La France des années Sarkozy

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Cet ouvrage synthétise les mutations de la société française sous l'ère Sarkozy : de sa conquête triomphante du pouvoir jusqu'à son échec électoral de 2012, l'auteur y décrypte les rouages d'un certain exercice du pouvoir troublé par la crise économique et les mutations qu'il a inauguré. À travers cette chronique alerte de la société française, nous découvrons un pays en profonde mutation qui aspire à la réforme mais n'en accepte pas toujours les contraintes qu'elle exige.
Publié le : mardi 15 mars 2016
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EAN13 : 9782140004308
Nombre de pages : 810
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LA FRANCE DES ANNÉES SARKOZY Charles DEBBASCH
Chronique d’un quinquennat
Cet ouvrage synthét se les mutat ons de la société française sous l’ère
Sarkozy : de la conquête triomphante du pouvoir à l’échec électoral de 2012.
Il comporte quatre part es.
La première, « L’entrée en Sarkozye » (2006-2007), retrace les construct ons
de la prise du pouvoir par l’ancien maire de Neuilly et les changements LA FRANCE
sociaux qu’elle entraîne.
La seconde, « La Sarkozye gouvernante », qui couvre l’année 2008 décrit les
rouages du nouveau pouvoir et les mutat ons qu’il inaugure.
La troisième « Les orages de la Sarkozye » (2009-2010), montre un pouvoir DES ANNÉES
troublé par la crise économique. C’est la fi n de la Présidence impériale et la
tentat ve d’édifi er des inst tut ons tempérées pour refroidir les contestat ons
qui commencent à naître.
Enfi n la quatrième, « La chute de la Sarkozye » (2011-2012), décrit les SARKOZY
péripét es du pouvoir sarkozyen qui cherche le sout en de l’opinion à sa
polit que de réforme sans réussir à convaincre les vict mes de la crise
économique. Chronique d’un quinquennat
À travers cet e chronique alerte de la société française, on découvre une
France en profonde mutat on qui aspire à la réforme mais qui n’accepte pas
toujours les contraintes qu’elle exige.
Agrégé des facultés de droit à 24 ans, Charles Debbasch a été le plus jeune
doyen de faculté, avant d’assurer la présidence de l’université à Aix-Marseille.
Membre du cabinet d’Edgar Faure à l’Éducat on nat onale, il a été conseiller
à la présidence de la République sous le septennat giscardien. Spécialiste
des médias, il a notamment dirigé le groupe de presse Dauphiné
LibéréLyon mat n. Il est l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages. Charles Debbasch
est aujourd’hui ministre et conseiller spécial du président de la République
togolaise.

Illustrat on de couverture : © Vincent Moreau – Fotolia.
65 €
ISBN: 978-2-343-08757-3
LA FRANCE
CHARLES DEBBASCH
DES ANNÉES SARKOZY






La France des années Sarkozy
Chronique d’un quinquennat


Charles DEBBASCH








LA FRANCE
DES ANNEES SARKOZY
Chronique d’un quinquennat















L’Harmattan

Cet ouvrage fait la synthèse de quatre tomes, du même auteur, parus
aux éditions L’Harmattan entre février 2008 et décembre 2012. Il
s’agit respectivement de :


ENTRÉE EN SARKOZYE (L')
Vers une autre France ?
Charles Debbasch
ISBN : 978-2-296-04947-5
172 pages • Février 2008

SARKOZYE GOUVERNANTE (LA)
Un nouveau présidentialisme
Charles Debbasch
ISBN : 978-2-296-11278-0
246 pages • Février 2010

ORAGES DE LA SARKOZYE (LES)
De la présidence impériale au pouvoir tempéré
Charles Debbasch
ISBN : 978-2-296-56111-3
310 pages • juillet 2011

CHUTE DE LA SARKOZYE (LA)
Chronique de la fin d'un quinquennat
Charles Debbasch
ISBN : 978-2-296-99743-1
328 pages • décembre 2012














© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-08757-3
EAN : 9782343087573

INTRODUCTION

Cet ouvrage synthétise les mutations de la société française sous
l’ère Sarkozy : de la conquête triomphante du pouvoir à l’échec
électoral de 2012.
Il comporte quatre parties.
La première, « L’entrée en Sarkozye » (2006-2007), retrace les
constructions de la prise du pouvoir par l’ancien Maire de Neuilly et
les changements sociaux qu’elle inaugure.
La seconde, « La Sarkozye gouvernante », qui couvre l’année 2008
décrit les rouages du nouveau pouvoir et les mutations qu’il inaugure.
La troisième « Les orages de la Sarkozye » (2009-2010), montre un
pouvoir troublé par la crise économique. C’est la fin de la Présidence
impériale et la tentative d’édifier des institutions tempérées pour
refroidir les contestations qui commencent à naître.
Enfin la quatrième, « La chute de la Sarkozye » (2011-2012), décrit
les péripéties du pouvoir sarkozyen qui cherche le soutien de l’opinion
à sa politique de réforme sans réussir à convaincre les victimes de la
crise économique.
À travers cette chronique alerte de la société française, on découvre
une France en profonde mutation qui aspire à la réforme mais qui
n’accepte pas toujours les contraintes qu’elle exige.





PARTIE I


L’ENTRÉE EN SARKOZYE
Vers une autre France ?




Entre septembre 2006 et septembre 2007, la France a connu un
basculement historique. La société politique paraissait engourdie,
enfermée dans ses conservatismes de gauche ou de droite. Les affidés
de la génération Mitterrand et de l’écurie Chirac y défendaient leurs
fonds de commerce et paraissaient barrer la route aux nouveaux
appétits politiques.
Mais, au-delà de cet immobilisme apparent, des courants nouveaux
cherchaient à sourdre des profondeurs.
La recherche d’un renouvellement profond de l’élite dirigeante
pour secouer la monotonie des reconductions politiques.
La quête confuse d’un modèle social plus individualiste, mais
toujours solidaire.
L’ouverture à de nouveaux types de comportement social, moins
hypocrites et plus tolérants.
L’appétit pour l’esprit d’innovation et d’entreprise devant la
constatation de l’échec de notre modèle économique bureaucratique.
La recherche d’une nouvelle solidarité française ouverte et
tolérante, mais ni complaisante ni démagogue devant les tentations
communautaristes.
C’est cette lente émergence d’une nouvelle société que révèle cette
« entrée en Sarkozie ».
11
SARKOZY AUX ÉTATS-UNIS

19 septembre 2006


La visite de Nicolas Sarkozy aux États-Unis ne cesse de faire des
vagues. Jacques Chirac aurait qualifié d’irresponsable les déclarations
de son ministre de l’Intérieur. Quant aux socialistes, ils ont rangé le
président de l’UMP au rayon animalier : il serait pour Fabius le futur
caniche du Chef d’État américain et pour Emmanuelli un chiot couché
devant son maître.
Essayons de remettre un peu d’ordre dans ce débat qui touche au
plus profond des orientations politiques.
Observons tout d’abord qu’il est normal et même légitime qu’un
candidat potentiel à la Présidence de la République française se rende
aux États-Unis. Qu’il l’ait fait dans la semaine du 11 septembre au
moment où le peuple américain était recueilli dans le souvenir de la
tragédie du World Trade Center ne peut qu’être approuvé. Il n’y a pas
de concession dans la lutte contre le terrorisme et la barbarie. Et, il
faut avoir de la mémoire. Comme le dit justement Michel Sardou dans
une de ses chansons « Si les Ricains n’étaient pas là, vous seriez tous
en Germanie, À parler de je ne sais quoi, À saluer je ne sais qui ». Il
faut que les nouvelles générations aillent visiter en Normandie ou
ailleurs les tombes de ces jeunes Américains fauchés dans la fleur de
l’âge pour défendre notre liberté au moment où les dictatures nazies
ou communistes dressaient le voile noir ou rouge de leur oppression
sur le monde. Les États-Unis et la France partagent les mêmes idéaux
de justice et de liberté et ce n’est pas parce qu’il est à la mode de
hurler avec les loups antiaméricains que la France doit confondre
l’essentiel et l’accessoire.
Cela ne signifie pas pour autant que la France doive couvrir les
erreurs de Bush et notamment la guerre en Irak. Mais cela veut dire
qu’il faut éviter les rodomontades guerrières, les expressions
tonitruantes, les blessures inutiles. En d’autres termes, on peut, sans
être le toutou de Bush, refuser d’aboyer avec la meute et préférer la
discussion, le débat. Cela nous éviterait le ridicule après avoir hurlé
12
notre hostilité aux États-Unis de nous faire tout petit pour ne pas gêner
nos exportations de vin ou de foie gras. Au demeurant, les
déclarations de Nicolas Sarkozy ont été plus mesurées que le
condensé qui en a été publié. Sarkozy n’a pas critiqué la position
française sur le fond-il est et reste hostile à l’intervention en Irak, mais
sur la forme. Il y avait sûrement d’autres méthodes que le discours
bravache pour faire entendre la différence de la France.
Les sonorités différentes de la droite française ne sont pourtant pas
nouvelles. Il existe depuis des lustres une droite française
proatlantique incarnée par le courant démocrate-chrétien puis centriste
et une droite gaulliste qui cherche à affirmer l’indépendance de
l’Europe par rapport aux États-Unis. Les déclarations de
Nicolas Sarkozy manifestent à cet égard une évolution puisque le
Président de l’UMP se rapproche d’une position plus atlantiste. Mais
la politique est tout d’abord une affaire de langage. Les paroles
enflammées de Villepin au moment du déclenchement de l’affaire
irakienne ont flatté l’ego des Français qui se sont imaginé redevenir le
centre du monde. Il n’est pas certain que le réalisme de
Nicolas Sarkozy ne soit pas plus proche des potentialités françaises.
Pour reprendre le langage animalier que l’on évoquait en
commençant : rien ne sert de se faire passer pour le roi Lion quand on
se contente de pousser le cri du coq.

13
ORAGE SUR LES MÉDIAS

22 septembre 2006


Un directeur de journal laisse publier la photo de la femme de
Nicolas Sarkozy en escapade, il est relevé de ses fonctions par le
groupe Lagardère. Une journaliste de France 2 épouse le ministre
Borloo et la voilà interdite d’antenne par le patron de la chaîne qui
estime que ce lien conjugal risque de peser sur son objectivité dans le
débat présidentiel. François Bayrou quant à lui met en doute
l’objectivité des médias liés désormais à de grands groupes
industriels, il est aussitôt tancé par les dirigeants de TF1.
Tous ces faits illustrent une crise profonde des médias. Les
nouvelles techniques de communication en sont en partie la cause.
Quand on peut avoir accès en temps réel à l’information sur Internet,
il est évident que l’imprimé a toujours un temps de retard. Mais des
facteurs propres à la presse française expliquent aussi le déclin. Les
journaux français n’ont pas su séduire les nouvelles générations et leur
qualité rédactionnelle laisse souvent à désirer.
Dès lors les journaux français étaient mûrs pour entrer dans la
stratégie des grands groupes industriels qui y voient un moyen pour
renforcer leur emprise sur la société. Nous sommes aujourd’hui en
présence d’une presse normalisée. Le groupe Dassault a pris le
contrôle de l’empire Hersant et de son emblématique Figaro, le groupe
Lagardère contrôle Hachette et sa myriade de titres, le groupe Bolloré
a conclu une alliance avec le Monde et Libération en difficultés a du
faire appel à un partenaire financier, TF 1 et sa constellation
audiovisuelle sont contrôlées par le groupe Bouygues.
On peut pour se rassurer tenter de minimiser l’impact de cette
emprise. Les rédactions sont autonomes et le propriétaire financier ne
tient pas la plume des journalistes. Certes, mais les choses ne sont ni
aussi simples, ni aussi claires. Si la plume est libre, les enjeux
stratégiques et financiers commandent et influencent donc le contenu
du journal. Les autorisations nécessaires pour exploiter les nouvelles
14
technologies comme la TNT sont délivrées par le gouvernement et on
ne peut ignorer que s’ouvrent ainsi de subtils moyens de pression.
La période pré-présidentielle explique la montée de la fièvre
actuelle. Chaque candidat se préoccupe de sa politique de
communication et cherche à pénétrer le subtil réseau d’influence qui
construit l’opinion. On n’a pas fini de recenser les interférences entre
les médias et les politiques. Mais, une chose est sûre. La lutte pour le
contrôle des médias est engagée et on n’a pas fini d’en entendre
parler.

