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La Crimée, des Taures aux Tatars

De
208 pages
A l'occasion du 70e anniversaire de la déportation des Tatars de Crimée par le pouvoir soviétique (1944) et du soixantième anniversaire de la cession de la Crimée à l'Ukraine (1954), ce livre retrace l'évolution de ce pays, péninsule au sud de l'Ukraine, et de ses populations successives et de leurs cultures. Il explique pourquoi la Crimée, qui forme aujourd'hui une république autonome au sein de l'Ukraine indépendante, est redevenue l'enjeu d'oppositions ethniques et diplomatiques.
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Iaroslav Lebedynsky
LA CRIMÉE, DES TAURES AUX TATARS
Présence Ukrainienne
 
    
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INTRODUCTION La Crimée est une péninsule du sud de l’Ukraine, baignée par la mer Noire et la mer d’Azov. Ce territoire a eu et conserve une importance bien plus grande que sa taille ne le ferait supposer. Il a été le foyer de nombreux peuples ; deux d’entre eux – les anciens Taures et les Tatars de Crimée – sont liés presque exclusivement à la péninsule. L’histoire politique et culturelle de la Crimée est évidemment inséparable de celle des régions pontiques et caucasiennes voisines, mais elle n’en est pas un simple chapitre. Deux grands Etats y ont eu leur siège: le royaume du Bosphore dans l’Antiquité et le khanat de Crimée aux XVe-XVIIIe siècles (on pourrait y ajouter l’ultime royaume, plus éphémère, des « Scythes tardifs »). Ancrée entre la steppe ukrainienne et les contreforts du Caucase, avec des côtes et des ports sur deux mers, la Crimée a aussi toujours été un enjeu stratégique pour les puissances environnantes. Romains et Byzantins l’ont fortifiée, les Ottomans en ont fait leur sentinelle au nord de la mer Noire, l’empire russe y a installé son plus grand port militaire. Elle a été le théâtre de plusieurs conflits – dont la fameuse « guerre de Crimée » de 1854-56. 2014 marque deux anniversaires historiques : les soixante-dix ans de la déportation des Tatars de Crimée (mai 1944), et les soixante ans de l’incorporation de la Crimée à l’Ukraine (1954). C’est une occasion de récapituler la longue histoire du pays et de ses peuples – mais aussi de réfléchir sur son présent et son avenir. En effet, ces deux évènements ont des prolongements actuels. La cession à l’Ukraine, effectuée alors dans le cadre de l’Union soviétique, est remise en cause par une partie des Russes de Crimée et de la classe politique  7
en Russie. Quant à la déportation des Tatars, dont le souvenir ne s’est pas effacé avec leur retour dans la patrie, elle forme l’arrière-plan d’un affrontement larvé aux développements imprévisibles. Le grand public étant très peu informé de ces questions, sur lesquelles la documentation accessible est rare, nous avons voulu les traiter de façon exacte, mais simple. Le fil de l’ouvrage est chronologique, mais nous y avons introduit divers développements et commentaires, dont un chapitre consacré à la description du khanat de Crimée. Nous avons essayé de maintenir l’équilibre entre la spécificité de l’histoire criméenne et la nécessité absolue de la resituer dans des contextes plus larges. Pour la commodité de la lecture, tous les termes et noms cités dans le corps du texte sont écrits en caractères latins, sous la forme la plus immédiatement compréhensible au lecteur francophone. Quand cela a paru utile, les graphies grecques ou cyrilliques, et des transcriptions scientifiques (toujours en italiques), sont données entre parenthèses, et dans les notes et annexes. Pour la transcription scientifique des langues turques, nous avons utilisé l’alphabet turc actuel et sa variante adaptée au tatar de Crimée. Les noms géographiques les plus connus ont la forme habituellement employée dans la littérature en langue française (Sébastopol, Eupatoria, etc.). Les mêmes lieux ont porté des noms différents suivant les époques et les langues: Symbolon / Cembalo / Balaklava, Panticapée / Bosporos / Kertch… Un tableau de correspondance figure en annexe 3.
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I-PRÉSENTATION GÉNÉRALE Il est utile de donner ici quelques informations sur les noms de la Crimée, sa structure physique et sa situation actuelle.Tauride, Crimée, Gothie… L’appellation antique de la Crimée est «Tauride »,ou plus complètement «Chersonèse Taurique», c’est-à-dire en grec « presqu’îledes Taures» (ȋİȡıȩȞȘıȠȢȉĮȣȡȚțȒ / Khersónêsos Taurikê). Les Taures étaient, comme le verra, les plus anciens indigènes connus par un nom ethnique. Cette appellation de Tauride fut ressuscitée par l’empire russe à la fin du XVIIIe siècle pour désigner sa nouvelle conquête. Sur le nom de « Crimée » (en tatar et turcQÕrÕm, en russe et ukrainienKrym), il existe deux théories principales. Le première invoque les Cimmériens, population pré-scythe des steppes ukrainiennes dont l’ethnonyme était resté attaché, après leur disparition, à différents lieux sur les côtes de la mer Noire et de la mer d’Azov – dont le «Bosphore-Cimmérien »ou détroit de Kertch. La seconde y voit un terme turco-mongol: le site actuellement connu comme Staryï Krym aurait reçu après les invasions gengiskhanides du XIIIe siècle le nom mongol deKeremmur »), (« mont, étendu ensuite sous la forme turqueQÕrÕm àtoute la péninsule. On peut même imaginer qu’une ancienne appellation «cimmérienne »,ayant survécu localement, ait été comprise par des mongolophones ou turcophones comme un mot de leur langue et adapté en ce sens. Quant à l’explication par le tatarqÕr-Õm« ma colline », elle relève de l’étymologie populaire. Au Moyen Age, des parties de la Crimée ont porté le nom de certaines populations de la péninsule : « Gothie » d’après les Goths germaniques, « Alanie » ou « Pays des Asses » d’après  9