L'invention du Parti Ouvrier

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L'ADAV, premier parti politique ouvrier de l'histoire, est créé en Allemagne en 1863. Son objectif est d'obtenir le suffrage universel pour faire ensuite triompher les idéaux qui avaient été ceux de la révolution de 1848. Il s'agit de parvenir par des voies démocratiques à un socialisme qui ne peut s'épanouir que dans un Etat de droit. Le fondateur de ce parti est un homme de trente-huit ans : Ferdinand Lassalle, Juif-allemand des provinces orientales, ami et rival de Marx, et qui mourra un an et demi après la création de l'ADAV, au cours d'un duel pour une femme. Il est paradoxal de constater que c'est ce héros révolutionnaire romantique, et non Karl Marx, qui a inventé la forme moderne du parti politique ouvrier provoquant à long terme une modification fondamentale de l'espace politique. Ce livre qui réhabilite la politique lassallienne est le premier qui lui ait été consacré en France depuis plus de cinquante ans.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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EAN13 : 9782296187962
Nombre de pages : 224
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L'INVENTION DU PARTI OUVRIER

Titres de /a collection: Chemins de /a mémoire
Monique BOURIN-DERRUAU, Villages médiévaux en BasLanguedoc: genèse d'une sociabilité (Xe-XIV" siècle). Tome 1 : Du château au village (Xe-XIIesiècle), 340 p., 1987. Tome 2 : La démocratie au village (XIIIe-XIV' siècle),

. .

472 p., 1987.
Béatrice KASBARIAN-BRICOUT, L'odyssée Mamelouke. A

l'ombre des armées napoléoniennes, 168 p., 1988.
Toussaint GRIFFI et Laurent PREZIOSI, Première mission en Corse occupée, avec le sous-marin Casabianca (décembre 1942-mars 1943), 192 p., 1988.

Yves BEAUVOIS, relations franco-polonaises pendant la Les «dr6le de guerre », 176 p., 1989. Yolande COHEN,Les jeunes, le socialisme et la guerre. Histoire des mouvements de jeunesse en France, 256 p., 1989.

En couverture: Portrait de Ferdinand Lassalle en 1863.

COLLECTION

« CHEMINS

DE LA MÉMOIRE»

Sonia

DAYAN-HERZBRUN

L'INVENTION

DU

PARTI

OUVRIER

Aux origines de la social-démocratie
(1848-1864)
Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1990
ISBN: 2-7384-0464-2

Introduction

Toute narration du passé recèle un enjeu politique fondamental. Autour de ce récit le groupe s'unifie, s'identifie et se légitime dans un agencement de pouvoirs. Mais au-delà de l'évidence du récit demeure l'énigme des silences et de l'occultation. Or il en va des groupes et des sociétés comme des individus: la mémoire y fait au moins autant sens par ce qu'elle s'efforce d'effacer que par ce qu'elle met en avant. Plus que toute autre, l'histoire de ce qu'il est convenu d'appeler le mouvement ouvrier a été le lieu d'occultations et de falsifications extrêmes, de constructions de récits mythiques oblitérant les faits. Nul peut-être n'y a été l'objet d'une élimination plus violente que Ferdinand Lassalle. Alors que depuis une trentaine d'années de très nombreux travaux ont fait résonner la parole ouvrière, ont fait revivre les multiples mouvements sociaux dans leur complexité et leur dynamisme, et ont abordé avec sérieux et respect la lecture de la plupart de ceux qui, des utopistes aux anarchistes, avaient contribué à l'invention du socialisme, Lassalle est, quant à lui, resté dans l'ombre - en France tout au moins -, n'en sortant que pour mettre en valeur, de façon positive ou négative, la figure de Marx. Tantôt il servait à témoigner de

1'« antisémitisme" de Marx qui l'avait un jour qualifié de « juif nègre ", car il avait le teint fort mat; tantôt il était présenté
comme le fondateur d'un socialisme étatique préfigurant stalinisme. contre un Marx foncièrement antiétatiste. le 7

