La Démesure

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« La référence qu’elle fait à ses racines aristocratiques, chaque fois qu’elle en ressent le besoin ou la nécessité, lui a valu le titre de « Donã Quichotte des temps modernes » et, elle en tire beaucoup d’orgueil. Elle refuse d’admettre qu’elle se bat contre des moulins à vent et que le glas d’une noblesse obsolescente a sonné depuis des lustres. Elle éblouit par sa beauté, subjugue par son intelligence, attise les controverses, déclenche les polémiques, exaspère les uns, séduit les autres, mais ne laisse aucun d’eux indifférent. Sa démesure est proverbiale... »


Delphine de la Morinière, avocate redoutable, épouse atypique et mère intransigeante, a décidé de partir en croisade contre les poltrons, les pleutres et les lâches d’une république sans noblesse. L’auteur de cette saga, nous promène à travers les générations dont l’épopée commence dans ce magnifique château familial du XVIIème siècle, situé dans la Brie, leur région natale.


Publié le : lundi 26 mai 2014
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EAN13 : 9782332728289
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ISBN numérique : 978-2-332-72826-5

 

© Edilivre, 2014

Du même auteur

Du même auteur :

Théâtre :

– Le trompeur trompé. (Pièce en vers en 5 actes) 1974. La Pensée Universelle.

Chronique de société :

– Sous le goudron, les pavés. 2011. Edilivre

Nouvelles :

– Il était une fois les voisins. (Recueil de 12 nouvelles) 2012. Edilivre.

Contes et Légendes de Vendée :

– Le Chevalier Vengeur. (Prix du jury au salon du livre de Barbâtre. Octobre 2013)

Avertissement

Les personnages de ce livre sont tous imaginaires. Toute ressemblance avec des personnes, des événements ou des lieux, ne peut être que fortuite.

L’auteur

Préface

C’est une avocate hors pair, d’une beauté hors du commun. C’est un personnage haut en couleurs, qui ne se laisse impressionner par personne. Quand elle vous regarde, vous avez envie de plonger dans le flot bleu de ses yeux et de vous y noyer, pour rester dans elle. Les hommes la désirent, les femmes l’envient. Un seul l’a conquise, il n’avait pas mesuré le prix de la rançon, qu’il paye aujourd’hui de sa personne. Car c’est une femme libre, qui enferme ceux qu’elle aime dans sa forteresse sentimentale.

Elle porte sur elle son aristocratie, elle revendique fièrement sa noblesse. Elle défend ses principes, aime imposer ses idées, dépense son énergie sans compter, pour les bonnes causes. Mais elle préfère le faire avec panache. Son courage est proverbial, ses convictions intactes, elle les met en exergue partout et en toute circonstance. C’est là son grand défaut.

Elle refuse d’abdiquer devant la médiocrité, déteste la faiblesse ; elle rejette la facilité. Avec elle il n’y a point de fatalité. Elle élève au sommet des braves, les battants, les gagnants. Elle honnit les pleutres, les politiciens véreux, les verbeux. Elle est d’une trempe rare, fuit l’inaction, l’immobilisme. Elle préfère foncer, au risque de se tromper ; elle n’a pas peur de l’erreur. Elle assume toujours les siennes, mais avec brio et élégance. Enfant, elle ne baissait jamais la tête, vous fixait dans les yeux, présentait des excuses, par éducation, n’éprouvait jamais de regrets, par principe. Pour elle ce serait du temps perdu.

Elle étonne ses proches, à commencer par son mari ; ses enfants sont ses premiers contradicteurs, autant dire, ses bêtes noires. Elle s’édifie en dernier rempart face à ce qu’elle considère comme la décadence de la patrie, l’invasion de la bestialité, de la paresse. Etudiante, elle redoutait le communisme, le socialisme, le paternalisme. Avocate, elle ne jure que par le libéralisme.

Cette Antigone moderne, toujours prompte à dégainer ses arguments acérés et acerbes, pour défendre l’élitisme, l’aristocratie, les bonnes convenances, contre ceux qui – selon ses affirmations – les menacent depuis toujours, dans l’ombre, ceux qui n’ont pas encore assouvi leur soif de vengeance, qui veulent achever le travail de leurs ascendants. Ceux-là même qui avaient décapité le bon Louis XVI et son Autrichienne de reine. Ces piètres révolutionnaires de pacotille, ces va-nu-pieds, ces gueux, comme elle aime les appeler.

Sans oublier bien sûr, les cosaques, les rouges du sang des princes, ces barbares de 1917, ces tombeurs du tsarisme et les bolchéviques d’octobre de la même année. Elle se sent bien seule dans ce combat acharné, elle, l’exception française, au milieu de tous ces poltrons qui refusent de se rallier à sa bannière. Ils ont pris de mauvaises habitudes, intégré le tiers état, déserté sa caste, à elle. Ou ce qu’il en reste.

