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L'IDENTITÉ POLITIQUE DE LYON

De
240 pages
Dans quelles mesures les analyses économiques et sociales, les plus précises, les plus fouillées, les recherches sur les généalogies familiales et la construction des populations, celles sur les formes d'éducation et les modes de pensée, peuvent-elles rendre compte d'une personnalité urbaine, qui s'exprimerait autour de l'avènement du suffrage universel, par le choix des élites municipales et des maires ? Bruno Benoit propose au lecteur la construction des diverses formes de représentations qui aboutissent à créer l'identité politique de Lyon.
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L'identité politique de Lyon
Entre violences collectives et mémoire des élites

Collection Chemins de la Mémoire dirigée par Alain Forest

Jacques MICHEL, La Guyane sous l'Ancien-Régime. Le désastre de Kourou et ses scandaleuses suites judiciaires. Alain ROUX, Le Shangaï ouvrier des années Trente, coolies, gangsters et syndicalistes. Elisabeth TUTTLE, Religion et idéologie dans la révolution anglaise, 1647-1649. Nadine VIVIER, Le Briançonnais rural aux XVIIIème et XIXème siècles. Sabine ZEITOUN, L'oeuvre de secours aux enfants juifs (O.S.E.) sous l'Occupation en France. Michel PIGENET, Les «Fabiens» des barricades au front (Septembre 1944 - Mai 1945) Robert MECHERINI, Une entreprise de Marseille "sous gestion ouvrière", 1944-1948. Maurice LESCURE, Madame Hamelin. Merveilleux et turbulence Fortunée (1776-1851). Véronique MOLINARI, Le vote des femmes et la première Guerre mondiale en Angleterre. Rémi ADAM, Histoire des soldats russes en France (1915-1920) - Les damnés de la guerre. Guy TASSIN, Un village du Nord avant la mine. Chronique d'Edouard PIERCHON, curé d'Haveluy au XIXe siècle Odette HARDY-HEMERY, L'envers d'une fusillade Fourmies, 1er mai 1891. Marguerite DURAND (1864-1936), La fronde féministe ou le temps en jupons. Claudie WEILL, Etudiants russes en Allemagne. Jean LEVY, Simon PIETRI, De la République à l'Etat français, 1930-1940. Thierry VIVIER, La politique aéronautique de la France
(Janvier 1933

- septembre

1939).

Louis PEROUAS, Une religion des Limousins? Approches historiques. Henri SACCHI, La guerre de Trente ans, Tome I : L'ombre de Charles Quint - Tome II : L'Empire supplicié - Tome III: La guerre des Cardinaux.

Bruno Benoit

L'identité

politique

de Lyon

Entre violences collectives et mémoire des élites
(1786-1905)

Préface de Maurice Garden

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris -FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Du même auteur

Hérésies et diableries à Lyon et alentours, Le Coteau, Horvath, 1987 (en collaboration avec Félix Benoit).
- Les grandes dates de la Révolutiollfrallçaise. Paris, Larousse, 1988. - Guide historique de la Révolution à Lyon ( 1789-1799), Lyon, Éd. de Trévoux, 1988 (en collaboration avec Roland Saussac). - Ville et Révolution (dir.), Lyon, PUL, 1994. - Historiquement vôtre... entre la nostalgie et l'espoir, Lyon, PUL, 1996 (en collaboration avec Michel Boyer et Georges Durand). - Quand Lyon rugit...Les colères de Lyon du Moyen Âge à nos jours, Lyon, Éd. lyonnaises d'Art et d'Histoire, 1998 (en collaboration avec Raymond Curtet).

-

1999 ISBN: 2-7384-7465-9

@ L'Harmattan,

à Joëlle

Préface

Toute ville a son histoire, et donc ses historiens. La ville de Lyon, une des plus anciennes de France, une métropole qui depuis sa naissance gallo-romaine jusqu'à nos jours a toujours gardé son rang à la tête des grandes villes françaises, a commencé très tôt à inspirer les historiens, qui se multiplient dès l'avènement du livre imprimé. Entre le seizième siècle et aujourd'hui il est passible de lire les transformations successives du genre historique, tour à tour chronique, vie des hommes illustres, épisodes événementiels qui mettent la ville à part dans l'histoire nationale... Beaucoup d'autres formes pourraient être citées, avant que l;histoire de la seconde moitié du vingtième siècle, celle dite de l'Ecole des Annales, ne rapproche l'écriture historique de celle des sciences sociales. L'histoire de la ville cherche alors à devenir une description, une analyse et une explication aussi globales que possible d'un ensemble complexe composé d'objets matériels, d'êtres humains, simples habitants, mais aussi citoyens dans la ville-cité, et d'une multitude d'activités politiques, économiques et commerciales, culturelles et religieuses. Dans cette quête d'une histoire globale, tout historien finit par poser la question par laquelle j'avais il y a déjà trente ans terminé une étude sur Lyon au XVIIIe siècle: Unique ou Exemplaire? Naturellement chaque ville est unique, dans ses formes matérielles, dans son bâti, dans son organisation de l'espace, même si certaines époques de l'histoire tendant à imposer des règles d'uniformité dans l'urbanisme; mais même quand une volonté politique cherche à imposer une certaine régularité, les hommes et les femmes