Mais le plus souvent, Lassalle passe pour être le précurseur d'un socialisme d'Etat réformiste, et c'est à ce titre qu'il s'est trouvé revendiqué par la social-démocratie allemande contemporaine, qui ne faisait que reprendre, en lui donnant un sens positif, la canonique du marxisme officiel. Or, s'il est vrai qu'Edouard Bernstein, représentant du courant réformiste dans la social-démocratie allemande d'avant 1914, éditeur et biographe de Lassalle, a pu accréditer cette idée, il ne faut pas oublier que les spartakistes, Rosa Luxemburg et Franz Mehring, ne reniaient pas l'héritage lassallien. C'est qu'ils voyaient en Lassalle, dont ils connaissaient admirablement l'œuvre, autre chose que le cc réformateur social" cher au cœur de Bernstein. Sa mémoire était, pour eux, liée à un moment privilégié de l'Histoire: celui de la prise de conscience du mouvement ouvrier allemand, de son unification et de son surgissement sur la scène politique. Mais les effets produits par le lassallisme vont bien au-delà de la structuration du mouvement ouvrier allemand. Lassalle a été, en effet, le fondateur du premier parti politique ouvrier de l'Histoire et, à ce titre, l'inventeur d'une forme organisationnelle dont on connaît l'importance dans le monde contemporain. Avec fui s'est produit ce qu'il faut bien appeler l'investissement politique du mouvement ouvrier, qui se lit à la fois comme investissement du politique et investissement par le politique. Les ouvriers vont surgir sur la scène politique et chercher une solution politique à tous leurs problèmes. Mais leurs mouvements vont en même temps passer d'une pluralité protéiforme à l'unification et la rationalisation, se soumettant à la logique et au contrôle de ce capitalisme qu'ils souhaitaient combattre. Or cette transformation de l'espace social a été le produit d'une rencontre exceptionnelle entre une œuvre théorique et les désirs, les aspirations des acteurs historiques. Par ce qu'il a mis en mouvement, Lassalle oblige à poser une fois de plus, mais avec une insistance toute particulière, la question de l'inscription de la théorie dans l'Histoire; question de la théorie non pas comme produit ou comme moteur de l'Histoire, mais de ce qui se noue et s'entrelace de l'une à l'autre. G'est qu'il y a chez lui une articulation quasi immédiate entre une théorie politique et une mise en acte - à travers une campagne d'agitation -, destinées l'une et l'autre à la classe ouvrière qu'il s'agit de transformer en force politique. La théorie politique lassallienne veut aboutir, et aboutit, à une mise en mouvement des ouvriers allemands et à leur apparition sur la scène politique sous la forme d'un
8

parti, au sens contemporain du terme. Reconstituer cette théorie dans sa logique et sa rigueur, ce n'est pas retracer l'histoire des idées, mais tenter de cerner ce qui fait qu'un discours produit du mouvement social. Ce n'est pas, en effet, la théorie de Marx, pourtant infiniment plus riche, plus complexe, plus innovatrice, qui a servi de ciment unificateur au mouvement ouvrier allemand, mais les discours de Lassalle. On voit ainsi que l'intérêt d'une nouvelle lecture de Lassalle ne relève pas d'un simple goût pour l'érudition savante, pas plus que de l'envie de joindre une pièce de plus au cabinet des curiosités de la pensée politique. Pour comprendre l'aventure lassallienne, il fallait rompre avec les lectures traditionnelles de Lassalle, toutes menées à la lumière de Marx. Car c'est bien d'aventure intellectuelle et surtout d'engagement existentiel qu'il s'agit chez cet homme qui, peu de temps avant sa mort, repr~nd, devant les juges de la Cour de Berlin où il comparaît, une phrase fameuse de Hegel et la commente:
"Sans passion on ne pourra dans l'histoire remuer une seule pierre! Sans passion aucun de ces puissants mouvements de libération dont la succession constitue l'histoire du monde, n'aurait pu être mené. C'est l'absence de toute passion politique dans les cœurs populaires, la stagnation et l'épuisement, qui sont une des causes principales de notre profonde déchéance depuis quatorze ans."

Le romantisme révolutionnaire de Lassalle se présente comme passion politique, comme passion du politique. Cette étude privilégie largement la politique lassallienne où se rejoignent socialisme, révolution et démocratie, et où la théorie est inséparable de l'homme qui l'a produite et mise en mouvement.

CHAPITRE

PREMIER

LASSALLE

ET LA POLITIQUE

,. Le Comité de Leipzig
Au tout début de décembre 1862, Lassalle reçut de

printemps de 1862, dans un faubourg de Berlin, à l'Union ouvrière de la porte d'Oranienburg, quartier des constructeurs mécaniciens. Le titre exact en était: De la liaison particulière de /'idée de la classe ouvrière avec la période historique actuelle 2. L'enjeu était d'importance: les mécaniciens formaient à Berlin le noyau des troupes progressistes, et Lassalle venait d'entamer son combat contre ce parti qui exerçait une influence certaine sur les ouvriers allemands. Voicice qu'écrivaient les responsables du Comité ouvrier de Leipzig:
Cher Monsieur, Approuvant entièrement ce que vous avez fait pour la classe ouvrière (Arbeiterstand) avec votre brochure De la liaison particulière de l'idée de la classe ouvrière avec la
«

texte d'une conférence que Lassalle avait prononcée au

Leipzig une lettre portant la signature de trois membres 1 du « Comité central pour la convocation d'un Congrès ouvrier général de l'Allemagne". Ceux-ci venaient de prendre connaissance de la brochure de Lassalle, rendue célèbre sous le titre de Programme ouvrier. Il s'agissait, en fait, du
.

