La Bataille de Dunkerque

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«Sans Dunkerque, il n’y aurait pas eu le 6 juin 1944.» Prince de Galles.
Mai 1940. Les armées alliées sont prises en étau au nord de la ligne Boulogne-Sedan et contraintes de se replier vers Dunkerque, où 400 000 hommes s’entassent dans l’espoir de s’échapper par la mer. Estimant la bataille perdue, le gouvernement britannique lance l’opération Dynamo : le rembarquement des troupes débute le 26 mai 1940, Winston Churchill est alors certain que seul un nombre réduit d’hommes sera sauvé. Pourtant, au prix de très lourdes pertes, les soldats français contiennent les Allemands dans les faubourgs de la ville et luttent pied à pied afin de couvrir les opérations de rembarquement. Au total, ce sont près de 348 000 combattants alliés qui sont évacués sous le feu incessant des bombardements ennemis. Côté anglais, c’est un incroyable succès ; côté allemand, une occasion manquée de terrasser la Grande-Bretagne dès 1940.
C’est à la résistance acharnée de l’armée française que l’on doit la réussite du rembarquement de plus de 240 000 soldats britanniques, qui permit à l’Angleterre de poursuivre la guerre contre l’Allemagne nazie. Telle est la thèse de cet ouvrage qui, à l’appui d’archives et de témoignages, balaie les clichés les plus éculés sur cette bataille et rend un hommage tardif mais mérité aux combattants français de 1940.
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EAN13 : 9791021001817
Nombre de pages : 208
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DU MÊME AUTEUR
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DOMINIQUE LORMIER
LA BATAILLE DE DUNKERQUE
26 mai-4 juin 1940
Comment l’armée française a sauvé l’Angleterre
TALLANDIER
Éditions Tallandier – 2, rue Rotrou 75006 Paris
www.tallandier.com
© Éditions Tallandier, 2013 pour la présente édition numérique
www.centrenationaldulivre.fr
Réalisation numérique :www.igs-cp.fr
EAN : 979-1-02100-181-7 epub2.ade-ibooks.fr_extract_v0.1
TABLE DES CARTES
1. L’offensive allemande du 10 mai 194022 2. Le camp retranché de Dunkerque 87 3. Les routes maritimes d’évacuation139
À la mémoire des soldats français et alliés tombés en mai-juin 1940.
« Sans Dunkerque, il n’y aurait pas eu le 6 juin 1944. » Prince Charles d’Angleterre
INTRODUCTION
Le 26 mai 1940, lorsque débute le rembarquement des troupes britanniques à Dunkerque, Winston Churchill et l’amiral Ramsay ne pensent sauver qu’un nombre très réduit de combattants. Situation dramatique lorsque l’on sait que la Grande-Bretagne a envoyé en France la quasi-totalité de son armée de terre, composée de 250 000 soldats professionnels. La capture de cette armée d’élite par les Allemands signifierait une perte irréparable pour les Anglais, pouvant amener le gouvernement à négocier une paix séparée avec Hitler. Le général Brooke, un des chefs d’état-major de l’armée britannique, replace la bataille de Dunkerque dans une vision stratégique essentielle pour la survie de la Grande-Bretagne et du monde libre : « Si le corps expéditionnaire britannique ne retournait pas en Angleterre, il serait difficile de concevoir comment l’armée reprendrait souffle. La Grande-Bretagne pourrait remplacer le matériel perdu ; nos soldats professionnels seraient par contre irremplaçables. Durant l’été 1940, la Grande-Bretagne ne possédait que les troupes entraînées qui avaient combattu en France. Plus tard, celles-ci formeraient le noyau des grandes armées alliées qui devaient reconquérir le Continent. Leurs chefs – Alexander et Montgomery, pour ne citer ces deux-là – s’étaient faits les dents à Dunkerque. » Dunkerque représente donc l’une des batailles les plus importantes de la Seconde Guerre mondiale. Elle a scellé la suite du conflit, au