15
LA VIE PRIVÉE DES HOMMES PUBLICS

22 septembre 2006


À la différence des pays anglo-saxons où il existe une très grande
transparence de la vie publique, la tradition française voulait que l’on
n’évoquât jamais la vie privée des hommes publics. La loi sur le
respect de la vie privée est certes plus stricte en France qu’en
Angleterre. Mais, ce n’est pas la seule raison du silence sur les mœurs
des politiques. Il existait, jusqu’à l’époque récente, une frontière
subtile entre la vie privée et la vie publique qui reposait sur un pacte
non-écrit entre journalistes et hommes publics. Les journalistes étaient
acceptés dans le cercle intime des politiques à la condition de
n’évoquer que les débats et de taire les ébats.
Cela n’empêchait pas le Tout-Paris d’évoquer dans les dîners en
ville les dernières conquêtes ou les ultimes frasques de X ou de Y,
mais ces propos ne franchissaient pas les murs des imprimeries ou des
studios. Ainsi, François Mitterrand a-t-il pu maintenir sa double vie
pendant la plus grande partie de ses mandats sans que l’opinion en soit
informée.
Le pouvoir n’en enquêtait pas moins sur la vie privée de la classe
politique. Les rapports des renseignements généraux comportaient
toujours des relations sur le comportement privé des politiques. Tout
pouvoir s’intéressait à rechercher des écarts dans la vie de ses
adversaires pour y trouver des armes de pression. C’était la zone rose
du pouvoir politique où il n’était pas bon de franchir la ligne rouge dès
lors que l’on se situait dans l’opposition.
Cette tradition de silence n’empêchait pas les rumeurs de croître ou
de prospérer ou les coups tordus de fleurir. Georges Pompidou en fut
ainsi la victime lorsqu’un clan gaulliste qui souhaitait ruiner son
accession à la Présidence de la République diffusa des photos
vraisemblablement trafiquées qui exhibaient Claude Pompidou en très
galante compagnie.
Une première frontière allait assez rapidement être franchie au nom
de la vérité. Un homme public peut-il prêcher dans sa vie publique des
16
comportements qui sont en contradiction avec sa vie privée. Par
exemple, un ministre peut-il demander la restriction de la loi sur le
divorce alors qu’il a une ou plusieurs maîtresses. C’est à partir de cette
faille que les associations d’homosexuels ont menacé certains
hommes publics hostiles au PACS de révéler leur penchant
homosexuel. Chacun reconnaîtra qu’il faut, au nom du respect dû aux
électeurs, exiger que l’homme politique qui se mêle de réglementer la
vie privée des citoyens doive avoir un comportement en accord avec
ses prises de position.
Un second verrou allait à son tour être gravi. De plus en plus de
politiques se servent de leur vie privée comme d’un élément de
marketing. Ils exhibent leur femme ou leur compagne, affichent leurs
enfants, se font photographier sur les lieux de leurs vacances. Ils se
déguisent en sportifs du dimanche pour des courses à pied, en cheval
ou en voiture. La vie privée devenant ainsi un moyen de conquérir la
faveur du public, le paravent qui cachait le côté intime de la
personnalité devient transparent.
La libéralisation des mœurs rétrécit elle-même le champ de la vie
privée. Dès lors que la morale devient plus tolérante, il n’y a plus de
raison de cacher au bon peuple ce qu’un grand nombre de citoyens
pratiquent et, depuis que Michel Rocard a annoncé à tous et à chacun
son divorce, les politiques affichent leurs séparations, leurs ruptures
ou leurs rapprochements. Les enfants naturels ne choquent plus
personne depuis que plus de la moitié des naissances se situe hors
mariage et le divorce ne surprend plus dès lors qu’il s’est banalisé.
Un dernier pan de la vie privée des hommes publics est en voie de
s’effondrer. Dans une société où la communication prend une part de
plus en plus grande, les relations des politiques avec les journalistes
sont de plus en plus fréquentes et, c’est la loi de l’espèce, les amours
naissent et des couples mixtes journalistes politiques se forment. La
boucle est bouclée. Mais ce sont peut-être ces couples-là qui aspirent
le plus au respect de leur intimité.

17
LA RENONCIATION DE JOSPIN

24 septembre 2006


À juste raison, on assure qu’en politique un responsable n’est
jamais mort. L’acharnement permet à l’homme politique de laisser
passer les flux hostiles et de retrouver les vents favorables. L’exemple
des Mitterrand ou Chirac qui ont essuyé de multiples échecs avant
d’être élus à la magistrature suprême est là pour nous le montrer. C’est
ce qu’a dû penser Jospin en amorçant sa candidature à l’élection
présidentielle de 2007. Il a tenté de réamorcer son retour par une
stratégie de communication progressive en espérant éveiller l’attention
des électeurs et l’intérêt de son parti. Mais, la mayonnaise n’a pas pris
et il doit aujourd’hui renoncer, assuré qu’il est de ne pas trouver un
degré de confiance suffisant.
De nombreux handicaps plombaient en effet sa candidature. Son
attitude lors de l’échec électoral de 2002 ne plaidait pas en sa faveur.
Distancé par Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle et
éliminé ipso facto de la course, il a abandonné, sous le choc, ses
troupes en rase campagne. Il n’a pas montré alors une grande force de
caractère. Les partisans de la gauche n’ont pas oublié ce qu’ils ont
considéré comme une désertion. Par ailleurs, Lionel Jospin n’a pas
gardé une quelconque emprise sur le Parti socialiste alors que
Mitterrand ou Chirac avaient, en leur temps, une influence
déterminante sur leurs mouvements respectifs. Seul un mouvement
populaire puissant aurait pu porter une candidature Jospin. Mais, le
manque absolu de charisme de l’ancien Premier ministre rendait
illusoire tout appel direct à l’opinion.
C’est donc pour Lionel Jospin une sortie définitive de la course
présidentielle.
18
LES PREMIERS COUPS BAS
DE LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE

3 octobre 2006


Comme toute compétition, la campagne présidentielle a ses excès.
Certains nous présentent les futurs candidats comme des saints,
d’autres les diabolisent. Les coups pleuvent souvent bas et chaque
campagne est accompagnée de ses rumeurs, de ses dénigrements, de
ses attaques personnelles.
Dans chaque camp, un « vicieux » propose les attaques potentielles
et les déverse perfidement par les canaux les plus discrets pour que la
rivière devienne un fleuve dont on aurait perdu la source. Ces coups
bas, on l’aura compris, ne portent pas sur le programme du candidat.
Ils visent à ternir son image en s’en prenant à sa vie personnelle, à son
entourage familial.
La précampagne de 1974 fut marquée par l’affaire de la feuille
d’impôts de Chaban, celle de 1981 se déroula sous le signe des
diamants de Giscard. L’actuelle compétition n’est pas en reste. Elle a
connu sa première déviation avec la médiatisation démesurée des
difficultés conjugales de Nicolas Sarkozy. Voici qu’aujourd’hui, on
prétend découvrir qu’un des frères de Ségolène Royal Gérard Royal, a
participé en 1985 à l’attentat contre le Rainbow-Warrior, le navire de
Greenpeace coulé en 1985 par des agents français. Naguère les
journalistes étaient friands des déclarations peu conformistes de la
femme de Pierre Messmer. Ils s’excitaient lorsque Philippe Léotard
s’épanchait sur son frère François. À la veille d’une compétition
présidentielle, il ne fait pas bon avoir une famille nombreuse ou des
amis d’enfance envahissants.
Je ne suis pas certain que ces divagations marquent vraiment
l’esprit des électeurs. Comme toute diffamation, elles ont un autre
objectif : occuper le candidat potentiel sur d’autres terrains que sa
campagne, le déstabiliser intérieurement pour le rendre moins
compétitif. C’est une sorte de baptême du feu que doit franchir avec
succès celui qui aura peut-être à porter les plus lourdes
19
responsabilités. Et, s’il faut blâmer les coups bas, la réaction qu’ils
inspirent à leur victime est un bon degré de mesure de son sang froid
et donc de son aptitude à l’exercice du plus difficile des mandats.
20
LA RÉFORME HONTEUSE DE LA JUSTICE

24 octobre 2006


Un quelconque enseignement a-t-il été tiré de l’Affaire d’Outreau ?
On peut se le demander en voyant la timidité avec laquelle est
présentée la réforme de la justice. Car, ce qu’a révélé le drame
d’Outreau, c’est bien plus qu’une simple erreur judiciaire. C’est une
déviance collective de l’appareil judiciaire qui a couvert les fautes
lourdes du juge Burgaud. C’est une chaîne de commandement et de
responsabilité qui devient folle et qui protège d’un édredon un cumul
de bévues.
Tous les magistrats honnêtes et responsables et ils sont légion
auraient du se lever au nom de la justice et de la vérité et se
demander : comment faire pour que cette déviance ne se conjugue
plus au futur ? Le pouvoir politique porté par l’émoi populaire aurait
dû, dans la foulée, ouvrir une réflexion collective sur notre justice et
porter une grande espérance de justice.
La vérité en aurait profité. La magistrature aussi qui aurait trouvé
grâce à cet élan populaire plus de considération et plus de moyens. Au
lieu de cela, on a assisté à un grand festival d’hypocrisie. Les
syndicats de magistrats se sont drapés dans une sauvegarde absurde de
privilèges, car il n’est pas d’indépendance sans responsabilité et sans
compétence. Les politiques, un instant stimulés par une commission
parlementaire, se sont rappelé qu’ils sont aussi des justiciables sous
les fourches caudines potentielles des magistrats. Et tous ces
responsables se sont mis d’accord pour une réforme a minima, une
sorte de parapluie pour se protéger de l’orage qui gronde.
C’est une grande occasion perdue. Une réforme honteuse qui ne
fait que retarder la grande réforme de la justice dont la France a
besoin.

21
JE VOTE POUR L’ADVERSAIRE DE MON AMI
LE PLUS PROCHE

4 octobre 2006


Lorsque des enfants se disputent un jouet, ils préfèrent parfois le
casser plutôt que de le voir tomber dans les mains de leur frère ou de
leur copain. Le comportement de certains adultes n’est pas très loin de
cette attitude. En politique, les plus dangereux adversaires ne sont pas
ceux qui se trouvent dans le camp adverse, mais ceux qui se situent
dans la même mouvance. C’est leur électorat qu’il va falloir
conquérir. C’est avec eux que l’on va entrer en concurrence pour les
places. C’est eux qu’il faut éliminer pour sauvegarder son hégémonie.
La compétition présidentielle est une bonne illustration de cette loi
universelle. Valéry Giscard d’Estaing raconte dans le tome trois de ses
mémoires qu’il a été battu en 1981 parce que Jacques Chirac a fait
voter pour François Mitterrand. Le calcul des chiraquiens était simple.
Ils craignaient que la réélection de Giscard permette au courant
giscardien de laminer définitivement le mouvement gaulliste. Ils
espéraient aussi qu’après avoir éliminé Giscard, les socialistes
s’effondreraient vite. Ce calcul se révéla erroné, mais Giscard fut bien
battu.
En 1995, les socialistes mitterrandiens irrités par l’ingratitude de
Jospin et par la proclamation de son devoir d’inventaire à l’égard de
François Mitterrand préférèrent voter Chirac plutôt que Jospin. On
vient d’apprendre qu’un ministre de l’actuel gouvernement de la
tendance Villepin avait déclaré qu’il opterait pour Ségolène Royal
plutôt que pour Nicolas Sarkozy. Il est trop tôt pour savoir s’il
convaincra ses affidés. Mais il illustre à sa façon la loi de la politique :
l’adversaire de mon ami le plus proche est moins dangereux que mon
allié.

22
LA FRANCOPHONIE EN SOMMET

7 octobre 2006


La Roumanie a mis ses petits plats dans les grands pour accueillir
eles participants au XI Sommet de la Francophonie qui s’est déroulé
les 28-29 septembre 2006, à Bucarest : voies réservées sur les
autoroutes, congés donnés aux fonctionnaires locaux pour
désengorger le centre-ville, moyens de sécurité impressionnants. Tout
a été fait pour que cette réunion soit un succès. Sur ce plan
organisationnel – même si un sérieux coup de pouce haussier avait été
donné par les hôteliers sur les prix –, le succès est incontestable. Mais,
il faut aller au-delà de l’apparence et essayer de faire le point de
l’efficacité de l’Organisation Internationale de la Francophonie-OIF.
À première vue tout baigne. L’Organisation internationale de la
Francophonie regroupe désormais 68 pays Cinq nouveaux États ont
rejoint l’Organisation internationale de la Francophonie. Parmi les
candidats, les chefs d’État et de gouvernement de l’OIF ont accepté
deux nouveaux membres associés : Chypre et le Ghana, ainsi que trois
pays observateurs : le Mozambique, la Serbie et l’Ukraine. En outre la
Grèce, l’Albanie, la Principauté d’Andorre et la Macédoine, pays
observateurs, sont devenus membres de plein droit de l’OIF.
Ces membres répartis sur les cinq continents sont rassemblés
autour du partage d’une langue commune : le français. Les objectifs
de l’institution sont ambitieux. Les États et gouvernements membres
de l’OIF ont choisi, pour la prochaine décennie, de structurer les
interventions de l’organisation autour de quatre missions, la
promotion de la langue française et de la diversité culturelle et
linguistique, la promotion de la paix, de la démocratie et des droits de
l’Homme, l’appui à l’éducation, la formation, l’enseignement
supérieur et la recherche, le développement de la coopération au
service du développement durable et de la solidarité.
Mais, en s’ouvrant largement même à des pays où le français n’est
pratiquement pas parlé, la francophonie tend à se démarquer de ce qui
était sa vocation première la défense et illustration de la langue
23
française pour devenir une sorte de groupe de pression international,
une mini-ONU séparée par des frontières plus politiques que
linguistiques. En témoignent les controverses qu’a connues le sommet
de Bucarest à propos du problème libanais qui a motivé la
noninvitation du président libanais, M. Lahoud a affirmé que sa non-au sommet de la francophonie à Bucarest est le fait du chef
de l’État français. « Chirac a dit à de nombreux pays amis de la
France de me boycotter. C’est lui qui a fait en sorte que je ne sois pas
invité à ce sommet. Il a toujours eu des contacts personnels au
téléphone sur le mode : "Faites-moi ça. Donnez-moi ça". Je le sais
parce qu’il a essayé avec moi. » », a-t-il rapporté. Quant au Conseil
représentatif des institutions juives de France (Crif) il a constaté
eque « le XI sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Bucarest les
28 et 29 septembre dernier a admis de nouveaux membres, l’Albanie,
Andorre, l’ex-République yougoslave de Macédoine et la Grèce, alors
que l’État d’Israël, dont 20 % de la population, est francophone, n’y
est toujours pas admis et n’y a été cité que comme accusé politique ».
De violentes controverses ont en effet éclaté lors du vote de la
résolution finale sur le problème libanais. Le Canada souhaitait que la finale rende hommage à toutes les victimes civiles du
conflit entre Israël et le Hezbollah alors que l’Égypte voulait s’en tenir
aux seules victimes libanaises.
Ces controverses amènent à se poser la question de savoir si c’est
bien la vocation de l’OIF de devenir une sorte de forum politique et si
cette extension de son domaine ne se fait pas au détriment de sa
vocation première.
L’organisation doit rester avant tout un lieu de partage de la culture
française. Et les problèmes ne manquent pas en ce domaine. La lutte
pour la diversité culturelle est de plus en plus difficile. La domination
du monde anglo-saxon est de plus en plus forte notamment dans le
secteur de l’économie même si le Président français Jacques Chirac,
qui avait boycotté en mars une intervention en anglais à Bruxelles du
dirigeant français Ernest-Antoine Seillière, s’est déclaré « pas
pessimiste » sur le rôle du français dans l’Union européenne (UE). Il a
ajouté : « Avec l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie, les membres
de l’Organisation internationale de la Francophonie seront désormais
majoritaires dans l’Europe de demain », et il jugé qu’avec ces
arrivées, « la Francophonie est reconnue et s’affirme ». « Je ne suis
24
donc pas pessimiste et je ne pense pas qu’on puisse envisager un recul
du français au niveau de l’UE ».
L’incapacité pourtant du pôle francophone à se doter les moyens
d’une diffusion par les moyens de communication modernes pousse
au pessimisme. Les grandes chaînes françaises sont absentes d’une
diffusion de masse dans l’espace francophone, si des efforts sont faits
pour la diffusion du français, ils restent insuffisants. On entendait très
peu parler français durant ce sommet de Bucarest et la nouvelle
génération roumaine qui se presse le week-end dans les lieux de loisirs
est totalement immergée dans l’univers anglophone : cinéma,
musique, boissons, cigarettes.
Il est sans doute plus facile de débattre de l’avenir du monde que de
renforcer la francophonie. Mais l’OIF ne doit pas se tromper de
combat.
25
L’OPINION, LES PARTIS, LES SONDAGES