période historique actuelle 2, et profondément persuadés qu'à l'avenir vous agirez dans le même sens, nous vous adressons les lignes qui suivent. 11

Le mouvement ouvrier, qui s'est affirmé avec une force irrésistible, ce mouvement qu'aucun pouvoir n'a pu étouffer, même s'il a pu se méprendre, a besoin de la direction la plus circonspecte et la plus vigoureuse, s'il entend conduire à des résultats importants et satisfaisants; il a besoin de la plus haute intelligence, et d'un esprit d'une ampleur extrême, dans lequel tout se concentre et d'où tout émane. Les trois amis que nous sommes, signataires de cette lettre, avons, en tant que membres du Comité, consacré beaucoup d'efforts à cette affaire, et n'avons trouvé en Allemagne qu'un seul homme capable "de prendre la tête d'un mouvement aussi important, qu'un seul homme capable de s'adonner à une si lourde tâche, qu'un seul homme en qui nous pourrions avoir suffisamment confiance pour en faire le chef de tout n9tre mouvement et nous placer sous ses ordres, et cet homme, c'est vous. Avec votre brochure, vous avez acquis le droit à la place que nous souhaitons vous offrir. Mais avec votre brochure, vous avez accepté le devoir de vous dévouer entièrement à la classe ouvrière, et nous venons vous prier et même exiger de vous de remplir ce devoir. Il va de soi que ces lignes sont de nature absolument privée et n'expriment que notre sentiment à votre égard. Nous ne pouvons que vous prier de vous placer à la tête du mouvement et de prendre en mains sa direction. Mais nous avons le devoir d'ajouter que la plus grande partie de ceux qui ont lu votre brochure pensent comme nous. Sa lecture publique soulèvera chez tous les ouvriers d'Allemagne le même enthousiasme passionné que celui qu'elle a provoqué ici, et tous vous reconnaîtront comme leur chef (Führer, avec joie et confiance. Nous vous prions également de bien vouloir venir ici, d'ici le milieu du mois, pour tenir une conférence dans une assemblée ouvrière. Il vous sera alors facile de régler tout le reste à votre guise, et d'emporter l'unanimité, si ce n'était déjà fait. Bien entendu, comme ces lignes sont de nature uniquement privée, nous les traiterons comme telles, et nous sommes, de notre côté, assurés de votre plus entière discrétion. Dans l'attente d'une réponse aussi rapide que possible, et dans l'espoir que vous viendrez bientôt nous voir, nous parler, etc. 3 ".

Cette lettre peut se lire à deux niveaux:
1) Elle exprime le parce que organisé et par le parti progressiste cherche une ligne plus revirement d'un groupe important, décidé, d'ouvriers allemands, déçus et son programme timoré, et qui se dure et plus enthousiasmante.

12

2) Elle marque l'investiture de Lassalle comme véritable chef charismatique. Les termes mêmes utilisés par les trois ouvriers de Leipzigsont une parfaite illustrationdes pages de Wirtschaft und Gesellschaft dans lesquelles Max Weber analyse la domination charismatique. La désignation de Lassalle comme chef charismatique du mouvement ouvrier allemand, dans sa phase constitutive, est un fait majeur. Elle suffiraità elle seule à expliquer le rejet de Lassalle hors de la mémoire officielle des partis communistes, pour permettre la confiscation, au profit de Marx, du récit d'une investiture charismatique dont ce dernier n'a jamais bénéficié. Ce récit légendaire est donc toujours resté excessivement flou, mais on luia évité, autant que possible, de subir le préjudice du contraste avec la brillante aventure lassallienne.

/I reste à éluciderle sens de la démarche des ouvriersde

Leipzig. Le terme de « chef» (Führef) par lequel ils désignent le rôle qu'ils veulent faire remplir à Lassalle évoque en nous
de bien pénibles échos. /Ifaut cependant se garder de tomber dans le contresens et l'anachronisme. On pourrait être

effectivement tenté d'établir un rapprochement entre l'idéal du chef des ouvriers allemands de 1862, et ce qu'écrit, par exemple, Hermann Rauschning du chef national-socialiste et de sa bande 4. Et il est indéniable que le mouvement Vo/kisch
qui est à l'origine de l'idéologie

du IlleReich avait réactivé ce

mythe du chef, pensant
l'histoire VOIkisch, des anciens

et d'une hostilité Même si l'on peut penser que le mouvement ouvrier allemand n'a pas été totalement imperméable aux thèmes idéologiques du mouvement nationaliste qui se développait parallèlement à lui, il ne profonde au prolétariat urbain et déraciné.
faut pas oublier que ces deux mouvements étaient

convictionsracistes et d'abord antisémites,

- et le désir de la rencontre et de l'élection d'un chef charismatique - ne se sépare pas de
le mythe du chef

