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L'Iran, de 1800 à nos jours

De
487 pages
Pourquoi l’Iran fait-il trembler l’Occident depuis quarante ans ? Comment est née cette république islamique dont dépend en partie la paix au Moyen-Orient ? Depuis l’avènement des Qâjârs au début du XIXe siècle, la modernisation de l’État a progressé en même temps que la violence politique. Un nationalisme particulier, inséparable de l’islam chi’ite, s’est développé en réaction contre les ingérences des puissances européennes. Une première révolution, en 1906, a doté l’Iran d’une monarchie parlementaire. Soixante-dix ans plus tard, la révolution qui a renversé le chah a été menée par les mollas associés à des intellectuels libéraux et à des forces de gauche. Derrière le rideau de l’islam militant, les cortèges révolutionnaires réclamant l’indépendance et la liberté dénonçaient autant l’absolutisme du chah que l’impérialisme de Washington. En 2009, les dissidents ont de nouveau envahi les rues de Téhéran pour dénoncer la dictature de Mahmud Ahmadinejad, fraîchement réélu dans des conditions douteuses. Mais le « mouvement Vert », démesurément amplifié par les médias occidentaux, a fait long feu ; et le régime, malgré ses détracteurs, résiste encore. D’où tient-il son dynamisme, et de quelle légitimité se réclame-t-il ?
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Yann Richard
L'IRAN
de 1800 à nos jours
Champs histoire
© Flammarion, 2016
ISBN Epub : 9782081394865
ISBN PDF Web : 9782081394872
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081347335
Ouvrage composé et converti par Pixellence (59100 R oubaix)
Présentation de l'éditeur Pourquoi l’Iran fait-il trembler l’Occident depuis quarante ans ? Comment est née cette république islamique dont dépend en partie la paix au Moyen-Orient ? Depuis l’avènement des Qâjârs au début du XIXe sièc le, la modernisation de l’État a progressé en même temps que la violence politique. Un nationalisme particulier, inséparable de l’islam chi’ite, s’est développé en réaction contre les ingérences des puissances européennes. Une première révolution, en 1906, a doté l’Iran d’une monarchie parlementaire. Soixante-dix ans plus tard , la révolution qui a renversé le chah a été menée par les mollas associés à des inte llectuels libéraux et à des forces de gauche. Derrière le rideau de l’islam militant, les cortèges révolutionnaires réclamant l’indépendance et la liberté dénonçaient autant l’absolutisme du chah que l’impérialisme de Washington. En 2009, les dissidents ont de nouveau envahi les r ues de Téhéran pour dénoncer la dictature de Mahmud Ahmadinejad, fraîchement réélu dans des conditions douteuses. Mais le « mouvement Vert », démesurément amplifié p ar les médias occidentaux, a fait long feu ; et le régime, malgré ses détracteur s, résiste encore. D’où tient-il son dynamisme, et de quelle légitimité se réclame-t-il ?
Professeur émérite d’études iraniennes à la Sorbonn e nouvelle, Yann Richard est l’auteur de nombreux travaux sur le chiisme et sur l’histoire de l’Iran contemporain, traduits dans plusieurs langues. Il a vécu plus de huit ans en Iran et assisté à la révolution de 1979.