Ils ont baissé les bras, ignoré les menaces, rendu les armes, battu en retraite devant un ennemi insidieux et prêt à tout. Elle les exècre, les voue aux gémonies. Ils déshonorent la France. Elle rêve d’un retour à une monarchie constitutionnelle, un royaume où les nobles n’auraient plus honte de leur passé.

On l’écoute par courtoisie, on contredit poliment son argumentation, elle est consciente d’être prise au piège de ses objectifs fantasques, qu’on veut démolir les idées qu’elle expose. Elle tient bon. Elle s’y accroche pour sauver la face, elle n’aime pas perdre. Ils font semblant de la suivre, mais sont à mille lieues de ses théories, de ses plaidoiries, de ses sermons. Il n’y a que sa beauté rayonnante, aveuglante qui les attire, qui capte leurs regards, cette beauté qu’elle tient de sa mère et qu’elle a transmise à ses filles. Cette beauté qui a mis à genoux l’homme qu’elle a épousé, qu’elle aime, mais, telle la Kahina, cette reine berbère indomptée et indomptable, le domine par sa liberté de penser et sa volonté obsédante de régner sur tous, même sur des chimères.

Parmi tous ses admirateurs – elle en a – et ses détracteurs – ils sont nombreux –, il s’en trouve une seule qui la connaisse vraiment, qui sache la déchiffrer, la décoder, comme Champollion face à un obélisque gravé d’hiéroglyphes : Roselyne, sa cousine. La seule qui sache qui est en réalité cette femme, qui se cache derrière ce farouche chevalier de la noblesse républicaine ou de la république des nobles, cette naufragée des temps glorieux, cette rescapée d’une histoire qui ne se lit plus qu’au passé décomposé. Elle est toujours en première ligne, dès qu’il est question des attaques portés à la particule – bien pesante – de son patronyme et qu’elle considère comme des affronts à ses ancêtres. Elle assume bravement son héritage aristocratique, sa position sociale, sa réussite professionnelle.

Les années qui passent ne tracent aucun sillon sur son visage, sa beauté reste intacte. Elle n’a pas recours au bistouri ni aux injections de botox pour rester belle. Elle se sait belle. Mais cela n’a jamais été sa carte de visite, son badge de libre circulation ; elle en est consciente, mais nullement obsédée. Elle n’en fait pas son arme de séduction absolue.

Ses seules armes de destruction massive sont ses mots, elle en use dans la défense de ses clients, mais aussi de ses convictions. Elle a le verbe haut, mais d’un agréable timbre, l’attitude hautaine, redoutable. Déjà lycéenne, elle n’avait pas d’amies, elle les faisait fuir dès la première rencontre, la première phraséologie. Trop fière pour certaines, trop dominante pour d’autres, plutôt méprisante pour tout le reste. Il n’y avait plus de place pour les retardataires, celles qui pourraient l’aimer, trompées par sa fausse candeur. Pour ménager son ego, elle se vouvoie même dans l’intimité.

Son intelligence lui ouvrait toutes les portes des grandes écoles, elle avait choisi la faculté de droit. À défaut de pouvoir manier le fleuret, elle opta pour le verbe. Elle a son cabinet, ses collaborateurs et comme pilier central, son fer de lance, sa clef de voute : le ténor du barreau qu’elle a épousé.

Ils forment un beau couple, ils sont demandés partout, dans les soirées mondaines, font la couverture des magazines spécialisés. Certains journalistes préfèrent l’appeler par son nom de jeune-fille : Delphine de la Morinière. C’est ce nom qui figure sur la plaque en cuivre – astiquée tous les jours – en bas de l’immeuble où se trouve son cabinet. Elle n’y accolera son nom de mariage que plus tard. Avec le temps, avec l’âge. Mais, comme dans la chanson « Avec le temps va, tout s’en va… »

La référence qu’elle fait à ses racines aristocratiques, chaque fois qu’elle en ressent le besoin, ou la nécessité, lui a valu le titre de « Doña Quichotte des temps modernes », elle s’en enorgueillit. Elle se refuse d’admettre qu’elle se bat contre des moulins à vent, et que le glas d’une noblesse obsolescente a sonné depuis des lustres.

Elle éblouit par sa beauté, subjugue par son intelligence, attise les controverses, déclenche les polémiques, exaspère les uns, séduit les autres, mais ne laisse aucun d’eux, indifférent. Sa démesure est proverbiale, son altruisme aussi, son autre facette. Alors, qui – en dehors de sa cousine – peut prétendre connaître vraiment, cette femme hors norme ?