9 octobre 2006


La compétition présidentielle repose sur une subtile combinaison
de trois ingrédients : l’opinion, les partis politiques et les sondages.
L’opinion est l’expression de la volonté des citoyens. C’est d’elle
que tout dépend. La mesure de ses sentiments a naturellement une
grande importance.
Les sondages sont le thermomètre de cette volonté populaire dont
ils cherchent à mesurer à un instant précis les tendances. Les sondages
ne font pas l’élection : seuls les bulletins de vote déterminent le
résultat du scrutin. Mais, en révélant l’état de l’opinion, ils inspirent le
comportement des acteurs politiques et, notamment, des partis.
Au stade actuel de la compétition présidentielle à l’heure où les
deux plus grands partis politiques, le P.S. et l’UMP n’ont pas choisi
leur candidat les sondages jouent un très grand rôle. Les partis sont
nécessairement influencés par les sondages. Ainsi, eu égard à la
percée de Ségolène Royal par rapport à ses concurrents, déjà deux
candidats Lang et Hollande se sont désistés et deux autres, Fabius et
Strauss-Kahn ont des difficultés dans leur propre parti politique. Il en
va de même à l’UMP où de Villepin devant la distance qui le sépare
de son rival Sarkozy a pratiquement renoncé. Il est plus que probable
que les partis, au moment de leur choix définitif, se prononceront en
faveur du candidat le mieux placé dans les sondages au moment de la
désignation.
Or, même si le scrutin est un face à face entre un candidat et le
peuple la désignation par un grand parti est essentielle pour disposer
des moyens financiers, matériels et humains pour mener campagne.
On affirme souvent que les sondages se trompent et ne font pas
l’élection, c’est sans doute vrai. Mais ils ont dans la précampagne une
influence déterminante en suscitant le comportement des acteurs
politiques.
26
LA VOIX DU PEUPLE : SÉGOLÈNE ROYAL
ET NICOLAS SARKOZY, MÊME COMBAT ?

22 octobre 2006


Les deux leaders actuels de la course à la présidentielle viennent de
présenter des propositions qui, assez étrangement, vont dans le même
sens.
Nicolas Sarkozy, choqué à juste titre par les agressions contre les
forces de l’ordre propose que les agresseurs passent désormais en
Cour d’assises. Cette criminalisation vise à permettre aux jurés
populaires de se prononcer dans ces affaires graves qui mettent en
péril les fondements de la société républicaine. Cette participation
populaire à la justice pourrait même être étendue aux tribunaux
correctionnels pour certains délits graves.
Quant à Ségolène Royal, elle est allée plus loin. Elle a proposé de
réformer la Constitution pour « clarifier et préciser la façon dont les
élus pourraient être obligés de rendre des comptes à intervalles
réguliers avec des jurys de citoyens tirés au sort, qui évaluent les
politiques publiques », afin de mettre en place « une surveillance
populaire sur la façon dont les élus remplissent leur mandat par
rapport à la satisfaction des besoins ou par rapport au juste
diagnostic des difficultés qui se posent ».
Ces deux propositions si différentes participent cependant d’un
même esprit. Sortir notre système de gouvernement du corporatisme
et redonner au peuple voix au chapitre. Et il est vrai que nos
institutions se sont repliées dans beaucoup de domaines sur des
intérêts particuliers qui oublient – la volonté populaire. La justice
devrait être rendue au nom du peuple alors que les magistrats ou du
moins certains d’entre eux se comportent comme une caste
irresponsable qui préfère la sauvegarde de ses privilèges au souci de la
justice. Alors que les magistrats devraient pourchasser les erreurs
judiciaires, on est étonné de l’attitude de nombre d’entre eux qui ont
montré à l’occasion de l’affaire d’Outreau qu’ils préféraient soutenir
un collègue que défendre la vérité. Sans la pression populaire, les
27
innocents d’Outreau auraient été condamnés pour défendre
l’infaillibilité de l’institution judiciaire. C’est la présence des jurés
populaires qui a permis de balayer la vérité révélée du juge Burgaud et
non les corrections des voies de recours judiciaires.
Même si sa proposition bafoue quelque peu les règles de la
démocratie représentative, Ségolène Royal exprime à sa façon la perte
de confiance du peuple dans ses élus. Des mandats renouvelés trop
souvent, une connivence de système entre élus des différents partis ont
creusé le fossé entre la nomenklatura politique et les citoyens.
L’obligation pour les élus de rendre compte autrement qu’une fois
tous les quatre ou cinq ans, la nécessité de ne pas s’isoler dans une
tour d’ivoire de compromissions correspondent à une profonde
aspiration du peuple à l’égard de ses mandants.
Notre système institutionnel a besoin d’un grand coup de balai pour
le dépoussiérer et l’aérer.


28
COMPÉTITION PRÉSIDENTIELLE AU PARTI SOCIALISTE

12 novembre 2006


Le PS a innové pour le choix de son candidat à l’élection
présidentielle. En organisant plusieurs débats publics entre les trois
candidats au scrutin présidentiel – Ségolène Royal,
Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius – il a permis une
confrontation sereine des idées et des personnalités. Une sorte de
nouvelles primaires à la française a été ainsi instituée qui permet de
dépasser les choix de la technostructure du parti et de donner la parole
aux militants. Cette innovante procédure correspond aux aspirations
profondes des Français qui n’acceptent plus les diktats des appareils et
qui souhaitent avoir une influence plus directe sur la politique.
Pourtant une tension très nette a été perceptible tout au long de ce
processus.
Tout s’est passé comme si deux des candidats –
Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius – cherchaient à enfermer
la préférée des sondages Ségolène Royal dans le carcan du parti
sachant que le combat était perdu pour eux devant l’opinion, ils ont
tenu à rappeler que ce sont les militants du PS qui choisiront leur
héraut dans la compétition présidentielle. Cette stratégie a ses limites,
car les militants sont eux-mêmes influencés par la vague populaire.
Mais, elle manifeste les bornes de la liberté d’action de la Présidente
de Poitou-Charente. Elle doit se soumettre à son parti, à son
programme et à ses militants. Alors que deux tours pourraient être
nécessaires pour désigner le candidat du parti, Dominique
StraussKahn a bien marqué ses préférences il souhaite que le candidat de son
parti ne soit désigné qu’au second tour. « Dire qu’il faut à toute force
une élection dès le premier tour, c’est vouloir avoir les mains libres
vis-à-vis du PS » a-t-il déclaré. En d’autres termes il faut contraindre
Ségolène Royal à un second tour pour qu’elle soit soumise à la tutelle
du PS.
Il n’est pas certain que cette stratégie soit très payante lors du vote
présidentiel. L’élection présidentielle se gagne ou se perd au centre et
29
enfermer un candidat dans les filets d’un parti c’est compromettre ses
chances de succès.
30
LE SUCCÈS DE SÉGOLÈNE

17 novembre 2006


La victoire au premier tour de scrutin sans contestation possible de
Ségolène Royal à l’investiture socialiste a plusieurs significations.
Elle marque tout d’abord de façon claire l’insertion définitive des
femmes dans la vie politique. C’est la première fois qu’un grand parti
offre ainsi la première place à une femme. Et pas à n’importe quelle
femme : une femme libre non mariée qui partage la vie du premier
secrétaire du Parti socialiste dont elle a plusieurs enfants. Elle incarne
une nouvelle condition féminine, celle de la femme engagée dans la
vie professionnelle émancipée et libre dans laquelle beaucoup de
femmes se reconnaîtront. C’est un fait majeur qui pèsera sur l’élection
présidentielle, car par son image novatrice cette candidature Royal
enfonce quelque peu dans l’obsolète toute autre candidature.
Le succès de Royal signifie aussi que l’on s’était trompé en se
risquant à prédire que les militants du parti pouvaient s’écarter du
choix des sympathisants. Tout s’est passé comme si le processus avait
reposé sur un courant d’adhésion populaire qui s’est communiqué aux
sympathisants puis s’est propagé aux militants et aux apparatchiks.
Les appareils partisans ne peuvent plus se replier sur leurs coteries. Ils
dépendent de plus en plus de l’opinion publique. Les sondages qui ont
révélé l’importance de l’adhésion populaire à la candidature Royal ont
joué naturellement un grand rôle. Les deux rivaux de Ségolène se sont
quelque peu trompés de combat en imaginant qu’ils pouvaient
s’appuyer sur les structures du parti pour contrecarrer le succès de
Royal.
L’ambiguïté du discours de la candidate Royal l’a également
servie. Sans se laisser emprisonner dans le programme du parti elle
n’a pas craint de s’attaquer à des tabous pour les socialistes
intégristes : respect des valeurs morales, lutte contre l’insécurité,
service des enseignants et manifestement ces infidélités aux dogmes
de la gauche ne l’ont pas desservie.
31
C’est pourtant là que va se jouer à présent le destin de la
candidature Royal. La machine du parti va à présent se rassembler
autour de Ségolène. Ses concurrents d’hier vont se mettre à son
service. Ils vont chercher à l’enfermer dans un programme socialiste
désuet et rétrograde qui ne correspond pas aux besoins de la société
française. Difficile exercice d’équilibriste pour la candidate : trouver
dans le parti la rampe de lancement, mais choisir sa propre direction
sans se laisser programmer comme un vulgaire satellite.

32
LA POLITIQUE AFRICAINE DE LA CHINE

5 novembre 2006


L’importance du Sommet Afrique Chine qui vient de se tenir à
Pékin n’échappera à personne.
Remarquons tout d’abord qu’il n’est pas anormal que la grande
puissance asiatique marque son intérêt pour le continent africain, pour
ses dirigeants et pour ses peuples. Dans la société actuelle, il n’existe
plus de chasse gardée ou d’exclusion. La mondialisation n’est pas à
sens unique. Les rapports internationaux sont devenus multipolaires et
l’Afrique est un continent ouvert qui doit tirer le meilleur parti des
relations internationales La controverse ne peut donc porter sur la
volonté légitime et partagée des partenaires chinois et africains de
dialoguer et d’échanger dans un esprit constructif.
Le débat s’est élevé, en revanche, sur les conditions de la nouvelle
assistance apportée par la Chine à l’Afrique. Le monde occidental a
construit un système d’aide fait de conditionnalités, de surplus
démocratique, de qualité de gouvernance, de gestion financière, de
contrôle des dépenses. Aucune de ces exigences prise isolément n’est
anormale, mais lorsque ces conditionnalités sont, comme c’est
souvent le cas, additionnées, on aboutit à une mise sous tutelle du
pays bénéficiaire de l’aide. Or, voici que surgit un nouveau partenaire,
la Chine, pour lequel le développement est la conditionnalité suprême
qui transcende toutes les autres conditionnalités et chacun de
s’émouvoir cette nouvelle politique ne va-t-elle pas compromettre les
efforts de rigueur prêchés par l’Occident ?
Cette critique nous paraît vaine. Il n’est pas mauvais qu’un peu de
poil à gratter vienne secouer le cocotier des idées reçues. L’Afrique a
besoin d’être aidée et non d’être enfermée.
L’intérêt de la coopération de l’Afrique avec la Chine est
indéniable.
La Chine offre des prestations moins chères, des produits plus
adaptés et plus à la portée des économies africaines.
33
Cette coopération n’est pourtant pas un pur bénévolat. La Chine
dans un livre blanc précise : « La Chine œuvre à établir un nouveau
type de partenariat stratégique marqué par l’égalité et la confiance
mutuelle sur le plan politique, la coopération dans un esprit
gagnantgagnant sur le plan économique ».
34
DÉFONCTIONNARISER LA POLITIQUE FRANÇAISE

