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La Bretagne romaine

De
309 pages
La naissance des villes, les grandes ville rurales, les voies romaines et leurs bornes militaires, les fortifications, les statues de divinités, les mosaïques, les monnaies isolées ou en "trésor", les superbes inscriptions visibles dans les musées, les légendes véhiculées par la tradition orale puis les vies de saints... tels sont les grands domaines qui viennent à l'esprit lorsqu'on évoque la période romaine en Bretagne armorique. C'est aussi l'installation des premiers contingents de Bretons chargés par les empereurs de revivifier une région atteinte par les crises du IIIe siècle.
L'archéologie fait progresser chaque jour nos connaissances et il reste encore beaucoup de découvertes et de surprises à enregistrer.
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Louis Pape
La Bretagne

romaIne
ÉDITIONS OUEST-FRCE
13 rue du Breil, Rennes
Extrait de la publicationExtrait de la publicationExtrait de la publicationExtrait de la publicationISBN : 978-2-73-735175-4
© 1995, Edilarge S.A., Éditions Ouest-France, Rennes
Extrait de la publicationExtrait de la publicationExtrait de la publicationExtrait de la publicationINTRODUCTION
Dans le tome précédent de cette collection, consacré à la Proto­
histoir e de la Breta gne, j'ai eu l'occasion de décrir e la fin de l'indé­
pendance des Cités gauloises qui occupaient le ter ritoir e de la futur e
Bretagne conti nent ale ; ces Cit és faisaient partie des peuples armo ri­
cains mais ne constit uaient qu'une portion de l'Armorique si l'o n suit
bien César...
« On demande [ ... ] vingt mille hommes à l'ensemble des peuples
qui bordent l'Océan et qui se donnent le nom d'Armoricains :
Coriosolites, Redones, Ambiba rii, Calet es, Osismi, Lem ouices,
Vnelli »
(De Bello Gallico, VII, 75)
et son conti nuateur Hirtius :
«Les autres cités, sit uées aux confins de la Gaule, tou chant à
l'Océan, et qu'on appelle Armori caines»
(B.G., VIII, 31).
Soumises par les légions romaines après les dernières révoltes de
52-51 av. J.-c., les Cités gauloises ne sont plus qu'un fragment de
l'immense ter ritoir e soumis à la puissance romai ne. J'a i montré
qu'ent re 50 et 25 av. J.-c. envir on, nos régions continu ent à vivre de
façon autonome sous un régime proche du protector at, avant d'êtr e
intégr ées dans le système provincial mis au point par Augu ste: la
plus grande partie du terri toir e de la Breta gne, tout ce qui est au nord
de la Loire, fut int égré à la Lugdunaise ou Lyonnaise; la frange méri ­
dionale au sud de la Loire dépendait de l'Aquitaine.
Donc, à partir d'Auguste, la futur e Bretagne va suivre le cours de
l'h istoir e de Rome avec ses périodes fastes et ses crises. Bien
enten du, les diverses Cit és conservent une assez large aut onomie,
comm e nous le verrons, mais les grandes décisions sont prises à
9 Rome ou à Lyon, la politique extér ieure est celle de l'Empire, l'unit é
monétaire et douanière existe sans parti cularisme notab le car les
fières cit és arm oricaines ne sont plus des états souverains.
Dans ces conditions il convient d'évoquer les grandes orienta tions
de Rome en politique ext érieure pour mieux sit uer la place de l'Ouest
armoricain. Il est possible de délimit er plusieurs phases :
1. De 50 av. J.-c. à 43 ap. J.-c., la Manche sert de fronti ère puis­
que César a évacué les quelques régions insula ires de (Grande-)
Bretagne occupées à la suit e de deux débarquem ents . Il y a des possi­
bilit és de relations entre les populations riveraines de la Manche, ce
qui peut inquiéter Rome, à propos de la lutte cont re les Druides par
exemp le.
2. De 43 à 85, la (Grande-)Bretagne est conquis e progressivem ent
Énon sans mal , à l'exception du nord de l' cosse. L'Irlande reste indé­
pendante mais ne paraît pas avoir de relations notables avec l' Armo­
rique. La fronti ère s'écarte vers le nord et le nord-ouest, des légions
romai nes stati onnent outr e-Manche ; les Cités armoricaines sont plus
que jamais int égrées au monde romain, elles n'ont plus d'intér êt stra­
té gique.