même titre que la bataille aérienne d’Angleterre, les batailles de Stalingrad et de Koursk sur le front soviétique, l’entrée en guerre des États-Unis, le débarquement en Normandie. Fait trop souvent oublié ou ignoré, l’éventuel succès du rembarquement britannique à Dunkerque dans le cadre de l’opération Dynamo a surtout reposé sur la capacité de résistance de l’armée française à couvrir cette opération. Depuis soixante-dix ans, on présente la bataille de Dunkerque comme la conclusion d’un immense succès de l’armée allemande. Or, comme nous allons le découvrir, le commandement allemand a surtout eu l’impression d’avoir manqué l’occasion de terrasser la Grande-Bretagne dès 1940. Les généraux allemands les plus insignes, notamment Halder et Guderian, sont suffisamment explicites à ce sujet. Du côté anglais, cette bataille est célébrée comme un succès incroyable, qui a reposé sur l’effort entrepris par la flotte et l’aviation britanniques. Les soldats français sont les grands oubliés de cette bataille… L’origine de la bataille de Dunkerque trouve sa source dans le déclenchement de l’offensive allemande du 10 mai 1940 visant à encercler l’élite de l’armée alliée, engagée en Belgique. La campagne de mai-juin 1940 est souvent décrite comme une promenade militaire pour la Wehrmacht. À en croire nombre d’« historiens », l’armée française se serait débandée dès les premiers combats, n’offrant qu’une résistance symbolique ou dérisoire. Plusieurs explications sont données de cet événement unique. Pour certains historiens, comme David Divine, Dunkerque serait une bataille opposant la Grande-Bretagne à l’Allemagne, du fait de la défaillance française. « Dunkerque : une épopée impossible qui (1) sauva l’Angleterre, puis le monde », écrit-il ainsi. Des auteurs français, victimes du « masochisme national », avancent des thèses similaires ou s’enferment dans des explications rocambolesques d’une prétendue rivalité ayant opposé Hitler à ses généraux en 1940 : le Führer aurait volontairement sabordé l’offensive contre Dunkerque pour réduire le succès de ses généraux, qui risquait de lui faire de l’ombre auprès du peuple allemand. Comme si un échec de son armée en France aurait grandi sa notoriété en Allemagne… On a prétendu que Hitler cherchait à ménager le corps expéditionnaire britannique pour
ne pas trop humilier Churchill, afin de signer avec lui un armistice. Cette hypothèse n’est que pure fantaisie. Bien au contraire, l’Angleterre aurait été en situation d’extrême faiblesse après la perte de son corps expéditionnaire et aurait été davantage disposée à traiter. Bien entendu, dans toutes ces explications, le rôle de la France est toujours méprisé ou ignoré : le sort de la guerre se jouant entre Hitler et ses généraux, voire entre Hitler et Churchill. L’armée française, pourtant forte d’une centaine de divisions en mai 1940, ne compte pas dans la balance. Il est vrai qu’elle s’est littéralement volatilisée en quelques jours… Comment expliquer alors qu’entre le 10 et le 23 mai 1940, l’armée allemande perd 50 % de ses chars (détruits ou endommagés) lors des combats contre cette armée française défaillante dans tous les domaines ? Pour quelles raisons nombre de généraux et de soldats allemands rendent-ils hommage à la résistance héroïque des troupes françaises en mai-juin 1940 ? Comment expliquer la très difficile progression des troupes allemandes devant Dunkerque – une dizaine de jours pour conquérir une dizaine de kilomètres ? Cet ouvrage répond à toutes ces questions, balayant ainsi les clichés les plus éculés sur cette bataille décisive de la Seconde Guerre mondiale. Il rend un hommage tardif mais ô combien mérité aux combattants français de 1940.
Note
(1)David Divine,Les 9 jours de Dunkerque, Calmann-Lévy, 1964.