se relier ainsi, par-delà les siècles, à Germains. Mais, dans l'idéologie

parfaite-

ment opposés et hostiles l'un à l'autre.
/I faut donc, encore une fois, revenir à Max Weber pour comprendre ce qu'il en est de cet appel au chef. De la domination charismatique, Weber dit, en effet, qu'elle « bouleverse le passé» et qu'elle est « en ce sens, spécifiquement révolutionnaire 5 ». Le passage par la désignation d'un chef charismatique est nécessaire pour rompre avec une autre forme de domination et pour en dénier la légitimité, et peut
constituer une étape vers la démocratie. C'est

que l'on peut
dans un 13

interpréter le principe charismatique

de légitimité

sens laquelle

anti-autoritaire. repose

Tout

dépend

du mode

d'expression

de

la reconnaissance

par
l'autorité

les

dominés,

reconnaissance

sur

charismatique:

"Dans une rationalisation croissante des relations du groupement, il est aisé de concevoir que cette reconnaissance est considérée comme le fondement de la légitimité au lieu d'en être la conséquence (légitimité démocratique), que la désignation (éventuelle) par la direction administra-

tive l'est comme cc scrutin préliminaire ", par le prédécesseur comme ccproposition", par la communauté elle-même
comme ccélection". Le détenteur légitime du pouvoir en vertu de son charisme propre devient alors détenteur du pouvoir par la grâce des gouvernés qui l'élisent et l'installent librement (dans la forme) selon leur gré, voire, éventuellement, l'écartent - de même que la perte du charisme et de sa confirmation a entraîné la perte de la légitimité authentique. Le détenteur du pouvoir est alors le chef librement élu. (...) Le type de transition le plus important est la domination plébiscitaire, surtout sous la forme du cc directorat de parti" dans l'Etat moderne 6."

De cette cc démocratie plébiscitaire», Weber cite de nombreux exemples, depuis les dictateurs des révolutions antiques, comme les Gracques, jusqu'aux bourgmestres de la ville de Zürich, à Cromwell ou à Napoléon 1er.Les dictateurs communaux des villes américaines, au moment de fa révolution, relèvent aussi de cet idéal-type 7. L'attachement émotionnel particulièrement fort à la personne du chef n'exclut pas la possibilité d'une rationalisation à travers des structures instituant une démocratie. L'agitation lassallienne liée à la fois au culte d'un homme, mais aussi à la constitution d'un parti politique organisé sur un mode rationnel et à un programme socialiste et démocrate (puisque reposant sur l'obtention du suffrage universel), semble parfaitement relever de cette grille interprétative. La personne même de Lassalle n'est, en effet, nullement étrangère au choix opéré par les ouvriers de Leipzig: de
caractère

secrétaire s'en plaindra amèrement -, il était persuadé d'avoir à jouer un rôle historique. N'avait-il pas écrit, en 1860, à Sophie Sontzeff, une jeune aristocrate russe qu'il courtisait

énergique

et autoritaire

-

Vahlteich

devenu

son

alors, qu'il était un

cc

chef de parti» ? Mais la personne
et c'est

ne

peut être séparée du programme, l'autre qu'il faut maintenant parler.

de ,'une puis de

14

Il. Ferdinand Lassalle: une vie
Lorsque Lassalle reçoit la lettre du Comité de Leipzig, il est âgé de 37 ans: il était né, en effet, le 11 avril 1825, à Breslau - aujourd'hui Wroclaw-, en Silésie. C'était, comme on l'a souvent fait remarqué, et Marx le premier, un Juif des provinces orientales, et le premier de sa lignée à rompre avec la tradition juive et à entrer de plain-pied dans la culture allemande, au point de devenir un partisan décidé de l'unité allemande, mais d'une unité constituée sur le modèle jacobin. Son père était négociant en tissus: il s'appelait Chaim Wolfssohn, était né à Loslau, en Haute-Silésie, mais avait changé de nom en quittant Loslau : ils'était alors fait appeler Heyman Lassai, nom que Ferdinand avait plus tard francisé en Lassalle. Heyman et son épouse Rosalie étaient pieux, et leur filsrefusa toujours de se convertir au christianisme, quels Ce n'est, en effet, qu'après 1918 que les Juifs allemands devinrent citoyens à part entière, et pas pour très longtemps. Dans cette première moitié du XIX8 siècle les Juifs de Prusse ne pouvaient ni entrer dans l'armée, ni devenir fonctionnaires, ni envisager une carrière universitaire, même si depuis 1812, et sous la pression de l'occupation napoléonienne, ils avaient cessé d'être traités comme un groupe séparé. Bismarck, dont on connaît pourtant les liens avec le banquier juif Gerson Bleichrôder, n'avait-il pas déclaré au Landtag qu'il accordait tous les droits aux Juifs, cc sauf celui de remplir une charge Le jeune Ferdinand n'avait de goût que pour la philosophie et pour les affaires publiques: illuifallaitdonc s'attaquer à l'ordre du monde, puisqu'il ne voulait pas modifier ses désirs. Son père, cependant, souhaitait le voir devenir commerçant: ç'eût été raisonnable. Lassalle était donc entré à l'école commerciale de Leipzig en 18409. C'est là qu'il commence à lire Heine et LudwigBôme 10 qui exercent sur lui une profonde influence. 1/ dira plus tard à Marx qu'il est devenu révolutionnaire en 1840 et socialiste en 1843. 1/rêve d'abord de devenir un poète démocrate, comme Heine. Mais c'est l'admiration pour Bôme qui est déterminante, et ildécide de suivre son exemple et de consacrer sa vie à lutter pour la liberté et les droits de l'homme. En août 1840, il note dans son journal: "Quandon voitquelle immensegeôle est l'Allemagne, comment les droits de l'hommey sont piétinés,comment 15