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qui sont et font la ville produisent toujours une réalité originale, jamais totalement semblable à l'autre. Dans cet esprit, depuis longtemps, mais surtout au cours du dix-huitième siècle sous l'impulsion de notables locaux cultivés et historiens amateurs, l'histoire de chaque ville devient, ou tend à devenir une histoire qui cherche à imposer la réalité d'un esprit urbain spécifique à chaque cité; la quête d'une identité locale, d'une personnalité urbaine, souvent au service d'une idéologie qui en France prétend montrer l'indépendance de chaque ville face à Paris, devient le leitmotiv des histoires urbaines locales, abritées par les Académies ou les autres sociétés "savantes". Tout le monde ne peut pas être de Lyon, dit le dicton, mais si on veut se faire ~dopter par sa ville, le chemin de l'historien est une voie remarquée; Edouard Herriot, maire de Lyon pendant plus de cinquante ans, devient plus Lyonnais que nature, quand il publie l'immense fresque de la période révolutionnaire, Lyon n'est plus. Bruno Benoit n'a pas besoin de cette reconnaissance plus ou moins usurpée. Il lui faut plutôt se défendre contre une appartenance trop intime avec l'histoire de sa ville, lui qui est le fils d'une "figure lyonnaise", d'une personnalité qui participait justement à la création et au maintien d'un esprit lyonnais. Mais Bruno Benoit, historien professionnel et non plus" amateur éclairé comme au siècle dernier, formé par les tenants de l'Ecole des Annales déjà évoquée, est en droit de se poser des questions, en rapprochant en quelque sorte les deux visions historiques de l'histoire lyonnaise. Comment à partir d'un événement refondateur, celui de la rébellion lyonnaise contre la Convention montagnarde et contre Joseph Chalier qui voulait imposer les vues de la Convention dans la gestion de la municipalité lyonnaise, les Lyonnais du dix-neuvième siècle ont construit une identité culturelle et politique qui les conduit, sans renier leur histoire contrerévolutionnaire, à adhérer peu-à-peu à une République modérée, malgré les immenses transformations démographiques, économiques et sociales que la ville a connues au cours de ce siècle? Le livre que nous offre Bruno Benoit, dans sa forme, relève plus de l'essai que de la forme universitaire de la thèse d'histoire, chargée de références archivistiques. Cet essai, en plus de sa grande qualité d'écriture, invite à la réflexion sur la discipline historique et son évolution. Dans quelle mesure les analyses économique et sociales, les plus précises, les plus fouillées, les recherches sur les généalogies familiales et la construction des populations, celles sur les formes d'éducation et les modes de pensée, peuvent-elles rendre compte d'une 10

personnalité urbaine, qui s'exprimerait, surtout après l'avènement du suffrage universel, par le choix des élites municipales et des maires? Bruno Benoit propose au lecteur, après une série de petites touches successives, la construction des diverses formes de représentations qui aboutissent à créer l'identité politique de Lyon. Il reste à multiplier les approches, à croiser les sources aux différentes périodes de cette longue histoire, à peser le rôle respectif des divers groupes sociaux dans cette construction identitaire urbaine. Mais le livre de Bruno Benoit montre que cette voie nouvelle de l'histoire des villes est possible.
Maurice Garden

Il

INTRODUCTION

"L'histoire est une science des hommes dans le temps et qui sans cesse a besoin d'unir l'étude des morts à celle des vivants" Marc Bloch (1941)

