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L'union nationale des étudiants du Kamerun

De
264 pages
Pendant toute la décennie 1950, Pierre Nkwengue a marqué la communauté estudiantine camerounaise et africaine en France de son patriotisme, de son sens du dialogue et du dynamisme de son militantisme syndical. Grâce à la mémoire qu'il a gardée des nombreux événements qu'il a vécus, Pierre Nkwengue est un témoin géant de l'histoire du Cameroun. Ses souvenirs ainsi que de nombreux documents font la substance de cet ouvrage.
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L'union nationale
des étudiants du Kamerun
Ou la contribution des étudiants' africains
à l'émancipation de l'Afrique Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus
Auguste ILOKI, Le droit des successions au Congo (tome I et
II), 2006.
Bernardin MINKO MVE et Stéphanie NKOGHE (sous la
direction de), Tourisme au Gabon, 2006.
Mohamed Tétémadi BANGOURA, Violence politique et
conflits en Afrique : le cas du Tchad, 2006.
Nouhoum DIALLO, Le budget du Mali, 2006.
Jean-Claude BERTHÉLEMY et Abdoullah COULIBALY (sous
la dir.), Culture et développement en Afrique, 2006.
Huenumadji AFAN, L 'évangile Chaka, 2006.
Kengne FODOUOP, Le marché de la friperie vestimentaire au
Cameroun, 2005
Fortunatus RUDAKEMWA, L'évangélisation du Rwanda,
2005.
Mamadou SECK, Les scandales politiques sous la présidence
de Abdoulaye Wade, 2005.
Révérend Francis Michel MBADINGA, Les Église du réveil fac
à la crise de l'État en Afrique, 2005.
René-Pierre ANOUMA, Aux origines de la nation ivoirienne,
2005.
Dominique BANGOURA (sous la direction de), Quel avenir
pour les jeunes de Guinée ?, 2005.
social et stratégies Mubangi Bet'ukany GILBERT,Systême
d'acteurs en Afrique, 2005.
Boniface GBAYA ZIRI, Problèmes de regroupement des
villages bété (Côte d'Ivoire), 2005.
Auguste TENE-KOYZOA, Histoire économique et politique du
Centrafrique au XX ème siècle, 2005.
Mémoire blessée » et Augustin Germain MOSSO ATEBA, «
« Eglise du peuple », enjeu de la seconde évangélisation de
l'Afrique noire, 2005.
Le cardinal Malula et Jean-Paul II. Dialogue entre Jean MPISI,
l'Église « africaine » et le Saint-Siège, 2005.
Timothée NGAKOUTOU, Les limites de la démocratie
subsaharienne, 2005. Pierre Nkwengue
L'union nationale
des étudiants du Kamerun
Ou la contribution des étudiants africains
à l'émancipation de l'Afrique
L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris
FRANCE
Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Hongrie L'Harmattan (tafia L'Harmattan Burkina Faso
Eac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; Via Degh Artisti. 15 12(X) logements villa 96 Kilnyvesbolt
13P243, KIN XI 10124 Torino I2B2260 Kossuth L. u 14-16
Université de Kinshasa -- RDC ITALIE Ouagadougou 12 1053 Budapest
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattanl@wanadoo.fr
© L'Harmattan, 2005
ISBN : 2-296-00224-2
EAN 9782296002241 Table des matières
REMERCIEMENTS
Préface par TCHAPTCHET NJINGA Jean Martin
INTRODUCTION
Chapitre I - Naissance d'une Organisation d'Etudiants
Chapitre II - Marche vers l'Unité
Chapitre III - Action Syndicale de l'UNEK
Chapitre IV - Orientation nationaliste de l'UNEK
Chapitre V - Prise de Position Politique de l'UNEK
Chapitre VI - UNEK et les relations Internationales
Chapitre VII - A/ Section de l'UNEK - NUKS
B/ Les Responsables
DOCUMENTS ET ANNEXES
A 1 - Statuts (UNEK)
A3 - Conférence pan-camerounaise des étudiants
A2 - Xle Congrès de l'UNEK
A4 - Débat Contradictoire sur la première Constitution du Cameroun DEDICACE
Ce modeste ouvrage est dédié à :
Mon oncle NJOFANG Cosmos, in mémoriam.
En témoignage de toute son affection pour moi et pour son
nationalisme qui constitue un exemple pour le Cameroun immortel.
Ma mère MAGNY NKWENGNIA, in mémoriam.
En reconnaissance de tout ce que son petit frère à fait pour moi.
Mon père MBEU TCHANTCHOU, in mémoriam.
Mes grands-parents maternels, Sob FANGWA de Balengou en guise
de reconnaissance et Magni NDJOTCHA, in mémoriam.
Ma tante Magny ZOUEKEU et ses enfants en témoignage de mes
sentiments affectueux.
Mon cousin NOMO NJOFANG Jean Cosmas et ses sœurs, en
téinoignage de ma reconnaissance pour tout ce que leur père a fait
pour m'éduquer dans la dignité et la fierté patriotique, aux femmes
défuntes de mon feu oncle.
