//img.uscri.be/pth/194e34d4f187796e21e5b725cee32ca71df0cbb2
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La gauche et les mouvements "noirs" en Jamaïque

De
272 pages
La Jamaïque est traversée par les tendances ouvrières radicales qui agitèrent les Caraïbes anglophones au crépuscule des années 1930. Face à un système colonial qui couple exploitation économique et domination raciale, la gauche et les mouvements "noirs" s'adressent à un public comparable, la classe ouvrière étant presque exclusivement composée de descendants d'esclaves. Ce travail pose la question des stratégies de mobilisation politique employées pour chacune des deux tendances et des rapports entre les notions de race et de classe.
Voir plus Voir moins



La gauche et
Les mouvements « noirs »
en j amaïque
e njeux et dynamiques d’une
impasse politique (1938-1980)
Antony CEYRAT
La gauche et
Les mouvements « noirs »
en j amaïque
e njeux et dynamiques d’une
impasse politique (1938-1980)Du même auteur
Jamaïque, la construction de l’identité noire depuis
l’indépendance, Paris, L’Harmattan, 2009.
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54726-1
EAN : 9782296547261REMERCIEMENTS



Je tiens tout d’abord à remercier Madame Myriam Cottias pour
son aide et sa patience.
Merci aux membres du Centre International de Recherche sur
les Esclavages (CIRESC, EHESS, Paris) pour leurs conseils
enrichissants.
Merci à Madame Giulia Bonacci, historienne et chargée de
recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD)
pour sa coopération.
Merci à Monsieur Abdoulaye Gaye, Attaché Temporaire
d’Enseignement et de Recherche (ATER) en Etudes Anglophones
à l’Université des Antilles et de la Guyane (UAG) pour sa
disponibilité lors de notre entretien.
Merci à la Mairie de Vélizy-Villacoublay pour l’aide financière
qui m’a été accordée pour conduire mes recherches.



SOMMAIRE

Introduction .................................................................... p. 11
Première partie :
Un attelage de fortune : origines intellectuelles et
convergences du radicalisme anticolonial en Jamaïque .... p. 29
Deuxième partie :
Echecs politiques et logique de Guerre Froide : la gauche
et les mouvements « noirs » face aux reconfigurations
régionales dans les années 1950 ....................................... p. 81
Troisième partie :
Un mariage blanc en rouge et noir : la Jamaïque entre
socialisme et Black Power (1960-1968) ........................... p. 125
Quatrième partie :
Rouge, noir, impair(s) et manque(s) : la gauche
et les mouvements « noirs » à l’épreuve du jeu politique
et du capitalisme dans les années 1970 ............................. p. 181
Conclusion ....................................................................... p. 231
Bibliographie ................................................................... p. 237
Annexes ............................................................................ p. 245
Tables des matières ......................................................... p. 264






Introduction

ans son ouvrage Les Jacobins Noirs :
ToussaintLouverture et la Révolution de Saint-Domingue, paru
en 1938, C.L.R. James formulait la relation entre race
et classe en ces termes : « En politique, la question des
races est subordonnée à celle des classes, et raisonner D 1sur l’impérialisme en termes de races ne sert à rien ».
Pour un lecteur pressé, la position de l’intellectuel
trinidadien ne laisse que peu de place au doute quant au rapport
hiérarchique entretenu par ces deux notions : dénoncée dans ces
2mêmes pages comme une « absurdité », la question raciale ne
serait d’aucun secours pour comprendre la sujétion d’une partie de
la population dans les Caraïbes. Ce postulat, ainsi que
3l’engagement politique de l’auteur , illustrent la critique d’une
gauche caribéenne caractérisée « par l’absence d’un modèle
politique global où les facteurs de classes et raciaux expliquent les
4rapports de domination régissant la société ». S’il est vrai que
C.L.R. James théorise la relégation de la catégorie raciale à un rôle
marginal dans l’analyse des relations sociales, ce n’est cependant
pas lui faire justice que d’offrir de sa pensée une présentation
tronquée. Conscient de la complexité des situations coloniales et
postesclavagistes, James se garde de tout dédain absolu pour la
question raciale lorsqu’il s’empresse d’affirmer immédiatement
qu’« il est tout aussi faux de traiter le facteur racial avec
5négligence, comme une question purement accidentelle ».
Secondaire mais non-négligeable, l’équation raciale est à l’image
des peuples colonisés à la veille de la Seconde Guerre Mondiale :
1 C.L.R. James, Les Jacobins Noirs : Toussaint-Louverture et la Révolution de
Saint-Domingue, Paris, Editions Caribéennes, 1938, p. 251.
2 Idem, p. 110.
3 C.L.R. James fait partie de la Revolutionary Socialist League en 1938.
4 Antony Ceyrat, Jamaïque, la construction de l’identité noire depuis
l’indépendance, Paris, L’Harmattan, 2009, p. 62.
5 C.L.R. James, Les Jacobins Noirs… op.cit., p. 251.
11