Au départ de ce livre, il y a la prégnance des événements révolutionnaires dans l'histoire contemporaine de Lyon. Comme tous ceux qui se sont intéressés, avant moi, à l'histoire de cette périodel, j'ai rapidement découvert que l'histoire lyonnaise en subit la marque, particulièrement celle de l'année 1793 qui émerge fortement de la chronologie révolutionnaire lyonnaise. De ce fait, l'étude de la Révolution à Lyon, quelle que soit l'entrée que l'on privilégie, bute sur les violences collectives de 1793, année où ont lieu successivement le soulèvement sectionnaire de Lyon contre la municipalité jacobine contrôlée par Chalier et ses amis, le siège de la ville qui dure plus de 60 jours et la répression menée par la Convention totalisant près de 1900 morts, essentiellement des habitants de Lyon, toutes catégories sociales confondues2. Si hors de Lyon, cet épisode est connu comme une manifestation de la crise fédéraliste, à Lyon, il abreuve à l'envi les sillons de l'écrit de l'historiographie locale. Selon les sources consultées - archives, mémoires, ouvrages historiques,
1 Parmi les travaux historiques les plus importants sur la révolution à Lyon peuvent être cités chronologiquement: Maurice Wahl, Les prenÛères années de la Révolution à Lyon 17881792, Paris, A. Colin, 1894, 628 p.; Édouard Herriot, Lyon Il'est plus, 4 volumes, Paris, Hachette, 1937-1940,407, 514, 507 et 456 p.; Renée Fuoc, La réaction thermidorienne à Lyoll (1795), Lyon, lAC, 1957, 223 p.; Louis Trénard, Lyoll de l'Encyclopédie au préromantisme, 2 volumes, Paris, PUF, 1958, 821 p.; Takashi Koï, Les Chalier et les sansculottes lyonnais, Thèse de 3ème cycle non publiée, Université Lyon II, 1974, 186 p. 2 Le plus célèbre ouvrage faisant l'inventaire des exécutés de Lyon est Antonin Portal lier, Tableau général des victimes et martyrs de la révolution en Lyonnais, Forez et Béaujolais, spécialement sous le réginle de la Te rreur( 1793-1794), St-Étienne, Théollier, 1911, 520 p., complété par un Supplément de Fleury Vindry, Yssingeaux, CI. Ranchon, 1928, 215 p.

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gravures -, les représentations que les historiens font des violences à l'encontre de Lyon en 1793 divergent. Pour les uns, Lyon est une ville blanche qu'il fallait ramener dans l'ordre républicain, ce qui a justifié pleinement le décret de la Convention du 12 octobre 1793 "Lyon n'est plus", pour les autres, Lyon est une ville victime de la terreur rouge et, à ce titre, cette répression brutale, qui devait s'accompagner aussi d'une destruction de la ville, ne peut être que condamnée. L'espace historique, pour une vision moins duale de la situation politique lyonnaise en 1793, est de la sorte réduit. La mémoire collective de Lyon, celle construite par ses élites et que partage la majorité de sa population, met en avant l'image d'une ville qui a souffert des violences de la Convention républicaine et, plus généralement, de la Révolution. Lyon-ville martyre de la Révolution devient l'image officielle que la mémoire lyonnaise cultive, apprend aux générations suivantes et brandit, telle une bannière de l'esprit de résistance lyonnais, aux représentants du pouvoir central lorsque l'occasion se présente. Ces rapports difficiles avec la Révolution, mais aussi avec la République jacobine qui en est son héritière, marquent l'histoire lyonnaise au XIxe siècle et n'ont pas encore disparu, ce qu'a révélé le Bicentenaire. Lors de sa commémoration, l'attitude réservée de la municipalité face à cet événement et les actions des associations Lyon 89 et Lyon 93, dépositaires de la mémoire blessée lyonnaise, ont reflété cette prégnance profonde et mémorielle du souvenir révolutionnaire, alors que l'association républicaine et laïque Rhône 89, éloignée de la dimension souvenir de la Révolution, a cherché à faire oeuvre d'historien. Si chaque province, ville, village a, de la Révolution, une mémoire nourrie par les historiens du XIXe siècle et perpétuée par la tradition familiale, mémoire que l'on voit resurgir depuis une quinzaine d'années sous forme de spectacles historiques à l'occasion de fêtes locales, tous les espaces socio-politiques n'ont pas la particularité lyonnaise qui tient au fait qu'à Lyon la présence mémorielle dépasse le simple cadre de l'événement festifl. Ce constat m'a donc amené à m'intéresser à la construction, à partir des violences collectives révolutionnaires, d'une mémoire qui se veut collective et par là-même s'érige en fondement de l'identité politique de la ville. Si l'événement a créé la Vendée selon la formule de Jean-Clément Martin2, il n'en va pas de même pour Lyon qui préexiste à l'année 1793 ! Lyon est, en effet, une ville chargée d'histoire, dotée d'une forte identité économique, ville commerciale et bancaire, et spirituelle, berceau de la chrétienté en Gaule, mais qui est, à la fin de l'Ancien Régime, sans

1 Raymond Barre dans une émission diffusée sur TLM (Télévison Lyon Métropole) en 1996 évoquait le caractère particulier des Lyonnais, renfermé et méfiant, comme une conséquence des événements de 1793. 2 Jean-Clément Martin, La Vendée de la mémoire ( 1800-1980), op. cir., p. 9.