L'IRAN
de 1800 à nos jours
AVANT-PROPOS
Depuis quedesconfrontations violentes opposent les Américainsleu et rs alliés àdes pouvoirs nationaux oureligieuxduMoyen-Orient, lesdiasparlentsouventdesIraniens.Maisquesavons-nousd'eux ? Ont-ilsla «religiondesMages»,comme le prétendaitSaddam Hussein ? Endéfendant lechiisme,se mettent-ils à l'écartde lacommunauté musulmane,commecertains les en accusent, notamment lesSaoudiens? Lechah, qui a étérenversé en 1979, était-il ledernierreprésentantd'une dynastie trèsancienne,comme le négusen Éthiopie ou l'empereurdu Japon ? Est-ce aujourd'hui un ayatollah, un imam, un guidede larévolution, ou, toutsimplement, un présidentde la République qui gouverne le pays? Pourquoi apparaissent-ilsaujourd'huicomme lesprincipaux bénéficiairesdes interventionsaméricainesen Afghanistan (2001) et en Irak (2003) ? Lasignature à Vienne en 2015 de l'Arrangementsurnu le cléaire avec les Américains, les Européens, les Russesle et s Chinois ouvre-t-elle à l'Iran une nouvelle perspectived'hégémonierégionale ? Ce livre propose un nouveauregardsur l'histoiredece peuple que nous neconnaissons guère mieux queMontesquieu, et a pourbutde montrercomment l'Iran, aprèsune phasedesécularisation systématique, estdevenu une «république islamique », et,du mêmecoup, lerepoussoirdesesprits modernes. Depuis que l'ayatollah Khomeyni a fondé un État qui neressemble guère au paradisdes libersdont nous avionsrêvé pour lui, l'opprobrecollectifs'estconcentrésurce pays pourdes raisonstiennent qui sansdoute à autrechose qu'àseschoixreligieux. Ceux quidénoncent les tchadors, voiles, lapidationset autrespratiquesdignesde l'obscurantismedece payssont longtemps resssilencieuxsurce quise passait en ArabieSaoudite, pays moins libéral mais lié à l'économie occidentale : les femmes ysont tellement voiléesne voit même pa qu'on s leurset elle yeux, s n'ont aucundroitdanslasociété. Pourcompliquer lasituation, les Iraniens eux-mêmessont torturés par leursurmoicollectif. Toutes tendances politiquesconfondues, ilssont écrasés par l'imagede leur passé, moins par nostalgie,sansdoute, que par angoisse paranoïaqued'uncomplot extérieur, par peurde l'avenir. Redécouvrant périodiquement la grandeurde leur histoire, ils lacomparent aux tribulationsdu présent et pensent que toutce qui leurfait mal ne peut venirquedesautres.Azmâ-st ke barmâ-st, «ce qui nous tombedessus vientdechez nous »,répond undicton persan.Maiss'ils ont peurde l'avenir, peut-être lesIraniensont-ilsdessouvenirsdouloureux qui alimentent leurcrainte. La pesanteurd'unriche héritagecrée en Iran unecrispationsurl'identité.Semblablesaux Français qui ont longtempspensé qu'àdéfautde parlerleurlangue, personne ne pourrait jamaisapprocherleur génie, lesIraniensnesont pasloindecroire qu'euxseulsont ledroitde parlerd'eux. Qu'un étranger parle et lise leurlangue leursemble une intrusion tant ilsaimentseretrancherderrre leuridentité. Ensecontemplant, ilsne voient queceux qu'ilsauraientdû être.Maislesritablespersanophones sont à peine plusde la moitiéde la population, et le paysa été gouverné parunedynastie turcophone pendant la plusgrande partiedesdeuxderniersscles. En 1987, unerevue universitaire iranienne ouvrit undébatsurlestatutde la langue turqueazéri, parlée parenviron 40 %de la population, et qu'unrécent livre proposaitde promouvoiraurangde 1 seconde langue officielle . Enréponse audiscours très nationaliste persandudirecteurde la publication, undéfenseurdu turclerenvoya àsa généalogie : aprèsl'invasion mongole qui massacra son aïeul lointain, la veuve appritcertesle persan à l'enfant qu'elle mit au monde, maiscelui-ci était sansdoute le fruitd'un viol... Lesouvenirdesblessuresdu passérevient toujoursdansun paysqui a subi,depuisGengisKhan et Tamerlan, invasions, pillages, occupations. LesIranienspensentsouvent que leur identité leurété a dérobée, qu'elle a été violée, pervertie pardes étrangers. Certains nationalistes,recherchant leur véritédanspa le ssé ancien, montrentdudoigt l'islam et l'invasion arabe à partirdu VIIescle. D'autrespointent lesdiversesinvasionsturques,seljouqides, mongoles. Depuisdeuxscles,cesont pluslesEuropéenspuislesAméricainsdont lesIraniensdénoncent les ingérences. Lesfaiblessesvenantd'eux-mêmespassent ainsi plusfacilement à leursyeux.
Histoire et idéologie
Comment,dans uncontexte aussi tourmenté, tenir undiscoursserein et objectifsur le passé ?