Mmes NOMO Rose et TCHAKOUNTE Marie, in mémoriam
En témoignage de leurs indéfectibles affections pour moi.
Mon cousin TCAHPTCHET NJINGA Jean Martin et sa femme
Florence en reconnaissance de leur amour patriotique et de leur
affection.
Tous les compatriotes, soeurs, frères et amis qui n'ont pu mettre leurs
connaissances au service de notre patrie : le Cameroun.
9 REMERCIEMENTS DE L'AUTEUR
L'auteur de ce modeste travail remercie les personnes ci-dessous
désignées pour leur contribution à la réalisation et la confection de cet
ouvrage.
TCHAPTCHET NJINGA Jean Martin, Ancien Président de la Section
de France de l'Union des Populations du Cameroun (U.P.C), Ancien
Président de la Section Académique de l'U.N.E.K. et de la F.E.A.N.F.
de Clermont Ferrand, pour avoir rédigé la préface de l'ouvrage.
Le Dr EYINGA IvIVELE Abel, Ancien camarade du Cours de Sélection
d'Ebolowa, en France, en passant par l'Ecole Primaire Supérieure de
Yaoundé et Collège Moderne et Technique de Nkongsamba, Ancien
Président de l'Association Générale des Etudiants Africains de Paris
(A.G.E.A.P), section parisienne de la Fédération des étudiants
d'Afrique Noire en France (F.E.A.N.F), pour avoir contribué par une
abondante documentation nécessaire à la confection de cette oeuvre.
Le Dr Samuel MACK-KIT, Ancien Président de l'U.N.E.K., Trésorier
Général de l'UPC, élu au 2ème Congrès Unitaire de l'UPC des 13, 14
et 15 septembre 1996 au Palais des Congrès de Yaoundé, qui nous a
fourni les statuts de l'U.N.E.K, une des pièces maîtresses de cet
ouvrage.
Le professeur de mathématiques MOUKOKO Priso, Ancien Président
de la section Académique de l'U.N.E.K et de la F.E.A.N.F de
Clermont Ferrand, Ancien Président de l'U.N.E.K. et Secrétaire
National à l'Organisation de l'UPC, élu au 2ème Congrès Unitaire de
l'UPC des 13, 14 et 15 septembre 1996 au Palais des Congrès de
Yaoundé, pour avoir relu notre manuscrit avec beaucoup d'attention.
Le professeur de philosophie KAMGA Victor, Délégué à la Recherche
de l'Histoire de l'U.P.C., nommé au 2ème Congrès Unitaire de l'U.P.C.
des 13, 14 et 15 septembre 1996 au Palais des Congrès de Yaoundé,
pour la relecture de ce manuscrit.
Le Dr Léolein NJA KWA, Ancien Externe des Hôpitaux de Paris,
Ancien Président de la Section Académique de l'U.N.E.K. de Paris,
11 Maire de la Commune Urbaine d'arrondissement de Douala I, pour sa
contribution à la fois matérielle et morale à la parution de cet ouvrage.
Mon cousin TCHOUWA MBIAKOB Patrick pour avoir initié la
première frappe.
Le professeur Emile NIMANGUE TI-HEMADE, Ingénieur Général du
Génie Mécanique, diplômé de l'Ecole Centrale des Arts et
Manufactures de Paris, Maître ès Sciences Economiques, Maître ès
Sciences Physiques, Docteur ès Sciences Mathématiques, pour sa
sollicitude pour nous favoriser la saisie de l'ouvrage.
Le Professeur NTONE KOUO Martin pour avoir rédigé la Post Face
de cet ouvrage
Mme la Secrétaire de Monsieur le Maire de la Commune Urbaine
d'Arrondissement de Douala I pour son aide, combien efficace à la
parution de notre travail.
MADAME KUISSE Elise, Secrétaire du Pr. NIMANGUE TI-
HEMADE Emile pour avoir contribué activement à la première saisie
sur disquette de cet ouvrage.
Mlle Ananda Tsolefack Florence, Technicienne Supérieure en
Commerce International, pour sa contribution activement à la dernière
saisie sur disquette de cette oeuvre.
Professeur NKWENGUE Pierre
12 INTRODUCTION
Mon Itinéraire
« Tout hotnnie est tissu de contradictions et d'erreurs » Montaigne
( Essais)
Né à BAKONG (petit village de deux mille habitants environ) de
l'arrondissement de BAZOU, dans le département du NDE (ancienne
subdivision de BANGANGTE), le ler décembre 1930.
Il fit ses études primaires successivement à la mission catholique de
MBANGA, subdivision du même nom, Région du Mungo et à la
mission catholique de NKONGSAMBA, chef lieu de la région du
Mungo, d'où il obtint le Certificat de Fin d'Etudes Primaires
Elémentaires en décembre 1945.
Il entre au cours de sélections d'EBOLOWA en avril 1946 avec un
retard de près de deux mois. Malgré ce retard, au concours d'entrée en
I ère année de l'Ecole Primaire Supérieure de Yaoundé en janvier
1947. Il est admis et classé 19e/19 élèves qui furent admis venant
d'EBOLOWA.