3. De 85 à 250 environ. C'est une période en général calme, la
force de Rome est reconnue, mais l'Em pire vit sur la défensive si l'o n
excepte les campa gnes de Traj an ; les dynasties des Anton ins et des
Sévères sont tra ditionne llement consid érées comme celles de l'a po­
gée de Rome, terme am bigu car cet te noti on tra duit un arrêt de la
croissance, une tendance au refu x qui se man ifest e sous les règnes de
Marc Aurèle et de Commode (16 1- 180 et 180- 192) . Pour la premi ère
fois depuis longtemps, la suprématie maritime de Rome sur la
Manche et l'Océan est légèrement rem ise en question : les germes
d'insécurit é se développent. Mais il ne faut pas exagérer la vision
pessimiste, dans l'ensemble le calm e est de règle, villes et campagnes
peuvent s'épanouir loin des soucis militair es.
4. De 250 à 296 . La crise qui couvait éc late, secouant en profon­
deur tout l'édifice im périal. Par mer et par ter re, des peuples barbares
franchissent les frontièr es, saccagent et pillent ; la prot ection du
réseau frontal ier de défense, le limes, se révèle illusoire. L'Armori que
est frappée à plusieurs reprises, elle redevient pendant plusieurs
années une zone de comba ts, une zone insta ble, une zone fronti ère
peu ou pas défendue car elle est alors victim e de sa sit uation pré­
cédente: située trop loin du limes, elle n'avait aucun système de
défense, aucune garis on.
Cette terri ble crise oblige les Cit és armoricaines à choisir leur
camp lorsque les populati ons du nord de la Gaule décident de suivre
les emp ereurs « romains » de l'Empir e gaulois de 260 à 274 . Y a-t -il
Extrait de la publication10 eu alors une volont é de sécession vls-a-vis de l'Empire ou au
cont raire un renforcement du patrioti sme gallo-romain face aux
adversaires comm uns, les barbares ? 296 marque la fin de la séces­
sion - de fait - de la (Grande-)Breta gne et la reconstitution des
lignes défensives antér ieures qui tcartaient le danger barbare pour un
temps.
5. De 296 aux environs de 360-370 , l'Empir e retr ouve en parie
son équilibre mai s, mal gré une certaine renaissance constanti nienne,
la situation ant érieure n'est jamais rétablie. Un tr ait est tir é sur la
civili sation du Haut-Empir e ; la crainte de nouvelles atta ques est
générale, et l'Armorique va être dotée de tout un réseau défensif avec
forts, vill es fortif iées, voies milit aires ... et garnisons.
6. De 370 au ve siècle. C'est la période la plus difficile à étudier
faute de témoignages histor iques et archéologiques précis. Les diffi­
cult és renaissent, toute la façade occidentale des îles Brita nniques est
secouée par des crises qui ont leurs conséquences en Armori que avec
la pirateri e, l'i nstal lation - déjà amorcée dans les décennies pré­
cédentes - de populations breto nnes fuyant les « Saxons» et Irlan­
dais. Certes, pendant un certain temps, nos régions continuent à vivre
dans la mouvance de Rome mais les liens s'amenuisent, les popula­
tions tentent de survivre au milieu des révoltes et des invasions; les
croyances évoluent avec l'implantation du christ ianisme.
Il est nécessaire de ne pas perdre de vue ce schéma lorsqu'on étu­
die l'histoir e de la future Bretagne armor icaine. Tou s ces événements
ont une origine ext erne à la région qui doit subir, ou tir er profit, des
circonstan ces, s'adapt er, mo difier ses habitudes, ses str uctur es, ses
mentalit és pour se mettre au diapason des mutati ons de Rome .
