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La Grèce depuis 1940

De
249 pages
La Grèce de 1940, c'est un pays socialement, économiquement et politiquement "en voie de développement", la Grèce de 2005, c'est un Etat européen démocratique, qui attire des centaines de milliers de travailleurs étrangers et qui vient d'accueillir les Jeux Olympiques. Son entrée dans la CEE en 1981 a inauguré une ère nouvelle, ce n'est plus le pays pauvre de 1941, ni le paradis exotique des Zorbas des années 1960 ; les adolescents grecs comme les touristes étrangers imaginent difficilement le chemin parcouru en un demi-siècle.
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La Grèce depuis 1940

http://www.librairieharmattan.com di ffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan! @wanadoo.fr

(Ç)

L'Harmattan,

2006

ISBN: 2-296-00390-7 EAN : 9782296003903

Joëlle Dalègre

La Grèce depuis 1940

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ;

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

L'Harmattan !taHa Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

KIN XI

1053 Budapest

de Kinshasa - RDC

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Etudes grecques Collection dirigée par Renée-Paule Debaisieux
Domaine grec moderne

Martine BREUILLOT, Châteaux oubliés, 2005. Ioannis KONDYLAKIS, Premier amour et autres nouvelles, présentation et trad. par Vassiliki et Pierre Coavoux,2005. Constantin CHATZOPOULOS, Deux femmes (Traduit et commenté par Nicole Le Bris), 2004. Grégoire PALEOLOGUE, Le peintre, 2004. Ion DRAGOUMIS, Samothrace, présentation et trad. M. Terrades,2003. Edmont ABOUT, La Grèce contemporaine, 1854, réédition présentée et annotée par J. Tucoo-Chala. Venetia BAL TA, Problèmes d'identité dans la prose grecque contemporaine de la migration. Paul CALLIGAS, Thanos Vlécas, présentation et trad. R.-P. Debaisieux. Paul CALLIGAS, Des prisons, présentation et trad. R.-P. Debaisieux. Constantin CHATZOPOULOS, Dans l'obscurité et autres nouvelles. Constantin CHATZOPOULOS, Automne. Jean-Luc CHIAPPONE, Le récit grec des Lettres Nouvelles, « Quelque chose de déplacé... ». Paul CALLIGAS, Réflexions historiographiques, présentation et trad. R.-P. Debaisieux. Joëlle DALEGRE, La Thrace grcque, populations et territoire. Joëlle DALEGRE, Grecs et Ottomans, 1453-1923, de la chute de Constantinople à la disparition de l'Empire Ottoman. Paul CALLIGAS, Voyage à Syros, à Smyrne et à Constantinople. Renée-Paule DEBAISIEUX, Le décadentisme grec (18941912). Renée-Paule DEBAISIEUX, Le décadentisme grec, une esthétique de la déformation. Pénélope DELTA, Voyou, trad. et prés. M.-C. Navet-Gémillet. Ion DRAGOUMIS, Le Sang des Martyrs et des Héros (1907), trad. et prés. M. Terrades.

AVIS

AU LECTEUR.

''Approcher

un Grec se fait par le cœur, non par la tête" 1.

27 avril 1941, les troupes allemandes entrent dans Athènes et le drapeau nazi flotte sur l'Acropole, 1er janvier 2002, l'Euro remplace la drachme bimillénaire. Tout Européen qui a traversé les 60 dernières années du XXe siècle a été témoin de métamorphoses imprévisibles en 1940, mais le chemin parcouru fut encore plus grand dans l'Europe du sud et particulièrement en Grèce. La Grèce de 1940, c'est un pays qui présente économiquement, socialement et politiquement les traits de ce que l'on n'appellait pas encore un "pays en voie de développement", la Grèce de 2005, c'est un État européen démocratique, qui attire des centaines de milliers de travailleurs étrangers et qui a accueilli les Jeux olympiques, après Atlanta et avant Pékin. À voir le pays qui regorge de tous les luxes superflus d'une consommation mondialisée, on a peine à croire qu'il y a un peu plus de 50 ans une large part de sa population ne vivait que du secours alimentaire international et marchait pieds nus; l'entrée de la Grèce dans la CEE en 1981 a inauguré une ère nouvelle, si bien ancrée à présent que les adolescents imaginent difficilement le monde de leurs grands-parents. Mais cette Grèce nouvelle est née dans la douleur: les souffrances d'une triple occupation (1941-1944), le déchirement d'une guerre civile (1943-1949), puis celui de l'exil (exil politique, exode rural massif ou émigration) face à la ruine du pays et à la répression vengeresse des
1