qu'aient pu être pour lui les avantages de cette conversion.

publique,dans un Etat chrétien8 ".

treize tyrans y torturent des millions d'hommes, le cœur ne peut que se répandre en larmes sur la sottise de ces gens qui ne brisent pas leurs chaînes, alors qu'ils le pourraient si seulement ils en avaient la volonté. J'admire Bôme "."

Il n'y a pas, dans ces lignes, qu'enthousiasme d'adolescent: il y a choix d'un destin. Ferdinand supporte de plus en plus mal l'école commerciale de Leipzig, et ses maîtres tête 12 » qui regroupe déjà des partisans autour de lui, et crée de l'agitation parmi ses camarades. En mai 1841, il déclare à son père qu'il veut étudier l'Histoire. Son père lui rappelle l'impossibilité pour un Juif de faire, en Prusse, une carrière publique, et lui conseille la médecine ou le droit. Ce sont là, pour Lassalle, des occupations vénales auxquelles il ne veut pas se livrer: il veut se consacrer aux affaires publiques. La famille cède, et Ferdinand Lassalle s'inscrit à l'université de Breslau au printemps de 1842. Lassalle consacrera ses quatre semestres d'études à l'université de Breslau et son année à l'université de Berlin, à l'histoire, à la philosophie et au droit. Il découvre à la fois les philosophies de Fichte, de Hegel, de Feuerbach et le

eux-mêmes

souhaitent

son départ:

c'est une

cc

mauvaise

socialisme

français

13,

ainsi que la situation du prolétariat,

en

insalubres des ouvriers de sa ville natale 14. En avril 1844 éclate la révolte des tisserands de Silésie; causée par la famine, l'émeute gronde dans les rues de Breslau, et le pogrom menace. C'est à ce moment-là que s'opère chez Lassalle une adhésion au communisme dont il s'explique dans une longue lettre à son père. Au lieu de se replier sur une position particulariste et de réagir en tant que fils de commerçants juifs de Breslau menacés par le pogrom, il a adopté un point de vue universaliste en interprétant cette révolte comme le début de la lutte des pauvres contre les riches, qui manifeste les premières convulsions du commu15, commeNa'aman nisme. Peut-on parler d'aveuglement l'a fait, si l'on songe qu'en choisissant pour mettre à leur tête le fils de Heyman Lassai, les ouvriers allemands ont adopté la même attitude universaliste? Etudiant à Berlin, Lassalle avait commencé à travailler sur les fragments d'Héraclite. A la recherche de documents, il se rend à deux reprises à Paris, où il fréquente les bibliothèques 16

particulier celle du prolétariat silésien: il se lie, en effet, d'amitié avec Lupus, alias Wilhelm Wolff, un journaliste de Breslau, de seize ans son aîné, qui décrit dans ses articles les conditions de vie misérables, les logements délabrés et