Au cours de sélection il devait faire la connaissance d'un camarade qui
fera parler de lui plus tard comme candidat à la Présidence de la
République Fédérale du Cameroun contre Monsieur AHMADOU
AHIDJO, alors Président de la République Fédérale en fin de mandat
de 1970. Je veux parler de Monsieur EYINGA MVELLE Abel,
Administrateur de la France d'Outre-mer, Docteur ès sciences
politiques et professeur à la Faculté de Droit de l'Université d'ALGER.
2 - Ecole Primaire Supérieure de YAOUNDE
« Tout homme porte en soi la forme entière de l'humaine condition »
Michel de MONTAIGNE (les Essais)
Nous sommes convoqués par TO pour rejoindre l'école primaire
supérieure de Yaoundé en mars 1947. Nous entrons donc en I ere
13 année de cette école, située au PLATEAU D'ATEMENGUE où nous
avons retrouvé la 2ème année, la 3ème année étant déjà transférée à
NKONGSAMBA. Nous notons que cette école venait d'être
transformée en Collège Moderne et Technique et transféré de
YAOUNDE à NKONGSAMBA.
La I ère année devenait donc la classe de 5e, la 2ème année, la classe
de 4e, et enfin la 3ème année, la classe de 3e.
La 3ème se trouvait donc à Nkongsamba avec Monsieur Raoul
BLEUSE, professeur de mathématique qui était devenu le I er
Directeur de ce collège. Pendant que Monsieur Mathieu faisait
fonction de directeur pour les 5e et 4e restée à Yaoundé. Nous passons
trois mois à Yaoundé d'avril 1947 à fin juin d'où nous devions partir
en vacances, car le Haut Commissaire de la République française au
Cameroun de l'époque venait de modifier le régime scolaire qui venait
d'être changé pour l'aligner sur celui de la France.
A la rentrée d'octobre 1947, nous rejoignions Nkongsamba. Nous
avions passé uniquement un an d'études avec Monsieur Raoul
BLEUSE comme directeur du collège.
En effet, il devait rentrer en juillet 1948 définitivement. A la rentrée
d'octobre 1948, il fut remplacé par Monsieur BEDOUSSAC Jean qui
jusque là était professeur de sciences physiques et à l'école normale
d'instituteurs qui se trouvait dans les mêmes locaux que le collège et
qui fut transféré à Yaoundé. Malheureusement cette école de 1948
avec Monsieur BEDOUSSAC comme directeur du collège. Ce dernier
devait s'illustrer par le renvoi de douze de nos meilleurs camarades de
promotion sur le rapport fait par un élève de 3e faisant fonction de
maître d'internat qui se faisait appeler Dr COX par analogie au nom
d'un certain Dr COX trouvé dans le livre d'anglais, que nous utilisons
en classe.
Parmi les camarades ainsi renvoyés se trouvaient entre autres, notre
major de promotion MEFE BOMO Jean, MVE DONGO Abraham,
qui sera plus tard Inspecteur Fédéral du littoral puis du Centre-Sud et
Inspecteur Général des affaires administratives au Ministère de
l'administration territoriale à Yaoundé. LOBE ELEME Charles, plus
tard Avocat au barreau du Cameroun à Yaoundé et mon ami NANA
DEMEN Pierre, propriétaire de la Scierie de Baressoumtou à
14 Nkongsamba et qui vient d'être élu député à 1 'assemblée Nationale du
Cameroun.
A la sortie du collège moderne de Nkongsamba en juin 1950, mon
oncle NJOFANG Cosmos, planteur à Djuingo dans l'arrondissement
de Mbanga, décide de m'envoyer poursuivre mes études secondaires
en France. Il me conduisit chez un de ses amis à Douala, Conseiller
Economique de l'UNION FRANCAISE, le regretté MONTHE Paul
originaire de Bana. Ce dernier se saisit immédiatement du dossier et se
rendit à Yaoundé au cabinet du Haut Commissaire de la République
Française au Cameroun pour m'obtenir le permis d'émigration afin de
me faire établir un passeport à la Sous-Direction de la Sûreté Générale
à Douala après le dépôt d'un cautionnement de 30.000 francs CFA de
l'époque. C'est le lieu de rendre un vibrant hommage au regretté
MONTI1E Paul qui préfigurait déjà un éminent partisan de l'unité
nationale.
En effet, MONTHE Paul dans son action ne distinguait ni de tribu, ni
de région, ni de provenance d'étudiant pour le quel il devait solliciter
un permis d'émigration pour la France.
C'est ainsi qu'au n° 46 de la Rue de Clignancourt à Paris 18e, on
rencontrait des étudiants de toutes les tribus de Cameroun. C'est une
grande figure de notre Unité nationale. Que sa famille et
particulièrement une de ses femmes, Madame MONTHE Thérèse,
notre grand-mère à Paris, trouve ici notre reconnaissance à la grande
figure que fut son regretté mari, ainsi que MAGNI MONTHE que je
n'ai pas eu l'occasion de connaître au même titre que Madame
MONTHE Thérèse. Monsieur MONTHE Paul me trouva une place
dans un collège secondaire en France dans la banlieue parisienne, plus
exactement au collège classique de Pontoise, ainsi qu'à BABY TINA
Dieudonné dont on devait perdre la trace alors qu'il était en 2ème
année de H.E.0 (Ecole de Hautes Etudes Commerciales), une des
grandes écoles françaises dépendant de la chambre de commerce de
Paris.