Ses enfants s’éloignent d’elle, son époux la trouve excessive, maladroite, bourgeoise, arbitraire, manichéenne. Mais il l’aime toujours. Peut-être plus pour longtemps. Quant aux autres, tous les autres, ils peuvent penser d’elle tout ce qu’ils voudront… Pour paraphraser un homme politique de Marseille : « Elle s’en bat l’œil… et le flanc. »

Dédicace

 

 

À la mémoire de ma mère

Citation

 

 

« Non, laisse-moi, retiens ces discours caressants,

Ces sourires trompeurs autant que séduisants,

Et ces yeux si divins quand ils font des blessures,

Ces lèvres tant de fois, si doucement parjures,

Et ce baiser si doux, mais souvent inhumain,

Sceau d’un amour constant, scellé souvent en vain. »

André Chénier (Poésies)

1
Suzy

Suzy s’affaire dans sa nouvelle cuisine, ouverte sur la pièce de vie. Elle s’acharne à fouetter une mayonnaise qui ne se décidait pas à prendre. C’est le moment que choisit le téléphone pour sonner. Et bien sûr toute la tribu est dans le jardin. Le mari, comme chaque dimanche à la belle saison, tond la pelouse, leurs deux adolescents pataugent dans la piscine. Elle les appelle pour venir décrocher, aucun d’eux ne daigne lui répondre, mais elle les entend lui crier :

– Il n’a donc personne pour décrocher ce satané téléphone ?

– Maman, le téléphone !

Elle porte le combiné à son oreille et le coince contre son épaule. La mayonnaise continue de faire la mauvaise tête et refuse toujours de prendre. À l’autre bout le correspondant piaffe d’impatience :

– Alors ma grande, tu n’entends pas ton téléphone ? Cela fait une heure que j’attends que tu décroches !

Elle préfère sourire, elle reconnaît bien là son frère, elle ne le sait que trop, la patience n’a jamais été son point fort.

– Devine un peu qui vient de débarquer ici, sans crier gare…

– Non, pas vrai, ne me dis pas qu’elle est à Saint-Martin !

– Mais bien sûr que si, elle est arrivée ce matin, elle m’a appelé de l’aéroport pour aller la chercher. Et sais-tu quoi, à peine installée dans la chambre qu’elle commençait à nous faire son cinéma habituel. Et tu ne connais pas la meilleure : elle nous a annoncé qu’elle allait rester un mois, et peut-être même plus. Je ne te dis pas la tête que fait Caroline. Elle a beau être gentille, elle ne se voit pas la supporter pendant tout ce temps. Elle nous a annoncé qu’elle va mettre en vente la maison de La Baule pour peut-être s’installer à Saint-Martin ou à Saint-Barth. C’est qu’elle ne doute de rien notre chère mère !

– Et tes enfants, que disent-ils ? Ils doivent être ravis de la voir, non ? Elle sait tellement les gâter !

– Tu plaisantes ? Quand ils étaient plus petits, ils aimaient sa présence, et celle du grand-père, parce qu’ils leurs passaient tout, mais à présent qu’ils sont plus grands, ils ne supportent plus ses remarques à propos de tout. Et surtout, ils la rendent responsable du départ de leur papy qu’ils voient moins souvent maintenant du fait de son éloignement.

– Comme ils ont raison !

Suzy laisse échapper un gros soupir. Elle pose le plat ; contre toute attente, la mayonnaise finit par prendre. Elle suce le doigt qu’elle vient de plonger dans la mixture, avec une délectation triomphante. À l’autre bout son frère est toujours intarissable, une fontaine à paroles :

– Et en plus elle ne demande jamais notre avis, elle change de lubies comme de chemisiers, dit tout et son contraire. Et jamais d’interrogations, que des certitudes. Comme toujours d’ailleurs… Elle impose ses vues et ses idées à toute la famille et s’y accroche comme une sangsue. J’ai peur sur ce coup de péter les plombs.

– Ne te rends pas malade par avance Bob, elle ne va peut-être pas rester aussi longtemps qu’elle le prétend. Tu l’as dit toi-même, elle change d’avis toutes les quinze minutes. Et elle ne tient pas en place. Si elle mettait à exécution tous ses projets, il y a belle lurette qu’elle serait derrière les barreaux à Fleury-Mérogis ; le dernier étant de porter devant la cour internationale de justice de La Haye, contre l’Etat français, l’assassinat de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Rien que ça ! Alors tu vois, tu n’as pas à t’en faire.

– C’est facile à dire ! C’est tout de même toujours chez moi qu’elle débarque quand elle a envie d’emmerder l’un d’entre nous, ou revoir ses riches amis pour les soûler avec ses anecdotes. Comme ils n’osent pas lui dire qu’ils les connaissent déjà pour les avoir entendues cent fois, elle en profite pour les ressasser encore et encore… C’est quand même bizarre, elle ne vient pratiquement pas chez toi, presque pas chez Thomas et jamais chez Marina.