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personnalité politique, l'absence de parlement pouvant expliquer en partie cette situation 1. La mémoire qui est alors présente dans la ville est celle du martyrologe de 177, voire celle d'avoir été capitale. Quant aux violences collectives, Lyon y est habitué comme l'atteste, pour ne citer que la dernière en date, "l'émeute des deux sous" de 17862. Cependant, c'est bien 1793 qui est, pour Lyon, l'événement fondateur qui envahit et structure toute la mémoire collective locale. En m'intéressant aux ouvrages portant sur la Révolution à Lyon écrits par les historiens-idéologues du XIxe - Guillon de Montléon, Balleydier, Monfalcon, Steyert3 - et en retournant aux sources archivistiques, une interprétation différente de la mémoire de 1793 m'est apparue. En effet, les différentes violences collectives qui ont lieu à Lyon au XIXe siècle après 1830 et jusqu'en 1870-71, celles qui impliquent contestation, voire révolution, réactivent et rechargent symboliquement et matériellement la mém~ire collective originelle emmagasinée depuis l'époque révolutionnaire. A chaque fois, le danger des émeutiers, remémorés comme de nouveaux "Chalier", apôtres de la république sociale et perturbateurs de l'ordre économique et social, fondement de la prospérité lyonnaise, est utilisé par les élites, responsables de la réussite économique de la ville, pour définir le cap politique à suivre, Lors de chaque violence collective, la majorité de la population, excepté les franges de la population dépositaire d'une autre mémoire qui peut être soit celle d'un changement social et politique, soit celle d'un retour à l'ordre pré-révolutionnaire, adhère au discours unitaire et modéré des élites libérales au pouvoir, car ce discours est devenu aussi le leur. En effet, l'expérience politique brièvement tentée en 1793 est considérée par les Lyonnais comme une page d'histoire à laquelle ils font désormais référence. La mémoire de la Révolution, particulièrement celle de 1793, est" donc double. Elle regarde vers le passé, mais anime aussi le présent et fournit sens et arguments pour agir politiquement en construisant l'identité
1 Pour l'étude de Lyon au XVIIIe siècle, lire Maurice Garden, Lyon et les Lyonnais au XVIIf! siècle, Paris, Les Belles-Lettres, 1970, 772 p. 2 Lyon est une ville qui a connu régulièrement sous l'Ancien Régime des émotions. Natalie Z. Davis, "Grève et salut à Lyon" dans Les cultures du peuple. Rituels, savoirs et résistances au XVIe siècle, Paris, Aubier, pp. 15-39. 3 Aimé Guillon de Montléon, Lyon tel qu'il était et tel qu'il est ou tableau de sa splendeur passée, Paris, Desenne, 1797, 193 p. et Histoire du siège de Lyon, 2 tomes, Paris et Lyon, Le Clère et Veuve Rusand, 1797, 255 et 259 p. et Mémoires pour servir à l'histoire de la ville de Lyon pendant la Révolution, Paris, Baudouin Frères, 1824, 464 p.; Alphonse Balleydier, Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la Révolution française (17891795), 3 tomes, Paris, L. Curmer, 1845/1846, 400, 411 et 188 p. plus CCXXXI p. de pièces justificatives; Jean-Baptiste Monfalcon, Histoire de la ville de Lyon, 2 tomes, Lyon et Paris, Guilbert et Dorier, Dumoulin, 1847, 1451 p. + table.

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politique locale. Toutes les violences collectives, celles des canuts, des républicains, des Voraces, des Intemationalistes, des Communards et des anarchistes, poussent les élites libérales, soutenues par la majorité de la population liée à celles-ci par le travail, la religion, le territoire et la nature du régime en place, à faire entrer Lyon dans la modernité - celle de la République, de l'industrialisation et d'un État centralisé - pour y définir une place qui doit être autant que possible la meilleure qui soit afin d'assurer la réussite de leurs affaires. Quant à la mémoire qui est tournée vers le passé, celle qui ne fait que reconstruire l'événement, elle ne concerne qu'une partie des élites, celles qui refusent les apports de la RévolutionlRépublique et que l'on peut qualifier de contre-révolutionnaires. Quant à ceux qui sont montrés comme les héritiers des "Chalier", les exagérés de l'histoire lyonnaise, et considérés comme exclus de la mémoire collective, ils ne représentent aussi qu'une minorité de la population, une mémoire marginale. Les violences mémorisées de 1793 alimentent le culte du martyrologe, mais leur traumatisme est aU,ssiun outil d'émancipation, de différenciation et d'affirmation politiques. A partir de ce constat, le couple violences collectives et mémoire des élites peut être perçu à Lyon comme un marqueur d'identité politique et comme un élément dynamique de l'histoire locale. Les violences collectives animent la mémoire qui, à son tour, fabrique du politique dans une ville qui, jusqu'à la Révolution, n'avait qu'une identité économique et spirituelle. Lyon, en n'étant plus seulement un espace où ont lieu violences collectives et réaction des élites, a acquis, par cette construction mémorielle mise en place de la Révolution au début du xxe siècle, une identité politique, alors qu'il n'avait auparavant qu'une sensibilité

politique.