- Départ du Cameroun
Ce départ eut lieu un certain dimanche 09-10-1950 par avion à
l'aéroport de Douala à 12h (heure camerounaise).
15 Nous étions 4 dans cet avion le regretté FOKAM KAMGA Paul,
Inspecteur du travail, ancien ministre de l'information, ancien ministre
délégué à la présidence chargé de l'inspection générale de l'Etat et de
la réforme administrative, enfin ancien ministre de la santé publique.
MBIANDA François, Conseiller des affaires étrangères et ancien
contrôleur financier au ministère de l'équipement. FOTSO ODON,
actuellement inspecteur principal de douanes à la Direction des
douanes à Douala. Avant de prendre l'avion de ce jour là, Monsieur le
regretté MONTHE Paul nous offre un repas copieux dans sa maison
de Kassalafam à Douala. Il nous accompagna jusque dans l'avion.
L'avion qui nous transporta était baptisé " Ciel de Béarn ", fit escale à
Niamey, puis à Alger et ici notre camarade FOTSO ODON changea
d'avion pour prendre celui qui devait atterrir à Marseille Marignane
car il devait étudier à Aix-en-Provence. Nous trois, nous atterrîmes à
Paris Orly à 8 heures du matin le 10-10-1950.
Nous fûmes accueillis par le regretté NOUAFO Etienne tout à fait par
hasard car il vint attendre le fils de Monsieur CHENDJOU Joseph qui
devait venir étudier en France dans la ville de Coulommiers mais qui
n'était pas dans l'avion. Rendus à la Rue de Montparnasse où se trouva
l'hôtel de Monsieur NOUAFO Etienne, étudiant à l'école Ampère, il
fit venir d'autres compatriotes étudiants de Paris pour nous rendre
visite au nombre desquels se trouvaient le regretté Pierre SIEKAPEN
NJUIMO, le regretté WANKO Samuel et Monsieur NZOGANG
Didier. Monsieur NOUAFO nous répartit entre ces compatriotes. Je
fus accueilli par Pierre SIEKAPEN NJUIMO chez qui je passai ma
première nuit parisienne. Le soir même du 10-10-1950 je me rendis au
46, Rue de Clignancourt, métro Château Rouge, pour remettre le
courrier de Madame MONTHE Thérèse que m'avait remis son mari.
Le 12-10-1950, après avoir effectué quelques achats pour le trousseau
exigé, je gagnai le collège classique de Pontoise, pendant que
MBIANDA François rejoignit le collège Rambouillet dans la banlieue
parisienne et FOKAM KAMGA Paul le collège de Coulommiers non
loin de Paris également.
Je retrouvais au collège classique de Pantois BABY TINA Dieudonné
qui se trouvait en lère moderne et moi en classe de seconde moderne.
Malheureusement tombé malade en novembre 1950, je dus garder
l'hôpital de Pontoise jusqu'en février 1951. A la sortie de l'hôpital, le
Ministère de la France d'Outre-mer, me trouva une place au collège
16 moderne de DIE, une petite ville de 2.000 habitants environ dans les
Préalpes, située dans le département de la Drôme.
J'y trouvai un groupe d'élèves africains, Ivoiriens, Guinéens,
Sénégalais, Dahoméens (béninois actuellement). Cette petite ville de
DIE est célèbre par une boisson mousseuse appelée CLAIRETTE DE
VIE.
A la rentrée d'octobre 1951, FOKAM KAMGA Paul fut obligé de me
rejoindre à DIE car le conseil municipal de Coulommiers se révolta
contre la directrice parce qu'elle remplissait le collège de noirs qui
sortaient leurs filles et demanda le départ de tous les élèves africains
âgés de plus de 18 ans. Parmi les élèves chassés ainsi de Coulommiers
se trouvait l'Ecrivain et Ambassadeur du Cameroun, OYONO
Ferdinand Léopold, l'auteur de "Une vie de boy " et " Le vieux nègre
et la médaille ".
Au cours de l'année scolaire 1951-1952, nous fûmes rejoints à DIE
par trois autres compatriotes : Feu Docteur EONE René et un tout
petit qui devait entrer en classe de 4e : WONGLY MASSAGA René,
le seul boursier de la France d'Outre-mer parmi nous. A la fin de
l'année scolaire 1951-1952, EONE René, EKWALLA Théodore,
FOKAM KAMGA Paul et moi, nous nous présentions au
Baccalauréat première partie, série Moderne. FOKAM KAMGA fut
le seul admis parmi nous. Mais à cause du mauvais régime alimentaire
de ce collège, le Principal était en même temps l'économe et sa femme
dirigeait la cuisine, nous fûmes obligés de quitter DIE. Etant donné
que le jeune WOUNGLY MASSAGA René ne pouvait pas se débattre
seul, nous chargeâmes FOKAM KAMGA Paul de plaider son cas au
ministère de la France d'Outre-mer et il fut alors envoyé au Lycée de
Clermont Ferrand, dans le Puy de Dôme, dans le Massif central.