dépendante, mais d’une irréductible importance. Bien que
l’objectif de ce travail ne soit pas d’étudier la pensée politique du
seul C.L.R. James, ce dernier offre plusieurs angles d’approche
intéressants du sujet proposé. Contemporain des questions qui nous
occuperont par la suite, issu d’une île voisine de la Jamaïque
faisant également partie de l’empire britannique, compagnon du
socialisme et du panafricanisme, la trajectoire individuelle de
James nous invite à réfléchir sur les rapports quasi-intimes
entretenus par la gauche et les mouvements « noirs » au XXème
siècle dans les Amériques.
Avant de développer le thème de la recherche, un effort de
définition s’avère indispensable : qu’entendra-t-on par « gauche »,
« mouvements noirs », « race » et « classe » ? Au-delà, quels sont
les enjeux et les implications de ces différentes notions vis-à-vis du
sujet considéré ? La définition d’une idéologie, plus encore d’une
appellation générique telle que « la gauche », n’est pas aisée ; en
outre, elle ne saurait être comprise en dehors de tout rapport avec
« la droite », car le corpus idéologique de la gauche est autant le
fruit de l’affirmation de ses valeurs que de sa confrontation avec
ses adversaires politiques au travers des mécanismes de la
démocratie (comme le débat public ou les pratiques électorales, par
exemple). Le choix qui fut le nôtre d’une perspective centrée sur la
gauche soulève une première difficulté liée à la pertinence d’une
telle segmentation de l’offre politique nationale : en découplant
droite et gauche dans le traitement du sujet, le chercheur s’expose
au risque de négliger leurs interactions dynamiques, faisant d’elles
des ensembles froids et hermétiques. La position de la gauche,
chaque fois que cela est possible, n’est donc pas étudiée seulement
pour elle-même mais aussi dans sa relation de compétition avec
son opposant. Pour autant, s’il ne faut pas négliger l’importance de
la droite dans la construction de son alternative politique, l’analyse
des rapports entre la gauche et les mouvements « noirs » ne s’en
avère pas moins fructueuse. Là où la droite jamaïcaine met
traditionnellement l’accent sur la nécessaire collaboration des
travailleurs avec les employeurs et recherche le soutien des firmes
étrangères dans sa stratégie de développement, le discours de la
12
gauche radicale est centré sur l’amélioration des conditions de
travail des ouvriers, l’accès à l’éducation et à la santé et sur la
dénonciation de l’exploitation économique par les pays capitalistes.
Il ne s’agit pas, bien entendu, de porter un quelconque jugement de
valeur sur ces deux groupes politiques, ni d’en réduire la
complexité à un simple affrontement entre conservatisme et
progressisme. L’objet de cette étude est de souligner que la
position de la gauche ne manque pas de rejoindre certaines des
préoccupations des mouvements « noirs » engagés pour la défense
d’une population d’ascendance africaine confrontée à l’âpreté de
conditions économiques et sociales héritées de l’esclavage et du
colonialisme.
La seconde difficulté attachée au traitement de ce sujet est
d’ordre définitionnel : quels sont les acteurs qui constituent la
gauche en Jamaïque ? L’option que nous avons retenue est de
considérer une définition endogène de la gauche, c’est-à-dire de
s’intéresser aux mouvements et aux individus revendiquant leur
appartenance à la famille socialiste et/ou communiste. Cette
approche présente l’avantage d’éviter les assignations d’identités
politiques à des acteurs qui, en leur temps, auraient pu contester
l’attribution de telles dénominations. Elle ne saurait, néanmoins,
nous dispenser d’un effort de définition justifiant des
regroupements opérés sous le label « la gauche ». Etant donné le
panorama étendu des doctrines socialistes et communistes, des
différentes versions formulées en différents lieux et différents
temps politiques, il a été choisi de ne retenir que le dénominateur
commun le plus strict à ces différentes conceptions, c’est-à-dire
l’ensemble des idées attachées à l’amélioration des conditions de
vie de la classe ouvrière exploitée par le capitalisme économique,
en ayant recours à l’action révolutionnaire ou réformatrice. En
croisant cette définition avec les allégeances partisanes affichées
par les individus, il est possible d’isoler plusieurs acteurs dans cette
sphère de gauche. Nous nous intéresserons principalement au
People’s National Party (PNP), qui adopta la voie du socialisme en
1940, mais aussi à des groupes politiques de dimension plus
modeste (tels que la Jamaica Progressive League, la People’s
13
Educational Organization ou le Workers’ Party of Jamaica entre
autres) et aux syndicats émergeant dans la tourmente des émeutes
de 1938 (comme le Bustamante Industrial Trade Union, le Trade
Union Council puis la National Workers’ Union). L’intérêt de
croiser une définition, même a minima, de la gauche et les
revendications individuelles des militants est de réfléchir sur
certains mouvements dont les priorités sont éloignées de celles de
la gauche telle que définie plus haut. Ainsi, si c’est un PNP
formellement socialiste qui accède au pouvoir en 1955, il s’agit
d’une gauche de gouvernement purgée de son aile marxiste lors de
son exclusion en 1952 et qui pratique « l’industrialisation par
6invitation » des firmes capitalistes étrangères sur le territoire
national. Sans aller jusqu’à la disqualification complète du PNP
comme organisation de gauche dans les années 1950, le croisement
d’une base définitionnelle et des positions déclarées des acteurs
dans l’espace public permet une reconsidération minutieuse des
mouvements de gauche à même d’enrichir notre compréhension du
sujet et d’étudier la fluidité et le caractère plastique des identités
politiques.
Alors que la gauche bénéficie d’une actualité qui la rend
familière, la situation est très différente en ce qui concerne les
mouvements « noirs ». La catégorie de « mouvement noir » est en
elle-même problématique : il existe de nombreux termes
témoignant d’une certaine proximité avec cette idée, si bien qu’il
est parfois question de « nationalisme noir », de « Black Power »,
de contestation raciale, etc. Il est alors délicat de réduire ces
acceptions multiples au sein d’un ensemble monolithique, d’autant
plus que ces mouvements sont dotés de finalités et d’organisations
différentes : alors que le nationalisme « noir » (tel que porté par
7 8 9Martin Delany , Edward Wilmot Blyden ou Marcus Garvey par
6 Michael Manley, Jamaica, Struggle in the Periphery, Londres, Third World
Media Limited en association avec Writers and Readers Publishing Cooperative
Society Limited, 1982, p. 30.
7 Paul Gilroy, L’Atlantique Noir, modernité et double-conscience, Paris, Kargo,
ère2003 (1 édition 1993), p. 39.
8 Idem, p. 274.
14