L'historiende l'Iran peut-il ignorerlacharge émotivedecertainsfaits? La neutralitéduchercheurne serait-elle pascomme une trahison ? Dansce pays, l'idéologie nationaliste,communiste, monarchiste, islamiste, utilisesanscessedesdonnéesde l'histoire pour leurconférer,selon lecas, une orientation morale ou politique. À part quelquesraresfiguresroïques,commecellede Karim KhânZandoud'AmirKabir, aucundesacteursdecette histoire ne fait l'unanimité. Despersonnalités aussi marquantesHa que san Taqizâda, un homme politique importantdepuis 1906 jusqu'àsa mort en 1970,sont encore aujourd'hui l'objetde biographieslaudativeset haineuses. Lesrosfondateurs des unssont les bêtes noiresdes autres. Fazlollâh Nuri, le grandpen théologien dusur la place publique en 1909, est à la fois lechampionde l'islamismerésistant auxréformes imposées par l'européanisation et le traître qui a pactisé aveclesouverain putschiste. RezâShâh aressuscité l'Iran pour les uns, il est le pluscorrompudesdespotes vendusl'ét à ranger pour les autres.Mosaddeq, adoré parlesnationalistes, a été traînédansla boue parlesislamistesdepuislarévolutionde 1979. Est-il possibledanscecontexte à un Occidentaldcrire une histoirede l'Iran qui puisse être lue parun Iranien ? Bien que jeredoute àchaque instantderessemblerà un éléphantdansun magasinde porcelaine, tel est ledéfi auquel je tentederépondre ici afindclairerlescheminsqu'asuivisl'Iran avantdedevenirunerépublique islamique. Comment expliquerl'actualité quandon ignorede quel passé ellesurgit ? Commentcomprendre l'Iran aujourd'huisi l'on ignore l'histoiredesrendez-vous manquésde la Perse etde l'Occident ? Dansuneréunion universitaire, pendant la guerre Iran-Irak, uncollèguescialistede l'Iransassanide jetait unregardcontempteursur l'histoirecontemporaine,disant quece n'était pourque lui du journalismedéguisé,carlesélémentslesplusimportantspouvaientchangerà tout momentselon les nouveauxdocumentsqu'onsortiraitde l'ombre. Jerécuse bien entenducedédain.Maisla hantisede medémarquerde l'immédiateté ne m'a pas quitté. L'historienducontemporain et le journalistese rencontrent fatalement. Tousdeuxs'avouent parfoisdésarsdevantdescomportementssociaux ou politiques imprévisibles.Maisjou le rnaliste est pressé, pour informerses lecteurs,de leurdonner sensimmédiatement, alorsque l'historien est librederemonteraussi loin que possible. Ildoit, plus encore que le journaliste,dégagerlesdeux logiquescontrairesetcomplémentairesde l'histoire :celle de la longuedurée oùchaque événement est l'aboutissementd'une longue maturation, où lesseuls faits pertinentssontceux qui échappent à la volonté individuelle, où lesstatistiquesle et sdonnées chiffrées formentdes barrres à lasculation ;celledesdestinées individuelles,des volontés humainesetdeshasardsdecirconstances. Chaque individu estsoumisàdifférentesinfluences, et agit selondes motivations parfoiscontradictoires etchangeantes. L'historiendoitdoncretrouverces multiplesstratégies pour mettre en lumière leurconvergence. Les généralisationssont toujours fausses,car ellesdépersonnalisent les événementscommes'ilsrésultaientde forces occultes oude loisabstraites, alorsquechaque homme agit au nomd'un idéal oud'un intérêt personnel.