16 novembre 2006


L’UMP vient de présenter un important projet de réforme : les
fonctionnaires « devront démissionner de leurs fonctions lorsqu’ils
choisissent d’exercer des responsabilités politiques ». Je dénonçais
déjà dans un ouvrage publié en 1969 la bureaucratisation de la vie
politique française (Charles Debbasch, L’administration au pouvoir,
Calmann-Lévy). Depuis, ce phénomène n’a fait que s’accentuer. On
recense dans l’actuelle Assemblée nationale, quelque
240 fonctionnaires sur 577 députés, soit 41 %. Les ministres étaient à
75 % des fonctionnaires dans le gouvernement Raymond Barre. À
l’exception d’Édith Cresson, tous les occupants de Matignon depuis
1958 sont des fonctionnaires.
Cette sur-représentation des fonctionnaires dans les fonctions
politiques est due au privilège qu’ont les serviteurs de l’État. À la
différence de ce qui se passe en Grande-Bretagne, ils ne sont pas
obligés de démissionner de l’administration lorsqu’ils se lancent dans
la vie politique et ils retrouvent ipso facto leurs postes dans
l’administration lorsqu’ils quittent la politique. Alors que les ouvriers,
les cadres, les titulaires des professions libérales et autres partenaires
du secteur privé n’ont aucune certitude de se réinsérer facilement dans
la vie professionnelle au terme de leurs mandats.
La vie politique française est ainsi totalement bureaucratisée. À
droite comme à gauche, l’approche est bureaucratique et favorable à
l’extension du rôle de l’État. La machine étatique est ainsi lourde et
mal contrôlée. Les règles de droit sont envahissantes et peu claires.
Cette bureaucratisation explique aussi que la politique de la droite soit
aussi interventionniste que celle de la gauche. L’État est le dieu des
fonctionnaires et il ne sont pas prêts à en sacrifier une quelconque
part. Voilà pourquoi la France est le pays le plus bureaucratisé de
l’Europe.
La réforme proposée par l’UMP est donc une avancée
incontestable. Mais les élus issus de la fonction publique
accepterontils de se faire hara-kiri.
35
RACISME DANS LES STADES

25 novembre 2006


Deux incidents viennent de se produire qui démontrent la montée
du racisme dans les stades. À Montpellier le maire George Frèche,
habitué des déclarations tonitruantes qui s’exprimait sur la
composition de l’équipe de France de football a choqué en affirmant :
« Dans cette équipe, il y a neuf Blacks sur onze. La normalité serait
qu’il y en ait trois ou quatre. Ce serait le reflet de la société. Mais là,
s’il y en a autant, c’est parce que les Blancs sont nuls. J’ai honte pour
ce pays. Bientôt, il y aura onze Blacks ». À Paris, lors d’un match du
PSG, un policier a tiré pour protéger un supporter victime d’une
agression raciste. Lors des matchs du PSG des bandes de voyous
primaires et violents déshonorent régulièrement le sport.
La surmédiatisation du football n’est pas étrangère à ces
phénomènes. N’oublions pas que le principal évènement de l’année a
été le Mondial de foot et qu’il a provoqué un engouement de masse
inédit. Les vedettes du foot ont supplanté toutes les autres célébrités,
leurs salaires, leurs amours font la une des journaux. Elles suscitent
des sentiments mêlés d’admiration et d’envie. Il n’est donc pas
étonnant que la boue se mélange au meilleur et que des esprits faibles
ou détraqués se mêlent aux vrais sportifs.
Le nationalisme qui a de moins en moins d’espace dans nos
sociétés aseptisées s’exprime dans cette nouvelle enceinte et il se
cristallise autour de la couleur ou de l’origine des joueurs. Trop de
comportements déviants ont été tolérés trop longtemps dans les stades
et le cas du PSG est plus qu’un simple incident. Si ce club n’est pas
capable de se débarrasser des voyous qui déshonorent son enceinte, il
doit être soumis aux rigueurs de la loi et la menace de la dissolution
doit peser sur les épaules de ses dirigeants.
Alors il est vrai que beaucoup de joueurs sont d’origine étrangère
ou de race noire. Et alors ? N’était-ce pas la France rassemblée qui
saluait la victoire de ces joueurs lorsqu’elle a gagné le précédent
Mondial ? George Frèche qui est un brillant historien aurait dû savoir
36
que les disciplines artistiques et sportives hautement compétitives et
reposant sur les seuls talents et mérites attirent les minorités qui
souffrent dans les autres secteurs de l’inégalité. C’est dans ces
domaines que l’ascenseur social fonctionne le mieux. Il ne faut pas
s’en émouvoir, mais seulement souhaiter que d’autres champs
s’ouvrent à ces talents.
37
LA NON-CANDIDATURE CHIRAC

29 novembre 2006


Au moment où Jacques Chirac fête son soixante-quatorzième
anniversaire, il feint de laisser planer un doute sur sa possible
candidature aux prochaines présidentielles. Les commentateurs ne
manquent d’ailleurs pas de signaler la nouvelle ardeur du chef de
l’État qui multiplie les déclarations solennelles et les gestes forts
comme pour marquer un territoire qu’il n’envisage pas de laisser à
d’autres.
Pourtant, sauf évènement exceptionnel toujours possible dans la vie
politique, Jacques Chirac ne sera pas candidat aux prochaines
présidentielles.
Ce serait tout d’abord une belle inconséquence pour un Président
qui a fait réduire la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans
afin de permettre à la vie politique d’être plus aérée de solliciter un
troisième mandat. On ne peut pas à la fois marquer sa volonté de
renouveler les élites grâce à des mandats plus brefs et chercher à
s’incruster au pouvoir.
Une seconde raison interdit pratiquement à Jacques Chirac de se
représenter. Il existe dans l’opinion publique un puissant courant
rénovateur qui aspire au changement. La France a perdu confiance
dans sa classe politique et cherche d’autres valeurs et d’autres
responsables pour les incarner. Une candidature Chirac dans ces
conditions serait suicidaire pour le Président sortant qui risquerait
d’être sorti sans ménagement. Cette situation bloque naturellement la
candidature Chirac.
Jacques Chirac est trop fin politique pour ne pas le percevoir. La
dissimulation de ses intentions a donc d’autres raisons.
Il s’agit de ne pas gaspiller la dernière année du mandat
présidentiel. Cinq ans c’est court, mais quatre ans c’est encore plus
court si le Président laisse son mandat tomber dans le débat des
prochaines présidentielles. Chirac, par son attitude, démontre qu’il
38
entend user son mandat jusqu’à la dernière minute quitte à surprendre
et à impatienter.
Le comportement de Jacques Chirac signifie aussi qu’il n’entend,
en rien, faciliter la tâche de son ami et concurrent de l’UMP
Nicolas Sarkozy. Loin de l’installer sur une rampe de lancement,
l’actuel Président multiplie les coups de frein et les feux rouges à
l’égard du ministre de l’Intérieur comme s’il attendait un
effondrement éventuel de ce dernier pour dévoiler ses préférences.
Enfin, et c’est le plus difficile, Jacques Chirac cherche à utiliser ces
derniers mois de mandat pour imprimer sa marque dans l’histoire en
s’efforçant de régénérer les vertus républicaines. Mais, il a beaucoup
de mal à se faire entendre dans le brouhaha et l’effervescence de la
campagne déjà plus qu’entrouverte

39
LA CANDIDATURE SARKOZY

4 décembre 2006


En officialisant sa candidature, Nicolas Sarkozy n’a fait que
confirmer ce à quoi il confessait penser depuis longtemps et pas
seulement en se rasant : il souhaite devenir le futur Chef de l’État. La
méthode qu’il a suivie ressemble à celle de son aîné Chirac. Il a
exercé les plus hautes fonctions ministérielles. Il a pris le contrôle
d’un grand mouvement politique. Il n’a pas manqué d’appétit
politique exerçant des mandats politiques divers très jeune. Ainsi, il
s’est préparé à des fonctions suprêmes et il ne manque pas
d’expérience. Sa notoriété est grande et son adhésion populaire variée.
Cet homme est un libéral qui croit aux valeurs de l’initiative privée,
mais qui adhère au rôle régulateur de l’État. Il défend l’ordre
républicain sans lequel il n’est pas de société organisée. Il défend une
politique étrangère indépendante sans se sentir obligé d’insulter tous
les jours les États-Unis en prenant sa douche.
Sa personnalité se distingue de celle de Ségolène Royal. Membre
de l’establishment politique il ne bénéficie pas de l’effet de fraîcheur
que produit la candidate socialiste. Il dispose, en revanche, de
l’expérience des affaires de l’État que ne partage pas encore la
candidate du PS. Seule la campagne électorale permettra en effet
d’éclairer les électeurs sur ce que fera Ségolène Royal si elle est élue
tandis que déjà chacun peut imaginer ce que sera une présidence
Sarkozy.
La force de la candidature Sarkozy réside là. Chacun peut le juger
sur son action passée. On peut dire qu’il est « prévisible » alors que la
candidate PS est « imprévisible ».
Sarkozy ne manque cependant pas de handicaps.
La droite est ainsi faite qu’elle connaît plus d’aptitude à la division
que la gauche. Sans parler de l’effet Le Pen qui est difficilement
mesurable, il reste deux inconnues. Que fera le camp villepiniste à
l’intérieur de l’UMP. Il est douteux qu’il se rallie avec autant de
spontanéité au candidat Sarkozy que les Fabius et Strauss-Kahn à la
40
candidate Royal. Par ailleurs, la candidature centriste de Bayrou peut
enlever à la droite les voix qui sont nécessaires pour pouvoir se
maintenir au second tour. Et la vieille tentation centriste d’alliance
avec le PS peut ressurgir à chaque instant.
Mais le véritable obstacle est ailleurs. Les Présidents en fin de
mandat ont beaucoup de mal à admettre l’idée d’avoir un successeur
dans leur propre camp. De Gaulle a combattu la candidature
Pompidou, Mitterrand celle de Jospin et le moins que l’on puisse
avancer est que Jacques Chirac pour l’instant ne fait rien pour soutenir
une candidature Sarkozy.
Le succès de Sarkozy dépendra donc de son aptitude à rassembler
son propre camp sans céder à la tentation des règlements de compte et
des exclusions.


41
LES PETITS CANDIDATS ET LES PRÉSIDENTIELLES

12 décembre 2006


Il y a les deux grands : Sarkozy et Royal. Et puis, il y a les autres.
Même s’ils représentent des pans entiers de l’électorat, les médias les
négligent. Ils sont dans la division B et personne n’envisage de les
voir changer de qualification en cours de campagne. Eux-mêmes ne
nourrissent pas beaucoup d’illusions et ils affirment leur certitude de
vaincre comme une sorte de méthode Coué pour tenter de dissiper
leurs propres doutes.
Et pourtant, ces petits candidats peuvent avoir une influence
considérable sur l’épreuve électorale. Le Pen a démontré lors de la
dernière présidentielle qu’une surprise est toujours possible. Quant à
la « petite » candidate Taubira, lors de ce même scrutin ses
« maigres » voix ont entraîné la déroute du candidat Jospin. C’est dire
qu’il ne faut pas négliger les petits candidats.
Ceux-ci ont plusieurs motivations. Ils peuvent nourrir l’espérance
de figurer au second tour, mais ils veulent le plus souvent montrer leur
puissance électorale pour renforcer leur présence politique et peser
lors des élections législatives. C’est sur ce terrain que se situe la
marge de négociation des grands à l’égard des petits.
Ségolène Royal a déjà conclu un accord avec les radicaux de
gauche et Jean-Pierre Chevènement : pour éviter leurs candidatures,
quelques circonscriptions électorales ont été offertes en sacrifice. Ce
déblayage ne laisse plus en lice que le PC et une extrême gauche
divisée et à bout de souffle. Plus grave est l’incertitude écologique qui
est un important réservoir de voix.
Nicolas Sarkozy rencontre des problèmes plus aigus. S’il a pu
rallier Christine Boutin au poids politique faible, il a face à lui deux
poids lourds. Avec Jean-Marie Le Pen, toute négociation est exclue et
la seule possibilité du ministre de l’Intérieur est de tenter de débaucher
son électorat en renforçant le discours sécuritaire. La candidature
Bayrou est la plus dangereuse. Non seulement en raison de
l’importance de l’électorat centriste, mais aussi parce que le ralliement
42
de son porte-voix au second tour n’est pas garanti. Depuis que le
centrisme existe, il a été tenté par le basculement à gauche. Le
repoussoir a été jusqu’ici le besoin d’alliance à droite qu’ont les
députés centristes pour être élus. C’est là que réside la force électorale
de Bayrou : faute d’avoir une chance de figurer au second tour, il peut
vendre chèrement sa peau, car il détient la clé de la victoire de l’un ou
l’autre camp.
Vous avez dit « petit candidat » ?


43
HOMMAGE A UN LYCÉEN VICTIME DE LA VIOLENCE

2 janvier 2007


Mon cher Carl,
Tu es mort, en décembre 2006, à douze ans, sous les coups de tes
camarades dans ce collège de Meaux et je voudrais te rendre
hommage et faire en sorte que nous sachions tirer les leçons de ce
drame pour protéger toutes les autres victimes potentielles de la
violence scolaire.
Comme souvent, nous avons profité de la lâcheté ambiante pour
minimiser cette tragédie. Tu aurais eu une malformation cardiaque et
ainsi tu aurais été la victime de ton propre corps plutôt que celle des
coups qui t’ont été portés. Une façon comme une autre d’inscrire ta
mort au débit de la médecine plutôt qu’au déficit de l’école.
Explication saugrenue, car, sans ces coups et l’émotion qu’ils ont
générée, tu serais encore de ce monde.
C’est bien de violence qu’il s’agit et non de pathologie. Tu le sais
bien toi qui attirais les coups plus que tout autre. La violence s’est
banalisée dans l’enseignement et les élèves comme les professeurs en
sont les victimes.
L’idéologie libertaire qui a sévi pendant un bon quart de siècle en
est une des causes. Ne nous a-t-on pas expliqué que dans notre siècle
des lumières, le raisonnement et la persuasion devaient tout
naturellement remplacer le commandement et l’autorité. D’abandon
en tolérance, l’ordre scolaire a laissé la place au désordre et aux excès.
Il existait autrefois des médiateurs tout naturels : les surveillants.
Jeunes étudiants pour la plupart, ils exerçaient une fonction
d’intermédiation indispensable. Mais c’en était trop pour les partisans
de l’insouciance et du libertarisme. J’ai vainement essayé de défendre
cette institution lorsque j’étais conseiller de VGE dans les années
quatre-vingt. Mais, sous l’impulsion de ces partisans du laisser-faire,
le ministre Beullac a supprimé la plupart des postes de surveillants et
a promu les autres au rang de conseillers l’appellation nouvelle étant
plus susceptible de plaire aux adeptes de la permissivité.
44
Puisqu’il convenait désormais d’interdire d’interdire, on a livré les
établissements scolaires aux petits caïds et autres malfrats en offrant
ainsi les faibles à la loi des plus forts et en laissant le désordre
s’installer.
C’est cette permissivité, mon cher Carl, qui est à l’origine de ta
mort et non ta malformation cardiaque. Quand on comptabilisera le
poids des péchés de ceux qui t’ont frappé, j’espère que l’on n’oubliera
pas les têtes pensantes qui ont armé leur dérive.
Puisse ta mort inutile servir de mise en garde sévère à toute notre
société et protéger tous les autres Carl.
Que cette perspective tempère la grande peine de tes parents et
allège au ciel les ailes de l’ange que tu es devenu.