exemple) articule un objectif politique clair lié au rapatriement des
descendants d’esclaves vers l’Afrique, d’autres mouvements ont
également un but politique et culturel sans présenter de vision du
retour (comme le Black Power par exemple). Enfin, d’autres
groupes adoptent une posture plus religieuse conjuguée à la
thématique du retour (tels que la communauté rastafarienne) ou
plus sommairement de contestation de l’ordre social teintée
d’idéologie raciale, sans pour autant afficher de militantisme
radical (comme le mouvement Rude Boy). Il résulte de cette
profusion une nébuleuse difficilement catégorisable sans la réduire.
L’appellation de « mouvement noir », sans être pleinement
satisfaisante, permet toutefois de regrouper des mouvements
politiques et culturels qui mettent la variable de « couleur » au
centre de leur réflexion politique sur l’état, la nation, l’économie et
la citoyenneté.
Les réflexions parallèles menées par la gauche et les
mouvements « noirs » sont sous-tendues par l’usage de notions
concurrentes. La gauche s’appuie sur une vision de la société
structurée par des classes en lutte fondées, suivant l’analyse de
Marx, sur l’accumulation du capital ou la disponibilité du travail.
La bourgeoisie, classe possédante, y est opposée au prolétariat,
classe exploitée. Le concept de classe est problématique car sa
substance est abstraite et repose sur l’interprétation de plusieurs
variables : la position économique des acteurs considérés, leur
10métier, leur revenu , leur lieu résidence, leur niveau d’éducation,
etc. De leur côté, les mouvements « noirs » font appel au concept
de race pour expliquer la sujétion de la population d’origine
africaine en Jamaïque. La catégorie raciale est également
éminemment discutable car il est bien établi que les races n’ont
aucune existence biologique avérée ; la notion de race renvoie dans
ce travail à la couleur de peau, au lieu d’origine supposé des
individus et, par extension, à un ensemble de pratiques sociales et
9 Amy Jacques Garvey, The Philosophy & Opinions of Marcus Garvey, or, Africa
for the Africans, Dover, The Majority Press, 1986 (1ère 1923 et 1925), 550 p.
10 Henri Lefebvre, Le Marxisme, Paris, Presses Universitaires de France, 2003
ère(1 édition 1948), p. 32.
15