Genèsed'une nation moderne
Insigne privilègede l'Irandepuis Darius,ce paysp a réserdes élémentsd'une identité plusde deux foismillénaire :sa langue (du vieux-perse au persan moderne avecune évolutioncomparable à celled'autres langues indo-européennes), le nom mêmedu pays (Iran, le paysdes Aryens) et les frontièresduurde l'empire (délimitéespardeux mers,deuxchaînesmontagneusesetdesplaines oudesdéserts)sontressà peu prèsidentiques. Quelle quesoit ladiscontinuitédesdynastiesetdes régimes qui ontdominécette terre, nul ne nie lacontinuitéd'une nation.Mais qu'est-ce qu'une nation ? LesEuropéens, qui ont inventé leconcept au XIXescle nesont-ilspaseux-mêmesen train de ledétruire par lesupranational (l'Union européenne) et par l'infranational (la Corse, le Pays basque, l'Écosse, lesrégionalismes) ? Que valentcesconceptsà l'heurede la mondialisation ? Depuisledébutdu XIXescle, l'Iranconnaît une gestationdifficile bien que le paysn'ait jamais étécolonisé. Dans beaucoupde nouvelles nationsdu tiers-monde néesXXe au scle, lorsde la décompositiondesgrandsempires, ladécolonisation asouvent abouti à lareproductiondesschémas de pouvoirsimpériaux parlesélitesnationales. En Iran, lareproduction, l'imitation ont aussi eu un rôle important : les« imitateurs» étaient-ilsprogressistesou, aucontraire, trahissaient-ilsleurpatrie en la vendant à une puissance lointaine qui lesdominait ? Cedébatdéchire lesintellectuelsiraniens depuisdesdécennies. Lesdirigeantss'identifiaient avec les pays «civiliséset » cherchaient naturellement àreproduire leursinstitutionset leursrègles.Maisle véritablechangement avait lieu
danslespratiquessocialeset politiques, mêmes'il y eutdesretoursréguliersà l'autoritarisme, voire à l'absolutisme. L'affaiblissementde la Perse étaitrégulièrement attribué àdescomplots. Enréalité, lesprogrèsapparentscachaientdespesanteursque la volontédesréformistesne pouvaitsupprimer. Les Iraniensune Con avaient stitutiondepuismai 1906, s ils nesupportaient pasderespecter les contraintesdu parlementarisme. Commentdéfinirmo la dernitédanscettesociétésidifférentede la nôtre ? Lesréformateurs iraniensrêvantde « progrès »,de «civilisation », ont longtemps voulus'identifier à un modèle européen. Au-delàdes formes extérieuresde ladémocratie oudu parlementarisme, il leur fallait intégrerdesmodesd'action qui étaient incompatiblesaveclecommunautarisme traditionnel et avec lasacralisationde l'autorité. Il nes'agissait pas encorede modernité,carceconcept implique aussi une participation active, en aucuncasune importation et une imitation : politiquement, la modernité exclut l'autoritarisme et l'absolutisme,deux ornièresdans lesquelles l'Iransembleretomber riodiquement. Selon lasociologie politique «développementaliste », qui analyse la modernisationdessociétés traditionnelles, toutretour à l'absolutisme politiqueserait impossibledans unesociétédont les citoyenssauraient lire lesjournaux, écouterlesondesradiophoniquesou télévisuelles, naviguersur Internet, utiliseren un mot lesinstrumentsde participation etde formation à ladiversitéde laculture 2 moderL'Ine . ran neconstitue-t-il pas uncontre-exemple où la modernité n'a pas empêché la violence politique et où les médias ontcontribué à imposeri une déerejetée par lessociétés industrialiséesde l'Occident,celled'une volontécollective unique etd'une ingérence accruede la religiondansle politique ? Ce livre,dont l'ambition estde montrerla « genèsede la nation » iranienne,remonte audébutde ladynastie Qâjâret aux premièresblessuresnationalessubiesparla Perse à lasuitedesingérencesde ses voisinsrussesb et ritanniques.Malgré les effortsdesréformateurs etdes nationalistes autoproclamés, il faut attendre la findu XXescle pour voir émerger véritablement unsentiment patriotique, populaire,dans laconfrontation etdans lesconflits,d'abordcontre les Britanniques (annéespui 1951-1953), scontre l'Irak (1980-1988). Les affrontementscontre l'Occident, quisont l'écho,sousune autre forme,descrisesdu passé pluslointain face à l'Empire ottoman, à la Russie ou à la Grande-Bretagne, et les ambitionsrégionales actuellesde l'Iran ne peuvent vraiment passe comprendresansunretourhistorique.