-

Quant aux dates qui délimitent cette étude, le choix de 1786 permet de partir de l'idée que les violences collectives préexistent à la Révolution sans, pour autant, avoir permis de construire, faute d'événement fondateur et d'élément catalyseur, une mémoire, outil d'élaboration d'une identité politique. En ce qui concerne la date butoir de 19Q5, elle symbolise une affirmation politique locale forte. En effet, en 1905, Edouard Herriot est élu à la tête de la municipalité lyonnaise, à la suite de la démission de Victor Augagneur. Cet homme va incarner le républicanisme à la lyonnaise qui est la voie politique recherchée par Lyon depuis 1792/1793. C'est entre ces deux dates, dans une ville qui a beaucoup changé sur le plan démographique, urbanistique et économique l, que les élites au pouvoir ont doté Lyon d'une identité politique.
1 Lyon en 1786 a, avec ses faubourgs, 150000 habitants et en 1905, totalisent autour de 460000 habitants. La ville de Lyon a connu sous grands travaux dans la presqu'île et la ville s'est développée sur la rive fin du XIXe siècle. De son côté, l'industrie s'est diversifiée, délaissant et la mécanique. les 7 arrondissements le Second Empire des gauche du Rhône à la la soie pour la chimie

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Je tiens à préciser que ce livre ne se veut nullement et n'est en aucune manière une histoire de Lyon de 1786 à 1905. De ce fait, je ne fournis pas un récit linéaire de ces années, mais une grille de lecture de l'espace politique lyonnais, de la Révolution au début du xxe siècle, grille qui tente d'éclairer l'un des aspects de l'histoire de Lyon, la formation de son identité politique. Ce travail associe d'un côté l'histoire locale et de l'autre une démarche mettant en rapport la mémoire des élites couplée avec un élément structurant, qui est ici les violences collectives, avec pour objectif de définir l'identité politique d'une grande ville de province, en l'occurrence Lyon. Pour ce faire, sont d'abord présentées les violences collectives, puis la construction par les élites d'une mémoire politique qui se veut dominante et enfin l'accouchement identitaire sur le plan politique.

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Première partie

Les violences collectives, phénomène central de l'histoire socio-politique de Lyon
(fin XVIIIe. fin XIxe siècle)

N'en déplaise à Taine, la foule et son cortège de violences préexistent à la Révolution et, sous l'Ancien Régime, pour ne considérer que la ville, elles sont même" une des formes sociales les plus inhérentes au système urbain "1. En effet, toutes les fois que l'avenir est mal assuré, problème de subsistances ou de travail mal payé, et qu'un groupe dans la ville estime être en droit de se plaindre, les circonstances lui étaIlt défavorables, des attroupements, des séditions et des émeutes ont lieu. A chaque fois, ces émotions cherchent, sur le plan local, à rétablir l'équilibre entre administrateurs et administrés2. Ces émeutes, qui ~'ont pas pour objectif de remettre en cause l'ordre social et politique, n'en sont pas moins redoutées par la police. Elles sont, pour reprendre une formule d'Arlette Farge, inévitables, nécessaires et à hauts risques3. Cependant, dès avant la Révolution, certaines émotions, dont celle de Lyon en 1786, dépassent la simple échauffourée et la violence de la répression témoigne d'un changement d'attitude de la part des pouvoirs publics. N'y aurait-il pas rupture d'un équilibre traditionnel entre foule urbaine et autorités municipales? Les émotions ne laisseraient-elles pas leur place aux violences collectiv~s au contenu plus politique? A partir de la Révolution, les violences en étant libératrices, émancipatrices, révolutionnaires deviennent véritablement collectives. Ces "saintes colères du peuple" sont au coeur des changements de société et de régime qui ont lieu durant les années 1789-1792. N'est-ce pas le cas des violences anti-octrois à Lyon? Ce sont donc de bonnes violences, puisqu'elles sont égalitaires et légitimées "par la violence antérieure de l'Ancien régime et de ses partisans"4. En revanche, à compter de 1793, dans une France en guerre et connaissant la défaite, la Convention, qui se méfie de ces colères populaires, taxe désormais les violences collectives d'oeuvres
1 Arlette Farge, La vie fragile. Violence, pouvoirs et solidarités à Paris au XVIIf! siècle, Hachette, 1986, p. 291. 2 Antonino de Francesco, "Les rapports entre administrateurs et administrés à Lyon dans les premières années de la Révolution (1789-1793)", dans Bruno Benoit (dir.), Ville et Révolution française, Lyon, PUL, 1994, pp. 217-228. 3 Arlette Farge, op. cit., p. 291. 4 Colin Lucas, "Violence urbaine et répression à l'époque révolutionnaire", dans Bruno Benoit (dir.), Ville et révolution française, Lyon, PUL, 1994, p. 88.