. Extrait d'une histoire non publiée de la Mission Britannique en Grèce, rédigée par C. w.

Woodhouse qui en fut l'un des membres, puis le che£: cité dans la préface de R. Clogg (XXITI) à C. W. Woodhouse, The struggle/or Greece, Hurst & Co, Londres, rééd 2002. 7

vainqueurs, enfm la dictature des colonels (1967-1974), dernier avatar de

la guerre civile et source d'un ultime drame national 2 (Chypre en 1974).
Les militaires unirent contre eux la droite et la gauche, leur chute marque la fin de la guerre civile. L'amnistie est prononcée en 1981. C'est alors l'entrée dans la Communauté européenne puis dans la normalité démocratique. Les priorités portent désormais sur les enjeux économiques et l'adaptation à la mondialisation et à l'Union Européenne; plus personne - ou presque- ne remet en cause le régime politique et social, l'économique et le réalisme égoïste l'ont emporté sur le politique et l'idéalisme généreux en jeu jusqu'en 1974. L'école historique française reflétant le faible rôle de la France dans les affaires grecques depuis 1940, à la différence des Britanniques et des Américains, ignore la Grèce contemporaine; dans les manuels scolaires, une photographie de la svastika devant le Parthénon et une ligne sur la guerre civile insérée dans la guerre froide, une génération quinquagénaire aujourd'hui qui a vibré devant Jamais le Dimanche (1960) ou Zorba le Grec (1964), aux accents de Mélina Mercouri et de Mikis Theodorakis, a condamné les colonels, ensuite, c'est le silence. Noyée dans le flot mondial, la Grèce n'apparaît plus qu'épisodiquement comme le "cancre" ou "l'enfant gâté" 3 de l'Europe économique, le membre rétif de l'OTAN, ou le pays du régime crétois, gage de longévité. Elle n'est plus "exotique", elle n'a plus d'histoire, silence scolaire et médiatique auquel font écho la mort lente des études classiques et le silence des libraires: rien depuis l'ouvrage, en 1970, de K. Tsoukalas 4 en 1970 et La Grèce sans monuments en 1978 5; le livre, en 1993, de G. Contogiorgis 6 ouvre un espoir, mais le XXe siècle ne tient qu'une place minime dans un livre qui couvre cinq mille ans d'histoire. Depuis lors, la parution de remarquables ouvrages de géographie et de géopolitique semble traduire de l'intérêt pour l'un des membres de l'Union européenne, peut-être la traduction en français en 2003 de l'excellent travail de l'historien anglais M. Mazower 7 inaugure-t-elle un renouveau? Je ne prétends pas remplir ce vide à moi seule, mais simplement faire œuvre d'enseignante et fournir de cette époque cruciale une synthèse accessible et offrir aux centaines de milliers de touristes français qui
2

. Les colonels provoquent l'intervention turque à Chypre en juillet 1974 et par voie de conséquence, l'occupation par l'armée turque du tiers nord de l'île depuis lors.