45
LA CORSE INDÉPENDANTE DE SÉGOLÈNE ROYAL

26 janvier 2007


Ségolène Royal a été piégée par l’imitateur Gérald Dahan qui s’est
fait passer pour le Premier ministre du Québec, Jean Charest. Le faux
premier ministre québécois rappelle la polémique avec le Canada
après les propos de Mme Royal sur la souveraineté du Québec et lui
dit : « C’est comme si nous, on disait "il faut que la Corse soit
indépendante" ». Ce à quoi réplique Mme Royal : « Les Français ne
seraient pas contre d’ailleurs ». Et, d’ajouter en riant : « Ne répétez
pas cela. Cela va encore faire un incident, ce coup-là en France.
C’est secret ». Ce secret ayant passé le mur de la presse va sans nul
doute déclencher la polémique.
Les propos initiaux de Madame Royal n’étaient pas en effet
anodins. Lors de sa rencontre à Paris avec le dirigeant du Parti
Québécois (séparatiste) André Boisclair, Ségolène Royal, avait dit
partager avec son interlocuteur des valeurs communes, « c’est-à-dire
la souveraineté et la liberté » du Québec. Ces propos avaient aussitôt
été rangés par la droite au rang des gaffes diplomatiques de la
candidate socialiste après ses déclarations au Liban ou en Chine.
Il est vrai que la politique internationale est un terrain difficile. Les
électeurs français sont plus intéressés par la politique intérieure que
par les relations internationales. Mais, tout bon candidat à l’élection
présidentielle se doit d’acquérir une aura internationale.
Se mouvoir dans cette galaxie n’est pas aisé. Il y faut une bonne
expérience du sens de la litote pour parler sans se compromettre et
pour se concilier les uns et les autres sans se contredire comme l’a fait
Ségolène qui a déclaré le lendemain en Israël le contraire de ce qu’elle
avait affirmé la veille chez les Palestiniens.
Mais l’humoriste Dahan vient brusquement de déplacer le débat.
En mettant la Corse et le Québec dans le même panier, Madame Royal
franchit un seuil que sans doute les plus acharnés des nationalistes
corses n’espéraient pas voir atteint si vite. Le débat sur l’unité de la
Nation française existe, il est vrai, et notre République a longtemps
46
confondu l’unité et l’uniformité. Mais, de là à assimiler le Québec et
la Corse, il y a un fossé. Nul doute que les souverainistes vont
proposer d’envoyer la candidate socialiste en cabane au Canada.
47
DROITE, GAUCHE MÊME COMBAT ?

5 janvier 2007


Tout paraît concourir en France à la disparition du clivage entre la
droite et la gauche. Les grands facteurs de division se sont en effet
singulièrement estompés.
Sur le plan économique, la gauche a abandonné sa revendication de
nationalisation et s’est ralliée à l’entreprise privée. La droite ne défend
plus le capitalisme sauvage et elle souhaite mâtiner la loi du marché
de considérations sociales. Au demeurant, l’intégration économique
européenne et l’euro réduisent les options et toute majorité doit
prendre en compte la politique économique arrêtée à Bruxelles. Hier,
la gauche était laïque et la droite proche de l’Église. L’évolution de la
société française a amené chacun à s’accorder sur une saine
application de la laïcité.
Sur le plan des mœurs, hier la gauche était libertaire et la droite
rigoriste. Aujourd’hui chacun convient de laisser la vie privée hors du
champ du débat politique. Hier la droite était atlantiste et la gauche
soudée au bloc de l’Est. Aujourd’hui, chacun opte pour une France
intégrée à l’Europe et défendant ses intérêts propres.
Certes sur tous ces points il existe des voix divergentes.
Chevènement à gauche est souverainiste comme de Villiers à droite.
Sarkozy est plus atlantiste que Chirac. Mais tout ceci ne réduit pas à
néant le courant de convergence de la droite et de la gauche.
Mais, voici qu’à l’occasion de la campagne présidentielle ressurgit
une profonde ligne de fracture : tandis que Chirac annonce de futurs
allègements d’impôts, la gauche incorrigible propose un nouvel
alourdissement de la fiscalité. Dans le progrès économique, continuent
à se combattre deux philosophies. Pour la droite, il faut enrichir les
pauvres tandis que la gauche souhaite appauvrir les riches. Ce sera là
un débat clé de la campagne électorale.
48
À QUI NUIT JOSÉ BOVÉ ?

er1 février 2007


Fort des 30 000 signataires de son manifeste qui lui ont demandé
d’être candidat, José Bové a annoncé sa présentation à la magistrature
suprême.
Sa décision est à l’opposé du choix de Nicolas Hulot. L’écologiste
a préféré imposer ses idées plutôt que sa personne. José Bové, lui,
s’est lancé dans un combat frontal contre l’establishment politique.
L’idéologie qu’il véhicule est connue : c’est celle de
l’altermondialisme, même si elle reste vague, empreinte d’un
anarchisme anti libéral et antimoderniste. À l’évidence cette
candidature retiendra les voix de tous ceux qui se sentent exclus du
système et qui aspirent à un nouveau grand soir.
Le problème est maintenant d’évaluer, en termes électoraux, le
changement qu’induit cette nouvelle candidature. José Bové définit sa
base électorale comme celle « d’un rassemblement de forces et de
citoyens issus du mouvement social, du monde syndical, de courants
politiques et des associations de l’immigration qui aspirent à l’unité
de cette gauche-là ».
C’est donc à gauche qu’il cherche ses électeurs. Il est donc peu
probable qu’il enlève des voix à Nicolas Sarkozy même si quelques
déçus du chiraquisme peuvent songer à lui apporter des suffrages sans
risque. À gauche, la candidature Bové va distraire des voix au
trotskysme et au communisme. Par sa présence médiatique, ce
candidat du refus peut également aspirer des voix non négligeables
dans l’électorat socialiste comme il peut capter les voix de certains
éléphants du PS et de leurs entourages qui n’ont aucun intérêt
politique à la victoire de Ségolène Royal.
José Bové peut ainsi devenir le candidat des déçus de tous
horizons. Un alter candidat agissant un peu à la manière de Coluche
lors de la campagne qu’il avait naguère amorcée.
49
SÉGOLÈNE : MON DIEU QUEL MALHEUR
D’AVOIR UN COMPAGNON SOCIALISTE

13 janvier 2007

Georges Brassens dans une de ses plus spirituelles chansons
évoquait le malheur d’avoir un mari bricoleur. De là même façon,
Ségolène Royal doit tous les matins, en se brossant les dents, se
plaindre d’avoir un compagnon socialiste. Car, tandis qu’elle cherche
à donner à sa candidature une coloration moderne et centriste, son
compagnon cherche à l’enfermer dans le carcan du Parti socialiste et
de son programme traditionnel.
Que l’on en juge plutôt. Interviewé le 11 janvier 2007
François Hollande relance le débat sur la fiscalité en se prononçant
pour des hausses d’impôts pour les contribuables touchant un salaire
de plus de 4 000 euros nets par mois. Cette déclaration est aussitôt une
aubaine pour la droite. Le ministre délégué au Budget,
JeanFrançois Copé, réplique en effet que cette mesure toucherait de plein
fouet les « classes moyennes », estimant que 1,2 million de personnes
seraient concernées.
Dès lors Ségolène Royal est obligée de réagir et de promettre qu’il
n’y aurait « pas de fiscalité nouvelle qui décourage le travail » ni de
hausse des prélèvements obligatoires, si elle est élue. « Il faudra
rééquilibrer la fiscalité, l’alléger sur le travail et peut-être la
renforcer sur le capital si l’on veut résorber les déficits. Mais cela se
fera sans augmentation des prélèvements obligatoires », dit-elle.
Il existe donc un affrontement réel entre deux courants. Celui
qu’incarne la candidate Royal qui souhaite laisser le plus de flou dans
ses propositions pour ratisser large et une tendance socialo-socialiste
qui veut enfermer la compagne de François Hollande dans
l’orthodoxie socialiste.
Quand la fracture ne passe pas seulement dans un courant, mais
dans un ménage, cela ne peut que plomber quelque peu l’envolée
moderniste de l’actuelle Présidente de région.

50
LE SACROZY OU LE SACRE DE SARKOZY

16 janvier 2007


En ces temps de néologismes et de « bravitude », il n’est pas
interdit de forger un nouveau vocable pour qualifier l’investiture de
Nicolas Sarkozy par le Congrès de l’UMP. Nous avons assisté à un
véritable Sacrozy : un sacre de Sarkozy par des militants quasiment
unanimes qui ont placé leur candidat sur un véritable piédestal. Cette
grand-messe de consécration s’est déroulée dans l’enthousiasme et
sans bavures. Elle constitue une rampe de lancement idéale pour le
ministre de l’Intérieur.
Les obstacles étaient pourtant nombreux sur sa route.
Il devait se concilier tous ceux qui avaient rêvé à leur propre
candidature comme les Juppé ou Alliot-Marie.
Il devait également, et c’était plus difficile, balayer les rancœurs de
tous ceux qui le soupçonnent d’anti-chiraquisme depuis sa
« trahison » balladurienne.
Il lui fallait aussi tracer sa ligne droite malgré le silence dubitatif de
Jacques Chirac qui s’est bien gardé jusqu’ici d’indiquer sa position.
Avec une force de conviction sans failles, une détermination sans
faiblesse et un sens de la diplomatie qu’on ne lui connaissait pas
jusqu’ici, Nicolas Sarkozy a tracé son chemin sans bavures et s’est
mis en position d’être le candidat unique de la droite et du centre
contre l’élue du Parti socialiste.
Le succès ou l’échec du ministre de l’Intérieur va, à présent,
dépendre d’une série de facteurs qui constituent autant d’obstacles
potentiels.
Il va lui falloir naviguer entre deux pôles aussi distants que ceux de
l’atlas.
Il doit adopter un discours ferme et sécuritaire pour rassurer un
électorat inquiet devant les dérives de l’immigration et de l’ordre
public. Mais, il doit, dans le même temps, rassembler tous ceux qui
51
rêvent d’une France moderne, ouverte et tolérante. Bel exercice
d’équilibrisme.
Il doit se poser en successeur naturel de Jacques Chirac sans se
laisser enfermer dans une stricte continuité. Il doit donc incarner le
changement dans la continuité. S’il appuie trop fortement sur la pédale
de la continuité, il perdra l’adhésion des nouvelles générations avides
de renouveau. S’il insiste trop sur la rupture, il perdra le soutien des
chiraquiens fervents.
C’est là que se jouera l’échec ou le succès de la candidature
Sarkozy. Jacques Chirac a proclamé qu’il souhaitait peser sur la
campagne. Ce poids peut faire perdre à Nicolas Sarkozy les voix
nécessaires pour être élu ou, au contraire, lui fournir les ailes de la
réussite.

52
SÉGOLÈNE ROYAL VIRE À GAUCHE

8 février 2007


Jusqu’ici, la candidate Ségolène avait réussi à maintenir le flou sur
son programme et ses alliances. Sa candidature était une candidature
attrape-tout. Elle jouait plus sur sa personnalité que sur son
programme, plus sur l’opinion que sur son parti.
Voici qu’elle vient brusquement de changer d’orientation en
adoptant un discours résolument de gauche et en se rapprochant de
l’appareil du PS.
Cette évolution s’explique par l’impasse dans laquelle se trouvait la
candidate.
D’une part, ses propos ont révélé une certaine fragilité qui a détruit
une partie de l’image positive ressentie jusqu’alors par l’opinion. Il
était donc nécessaire de trouver un renfort dans le militantisme de
parti.
D’autre part, le « peuple de gauche » avait du mal à se mobiliser
autour d’une candidature peu colorée. Il retrouve son élan au fur et à
mesure que Ségolène Royal rejoint la ligne traditionnelle de son parti.
On peut penser que la candidate va accentuer cette imprégnation de
gauche au fur et à mesure que la campagne va avancer.
On se rapproche donc, de plus en plus d’un affrontement
traditionnel droite-gauche.
Les conséquences de ce changement vont inévitablement profiter
au candidat centriste Bayrou. Les électeurs centristes qui avaient été
séduits par le modernisme de Ségolène Royal vont progressivement
rejoindre leur famille d’origine. Et, si par réplique, le candidat
Sarkozy se laissait enfermer dans le camp de la droite traditionnelle-ce
qui n’est pas le cas pour l’instant-la même tendance pourrait se
manifester dans une partie de son électorat.
53
SÉGOLÈNE ROYAL AU SERVICE DES ÉLÉPHANTS DU PS ?