Quelquescspourcommencer
L'Iran est le nom que les Iraniens ont toujoursdonné à leur pays. Les Occidentaux ont préféré, jusqu'à l'époque moderne, utiliserle nom que lesGrecsancienslui avaientdonné,celuide la grande tribu qui fonda l'Empire achéménide, les Perses. Onréservecedernier vocable aux Iraniensde l'Antiquité mais,suivant l'usagedesdiplomatesetdesvoyageursoccidentaux jusqu'en 1935, on peut trèspa bien rlerde Perse etde Persans. En 1935, RezâShâh imposa auxchancelleries occidentales d'abandonnerce nom qui avaitdesconnotationsdecontes,de légendesetdeculture ancienne, alors qu'il voulait présenterson pays, l'Irân,comme une puissance moderne tournée vers le progrès. En 1989,désolédeconstaterque l'Irandont il était exilé n'inspire aux Occidentaux quedesimagesde violence etde fanatisme, un universitaire iranien leurdemandaderevenirl'u à sage ancien, porteur 3 d'une imageculturelle positive (littérature persane, peinture persane, architecture persane...) . En attendant qu'un usagedéfinitifs'impose, j'ai prislibe la rd'utiliser ici lesdeux vocablessans les différencier. Actuellement, la majoritédes Iraniens (environ 85 %)sontchiites. L'islamchiite (oushi’ite), imposécommereligion officielle en Irandepuis ledébutdu XVIescle, est avec lesunnisme une desdeux grandescomposantesde l'islam. La piété est entouréed'interdiaires etd'intercesseurs : lesdouze Imams etde nombreuxsaints (etsaintes). L'autoritéreligieuse y estreprésentée par un magisrecrical, un autre pointdedifférenciationd'avec lessunnites.Malgrécertaines voix discordantes, la plupartdeschiites acceptent le Coran tel qu'il a été misfo en rme par lecalife 4 OsIl y a également en Pemân . rse,depuisl'Antiquité,deszoroastriens,desjuifsetdeschrétienset depuisla findu XIXescle il y a unecommunautéde bahâ'is(de 300 000 à 500 000 personnesen
1979). Aujourd'hui, après lesdéparts massifsde bahâ'is,de juifs etdechrétiens, les minorités non musulmanesreprésentent officiellement moinsde 2 %de la population, peut-être 1 %seulement. Mais un mouvementspectaculaired'apostasie etdeconversion auzoroastrisme, au bouddhisme et surtout auchristianisme pourrait inversercette tendance. L'Iran inclutdanssesfrontièresdesminoritésethniquesrelativement bien intégrées: azérie, kurde, turkmène, arabe, lore, baloutche... Leslanguesrégionalessont autorisées, maisla langue nationale, le persan, est laseulereconnue parCon la stitution.Son enseignement est obligatoire à l'école. Le persan (quiseditrsi en persand'Iran,dariAfghani en stan,tâjik au Tadjikistan) est une langue iranienne,comme le kurde ou le pashto, la langue officiellede l'Afghanistan. Les Qâjâr ontrégné en Irande 1779 à 1925. Lesont Pahlavi dirigé ensuite le pays jusqu'à la révolutionde 1979 qu'on appellesouvent, poursuivre l'usage officiel, «révolution islamique » bien qu'elle n'ait pasde lien ontologique à l'islam,comme on le verra. Enfin l'onomastique persane estcomplexe,comme ilsiedà unesociété impériale où lesquestions de hiérarchie,de niveausocial etde protocole ont une longue tradition.Mirzâ indique un princes'il est postposé, un lettrés'il est antéposé.Seyyed indique undescendantdu Prophète, unedignité souvent usurpée, maisaffi qu'on checomme un titre nobiliaire. Khân marque unedignité,sans marque trèsrigoureuse, parfoissimplement une manièrerespectueusede nommer les hommes. Les titresnobiliairesproprementdits(laqab, pl.alqâb) indiquent en principe une fonction à lacourou dans l'administration, etsontsusceptiblesdechangerde titulaires assezrapidement,desorte qu'un même personnage peut avoir,danssa vie, troisquat ou re titressuccessifs,ceux qu'il abandonne allant,deson vivant, à une autre personne, parfoisàson fils(maisnon nécessairement). Lestitresse terminant parod-Din,ol-Eslâm,ol-Olamâsont en général attribuésàdesreligieux (serviteursde la religion,de l'islam,duclergé). Lestitresse terminant paros-Saltanasont en