3

. Expressions

employées dans

la presse française, Le Figaro et Le Monde

respectivement. 4 . C. Tsoukalas, La Grèce de l'indépendance aux colonels, Paris, Maspéro, 1970. 5 . M Sivignon, La Grèce sans monuments, Paris, Hachette, 1978. 6 . G.Contogeorgis, Histoire de la Grèce, Paris, Hatier, 1993. 7 . M. Mazower, Dans la Grèce de Hitler, Paris, Les Belles Lettres, 2003. 8

voyagent en Grèce chaque année un moyen de mieux comprendre, au-delà du trop fameux Sex, Sea, Sand, leur environnement humain dans un pays où les relations humaines sont encore primordiales 8 . Les difficultés de l'entreprise sont celles de toute synthèse (simplifier une réalité toujours plus complexe que ce qu'on en dit) et de tout essai d'histoire contemporaine (le manque de recul et d'études appuyées sur des archives) renforcées par la situation propre à la Grèce. En effet, si la guerre civile a marqué à vie ceux qui l'ont vécue, elle pèse également sur l'historien. En simplifiant, on peut dire que jusqu'en

1975 le silence domine 9 en Grèce sur le passé proche; les vainqueurs de la
guerre civile, embarrassés, préfèrent parler d'autre chose ou se contentent de la vision officielle: les "terroristes" résistants ne sont pour eux que des inconscients qui. ont provoqué des catastrophes inutiles et ne visaient, comme les "bandits" de la guerre civile, que la prise de pouvoir par le communisme; hors de Grèce, paraissent les ouvrages des témoins, des vaincus ou de leurs partisans qui se déchirent, cherchent des justifications

ou des responsables au conflit, à la défaite, aux atrocités commises 10 et
construisent une vision hagiographique la gauche arrive au pouvoir, construit historiens, - principalement des Grecs R.F .A. ou aux États-Unis -, moins de la résistance. Puis la roue tourne, sa vision du passé tandis que les

travaillant en Grande-Bretagne, en
tendres avec les anciens vaincus,
11

inscrivent les événements de leur pays dans le contexte international

.

Depuis le début des années 1990 enfin, des recherches locales effectuées en Grèce par une nouvelle génération plus libre, étudient le rôle des facteurs internes propres au pays et recueillent les témoignages des . acteurs

"de base", survivants.

Les tabous s'estompent mais la recherche reste difficile: les archives d'État suivent la règle des cinquante ans, les archives du Parti communiste grec ont parfois disparu dans les combats, ont été éparpillées
8 . Il existe, en anglais, deux manuels d1llstoire grecque moderne: R Clog& A concise history of Modern Greece, Cambridge, 2° réed 2002 et C..M. Woodhouse, Modern Greece, a short history, Faber & Faber, 5°éd 1998.. 9 . A Kitroeff: Continuity and Change in contempory Greek Historiography, in M.Blinkhom & T. Veremis, Modern Greece/ Nationalism and Nationality, Athènes,. SAGE-ELIAMED, 1990.. Fait le point.. ..Par exemple, C.. M.. Woodhouse, The Apple of Discord: a survey of recent Greek politics in their international setting, Londo~ 1948; R. Leeper, When Greek meets Greek, Lo~don, 1950; D. G. Kousoulas, Revolution and Defeat: the story of the Greek Communist Party, London, 1965; J. o. Iatrides, Revolt in Athens: the Greek Communist Second Round, Princeton, 1972, ou encore A Kedros, La résistance grecque, Paris, Laffont, 1964. 11 . Par exemple, J. Hondros, Occupation and Resistance: the Greek Agony, 1941-1944, New York, 1983; J. O. Iatrides ed, Greece in the 19408, a Nation in crisis, Hanover & London, 1981; P. Papastratis, British Policy towards Greece during the Second World War, 19411944, Cambridge, 1984.
10

9

dans les pays ex-communistes ou expurgées par les directions successives en conflit interne, certains fonds privés restent encore enfermés chez des

