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La fin de Sékou Touré

De
167 pages
Au moment où la Guinée est en pleine effervescence, il est opportun de rappeler à ses citoyens en manque de repères un passé occulte, pour leur faire éviter les erreurs de jadis qui ont tragiquement marqué leur destin. Cet ouvrage rappelle des événements qui étaient condamnés à l'oubli par manque ou disparition d'archives dans les tourmentes que le pays a connus.
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LA FIN DE SEKOU TOURE
Echos sonores et radiophoniques

@

L'Harmattan,

2007

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-04368-8 EAN : 9782296043688

Mandiou£ Mauro SIDIBE

LA FIN DE SEKOU TOURE
Echos sonores et radiophoniques

L' Harm.attan

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions Edmond BILOA, Le français des romanciers négro-africains. Appropriation, variationnisme, multilinguisme et normes, 2007. Jean Yaovi DEGLI, Togo: à quand l'alternance politique ?, 2007. Fabrice NGUIABAMA-MAKA y A (sous la dir.), Colonisation et colonisés au Gabon, 2007. Josiane TANTCHOU, Épidémie et politique en Afrique, 2007. AIsény René Gomez, Camp Boiro, Parler ou périr, 2007. Paulin KIALO, Anthropologie de la forêt, 2007. Bruno JAFFRE, Biographie de Thomas Sankara. La patrie ou la mort..., nouvelle édition revue et augmentée, 2007. Mbog BAS SONG, Les fondements de l'état de droit en Afrique précoloniale,2007. Igniatiana SHONGEDZA, Les programmes du Commonwealth au Zimbabwe et en République sud-africaine, 2007. Fidèle MIALOUNDAMA (sous la dir.), Le koko ou Mfumbu (Gnétacéés), plante alimentaire d'Afrique Centrale, 2007. Jean de la Croix KUDADA, Les préalables d'une démocratie ouverte en Afrique noire. Esquisse d'une philosophie économique, 2007. Jacques CHATUÉ, Basile-Juléat Fouda, 2007. Bernard LABA NZUZI, L'équation congolaise, 2007. Ignatiana SHONGEDZA, Démographie scolaire en Afrique australe, 2007. Olivier CLAIRAT, L'école de Diawar et l'éducation au Sénégal, 2007. Mwamba TSHIBANGU, Congo-Kinshasa ou la dictature en série, 2007. Honorine NGOU, Mariage et Violence dans la Société Traditionnelle Fang au Gabon, 2007. Raymond Guisso DOGORE, La Côte d'Ivoire: construire le développement durable, 2007. André-Bernard ERGO, L 'héritage de la Congolie, 2007. Ignatiana SHONGEDZA, Éducation des femmes en Afrique australe, 2007.

SOMMAIRE

Sommaire. .... Avant-propos

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....................... 5 .... .. ... 7 9 121 163 165

Chapitre I Mort deS ék0UTouré Chapitre II Chute du régime Conclusion Apolo gue

A V ANT

-PROPOS

Après la mort d'Ahmed Sékou TüURE, beaucoup de documents d'archives ont été détruits. A travers cet ouvrage, je vais rapporter des témoignages, reprendre des reportages radiodiffusés qui, je l'espère, reflèteront avec impartialité la fin de Sékou TüURE. Ainsi, les discours prononcés, les commentaires des journalistes, des hommes d'Etat et des Guinéens à ses obsèques ne tomberont pas dans l'oubli. Ces commentaires seront transcrits sans aucune déformation. Je reprendrai leurs phrases sans souci de les rendre plus compréhensibles. Tous ces documents auraient disparu après le coup d'Etat manqué contre le nouveau régime qui a entraîné la destruction d'une partie de la radio de Guinée. Seuls ont survécu quelques enregistrements de certains auditeurs, comme celui de Jo CAMP EL évoqué dans cet ouvrage.

