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La banlieue de Bordeaux

De
200 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 492
EAN13 : 9782296337602
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Michel

Bochaca

LA BANLIEUE DE BORDEAUX

Formation d'une juridiction municipale suburbaine (vers 1250-vers1550)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique

75005 Paris

- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques
Montréal (Qc) - CANADA H2Y 1Kg

Villes, histoire, culture, société
Collection dirigée par Denis fy1enjot, professeur d' histoire médiévale, et par Jean-lue Pinol, professeur d'histoire contemporaine. la compréhension du monde urbain résulte à la fois des formes spatiales et des manières de vivre la ville. l'URA CNRS 1010, Cultures, Arts et Sociétés des villes européennes associe des historiens, des historiens de l'Art et des architectes. Ellese propose de promouvoir du Moyen Âge à nos jours les recherches d'histoire urbaine européenne. Ouvrages parus:
Laurent Baridon, L'imaginaire scientifique de Viollet-le-Duc Denis Menjot, Jean-Luc Pinol (coord.), Les immigrants et la ville, intégration, discrimination (Xlf=-xxe siècles) Catherine Coquery-Vidrovitch, Odile Goerg (coord.) La ville insertion,

européenne

outre-mers: un modèle conquérant? XtJ€-xxe siècles Denis Menjot (coord.), Les villes frontière (Moyen Age-Époque moderne) Danièle Voldman, La reconstruction des villes françaises de 1940 à 1954. Histoire d'une politique Michel Bochaca, La banlieue de Bordeaux. Formation d'une juridiction municipale suburbaine (vers 1250-vers 1550) Danielle des gens Courtemanche, du roi au début Œuvrer du xve pour la postérité. Les testaments parisiens siècle

Ouvrages à paraître:
Rainer Hudemann, François Walter (coord.), Les villes et les guerres au xxe siècle Denis Menjot, Jean-Luc Pinol (coord.), Enjeux et expression de la politique municipale Jeanne Gaillard, Paris, la ville (1852-1870)

URA CNRS n° 1010 Université des Sciences Humaines de Strasbourg 32, rue de l'Ail"67000 STRASBOURG, Tél. : 03 88 22 13 01, Télécopie: 03 88 75 15 65
Photo de couverture: Buste d'homme Musée de l'Œuvre Notre-Dame/Strasbourg,
accoudé (vers 1467) Nicolas Photo: F. Zvardon. de Leyde.

Maquette/mise en page: Maxime Dondon, Yannick Cartographie: Michel Bochaca.
Conception graphique couverture: Michel Renard.

Laurent,

René Lorenceau.

@ Éditions l'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5263-9

A la mémoire du professeur Charles Higounet, qui dirigea mes premières recherches et suggéra le thème de cette étude.

AVANT-PROPOS

Le présent ouvrage reprend pour l'essentiel une thèse d'université
réalisée sous la direction du professeur Jean-Bernard Marquette et soutenue à Bordeaux en 1991. A quelques retouches près concernant le texte, inhérentes à une relecture cinq ans après, le plan général et l'organisation interne des quatre parties sont demeurés en l'état. Lors de la soutenance, les membres du jury avaient suggéré l'ajout d'un développement traitant des hommes et des paysages de la banlieue à la fin de la période étudiée. La discussion qui s'en était suivie m'avait amené à défendre l'idée que la banlieue devait être regardée comme un simple cadre juridique, plaqué sur des paysages agraires suburbains avec lesquels elle n'entretenait que peu de rapports directs, sans pouvoir toutefois sur le moment proposer une démonstration argumentée. Les recherches menées depuis sur le rôle des villes dans l'organisation de l'espace en Bordelais, à la fin du Moyen Âge et au début de l'époque moderne, m'ont fourni des éléments de réponse qui me manquaient alors, permettant notamment d'appréhender la banlieue au sein de l'aire d'influence économique de la ville à la fin du xve siècle. Ces données nouvelles ont été intégrées dans la conclusion, à ces fins remaniée. De même, l'introduction est présentée ici de façon abrégée. Les principaux développements consacrés à la notion de banlieue ont été exposés dans une communication à l'occasion de la tenue d'une table ronde consacrée à l'identité des banlieues1.
1. BOCHACA(Michel), « Banlieues et juridictions municipales suburbaines dans le royaume de France et sur ses marges au Moyen Age», communication à la table ronde Les identités juridiques des banlieues dans l'espace et dans le temps, C.E.S.U.R.B.Histoire (Maison des Sciencesde l'Homme d'Aquitaine), 22 mars 1996, à para1tre.