– Que veux-tu que je te dise Bob, elle ne s’entend pas avec Florian qu’elle trouve grossier pour un garçon de son âge, mal élevé, ourson mal léché. Il faut dire qu’il a le chic pour la rendre folle, et dès le premier jour. Il le ferait exprès que cela ne m’étonnerait pas. Bref ils se détestent affectueusement. Son père, lui, ne dit rien ; il préfère rester neutre et rire sous cape, mais il n’en pense pas moins, ce faux jeton !

– Bien sûr puisque cela vous arrange ! Vous préférez l’envoyer au casse-pipe. Il est toujours en première ligne, alors c’est lui qui morfle avant les autres. Et Marina, pourquoi lui fait-elle toujours sa tête d’enterrement dès qu’elle lui rend visite ? Elle vit seule, dans son T4 parisien, n’a pas d’enfants, pas de mari, pas de petit ami, et pourtant c’est tout juste si elle ne la met pas à la porte dès qu’elle la franchit. D’ailleurs, je me demande si elle n’est pas un peu… un peu, enfin tu vois ce que je veux dire.

– Non je ne vois pas du tout.

– Un peu lesbienne quoi.

– Bob ! Que vas-tu imaginer là, elle ne veut pas s’encombrer d’un bonhomme voilà tout. Elle est libre de mener la vie qu’elle veut tout de même. Tu sais bien qu’elle a toujours favorisé sa carrière à sa vie sentimentale. Elle vient de terminer sa spécialisation à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière. Cardiologue, dans le service du professeur Cabrol, c’est formidable tu peux me croire. Moi je suis fière de ma petite sœur. Elle a donc autre chose à faire que de supporter les remontrances de notre mère qui ne lui pardonne toujours pas d’avoir fait médecine au lieu de suivre la même filière que la sienne et celle de papa. Et puis, elle vient juste de boucler son contrat à « Médecins du Monde » en Palestine, elle rentrera bientôt de Ramallah en Cisjordanie. C’était son rêve d’aller exercer là-bas. Notre mère était dure avec elle.

– Bien sûr, avocate, comme Thomas, aurait pleinement satisfait son ego surdimensionné de riche bourgeoise. Mais comme notre petite sœur avait la bénédiction de papa qui savourait en silence sa façon de lui tenir tête – elle aussi –, elle préféra avaler la couleuvre. Et elle ne l’a toujours pas digérée. Finalement elle nous en veut toujours, à Marina et à moi.

– C’est peut-être pour cela qu’elles n’ont jamais été vraiment proches l’une de l’autre. Ni tenté de s’expliquer. Chacune d’elle reste sur ses gardes, campe sur ses positions, prête à dégainer l’artillerie lourde à la moindre allusion. De fait, celle qui aurait pu être sa chouchoute et profiter de ses débordements affectifs, est devenue une parfaite étrangère pour elle. Elle ne sait vraiment rien d’elle.

– D’accord, mais Thomas, lui, avait choisi la voie qu’elle voulait, il a pris leur suite dans leur cabinet, il a épousé une avocate compétente et renommée, qui s’occupe de sa gestion comme elle le désirait et pourtant quand elle leur rend visite, elle n’a qu’une hâte : repartir au plus vite. Olivia fait tout pour lui être agréable, se rend disponible pour l’accompagner dans les boutiques de luxe, au restaurant, mais rien à faire, le courant ne passe pas. Jamais un mot gentil, pas un sourire, que des remarques stupides et blessantes. Alors elle se rabat sur moi, le dernier refuge, la planche de secours. Elle se tape huit heures d’avion pour venir me tourner en bourrique. Ça c’est du vice, tu ne crois pas ?

– C’est sans doute parce que c’est toi qu’elle aime le plus, Il faut dire que tu as toujours été son petit préféré, celui qui avait ouvert la voie du parfait bonheur, l’aîné des garçons, l’héritier qui lui assurait la pérennité dans son couple, qui allait perpétuer le nom. Elle voyait en toi le futur exemple de la parfaite réussite. Et de ce côté-là elle a été comblée. Tu as fait toutes les grandes écoles : Science-Po, Ecole Centrale Paris… Finalement, moi, sa fille aînée, sa première grossesse, celle qu’elle n’attendait pas, je suis le mouton à cinq pattes de la famille, la fille qui se contentait du minimum requis, partisane du moindre effort, dont les bulletins scolaires portaient systématiquement la mention : « Elève paresseuse, peut mieux faire. »

– Tu plaisantes ou quoi ? Tu es diplômée de la plus prestigieuse des écoles de commerce : HEC, ce n’est tout de même pas banal ! Et tu oublies de préciser que sur tes bulletins les profs mettaient aussi : élève surdouée. Tu es bien modeste, car tu as même sauté une classe.