CHAPITRE I

Mort de Sékou TouRÉ

Récit de Jo CAMPEL : Le 27 mars 1984, à sept heures du matin, j rai été réveillé par des coups frappés à ma porte. Hébété, j'ai tout d'abord pensé à l'annonce d'un éventuel cambriolage nocturne, mais ma sœur a levé mon inquiétude en insistant pour que j'ouvre car, vu la gravité de l'événement, elle ne pouvait se permettre de me l'annoncer du dehors, par méfiance. Après avoir ouvert la porte, elle me dit tout bas: "Le Président Sékou TOURE est mort". Sur le coup, je n'ai pas pu réaliser; j'étais sur le point de démentir quand, tout à coup, me souvenant d'une coupure intempestive de courant la veille à deux heures du matin, et qui continuait jusqu'à présent, je me suis dit que ceci pouvait bien en être la cause. A l'époque, à CONAKRY, toute interruption électrique était le prélude d'une malversation ou d'un événement grave. Le moindre serait le détournement de quelques fûts du gasoil que l'on utilisait pour alimenter les groupes énergétiques. Je me jetai sur mon transistor et commençai le long enregistrement qui est à la base de cet ouvrage. La musique émise était assez éloquente, religieuse, entrecoupée de sons de kora, instrument traditionnel africain. Depuis, j'ai réussi à enregistrer tous les échos sonores. C'est vers huit heures, le 27 mars 1984, que le

Premier ministre, El Hadj Lansana BEAVOGUI, s'est adressé en ces termes, à la population: « Peuple de Guinée, Peuple du monde, le Bureau Politique National du parti démocratique de Guinée porte à la connaissance du peuple militant et croyant de Guinée la tragique nouvelle ci-après: à la suite d'une attaque cardiovasculaire, survenue dans la nuit du jeudi 22 au 23 mars 1984, le camarade Ahmed Sékou TüURE, Responsable suprême de la Révolution, Président de la République Populaire et Révolutionnaire de Guinée, a été transporté immédiatement à l'hôpital de Cleveland aux Etats-Unis d'Amérique, où ont été entrepris des examens approfondis. Ces examens ont prouvé l'existence d'une dissection étendue de l'artère aorte, toujours fatale en l'absence d'intervention chirurgicale urgente. C'est au cours de cette intervention que Dieu le Tout Puissant a rappelé à lui le grand révolutionnaire et sincère croyant que fut le Président Ahmed Sékou TüURE. Il était 20h23mn, temps universel, le lundi 26 mars 1984. Le Bureau politique national du parti démocratique de Guinée, réuni le 27 mars 1984 à partir de deux heures du matin, sous la présidence du camarade El Hadj Lansana BEAVüGUI, Premier ministre, douloureusement frappé par ce tragique événement qui affecte si profondément le peuple de Guinée et tous les peuples d'Afrique et du monde, adresse au grand peuple de Guinée, à son Parti de la révolution populaire, le Parti démocratique de Guinée, à la famille éplorée du grand Africain, qui nous a quittés si brutalement et si prématurément, ses condoléances les plus profondément émues et implore Allah le Tout-Puissant pour qu'il veuille accorder à l'âme du grand et illustre disparu la paix éternelle du paradis. Le Bureau politique national du Parti démocratique de Guinée, dans cette 10

circonstance poignante et d'extrême douleur, prend les mesures ci-après: il est proclamé un deuil national de quarante jours commençant ce mardi 27 mars 1984 à 2 heures du matin. Au cours de cette période de deuil national, les drapeaux seront mis en berne sur tous les bâtiments et dans tous les lieux publics. Tous les spectacles et toutes les réjouissances sont suspendues sur toute l'étendue du territoire de la République. Le peuple croyant de Guinée, musulman, chrétien, est invité à faire dans tous les lieux de culte: mosquée, église, temple, des prières ferventes pour le repos de l'âme de notre grand camarade, l'immortel Ahmed Sékou TOURE, grand défenseur de l'islam, grand rassembleur des peuples, grand combattant de l'Afrique en lutte, que le tout-puissant Allah vient de rappeler en sa sainteté. Le Bureau politique national du Parti démocratique de Guinée, en ce moment tragique, reste conscient de l'absolue nécessité de défendre et d'amplifier la gigantesque œuvre du grand combattant de la Révolution populaire Ahmed Sékou TOURE, et invite solennellement et fermement le Comité central du Parti démocratique de Guinée, le Gouvernement de la République, chaque fédération du Parti-Etat, chaque étatmajor des forces révolutionnaires, chaque responsable, chaque militant du Parti démocratique de Guinée, à observer avec la vigilance la plus aiguë une détermination absolue dans l'exécution de la mission de sauvegarde des acquis de la Révolution populaire et de leur accroissement continu de manière à garantir de plus en plus le caractère irréversible de cette Révolution comme nous l'a toujours prescrit notre commandant en chef, notre camarade Président Ahmed Sékou TOURE, et ce, dans la discipline la plus rigoureuse, celle qui a toujours caractérisé la marche triomphale de notre Révolution populaire. Aujourd'hui plus qu'hier chaque responsable du Parti