Chapitre premier
L’ARMÉE FRANÇAISE DÉCIME LE FER DE LANCE
DE LA WEHRMACHT
La bataille de Dunkerque est la conséquence du déroulement des opérations militaires ayant conduit à l’encerclement des troupes alliées dans les Flandres à la suite de l’offensive allemande en Belgique et dans les Ardennes. Il convient donc de s’y attarder pour mieux comprendre la suite des événements. Lors de ces combats, contrairement à ce qui a été si souvent affirmé, l’armée française a opposé une résistance acharnée.
Lesplans et les forces en présence le 10 mai 1940
Le plan allemand prévoit une vaste offensive pour envahir les Pays-Bas et la Belgique, de manière à y attirer les meilleures divisions franco-britanniques. Si les Alliés tombent dans ce piège, une puissante offensive dans les Ardennes, marquée par la rupture du front français sur la Meuse, de Dinant à Sedan, doit encercler les divisions alliées engagées en Belgique. La rapide percée des Ardennes permettra ensuite de remonter vers l’embouchure de la Somme. Une fois assuré le contrôle des côtes de la Manche, et sans avoir trop mis à l’épreuve lespanzerdivisionen, la Wehrmacht pourra diriger son attaque vers le cœur de la France. Comme ce fut le cas en Pologne, les assauts allemands combinent l’utilisation massive de l’aviation et celle des chars, étroitement liés par un solide réseau de transmission. Les unités d’infanterie doivent ensuite nettoyer les poches de résistance sans que cela entrave la percée en profondeur des unités blindées. Les flancs seront défendus par une puissante artillerie, elle-même soutenue par des bombardiers d’assaut en piqué, afin de tenir à distance les éventuels contre-attaques alliées. Le plan franco-britannique prévoit d’engager en Belgique et en Hollande, sur la ligne Dyle-Breda, les divisions, au détriment du secteur peu défendu des Ardennes et de la Meuse, considéré comme infranchissable par lespanzerdivisionen. Le commandement français estime que l’épais massif forestier des Ardennes, ses vallées encaissées et la Meuse barrent la route à toute offensive mécanisée d’envergure. Pour le général Maurice Gamelin, commandant en chef des forces françaises, tout va se jouer entre Louvain et Namur, sur la ligne Dyle, dont Gembloux est l’épicentre. Pour contrer la menace allemande, le commandement franco-britannique prévoit d’engager sur le front Dyle-Breda 45 divisions : 13 divisions françaises, dont 3 divisions blindées légères, 10 britanniques, afin de soutenir 22 divisions belges. Dans ce secteur du front, la Wehrmacht met en ligne une trentaine de divisions, dont 3panzerdivisionen. L’armée hollandaise, totalement isolée au nord des Pays-Bas, se trouve réduite à 10 divisions d’infanterie pauvrement équipées qui ne participent pas à la défense du front Dyle-Breda. Sur le front des Ardennes et de la Meuse, de Dinant à Sedan, on ne compte que 16 divisions françaises d’infanterie, sous-équipées en armes antichars et en DCA, face à 45 divisions allemandes, dont 7panzerdivisionen. Le sort de la campagne de 1940 va se jouer dans cette partie du front, où la Wehrmacht dispose d’une supériorité numérique et matérielle écrasante. Le général Gamelin a bien constitué une réserve de contre-attaque, avec 3 précieuses divisions cuirassées dans la région de Reims. Pourtant, elles vont être stupidement dispersées sur un large front, dans des opérations de colmatage ou de défense des axes de pénétration, au lieu d’être massivement engagées en un lieu précis, où elles auraient pu mettre en danger la percée despanzerdivisionenla Meuse. Loin sur