8 février 2007


En dévoilant son programme ce 11 février 2007, Ségolène Royal a,
comme l’annonçaient déjà ses dernières prises de position, revêtu les
couleurs du socialisme. Sa tenue vestimentaire rose renforçait son
choix à l’image. Ainsi s’ouvre la nouvelle phase de la candidature
Royal.
Pour s’imposer dans la précampagne aux éléphants du PS,
Ségolène Royal s’était appuyée sur l’opinion publique contre
l’appareil de son parti. Pour ce faire, elle avait tenu un discours vague,
attrape-tout, destiné à séduire la plus large partie de l’opinion. Elle
avait ainsi triomphé des éléphants du PS. Mais, ceux-ci ont bien vite
retrouvé la puissance de leurs défenses. Dans le dur match
présidentiel, la candidate Royal est apparue trop faible et peu
expérimentée. Elle a accumulé des bévues qui l’ont fragilisée. Par
ailleurs, la multiplication des candidatures à gauche lui faisait courir le
risque majeur d’un émiettement des voix susceptible de l’écarter du
second tour de la présidentielle. Il fallait donc remobiliser l’électorat
de gauche.
Le discours de Villepinte sonne le retour au classicisme : la
candidate Royal est rentrée dans le rang. Elle est désormais la
représentante du peuple de gauche et ses 100 propositions rappellent
les 110 mesures du candidat Mitterrand. Le catalogue est classique et
peu innovateur : la priorité sera donnée au social avec l’abrogation du
CNE, la revalorisation immédiate des petites retraites, le SMIC à 1
500 euros « le plus tôt possible dans la législature », une conférence
nationale sur les salaires dès 2007. La candidate cible la « vie chère »,
et les tarifs bancaires excessifs. Elle insiste sur le droit au logement,
souhaite promouvoir les services publics. Tout ceci est d’un
classicisme de gauche bon teint.
Le bilan électoral de ce discours sera contrasté. S’il va contribuer à
ressouder le PS autour de Ségolène Royal, il va également écarter les
électeurs qui recherchaient chez la présidente de Poitou-Charente un
54
vent nouveau loin des clivages politiques traditionnels. La candidate
était trop fragile pour porter sur ses seules épaules le poids de la
campagne. La voici à présent sur le dos des éléphants qui la
conduiront vers leurs sentiers traditionnels.

55
CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE :
VERS LA DÉMOCRATIE DIRECTE

19 février 2007


Alors que la campagne présidentielle officielle n’a pas encore
débuté, des modifications majeures sont apparues dans le style et dans
le fond de la compétition, elles marquent, d’ores et déjà, une nouvelle
étape dans l’évolution démocratique française.
La première mutation concerne les organes de médiation entre
l’opinion publique et les candidats. Cette médiation était, jusqu’ici,
l’œuvre quasi exclusive des journalistes qui jugeaient ou jaugeaient
les attentes des électeurs et les réponses des politiques.
Progressivement, les journalistes sont en voie de perdre ce monopole.
Ils souffrent d’un manque de crédit. On ne les trouve pas assez
indépendants et on leur reproche de confondre trop souvent leur
opinion personnelle et la relation des faits. L’irruption de l’Internet
permet aujourd’hui aux groupes organisés comme aux simples
citoyens d’intervenir dans le débat et de faire valoir leur opinion. Ce
journalisme citoyen révolutionne la campagne. Il interpelle les
candidats aussi bien que les organes d’information.
Un deuxième phénomène illustre les mutations. Le besoin que
ressentent les candidats de recueillir directement les souhaits des
citoyens. Segolène Royal a cherché à travers ses débats participatifs à
moissonner les desiderata des électeurs. Quant à Nicolas Sarkozy, il
est allé au-devant des divers groupes sociaux pour en tirer la
substantifique moelle. TF1 ne se contente plus de faire interroger les
candidats par des journalistes, mais fait appel à un panel d’électeurs.
Les sondages eux-mêmes se sont affinés : ils scrutent les attentes avec
précision et rigueur.
Une sorte de démocratie directe paraît remplacer la démocratie
participative.
Il n’est pas certain que cette évolution n’ait que des conséquences
positives.
56
L’addition des vœux contradictoires de l’opinion ne constitue pas
une politique. La société française a besoin de réformes de structure
qui heurtent les intérêts alors que la photographie de l’opinion est
conservatrice. Les politiques qui se calent sur les revendications des
groupes sociaux se verront demain reprocher de n’avoir pas été assez
audacieux et de ne pas avoir crié haut et fort que le système de
sécurité sociale, le régime des retraites, l’éducation nationale vont
droit dans le mur si des réformes drastiques ne sont pas initiées le plus
vite possible.
Il est vrai que l’homme politique qui annoncerait toutes ces
réformes mécontenterait tellement de catégories sociales qu’il aurait
peu de chances d’être élu. Il restera alors demain au futur président à
ouvrir avec les citoyens le débat de la nécessaire réforme que la
campagne électorale n’aura pas permis d’aborder.
57
BAYROU LE TROISIÈME HOMME
DE LA PRÉSIDENTIELLLE

20 février 2007


François Bayrou est à l’évidence le troisième « homme » –
Ségolène Royal nous pardonnera de la masculiniser ainsi – de la
compétition présidentielle. Il progresse constamment dans les
sondages et une étude récente montre que s’il parvenait à franchir le
cap du second tour il battrait aussi bien Royal que Sarkozy.
Cette envolée est due sans conteste aux qualités personnelles du
candidat à sa foi, à sa force de conviction. Elle est aussi l’expression
de tendances plus profondes.
eDepuis le début de la V République, la bipolarisation de la vie
politique est plus subie qu’acceptée par l’électorat. Celui-ci ressent
que le clivage droite-gauche et le manichéisme qu’il entraîne ne
correspondent pas aux exigences de la société française. Et il est vrai
qu’il est largement obsolète. Les facteurs traditionnels de division
entre la droite et la gauche sont brouillés. Il suffit de remarquer, par
exemple, que la droite défend les avancées sociales et que la gauche
s’est ralliée à la promotion du secteur privé. L’opposition droite
gauche apparaît donc comme la défense d’une situation dépassée par
ceux qui sont installés dans le confort de leurs camps respectifs.
François Bayrou, situé au point des convergences, recueille de ce fait
naturellement les effets bénéfiques de ce courant consensuel. Et cela
d’autant plus fortement que Ségolène Royal rattrapée par les éléphants
du PS abandonne son image consensuelle et s’arc-boute sur le
socialisme pur et dur.
Mais, pour transformer son essai, le patron de l’UDF doit vaincre
des pesanteurs vivaces. Le système électoral législatif favorise la
bipolarisation. Les députés centristes s’ils ne veulent pas être laminés
aux élections doivent bénéficier d’alliances politiques à droite. Ce
rouleau compresseur électoral a broyé naguère Lecanuet. Il a
contrecarré le giscardisme. Il freine les volontés émancipatrices de
l’UDF.
58
Une surprise est cependant toujours possible. S’il parvenait au second
tout, Bayrou pourrait lancer un grand rassemblement centriste pour
répondre à l’attente conciliatrice de l’électorat.


59
CANNES : LE SOMMET FRANCE-AFRIQUE
DES DÉSILLUSIONS

21 février 2007


èmeLe 24 sommet France Afrique de Cannes était le dernier
rassemblé sous la houlette de Jacques Chirac. Il est sans doute aussi le
dernier à se tenir sous cette forme. La France a changé, l’Afrique aussi
et ces mutations commandent des révisions des politiques et des
procédures.
La politique africaine de la France est en voie de passer de
l’affectivité au bureaucratique. La relation Afrique France reposait
jusqu’à ces dernières années sur la conscience d’un devenir commun,
les liens résultant de l’histoire, de la langue, de l’échange des cultures.
Tout ceci justifiait un traitement à part de l’Afrique. Les relations
personnelles prenaient le pas sur la diplomatie. Progressivement, la
France a négligé cette relation spécifique. La population française est
de plus en plus repliée sur le pré carré territorial et néglige son
expansion extérieure. Les bureaucrates ont mis la main sur la politique
africaine et le Quai d’Orsay a remplacé la Coopération.
Jacques Chirac était sans doute le dernier Chef d’État français à
refuser cette banalisation de la relation franco-africaine.
L’Afrique elle-même a évolué. Les populations africaines
manifestent une grande lassitude à l’égard de la France qui les
néglige : une France trop présente pour être innocente et trop absente
pour soulager leurs misères. Une nouvelle génération de leaders
politiques qui ne se sentent plus liés à la France par un lien
indéfectible arrive progressivement au pouvoir. Au même moment, les
États-Unis, la Chine, le Brésil, l’Inde développent des politiques
africaines dynamiques et remplacent progressivement la France dans
la culture, l’industrie ou le commerce.
La France si elle ne réagit pas à temps paiera cher sa lassitude
africaine avec l’érosion de sa langue, de son industrie, de son
commerce et de son influence stratégique.
Que pèsera demain dans l’ONU une France réduite à l’hexagone ?
Telle était la question fondamentale qui aurait pu être posée à Cannes.
60
QUEL RÉGIME POLITIQUE POUR LA FRANCE ?

5 mars 2007


La France vit sous le régime de la Constitution du 4 octobre 1958,
etexte fondateur de la V République adoptée par référendum le
28 septembre 1958. Mais il y a bien peu de rapports entre le texte de
1958 et sa version actuelle.
En effet, la Constitution a été modifiée à vingt-deux reprises par le
pouvoir constituant (Parlement réuni en Congrès, ou directement par
le peuple à travers le référendum). La dernière modification du
23 février 2007 (Journal officiel du 24 février 2007) a porté sur trois
points : le corps électoral de la Nouvelle-Calédonie, la responsabilité
du Président de la République et l’interdiction de la peine de mort.
Tous ces changements n’ont pas la même portée. Certains sont
justifiés par l’évolution du cours de l’histoire comme la suppression
de la Communauté avec les États africains. D’autres relèvent de la
mode comme l’insertion dans le texte fondamental de la Charte de
l’environnement. D’autres sont plus profonds. Ils ont bouleversé
l’équilibre constitutionnel prévu en 1958.
La modification giscardienne du mode de saisine du Conseil
Constitutionnel a marqué un profond changement dans la tradition
constitutionnelle française. L’absolutisme de la majorité était
ejusqu’alors un principe fondamental de la V République. En
permettant désormais la saisine du Conseil Constitutionnel par
soixante députés ou soixante sénateurs, la nouvelle rédaction
constitutionnelle a donné à la minorité parlementaire la possibilité de
mettre en échec pour inconstitutionnalité les lois votées par la
majorité. Les opposants de droite ou de gauche ne se sont pas privés
d’utiliser cette possibilité qui a permis un profond rééquilibrage des
pouvoirs. La majorité parlementaire sait désormais qu’elle n’a pas le
pouvoir de tout faire et qu’elle est soumise comme la minorité à la loi
constitutionnelle.
La modification chiraquienne de la durée du mandat du Président
de la République en 2000 a, elle-même, des conséquences profondes.
61
Le septennat donnait une grande autorité au Président de la
République. Monarque républicain élu au suffrage universel, la durée
de son mandat l’instituait en véritable détenteur du pouvoir d’État face
à une assemblée plus fugace. Il pouvait, pendant son septennat, utiliser
plusieurs Premiers ministres et remodeler le gouvernement à sa guise.
La réduction du mandat à cinq ans oblige le président à une
gymnastique compliquée. Dès la troisième année, s’il veut garder son
autorité il doit annoncer ou faire croire qu’il va se représenter.
Manquant de continuité, il peut plus difficilement changer de Premier
ministre ce qui renforce le pouvoir de Matignon. À vrai dire, cette
modification constitutionnelle a bouleversé les institutions voulues par
le Général de Gaulle. Même s’il garde de grands pouvoirs, le chef de
l’État est sorti diminué de l’institution du quinquennat.
62
QUELS CLIVAGES POLITIQUES
À LA VEILLE DE LA PRÉSIDENTIELLE ?

6 mars 2007


eLa France connaît depuis les débuts de la V République un clivage
manichéen droite-gauche. Le système à dominante bipartisane est le
résultat des modes de scrutin. Pour les présidentielles au second tour,
deux seuls candidats restent en lice. Ce dualisme oblige aux
regroupements et écarte les petits partis qui avaient fait la loi sous la
eIV République. Ce système favorise les jeux de balancier et les
brusques mutations politiques. Longtemps favorable à la droite, il a
procuré l’avantage à la gauche à partir de 1981.
Pourtant se système s’est progressivement essoufflé. Les électeurs
ont montré leur agacement par différents signaux.
Alors que l’on pensait que les majorités parlementaires et
présidentielles coïncideraient toujours, les électeurs ont créé des
situations de cohabitation. Au détriment de Mitterrand en 1986, au
passif de Chirac après la dissolution ratée de 1997. Par une sorte de
revanche sur un système électoral contraignant, les électeurs obligent
la droite et la gauche au compromis en créant une situation de
cohabitation.
L’élection présidentielle de 2002 est encore plus significative. Les
électeurs éliminent du second tour le candidat du PS. Ils dispersent
leurs voix sur de petits candidats. Cette rébellion permet au FN d’être
présent au second tour et oblige la gauche et la droite à réunir leurs
suffrages sur le candidat Chirac. La progression fulgurante du
candidat Bayrou dans l’actuelle présidentielle est également le signe
du rejet progressif par l’opinion du système clanique. Il est vrai que
s’il existe plus qu’un papier de cigarette entre les programmes de
droite et de gauche, le ravin qui séparait les deux grands clans
politiques s’est transformé en une dunette qui se transforme au gré du
vent.
Le transfert progressif des pouvoirs vers l’Union européenne
affadit les clivages. L’instauration progressive d’une économie
63
ouverte et régulée par l’euro interdit les virages à angle droit. La folie
dépensière de 1981 ne serait plus aujourd’hui possible. Le libéralisme
échevelé ne pourrait pas davantage s’instaurer. La mondialisation de
l’économie impose des contraintes qui remettent en cause les choix
idéologiques. Que pèsent les 35 heures face aux risques de
délocalisation ?
Les grands débats de société voient s’effriter les lignes de fracture.
Face à la question de l’immigration, l’opinion est partagée par une
ligne qui n’est pas celle de la frontière droite-gauche. L’école n’est
plus la propriété de la gauche et les enseignants affrontés au pays réel
ne se sentent plus esclaves d’un seul camp.
Les partis eux-mêmes ressentent ces transformations. Les sondages
inspirent davantage l’action de leurs dirigeants que leurs programmes
politiques. Les électeurs par cette démocratie directe redeviennent les
maîtres du jeu. À force de coller aux sondages, les partis se
ressemblent pour tenter de mieux rassembler.
Et pourtant, dans les propos télévisés, les meetings, les deux grands
camps continuent à faire comme si rien n’avait changé. Ils profèrent
les mêmes anathèmes, les identiques exclusions, les sempiternelles
excommunications. C’est qu’ils tiennent à leur pré carré électoral. La
loi électorale les oblige pour survivre de continuer à s’affronter pour
mieux dominer. Il suffit de constater les tirs croisés de la droite et de
la gauche contre Bayrou. L’essentiel de l’argumentation repose sur
l’impossibilité de traduire la troisième voie sur le terrain électoral.
Ce clivage entre ce qui est ressenti par l’opinion comme une
division obsolète et la nécessité pour la droite et la gauche de
s’opposer pour survivre explique en grande partie le désenchantement
de l’opinion face aux grands partis et la recherche confuse et
désordonnée d’espaces de respiration politique hors des champs
traditionnels.
Nous vivons à l’évidence la fin d’une période politique. Des
mutations se préparent qui imposeront un renouvellement profond du
paysage politique et, sans doute, une modification de la loi électorale.