et les intellectuels allemands en exil. Paris est l'étape décisive dans le processus d'assimilation de Lassalle: c'est là qu'il francise son nom; c'est là qu'il obtient de Heine - qui l'a présenté au poète Herwegh comme un «nouveau Mirabeau» -, des lettres de recommandation qui vont lui ouvrir les portes des milieux aristocratiques oppositionnels de Berlin: on y est francophile, dépourvu de préjugés, épris d'idéaux révolutionnaires en politique comme en art. Lassalle fait la connaissance de la comtesse Sophie de Hatzfeld peu après son retour à Berlin. Les liens infiniment complexes qui se nouent alors entre eux ne se déferont plus jamais, et laisseront toujours traîner autour de Lassalle un parfum de scandale. Née en 1805, donc de vingt ans plus âgée que celui qu'elle nommera toujours « son cher enfant », elle s'était mariée en 1822 à son cousin Edmund, homme extrêmement fortuné. Très vite cette union avait été malheureuse et Sophie littéralement persécutée par son mari, sur un mode qui rappelle les fantasmagories sadiennes. En vain appelle-t-elle le roi de Prusse à son secours. Il ne lui reste plus que la solution du divorce, si elle veut échapper au pouvoir juridique et financier que son mari fait peser sur elle, être libre de sa vie, avoir le droit d'élever ses enfants et d'aimer à sa guise, sans être réduite à la famine. Elle a besoin d'un avocat pour mener à bien son divorce. Mais qui pourrait consentir à défendre une femme que sa revendication de liberté met au ban de la société? Lassalle aura ce courage: pour défendre la comtesse, il abandonnera ses projets théoriques et philosophiques et se fera juriste expert, sans avoir reçu au préalable de réelle formation juridique. Au cours de ses huit années de procès, il acquerra une expérience irremplaçable. Tous les coups sont bons, lorsqu'il s'agit d'avoir raison de Edmund de Hatzfeld. La défense de Sophie prend des allures rocambolesques. Lassalle n'hésite pas à accomplir des actions relevant du délit de droit commun. Tout culmine dans Je vol d'une cassette contenant des papiers extrêmement compromettants pour Edmund de Hatzfeld. Ce vol va conduire Lassalle en prison; il s'y trouve lorsque éclate la révolution de 1848. Il vivra ces premiers mois de la révolution en prison, et ne prendra donc aucune part active aux événements décisifs de cette année 1848, ce qui lui permettra d'échapper aux condamnations politiques qui l'auraient envoyé en exil, mais ce qui le fera également considérer avec une certaine suspicion par beaucoup. Les péripéties de l'affaire Hatzfeld ne sont pas non plus étrangères à cette suspicion. La social-démocratie allemande 17

désapprouvera les libertésque Lassallea prises avec l'ordre moral, tout autant que l'intimité de sa relation avec une femme qui fut en même temps - ou successivement - pour lui une protégée, une initiatrice, une protectrice et une par Lassalle dans cette affaire n'ont pu que susciter l'admiration pour celui qui mit, quelques années après, en tête d'un de ses pamphlets la célèbre citation de Virgile: Flectere si nequeo Super os, Acheronta movebo 17.

indéfectibleamie 16. Mais l'énergie et la passion déployées

En août 1848a lieuce que l'ona appelé cc le procès de la cassette », et quiest pour Lassallel'occasionde son premier
discours public: il transforme, en effet, son plaidoyer en discours politique. La défense de Sophie est aussi celle de la l'acharnement que Lassalle met à défendre Sophie de Hatzfeld, il faut voir, au-delà de son attachement à la personne de la belle et malheureuse comtesse, non seulement une défense et illustration du féminisme hérité de Saint-Simon et de Fourier, mais aussi la conviction que la

liberté, des droits de l'homme, de la démocratie18. Dans

révolutionpasse par la défense du droit des individus19.

Lassalle, acquitté, est acclamé à travers toute la Rhénanie. Son acquittement est perçu comme une victoire des ccRouges» et le marginalise définitivement. cc Maintenant,je suis un prolétaire20 », déclare-t-iI à cette époque à Sophie, avec qui il va s'installer à Düsseldorf. Il y mène de front la cascade des procès Hatzfeld et la bataille politiquequi, à ses yeux, ne font qu'un. C'est le moment où il rencontre Marx et

Engels,et se lie d'amitiéavec la familleMarx21.
Dès octobre 1848, la révolution est écrasée à Vienne. Lassalle, cependant, redouble d'activité: ilprononce discours sur discours, comme il le fera au cours des deux dernières années de sa vie. A Düsseldorf, à Neuss, il appelle à l'insurrection armée, inspiré très évidemment par le modèle de la Révolutionfrançaise, sur lequel il ne cessera de méditer. Ilest alors à nouveau jeté en prison, pour incitationdu peuple à la révolte armée contre les forces royales. Il y restera six mois, car les autorités, connaissant son éloquence, hésitent à le faire passer en jugement. Son procès aura lieu, malgré tout, le 5 mai 1849. C'est l'occasion pour lui de rédiger un plaidoyer retentissant, qu'il n'aura pas l'occasion de prononcer puisque son procès se déroulera à huis clos. Ce discours aussitôt imprimé et diffusé, est resté célèbre sous le titre de Assisen Rede (Plaidoyer devant les Assises). Les biographes de Lassalle ont reproché à ce discours son emphase rhétorique et son contenu plus démocrate que socialiste. 18

pourtant l'envergure oratoire de Lassalle qui a tant séduit ses contemporains. Quant à la démocratie, Lassalle est convaincu qu'elle ne saurait aboutir qu'au socialisme. Mais toute vérité n'est pas bonne à dire, et ne doit être distillée qu'à petites doses: Lassalle l'a toujours pensé et mis en pratique, ce qui lui a valu, à juste titre, une réputation de manipulateur, et a occasionné plus d'un malentendu. S'identifiant au Guillaume Tell de Schiller, avec les strophes duquel il clôt son discours, il affirme, au nom de la démocratie, être partisan de l'usage légitime de la violence. S'il en a appelé aux armes, c'est pour défendre l'Etat constitutionnel que le peuple de Berlin s'était donné, le 18 mars, et il était de son devoir de se comporter ainsi:
C'est

"Le principe fondamental de l'Etat constitutionnel réside en ce que ce n'est plus la volonté du monarque qui domine; il est l'expression de l'esprit public, de la volonté populaire
qui s'exprime à travers la représentation du peuple
22."