e d’en rester là, le général Gamelin accumule les erreurs en sacrifiant l’excellente 7 armée (6 divisions d’élite) du général Giraud, envoyée dès le 10 mai 1940 au sud de la Hollande, dans la région de Breda, privant ainsi l’armée française d’une force de réserve de première importance. De plus, l’armée française maintient inutilement une quarantaine de divisions derrière la ligne Maginot, alors que la Wehrmacht n’en a qu’une vingtaine derrière la ligne Siegfried. e Sur le front de Sedan, la 55 division française d’infanterie, qui va subir le choc principal de l’offensive allemande sur la Meuse, ne dispose que de 12 canons antichars contre 799 re e e chars allemands, provenant des I , II et Xpanzerdivisionen. Les erreurs tactiques et stratégiques du commandement français apparaissent ainsi en pleine lumière. Le centre du front allié occidental, de Dinant à Sedan, pourtant vital pour la manœuvre prévue dans le Nord de la Belgique (Breda-Namur), se trouve en sous-effectifs face à la plus puissante concentration depanzerdivisionende toute l’histoire. Sur l’ensemble du front, l’armée française aligne 2 262 chars modernes dont seulement 853 sont équipés d’un canon efficace pour la lutte antichar, alors que 2 043 des 2 683 chars allemands en première ligne sont armés d’un canon moderne. L’armée britannique présente en France compte 600 chars, dont 250 sont équipés d’un canon antichar. L’armée belge dispose de 270 chars, dont une centaine sont armés d’un canon. La totalité de la force blindée alliée (chars français compris) représente 3 132 chars, dont seulement 1 206 sont efficaces dans la lutte antichar. La masse principale des chars français se trouve dispersée en une trentaine de bataillons et une douzaine de compagnies sur l’ensemble du front occidental. Alors que 960 des 2 262 chars français sont endivisionnés, les 2 683 chars allemands en première ligne sont tous regroupés au sein des 10panzerdivisionen. La Wehrmacht dispose également d’une réserve de 320 chars, ainsi que 36 chasseurs de chars (canons automoteurs), portant la totalité des tanks allemands à 3 039 engins. La grande faiblesse de l’armée française réside dans la déficience de sa défense antiaérienne, 3 800 canons, souvent vétustes, contre 9 300 pièces modernes du côté allemand. En mai 1940, l’ensemble des avions alliés disponibles sur le front ouest ne représente que 1 900 appareils. L’armée de l’air française aligne 1 300 avions, dont 630 chasseurs, 270 bombardiers et 400 appareils de renseignement. Sur les 1 900 appareils britanniques, 400 seulement se trouvent opérationnels en France. Les aviations belge et hollandaise totalisent 200 appareils. Dès l’offensive allemande du 10 mai 1940, 232 avions français sont détruits au sol, ainsi que la quasi-totalité des appareils belges et hollandais, ce qui va réduire davantage les forces aériennes alliées, limitées pour la suite des combats à moins de 1 500 avions, même si une partie des avions anglais, stationnés en Grande-Bretagne, vont parfois intervenir dans la bataille, notamment lors du sauvetage du corps expéditionnaire britannique (CEB) à Dunkerque. De son côté, la Luftwaffe dispose d’une incontestable supériorité numérique avec 3 900 appareils disponibles le 10 mai 1940, dont 1 500 bombardiers, 1 500 chasseurs et 900 avions de renseignement et de transport. La totalité de cette puissante flotte aérienne est équipée d’avions modernes, surclassant techniquement la plus grande partie des appareils alliés. Les groupes français de chasse sont inutilement dispersés sur l’ensemble des frontières, alors que la Luftwaffe a concentré la quasi-totalité de ses forces face à la Hollande, la Belgique et la France. La coopération entre la chasse française et l’armée de terre est quasiment inexistante, tandis que les divisions allemandes peuvent compter à tout moment sur le soutien de la Luftwaffe. De nombreuses contre-attaques de chars français vont être stoppées ou entravées par l’action rapide et efficace des bombardiers allemands. Le système de liaison radio terre et air va jouer un rôle déterminant lors des combats.
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