L'évolution des anciennes Cités gauloises indépendantes se fit pen­
dant la plus grande parti e des périodes considérées sans inter vention
directe des Romains ; je m' explique : contrairement à d'autr es
régions comme la Narbonnaise, Lyon, Autun, les vill es du Rhin ... il
n'y a aucune preuve d'inst allation de populations ital iennes, civiles
ou milit aires, pendant des siècles ; les monuments ne sont pas des
œuvres im périales, certes on peut im aginer une volonté de création
pour les principales vill es, les grands axes routiers, mais il n'y a rien
de comp arable avec d'autr es régions. Ces évidences expliquent pour­
quoi les cit és armoricaines font pâle fg ure dans les ouvrages hist o­
riques sur la Gaule romaine ; à lir e certai ns auteurs et à regarder cer­
taines cartes le lect eur pourrait croire à l'absence de villes, de
monum ents, d'ins criptions dans les cinq départe ments de la Bretagne
historique. C'est avec une certai ne condescendance que l'o n évoque
ces lointa ins terri toir es, franges de la romanité, restés sauvages et
réfractair es à la Civilis ation comme si le modèle méditerranéen était
11 Extrait de la publicationl'unique critère! Il me semb le que beaucoup d'erreurs d'appréciation
dérivent de cet te volonté de n'accepter qu'une seule norme pour juger
et étudier le monde romain. Bénéficiant pour une fois de leur éloigne­
ment les Armor icains ont pu choisir dans l'ext raordinaire apport de
Rome ce qui convenait à leurs tra dition s, à leurs mentalités, à leurs
besoins sans pour autant se doter de la panoplie st éréotypée de la
roman it é tri omp hante.
Cette int égration dans la vie de l'Empire explique la carence de
nos sources littéraires et hist oriques. L'Armorique est trop loin de
Rome et des milieux dirigeants pour intér esser les écrivains d'autant
plus qu'il ne s'y passe rien de nota ble ; ni Augus te, ni Drusus, ni Ger­
ma nicus n'ont besoin de s'y rendre, les Germains sont trè s éloignés,
aucune bat aille terres tre ou maritime ne s'y déroule. Et même à part ir
de Claude et de la conquête de la Bretagne insula ire l'att ention se
focalise sur les exploits des lieut enants im périaux dans le pays de
ÉGalles, la chaîne Pennine ou les lointa ines ter res d' cosse. La lect ure
des œuvres de Tac ite est une admirable illustra tion de cette
dém arche ; on y voit le brilla nt général Sueton ius Paulinus soum ettr e
les Silures et conquérir l'île de Mona (Anglesey) sanctu aire des
Druides et « repaire des tran sfuges » (Ta cit e, Annales, XIV, 29-30) ;
de tel les descriptions ma nquent cruellement pour l'Armori que. Il n'y
a aucun renseignement précis sur l'h istoir e de l'Ouest armoricain
dans la lit tér at ure romaine du moins dans les textes parvenus à notre
connaissance à travers les siècles ; les rares indica tions du Bas­
Empir e sont très vagues et il faut beaucoup de témérité pour les utili­
ser avec sérénit é, ainsi le fameux texte de Zosime (VI, 5, 10), ce
chroniqueur byzantin qui narre les événements du début du ye siècle
et écrit :
«De même toute l'Armorique et d'autres provinces gauloises,
ayant im ité les Breton s, se mirent en liberté, chassant les magi st rats
romai ns et éta blissant un gouvernement à leur guise. »
L'Armor ique de Zosime recouvre tout e la partie ma ritime de la
Gaule ent re Seine et Loire sinon Garonne, c'est toute la Gaule de
l'Ouest.
Devant les silences des textes lit tér aires et histor iques, il faut cher­
cher d'autres moyens et c'est le résultat de plus d'un siècle de
recherches archéologiques qui seul peut nous perme ttre de remonter
part iellement dans ce passé loint ain. Les apports des inscriptions
lati nes, des monnaies, des découvertes de villes, d'habitats ruraux, de
routes, d'aqueducs, de ports, de fortif icati ons ... voilà la source princi­
pale de notre connai ssance, totalement renouvelée depuis tr ent e ans
car les grands trav aux urbains et ruraux d'une part et les énor mes pro­
grès de l'archéologie scientif ique d'autr e part fournissent une ma sse
12 de données nouvelles exploitées par une pléiade d'archéologues pas­
sionnés. Une synthèse provisoire est donc possible actuellement, mais
je ne dois pas cacher la précarité de trop nombreuses interpréta tions,
faute de témoignages directs des habitants : aucun Coriosolite n'a
laissé de Mémoires, les mentalités nous échappent ; il est irritant de
ne pas répondre à des questions fondamentales te lles que: quelle était
la population, sa densit é, sa répartiti on ? Quelle langue ut ilisait-on?