Il

démocratique de Guinée, chaque militant de notre glorieux parti doit rester fidèle, rigoureusement fidèle, absolument fidèle à l'esprit de notre Révolution populaire, telle qu'elle a été incarnée par notre grand camarade disparu, l'immortel Ahmed Sékou TOURE. Chaque cadre de la Révolution, chaque responsable du Parti-Etat, doit demeurer à son poste, là où il est, prêt à exécuter toute autre instruction du Bureau politique national du Parti démocratique de Guinée. Héroïque peuple de Guinée, tu tiens fermement dans tes mains vigoureuses ta Révolution. Elle est assurée par l'invincibilité. Prêt pour la production, critère et exigence de la Révolution. » Puisqu'il était dit dans ce communiqué que chaque citoyen devait rester à son poste de travail, je me suis rendu immédiatement à l'hôpital Ignace Deen de Conakry pour réaliser mon programme de travail quotidien. Certains travailleurs avaient néanmoins profité de cet état de surprise pour rester à leur domicile. C'est donc avec beaucoup de difficulté que j'ai terminé la journée. Après cette matinée, tous les médecins ont été convoqués par le directeur de l'hôpital. Au cours de son exposé, le Docteur Byna RAMACA qui se voulait le fils spirituel de Sékou TOURE nous a relaté les événements qui ont précédé l'agonie dont il avait été un des rares témoins oculaires. Il nous a expliqué comment le mourant l'avait fait venir à son chevet et nous a demandé enfin de lire avec lui un verset du Coran à la mémoire du disparu. La réaction du monde entier ne s'est pas fait attendre. Voici des enregistrements de la radio française: interviews et commentaires.

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Carrefour spécial France Inter Sékou TOURE avait soixante-deux ans. Avec lui disparaît un dictateur sanglant, mais aussi l'un des pères de l'Indépendance africaine, celui qui avait oser dire non à DE GAULLE. Commentaires de Claude MAZOT. « Oui et c'est même le seul dirigeant à avoir dit non aussi franchement à de GAULLE, une réaction que le général ne pouvait que très mal apprécier: il le fit d'ailleurs bien sentir à Sékou TOURE en ordonnant immédiatement la mise à l'écart de la Guinée et en coupant du jour au lendemain toute aide française à ce pays. Sékou TOURE se retrouvait indépendant, mais sans ressources, entouré de pays africains fil1alement pas tellement amicaux, guetté par l'URSS et ses alliés trop contents de prendre la place de la France. Sékou TOURE acceptant l'aide communiste réalisa assez vite que la France était bien la seule en définitive à avoir quelques connaissances africaines et, les années passant, les deux pays renouèrent des relations diplomatiques après bien des accusations, bien des menaces, des histoires de complots, des procès, des exécutions, car Sékou TOURE laisse derrière lui une image de dictateur sans pitié. Deux millions de Guinéens sur six vivent en exil. Des milliers d'autres ont été fusillés ou sont morts en prison. Sur le plan économique, là aussi, échec: son pays restait pauvre. Pourtant, avec le temps, le conflit est-ouest aidant, les rivalités entre les puissances occidentales étaient toujours à l'ordre du jour, Paris et Conakry refaisaient ami-ami, le passé était effacé. M. Sékou TOURE venait en France, M. Mitterrand devait faire le voyage à Conakry cette année. Conakry devait accueillir aussi le sommet de l'O.U.A. au mois de mai. Ainsi Sékou TüURE, peu à peu, reprenait une place de 13