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INTRODUCTION

la notion de banlieue

Rares furent les historiens de Bordeaux qui, traitant du pouvoir communal et des attributions des magistrats municipaux, ne consacrèrent pas quelques lignes à la banlieue de cette ville. Bien que régulièrement mentionnée, celle-ci ne paraÎt pas avoir retenu leur attention outre mesure. Son existence à la fin du XIIIesiècle est toujours regardée comme allant de soi. On ne retient d'elle que la première reconnaissance officielle en 1294 et les droits théoriquement exercés par le maire et les jurats aux XIVeet xve siècles au travers des

1. confirmations successives Personne ne s'est à vrai dire interrogé sur

les origines de cette institution, les raisons et les circonstances de sa formation, son étendue géographique et la signification de ses limites ou bien encore la façon dont la municipalité en avait pris le contrôle et y exerçait dans la pratique son autorité. La banlieue de Bordeaux était donc suffisamment mal connue pour lui consacrer de nouvelles recherches et en faire l'élément central d'un sujet. Ilen va d'ailleurs de Bordeaux comme de la plupart des villes qui ont vu se développer une banlieue autour d'elles. Citée mais jamais véritablement étudiée, celle-ci fait au mieux l'objet d'une évocation
1. BARCKHAUSEN (Henri), « Essai sur l'administration municipale à Bordeaux sous l'Ancien Régime », Livre des Privilèges, Bordeaux, 1878, pp. 12-13. CAVIGNAC (Jean), Répertoire numérique de la cour des jurats de Bordeaux, Archives départementales de la Gironde, sous-série 12 B, pp. 1-6. HIGOUNET (Charles), Histoire de Bordeaux, Toulouse, 1980, pp. 116-118. JULLlAN (Camille),Histoire de Bordeaux depuis les origines jusqu'en 1895, Bordeaux, 1895, pp. 168-169. RENOUARD (Yves), Bordeaux sous les rois d'Angleterre, Bordeaux, 1965, pp. 89-91

et 201-203.

ROUXEL

(Maree!), acompétence de la cour des jurats de Bordeaux, L

Bordeaux, 1947.

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La notion de banlieue

rapide. Les banlieues n'ont en effet que très rarement été étudiées en elles-mêmes, sous forme d'une monographie ou d'une approche régionale. Encore s'agit-il souvent d'articles qui, en définitive, leur accordent des développements guère plus importants que ceux que leur consacrent les études urbaines1. Même l'ouvrage de Roland Fiétier sur la banlieue de Besançon traite davantage des paysages agraires et de l'occupation du sol des campagnes bisontines que des aspects institutionnels qui font la spécificité de ce territoire. De fait, les banlieues sont souvent confondues avec le plat pays ou la zone d'influence immédiate de la ville. Compte tenu du manque de travaux de référence, peu nombreux furent les hist-oriens qui se risquèrent à aborder le phénomène de la banlieue d'un point de vue synthétique ou sous l'angle de l'histoire comparative2. Le terme de banlieue recouvre une réalité différente selon qu'il est employé par un historien ou par un géographe. Pour ce dernier, la banlieue correspond à la zone de «suburbanisation », parfois très étendue, autour d'un centre urbain3. Elle englobe les unités administratives extérieures à la ville, avec laquelle elle constitue une agglomération urbaine. Le mot banlieue a pris un sens économique, qu'il ne possédait pas à l'origine, à partir du Xlxe siècle, lorsque le développement industriel et l'accroissement de la population ont entraÎné une urbanisation rapide des espaces péri-urbains4.Dans le même temps, il perdait l'acception juridique qui avait été la sienne au Moyen Âge et à l'époque moderne. Les banlieues disparurent en France en tant que juridictions avec la réforme administrative décrétée en 1790 par l'Assemblée Constituante. Les paroisses rurales suburbaines, promues au rang de communes, acquirent alors leur autonomie vis-à-visde la ville. En France, du Moyen Âge jusqu'à la Révolution, était appelé banlieue le territoire qui s'étendait dans un rayon d'une ou de plusieurs lieues autour d'une ville et se trouvait soumis au ban, c'est-à-dire à la juridiction et au pouvoir de commandement d'un seigneur urbain, le plus souvent une municipalité. Elle apparaÎt dans les textes latins avec des variantes orthographiques: banleuca, banleuga, banliva, mais est également désignée par 'dés'~synonymes: districtus, qui a donné dex ou
1. CHAUME(Maurice), « La banlieue de Dijon», Recherches d'histoire chrétienne et médiévale, Dijon, 1947, pp. 329-337. FltilER (Roland), Recherches sur la banlieue de Besançon au Moyen Âge, Besançon, 1973. 2. LOMBARD-JOURDAN (Anne), « Oppidum et banlieue, sur l'origine et la dimension du territoire urbain », Annales, Économies, Sociétés, Civilisations, t. XXVII, 1972, pp. 376-384. VAN WERVEKE (Hans), « La banlieue primitive des villes flamandes », Etudes dédiées à la mémoire d'Henri Pirenne, Bruxelles, 1937, pp. 389-401. 3. BASTIÉ (Jean), « Banlieue», Encyclopaedia universalis, Paris, 1968, t. Il, p. 1068. 4. CEvÈZE(Michel), « La notion de banlieue, son importance historique», Colloque des villes, Troyes, 1970, p. 157.

8

La notion de banlieue

détroit, juridictio1. Cette annexe renfermait les faubourgs attenant à la ville close, des portions de campagnes situées aux environs immédiats de celle-ci et parfois des villages. Par delà cette définition générale, la diversité paraît avoir été la règle, tant du point de vue de l'étendue des banlieues que de la nature des droits et des pouvoirs qui pesaient sur elles. Il n'en demeure pas moins que la villeet sa banlieue constituaient fondamentalement un «îlot de droit urbain au cœur de territoires soumis au droit commun »2. De ce point de vue, la banlieue doit être regardée comme une forme de domination juridique de la ville sur ses proches campagnes, procédant d'un «pouvoir réglementaire» de celle-ci et s'exerçant plus ou moins indépendamment des autres formes d'influence, notamment au plan économique. Faute d'avoir perçu les banlieues ainsi, les historiens leur ont fait d'autant moins de cas qu'elles n'ont d'ordinaire guère laissé de traces dans les sources écrites, en dehors de quelques textes juridiques.