– Oui le CE1. Moi aussi j’ai suivi la filière qui me convenait, mais, bizarrement, elle avait bien essayé de m’en détourner, mais voyant mon acharnement à lui résister, elle n’avait pas insisté. Et puis, j’avais l’appui de papa ; grâce à lui, j’ai fait cette école de commerce. Il faut dire aussi, qu’à cette époque, le féminisme balbutiant, sous la houlette des pionnières telles Simone de Beauvoir ou de Gisèle Halimi et bien d’autres encore, encourageait les jeunes filles à se faire entendre. Elles redressaient la tête et osaient regarder dans les yeux leurs parents, ce qui relevait du véritable défi. Car en représailles à cette insolence déshonorante, les parents les plus conservateurs, décidaient de leurs « couper les vivres » à ces petites effrontées. Alors bonjour la galère ! Mais au fait, n’avons-nous pas déjà parlé de tout cela avant aujourd’hui ?

– Bien sûr que si, mais pour revenir à notre mère, je t’avoue qu’elle commence à m’inquiéter. Elle a un comportement bien étrange. On dirait qu’elle se réveille subitement d’un mauvais rêve et qu’elle navigue au gré des vents, sans boussole, sans cap, au hasard des rencontres. Comme si elle cherchait à se venger d’elle-même, à rattraper je ne sais quel retard. On a l’impression qu’elle cherche brusquement à mordre dans la vie à pleines dents. Elle est partout et nulle part. Elle ne tient plus en place. Même au château elle passe en coup de vent, pourtant grand-mère Madeleine et Grand-père aimeraient bien la voir plus souvent. C’est tout le contraire de papa. Il leur téléphone souvent pour prendre de leurs nouvelles.

– Et lui, soit dit en passant, vit une agréable retraite en Thaïlande avec sa jeune dulcinée du coin. Cela fait maintenant deux ans qu’ils ont divorcé, et jamais, comme à son habitude, il ne nous a associés à ses histoires personnelles, même quand il courait la prétentaine et qu’il vivait des aventures galantes peu communes. Il nous téléphone, discute de tout, plaisante avec ses petits-enfants, nous raconte un peu timidement son bonheur de vivre dans ce merveilleux pays, au milieu d’une population toujours souriante et c’est tout. Il ne se plaint jamais de rien, ne se découvre pas, chaque matin, je ne sais quel ennemi ou quel fléau. Et surtout, il ne regarde jamais, mais alors jamais, derrière lui.

– Je pense qu’il a fait le bon choix, car il faut avoir un sacré caractère pour vivre avec une femme de cet acabit. Je suis sûre qu’il l’aime encore, mais elle est trop excessive Cela ne pouvait pas durer éternellement… Je parie que tu as déjà appelé les autres ?

– Bien entendu, je ne pouvais pas les tenir à l’écart. Comme d’habitude Thomas a éclaté de rire et Marina m’a souhaité bon courage. Il ne me restait plus que toi ma petite sœur chérie pour partager ce lourd fardeau avec toi ! Tu vois un peu ce que je vais subir durant tout son séjour ? Ce que je vais endurer ? Comme le temps va être long !

Un éclat de rire résonne alors dans chaque combiné. Suzy lève les yeux pour regarder l’heure sur la pendule murale. Elle prend congé de son frère après lui avoir dévoilé le menu de midi. Elle termine l’assaisonnement de sa jardinière, appelle ses deux enfants pour mettre la table dans le jardin et demande à son mari d’allumer le barbecue. Le déjeuner s’annonce succulent. À Saint-Martin, il était six heures du matin, le jour venait de se lever. Bob est un matinal.

La journée est ensoleillée, le printemps est enfin là. C’est le rituel ordinaire le dimanche : chaque membre de cette famille où le bonheur se lit sur les visages, participe aux tâches ménagères. Florian, l’aîné, 16 ans, dont les allures efféminées font penser qu’il est prédisposé à être homosexuel, range sa chambre et fait son lit. Rien ne doit traîner avant l’inspection de sa mère. Carla, sa sœur de deux ans sa cadette, en fait autant, même si elle rechigne à l’ouvrage. Elle part du principe simple qu’une femme de ménage est payée pour le faire et qu’elle n’a pas à lui mâcher le travail.

Ces deux adolescents, comme tous ceux de leur génération, vivent à l’heure de la téléphonie moderne, et de l’informatique, en constante relation avec l’extérieur, les écouteurs aux oreilles et le Smartphone dans la main. Les opérateurs de cette téléphonie ne savaient pas qu’en incluant dans les forfaits de ces jeunes des « SMS et MMS » illimités, ils renonçaient définitivement, à des rentrées des recettes substantielles. De fait, quand on les observe pianotant sur les touches de leurs portables avec une dextérité déroutante, tout en écoutant de la musique sur leur « MP3 », des messages par dizaines, on ne peut rien dire d’autre que notre admiration, même si notre agacement devant cette addiction devient à la longue source de conflits. Les adultes se sentent nuls, pour employer ce terme inventé par ces jeunes.