culturelles assigné à un groupe, ou revendiqué par celui-ci. De
plus, il réside un certain nombre de difficultés inhérentes à toute
réflexion incluant le concept de race : si l’objectif des sciences
sociales est bien de déconstruire des catégories pensées à tort
comme opérantes, ne faudrait-il pas voir dans la recherche sur les
mouvements raciaux un paradoxe qui consisterait à légitimer par
leur emploi des notions (en l’occurrence la race) que l’on cherche
par ailleurs à dénoncer ? L’hypothèse de travail retenue ici est
autre : à l’image d’Eric et de Didier Fassin, nous pensons que le
recours à la catégorie raciale est nécessaire afin de mieux en
comprendre les rouages et de les combattre : « Aujourd’hui comme
hier, le premier devoir des sciences sociales à l’égard de ce qui est
pensé en termes de « race » et de ce qui est agi dans la logique du
« racisme », c’est d’essayer de décrire d’abord, d’expliquer,
ensuite – plutôt que d’éluder ce qui pose « problème » ou, à
11l’inverse, de se contenter de le dénoncer ».
Gardant à l’esprit ces remarques liminaires, il importe
désormais de préciser notre hypothèse de travail. Celle-ci repose
sur la perception d’une tension entre deux visions du monde
concurrentes : l’une socialiste, qui explique les rapports de
domination économique par l’existence de classes en lutte telles
que définies par Marx ; l’autre raciale, qui fait de l’exploitation
d’une race par une autre (dans le cas jamaïcain, des « Noirs » par
les « Blancs ») le point central de sa rhétorique, à l’image de
Marcus Garvey résumant le cycle « naturel » du pouvoir entre les
races : « Cette race qui est la nôtre a offert la civilisation, a offert
l’art, a offert la science ; a offert la littérature au monde. Mais
ainsi en est-il des races et des nations. Telle race est
remarquablement prééminente pendant tel siècle ou tel âge ; et
pendant un autre siècle ou âge elle disparaît de la scène et une
autre race prend sa place. L’homme noir occupa un temps une
haute position dans le monde, scientifiquement, artistiquement et
commercialement, mais le mouvement de balancier sur la grande
11 Didier et Eric Fassin, éds., De la question sociale à la question raciale.
Représenter la société française, Paris, La Découverte, 2006, p. 19.
16

échelle de l’évolution nous a fait perdre notre place et quelqu’un,
autre que nous-mêmes, occupe la place que nous avions un
12jour ». Si ces théories se rejoignent par leur commune
dénonciation de l’exploitation, les explications fournies pour
rationaliser cette domination divergent. Le débat public organisé le
13 août 1929 en marge de la session économique de la convention
internationale de l’Universal Negro Improvement Association
(UNIA, fondée par Marcus Garvey en 1914 à son retour
13d’Angleterre ) à Kingston entre Marcus Garvey et Otto Huiswoud
illustre la tension entre ces deux modèles. Huiswoud, « mulâtre »
originaire du Surinam hollandais et invité à la convention en tant
que délégué du syndicat étasunien American Negro Labour
Congress, y conteste vivement les positions défendues par Garvey :
« Le problème noir ne peut trouver de solution que par la
coopération internationale du travail entre les travailleurs blancs
et noirs. […] La race a servi à intensifier la situation, et a donné
l’impulsion pour une exploitation accrue de l’homme noir. […] Le
problème noir est définitivement un problème de classe,
fondamentalement de classe et non de race. […] Dans chaque
nation où se trouvèrent des Noirs, des Blancs et des Verts, il y eut
des classes, et les classes ouvrière et capitaliste se sont prises à la
14gorge de tout temps, luttant pour le contrôle de la nation ».
12 « This race of ours gave civilization, gave art, gave sciences; gave literature to
the world. But it has been the way with races and nations. The one race stands out
prominently in the one century or in the one age; and in another century or age it
passes off the stage of action, and another race takes its place. The Negro once
occupied a high position in the world, scientifically, artistically and
commercially, but in the balancing of the great scale of evolution, we lost our
place and some one, other than ourselves occupies the stand we once held.” (trad.
de l’auteur), Marcus Garvey, in Amy Jacques Garvey, The Philosophy &
Opinions… op.cit., vol. 1, p. 80.
13 Idem, vol. 2, p. 126.
14 “The Negro problem can only be solved by International Labour co-operation
between white and black labour. […] Race served to intensify the situation, and
gave an impetus to the further exploitation of the Negro. […] [The] Negro
problem was definitely a class problem, fundamentally a class one and not a race
one. […] Out of every nation where negro, white or green were, there were
classes, and the working class and the capitalist class were at each other’s throat
at all times, fighting for the control of the nation.”, Ken Post, Arise Ye
17