1. DU CANGE, Glossarium mediae et infimae latinitatis, rééd., GRAZ, 1954, t. art. " bannum, pp. 558-561. 2. GILlSEN (John), « Les institutions administratives et judiciaires vues sous l'angle de l'histoire comparative », Recueils de la Société Jean Bodin, t. VI, La Ville. Institutions administratives et judiciaires, Bruxelles, 1954, p. 15.

9

PREMIÈRE

PARTIE

Bordeaux et ses campagnes au milieu du XIIIesiècle: Organisation de l'espace et des pouvoirs
..

Avant l'apparition du mot banlieue dans les sources écrites du milieu du XIIIesiècle, il ne semble pas que les Bordelais ou les administrateurs anglo-gascons aient songé à désigner les alentours de Bordeaux par un terme général. Aucun des cadres alors en place autour de la cité (prévôtés ducales, seig'neuries laïques et d'Église, circonscriptions ecclésiastiques) n'était assez vaste pour englober à lui seul la totalité des territoires qui constituèrent ensuite la banlieue. Celle-ci s'est superposée à plusieurs de ces cadres, quelques-uns continuant à subsister en son sein sous forme d'enclaves, les autres étant peu à peu vidés de leur contenu (pouvoirs de justice, droits fonciers) au profit de la commune. Cette évolution n'est en aucun cas propre à Bordeaux. John Gilisen a défini les institutions urbaines médiévales comme « des institutions « parvenues» se développant dans un milieu déjà organisé politiquement et économiquement»'. L'analyse vaut pour la banlieue, présentée par Henri Pirenne comme « un développement postérieur du territoire de la paix urbaine »2. La commune de Bordeaux ayant étendu sa juridiction sur la banlieue aux dépens du roi-duc et de divers seigneurs des environs de la ville, il convient d'aborder son étude par une présentation de l'espace urbain et suburbain ainsi que par celle des pouvoirs qui s'y exerçaient vers 1250.

1. GILlSEN (John),

{(

Les institutions administratives et judiciaires vues sous l'angle de urbaines au Moyen Âge », Revue

l'histoire comparative »..., p. 13. {( 2. PIRENNE(Henri), L'origine des constitutions historique, t. LVII,1895, p. 301.

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Bordeaux

et ses campagnes

au milieu du XIIIe siècle...

BORDEAUX VERS 1250 : LA CITÉET LES POUVOIRS

La ville close et les faubourgs Serrant de près la Garonne, dont elle épousait partiellement le tracé en forme de coude, la cité de Bordeaux se présentait au milieu du XIIIe siècle, à qui l'apercevait depuis le rebord du plateau d'Entre-deux-Mers, comme une masse dense et confuse de toits, au-dessus desquels pointaient les tours et les clochers de nombreux édifices civils et religieux. La densité des constructions et l'étendue du domaine bâti la désignaient comme une ville importante. Sans doute approchait-elle alors les 30 000 âmes 1. En détaillant attentivement le vaste trapèze de la cité, un observateur averti pouvait lire, inscrits dans la topographie et les monuments, près de dix siècles d'histoire (Fig'. 1).

Le castrum gallo-romain
Au cœur de Bordeaux, une première ligne de remparts datant du Ille siècle circonscrivait le grand rectangle de la ville gallo-romaine. Jusqu'au XIe siècle, la majeure partie de la population s'était massée sur les 32
hectares du

castrum. Il en résultait

une densité

élevée

de constructions

ainsi qu'un réseau paroissial serré. Dix des seize églises paroissiales urbaines et suburbaines y avaient été édifiées: Saint-André, NotreDame de la Place, Saint-Paul, Saint-Christoly, Notre-Dame de PuyPaulin, Saint-Projet, Saint-Maixent, Saint-Siméon, Saint-Rémi et SaintPierre. Le tracé régulier de la voirie antique, qui faisait ressembler le castrum à un grand échiquier, subsistait encore dans la moitié occidentale. A l'Est, l'ordonnancement géométrique des rues avait été modifié à la suite du comblement de l'ancien port intérieur de la Devèze et de la construction, sur son emplacement, du quartier Saint-Pierre. Les groupes sociaux et les activités économiques qui, dans les années 1250, composaient la population et animaient les diverses paroisses de la vieille ville nous sont pour ainsi dire inconnus. Les sources écrites ne permettent guère de les cerner avant le XIVe siècle. Quelques noms de rue caractéristiques paraissent toutefois indiquer que certains métiers occupaient des emplacements précis. La rue Banquerie, qui longeait le chevet de l'église Saint-Projet, était ainsi dénommée en raison des bancs que les bouchers y avaient établis. Les rues de la Grande et de la Petite Carpenteyre, proches de l'église SaintPierre, évoquaient le travail du bois. La rue de la Corderie, située à proximité des deux précédentes, tirait peut-être elle aussi son nom

1. RENOUARD

(Yves), Bordeaux sous les rois d'Angleterre,

Bordeaux 1968, p. 224.