En face de la volonté veto car:

populaire,

le roi ne peut opposer

de

"Dans un Etat constitutionnel, le véritable régent est l'électeur, la classe électorale. Alors l'électeur élit le grand électeur, et celui-ci le député, et ce dernier décide des lois, forme et renverse les ministères. La classe électorale est donc, en dernière instance, le véritable régent, la source de la loi, la constitution vivante. C'est celui qui abolit la liberté de vote légale, en instaurant un cens (...) qui porte une atteinte violente à la Constitution 23." Dans ces conditions, la résistance passive,
«

résistance
24,

qui n'est pas une résistance», «couteau sans lame»

aurait été une trahison. Il était impossible de la conseiller au peuple, quand il fallait vouer toutes les énergies à la sauvegarde de la liberté. Ce qui se profile ici, c'est la théorie politique fichtéenne justifiant la «guerre populaire» que Lassalle approfondira ultérieurement. Lassalle va être acquitté, mais à nouveau arrêté immédiatement pour incitation à la violence contre les autorités. Le voilà encore emprisonné pour deux mois, à titre préventif, et condamné au début de juillet à six mois de détention. Invoquant son mauvais état de santé, il obtient de ne purger sa peine que l'année suivante; il séjournera effectivement en

prison du 1er octobre 1850 au 1er avril 1851. Il accepte ses
périodes d'incarcération avec humour, continuant en prison à travailler aux procès Hatzfeld. A sa sortie de prison, Lassalle 19

se retrouve à Düsseldorf à peu près seul. Les quelques communistes qui restent à Cologne l'acceptent mal, pris sans doute de désarroi en face de cette personnalité hors du est précaire et seule l'aide apportée par son père lui permet de survivre. Elle ne s'améliorera qu'en 1854, quand un dernier jugement - le divorce avait été prononcé en 1850 - contraindra Edmund de Hatzfeld à un arrangement financier acceptable pour son ancienne épouse. Celle-ci fait dès lors verser à Lassalle une rente annuelle qui le mettra définitivement à l'abri du besoin. Cette manifestation de reconnaissance et de tendresse vaudra à Lassalle la réputation - alors déshonorante - d'être un homme entretenu, comme s'jl avait vécu de la vente de ses charmes. L'utilisation de ce qualificatif, qui en dit long sur les préjugés de ceux qui l'ont employé 26 montre bien à quel point le comportement privé de Lassalle, beaucoup plus proche du dandysme et de la bohème des artistes que de la respectabilité militante, a pu lui valoir d'inimitiés. Lassalle profitait, cependant, de son aisance matérielle pour aider ses amis dans le besoin, et en particulier Marx. Interdit de séjour à Berlin, où il n'aura le droit de retourner qu'en 1857, il se remet à son Héraclite, tout en maintenant d'étroits contacts avec le prolétariat rhénan. Dans cette période de dure répression où il est surveillé de près par la police et où il ne peut être question d'organiser une quelconque agitation, Lassalle assure de véritables cours de formation théorique à l'usage des ouvriers 27. Il donne notamment une série de conférences sur l'histoire du développement social, qui comporte une analyse de la Révolution française, très évidemment influencée par l' Histoire de la Révolution française de Louis Blanc. En septembre 1856, alors que vient tout juste de se terminer la guerre de Crimée, Lassalle entreprend un voyage en Orient qui va le conduire jusqu'en Turquie. Il n'y mène cependant pas une romantique quête d'exotisme. Persuadé comme beaucoup, et à juste titre, que la question d'Orient sera politiquement déterminante, il se montre surtout attentif aux rapports sociaux qu'entretiennent les hommes entre eux. Il recherche des témoignages des luttes de libération nationale que les Hongrois, les Croates, les Serbes, etc., avaient livré peu d'années auparavant contre leurs oppresseurs. Il est frappé par la lourdeur du joug que fait peser l'Autriche sur ces différents peuples, tout autantque par la 20

commun. Lassalle se désigne alors lui-même dernier des Mohicans 25 ». Sa situation matérielle

comme

cc

le

supériorité du prolétariat allemand sur lès paysans crasseux et affamés de J'Est de l'Europe. Dès lors, l'Autriche apparaîtra à ses yeux telle que Fichte l'a décrite, comme la grande ennemie à abattre, la puissance despotique la plus dangereuse pour l'Allemagne, avant la Russie. Une alliance avec l'Autriche aurait toutes les chances de signifier une soumission à l'Autriche, et le peuple allemand courrait alors le risque de se retrouver réduit à la condition des paysans roumains. Ainsi se renforce son hostilité au projet de grande Allemagne dans lequel il ne voit qu'un piège pour les ouvriers allemands. De Roumanie, il écrit alors à sa famille avec laquelle il a toujours tenu à partager toutes ses préoccupations: "Je n'avais jamais réalisé auparavant la valeur des ouvriers allemands. Négligés et trahis par l'Etat et par la société, ils se sont hissés d'eux-mêmes au niveau de civilisation qu'ils ont atteint. (...) Seront-ils ramenés de force au niveau des Roumains, ou réussiront-ils à développer et à établir leur valeur humaine? Tel est Je conflit qui bouleversera bientôt l'Europe de part en part
28."