*
*       *

Comme chaque dimanche, après le déjeuner, chacun s’en va vaquer à ses occupations préférées. Alexandre, l’époux, va rejoindre ses partenaires habituels au golf du coin pour un dix-huit trous.

Florian lui enfourche sa 125 cm3 et la démarre d’un coup de pied sec pour se propulser vers le portail du jardin dont il télécommande l’ouverture ni trop tôt ni trop tard sous le regard estomaqué de sa mère. Carla elle, se fait déposer par son père chez Edwige, sa meilleure copine, une fille unique d’un riche chirurgien plasticien. Elles sont toutes les deux en première dans le même lycée privé où elles suivent une scolarité exemplaire. Alexandre rêve secrètement qu’elle devienne un jour l’épouse de Florian, ce qui pour l’heure, sauf à jouer la comédie en faisant croire qu’il est insensible aux charmes des filles, paraît pour le moins problématique, sinon improbable.

Quant à Suzy, le seul fait de se retrouver seule dans cette villa est en soi du pur repos. Elle en profite toujours pour mettre de l’ordre dans ses dossiers, régler les factures, répondre au courrier en attente et donner quelques coups de téléphone de convenance. Ce n’est qu’après qu’elle s’en va rendre visite à l’une ou l’autre de ses amies quand elle ne les reçoit pas chez elle. Suivant le temps et la saison, c’est soit une marche à travers les champs, soit une promenade à bicyclette, ou tout simplement une baignade dans la piscine.

À quarante-cinq ans passés, cette chargée de markéting d’une holding en cosmétiques, n’a rien perdu de sa beauté, malgré ses deux maternités. Elle plait toujours aux hommes et tout d’abord à celui qu’elle a épousé. Elle est plutôt d’un genre indépendant, n’accepte aucune intrusion dans sa vie, de même qu’elle ne se pose jamais en donneuse de leçons ni ne porte de jugement de valeur sur les autres. Cela fait d’elle une femme respectée et admirée.

Alexandre son époux est journaliste, dans l’une des chaînes privées. Il avait fait la connaissance de Suzy lors d’un reportage sur les produits de beauté, le coup de foudre est immédiat. Un an plus tard le mariage est célébré, en toute simplicité, au grand dam de sa mère qui aurait voulu faire ça « en grandes pompes. » Suzy Darmont devient Suzy de Lavalec.

Delphine Darmont, la mère, est bien obligée de se rendre à l’évidence, ce couple-là s’aime et rien ne pourra le détruire. Elle décide alors de changer de stratégie et machiavélique qu’elle est, se met à fomenter toutes sortes de plans plus ou moins tordus pour arriver à ses fins. La particule ne l’impressionne pas. Mais long est le chemin de la coupe aux lèvres.

Suzy vient de prendre place dans son fauteuil en osier dans la véranda ; c’est le seul endroit, en dehors de son lit, où elle aime lire. À peine installée, voilà la sonnerie de son portable – une mélodie cubaine – qui la détourne de son livre. Tant pis, les mémoires de Jacques Chirac attendront.

– Salut Suzy, c’est Yolande ! Qu’est-ce-que tu fais de beau ?

Elle adore cette expression, comme si tout ce que doit faire une femme chez elle un dimanche se doit d’être beau.

– Rien, je viens d’ouvrir un bouquin…

Elle n’a pas le temps de finir sa phrase que déjà Yolande lui annonce sa visite, ce qui veut dire pour elle qu’ouvrir un livre n’a rien de beau. Elle peut donc la déranger.

– Ne bouge pas, j’arrive !

Elle dépose le gros pavé de plus de cinq-cents pages, vide son verre, et télécommande l’ouverture du portail. Son amie, la maman d’Edwige, ne se fait pas attendre. Elle gare son Rave 4 et après les embrassades de rigueur, se met à raconter le dernier événement qui à ses yeux mérite d’être connu de tous, et surtout de sa meilleure amie.

– Où sont les filles, interroge Suzy ?

– Chez nous, ne t’en fais pas, mes parents sont là aussi. Bon, il faut que je te raconte. Figure-toi que l’autre jour notre député m’a téléphoné pour une consultation privée.

– Oh ! C’est vrai, il veut se faire retoucher ? D’ailleurs il va y avoir du travail, tu ne crois pas ?

– Justement ! Ecoute un peu, il ne veut pas que ça se sache, mais il voudrait se faire retirer les poches sous ses yeux, effacer les rides, poser un anneau et ce dans un premier temps !

– Attends un peu Yolande, n’es-tu pas tenue par le secret médical ?

– Si bien sûr, mais je te fais confiance, je sais que tu ne le répèteras pas. Donc, Roger a pris rendez-vous pour l’opérer dans la clinique d’un ami, ainsi il est assuré de ne pas être reconnu.