64
PRÉSIDENTIELLE : RETOUR AU CLASSICISME PARTISAN

2 avril 2007


La campagne présidentielle avait, à ses débuts, des velléités
innovatrices. Ségolène Royal paraissait se présenter en candidate libre
de toute allégeance partisane. Nicolas Sarkozy cherchait ses
références chez Jaurès. On ne reconnaissait plus les traditionnels
clivages partisans.
Voici qu’à présent, dans la dernière ligne droite, le débat revient au
traditionnel combat droite-gauche. Ségolène Royal fait désormais
meeting commun avec le leader du PS, François Hollande, tandis que
Nicolas Sarkozy durcit son discours et se fait le champion de l’ordre
et de la lutte contre l’immigration. Du coup, François Bayrou, pris en
sandwich entre les deux camps, se trouve compressé dans une espace
politique de plus en plus étroit.
L’explication de cette évolution est simple. Elle repose, tout
d’abord, sur la nécessite pour les candidats pour réussir leur campagne
de s’appuyer sur un appareil politique puissant. Or, les partis sont plus
représentatifs de l’état actuel de la société politique que de son avenir.
Le conservatisme de la société française explique aussi cette
évolution. Les Français sont avides de changement, mais aussi
prisonniers de leurs habitudes électorales. Ils préfèrent l’existant au
saut dans l’inconnu.
Il n’y a pas eu dans cette campagne l’émergence d’un homme
nouveau susceptible de transcender les clivages actuels.
François Bayrou a un instant occupé cet espace d’innovation. Mais il
était trop lié à l’ancien système pour pouvoir le transcender et aussi,
sans doute, la société française n’était pas encore mûre pour un grand
changement. Ce sera une des responsabilités majeures du futur
Président de tracer les routes de la grande mutation politique dont la
France a besoin.

65
FIN DE CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE

18 avril 2007


C’est une fin de campagne morne et languissante à laquelle nous
assistons.
Tout paraît avoir été dit. Les candidats s’essoufflent à rassembler
les électeurs qui ont toujours autant de mal à se déterminer. En ce
printemps, c’est l’automne de la présidentielle. Sans doute, la
campagne a-t-elle commencé trop tôt. Mais, plus sûrement, c’est la
période d’entre-deux que nous connaissons qui explique la morne
plaine que nous traversons.
La France est à la veille de grandes mutations, mais ni les candidats
ni les électeurs n’ont le courage de voir cette réalité en face.
Alors faute de proposer le règlement des vrais problèmes, chacun
s’accorde à disserter de l’ancien. La fonction publique et pléthorique
et inadaptée, mais qui peut avoir le courage de le dire au risque de
perdre des millions de voix ? Le système d’assistanat généralisé ruine
l’économie française, mais qui osera se priver des suffrages des
assistés ? L’école a besoin d’une révolution, mais qui peut penser
porter atteinte à la corporation des enseignants en période électorale ?
Les vrais débats étant esquivés, il reste alors à servir la même
potion. Droite et gauche s’affrontent dans le désordre crée par des
candidatures de témoignage. Le classicisme ce serait le duo probable
en tête Sarkozy Royal. La surprise serait l’émergence de Bayrou.



66
SARKOZY EN PÔLE POSITION

23 mars 2007


L’histoire a sauté cinq ans ce dimanche électoral. En effet, le
22 avril 2007 est la conséquence logique du 21 avril 2002. En 2002,
les électeurs s’étaient défoulés en votant selon leurs impatiences et en
dispersant leurs voix. En 2007, ils ont eu au premier tour de scrutin un
comportement de second tour en votant utile, en choisissant, en
éliminant. Les petits candidats ont fait les frais de ce comportement
puisqu’aucun d’entre eux ne franchit la barre des cinq pour cent.
La participation électorale participe du même phénomène puisque
les électeurs se sont déplacés en masse pour voter – plus de 80 %. Les
citoyens ont ainsi manifesté leur volonté de ne pas laisser le hasard
déterminer le choix des deux qualifiés du second tour.
Le duel Sarkozy-Royal va à présent scander les quinze jours de
campagne qui s’ouvrent.
Ségolène Royal ne manque pas d’atouts dans cette campagne. Sa
féminité – certains diront son charme – jouera sur les électeurs
indécis. Le ralliement de tous les candidats de gauche en sa faveur va
aider au rassemblement populaire. Sa relative fraîcheur politique
tentera les partisans du changement. Mais ses handicaps sont aussi
forts. Les éléphants du PS ne l’ont soutenue dans la campagne du
premier tour que du bout des lèvres et leurs divergences sont
génératrices de trop d’incohérences ; quel compromis possible entre
un Fabius qui tire à gauche et un Strauss-Kahn qui aurait pu être le
premier ministre de François Bayrou ?
Voudrait-elle capter les suffrages de ce dernier qu’elle sera gênée
par son nouvel encadrement communiste et trotskyste alors que la
gauche toutes tendances confondues rassemble à peine un tiers de
l’électorat.
Enfin, son inexpérience a été dévoilée à plusieurs reprises dans
cette campagne et les charmes de la féminité ne suffiront peut-être pas
à voiler les lacunes de l’autorité.
67
En réalisant – hors l’exception giscardienne de 1974 – le meilleur
score de la droite, Nicolas Sarkozy a réussi un sans-faute remarquable.
Malgré les tirs concentrés des onze autres candidats contre lui, il a
drainé vers sa personne un vaste rassemblement qui lui a permis de se
qualifier avec brio. L’homme a mûri. Il a tiré la leçon de ses erreurs
passées. Il est sans aucun doute le mieux préparé pour exercer la
fonction suprême. Sa victoire va à présent dépendre de sa force à
résister au torrent « tout sauf Sarkozy » qui va déferler.
Jean-Marie Le Pen comme c’était prévisible ne réédite pas son
exploit de 2002. La mobilisation de l’électorat s’est notamment
dirigée contre lui. Ses excès, et notamment la campagne ad hominem
qu’il a lancée contre Nicolas Sarkozy -ont joué en sa défaveur. Mais il
est vrai aussi qu’ayant été le premier à défendre les thèmes de
l’identité française, il peut se flatter, au bout de trente ans de lutte, à
avoir contraint la droite et la gauche à les adopter.
François Bayrou connaît un succès remarquable qui montre la
popularité de deux de ses principaux thèmes de campagne. Le
premier, c’est le refus de l’affrontement frontal droit gauche qui n’a
plus de raison d’être. Le deuxième c’est la construction d’un État
impartial au-dessus des clans, pour ne pas dire des mafias, qui hantent
la société française.
Sans aucun doute les deux challengers qualifiés vont reprendre ces
thèmes à leur compte pour tenter de capter les suffrages qui se sont
portés sur Bayrou. Les élus UDF n’oublieront pas, quant à eux, qu’un
mois après les présidentielles se tiendront les législatives et que les
voix de l’UMP leur seront nécessaires pour l’emporter.


68
IMMIGRATION, AUTORITÉ OU GÉNÉROSITÉ

30 avril 2007


Si le débat sur l’immigration est au centre de la campagne
présidentielle française, c’est pour deux raisons essentielles La France
inquiète devant la mondialisation et les délocalisations recherche son
lieu géométrique et aspire à se recadrer sur son identité. Sur le chemin
de la reconquête de son sens national, elle rencontre les grands
mouvements de populations, qui poussent les ressortissants des pays
pauvres vers les grandes puissances. Il existe, dès lors, un heurt entre
l’aspiration à l’unité française et la multiplication des pôles de
diversité communautaristes.
Pour résoudre ce problème, il y aurait deux grands camps.
Les partisans de la générosité qui souhaitent régulariser le plus
grand nombre d’immigrés et leur donner le même statut que les
Français. On trouverait dans l’autre camp les partisans de l’autorité
qui souhaitent restreindre l’aspiration des immigrés vers le sol français
et régler par des mesures de police et l’intégration dans un moule
uniforme les difficultés engendrées par les immigrés.
Les positions sont en réalité plus nuancées et la herse qui sépare les
deux camps se transforme en un caramel mou.
La générosité impose que l’on respecte l’égalité constitutionnelle
des citoyens français, quelle que soit leur origine. Il faut reconnaître à
tous les citoyens les mêmes droits y compris à ceux originaires de
l’immigration. Elle ne signifie pas, en revanche, que la France ait
l’obligation d’accueillir sur son sol tous ceux qui souhaiteraient s’y
implanter. Une immigration incontrôlée provoque des réactions de
rejet et ruine l’assimilation.
L’autorité impose que tous les citoyens respectent la loi de la
République. Les comportements déviants doivent être pourchassés et
les incivilités réprimées. Et cela dans l’intérêt même des immigrés qui
ne doivent pas subir dans leur majorité les conséquences des actes
répréhensibles qui sont le fait d’une minorité. La trop grande tolérance
69
génère l’intolérance. La permissivité porte en germe le développement
du racisme.
Autant dire que le futur gouvernement de droite ou de gauche devra
tout à la fois aider à une meilleure intégration des immigrés et faire
respecter par tous la loi de la République.
Il faut donc respecter la diversité sans tuer l’unité et ne pas
confondre la générosité et le laxisme.

70
PRÉSIDENTIELLE, ENTRE DEUX TOURS

30 avril 2007


L’entre deux tours de l’élection présidentielle présente des
ecaractéristiques originales sinon inédites sous la V République.
La première originalité est la volonté du candidat arrivé en
troisième position – et donc exclu du second tour – de continuer à
exister malgré le verdict des urnes. François Bayrou a cherché, avec
l’obstination qu’on lui connaît, à imposer un débat avec les deux
autres candidats. Tout en affirmant qu‘il n’entend pas choisir entre la
« Royal peste » et le « Sarko cholera », il a paru, malgré tout incliner,
vers le succès de Royal qui a besoin des voix centristes pour réussir.
Même si cette tentative a connu un certain succès médiatique, elle a
entraîné des réactions hostiles.
Dans le camp socialiste, la gauche – avec Melenchon et
Emmanuelli – s’est élevée contre la tentation centriste de Ségolène.
Quant à l’UDF, elle n’a guère suivi son leader. La base UDF a une
alliance électorale avec la droite et elle ne peut se permettre, à un mois
des législatives, de flirter dangereusement avec le Parti socialiste qui
est son concurrent dans la plupart des circonscriptions.
Dans le camp Sarkozy, l’unité n’a pas été mise en cause, mais la
campagne du second tour est marquée par le souci d’ouverture au
centre. En annonçant une dose de proportionnelle, Sarkozy tient
compte de l’aspiration populaire manifestée dans le vote Bayrou : la
volonté de casser le mur entre les deux blocs politiques.
Les campagnes présidentielles se gagnent ou se perdent au centre.
Il y a fort à prévoir que, sauf surprise de dernière minute, ce
rassemblement gagnant va se cristalliser autour de Nicolas Sarkozy
plutôt qu’autour de Ségolène Royal trop marquée par ses ralliements
communistes et trotskystes pour attirer le marais centriste.
Ce sera une frustration de plus pour François Bayrou : être exclu
d’une compétition où nombre des idées qu’il a défendues s’imposent.
71
SARKOZY HAUT LA MAIN