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de brigands, de factieux à la solde de l'étranger. De ce fait, la frontière entre violences révolutionnaires et violences criminelles disparaît et le pouvoir les assimile à des manifestations contre-révolutionnaires qu'il faut réprimer pour sauver la République et la Révolution. Le soulèvement de Lyon en mai 1793 n'échappe pas, malgré les déclarations des Lyonnais1, à cette accusation, ce qui se traduit pour cette ville par le décret "Lyon n'est plus" et près de 1900 morts. Après Thermidor an II, les violences collectives perdent vite leur aspect révolutionnaire pour devenir réactionnaires, cherchant à revenir à une situation pré-révolutionnaire, comme l'atteste à Lyon l'action des Compagnons de Jésus. Au XIXe siècle, les violences collectives, conservant leur dimension de remise en cause de l'ordre socio-politique, qu'il soit bonapartiste, royaliste ou républicain, sont sans légitimité aux yeux des élites qui détiennent le pouvoir et qui, au nom de la mission sécuritaire qu'elles s'attribuent, ne peuvent les tolérer. Pour ces élites, sans qu'aucune nuance ne soit introduite de leur part, tel est le cas pour les deux révoltes dites des canuts à Lyon en 1831 et 1834, ces violences collectives sont des menées subversives, donc illégales et de ce fait révolutionnaires. Au nom de la légalité que confère le pouvoir, il faut donc les réprimer, ce qui sera fait, cependant de façon fort différente, en 1817, 1831, 1834, 1849, 1870-1871 et lors des attentats anarchistes dans les années 1880 et 1890 qui, pour être des violences individuelles, n'en sont pas moins assimilées, par les autorités, à des violences collectives car ils remettent en cause l'ordre socio-politique. Le phénomène anarchiste témoigne cependant d'un affaiblissement des violences collectives qui tendent à laisser la place à la manifestation de plus en plus pacifique2. Entre 1786 et les années 1890, période qui correspond au temps fort des violences collectives lyonnaises3, le choix des dates repose sur la volonté de ne retenir que des violences collectives significatives, c'est-à-dire qui ont imprimé leur marque dans la .mémoire des élites lyonnaises et qui, pour Lyon, ville-actrice autant que ville-théâtre, sont fondatrices d'identité politique. Laisser de côté certains événements n'est pas leur refuser un sens, mais c'est chercher à donner un sens aux événements choisis.

lyonnais en 1793", dans Cahiers d'Histoire, 1 Bruno Benoit, "À propos du républicanisme Tome XXXVIII, 1993, n° 3-4, pp. 253-271. 2 Vincent Robert, Les chemins de la nlanifestation (1848-1914), Lyon, P.U.L.,1996, pp.351-365. 3 Le choix d'inclure les violences anarchistes dans les violences collectives peut être discuté. Il n'en reste pas moins que ces violences, certes plus individuelles que collectives, complètent le tableau des violences qui contestent l'ordre socio-politique en place.

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I - Les violences collectives
à l'époque révolutionnaire

À la veille de la Révolution, "il est nécessaire de le répéter: sur le plan politique, cette deuxième ville du royaume, si fière de l'être, est une "mineure" sur le plan politique et le cas lyonnais est alors vraiment unique"l. Si cette cité semble oubliée, elle n'en est pas moins agitée. La révolte de 1786 n'est qu'une révolte de plus de son histoire. Seulement, les violences collectives de 1786 ont une dimension nouvelle et peuvent être lues comme annonciatrices des violences collectives révolutionnaires. De 1786 à 1798, la ville de Lyon connaît quatre grands moments de violences collectives2 pendant lesquels la contestation de l'ordre sociopolitique va croissant. En 1786, la révolte des deux sous amorce le mouvement de remise en cause, ce que les violences collectives des années 1789/90 font plus amplement. Aux violences libératrices de 1789/1790 succèdent celles de 1793 qui débouchent, localement, sur un changement de pouvoir et font de 1793 une "année sans pareille"3 dans l'histoire de Lyon. Cette ville n'est plus la même sur le plan politique avant et après 1793, car à Lyon, la coupure n'a pas lieu en 1789, mais bien en 1793. Les violences collectives de la période 1795/1798 correspondent, quant à elles, à des actes de Terreur blanche. À chaque fois, ces violences collectives donnent lieu à une violence répressive, variant selon la légitimité ou la dangerosité que le pouvoir accorde ou n'accorde pas à ces violences, qui atteint en 1793 son paroxysme. De 1786 à 1798, il Y a, au travers des violences collectives retenues, une montée en violence de 1786 à 1793 - révolte, journée, soulèvement -, puis, de 1793 à 1798, un recours systématique à la contre-violence - répression, réaction et état de siège -. C'est l'ordre napoléonien qui ramène, pour un temps, le calme.