Je sollicitais mon inscription au Lycée Mignet d'Aix-en-Provence en
classe de 1 ère moderne, dans les Bouches-du-Rhône, pendant que
FOKAM KAMGA entrait en Math Elementaires au Lycée Marcel
Roby de Saint Germain-en-Laye dans la banlieue parisienne, tandis
qu'EONE René s'inscrivait au Lycée de Tournon dans l'Ardèche où il
fut rejoint par mon ami NYA Bonaventure. Plus tard, ils devaient
rejoindre Lille.
17 J'obtins ma 1 ère partie du Baccalauréat série moderne à Aix-en-
Provence en juillet 1953 (exactement le 09-07-1953). A la rentrée
d'Octobre 1953, je m'inscrivis en classe de Sciences Expérimentales à
l'issue de laquelle j'obtins mon Baccalauréat série Sciences
Expérimentales le 13-07-1954. Fini ainsi le cycle secondaire au Lycée
Mignet d'Aix-en-Provence. Je n'oublierai jamais le Proviseur Vardème
qui m'inscrivit sans aucun appui, contrairement à ce qui peut se passer
dans nos établissements d'aujourd'hui.
Un événement capital se passa au Cameroun pendant mon séjour au
Lycée Mignet.
Le Secrétaire Général du mouvement Nationaliste Camerounais
Ruben UM NYOBE venait d'être l'objet d'une tentative d'assassinat
dans les environs de FOUBAM en 1952. L'Association des Etudiants
Camerounais en France lança le mot d'ordre de protestation.
La section d'Aix-Marseille de l'AEC (Association des Etudiants
Camerounais) animée par un étudiant licencié en droit, NKILLI
ABESSOLO Martin, convoqua une réunion à cet effet. Mais interne,
je ne pouvais sortir car celle-ci avait lieu le soir. Un camarade externe,
TCHANKOU HAPPI Jean Marie, signa la motion de protestation en
mon lieu et place et m'informa le lendemain au Lycée. Je n'hésitai pas
à lui donner mon accord. Ayant obtenu donc mon baccalauréat en
juillet 1954, je pris la décision de faire des études médicales. Je voulus
m'inscrire à la Faculté de Médecine de Montpellier, mais j'y renonçai
à cause des émeutes raciales qui y étaient déclenchées par l'attitude
d'un étudiant français nommé MOUSSERON. Je n'osai non plus
m'inscrire à Marseille à cause des bagarres qui se produisaient souvent
dans les rues entre les Blancs et Noirs.
Je décidai donc de monter à Paris. 11 faut mentionner que la
Délégation du Cameroun à Paris avait l'habitude d'organiser en été le
Camp de vacances pour étudiants et élèves du Cameroun dans la
banlieue parisienne. Celui de l'été 1954 avait lieu en deux endroits :
BOULOGNE BILLANCOURT et RAMBOUILLET, deux localités
de la région parisienne. Celui de 1953 avait eu lieu à Meudon-
Bellevue, tandis qu'en 1951 et 1952, on était à Saint Germain-en-Laye
toujours dans les environs de Paris. Pendant ces vacances passées
ainsi donc ensemble, les Parlementaires et Conseillers Camerounais
rendaient fréquemment visite à ces jeunes gens, futurs cadres et
1 8 dirigeants du Cameroun. C'est ainsi qu'on recevait la visite du député
Louis Paul AUJOULAT, secrétaire d'Etat à la France d'Outre-mer, de
la Rue Monsieur non loin de la Rue Oudinot. La Rue Oudinot en
souvenir du Général Oudinot, une des figures marquantes de l'armée
française. Le Dr Louis Paul AUJOULAT était Président de l'ATCAM
(Assemblée Territoriale du Cameroun), député et ministre français.
C'était donc l'homme fort, pour employer le terme consacré de
l'époque.
La Rue Oudinot était le siège du Ministère des Colonies rebaptisée
après la guerre 1939-1945, Ministère de la France d'Outre-mer dans
un ensemble qui fut appelé UNION FRANCAISE, formée donc, de la
France d'une part et des colonies d'autre part.
Comme le Député Ministre, Monsieur Paul SOPPO PRISO, le prince
KEMAJOU Daniel, tous deux conseillers de l'UNION FRANCAISE,
siégeant à l'Assemblée de l'Union Française au Palais de Versailles et
Monsieur Paul MONTHE, Conseiller économique, siégeant au
Conseil Economique et Social au Palais de Luxembourg, nous
rendaient visite à leur tour. Il en était de même de Monsieur OKALA
Charles Sénateur du Cameroun siégeant au Conseil de la République
au Palais du Luxembourg, Palais dont la dernière sonorisation fut
réalisée avec le concours d'un ingénieur électronicien Camerounais,
Monsieur NJAMKEPO Gilles, ancien directeur de notre aéronautique
civile et actuellement ancien Représentant de l'ASECNA (Association
pour la Sécurité et la Navigation aérienne en Afrique et à
Madagascar).