A son retour d'Orient, Lassalle consacre le plus clair de son temps à achever ce qui, jadis, devait être sa thèse de doctorat, et qui va devenir son premier grand ouvrage, sa Philosophie d'Héraclite l'Obscur d'Ephèse, ouvrage érudit de deux épais volumes qui va paraître en novembre 1857. 1/ commence, en même temps, à travailler à Franz von Sickingen, drame romantique en vers dans lequel il se projette et se dépeint plus qu'en aucune autre œuvre. 1/ reçoit enfin, après l'avoir attendue tant d'années, une autorisation de séjour à Berlin pour une durée de six mois. Cette autorisation sera par la suite prolongée indéfiniment, car le régime politique prussien s'assouplit. Il met fin à la liaison qu'il entretenait depuis 1855 avec Agnès Denis-Street, la fille d'un diplomate mais aussi agent double, George Kindworth, qui lui procurait un certain nombre d'informations qu'il s'empressait de transmettre à Marx pour que celui-ci les utilise dans ses articles sur la politique internationale. D'Agnès, il avait eu une petite fille, Fernande, morte à l'âge d'un an. Héraclite paraît en novembre 1857; c'est aussitôt un immense succès littéraire, qui vaut à Lassalle d'être reçu dans la Société berlinoise de philosophie, présidée par Karl L. Michelet, et dans tous les cercles d'intellectuels berlinois professant des idées démocrates. Il va y lier de nombreuses amitiés, notamment avec le chef d'orchestre Hans de Bülow, qui fut l'époux malheureux de Cosima Liszt, 21

et qui l'introduit auprès de Richard Wagner, avec Ludmilla Assing, la nièce de Varnhagen, etc. Humboldt continue à lui manifester le même intérêt. Les succès féminins de Lassalle sont nombreux, et iln'en fait pas mystère. Un peu partout, on admire les connaissances philologiquesde Lassalle; on loue la lecture strictement hégélienne qu'il propose d'Héraclite, dont il recompose les fragments en un système dialectique:
"Le concept du devenir, l'identité de la grande contradiction de l'Ëtre et du Non-Ëtre, est la loi divine (...) qui s'accomplit à travers toutes les manifestations de la nature (...). La nature elle-même n'est que la proclamation incorporée de cette loi de l'identité de la contradiction qu'elle porte dans l'intimité de son âme. (...) Cette contradiction réconciliée, cet étant du Non-Ëtre, est Je noyau et le fond même de sa philosophie,telle qu'ici elle va être exposée. On
Non-Ëtre est29."

peut résumer tout ceci en une seule phrase: seul le

L'Héraclite se conclut, assez curieusement, sur une théorisation de /' Ethique héraclitéenne dans laquelle Lassalle présente Héraclite comme un précurseur de Hegel:
«

Son Ethique
temps

se résume

à une pensée,

qui est en

et éternel de la moralité: la passion de /'universe/30..." « De même que dans la philosophie de Hegel les lois sont conçues comme la réalisation de la volonté substantielle générale, sans que la volonté formelle des sujets et leur dénombrement entrent le moins du monde dans sa détermination, de même chez Héraclite, l'universel est très éloigné de la catégorie de la totalité empirique. L'universel héraclitéen est quelque chose qui ne peut être dénombré. (...) Son « universel" (sein AlIgemeines) ne résulte pas de l'accord de tous, mais est un universel en et pour soi, la véritable objectivité de l'Ëtre, son concept spéculatif qui n'est qu'à lui seul, et seulement grâce auquel tout le reste possède son être-là (Dasein) 31.

même

le concept

fondamental

"

Ces quelques lignes montrent bien que Lassalle ne s'est pas livré à ce travail considérable de traduction, d'interprétation et de recomposition des fragments d'Héraclite pour le seul plaisir de montrer sa maîtrise du grec ancien et de développer un point d'histoire de la philosophie. Il ne s'agissait pour lui de rien de moins que de fonder sur tout un système spéculatif sa propre philosophie politique et son action qui se présentera comme son application. Georg Brandes - qui fut l'auteur du premier véritable ouvrage d'histoire littéraire sur Lassalle - a fait remarquer, à juste 22

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