y avait-il des nuances régionales entre telle ou te lle zone, ent re les
futurs pays gallo et bret onnant? Le druidisme a-t -il survécu long­
temps ? À quel mome nt et dans quelles conditions les premièr es com­
munautés chrétiennes se sont implantées? Comment réagirent les
habit ants et les autor ités locales aux invasions des Ille et IVe siècles? Il
serait loisible de multiplier les questions ; ces quest ions, mes étu­
diant s, les chercheurs et les érudits me les posent régulièrement et je
dois souvent leur avouer mon ignorance, faute de documents irréfu­
ta bles. La ma rge d'incertitude reste grande mais elle recule sans cesse
devant les nouvelles découvertes et les méthodes d'investiga tion . Il
convient cependant de rester prudent devant certai nes int erprét atio ns
hâti ves, de se méf ier des extra polati ons, de ne pas se fier à un objet
isolé pour reconstituer des pans entiers de l'histoir e qui se dérobent à
notre volont é de tout savoir.
Extrait de la publicationExtrait de la publicationCHAPITRE PREMIER
L'INTÉGRATION AU MONDE ROMAIN
SOUS LE HAUT-EMPIRE
STATUT GÉNÉRAL VIS-À-VIS DE ROME
Héritier de Jules César en 44 av. J.-c., victor ieux d'Ant oine en
31 av. J.-C., le jeune Octave tri omphe à Rome en 29 av. J.-c., mani­
festant ainsi sa réussite militair e et sa puissance. Pour assurer la
pérennit é de son œuvre, il fallait éta blir des bases politiques nou­
velles sans tout briser de l'ordre éta bli. C'est pourquoi, le 13 janvier
27 av. J.-c., se déroula le célèbre partage des Provinces de Rome
entre Octave et le Sénat ; toute les provinces fronti ères revienn ent
officiellement au jeune maître de Rome qui en administrai t déjà une
bonne partie à la suite des nombreux partag es entre les tr iumvirs.
Pour bien montrer qu'une ère nouvelle débutait Octave recevait le
16 janvier 27 av. J.-c. le ti tre d'Au gu tu s qui lui est resté. Parm i les
régions soumises à l'autorité d'Augus te figure la Gaule, cet im mense
terri toire, limi te nord-occidentale de l'Emp ire, peuplé et riche, sus­
ce tible de cont rebalancer le poids des provinces orientales et de p
l'Egypte . Il est évident que l'organisation rati onnelle de la Gaule
devint l'u n des grands desseins du règne ; Augu ste surveilla direct e­
ment l'administra tion du pays, chargeant son gendre Agrippa puis
d'autres membr es de la famille im périale de la réalisation de ses pro­
jets. Il fallut plusieurs années de tât onnements pour arriver à une
solution durable : d'abord considérée comme une ent it é la Gaule fut
divisée en provinces, la Narbonnaise revenant au Sénat, tand is que la
Galli a Comata reprenait, en apparence, ses tra ditionnelles grandes
régions, Aqu itai ne, Celtique, Belgique ; en fait les nouvelles pro­
vinces différaient de la situation précésarienne, la nouvelle Aqui­
tai ne n'étai t plus limitée par la Garonne mais par les régions de la
Loire ! La Celtique, très diminuée, s'étirait de Lyon au Finist ère entre
Loire et Seine, avant de prendre le nom de Lugdunaise ou Lyonnaise.
15 Ces modifications permett aient de ne pas faire cohabiter dans une
Émême province les Arveres et les duens dont la rivalit é avait favo­
risé, sinon causé, l'i nter vention de Rome, et aussi de mieux équilibrer
les forces et les richesses provinciales. Ces parta ges furent mis au
point à une date mal précisée, antérie ure à 13 av. J.-c. (la fourchet te
16- 13 av. J.-c. est la plus probable).
Voilà dans quelles conditions les régions armor icaines situées au
nord de la Loire furent intégr ées dans la province im périale de Lyon­
naise dont elles formaient la zone la plus éloignée en bordure de
l'Océan et de la Manche, alors frontiè re de l'Empire. La colonie
romaine, fondée en 43 av. J.-c., de Lyon fut le chef-lieu de cette pro­
vince pendant tout le Haut-Empire ; la situa tion géographique totale­
ment excent rée de la ville ne lui permettait pas un rayonnement direct
sur tout le territoir e provincial, ce qui a dû limiter l'i m pact de la
romanisati on.