– Il n’est pourtant pas vieux ! Le démon de midi sans doute. C’est peut-être pour plaire à toutes les jolies filles qui gravitent autour de lui. Tu sais, il est courant que nos dirigeants divorcent pour se mettre en ménage avec une secrétaire ou une collègue plus jeune.

– Je te parie que dans peu de temps on va apprendre qu’il se sépare de sa femme. Comme on dit, il n’y a jamais de fumée sans feu.

La conversation continue ainsi autour d’une tasse de thé, alimentée par d’autres prolégomènes sur la vie de cette petite ville de l’ouest parisien où des villas sont sorties de terre sur des propriétés achetées à prix d’or à des héritiers pressés de les vendre.

Suzy ne se nourrit pas spécialement de ce genre de discutions et seule la politesse la pousse à les suivre. On peut même dire qu’elle éprouve une véritable détestation pour tout ce qui concerne la vie des autres. Ainsi, elle n’achète jamais un magazine people pour savoir ce qui se dit sur les vedettes en vogue et ne lit pas ceux qui traînent dans les salles d’attente.

Mais elle ne peut empêcher ses amies de raconter les derniers ragots qui circulent dans les salons mondains et les cocktails de la jet-set. Ça leur permet d’éluder les véritables problèmes qui rongent la société, de les ignorer et de se croire à l’abri de tous les maux qui la minent ; bref, de se sentir vaccinés.

Rouler dans de grosses cylindrées allemandes, habiter dans d’immenses propriétés, envoyer leurs enfants dans les meilleurs établissements privés, et posséder des bateaux de plaisance dans les Antilles ou les Baléares, alors que l’économie exsangue d’une politique – dont ils sont souvent les responsables ou les instigateurs – fait toujours saigner un peu plus une classe moyenne au bord de l’asphyxie, leur permet de se croire, en effet, protégés et à l’abri d’un retournement de situation.

Suzy est bien consciente de tout cela, elle le sait d’autant plus qu’elle se bat quotidiennement pour développer à travers le monde la marque de cosmétiques qui l’emploie et qui ne se porte pourtant pas trop mal, malgré une concurrence déloyale chinoise.

L’heure est bien avancée. Alexandre vient de rentrer de son golf, il a l’air satisfait de son parcours. Il a récupéré en passant Carla. Florian fait à son tour son entrée pétaradante et polluante, ce qui lui attire, comme toujours, les remontrances d’une mère qui redoute un accident. Quelques brassées dans la piscine, un rafraîchissement et chacun va se changer. Ce soir Suzy les invite à dîner en ville. Elle essaye de ne plus penser à Delphine, sa terrible maman. Mais qui est donc cette dame ? Allons donc à sa rencontre pour en savoir plus.

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Delphine

Janvier 1948. Un magnifique château du 17ème siècle, édifié en pleine campagne, dans la Brie, près de Meaux, dresse ses formes imposantes visibles de très loin. Les toits sont hauts, les fenêtres bien alignées et les cheminées toujours fumantes. Jadis, en des temps incertains, le voyageur perdu ou surpris par le mauvais temps, pouvait se présenter devant la grille d’entrée sous un porche en forme d’arcade et tirer sur une corde pour faire sonner une cloche. On venait alors lui ouvrir. Il y trouvait l’hospitalité ou du travail s’il proposait ses bras au régisseur des lieux. Il pouvait se dire trimardeur ou chemineau, on le faisait entrer quand même. Aujourd’hui ils sont devenus des SDF, acronyme qui englobe tous les malades d’une société moderne atteinte d’égoïsme et de peurs.

Le personnel de service s’active depuis l’aube. Le majordome donne des ordres et des consignes à chacune et chacun des domestiques qui vont dans tous les sens comme dans une fourmilière ; la gouvernante en fait autant. C’est un jour mémorable. Le châtelain attend pour le déjeuner toute la bourgeoisie du canton, pour fêter la naissance et le baptême de sa petite-fille Delphine de la Morinière. Elle est née sous le signe du capricorne, ce qui, lui dit-on, allait faire d’elle une fille de caractère. L’avenir leur donnera raison.

Monsieur Louis-Antoine de la Morinière, le grand-père, est à la tête d’une belle fortune, pas colossale comme on dit, mais suffisamment importante pour assurer à la famille et aux générations futures des lendemains tranquilles. Il l’a bâtie en quelques décennies, en profitant de l’industrialisation à outrance qui avait suivi les après-deux guerres mondiales et la dévastation d’une Europe entièrement à reconstruire.

Il avait alors transformé, pour répondre à la demande, la fonderie familiale en une véritable usine sidérurgique et installé dans le bassin lorrain – un site tout indiqué – deux hauts-fourneaux en activité jour et nuit. Son fils Georges, ingénieur diplômé de l’École centrale des arts et manufactures, la dirige de façon moderne et prospère, sur le modèle américain.