Les visites du Député DOUALA MANGA BELL n'étaient pas
fréquentes, tout comme celle de Jules NININE et du Dr PLANTIER.
Ces deux derniers sont tristement célèbres pour leur prise de position
en faveur de la partition du Cameroun et préconisant le rattachement
du Nord au Tchad.
Arguant que cette partie de notre pays n'avait rien de commun avec le
Sud bouillant et atteint du virus de nationalisme. Ceux qu'on ne voyait
jamais à ces camps de vacances étaient le sénateur NJOYA AROUNA
et AHMADOU AHIDJO, conseiller de l'Union Française. Par contre
on recevait souvent la visite du Haut Commissaire de la République
Française au Cameroun et surtout de son délégué de la Rue Murillo.
C'est ainsi que nous vîmes tour à tour Monsieur André
19 SOUCADAUX, Pierre MESMER, tous deux hauts commissaires de la
R.F. au Cameroun.
Monsieur MOURUAU et Georges SPENALE, respectivement
délégué du haut commissaire à Paris et Secrétaire Général du haut
Commissaire à Yaoundé.
A la fin donc du camp de vacances de Rambouillet de 1954, plus
exactement fin septembre 1954, je m'inscrivis à la Faculté des
sciences de Paris, 12, Rue CUVIER, près de Jardin des plantes, en vue
de l'obtention du P.C.B. (diplôme propédeutique dénommé :
Physique-Chimie Biologie) donnant accès aux études médicales.
L'inscription dans un établissement d'enseignement supérieur à Paris
n'était pas chose facile. Il fallait d'une part obtenir son diplôme de
bachelier à Paris ; d'autre part justifier d'une résidence dans cette ville.
Or je ne remplissais aucune de ces conditions.
C'est ici le lieu de rendre un vibrant hommage mérité à Mme
MONTHE Thérèse qui me délivra un certificat d'hébergement au 46,
Rue de CLIGNANCOURT dans le 18e Arrondissement de Paris
attestant que je suis régulièrement logé par elle. L'obtention de cette
pièce maîtresse débloqua mon inscription à la Célèbre Faculté du
Monde qu'est SORBONNE SCIENCES. Cette inscription à la Faculté
des Sciences me laissa une tâche indélébile : sur le registre
d'inscription existait une rubrique : NATIONALITE. A cet endroit je
marquais CAMEROUNAISE, ma charmante secrétaire, d'un coup de
bic rouge, barra camerounaise sous mes yeux et inscrivit à la place
C.U.F. (Citoyen de l'Union Française), ce que je savais aussi, mais que
je ne voulais et pouvais écrire de ma propre main. Alors que mes
camarades français !narguèrent allègrement FRANCAISE, pendant
que je me voyais apatride, pour tout dire.
C'est ici le lieu de le dire, telle fut la raison, fondamentale de ma prise
de position en faveur du parti nationaliste camerounais, choix qui va
peser lourdement sur mon action dans l'association des étudiants
camerounais pendant près d'une dizaine d'année en France.
Je suis donc inscrit à la Faculté des Sciences avec ma carte d'étudiant
d'une part, et ma carte des œuvres universitaires et scolaires d'autre
part. je pus m'inscrire au service de logement de C.O.P.A.R (Comité
Parisien des Œuvres Universitaires) dont le siège se trouvait au 15,
Rue Soufflot au quartier Latin. Parallèlement je déposai une demande
20 de logement à la Maison de la France d'Outre-mer, au 45, Boulevard
Jourdan, à la célèbre cité universitaire de Paris, dans le 14e
Arrondissement. Il y a deux accès par voies souterraines, c'est-à-dire
deux stations de métro : Porte d'Orléans, qui est le terminus de la ligne
porte de Clignancourt et Cité Universitaire qui se trouve sur la ligne
Gare de Luxembourg-ligne de Sceaux. En attendant mon admission
comme résidant à la Maison de la France d'Outre-mer, j'obtins une
chambre dans le 19e Arrondissement, métro Laumière, sur une rue
tout près des Buttes de Chaumont, où se trouve la station émettrice de
la télévision française (Rue Cognac-Jay).
Après quelques mois passés dans le 19e, j'obtins un lit à la Maison
France d'Outre-mer au 1 er étage, dans la chambre n° 102. C'était une
chambre à 2 lits que je partageai pendant un bon moment avec un ami
et compatriote NGUENGA KOUOTOU Jean, actuellement fondé de
pouvoir à la S.G.B.C. à Douala (Société Générale de Banque au
Cameroun).