principe plusélevésque ceux quise terminent paros-Soltân,od-Dowla,ol-Molkouol-Mamâlek(serviteursde la monarchie plus honorés que lesserviteursdusouverain,de l'État oudu pays). Précisonsle que ssuffixesde titresnobiliaires, transcritsici avecun –afinal,se trouventsouvent écritsailleursavecfinale en–e ou–eh. La prononciation actuelle est –é(parexemple «Moshirod-Dowla », pron. Dowlé). Pourresterdanshi une stoiredont les acteurs noussontconnus et éviter ladérive vers le sréotype, je propose,chaque foisquecela est possible,dedonnerquelquesinformationsconcrètes sur les personnages. Lesdatesserontdonnéesdans lecalendrier grégorien, avecma la rge d'incertitude inévitable quandon traduit ainsi lesdatesducalendrierhégirien lunaire. En Iran,depuis unecentained'années, on utilise uncalendriersolairede 365 jours, qui a l'hégire pour pointde départ. Dans lesréférences bibliographiques où jedonne lesdatesde publicationducalendrier d'origine etducomputde l'èrechrétienne, on trouvera parfois, entre 1976 et 1978,desdatesdu calendrierimpérial iranien que lechah avait tentédesubstitueraucomput hégirien (2535 pour1355, correspondant à 1976-1977). Plusd'uneréférence,dans les notes,renvoie àdes ouvrages persans afinderendrecompte autant que possiblede la perception que lesIraniensontde leurpropre passé, même quand elle mesemble marquée parcertains aveuglements. Il importedecomprendre l'historiographie iraniennede l'intérieuretd'articulernotreregardsurceluidesIranienseux-mêmes.
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La première versiondece livre a été publiée en 2006 parlesÉditionsde LaMartinièresousle titre L'Iran. Naissanced'unerépublique islamique, grâce à l'amicalecollaborationd'AgnèsFontaine. Ce travaildoit beaucoup à un grand nombredecollègues et amis qui m'ont accompagnédepuisdes annéesdans ladécouvertede laculture persane etde l'histoire iranienne. Il me plaîtderendre hommage à quelquesmaîtresauxquelsjedoisparticulièrement beaucoupdanscettediscipline, Nikki Keddie (LosAngeles),Maxime Rodinson (m. 2004), JamshidBehnâm et tantd'autres. Lesétudiants qui ont participé à monséminairede laSorbonne nouvelle, notamment OliverBast et NaderNasiri, aujourd'huicollèguesà Pariset àStrasbourg, mescollèguesdu CNRSet beaucoupd'autres, méritent mareconnaissance. Florence Hellot m'acorrigésurcertains pointsconcernant leschrétiens en Azerbaïdjan.Maisj'ai beaucoup pensé, en l'écrivant, à tousleschercheursiraniensquiregardent les travauxd'orientalistesavecméfiance, àceuxd'entre eux qui m'ont généreusement aidédanslechoix de meslectures,dessources,dont lestravaux ontconstitué la première basede mesconnaissances, notamment Iraj Afsr,Mansoureh Ettehadiyeh, Kaveh Bayat, Homa Nategh, Fereydun Âdamiyat et tantd'autres.
Cette éditioncontientde nombreusesretouchesstylistiques,descorrections et quelques modificationset ajoutsdedétaildansle butd'améliorerla lisibilité, maisaussi larigueurhistorique. On a allégécertainestranscriptionsetsurtoutraccourci lesréférencesdesnotesinfrapaginales; les titresse terminant pardes pointsdesuspensionssontdonnésde manière pluscomplètedans la bibliographie finale. Jeremercie mon éditeur, Pauline Kipfer, et mesamisMichel Potocki et Denis Vassigh pourleurassistance. Pourlarééditionde 2016, outre une mise à jourdecertainschapitreset de la bibliographie, unchapitre additionnelreprend l'histoiredes trente-sept premières annéesde la République islamique.
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Jedédiece livre aux fonctionnairesiraniensqui m'interdisentsansraison l'accèsà leurpaysdepuis 2002, attisant plus encore mon enviedecomprendre la République islamique.Sans medécourager d'yretourner, ilsmedonnent, en attendant, une plusgrande liberde parole. Ce livre est également dédié aux Iraniensassoiffésde justice qui ontsouffertdestortures,de larépression etde lacensure, avantcomme aprèslarévolutionde 1979.