L'universalité des signes graphiques

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Par la création de formes, l'humanité se dégage de l'emprise biologique, et chacune de ces images révèle une partie de l'inconscient enfin libéré. Mais, partis du naturel physiologique, les signes graphiques poursuivent ensuite leur propre trajectoire en total autonomie, ils attirent la destinée humaine dans leur aventure, jusqu'à l'écriture puis aux polices informatiques.
Publié le : dimanche 1 novembre 2015
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EAN13 : 9782336394305
Nombre de pages : 154
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de Liège, origines arts
Marcel Otte
L’universalité des signes graphiques
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07351-4 EAN : 9782343073514
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L’universalité des signes graphiques
Marcel OTTEL’universalité des signes graphiques
INTRODUCTION
Si vous vous aventurez dans la visite d’un musée quel-conque, vos pas seront entraînés selon un mouvement en spirale prémédité au fil duquel les mêmes catégories s’emboîtent selon une formule constante. Le schéma intel-lectuel y fut bâti selon la conception classique qui oppose le général au particulier. Les périodes, les régions, les tendances y aboutissent à l’artiste, à l’individu ou à une chose, irréduc-tible à toute autre, du caillou archaïque où la pensée s’exprima, à une délicieuse peinture de Vermeer, en passant par un fétiche Sepik, tous radicalement présentés et conçus dans leur seule singularité. Voilà l’entonnoir intellectuel que génère chaque musée, chaque pensée en histoire de l’art, en archéologie ou en Préhistoire. La « particularisation » prend lieu et place, sert de substitut à la signification fondamentale, pourtant constante dans toute production de signes plas-tiques. L’œuvre s’y trouve réduite à elle-même dans les limites de sa particularité, un peu comme si la seule action intentionnelle de l’artiste eut suffi à englober toute sa créa-tion potentielle. En dépit des démarches orientées vers la mise au jour de « courants », nerveux et structurels où la place de l’œuvre se trouverait éclairée (Focillon, 1943 ; Huyghe, 1995), de rares
approches, souvent marginalisées, cherchent transversale-ment à en percevoir les constantes, au fil du temps et de l’espace (A. Malraux, 1976). Beaucoup plus humblement, notre ambition consiste ici à décoder quelques formules graphiques fondamentales, autant partagées par nos peuples durant la Préhistoire que par ceux restés à l’abri des empires coloniaux. Même très superficielle, une telle approche manifeste des constantes de natures très variées mais très fermes, elle éclaire les fondements de la pen-sée humaine, partout active sous des modalités structurel-lement analogues. Aux yeux d’anthropologues (ethnologues ou préhistoriens) ces miraculeuses coïncidences plastiques révèlent des moments, des situations dont elles illustrent la cohérence. Par exemple, les masques du Néolithique introduisent le même trouble entre le rôle rituel éphémère pris par la face humaine, exactement sur le même mode e depuis le 10 millénaire au Proche-Orient jusqu’aux tribus du Nord-Ouest américain, aux danses de Nouvelle-Guinée, ou au théâtre « No » du Japon. Ces images furent à la fois forgées par les exigences du rapport entre l’humanité et l’univers, mais aussi chargées de variations propres aux sensibilités particulières où elles furent conçues, gratifiées, et donc produites. Dans ces lignes, les récurrences, dites « stylistiques » sura-bondamment commentées et comme érigées telles des barricades à notre imagination, seront tenues dans un vigi-lant respect. À l’inverse, les constantes plastiques, exprimées à travers tous les temps et sous toutes les latitudes, s’y trouve-ront favorisées car elles illustrent, selon nous, la puissante
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homogénéité de la pensée humaine, autant que ses subtiles variations. La cohérence perpétuellement observée dans ses mécanismes de formation et de validation (images, masques, schémas) n’apparaît pas en n’importe quelles circonstances : elle aussi révèle des structures constitutives de notre pensée mais cette fois dans sa dimension diachronique, étalée au fil du temps le plus lointain.
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