1 Maurice Garden, Lyon et les Lyonnais au XVIIIe siècle, op. cit., p.593. 2 N'étant pris en compte que les temps forts de violences collectives, sont de des moments considérés comme secondaires ou plutôt comme n'impliquant socio-politique nouvelle et ne méritant pas ainsi une analyse particulière, telles février 1790, les septembrisades lyonnaises, les violences sur les marchés

ce fait délaissés pas une lecture la journée du 6 de la part des

femmes.. .
3 Expression empruntée à Michel Winock, transférée du national au local et de 1789 à 1793.

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1786 ou les violences annonciatrices
Le lundi 7 août 1786, sur fond d'effervescence socialel, une sédition des ouvriers en soie se déclenche, aux cris de "Il n'y aura pas de navette sans les deux sols", pour réclamer une augmentation du prix de façon de deux sous par aune pour les unis, c'est-à-dire l'application du tarif promis depuis deux mois et qui avait déjà donné lieu à une émotion en 17442. Elle entraîne dans son sillage celle des chapeliers qui réclament une augmentation du prix de la journée de travail. Le lendemain, en dépit d'une ordonnance consulaire interdisant toute réunion, les chapeliers se réunissent dans les cabarets des travaux Perrache et les canuts dans ceux des Charpennes à Villeurbanne. Tous essayent, au départ, d'éviter la violence et le désordre et comme le disent les chapeliers" si quelqu'un s'enivrait et cherchait querelle, il serait exclu de leur société"3. Sur le soir, les travailleurs de la Fabrique tentent, en se réunissant devant l'hôtel du prévôt des marchands, Tolozan de Montfort, d'obtenir satisfaction. Les forces de l'ordre étant défaillantes et les autorités silencieuses, les conditions sont réunies pour que les violences commencent. Les émeutiers s'en prennent par des jets de pierres à l'hôtel du prévôt, puis gagnent la place des Terreaux, siège du pouvoir consulaire. Après quelques heurts avec la maréchaussée, occasionnant blessures et mort d'homme4, et après avoir été rejoints par les chapeliers, décrits cependant comme plus calmes, les séditieux s'entendent dire par le Consulat, après une entrevue menée par Pierre Sauvage, un des meneurs du groupe des chapeliers, que le lendemain ils auront une réponse. Canuts et chapeliers, mais aussi représentants des autres professions, se séparent alors pour la nuit satisfaits des promesses faites. Le 9 août au matin, Pierre Sauvage paraît sur le balcon de l'Hôtel de ville, main dans la main avec un membre du Consulat, et crie "Vive le Roi et Messieurs les magistrats de cette ville; nous serons tous contents"5. À ce moment-là, l'émotion a revêtu sa dimension traditionnelle, puisque la population semble

1 Louis Trénard, "La crise sociale lyonnaise à la veille de la Révolution", dans Revue d'Histoire moderne et contemporaine, 1955, Tome II, pp. 5-45 et La Révolution française dans la région Rhône-Alpes, Paris, Perrin, 1992, pp. 108-110. 2 Pour avoir une présentation précise de la grande ville de province qu'est Lyon à la fin de de la Fabrique, l'organisation du travail de la l'Ancien Régime et y saisir le fonctionnement soie, lire Maurice Garden, op. cit. 3 Jean Beyssac, "La sédition ouvrière de 1786", dans Revue d'Histoire de Lyon, Tome VI, 1907, p. 433. 4 Il y a un mort et 8 blessés, dont un ouvrier en soie mais aucun chapelier. 5 Cité dans Jean Beyssac, op. cil., pp. 438-439.

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avoir obtenu du Consulat, garant local de la justice, un rééquilibrage socioéconomique. Ce même 9 août, les émeutiers énoncent de nouvelles revendications héritées du mécontentement accumulé au cours du siècle. Face à un refus d'écoute du Consulat, les chanoines-comtes de Lyon se chargent, ils l'avaient déjà fait en 1744, de jouer les intermédiaires. Malgré l'échec de leur qémarche auprès du Consulat, cette alliance entre population lyonnaise et Eglise est un des traits caractéristiques de la ville qui perdure largement audelà de la période. Cette alliance reflète également une division des élites, division qui révèle un changement de comportement de ces mêmes élites face à l'émeute. Le travail n'ayant pas repris et la sédition gagnant en