héritiers prudents

12

. Les recherches faites dans les archives britanniques ou

américaines, puis dans celles de la Wehrmacht ont été essentielles, à présent l'étude des documents conservés en Russie et en Europe orientale permettrait de lever certains doutes et d'éclairer le sort des 100 000 Grecs en exil pendant plus de trente ans, tout comme l'accès aux sources américaines (Département d'État et C.I.A) permet progressivement d'en savoir plus sur les vingt-cinq ans qu~ suivirent la guerre civile. Reflet de son importance? Le politique a monopolisé les historiens et étouffé les autres aspects du passé qui ne sont traités qu'accessoirement ou dans les ouvrages d'autres spécialistes, économistes, géographes ou sociologues, et la période postérieure à 1975 n'a guère suscité de travaux ni de passion jusqu'à présent. Incertitude sur les chiffres, sur les intentions des uns et des autres, interprétations diverg~ntes, passé trop proche... .malgré des centaines d'études, beaucoup de questions restent sans réponse. L'honnêteté consiste alors à laisser le lecteur choisir ou partager mon ignorance. Qu'on me pardonne cependant tous les points peut-être importants passés sous silence, tous les hommes connus ou non qui .ont contribué à cette histoire et que je n'ai pas cités, l'espace imparti impose des sacrifices.

12

. La première "histoire" de la guerre civile publiée en Grèce date de 2001, G.Margaritis,
de la guerre civile (en grec), Athènes, 2001.

Histoire

10

1 ère PARTIE: 1940-1949 DIX ANS DE LUTTE POUR UN MONDE MEILLEUR.

"Pendant l'occupation j'ai vécu la peur et la terreur, mais aussi le patriotisme, la loyauté et l'héroïsme vrai. Nous étions privés de presque tout ce que nous jugeons indispensable aujourd'hui, pourtant je pense que nous étions riches car nous apprenions la valeur des relations humaines, la compassion et la responsabilité envers l'autre. Je ne choisirais pas de revivre cela mais je regarde cette époque avec l'impression d'une perte, nous avions une raison qui méritait que l'on vive, que l'on combatte, que l'on meure même pour elle pour certains. C'était une leçon de vie. "

Témoignage d'un villageois cité dans M. Mazower 1.

l

. M. Mazower ed, Inside Hitler's Greece, Princeton, 1987, p.184.

1. LA GRÈCE ATTAOUÉE 1940-1941
Quand le 28 octobre 1940, à l'issue d'une soirée donnée en l'honneur du fils de Puccini, l'ambassadeur italien De Grazzi remet au premier ministre grec Ioannis Métaxas l'ultimatum envoyé par son gouvernement, le Duce ne s'attaque qu'à un pays pauvre, en pleine crise morale et politique dont le gouvernement semble peu décidé à combattre. La partie paraît donc gagnée d'avance. La Grèce de 1940. La Grèce de 1940 est en effet un pays rural, endetté et économiquement dépendant, on peut dire que c'est un semi-protectorat anglais, tant y est grand le rôle politique, économique et fmancier de la Grande-Bretagne. Le PNB grec par habitant est estimé alors à 61 dollars, environ un

neuvième de celui de son contemporain anglais, 560 dollars par habitant 2 ;
la pauvreté se révèle par un faible niveau alimentaire (quatre fois moins de calories disponibles qu'en Grande-Bretagne par habitant et forte prédominance des céréales et des légumes secs), la présence endémique de maladies comme le _trachome, la tuberculose (dix fois .plus de cas qu'aux États-Unis dans .les années 1930 et près de 15 000 nouveaux cas enregistrés chaque année) ou la malaria (le pays consomme 5% de la quinine vendue dans le monde). Elle se traduit aussi par de violents contrastes sociaux.: en 1940, 40% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, selon les normes gouvernementales, 600 000 foyers ont un revenu annuel inférieur à 18 000 drachmes tandis que 900 d'entre eux, les 2% les plus riches, déclarent plus de deux.millions de .drachmes, les ouvriers des mines du..Laurion rappellent Germinal mais les armateurs possèdent la
2

. En

2001 le PNB/habitant grec atteint Il 780 dollars, 24 230 en Grande-Bretagne de 24. 13

