, the campaign
included Eugene Debs, the labor leader from Indiana, who ran on
the Socialist Party ticket, at the high tide of Socialism, and
Woodrow Wilson, the former political science professor and
president of Princeton University, who was elected as the Democ-
ratic governor of New Jersey in 1910, and, championing a more
moderate reform program than that proclaimed by TR and the
Progressives—the New Freedom—was elected president in 1912.
All four candidates recognized that the industrial revolution had
changed the American political landscape profoundly, and each
attempted to define the Progressive Era’s answer to the questions
raised by the new industrial order that had grown up within the
American constitutional system. In particular, each candidate
attempted to provide political answers to the trusts, the immense
corporations that emerged during the latter part of the nineteenth
century, embodying a concentration of economic power that
posed fundamental challenges to the foundations of the de-
centralized republic of the nineteenth century. During the 1830s,
the brilliant French sociologist Alexis de Tocqueville had
identified local self-government the foundation of American de-
mocracy, but federalism now seemed overawed, and corrupted,
by giant corporations. These combinations of wealth aroused
widespread fears that growing corporate influence might jeop-
ardize the equality of opportunity of individuals to climb the
economic ladder. Reformers excoriated the economic conditions
of this period—dubbed the “Gilded Age”—as excessively opulent
and holding little promise for industrial workers and small
5farmers. Moreover, many believed that great business interests
had captured and corrupted the men and methods of govern-
ment for their own profit. Party leaders—Democrats and Repub-

4. On presidential elections and re-foundings, see Marc Landy & Sidney
M. Milkis, “The Presidency in the Eye of the Storm,” in The Presidency and the
thPolitical System, 9 ed., ed. by Michael Nelson (Washington, D.C.: CQ Press,
2010), pp. 68-107.
5. “Gilded Age” was coined by Mark Twain and Charles Dudley Warren
in their book The Gilded Age: A Tale of Today, which was published in 1873.
The term originates in William Shakespeare’s King John: “To gild refined
gold, to paint the lily […] is wasteful and ridiculous excess.”