En juin 1955, j'échouai à mon examen de P.C.B. le lendemain des
résultats, j'appris le décès de mon oncle NJOFANG Cosmos, survenu
le 25-06-1955 à Douala dans des conditions douloureuses et
dramatiques. Cette disparition fut cruellement ressentie et je perdis le
contrôle de moi-même, ce qui me fit également rater la 2e session du
P.C.B., que j'obtins seulement en juin 1956. La réussite à cet examen
me donna le courage de venir passer les vacances au Cameroun que je
n'avais pas revu depuis six ans. Au retour je pris mon inscription en
lère année de la Faculté de Médecine de Paris, au 45, Rue des Saint-
Pères, en face de l'école nationale des Ponts et Chaussées, dans le 6e
Arrondissement. Je devais y passer deux années infructueuses pour
être définitivement éliminé en Médecine par suite des soucis moraux
dus à des problèmes sentimentaux et affectifs. La bourse
d'enseignement supérieur obtenue après mon admission au
Baccalauréat en 1954, venait d'être supprimée, je du rejoindre la
Sorbonne Sciences pour la préparation d'une Licence d'enseignement,
en suite, une Maîtrise ès Sciences biochimie Physiologie. Je finis donc
ici avec le chapitre introductif que j'ai baptisé Itinéraire.
Nous avons sollicité tout à fait volontairement la collaboration de
notre cousin TCHAPTCHET NJINGA Jean Martin : celui-ci a joué un
rôle éminemment important et déterminant dans la décolonisation de
notre pays. Pour cette raison, il est tout à fait fondé pour rédiger la
21 préface de ce modeste ouvrage que nous léguons à la postérité et en
espérant que les jeunes générations feront mieux que nous pour le
meilleur bien de notre cher et beau pays : LE CAMEROUN.
La Postface est rédigée par mon collègue et ami le Professeur NTONE
KOUO Martin.
22 PREFACE
PLAIDOYER POUR L'HISTOIRE DU CAMEROUN
Par Jean Martin TCHAPTCHET : Ancien Président de la Section de
France de l'Union des Populations du Cameroun.
L'écriture objective de l'histoire d'un pays souffre à toute époque des
ingérences des forces politiques du moment qui s'affrontent en vue de
se saisir du pourvoir. Quand les politiciens se mêlent de cette écriture,
ils n'hésitent pas à en faire un instrument de leurs luttes visant à
satisfaire des intérêts personnels, politiques ou idéologiques
immédiats ou à court terme. Ils l'altèrent au besoin dans le but de
justifier des actions ou des positions prises dans le passé par eux-
mêmes, par les organisations auxquelles ils appartiennent ou ont
appartenu, ou pour dénigrer des adversaires et des concurrents. Quant
à l'historien, il s'efforce, en s'inspirant de sources de plus en plus
nombreuses : qu'elles soient orales ou écrites, objectives ou
subjectives, matérielles ou non, d'écrire l'histoire en reconstituant ce
qui se passa réellement dans les faits et s'emploie à identifier dans la
mesure du possible les motivations des acteurs.
L'écriture objective de l'histoire d'une nation et de son peuple est
avant tout question d'environnement politique et de courage.
L'environnement est défavorable à cette écriture quand les forces
sociales de régression et celles politiques de répression Peinportent
sur les forces de démocratie, de justice et de progrès. Il est favorable
au terme de luttes victorieuses ouvertes et déclarées ou d'une
résistance sourde et déterminée contre les violeurs des libertés
déinocratiques et des droits économiques des citoyennes et des
citoyens. Dans un cas comme dans l'autre, il est besoin de courage, de
beaucoup de courage pour accepter les sacrifices de la lutte, pour
sauvegarder l'ardeur de l'idéal jusqu'à la victoire et au delà, et pour
23 résister aux valeurs corruptrices de l'accumulation personnelle, par
des moyens illicites, de biens matériels.
L'écriture objective de l'histoire des pays africains a longtemps
souffert des méfaits de l'obscurantisme colonial ; des égoïsmes
idéologiques et des philosophies politiques erronées des temps de la
Guerre froide ; de l'étouffement des libertés démocratiques par les
gouvernements autocratiques issus des partis uniques de l'Afrique
post-indépendance ; du débordement des ambitions honnêtes ou
malhonnêtes longtemps étouffées des politiciens depuis le déferlement
des aspirations démocratiques des peuples au cours de la période post-
Guerre Froide actuelle.
Nous voulons féliciter ceux de nos compatriotes qui, ici au Cameroun
ou à l'étranger, ont initié la réflexion, la recherche, le dialogue et
l'écriture sur cette histoire que les historiographes des vingt-deux
premières années de la première République Camerounaise, non
seulement s'étaient appliqués à mal écrire mais aussi s'étaient efforcés
de falsifier.
Grâce aux efforts des uns et des autres, les levées des premiers pans de
rideau sur l'histoire de notre pays, ont déjà permis de poser quelques
jalons importants dans la relation et la compréhension de notre passé
récent.
Nous pouvons désormais, sans crainte d'être arrêtés ou emprisonnés,
écrire, à l'intention des jeunes camerounaises et jeunes camerounais
l'histoire véritable des luttes héroïques menées par leurs parents, leurs
grands-parents et leurs arrière-grands-parents contre le colonialisme et
leur permettre ainsi de plonger les racines de leur vie et de leurs luttes
présentes dans un passé douloureux, mais combien glorieux, dont ils
ont toutes les raisons d'être fiers. Nous avons tous besoin de cette
fierté pour consolider les résultats des luttes d'hier, affronter et
résoudre avec succès les crises d'aujourd'hui et chercher ou anticiper
des solutions aux problèmes de demain.