6ème flotte mondiale avec 1280 navires; les années 1930 produisent une génération d'écrivains sans pareille, mais un tiers de la population est analphabète et plus de la moitié n'a pas terminé les 4 ans d'enseignement primaire obligatoire. Les contrastes se retrouvent entre les régions: les trois grandes villes, Athènes, Salonique et Patras connaissent l'industrie, l'électricité et le tramway, la bourgeoisie, vêtue à l'européenne y apprend le piano et lit l'Illustration; les plaines profitent d'un pâle reflet de cette relative modernité mais les montagnes (70% de la surface du pays) surprennent les premiers agents britanniques en 1942 par l'absence des services d'État élémentaires (routes, école, médecine, poste) et par leur rudesse archaïque et leur misère; "les montagnes sauvages qui couvrent la plus grande partie de la Grèce n'ont aucune société cultivée, pas d'indigènes pittoresques, de société disciplinée, pas de ruines intéressantes sauf celles faites par les Allemands, rien que la désolation et la pauvreté. Elles vivent à peine au 20 e siècle: rien dans leur vie matérielle n'a changé depuis 2 000 ans sinon ['invention du verre, et encore, pas pour tous" 3. C'est un pays rural qui, en 1940, compte 7 344 000 habitants dont 67% de ruraux, près de 5 millions de personnes, soit le chiffre le plus fort jamais atteint car bien des villages n'ont jamais retrouvé leur population de 1940. Malgré la mise en culture de larges surfaces depuis 1925, faute d'engrais chimiques et de moyens matériels (1500 tracteurs en 1938), les rendements restent faibles, la production de céréales est inférieure aux besoins et le pays doit importer 35% de sa consommation de blé en 1939. L'agriculture fournit cependant 90% des exportations, l'essentiel, 71,5%, provenant de trois produits, le tabac (50% du total des e~portations grecques), les raisins secs (14%) et l'huile d'olive (7,5%) d'où la fragilité du pays face à la crise mondiale des années 1930 qui frappe prioritairement ces produits de demi-luxe. Si 277 000 personnes travaillent dans l'artisanat et l'industrie, seules 5 000 entreprises emploient plus de 5 personnes et les grandes unités qui fournissent aux villes l'eau et l'électricité ou traitent les produits miniers sont contrôlées par des capitaux étrangers. Cette dépendance est aussi fmancière. Endettée bien avant sa naissance en -1832, la Grèce voit son budget contrôlé depuis 1898 par une commission internationale et, devant la chute de ses exportations, en 1932, elle se déclare incapable de rembourser les intérêts de sa dette, détenue à 70% par la Grande-Bretagne; à partir de 1936 néanmoins, elle réussit à verser 40% des sommes dues, ce qui absorbe 34% des ressources de l'État. L'Allemagne profite des circonstances pour accentuer sa présence par des accords de clearing, important du tabac qu'elle paye en produits industriels, ce que la Grande-Bretagne, plusieurs fois sollicitée par le
3

. c. W. Woodhouse, op cil, p. xvm.

14

premier ministre grec, se refuse à faire; comme elle achète aux Grecs beaucoup plus qu'elle ne leur vend, elle a déjà accumulé en septembre 1936 un déficit de 34,5 millions de marks et fournit alors à la Grèce du matériel militaire puis lui accorde un prêt, ce qui provoque les protestations britanniques contre un gouvernement accusé de "germanophilie". On retrouve dépendance et contrastes en politique. Depuis 1917 et l'expulsion du roi Constantin sous l'action conjuguée de la France et de son premier ministre Eleftherios Venizélos \ le roi de Grèce, a dû s'exiler à trois reprises. Le pays est profondément divisé et la République, guère plus heureuse que la monarchie, connaît entre 1924 et 1935 treize coups d'État, tentatives de coup d'État ou projets avortés, tous avec l'aide ou à l'initiative de militaires; le dernier - un échec - est tenté en mars 1935 par des officiers venizélistes avec l'aval de Venizélos lui-même. Les putschistes exilés, leur parti s'abstient aux élections suivantes de juin 1935 que le parti opposé, les populistes menés par Panayotis Tsaldaris, remporte donc aisément; néanmoins, quatre mois plus tard, en octobre, d'autres militaires imposent le retour de la monarchie sans consultation populaire préalable. La République est alors abolie par l'Assemblée, en présence d'un quart seulement des députés, puis par un référendum truqué (98% de oui). Le roi Georges II, en exil depuis 1923, retrouve son trône avec le soutien actif des Britanniques qui voient en lui un gage de stabilité pour la sauvegarde de leurs intérêts en Méditerranée orientale. L'opinion accepte le fait accompli, même Venizélos, de son exil français, dans l'espoir d'une réconciliation nationale, conseille à ses partisans d'en faire

autant; seuls les communistes 5 et quelques rares venizélistes dissidents se
prononcent contre, tels Papandréou ou Papanastassiou 6.
4