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Bordeaux

et ses campagnes

au milieu du XIIIe siècle...

d'une activité liée à la proxi.mitédu port et aux métiers du fleuve. Mais, au total, ce sont là de bien minces renseignements (Fig. 2). Toutes les personnes et les institutions qui comptèrent à Bordeaux, à la fin de l'Antiquité et au début du Moyen Âge, s'établirent à l'abri des murs gallo-romains (Fig. 3). Abandonnant le faubourg Saint-Seurin, les archevêques de Bordeaux se transportèrent au ve siècle à l'angle Sud-Ouest du castrum'. Le groupe archiépiscopal s'y organisa autour de la cathédrale Saint-André, du cloître et du palais de l'archevêque. Une rangée de maisons, parmi lesquelles figurait le doyenné, prolongeaient ce dernier, délimitant l'extrêmité Nord de la place Saint-André, que bordaient à l'Est les églises Notre-Dame de la Place et Saint-Sauveur. Du fait de la présence de l'archevêque et de ses familiers, du doyen et des chanoines, ainsi que de divers prébendiers, cet ensemble faisait figure de quartier ecclésiastique. Jouissant du privilège de sauveté, il formait une enclave immuniste soumise à la juridiction du doyen de Saint-André et offrait un asile à toute personne qui venait y chercher refuge2. Enfin, l'archevêque de Bordeaux détenait lui aussi une juridiction liée à sa mission pastorale. Depuis les années 1240 celle-ci était assurée par un juge délégué, l'official3. Ce dernier exerçait en lieu et place de l'archevêque un droit de discipline et de contrôle sur les clercs et les biens ecclésiastiques. A l'égard des laïcs, il représentait l'autorité compétente pour toutes les questions matrimoniales, testamentaires ou de tutelle d'enfants mineurs. Sa cour se prononçait aussi à titre gracieux sur les menues affaires qui lui étaient soumises et servait de bureau d'enregistrement et d'authentification des actes par l'apposition de son sceau. En 1301, devant la fréquence des recours à la justice de l'officiai, le sénéchal de Gascogne interdit à tout laïc d'assigner un autre laïc devant cette cour, sous peine de se voir infliger une amende de 65 sous4. Il s'agissait de limiter une pratique abusive qui concurrençait les justices ducale et municipale.

A l'angle Sud-Est de la vieille ville se découpait la lourde silhouette
du palais ducal de l'Ombrière. Appuyé au mur romain, il abritait les principaux services administratifs, judiciaires et financiers du duché 1. HIGOUNET (Charles), Bordeaux pendant le haut Moyen Age, Bordeaux, 1963,
pp. 77-78. 2. Ibid., pp. 108-109. la sauveté de Saint-André fut délimitée à Ilaide de 15 bornes, le 9 septembre 1761. Elle formait alors à un enclos grossièrement rectangulaire confronté au Sud et à IIOuest par le mur romain, au Nord par la Devèze et à IIEst par la rue de la Porte Basse-actuelle rue de Cheverus (Arch. hist. de la Gironde..., 1.XXIV,n° XXXIX,pp. 141-144). Ce sont ces limites qui ont été retenues pour la
cartographier. 3. BOCHACA(Michel), « les origines de l'officiai de Bordeaux», n° 2, 1991, pp. 57-59. 4. Arch. dép. Gironde, G 624, fol. 1 VO. Mémoire de Guyenne,

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Bordeaux

et ses campagnes au milieu

du XIIIe siècle...

d'Aquitaine'. Le sénéchal de Gascogne, l'officier le plus élevé en grade du duché, représentant personnel du roi-duc, y résidait en temps normal. Il avait en charge l'administration des domaines de la couronne, l'entretien des châteaux ducaux, le maintien de l'ordre, la défense du duché et le contrôle des officiers subalternes. Il exerçait la plus haute juridiction du duché, assisté dans chacun des quatre détroits coutumiers de Bordeaux, Dax, Bazas et Saint-Sever, par une cour locale. Entouré d'assesseurs, recrutés sur place parmi les gens d'Eglise, l'aristocratie féodale et la bourgeoisie, il traitait tous les contentieux féodaux, domaniaux, civils et criminels qui lui étaient soumis. Le sénéchal connaissait d'autre part en appel des affaires jugées en première instance par les justices seigneuriales et municipales. En général, il se déchargeait de leur réexamen sur un officier qui l'accompagnait dans ses déplacements, le jugé des appeaux de Gascogne2. Pour le Bordelais, le sénéchal et le juge des appeaux de Gascogne tenaient leurs assises au château de l'Ombrière. Il existait un officier spécialement attaché au palais ducal en la personne du prévôt de Bordeaux, également appelé prévôt de l'Ombrière. Celui-ci exerçait au nom du roi-duc une juridiction de première instance et tenait sa cour sur la place située devant le château de l'Ombrière3. La fonction prévôtale avait été instituée au XIesiècle par les ducs d'Aquitaine et s'était tout d'abord transmise au sein de la famille des Bordeaux, établie sur la hauteur de Puy-Paulin. Les Plantagenêts conservèrent la charge mais en disposèrent à leur guise en y nommant pour des périodes plus ou moins longues des bourgeois aussi bien que des nobles. En période de gêne financière, la prévôté de Bordeaux fut attribuée aux créanciers de la couronne en extinction de dettes contractées par le roi-duc ou son représentant. Ainsi, incapable de rembourser à Raymond Monadey, bourgeois de Bordeaux, les 90 marcs sterlings empruntés par Simon de Montfort au temps de sa lieutenance (1248-1252), Henri IIIlui assigna la charge de prévôt et les
1. RENOUARD
(Yves), « Les institutions du duché d'Aquitaine des origines à 1453 »,
FAWTIER