Opposé à une lecture communiste faisant du facteur racial une
simple diversion de la vraie lutte contre le capitalisme, Marcus
Garvey réaffirme dans sa réponse la prépondérance de la solidarité
raciale sur l’allégeance de classe dans la lutte contre l’oppression
15« blanche » aux Amériques .
La joute oratoire livrée par Huiswoud et Garvey et les
arguments présentés par chacun d’entre eux touchent au cœur du
problème. Voisines dans leur dénonciation de l’oppression et de
l’exploitation, offrant toutes deux une perspective internationaliste,
les doctrines communiste et garveyiste s’adressent à des publics
comparables. En dépit de l’émergence depuis la fin du XIXème
siècle d’une classe moyenne « noire » éduquée constituée
16majoritairement d’enseignants et de paysans prospères , la
population d’origine africaine en Jamaïque se superpose en grande
partie à ce que les socialistes désignent comme la classe ouvrière.
Les « Noirs » représentent environ les trois quarts de la population
avant la seconde guerre mondiale, cette proportion avoisinant 95%
du total après inclusion des « Mulâtres », considérés comme des
gens de couleur. Ken Post estime l’essor démographique de la
paroisse St Andrew (qui englobe Kingston, la capitale) à environ
17
134% entre 1921 et 1943 ; 11% de la population est au chômage
et la moitié des travailleurs n’est employée que sur une base
temporaire, privant un quart à un tiers des ouvriers d’une activité
18stable en 1937 . La situation n’est guère mieux dans les
campagnes où les trois quarts des exploitations ne représentent que
1912% de la superficie cultivée totale . Par conséquent, de nombreux
petits paysans indépendants sont réduits à cumuler leur activité
agricole avec un emploi de travailleur sur les grandes plantations,
Starvelings: The Jamaican Labour Rebellion of 1938 and its Aftermath, La
Haye/Boston/Londres, Martinus Nijhoff, 1978, p. 3.
15 Ibid.
16 Patrick Bryan, The Jamaican People 1880-1902: Race, Class and Social
Control, Londres et Basingstoke, MacMillan, 1991, pp. 216-261.
17 De 54 600 à 128 200 environ, Ken Post, Arise Ye Starvelings, … op.cit., p. 132.
18 Idem, p. 134.
19 Idem, p. 115.
18

20majoritairement détenues par les « Blancs » . La surreprésentation
de la population « noire » jamaïcaine chez les travailleurs et les
chômeurs rend ainsi possible une superposition des allégeances de
race et de classe dans l’esprit de ses membres. Cette coïncidence
fait des « Noirs » la cible potentielle à la fois des mouvements
« noirs » et de la gauche aux fins de mobilisation politique.
Alors que les solutions divergentes apportées au « problème
noir » évoqué par Otto Huiswoud indiquent l’éventualité d’une
opposition forte entre la gauche et les mouvements « noirs » en
Jamaïque, notre travail s’est également intéressé aux similitudes et
aux proximités entre ces derniers, notamment en termes de
stratégie et d’opportunité politique. Au-delà du parallélisme des
formes mis en évidence plus haut, la thématique de la lutte contre
l’oppression et l’exploitation justifie des rapprochements à la fois
idéologiques et tactiques. Outre une curiosité intellectuelle
incontestable soulignée par les trajectoires individuelles de
nombreux acteurs de ces deux mouvements (sur lesquelles nous
reviendrons plus en détail dans le corps du texte), la faiblesse de la
gauche sur le plan électoral rend nécessaire la mobilisation de
forces militantes plus larges que les seuls cercles socialistes et
communistes de l’île. A titre d’exemple, la People’s Educational
Organization et le People’s Freedom Movement issus de la rupture
entre la gauche radicale et le PNP en 1952 subissent de lourdes
21défaites aux élections de 1955 et sont dans l’obligation d’élargir
leur base électorale. De même, le radicalisme des mouvements
« noirs » des années 1940 à 1970 a lui aussi pu remodeler le corpus
idéologique de la gauche jamaïcaine et attirer son attention sur les
thématiques raciales. Enfin, l’influence du Black Power dans les
cercles universitaires dans les années 1960 a favorisé des
rapprochements entre une intelligentsia marxiste et des
mouvements « noirs » en quête de légitimité. Notre propos a donc
été d’expliquer les soubassements idéologiques qui sous-tendent
20 Idem, p. 119.
21 Obika Gray, Radicalism and Social Change in Jamaica 1960-1972, Knoxville,
University of Tennessee Press, 1991, p. 36.
19