La zone sit uée au sud de la Loire eut un sort dif férent; elle devait
constit uer l'habi tat d'un peuple gaulois, les Ambiliati cit és par César
(B.G. III, 9) à la suit e des Nam nètes, peuple dénommé Ambilatri par
Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle (IV. 108- 109). Selon les
conclusions de J. Hiera rd ce peuple aurait été rattac hé dès César à
celui des Pictons pour récompen ser ces derniers de leur at titude favo­
rable lors des soulèvements armor icains de 56. Les Ambiliati gar­
daient la rive gauche de la Loire et en parti culier de l'estuaire, zone
très im portante st ratég iquement et commer cialement. Ceci explique­
rait la présence de deux aggloméra tions jumel les et certainement
rivales de part et d'autre de la Loire à l'époque gallo-romaine :
Nantes au nord en Lyonnai se, Rezé au sud en Aquita ine. La Loire
n'appartenait à personne, c'était un bien commun.
Il semble que les Cit és armoricaines aient « bénéficié » du plus
mauva is sta tut, celui des Cités sti pendia ires par opposition aux Cit és
libres ou fédérées. Mais on pense en général que ces différences de
trai tement disparurent vite, dès le règne de Ti bère, il n'y aurait eu
ensuit e qu'un st atut honorif ique inf érieur. Il est probable que la
révolt e des Vénètes, sout enus par leurs voisins, en 56 av. J.-c., et les
deri ères luttes des années 52 -5 1 av. J.-c., n'i ncit aient guère les
Romains à honorer ces peuples rebelles et éloignés, à l'inve rse des
ÉSant ons, des duens, des Arvernes ou des Rèmes .
Il apparaît donc que l'int égration au monde romain s'est fait e dans
des conditions peu favorables à une promotion rapide et profonde au
sein de la rom anit é.
16 LE STATUT JURIDIQUE DES PERSONNES
Suivant une pratique rom aine déjà ancienne, continu ée par César et
Augu ste la conquête d'une région et son int égration au monde romain
n'occasionnaient pas un total bouleversement du statut juridique des
personnes. J'a i déjà indiqué comm ent César avait éta bli un protecto­
rat sur les Cités gauloises en laissant en place ]' aristoc rat ie locale;
Rome ne tenait pas à com pliquer sa tâche en provoquant une révolu­
tion sociale, ce qui implique un conservati sme efficace. Certe s, les
lect eurs att entif s de César ne manqu eront pas de m' objecter le
fameux passage du B. G. III , 16 où le proconsul romain relate la fin du
soulèvement des Vénètes en 56 av. J.-c. : «Aussi se rendir ent -ils à
César corps et biens. Celui-ci résolut de les châtier sévèrement pour
qu'à l'avenir les barbares fussent plus att entif s à respecter le droit des
ambassa deurs. En conséquence il fit mettre à mor t tous les sénateurs
et vendit le reste à l'encan. »
Ces sénateurs formaient la caste dirig eante vénète, constituant une
thalas socratie doublée d'une grande richesse foncière sans nul doute.
César aurait donc dans le cas présent mis à mor t l'arist ocrat ie vénète.
Dion Cassius (Histoire romaine, XXXIX, 43) est moins net: « Les
Vénètes [ .. . ] périrent pour la plupart: le reste fut pris. César fit me ttre
à mor t ceux qui occupaient le premier rang et vendit les autr es. »
Les mesures de César ne visaient que les combattants faits prison­
niers les armes à la main et non pas l'ensemble des sénateurs et du
peuple vénète. Toute l'aristocra tie ne périt pas, les propriétair es ter­
riens prirent la premi ère place au détriment des armateurs vaincus, ce
qui pourrait expliq uer le tran sfert de la capitale du sit e du Loc­
ma riaquer à celui de Vannes dans les décennies suivant es.
Étant donné les conditions de l'i nt égration, Rome ne va pas accor­
der aux Armori cains un statut juridique privilégié ; pas question
d'octroi global du droit romain, ni du droit lati n aux hommes libres.