importance sous la poussée de quelques ouvriers plus déterminés1, la
Fabrique, base de la prospérité de la ville, donne des signes de désorganisation, ce qui est accentué par le fait que de nombreux ouvriers, non lyonnais d'origine, s'en retournent chez eux. La peur, qui s'installe alors chez les marchands-fabricants, pousse les élites consulaires, la ville étant sans garnison, à faire appel à un régiment de chasseurs qui rétablit l'ordre et met un terme à l'émeute des deux sous. Après la pendaison de trois ouvriers, dont Pierre Sauvage et un ouvrier piémontais, place des Terreaux le 12 août, le tarif est supprimé par arrêt du Conseil du roi en date du 3 septembre et "les marchands triomphent unefois encore"2. Cette révolte, comme celle de 1744, ne cherche pas à remettre en cause l'ordre socio-politique et nombreux sont même les ouvriers et chefs d'atelier qui dénoncent les violences quand elles ont lieu. Cette révolte appartient à l'histoire de la Fabrique lyonnaise qui, regroupant une très nombreuse main d'oeuvre et étant profondément duale dans son organisation, s'expose à ce type d'émotions lors des périodes de mauvaises conjonctures. Cependant, le gel des salaires est créateur, au sein de la Fabrique,d'un contentieux socioprofessionnel très fort que la répression ne calme en aucune façon, à la différence de 1744, et qui amène les travailleurs de la soie à adopter, pour voir aboutir leurs revendications, une démarche plus clandestine dans le cadre des quartiers, ce qui crée des solidarités et révèlent une organisation3 que les sections révolutionnaires mettront à nouveau en valeur. En novembre 1786, le prévôt des marchands fait arrêter Denis Monnet, un maître ouvrier en soie accusé d'être un des organisateurs de cette résistance ouvrière. Jusqu'à la Révolution, la Fabrique est habitée, du côté des ouvriers et des chefs d'atelier, par le souvenir de l'échec de cette émeute

1 Idem., p. 432 nous dit que des bandes de cinq à six compagnons: "couraient les ateliers pour faire cesser le travail et entraîner les réfractaires". 2 Maurice Garden, op. cit., p. 590. 3 Louis Trénard, "La crise sociale à Lyon...", op. cit., p. 33.

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des deux sous et du tarif non appliqué 1 et, du côté des marchands-fabricants, par la peur d'une répétition de ces événements. Rien n'est oublié au sein de la Fabrique, or Lyon c'est la Fabrique! Denis Monnet est ainsi le premier ~lu des 34 délégués maîtres-ouvriers de la Fabrique pour les élections aux Etats généraux, aucun marchand-fabricant n'étant élu. La répression rapide et rigoureuse menée par les autorités consulaires et judiciaires, même si une amnistie royale est accordée en septembre 1786, semble inaugurer de nouveaux rapports entre autorités et émeutiers dans le sens où l'échevinage, parce qu'il envisage l'émotion en terme de violence collective, voire de complot menaçant J'ordre, et non de rééquilibrage, rompt "la sacralité du pacte entre administrateurs et administrés "2. Pour les autorités, la sédition n'a rien de légitime, elle est seulement perturbatrice de l'ordre en place. Ce qui se passe à Lyon en 1786 est, à l'échelon local, la répétition de ce qui s'est passé au niveau du royaume lors de l'émeute des farines3. La rupture entre les autorités et la population, dont la révolte des deux sous de 1786 est un parfait exemple, est bien annonciatrice des violences collectives à venir, et le Lyon de la Révolution et du XIxe siècle aura en mémoire ces violences. Pour répondre à une question posée par Maurice Garden dans sa thèse, ces luttes violentes de 1786 sont plus des combats de demain que d'hier4. En effet, pour reprendre un classement proposé par Charles Tilly5, la révolte des deux sous relève de l'action collective moderne puisque les participants font grève pour des droits qui leur sont dus, mais dont ils ne jouissent pas encore. Ce genre d'action regarde donc vers l'avenir6.

1 Les maîtres-ouvriers de la Fabrique, Denis Monnet jouant à cette occasion un rôle central, adressent en juin 1789 des doléances au roi et à la nation. Ils demandent, en argumentant, la révocation de l'arrêt du Conseil du roi du 3 septembre 1786. Cf Fernand Rude, Introduction aux Doléances des maîtres-ouvriers, fabricants en étoffes d'or, d'argent et de soie de la ville de Lyon adressées au Roi et à la Nation assemblée, Fédérop, 1976, 142 p. 2 Antonino de Francesco, "Les rapports entre administrateurs... ", op. cit., p. 220. 3 Voir Steven Laurence Kaplan, Les ventres de Paris: pouvoir et approvisionnement dans la France d'Ancien Régime, Fayard, 1988, 702 p. 4 Maurice Garden, op. cit., p. 582. 5 Charles Tilly, "Collective violence in European perspective", dans Hugh Davis Graham et Ted Robert Gurr (dir.), The history ofviolence in America, New York, Bantham Books, 1969, pp.4-45. 6 Fernand Rude rapporte dans Introduction aux doléances..., op. cil. , P 14 qu'en 1834, un canut Joseph Masson-Sibut, un des premiers mutuellistes, recopie mot pour mot le texte de 1786 !

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