Les valeurs de nationalisme de l'histoire du Cameroun
Dans un article paru dans un quotidien camerounais, une rédactrice
EBANDA Marie lançait l'interpellation suivante : "Le Passé
24 politique : un poids gênant ?"1. Cette interrogation, écrivait-elle alors,
avait été suscitée par deux faits : l'un, le long silence observé par Mgr
Albert NDONGMO avant ses révélations sur le procès d'Ernest
OUANDIE, Président du comité Révolutionnaire de PUPC2 ; l'autre,
l'hommage rendu par Monsieur Pierre NKWENGUE au patriotisme
du professeur Bernard FONLON seulement après la mort de ce
dernier3.
Madame EBANDA posait son interrogation tout d'abord d'un point
de vue politique en patriote qu'elle est. En effet, interpellant avec
force les nationalistes camerounais qui se sont battus pour
l'indépendance et l'unification du Cameroun, elle leur demandait
pourquoi ils
"...s'acharnent à gommer cet aspect de leur vie comme s'ils en
avaient honte ...".
Et puis, elle les exhortait ainsi que tous les Camerounais à ne plus se
croire
"...obligés de cracher sur le passé nationaliste dont nous avons toutes
les raisons d'être fiers".
Madame EBANDA s'exprimait ensuite en professionnelle, c'est-à-
dire en historienne qu'elle est ou n'est peut-être pas. Elle invitait les
nationalistes camerounais qui ont combattu le colonialisme à écrire
leurs mémoires car, affirmait-elle,
"...au moment où nous nous jetons goulûment sur ce vaste champ
d'investigation qu'est notre histoire, la contribution des individus,
témoins de cette époque est un précieux apport, même si elle peut être
entachée de subjectivité".
L'interpellation en faveur de la réhabilitation des valeurs de
nationalisme de notre histoire et l'invitation à l'enrichissement des
sources de cette histoire lancées par Madame EBANDA sont
pathétiques dans la mesure où elles reflètent une prise de conscience
sur le double danger que représentent pour la nation camerounaise le
I Le Messager, numéro 102, AOUT-SEPTEMBRE 1987
2 Le Messager, numéro 94 et 95, AOUT et SEPTEMBRE 1986
3 Le Messager, numéro 96, SEPTEMBRE 1986.
25 dénigrement des nobles valeurs de nationalisme qui ont animé les
patriotes à l'époque de la lutte contre les colonialismes français et
anglais et d'autre part, les ambiguïtés, les vides et les énigmes que
comporterait notre histoire si l'on ne recueillait avant qu'il ne soit trop
tard, - et il est sans doute déjà tard -, les mémoires et les souvenirs de
ceux et celles-là mêmes qui furent les acteurs ou les témoins de tous
bords de notre lutte anticolonialiste.
L'enrichissement des sources de l'histoire coloniale de notre pays afin
d'assurer son écriture est devenu une tâche urgente, très urgente dont
l'exécution relève de la responsabilité de tous les témoins et des
acteurs de cette période d'abord ; des professionnels de l'histoire
ensuite ; du gouvernement et des autres citoyens enfin.
Madame Ebanda fait bien d'inviter les premier à apporter leur
contribution à ce mouvement de rectification. Mais en s'adressant aux
seuls anciens étudiants ou plus précisément à l'élite intellectuelle, elle
évacue ceux des témoins et des acteurs qui sont peu lettrés ou pas
lettrés du tout. Or l'histoire écrite par la seule élite, c'est l'histoire
sans le peuple, c'est-à-dire l'histoire de la minorité. Dans un
environnement culturel où l'expression orale continue d'être pour la
majorité le véhicule des connaissances, la mémoire des uns, des unes
et des autres est appelée à être exploitée comme source de l'histoire.
En tant qu'historienne, Madame Ebanda n'ignore certainement pas le
rôle principal - parce que objectif et scientifique que ses collègues et
elle-même, ainsi que les autres chercheurs et spécialistes de la chose
écrite auront à jouer dans ce processus de rectification.
Nous pensons enfin, que l'Etat devrait intervenir pour appuyer et
faciliter toutes ces activités. La définition d'une position relative aux
fondements essentiels de l'écriture de l'histoire du pays constitue le
premier pas sur le chemin de la réalisation de l'effort qui est attendu
de lui.
Il s'agit pour le gouvernement de déclarer sa disponibilité à appuyer
tous les historiens et autres chercheurs sans discriminations aucune
dans leurs efforts à contribuer à l'écriture de l'histoire de notre pays.
Parmi les attentes figurent l'ouverture au public des archives
nationales ; l'appui aux chercheurs dans leurs efforts afin d'acquérir
des bourses de recherche sur des questions pointues de notre histoire ;
l'acquisition de copies des documents d'intérêts pour notre histoire
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