LOT(Ferdinand) et

(Robert), Les institutions françaises au Moyen Age, t. I,

Les institutions seigneuriales, Paris, 1957, pp. 157-183. TRABUT-CUSSAC (Jean-Paul), L'administration anglaise en Gascogne sous Henri III et Edouard ~r de 1254 à 1307, Genève, 1972. 2. NICOLAï (Alexandre), Histoire de l'organisation judiciaire à Bordeaux et en Guyenne et du barreau de Bordeaux du XIIIeau XVIIIesiècles, Bordeaux, 1892, pp. 39-40. 3. Livre des Bouillons, Bordeaux, 1867, n° VII,p. 31, décembre 1295, «la juridiction exercée sur la place de l'Ombrière, cour du chateau de Bordeaux, par notre prévôt de l'Ombrière». CUTTINO P.), Gascon Register A, series of 1318-1319, Oxford, (G. 1975, t. I, n° 3, 11 février 1310-1311, p. 93, «la cité de Bordeaux dans laquelle le seigneur roi a son chateau et ses dépendances. De même (il possède) une certaine maison appelée l'Ombrière, près du chateau, où le prévôt de l'Ombrière dudit
seigneur roi tient sa cour».

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Bordeaux et ses campagnes

au milieu du XIIIe siècle...

revenus qui nomination leurs fonds l'institution
concurrence

en découlaient jusqu'au recouvrement de sa créance'. la à ce poste de personnes plus soucieuses de rentrer dans que de défendre les intérêts ducaux contribua à affaiblir prévôtale au moment où celle-ci commençait à subir la
de la justice municipale.

Les attributions exactes du prévôt de l'Ombrière avant le partage des compétences judiciaires avec le maire et les jurats, en juin 1314, demeurent mal connues. Il est à peu près certain que le développement économique de Bordeaux au cours des XIIeet XIIIe siècles entraîna une modification de sa fonction. Son rôle domanial était quasiment nul du fait du peu de consistance du domaine ducal à l'intérieur de la ville comme dans ses abords immédiats. Par contre, son rôle judiciaire n'avait cessé de gagner en importance avec l'intensification des échanges commerciaux. À Bordeaux, comme dans les autres communes anglo-gasconnes, le prévôt ducal détenait la justice civile et criminelle sur les étrangers2. La connaissance des litiges impliquant les marchands forains qui fréquentaient la cité, ainsi que les marins et les gabariers venus par le fleuve lui appartenait. Le maire et les jurats se trouvèrent dès lors en concurrence avec lui dès qu'un procès opposait un bourgeois, en théorie justiciable devant leur cour, et un étranger ressortant quant à lui à la justice ducale. Enfin, il nous faudra revenir sur les fonctions du prévôt de l'Ombrière lorsque nous évoquerons la Garonne et les activités qui animaient le port de Bordeaux au milieu du
XIIIe siècle.

Le bourg Saint-Eloi Le castrum représentait le centre historique de Bordeaux, siège du pouvoir ducal et archiépiscopal. Au XIIIesiècle, une partie des forces vives de la cité, tant économiques que politiques, se regroupait sur les 9 hectares du bourg Saint-Eloi, qui flanquait le castrum au Sud. Enclos par une double rangée de murs, renforcés de tours au niveau des portes, il abritait les maisons et les hôtels particuliers de quelques-unes des plus grandes familles de la bourgeoisie bordelaise. Les Colom, les Cofranan et les Toscanan étaient installés dans le quartier des Ayres, les Soler près du marché, les Calhau à proximité de la place de l'Ombrière. Les riches hostaus des bourgeois voisinaient avec ceux de la noblesse, comme par exemple rue Neuve où des représentants des Colom et des Calhau côtoyaient les seigneurs de Lalande, apparentés aux Bordeaux, une importante famille aristocratique qui résidait dans la paroisse
1. Rôles gascons..., t. I, n° 2336, p. 303. (F.), Le Livre Noir et les Etablissements de Dax. Bordeaux, 1902, pp. l.XXXIlI2. ABBADIE LXXXIV; BALASQUE (J.), Etudes historiques sur la ville de Bayonne, Bayonne. 1862, t. Il, pp. 360-361.

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Bordeaux

et ses campagnes

au milieu du XIIIe siècle...

Puy-Paulin et dans laquelle les ducs d'Aquitaine avaient initialement
recruté les prévôts de la ville 1.