l’attitude de chacun des deux groupes vis-à-vis de l’autre, mais
aussi de « contextualiser » cette tension afin d’identifier les
facteurs de rapprochement et d’éclatement au sein de l’espace
politique jamaïcain.
Les rapports entretenus par les militants des deux mouvements,
les ponts idéologiques et tactiques jetés entre eux et les circulations
individuelles de l’un à l’autre sont autant de paramètres qui nous
invitent à mesurer le constat rapide d’une opposition frontale entre
la gauche et les organisations « noires ». Au-delà de l’écriture
d’une histoire politique de la Jamaïque au XXème siècle, ce travail
constitue un point d’entrée pour l’analyse du lien entre les
catégories de race et de classe dans les sociétés postesclavagistes.
L’enjeu était de démontrer que ces deux facteurs doivent être
étudiés de manière conjointe et dynamique et non séparément. Les
impasses successives auxquelles se sont heurtées les tentatives de
coopération entre la gauche et les mouvements « noirs » (telles que
celle du journal d’agitation politique Abeng par exemple) illustrent
l’impossibilité d’isoler l’une ou l’autre de ces notions pour
appréhender les rapports de force économiques et politiques
jamaïcains de manière décisive. L’historiographie actuelle de la
Jamaïque a beaucoup développé cette question ; cependant, peu
d’ouvrages ont véritablement étudié les liens entre race et classe en
Jamaïque sous l’angle du militantisme radical dans la seconde
moitié du XXème siècle. Les travaux de référence en la matière
(tels que ceux d’Obika Gray par exemple) se focalisent
fréquemment sur les années 1960 et 1970, qui représentent un
moment d’actualisation important de la thématique raciale en
Jamaïque. Notre objectif était d’effectuer un tour d’horizon plus
large et de tenter de se placer au croisement de plusieurs
historiographies : politique, sociale et culturelle.
Dans cette perspective, l’option retenue a été de travailler sur la
période 1938-1980. L’ambition initiale était de réfléchir aux
relations entre la gauche et les mouvements « noirs » depuis
l’indépendance (en 1962). Ce choix relevait d’un présupposé de
départ selon lequel il était vain de penser l’histoire - et a fortiori
20
l’histoire politique - de la Jamaïque avant cette date en raison de la
présence d’une administration coloniale britannique. Cependant,
l’existence d’un héritage politique important entre les élites
coloniales et leurs successeurs immédiats relativise de plus en plus
l’idée d’une rupture nette symbolisée par l’accession à
l’indépendance. Se limiter à l’étude des seuls mouvements
politiques de la période post-coloniale présente deux inconvénients
majeurs : d’une part, ce postulat expose le chercheur à négliger la
profondeur historique du sujet ; d’autre part, il ne permet pas de
penser la spécificité de phénomènes trouvant leurs origines avant
l’indépendance et pouvant apporter un éclairage intéressant sur
certains développements postérieurs, tout comme il occulte la
singularité de l’expérience coloniale dans les constructions
idéologiques dont il est question dans ce travail.
Le choix de 1938 s’est imposé pour deux raisons : tout d’abord,
cette date marque le point de départ de la décolonisation de la
Jamaïque, suite aux émeutes ouvrières qui prennent naissance dans
les plantations et qui se répandent vers la capitale. Ensuite, il s’agit
de l’année de la création du PNP, situé à gauche de l’échiquier
politique bien que son orientation socialiste ne fût achevée qu’au
cours des années 1960 et surtout 1970. L’ancrage en 1938 présente
en outre l’avantage de ressaisir les évolutions importantes des
années 1930 tant au point de vue économique et social (avec les
conséquences de la crise mondiale) qu’idéologique (avec le
développement de l’éthiopianisme et du mouvement Rastafari,
entre autres). L’analyse s’achève en 1980, lorsque le PNP, arrivé
au pouvoir en 1972, est battu par le Jamaica Labour Party (JLP,
droite). Le PNP ne revient au pouvoir qu’au tournant des années
1990 dans une version plus libérale. Cette seconde borne
chronologique nous permet de rendre compte des transformations
connues par le PNP, notamment celles induites par l’exercice du
pouvoir. Elle présente également l’avantage de traverser les années
1970 qui sont un moment crucial pour la diffusion d’une
conscience raciale de grande ampleur en Jamaïque, sous
l’influence des revendications étasuniennes et visibles dans le
champ musical.
21
La délimitation géographique de l’étude est plus perméable : si
l’objectif reste de travailler sur la Jamaïque, il est fondamental de
repositionner le sujet dans sa perspective régionale, entendue
comme le bassin des Caraïbes et les Etats-Unis voisins. En raison
de la nature « ouverte » de la Jamaïque (aussi bien sur le plan
économique que migratoire), il est nécessaire de réfléchir sur le
rôle tenu par les circulations des personnes et des idées au sein de
cet espace et à l’influence que des événements extérieurs ont pu
avoir sur la situation jamaïcaine ; le Mouvement pour les Droits
Civiques, la décolonisation en Afrique ou encore la révolution
cubaine de 1959 sont autant de sujets qui jalonnent la réflexion de
la gauche et des mouvements « noirs ». De même, toute analyse de
la gauche dans la seconde moitié du XXème siècle doit tenir
compte du contexte international de la Guerre Froide qui a des
incidences sur la vie politique nationale. S’il semble que la gauche
22jamaïcaine n’ait eu que très peu de contacts avec Moscou , la
logique des blocs n’en reste pas moins très présente, surtout en
présence du voisin étasunien. Parvenir à développer une
perspective transnationale était un autre enjeu essentiel de ce
travail.
L’étude se déploie en quatre temps principaux qui suivent une
logique chronologique. Plusieurs facteurs viennent justifier ce
choix : tout d’abord, parce qu’il est possible de discerner une réelle
évolution des rapports entre la gauche et les mouvements « noirs »
au rythme des événements qui jalonnent la période considérée.
Mais plus encore, il était important de replacer un certain nombre
d’éléments factuels dans leur contexte en raison du caractère
relativement méconnu de l’histoire jamaïcaine contemporaine (en
comparaison avec, par exemple, les Etats-Unis). Cette option
présente l’avantage de familiariser le lecteur avec les tendances
lourdes de l’histoire de l’île, mais expose aussi le chercheur à
privilégier une approche « factuelle » plutôt qu’ « analytique ».
22 Ken Post, Strike The Iron. A Colony At War: Jamaica 1939-1945, Atlantic
Highlands (New Jersey), Humanities Press, en association avec The Institute of
Social Studies, La Haye, 1981, vol. 1, p. 200.
22