6 mai 2007


En gagnant l’élection présidentielle avec plus de 54 % des
suffrages, Nicolas Sarkozy connaît un magnifique succès. Cette
victoire incontestée – accompagnée d’un taux de participation record
e– assoit son autorité de Président le mieux élu de la V République
dans une élection « normale ».
Ce succès Sarkozy l’a d’abord remporté sur lui-même. Il a su,
progressivement, gommer les traits trop accusés de son caractère
susceptibles d’inquiéter les Français. Sans perdre sa poigne et son
esprit conquérant, il a su se montrer consensuel et ouvert. Son attitude
mesurée lors du duel télévisé avec Ségolène Royal a convaincu
définitivement les Français qu’il était celui à qui on pouvait confier
sans risque les clés de la maison.
Sarkozy a su aussi s’imposer parmi les siens. Il avait d’abord
remporté un premier combat décisif en prenant le contrôle de l’UMP,
mais ça n’était pas suffisant. Il lui fallait aussi rassembler les fidèles
de Chirac qui le boudaient après son grand écart balladurien. Il lui
fallait aussi convaincre Jacques Chirac et son proche entourage de ne
pas jouer la politique du pire : celle que Mitterrand avait pratiquée à
l’égard de Jospin douze ans plus tôt. Sur tous ces fronts, Sarkozy s’est
imposé avec habileté et autorité.
Mais la victoire de Sarkozy va au-delà. Il a su délivrer la droite
française de ses complexes vis-à-vis de la gauche. Jusqu’ici, quand la
droite gouvernait, elle se sentait obligée d’exalter les vertus de la
gauche ou de lui emprunter son programme. En osant aborder de front
les problèmes de l’immigration, du travail, de la lutte contre
l’insécurité, du refus de l’assistanat généralisé, Sarkozy a érodé
l’électorat du Front National. Et, il l’a fait sans renier le combat
républicain contre le racisme et pour l’égalité des chances. On peut à
présent penser que la France est mûre pour la constitution d’un parti
libéral moderne.
72
Le succès de Nicolas Sarkozy c’est aussi le grand échec de
Ségolène Royal. Elle partait pourtant favorite dans la compétition. Sa
féminité, sa relative virginité politique jouaient en sa faveur. Mais,
progressivement, son image s’est érodée.
Cela s’est produit parce qu’elle a démontré en plusieurs occasions
son inexpérience ou sa maladresse. Problèmes de caractère sur
lesquels ont insisté son ancien ministre Claude Allègre ou son
conseiller économique Eric Besson qui a même déserté en cours de
campagne pour rejoindre le camp Sarkozy. Même si en fin de partie,
elle a affirmé une certaine autorité, elle n’a pas convaincu sur son
aptitude à exercer, pour l’instant, la fonction suprême.
La compagne de François Hollande a souffert aussi d’un
positionnement politique fluctuant et incertain. Dans la phase de
désignation, elle s’est appuyée sur l’opinion contre les caciques du PS.
Elle s’est ensuite raccrochée fermement au Parti Socialiste pour, dans
l’entre-deux tours, se rapprocher du centriste Bayrou tout en
sollicitant les suffrages de l’extrême gauche.
Le revers de Ségolène Royal c’est aussi l’échec du Parti socialiste.
Un parti divisé en baronnies qui tirent à hue et à dia. Un parti dont les
caciques ont assuré un service minimum pour leur candidate. Un parti
qui n’a pas su faire sa mue idéologique et qui se rattache toujours à un
marxisme dépassé. L’échec va obliger le Parti socialiste à se repenser,
à se refonder.
Sur ce chemin, il pourrait rencontrer François Bayrou qui, après
avoir défendu dans sa campagne de premier tour le « ni droite, ni
gauche » a tenté de s’inviter dans la campagne du second tour comme
un adversaire résolu de Sarkozy. Les réalités électorales expliquent
que ses élus qui ont besoin des voix UMP pour être confirmés dans
leurs mandats ne l’aient guère suivi.
Deux France se sont manifestées dans cette compétition. Une
France de gagneurs, avides et conquérants, et une France fatiguée et
demanderesse de protections. Ce sera la tache la plus difficile pour le
nouveau Président : réconcilier ces deux France et les atteler à un
projet commun pour construire une démocratie moderne.
73
LE PREMIER GOUVERNEMENT SARKOZY FILLON

22 mai 2007


Après l’exceptionnel succès qu’il a remporté lors de l’élection
présidentielle, Nicolas Sarkozy aurait pu se contenter de constituer
une équipe ministérielle concentrée sur ses propres partisans, c’est
tout au contraire un gouvernement ouvert et consensuel qui a été
constitué.
Le choix même du Premier ministre est significatif. François Fillon
est un homme de consensus, tolérant et pragmatique dont le calme et
la pondération n’enlèvent rien à l’ambition réformatrice. C’est dans
cet esprit qu’il a constitué avec le chef de l’État l’équipe de ce début
de quinquennat.
La présence de notabilités de la gauche est à elle seule un
évènement. La nomination notamment de Bernard Kouchner aux
Affaires étrangères manifeste la volonté de dépasser la coupure
droitegauche rejetée par l’opinion. François Bayrou l’avait rêvé.
Nicolas Sarkozy l’a fait. Les Français sont attachés à une gestion
moins partisane de l’État et ils ne pourront que se réjouir de cette
ouverture.
La forte présence féminine est également significative du
changement. La nomination dans ce groupe d’une magistrate issue de
l’immigration, Rachida Dati, est un signe fort de la volonté de
l’intégration des immigrés dans l’identité nationale.
Ce gouvernement resserré marque une rupture qui doit mener à une
vraie réforme de l’État, un État plus léger et plus efficace, plus au
service des Français, moins prisonnier de la bureaucratie.
Voici que, soudainement, le paysage politique se transforme et
qu’apparaît une droite moderne, libérale et réformatrice tandis que la
gauche prend un singulier coup de vieux.

74
LE SYSTÈME POLITIQUE SARKOZY

7 juin 2007


Chaque nouveau Président marque le régime politique de la
eV République de son empreinte personnelle. Nicolas Sarkozy
n’échappe pas à la règle.
La constitution d’un gouvernement restreint à quinze membres
manifeste certes la volonté d’alléger le dispositif gouvernemental et de
réaliser des économies. Elle est aussi un signe de la volonté du
Président de coordonner plus facilement lui-même la politique de
l’État. Elle est un signe de la présidentialisation accrue du système.
Désormais, deux super conseils celui de la sécurité intérieure et celui
de la politique internationale sont directement rattachés à l’Élysée. Par
ailleurs, le nombre de conseillers directs du Chef de l’État est en voie
de doubler par rapport à l’ère Chirac. L’extrême proximité du
Président et de son Premier ministre renforce cette présidentialisation.
Cette évolution institutionnellement permet d’éviter les conflits de
compétence entre l’Élysée et Matignon et de remplacer le duel par le
duo. La discordance des deux centres de commandement a été un
problème récurrent depuis 1958 et tout ce qui peut ramener l’unité
dans l’appareil de l’État est hautement souhaitable.
On n’a pas également mesuré les conséquences de l’institution du
quinquennat. À travers cette réduction du mandat présidentiel, on a
réduit quelque peu la majesté de la fonction. Un président élu pour
sept ans avait quelque chose d’un monarque. Il pouvait regarder du
haut de son piédestal le jeu politique et parfois même se payer le luxe
d’une cohabitation. Un président élu pour cinq ans est certes le
Président de tous les Français. Mais, s’il veut gouverner, il doit
s’impliquer davantage dans l’action quotidienne et être le maître du
jeu politique.
Plusieurs conséquences en découlent.
Le Président a besoin d’une majorité solide et unie et il doit en être
le chef. Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy s’investit directement dans
75
l’actuelle campagne électorale pour éviter une éventuelle discordance
entre la majorité présidentielle et la majorité parlementaire.
Voilà pourquoi le Président s’appuie davantage sur des politiques
que sur des technocrates. Il a clairement affirmé que tout ministre
battu aux élections perdrait son poste. Il a également mis un terme à la
pratique du non-cumul entre un mandat local et la fonction
ministérielle.
eLa V République sarkozyste est ainsi plus présidentielle et plus
politique. Cette évolution s’explique aussi par l’importance des
réformes que la situation française exige. Elles sont à la fois
nécessaires et redoutées. C’est dire qu’elles ne pourront être menées
que d’une main ferme, mais avec un soutien populaire sans
défaillance.
Le nouveau système politique doit ainsi s’adapter aux mutations
profondes de la société française. Il reste, à présent, à forger les
nécessaires contrepoids qu’exige la nouvelle donne.

76
DES LÉGISLATIVES PRÉSIDENTIALISÉES

11 juin 2007


Le premier tour des élections législatives de ce dimanche
10 mai 2007 confirme et amplifie le succès remporté par l’UMP lors
de la dernière présidentielle. Cette victoire – qui demandera à être
confirmée dimanche prochain – est logique.
Deux éléments ont poussé vers cette présidentialisation des
élections législatives.
Le premier est l’inversion du calendrier électoral. En repoussant les
législatives après les présidentielles, Lionel Jospin a poussé à cette
présidentialisation des élections législatives, car on voit mal le peuple
se déjuger en un si court délai. Désormais, sauf dissolution qui
déséquilibrerait le rythme de concordances des élections, le
chronogramme assure au nouveau président élu l’extraordinaire
privilège de pouvoir en appeler au peuple dans la foulée des
présidentielles.
Si la première modification relève de l’ère socialiste, la seconde se
rattache au pouvoir chiraquien. En acceptant de réduire à cinq ans le
mandat présidentiel, Jacques Chirac a lié la durée des mandats
législatif et présidentiel et donné tout son effet à l’inversion du
calendrier électoral.
Seule une dissolution qui détacherait les mandats de leur
concordance temporelle peut briser cet effet. Certes, on voit mal un
Président qui dispose d’une majorité rééditer l’erreur commise par le
prédécesseur de Nicolas Sarkozy avec sa dissolution ratée. Mais, la
vie politique ne figure pas au sein du royaume des certitudes, mais
dans l’ouragan des incertains.


77
LES LÉGISLATIVES INFLÉCHIES PAR LA FISCALITÉ :
UN SECOND TOUR SOCIAL

17 juin 2007


La victoire de la majorité UMP au soir de ce second tour des
législatives est incontestable. En remportant à elle seule une majorité
franche et large, l’UMP permet au Président Sarkozy de réaliser
l’objectif qu’il s’était fixé : disposer des moyens parlementaires pour
réaliser le programme adopté par les Français lors de l’élection
présidentielle. Le groupe parlementaire UMP suffit à lui seul pour
assurer au Président sa majorité à l’Assemblée.
Ce second tour représente néanmoins une inflexion par rapport au
premier.
La vague bleue annoncée par les sondeurs ne s’est pas produite. On
avait oublié qu’une élection législative est une addition de scrutins
locaux. On n’avait surtout pas exactement évalué les conséquences de
l’annonce du cataclysme électoral sur l’électorat qui, impressionné par
l’étendue de la débâcle annoncée à gauche s’est mobilisé pour
l’infléchir. Les sondages ne se contentent pas de refléter une situation
donnée. Leur publication provoque aussi des modifications du
comportement des électeurs.
Mais, c’est surtout l’attitude de certains ministres du gouvernement
Fillon qui a provoqué ce léger swing électoral. En engageant
prématurément et imprudemment un débat sur la TVA sociale, ils ont
effrayé les Français pour lesquels cet impôt est un épouvantail. Ils ont
réédité l’erreur du premier gouvernement Juppé qui, élu sur un
programme libéral, a augmenté la fiscalité.
C’est dire qu’il faudra beaucoup de pédagogie au gouvernement
pour faire passer dans l’opinion les réformes qu’il est nécessaire
d’engager. Ce deuxième tour « social » peut avoir le mérite de
montrer à la droite grisée par son succès les difficultés à apporter des
modifications profondes de la société. Elles sont à la fois nécessaires
et rejetées. Pour réussir la réforme, il faut expliquer et convaincre et
non lancer quelques propos mal assurés sur une chaîne de télévision.
78
CHIRAC DEVANT LES TRIBUNAUX ?

20 juin 2007


La France va-t-elle se payer le ridicule de traduire devant les
tribunaux son ancien Président de la République ?
La réponse ne peut être que positive. En perdant l’immunité
attachée à ses fonctions, Jacques Chirac ne peut plus échapper à la
justice qui l’attend depuis douze ans pour l’entendre sur de nombreux
dossiers. L’opinion ne s’y trompe pas : pour 80 % des Français,
Jacques Chirac doit être considéré comme un justiciable comme un
autre. 16 % des personnes interrogées seulement souhaitent que la
justice prenne en compte son statut d’ancien chef d’État. Désormais,
Jacques Chirac peut être convoqué par la justice, mis en examen,
traduit devant les tribunaux.
On ne peut que regretter cette situation et trouver qu’elle est
difficilement compatible avec les fonctions que la Constitution
confère à un ancien chef d’État. Membre de droit du Conseil
Constitutionnel, il est regrettable qu’il ne soit pas mieux protégé.
Jacques Chirac ne peut cependant que s’en prendre à lui-même.
L’origine de toutes ces affaires se trouve dans d’anciens dossiers
relatifs au financement politique. Tous les partis ont eu recours à ces
pratiques. Mais, avec hypocrisie, la classe politique n’a pas voulu
l’admettre laissant à la loterie judiciaire le soin de poursuivre ceux de
ses membres que la justice retenait dans ses filets.
Jacques Chirac n’a pas échappé à la règle. Plusieurs de ses proches
collaborateurs – comme Alain Juppé ou Michel Roussin – ont été
traduits devant les tribunaux et condamnés. Or, il était évident qu’ils
avaient agi pour son compte et sur ses instructions.
Pour n’avoir pas eu le courage de faire voter une large amnistie, le
pouvoir a laissé le loto judiciaire s’exercer. Il est à présent très tard –
peut être trop tard – pour réviser cette bévue. Certains diraient même
cette lâcheté.

79
L’EFFACEMENT DE LA VIE PRIVÉE :
LE CAS HOLLANDE ROYAL

20 juin 2007


S’il fallait trouver un exemple de la fragilité de la cloison qui
sépare la vie privée et la vie publique, le cas Hollande-Royal
mériterait de figurer au premier rang.
La séparation du couple, annoncée au soir du second tour des
élections législatives, démontre en effet que le parcours du PS lors de
la dernière élection présidentielle ne peut pas être compris si l’on ne le
restitue pas dans le contexte d’un couple qui traversait une crise grave
Au nom du respect de la vie privée, les journalistes ont dû
s’abstenir pendant toute la campagne de parler du divorce qui s’était
produit entre François Hollande et Ségolène Royal. Or, cette rupture
permettait de comprendre pourquoi ces deux personnages ne
marchaient pas du même pas dans la campagne. La plus éclatante des
contradictions s’était produite lorsque le premier secrétaire du PS
annonçait une augmentation des impôts quand Ségolène Royal parlait
de geler la fiscalité. Mais, c’est toute la tiédeur de l’appareil du PS à
soutenir Madame Royal qui peut aussi être mieux comprise. Au point
que l’on peut se poser la question de savoir si François Hollande
souhaitait vraiment la victoire de la candidate du PS.
À l’évidence, la rupture consommée entre les deux protagonistes de
ce drame sentimental relevait de la vie publique et non de la vie
privée.
On est alors amené à nuancer notre position traditionnelle sur
l’interdiction pour la presse de parler de la vie privée. Elle devrait être
révisée chaque fois que les évènements de la vie privée débordent sur
la vie publique.

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