Le réseau confus des rues trahissait une urbanisation spontanée, sans plan directeur, qui contrastait avec l'ordonnancement beaucoup plus régulier de la voirie antique à l'intérieur du castrum (Fig. 1). la silhouette des édifices publics pointant au-dessus des toits fournissait des points de repère à qui observait la ville de loin. La chapelle NotreDame des Ayres marquait le développement extrême du bourg en direction de l'Ouest. A l'opposé, l'hôpital et la chapelle du pont SaintJean s'élevaient à proxim.itéde la rive de la Garonne. Les deux clochers dressés en plein cœur du bourg indiquaient l'emplacement des églises Sainte-Colombe et Saint-Eloi. A partir de cette dernière, il était aisé de localiser la «maison commune de Saint-Eloi», siège du pouvoir communal (Fig. 3). L'«hostau de la villa» occupait l'espace libre entre la double rangée de murs, depuis la porte Saint-Eloi jusqu'à celle de Cayfarnan. Sa construction fut entreprise au début du XIIIesiècle, probablement en même temps que celle de la seconde enceinte2. A la différence des autres municipalités du duché d'Aquitaine, officiellement instituées par le roi-duc, on suppose que la commune de Bordeaux naquit en 1206 d'une initiative bordelaise pour coordonner les opérations de défense de la ville, alors menacée par une incursion de l'armée du roi de Castille, Alfonse V1II3. Placés devant le fait accompli, Jean sans Terre puis ses successeurs n'ont jamais sanctionné a posteriori cette création par l'octroi d'une charte communale en règle. Livrés à eux-mêmes, les Bordelais organisèrent les institutions municipales en s'inspirant librement des Établissements de Rouen, introduits en Gascogne par les Plantagenêts en 1199 à Saint-Emilion et en 1215 à Bayonne. La création de la commune de Bordeaux occasionna plusieurs modifications par rapport à l'organisation administrative et judiciaire antérieure. Un maire et douze jurats, assistés par deux conseils, les XXXet les CCC, prirent en main une partie des affaires de la cité4. Nous ignorons comment s'opéra le transfert de compétences administratives entre les officiers ducaux et les magistrats communaux. Au plan judiciaire, l'établissement de la commune entraîna l'apparition d'une nouvelle catégorie de justiciables, les bourgeois qui, sauf cas royaux, n'étaient justiciables que devant leurs pairs. En conséquence, le viguier, dont la charge avait été instituée par les ducs d'Aquitaine et qui connaissait des contestations entre les
DE LA P OUY ADE (Maurice), La maison de Bordeaux et les premiers captaux de Buch, Bordeaux, 1939. 2. RABANIS (J.), « Ancienne mairie de Bordeaux», Commission des Monuments historiques, t. IX, 1849, pp. 13-14. 3. RENOUARD (Yves), Bordeaux sous les rois d'Angleterre..., pp. 22-27. 4. Ibid., pp. 28-30.

1. MEAUDRE

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Bordeaux

et ses campagnes

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citoyens et dirigeait la police municipale, fut dépossédé de ses fonctions et disparut'. le maire et les jurats attribuèrent ses compétences à un prévôt municipal, le prévôt de la ville. Celui-ci jugeait en première instance les affaires civiles opposant des bourgeois, dans la mesure où les peines encourues n'excédaient pas 50 I. bord. d'amende. le maire et les jurats, formant la cour de Saint-Eloi, s'instituèrent juges d'appel du prévôt et se réservèrent les causes civiles entraînant une amende supérieure à 50 I. bord. ainsi que les affaires criminelles. Partagés entre quatre paroisses: Saint-Michel à l'Est, Sainte-Colombe et Saint-Eloi au Centre, Sainte-Eulalie à l'Ouest, les différents quartiers du bourg Saint-Élois'organisaient autour du marché (Fig. 2). Etabli au débouché de la porte Bégueyre, ce dernier occupait la vaste place au carrefour des rues des Épiciers, Bouqueyre, SainteColombe, Saint-Jacques et des Ayres. Des étals de bouchers, une paneterie et des bancs où l'on vendait du poisson et des produits maraîchers étaient dressés autour de la place2. les deux premières rues citées devaient leur nom à deux métiers de l'alimentation, les bouchers et les épiciers, professions qui s'y trouvaient fortement représentées et dont la présence à proximité immédiate du marché renforçait la fonction économique de celui-ci3. le marché jouait de toute évidence un rôle important dans l'approvisionnement de la population urbaine, même s'il ne nous est pas permis de connaître dans le détail tous les produits et denrées qui s'y vendaient. Diverses personnes et institutions tiraient profit de son activité en percevant des droits sur les marchandises que l'on y amenait ainsi que sur la location des bancs. Un fermier prélevait au nom du roi-duc la viguerie et la prévôté du forA. la première frappait les produits portés au marché et taxait un certain nombre d'emplacements relevant du domaine ducal. la seconde concernait les poissons apportés du pays de Buch, les lundi, mercredi,
1. HIGOUNET(Charles), Bordeaux pendant le haut Moyen Âge..., p. 59; Rabanis (J.), « Administration municipale et institutions judiciaires à Bordeaux pendant le haut Moyen Age », Revue de droit français et étranger, t. VII, 1961, p. 471. 2. Livre des Bouillons, Bordeaux, 1867, n° CXVII,p. 371, 29 octobre 1262, mention de la paneterie et d'étaux de bouchers. Arch. dép. Gironde, H 400 (12), 13 septembre 1334, acquisition par Sainte-Croix de « deux bancs poissonniers... qui sont en la maison de la boucherie, où l'on vend le hareng ». Ibid., H 400 (4), 5 avril 1347, lors de la fondation d'une chapellenie, Guillaume de Saint-Pierre unit à l'office de pitancier de Sainte-Croix « huit bans au Merquat où se vend les harens et les herbages» . 3. 0 ROUYN (Léo), Bordeaux vers 1450. Description topographique, Bordeaux, 1874, pp. 187-188 et 217-218.