Les populations libres sont de droit pérégrin ; chaque individu est
cit oyen de sa Cit é comme du temps de l'i ndépendance. Aj outons à
cette évidence qu'il n'y a aucune Colonie, ni romaine ni lati ne dans la
région, ce qui simplife les choses en opposant l'Armorique à la Nar­
bonnaise par exemple. Seuls des indivi dus reçurent le droit de Cit é
romain ou le droit latin avec les avanta ges inhérents, mai s nous
sommes incapables, faute de documents, d'avoir une idée approxima­
tive du nombre des bénéficiair es. Pour y accéder il fallait avoir rendu
de grands services à l'Empire soit dans l'administration locale et pro­
vinciale, soit dans l'armée, ce qui ne pouvait toucher qu' une minorité
d'in dividus.
17 Extrait de la publicatione Il faut attendre le début du Ill siècle pour voir le droit de Cit é
romai n concerer tous les hommes libres, c'est- à-dire tous les péré­
grins qui vivaient dans les limites de l'Empire à l'exception de caté­
gories mal définies, les deditices, sans doute non intégr ées dans le
système municipal ; cet te évolution fondament ale dans l'histoir e juri­
dique de toute l'Antiquit é découle du fam eux édit de Caracalla (2 12
ou 213 ) ; il ne devait pas y avoir de deditices en Armori que à cet te
époque.
Il faut avouer notre ignorance sur le statut réel des populations
armoricaines : jusqu'en 212 quelques cit oyens roma ins, les uns origi­
naires d'autre s régions, les autre s bénéficiaires du droit le plus favo­
rable, puis des pérégrins hommes libres, sans doute des étrangers
eux-mêmes pérégrins insta llés dans telle ou telle Cité, enfn quelques
esclaves ; mai s il est absolument im possible de donner un ordre de
grandeur relati ve pour chacune de ces cat égories. Seules deux catégo­
ries pouvaient particip er à la vie polit ique et administra tive de chaque
Cité, les citoyens roma ins et les pérégrins déte nteurs du droit local,
de la cit oyen neté à l'i ntér ieur de leur Cit é. Bien ent endu à l'i ntérieur
de chaque groupe juridique des dif férences sociales trè s grandes
devaient exist er, les pérégrins ne sont pas égaux, les uns, riches, aspi­
raient aux honneurs, d'autre s, pauvres, mai s libres, parti cipaient à la
« clientèle » des premiers si l'o n croit le ta bleau laissé par César de la
société gauloise :
«Parto ut en Gaule il y a deux classes d'hommes qui comptent et
sont considér és. Quant aux gens du peuple, ils ne sont guère traités
autre ment que des esclaves, ne pouvant se permett re aucune initia­
tive, n'étant consult és en rien. La plupa. se donnent à des nobles;
ceux-ci ont sur eux tous les droits qu'ont les maîtres sur leurs
esclaves » (César, B.G., VI, 13).
Certe s il y a peut-êt re exagération du vainqueur des Gaules, et la
situa tion de crise sociale et politique qui caractéri se les années 60-50
av. J.-c. a pu se modifier sous la Pax Romana mais il faut ret enir ces
indications : le st atut juridique n'est pas l'élément déterminant; la
place réelle dans la société dépend d'autre s critères fondés sur la for­
tune, la propriété, les réseaux de client èle.
Malgré ces restri ctions et ces nuances il faut ret enir un élément
essentiel : chaque homme libre se sentai t citoyen d'une Civitas, il
était Coriosolite, Osi sme, Riedon, Namnète, Picton ou Vénète avant
tout et en tirait une ferté légitim e ; jusqu'en 212 seule une infm e
mi norité bénéficiait en outre du droit romain et de ses avantages.
L'épigraphie, terri blement lacunair e pourtant, confirme cette
approche ; ainsi à Bordeaux un cert ain Reginia nus se proclame Civis
Coriosolis: cit oyen coriosolite sur une st èle funérair e élevée en
18 mémoir e de son épouse Donata morte à l'âge de 51 ans. Voici la res­
titution de ce texte tra duit en français :
« Aux Dieux Mânes et à la mémoir e de Donata décédée à l'â ge de
51 ans, son ma ri, Reginianus, cit oyen coriosolite, a pris soin d'élever
(ce monu ment)> (C.I.L. XIII , 616).