Néanmoins, les faits sont indispensables à l’analyse et partant, il
nous a paru souhaitable d’opérer des cadrages historiques brefs à
chaque fois que cela s’avérait nécessaire. De même, le
« découpage » du temps historique en moments particuliers et le
choix des époques charnières comportent toujours une part
d’arbitraire laissée à l’interprétation du chercheur. Si les
délimitations peuvent – et doivent – faire l’objet d’un débat, les
dates retenues correspondent à des événements précis et
identifiables de l’histoire jamaïcaine, afin de limiter au maximum
le côté « artificiel » de notre démarche et de rester intelligible
visà-vis d’un public moins averti.
Dans un premier moment de la réflexion, il convient de ressaisir
l’importance des influences conjointes de la gauche et des
mouvements « noirs » dans le déclenchement des émeutes de 1938,
en se concentrant d’une part sur l’action syndicale et d’autre part
sur l’atmosphère de radicalité raciale qui prévaut dans les années
1930. Cette dernière est tant le fruit de l’héritage garveyiste et
bedwardiste que de la naissance d’un mouvement éthiopianiste
dont s’inspirent les groupes Rastafari. En ce sens, il est nécessaire
d’évaluer l’impact de la situation politique internationale sur le
développement de ces idées. La naissance d’une tendance
anticolonialiste consécutive de cette rébellion favorise le
rapprochement des forces de gauche et du monde « noir » militant
jusque dans les années 1950. L’obtention d’une réforme
constitutionnelle en 1944 et la poursuite d’objectifs politiques
divergents aboutit à l’exclusion de l’aile marxiste du PNP en 1952
et annonce un tournant dans les stratégies de mobilisation politique
de la gauche radicale. Les échecs successifs de ses tentatives
électorales, conjuguées à la prééminence des mouvements « noirs »
dans le rôle d’opposant politique, augurent d’un nouveau
rapprochement issu de la curiosité mutuelle que se vouent les deux
camps, incarnée par l’ « affaire Henry » en 1960. Illustrant les liens
entre les organisations « noires » et l’atmosphère de radicalité issue
de la révolution castriste à Cuba en 1959, ce « coup d’état » avorté
attire l’attention de l’intelligentsia de gauche sur le potentiel
révolutionnaire des mouvements « noirs ». Les années 1960
23
constituent un troisième moment de coopération accrue entre des
organisations de gauche, telles que la Union of Workers’ Council
(UWC) et la Young Socialist League (YSL, proche du PNP) et des
groupes raciaux, avocats du Black Power. La multiplication des
contacts, notamment au niveau universitaire, symbolise la
convergence momentanée des luttes politiques qui culmine avec les
« émeutes Rodney » (du nom de l’historien guyanais Walter
Rodney) déclenchées par les étudiants de la University of the West
Indies (UWI). D’un point de vue idéologique, la création du
journal d’agitation politique Abeng témoigne de la collaboration
étroite entre les défenseurs du Black Power et les tenants de
l’orthodoxie marxiste. Enfin, la déliquescence très rapide de cette
expérience, couplée à l’arrivée au pouvoir en 1972 d’un PNP
utilisant habilement la thématique raciale, mettent en lumière les
contradictions fondamentales entre la gauche et les mouvements
« noirs ». Ce dernier axe de réflexion entend également démontrer
que l’attitude des organisations « noires » vis-à-vis du capitalisme
économique est l’une des pierres d’achoppement expliquant
l’impasse politique sur laquelle a débouché l’alliance tactique entre
les deux camps à travers l’exemple de la musique.

