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La fin d'une génération en Côte d'Ivoire

De
180 pages
L'année 2020 qui se profile à l'horizon annonce un événement majeur en Côte d'Ivoire. Il s'agit de la fin d'une génération d'hommes politiques contemporains, nés avant 1950, qui ont d'abord occupé une position privilégiée entre 1990 et 1993, les dernières années de la présidence de Félix Houphouët-Boigny, avant de dominer par la suite, "l'après-Houphouët". L'objectif de ce livre est de retracer l'ordre de succession générationnel établi à travers l'histoire politique ivoirienne, pour prendre conscience des enjeux des élections présidentielles de 2020, année à laquelle une passation de flambeau à la génération post-indépendance s'impose.
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Diensia Oris-Armel BONHOULOU
La fin d’une génération en Côte d’Ivoire
Les ténors de « l’après-Houphouët » 1990-2020
La fin d’une génération en Côte d’Ivoire
Diensia Oris-Armel BONHOULOULa fin d’une génération en Côte d’Ivoire Les ténors de « l’après-Houphouët » 1990-2020
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09781-7 EAN : 9782343097817
A la mémoire de BONHOULOU Siba, ancien député de Bangolo.
Introduction  L’année 2020 qui se profile à l’horizon annonce un événement majeur en Côte d’Ivoire. Il s’agit de la fin d’une génération d’hommes politiques contemporains, nés avant 1950, qui ont d’abord occupé une position privilégiée entre 1990 et 1993, les dernières années de la présidence de Félix Houphouët-Boigny, avant de dominer par la suite, « l’après Houphouët ». En effet, c’est à partir de 1990 que ces dinosaures de la politique ivoirienne (Bédié du PDCI, Gbagbo du FPI, Ouattara du RDR, ou encore Wodié du PIT, Zaourou de l’USD etc.), ont été véritablement propulsés au devant de la scène politique ivoirienne. Après trois décennies d’hégémonie, leur âge avancé et la limitation du mandat présidentiel, annoncent progressivement leur retraite politique au profit de la génération née après l’indépendance. Rappelons que trois événements expliquent leur montée en puissance en 1990. e Le premier est relatif au VII congrès du PDCI qui s’est er déroulé du 29 septembre au 1 octobre 1980 à l’hôtel Ivoire. Cette année-là, alors que la Côte d’Ivoire subissait les premiers effets de la crise économique, une véritable 1 crise d’autorité a éclaté entre deux générations d’hommes politiques au sein du parti unique. Pour beaucoup d’observateurs, elle était essentiellement liée à la succession d’Houphouët-Boigny alors âgé de 75 ans. Vu les nouvelles demandes qu’exigeait la conjoncture sur le 1  MEDARD Jean François,Jeunes et ainés en Côte d’Ivoire, le VIIè congrès du PDCI, politique africaine, N°1 Mars 1981. P 104.
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plan structurel, le président Félix Houphouët-Boigny prit de grandes décisions. Ce congrès permit au chef de l’État de réduire plus sensiblement l’influence résiduelle de ses anciens compagnons de lutte comme Philippe Grégoire 1 Yacé . La déchéance de ce dernier marqua la fin de l’hégémonie des « militants de première heure » qui avaient lutté et conduit le pays à l’indépendance, au profit de la jeune génération qui devrait constituer, selon Houphouët-Boigny,« le fer de lance de la lutte pour l’indépendance économique ».Ainsi, de 1980 à 1990, deux organes symbolisaient le triomphe des « jeunes cadres » sur leurs aînés. La présidence de l’Assemblée nationale confiée désormais à Henri Konan Bédié (46 ans), et le nouveau Comité exécutif du parti unique, puissant organe collégial créé suite à la suppression du Secrétariat général, composé de neuf membres dont l’âge 2 varie pour la plupart entre 35 et 40 ans . Plusieurs d’entre eux furent d’anciens responsables du Mouvement des Élèves et Étudiants de Côte d’Ivoire (MEECI).  Le deuxième évènement porte sur le retour du multipartisme en 1990. Cette situation permit à un groupe composé d’anciens étudiants et enseignants ouvertement contre le MEECI et le principe du parti unique, de s’affirmer sur la scène politique ivoirienne. Ainsi, lors de la première élection présidentielle pluraliste, l’un d’eux, Laurent Gbagbo, entra dans l’histoire en s’offrant pour adversaire le plus illustre des Ivoiriens sans être pour autant ridicule. Comme l’avait fait le jeune Mitterrand en 1965 face au général de Gaulle en France. Cette situation 1 KIPRE Pierre,Côte d’Ivoire :La formation d’un peuple,Fontenay-sous Bois, SIDES, p.214 2  En 1980, les neuf membres du Comité exécutif furent : Camille Alliali (54 ans), Lazeni Coulibaly (52 ans), Jean Konan Banny (51 ans), Maurice Seri Gnoleba (45 ans), Laurent Dona Fologo (40 ans), Balla Keita (40 ans) Alphonse Djedje Mady (35 ans), Bernard Ehui (34 ans), Gilles Laubhouet (34 ans).
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favorable octroyait ainsi à Laurent Gbagbo le statut de leader de l’opposition.  Le troisième évènement est consécutif à la mise en application des dernières mesures prises par le président e Houphouët-Boigny (85 ans), lors du IX congrès qui er s’étant du 1 au 5 septembre 1990. Nous assistons dès cette époque à la mise en place du dernier dispositif du PDCI qui allait assurer l’« après Houphouët » et lutter à la fois contre l’opposition et la crise économique qui frappait de plein fouet la Côte d’Ivoire. La nomenclature de la vie politique actuelle se formait progressivement. Ainsi, le 6 novembre 1990, Houphouët-Boigny décide qu’Henri Konan Bédié, président de l’Assemblée nationale, achève son mandat en cas de vacance du pouvoir. Il nomme le jour suivant Alassane Ouattara Premier ministre pour mettre de l’ordre dans les finances. Dans le nouveau gouvernement figuraient des personnalités telles que Daniel Kablan Duncan (délégué à l’Économie), le colonel major Émile Constant Bombet (Intérieur), Essy Amara (Affaires étrangères), Henriette Dagri Diabaté (Culture) ou encore Alassane Salif N’Diaye (Enseignement supérieur) et jacqueline Oble (Justice).  En outre, Houphouët-Boigny nomme cette même année le colonel Robert Guéï au poste de chef d’état-major des armées avant de l’élever au grade de général de brigade en 1991. Charles Konan Banny remplace Alassane Ouattara au poste de gouverneur de la BCEAO et Laurent Dona Fologo devient en 1991, le Secrétaire général du PDCI, organe rétabli en 1990.  Cependant, la période 1990-1993 s’avérait difficile. L’apparition de rivalités à la tête de l’État liées à la succession du président, de dérives régionalistes au sein de cette génération héritière, suscita très vite des inquiétudes
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