À Lyon, provenant probablement de l'Autel du Confluent, l'ins­
cription C.I.L. XIII , 1709 nous apprend que L. Taur icius Florens, fils
de Taur icius Taur icianus, Vénète, était chargé de foncti ons très éle­
vées : allectus arkae Gall iarum, c'est-à-dir e tr ésorier du Conseil des
Gaules, patron de diverses corporations dont celle, très illust re, des
Nautes de la Saône et de la Loire.
À Lyon encore, un fragment d'inscription mutilée semble désigner
«un personna ge originaire du peuple des Namnètes (L'Année ép i­
graphique , 1976, n° 436).
Enfin, il est probable que le notab le de Corseul, président du
Conseil des Gaules à l'Autel du Confluent près de Lyon, devait lui
aussi indiq uer son apparte nance à la Cit é des Coriosolites lorsqu'il
quittait sa petit e patri e pour se rendre dans la métropole des Gaules
(c f C.I.L. XIII 3144 et J. Bousquet, 1972).
Ces indi cations sont peu nombreu ses mai s à mon sens suffisantes:
lorsqu'un citoyen d'une Cité gauloise se tr ouve hors de son ter ritoir e
il men tionne dans les actes officiels son origine et hnique, sa cit oyen­
neté: il est Coriosolite, Vénète ... vis-à-vis des autre s Gaulois. Cet te
constata tion est de premi ère im portan ce pour comprendre toute
l'organisation politique de nos régions.
Pour êtr e complet sur ce délicat problème du statut des personnes il
faut envisager le cas des cit oyens romains instal lés dans l'Ouest.
Nous savons par l'i nscription de Douarnenez, étud iée par de nom­
breux spécialistes (cf P. Merlat, P. Wuilleumier, R. Sanquer,
L. Pape ... ), qu'un cert ain Caius Varenius Varus, membr e de la tribu
Volt inia était Curator civium romanorum pour la quatri ème fois ; il
était donc le président d'une association de cit oyens romai ns soit au
ti tre de toute la Cit é des Osi smes, soit au ti tre des seuls citoyens
romai ns instal lés à Douarnenez et dans la région. Ces personnes
tir aient une grande fierté de leur dignité et tenaient à se rencontrer
dans une sorte de « club » qui était organisé au niveau des provinces
gauloises. Malheureusement pour nous l'inscription ne peret pas de
deviner l'origine exact e de not re curat eur, est -il Osisme, bénéf ciair e
du droit de Cit é romai n ? Est-il Gaulois de Narbonnaise ou d'Aqui­
taine installé à Douarnenez ? Est-il it alien ou d'autre région? Rien ne
permet d'en décider, les argum ents sont nombreux dans chaque sens.
J'e n reti ens malgré tout cette existence d'un conventus, ou associa­
tion, de cit oyens romai ns qui entendai ent se démar quer des autres
19 Extrait de la publicationOsismes pérégrins. J. Bousquet a émis l'hypot hèse que le notab le de
l'i nscription précitée de Corseul avait pu être lui aussi curator civium
romanorum, mai s le text e est trop lacunair e pour l'af irmer.
LES CIRCONSCRIPTIONS TERRITORIALES
FONDAMENTALES: LES CITÉS
L'étude du statut juridique des personnes conduit à l'organisat ion
essent ielle de l'époque gallo-romaine : les Civitates elles-m êmes
héritièr es des peuples gaulois indépendants. César n'avait pas vo ulu
supprimer ces entit és, au cont raire, car en éta blissant son protectorat
et en choyant les notables il ne pouvait que mai ntenir voire renforcer
l'autonomie des divers peuples en supprimant les ligues et autres
hégémonies du monde celtique. Dans ses Commentaires César men­
tionne les peuples de l'Ouest en B.G. II, 34 :
« Eodem tempore a P. Crasso, quem cum Iegione una mi serat ad
Venetos, Vnellos, Osismos, Coriosolitas, Esuvios, Aulercos, Redones
quae sunt mar itima e civit ates Oceanum que at tingun t... » Ceci en 57
av. J.-c.
Puis en B.C. III, 7 nous retr ouvons :
« in Coriosolitas ... in Venetos. »
En B.C. III, 8 : « Veneti » qualifiés de peuple de beaucoup le plus
puissant de toute cette côte mar itime.