grand dirigeant en Afrique. Une rupture d'anévrisme a arrêté ce véritable "come-back". Il Reste à savoir qui va lui succéder, les dictateurs ayant toujours peu de dauphins. » Le journaliste de France Inter poursuit, dans un télégramme de condoléances: « Le Premier ministre Pierre Mauroy s'associe au deuil qui frappe le peuple guinéen. Le président Sékou TOURE aura marqué l'histoire de l'Afrique, en particulier dans son combat d'émancipation, écrit notamment M. Mauroy. Réaction beaucoup moins élogieuse de la part de l'ancien Premier ministre, M. Michel Debré. Selon M. Debré, Sékou TOURE était un chef dictatorial, cruel, qui a conduit son pays dans l'impasse et qui n'a pas eu le temps de réparer ses erreurs. Le problème de la succession est loin d'être réglé. Le pouvoir sans partage exercé par Ahmed Sékou TOURE n'a pas favorisé l'apparition d'autres hommes politiques au premier plan. La Constitution prévoit en tout cas que le gouvernement révolutionnaire reste en fonction pour expédier les affaires courantes, et c'est donc le gouvernement en fonction qui assure l'intérim de la présidence et cela jusqu'à l'élection du chef d'Etat, dans un délai maximum de quarante jours, lui demandant, je cite, d'unir ses efforts pour que la dictature ne survive pas au président Sékou TOURE. Même opinion et même souhait exprimés par l'association des familles de disparus politiques en Guinée qui regroupe les épouses françaises des disparus guinéens. » Interview de M. Léopold Sédar Senghor (ancien Président du Sénégal, membre de l'Académie française) : « Ce n'était pas un saint, ce n'était pas un démocrate, mais je crois que profondément, au fond de lui-même, c'était un 14

patriote africain. A côté de son action de lutte contre le colonialisme et en faveur de l'indépendance, on ne peut pas oublier la dictature sanglante qu'il a exercée sur la Guinée pendant deux décennies. Ces deux aspects seront donc à retenir de lui... » Le journaliste interroge Léopold Sédar Senghor: Le journaliste - « Comment pensez-vous que va évoluer dans les semaines et mois qui viennent la Guinée? » Senghor - « Le problème est de savoir qui va succéder à Sékou TOURE et si son successeur continuera dans sa dernière ligne, c'est-à-dire si son successeur choisira comme lui une véritable indépendance pour la Guinée comme pour l'Afrique. » Le journaliste - « M. Senghor vient d'en parle, en Guinée, se pose maintenant le problème de la succession de M. Sékou TOURE. En fait, Bernard MAJAX, c'est la Constitution qui prévoit le mécanisme à savoir les élections présidentielles. »

Bernard MAJAX - «C'est en effet l'article 51 de la
deuxième Constitution guinéenne, adoptée en mai 1982, qui exerce le mécanisme de relève des fonctions des chefs d'Etat. Cet article 51 dit ainsi qu'en cas de vacance de la présidence pour quelque cause que ce soit, le Gouvernement révolutionnaire reste en fonction pour expédier les affaires courantes jusqu'à l'élection d'un nouveau chef d'Etat, ceci dans un délai maximum de quarante-cinq jours au cours duquel des élections présidentielles sont organisées. Dans moins d'un mois et

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demi, il y aura donc des élections au suffrage universel direct et secret comme le prévoit la Constitution, l'intérim étant assuré par le Premier ministre, M. Lansana Béavogui. Le Président du Parti-Etat est élu à la majorité absolue des électeurs pour un mandat de sept ans renouvelable. Le président Sékou TOURE avait ainsi été réélu pour son quatrième septennat en mai 1982 avec 100% des voix. » Le journaliste de RFI reprend: «L'un des derniers chefs d'Etat à avoir rencontré le Président guinéen est le Président Omar Bongo. M. Sékou Touré assistait en effet dernièrement aux festivités marquant à Libreville le seizième anniversaire de la fondation du Parti démocratique gabonais. Alain CHALBRON a joint ce matin, par téléphone, le président Omar Bongo très éprouvé par la disparition soudaine de M. Sékou TOURE. » Président Omar Bongo: «C'est une perte et une très grande perte pour l'Afrique, surtout au moment où il a rejoint le rang francophone et pour nous qui le connaissons, on était déjà très content que la conférence de l'OUA se tienne chez lui. Il se donnait corps et âme pour que non seulement la conférence se tienne chez lui mais surtout pour que nous arrivions à trouver un consensus qui puisse faire en sorte que, pour tout le monde, l'affaire Sahara et Tchad puisse trouver de nombreux moyens pour que nous arrivions à une solution équitable. » Question - «Quand vous l'aviez vu, le président Sékou TOURE, très récemment, est-ce qu'il vous a paru fatigué? Est-ce que vous vous attendiez à une telle nouvelle? » 16