4. TRABUT -CUSSAC (Jean-Paul), « Coutumes et droits de douane perçus à Bordeaux sur les vins et marchandises par l'administration anglaise (1252-1307)), Annales du Midi, t. 62, 1950, p. 148.

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vendredi, samedi et jours maigres, par toutes personnes autres que les bourgeois de Bordeaux. Au début du XIVesiècle, ces deux droits confondus rapportaient 30 I. bord. par an au trésor ducaP. L'archevêque de Bordeaux, les religieux de Sainte-Croix et, dans la seconde moitié du XIIIesiècle, les Augustins étaient eux aussi en possession d'étals qu'ils louaient à des bouchers et à des poissonniers2. Les faubourgs La croissance continue de la population au XIIIe siècle amena celle-ci à déborder une nouvelle fois des murs et à s'installer dans les faubourgs. Peu développés au Nord du castrum, en raison de la zone humide et malsaine de la Palu de Bordeaux qui serrait la ville de très près, ils se réduisaient aux trois petits quartiers de Tropeyte, Tutelle et Campaure (Fig. 1). Quasi inexistants à l'Ouest, où la cité s'ouvrait directement sur la campagne, les faubourgs ne prenaient une réelle ampleur qu'au Sud. Leséglises Sainte-Eulalie et Sainte-Croix qui, un siècle plus tôt, étaient le centre de petits habitats ruraux distincts de la ville, se trouvaient désormais annexées à l'espace urbain. Ces faubourgs méridiona,ux accueillirent les migrants venus des campagnes voisines, ainsi que de nombreuses fondations religieuses3. Les prieurés hospitaliers SaintJacques et Saint-Julien dataient du début du XIIesiècle. Les ordres nouveaux, Frères mineurs, Sœurs menues, Augustins et Carmes, s'y établirent dans la seconde moitié du XIIIe siècle4. La présence d'espaces libres permit d'implanter de vastes enclos conventuels, comprenant d'importantes dépendances et des jardins. Il en résultait un tissu urbain lâche et une densité de constructions moins élevée qu'à l'intérieur de la ville romaine et du bourg Saint-Eloi. Annexés à la ville par la construction de la troisième enceinte, entreprise au début du XIVesiècle, les faubourgs Nord et Sud comportaient en outre de vastes espaces non construits qui servirent ultérieurement de réserves foncières. L'extension des faubourgs n'entraîna pas de retouches significatives au niveau du réseau paroissial en place depuis le XIIe siècle. En raison de leur faible ampleur, les quartiers de Tropeyte, Tutelle et Campaure ne possédaient pas d'église paroissiale. La desserte religieuse de leurs habitants était assurée par les curés des églises
1. CUTTINO P.), Gascon Register A..., t. I, n° 13, p. 97. (G. 2. DROUYN(Léo), Bordeaux vers 1450..., pp. 435-436. Arch. dép. Gironde, H supplément, Augustins, liasse 18 (127). 3. HIGOUNET (Charles), Bordeaux pendant le haut Moyen Age..., pp. 263-264. BOCHACA(Michel), « Un bourgeois de Bordeaux de la seconde moitié du XIIIesiècle: Elie Carpenter le Changeur », Mémoire de Guyenne, n° I, 1991, pp. 4-7. 4. RENOUARD (Yves),Bordeaux sous le rois d'Angleterre ..., pp. 146-166.