En B.C. III, 9 une nouvelle liste des alliés des Veneti est fourie :
« Osismos, Lexovios, Namnetes ... »
Les noms de ces divers peuples reviennent plus ou moins souvent
dans le texte de César à propos des événements de 56 av. J.-c. et en
B.G .. III, Il il apparaît que les Pictons et Sant ons devaient fournir des
navires : « navibus quas ex Pictonibus et Sant onis ». En B.C. III, 9 le
pays des Veneti est qualifié de Vénétie: « naves in Venetiam ».
En 52 av. J.-c. Vercingétori x requiert J'a ide de conti ngents mili­
taires pour débloquer Alésia, 20 000 hommes provenant de
l'ensemble des peuples qui bordent l'Océan et qui se donnent le nom
d'Armoricai ns «quo sunt in numero Coriosolites, Redones ...
Osismi ... » B.C. VII, 75. L'absence des Veneti dans cet te derière
liste ne doit pas surprendre, nous avons déjà dit que César avait puni
sévèrement les révoltés:
« En conséquence il fit mettre à mor t tous les sénateurs et vendit le
reste à l'encan» B.G. III, 16. Ceci en 56 av. J.-c.
Certai ns com men tateurs en tir èrent la conclusion hâtive d'une
extermination des Vénètes et d'une disparition de leur entit é poli­
tique! Il n'e n fut rien et je remarque que les Namnètes ne figurent
20 Extrait de la publicationCHAPITRE IV
LE MONDE RURAL .... ........ ...... ...... ......... 101
Répartition des découvert es . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 101
Les grandes inte rrogatio ns. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 10 5
Cadast res ? Paysages agraires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 10 7
Les exploitations rurales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 11 0
Le régim e de la propriété . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 11 6
CHAPITRE V
É ÉUNE CONOM IE CON TRA ST E. .......... . .. ........ 121
Mines et métaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 12 5
Les ressources de la mer ..... ..... ........ .... ....... " 12 9
Les produits de la te rre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 134
Un usage généralisé de la mo nnaie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 138
CHAPITRE VI
LE MONDE DES DIEUX .......... ...... .... ......... 14 5
Les données de l'archéologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 148
L'inter préta tion des données. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 176
CHAPITRE VII
LA PLACE DES MOR TS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 187
L'héritage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 187
Les modes de sépultur e . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 18 8
Les emplacements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 190
Les monu ments visibles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 19 5
Des puits funéraires ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 203
Les offrandes funéraires. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 208
CHAPITRE VIII
LES ARTS ET LE CADRE DE VIE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 213
Les monuments et leurs plans. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 215
La décoration des édifices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 219
Les objets décoratif s métalliques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 223
La poterie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 227
La sta tu aire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 229
CHAPITRE IX
ÉVO LUTION DE L'ARMORIQUE
SO US LA DOMINATION DE ROME . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 237
Le Haut- Empir e . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 237
e La première partie du Ill siècle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 240
e La seconde partie du Ill siècle ...... ....... . . . . . . . . . . . .. 242
308 Conséquences de la crise sur l'urbanism e . . . . . . . . . . . . . . . .. 246
La défense de l' Armoriq ue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 25 1
Les tran sforma tions du réseau routier
et l'installa tion des Bretons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 254
Une renaissance constanti nienne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 25 8
La fin de l'époque gallo-romaine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 260
Annexe au chapitre I. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 263
L'install ation des Bret ons en Armori que . . . . . . . . . . . . . . . . .. 263
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 267
Bibliogr aphie générale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 27 1
Histoir es générales de la Bretagne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 27 1
Hi es de la Bretagne à l'époque roma ine . . . . . . . . . . . . . .. 27 1
Histoir e des Cit és gallo-r omaines de Breta gne. . . . . . . . . . . . .. 27 1
Hist oire des départe ments . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 272
Histoir e des villes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 273
Revues .... .... ...... ..... ....... ....... ............ 273
Autres publications périodiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 274
Bibliographie de l'i ntr oductio n . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 275
Bibliographie du chapitre premi er. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 276
Bibliographie du tre II . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 278
Bibliographie du chapitre III . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 280
Bibliodu chapitre IV . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 282
Bibliographie du tre V . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 284
Bibliographie du chapitre VI . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 286
Bibliographie du tre VII . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 288
Bibliographie du chapitre VIII . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 289
Bibliographie du tre IX . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 29 1
Index ....... .... ....... .... ......... ..... ........... 293
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