Si cette famille connaît à présent une certaine aisance, cela n’a pas toujours été le cas. Monsieur de la Morinière est le seul survivant d’une fratrie de trois garçons et d’une fille. Les deux frères sont tombés à Verdun, la fille emportée par une épidémie tropicale. Le père, Alphonse-Hubert de la Morinière, un ancien colonel de l’armée coloniale – une tradition familiale, la carrière militaire – avait acheté cette fonderie, à son retour d’Afrique et l’avait modernisée avec les technologies de l’époque. Ce géant haut en couleurs, au visage cramoisi, qui arborait une moustache imposante du second Empire, avait le verbe haut et le port martial. Son épée et quelques souvenirs des conquêtes coloniales, ornaient son immense bureau devant lequel montait la garde, en permanence, un spahi resté à son service. Nul n’y pénétrait sans avoir été annoncé par cet authentique Targui à l’allure d’un Janissaire de la baie d’Alger. Son aspect général et la dague à son ceinturon, forçaient le respect.

Louis-Antoine, le dernier des enfants, le secondait. Il sortait de l’école d’ingénieurs, mais passa par tous les rouages de l’usine, avant d’arriver au sommet. Il logeait à la même enseigne que les autres ouvriers, et mangeait avec eux dans la cantine ; la cuisinière lui préparait tous les matins la gamelle en aluminium, un souvenir de la grande guerre. Ils employaient, déjà à cette époque, une cinquantaine d’ouvriers, dont certains avaient été ramenés d’Algérie dans les bagages du colonel. Il avait en quelque sorte inventé l’immigration maîtrisée. À la même époque, il avait racheté, en viager, le château à un riche cousin qui n’avait aucun héritier direct. Il restait ainsi dans la famille.

La fonderie s’était spécialisée dans la fabrication des hélices pour les navires de guerre, et les gros cargos. Ils fournissaient les chantiers de l’Atlantique de Nantes et de Saint-Nazaire. Il avait agrandi les bâtiments, pour répondre à la demande, à plusieurs reprises.

Louis-Antoine de la Morinière s’était marié à la fille d’un homme politique, un député radical, nommé plusieurs fois ministre, au gré des changements de gouvernements. Ce tribun, dont les joutes oratoires, pouvaient faire tomber un président du conseil devant une assemblée survoltée, était courtisé par tous les chefs de partis pour rejoindre leurs rangs. À l’évocation de ces passes d’armes, au château, chez le vieux colonel, au coin de la cheminée, pendant les veillées d’hiver, les éclats de rire résonnaient jusque dans les chambres. Sa fille les entendait encore, longtemps après leur disparition.

De sa voix rauque, il décrivait scrupuleusement les événements, ses interpellations bien ciblées, avec fidélité et, d’une mémoire infaillible, toutes ses répliques acérées qui désarçonnaient les dirigeants de l’époque. Il rappelait comment il défendait ses projets de lois et comment il les faisait tous aboutir. N’étant plus tenu par le devoir de réserve ni par le politiquement correct – pas encore en vogue – le vieux baroudeur qui appréciait la finesse et la portée de tels discours, laissait libre cours à ses jugements et disait tout le mal qu’il pensait des politiciens véreux, des verbeux, qu’il avait croisés tout au long de sa carrière et desquels il recevait parfois des ordres que seul le sens du devoir et de la discipline lui faisait exécuter. Il se moquait d’eux ouvertement tout en les vilipendant. Pour tout dire, il les aurait volontiers passés par la guillotine, les armes étant, à ses yeux, réservées aux seuls soldats, même des plus lâches.

De ce mariage politico-militaire naissent trois enfants, Odette l’aînée et deux garçons ; Georges est le dernier.

*
*       *

Delphine est désirée, attendue, fêtée. On ne fait pas de sexisme dans la famille des de la Morinière. Georges est déjà père d’un garçon de trois ans, Aurélien, qui, dit-il fièrement, lui succédera – à son tour – le moment venu. Trois années d’une longue attente séparent les deux naissances. Voilà pourquoi ils voulaient tant une nouvelle grossesse, avec une préférence pour une fille. Ils redoutaient une brusque stérilité de l’un ou de l’autre. Leur vœu avait été exaucé.

Elle est élevée, tout comme son frère, par une nourrice française jusqu’à l’âge de trois ans, puis par une nurse anglaise et un précepteur français, que personne ne peut se targuer d’avoir un jour vu sourire, ce qui fait de lui un homme austère et aussi hermétique qu’une huître de Noirmoutier.

Madeleine, leur maman, s’accommode volontiers de cette situation. Elle-même fille du châtelain de la commune voisine – dont il est aussi le maire – avait été placée en pension complète, en...

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