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urbaines voisines, Saint-Rémi, Saint-Maixent et Notre-Dame de Puy-Paulin. A l'Ouest, la grande paroisse de Saint-Seurin s'avançait jusqu'aux murs de la ville. Au Sud, les paroisses Saint-Eloi et Saint-Michel, à cheval sur le bourg Saint-Eloi et les faubourgs, avaient été largement couvertes par les constructions, alors que celles de Sainte-Croix et de Sainte-Eulalie englobaient encore de vastes portions de campagnes en direction de Bègles, Gradignan et Pessac. Autant que l'on puisse en juger à partir des sources des XIVe et xve siècles, chacune de ces paroisses présentait des caractères différents selon la composition sociale de sa population et les activités économiques qui l'animaient'. Sainte-Eulalie et Saint-Michel comptaient parmi les plus peuplées de Bordeaux. Mais Saint-Michel, quartier urbain à forte coloration marchande et artisanale, abritait peu de vignerons qui, au contraire, représentaient un groupe important parmi les paroissiens résidant à Sainte-Eulalie et à Sainte-Croix, deux paroisses plus largement ouvertes sur les campagnes péri-urbaines. La Garonne et le port de Bordeaux L'évocation de Bordeaux au milieu du XIIIe siècle serait incomplète sans mentionner le rôlejoué par la Garonneet le port. Véritablepoumon de la ville, le fleuve lui apportait tout à la fois richesse et animation. Le port, quant à lui, marquait le paysage urbain et ouvrait à la cité de larges horizons géographiques et économiques. Les installations portuaires et le trafic Comme la plupart des ports européens médiévaux, celui de Bordeaux ne disposait en guise d'installations que des commodités dont la nature l'avait pourvu. De Tropeyte jusqu'à Sainte-Croix, il épousait la rive concave de la Garonne. Les bateaux de faible tonnage échouaient à marée basse à proximité de la berge, à Tropeyte, à Saint-Pierre, à l'Ombrière, à La Grave ou bien face à Sainte-Croix, chargeant et déchargeant «à la planche» (Fig. 2). Les autres mouillaient dans le chenal et effectuaient ces opérations au moyen d'allèges2. L'espace compris entre les murs ou les dernières maisons et la rive de la Garonne s'était progressivement couvert de chais et d'entrepôts. Une partie des produits arrivant à Bordeaux par le fleuve: le sel, les grains, le poisson
1. C HAUMEL (Claire), Les prébendiers
de Saint-Michel, leur temporel et leurs rapports avec la société bordelaise aux XIve et ,We siècles, mémoire de maîtrise inédit, Bordeaux, 1987, 3 volumes; ROUCHAUD (Jean), La paroisse Sainte-Eulalie dans les murs de Bordeaux au Moyen Age, mémoire de maîtrise inédit, Bordeaux, 1989, 4 volumes.
(Jacques), Navires et gens de mer à Bordeaux (vers 1400-vers 1550), Paris,

2.

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1968, t. I, p. 54.

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séché ou salé, les cuirs, les peaux, les draps, la laine, le lin, les bois, les matériaux de construction (sable, pierre, chaux, tuiles), enfin les métaux (fer, cuivre, étain) étaient entreposés dans ces chais ou stockés sur les emplacements libres alentour'. Nombre d'entre eux abritaient surtout les vins provenant des vignes du Bordelais ou descendus par le fleuve depuis le haut pays, en amont de Saint-Macaire. Ils alimentaient un important trafic, principalement à destination de l'Angleterre. La Rochelle tombée aux mains du roi de France en 1224, Bordeaux l'avait remplacée comme principal port pour le commerce du vin. Le vignoble bordelais et gascon s'était alors substitué à celui de l'Aunis et de la Saintonge dans l'approvisionnement du marché britannique2. Grâce aux livres de comptes du connétable de Bordeaux, nous connaissons les noms des 1902 navires qui appareillèrent de Bordeaux en 1306-1307, 1307-1308 et 1308-1309. Pour la seule année fiscale 1308-1309, ils étaient au nombre de 757 et enlevèrent dans leurs cales quelque 82 551 tonneaux de vin. Cela plaçait Bordeaux au premier rang des ports exportateurs du duché, loin devant les deux ports suivants, Libourne et Bayonne, qui n'assuraient respectivement que 10 et 8 oft.>u trafic vinaire total3. d Des activités portuaires soumises au contrôle de l'administration anglo-gasconne L'importance du trafic tout autant que celle des revenus qu'elle en tirait expliquent que l'administration anglo-gasconne ait exercé une étroite surveillance sur la Garonne et le port de Bordeaux. La police et la justice étaient assurées par le prévôt de l'Ombrière. Celui-ci recevait les lettres de recommandation et les laissez-passer accordés aux étrangers par l'administration anglaise. Ainsi, en 1224, Henri IIIl'informa qu'il avait autorisé Henri de Saint-Alban, citoyen de Londres, à acheter du vin pour le transporter en Angleterre, l'invitant à faciliter cette
1. Lestarifs des coutumes ou droits de douane perçus selon les cas par le roi-duc seul ou associé à d'autres personnes donnent un aperçu des produits qui parvenaient à Bordeaux, par le fleuve ou par voie de terre. Voir: CUTTINO P.), Gascon Register (G. A..., t. I, n° 13, pp. 93-98, tarifs et revenus produits par les diverses coutumes, 11 février 1310-1311. Livre des Coutumes, Bordeaux, 1890, lie appendice, n° I, pp. 597-603, tarif des prix des services et des choses; n° III,pp. 604-605, coutume de Blaye; n° VI, pp. 609-610, coutume de Royan; n° XVI,pp. 625-630, petite coutume de Bordeaux; n° XVIII, pp. 631-632, coutume de Mortagne; TRABUT.( USSAC (Jean-Paul), « Les coutumes ou droits de douane perçus à Bordeaux sur les vins et les marchandises par l'administration anglaise de 1252 à 1307 », A.nnales Midi, t. 62, 1950, pp. 135-150. du 2. RENOUARD (Yves),Bordeaux sous les rois d'Angleterre ..., pp. 58-59.
3. CASSARD (Jean-Christophe), « Vins et marchands de vins gascons au début du XIVesiècle», Annales du Midi, t. 90, 1978, pp. 121-140. Id., « Les flottes du vin de Bordeaux au début du XIVe siècle », Annales du Midi, t. 95, 1983, pp.119-133.

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