Les sources :
Le traitement du sujet comporte deux difficultés majeures quant
à l’accès aux sources primaires : tout d’abord, l’éloignement
géographique réduit les possibilités de déplacement physique sur
place. De fait, les contacts avec les acteurs institutionnels (tels que
les syndicats ou les partis politiques, par exemple) s’en trouvent
nécessairement limités. Afin de réunir des données factuelles en
nombre suffisant, nous avons décidé de travailler à partir des
archives du principal quotidien d’information national jamaïcain, le
Daily Gleaner (aussi appelé simplement Gleaner, noté DG par la
suite). Les collections sont numérisées en ligne de manière
intermittente entre 1834 et 1865 puis régulièrement depuis cette
24
23date . Elles sont accessibles contre le paiement d’un abonnement
24modique sur Internet . L’utilisation d’un journal de presse en tant
que source permet d’avoir accès à une information factuelle en
grande quantité et de ressaisir les grandes tendances de l’opinion
publique du moment, notamment grâce au courrier des lecteurs.
Toutefois, l’archive ne saurait être considérée comme neutre et
analysée isolément de son contexte de production. Plusieurs
paramètres doivent être rappelés avant toute exploitation
archivistique rigoureuse : l’ancienneté du Gleaner, fondé en 1834,
lui confère autant un statut de commentateur que d’acteur
quasi25institutionnel de la vie politique jamaïcaine .C’est d’ailleurs ce
que souligne Michael Manley, Premier Ministre de la Jamaïque de
1972 à 1980 pour le PNP, lorsqu’il soutient dans ses mémoires que
le Gleaner est entré en guerre ouverte contre son parti à partir de
261975, analyse corroborée par Anita Waters . De même, la date de
fondation du journal, l’année même de l’abolition de l’esclavage en
Jamaïque, le place automatiquement du côté des classes
supérieures, alors seules à avoir les capacités et les moyens
financiers pour soutenir une publication quotidienne. Au tournant
des années 1940, l’éditeur du Gleaner est H.G. DeLisser, qui n’est
27autre que le secrétaire de la Jamaica Imperial Association
28représentant les intérêts des grands planteurs . Anita Waters
considère de plus que le lectorat du journal est majoritairement
29composé de membres de la classe moyenne , ce qui laisse présager
que sa ligne éditoriale leur sera prioritairement adressée. Dans cette
perspective, il n’est pas rare que les informations concernant
23 A l’heure de ces lignes, le 22 juin 2010.
24 Sur le site http://gleaner.newspaperarchive.com/Default.aspx (consulté entre
avril et juillet 2010).
25 Anita Waters, Race, Class, and Political Symbols: Reggae and Rastafari in
Jamaican Politics, New Brunswick et Oxford, Transaction Books, 1985, p. 13.
26 Michael Manley, Jamaica, Struggle… op.cit., p. 134 et Anita Waters, Race,
Class… op.cit., p. 13.
27 Ken Post, Strike The Iron… op.cit., p. 173.
28 Abigail B. Bakan, Ideology and Class Conflict in Jamaica : The Politics of
Rebellion, Montréal et Kingston, Londres, Buffalo, McGill-Queen’s University
Press, 1990, p. 99.
29 Anita Waters, Race, Class… op.cit., p. 28.
25

certaines organisations de gauche critiques de la structure
30économique et sociale jamaïcaine soient éludées , ou que le
journal prenne ouvertement position contre les mouvements
« noirs », ainsi qu’en atteste l’hostilité visible à l’encontre des
rastafariens.
Les sources primaires sont complétées par la réalisation d’une
interview par email avec M. Abdoulaye Gaye, Attaché Temporaire
d’Enseignement et de Recherche (ATER) à l’Université
AntillesGuyane (UAG) en Etudes Anglophones. Auteur d’une thèse de
doctorat à l’Université de Bordeaux III sur « Culture populaire et
culture légitime à la Jamaïque », M. Gaye a accepté de répondre à
un questionnaire portant sur ces thématiques afin d’approfondir
notre réflexion sur le sentiment racial dans la culture jamaïcaine.
Le texte de l’entretien se trouve en annexe. Enfin, une étude des
thèmes musicaux majeurs des années 1970 a été menée à partir
d’un échantillon représentatif de plus de 2 500 morceaux composés
par les artistes les plus emblématiques de cette période. L’analyse
des titres des chansons et des albums et le choix des noms de
groupes a permis de mettre en lumière l’existence d’un dialogue
articulé entre une conscience « noire » diffusée à l’échelle
nationale et internationale grâce au marché du disque et la
perception d’une position d’infériorité sociale au sein du système
capitaliste.
Le travail est également basé sur l’étude d’ouvrages de synthèse
et de recherche, principalement publiés entre la Jamaïque, les
Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Il n’existe pas – à notre
connaissance, à tout le moins – de travaux universitaires publiés
sur ces questions en français à l’heure de ces lignes. L’accès à ces
30 A titre d’exemple, il n’a pas été possible de retrouver la trace du People’s
Freedom Movement ou de la People’s Educational Organization dans les pages
du DG au début des années 1950. Cela peut être dû à leur manque d’importance ;
toutefois, leur fondation par Richard Hart, figure de la gauche du PNP exclue en
1952, événement qui avait reçu une large couverture médiatique de la part du DG,
nous fait pencher vers l’hypothèse d’un manque d’intérêt calculé de la part du
quotidien.
26

livres est facilité par l’existence d’une collection très complète à la
Bibliothèque de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, ainsi qu’au
Musée du Quai Branly, à la Bibliothèque Publique d’Information
du Centre Pompidou et à la Bibliothèque Nationale de France. La
grande majorité des publications inaccessibles depuis le réseau
bibliothécaire français est disponible sur Internet pour des sommes
raisonnables. Il faut toutefois convenir qu’en dépit de son
dynamisme, l’historiographie de la Jamaïque reste moins riche que
celle de certains de ses voisins, tels que les Etats-Unis,
évidemment, mais aussi des îles plus proches comme Cuba, qui a
bénéficié d’une actualité politique internationale conséquente dans
les dernières décennies, ou Haïti, du fait de notre communauté
linguistique et historique.

27