. Selon Nicholson, secrétaire d'état du Président Wilson, Venizélos est en 1920 le seul

homme d'État valable avec Lénine! Par son rôle en Crète, dans les guerres balkaniques, dans l'entrée en guerre de la Grèce en 1917, dans les négociations du traité de Sèvres en 1920 puis dans celles de Lausanne en 1923, c'est un héros national. C'est aussi un ennemi juré de la famille royale à laquelle il s'oppose en Crète et pendant la première guerre mondiale; le retour du roi le conduit en exil en France, mais il est à nouveau premier ministre de la République en 1924, entre 1928 et 1932 et brièvement en 1933. Après l'échec du coup d'Etat de 1935 plus de 2 000 officiers sont limogés; il accepte le retour de la monarchie à condition que ses partisans soient amnistiés. Les deux grands courants politiques sont les venizélistes, les "libéraux", considérés comme méfiants ou hostiles à la monarchie et socialement réfonnistes, et les "populistes", plus conservateurs et proches d'une monarchie qu'ils souhaitent "à l'anglaise". 5 . Désigné comme KKE, KOIlIlO'UV10"'ttKO KOlllla EÂÂaooç, Parti communiste de Grèce.
6

. Tous deux sont des venizélistes actifs de 1916 à 1920, puis entre 1928 et 1930.

Papanastassiou a été premier ministre en 1924 et et en 1932. Chef d'une Union Démocratique, puis d'un Parti Agraro-ouvrier, il critique Venizélos qu'il trouve trop autocrate et pas assez réformiste. Papandréou, plusieurs fois ministre entre 1923 et 1932, s'illustre à l'Instruction Publique. La protestation leur vaut un exil à Mykonos. 15

Mais tous attendent de voir le roi à l'œuvre! Or des élections législatives du début de 1936 sort une assemblée ingouvernable qui reflète la division du pays; deux coalitions s'opposent, - l'une autour des populistes obtient 143 sièges, l'autre autour des venizélistes, 142 -, et cherchent au cours de tractations plus ou moins secrètes à obtenir le soutien des 15 élus communistes. Georges TI choisit pour premier ministre un banquier incolore, Demerzis, mais il meurt en avril 1936 et le roi fait appel alors au général Métaxas, un ultraroyaliste fidèle, chef d'un groupe de 7 élus. Comme le KKE profite des circonstances pour accentuer sa pression et

organiser des manifestations de masse violemment réprimées 7, tandis

qu'un groupe de députés, populistes et libéraux, vient demander au roi d'éloigner son ministre 8, Métaxas saisit l'occasion d'une grève générale annoncée pour le 5 août 1936 ; il fait signer par le roi Georges II, le 4 août, des décrets qui suspendent sine die plusieurs articles de la constitution. Sous prétexte de danger d'insurrection communiste, le Parlement, les libertés fondamentales et les partis sont supprimés jusqu'à nouvel ordre. Le premier ministre instaure une dictature paternaliste et passéiste d'un anticommunisme virulent, qui emprunte souvent un vocabulaire mussolinien, alors que lui-même, complexé, pressé de quitter son uniforme et effrayé par la foule, n'a aucun des traits théâtraux du Duce. Son spécialiste de la police, Maniadakis, se distingue par son efficacité; il se flatte d'avoir arrêté 45 000 communistes en 4 ans alors que le KKE n'avait obtenu que 73 000 voix en 1936 et ne comptait guère que 15 ou 16 000 membres, et il désorganise le parti en infiltrant des renégats dans ses organes centraux et son journaL Le régime hérite d'un arsenal juridique qu'il renforce. La loi de 1871 contre le banditisme pennet de poursuivre la famille, supposée complice des suspects et, depuis la loi 121 du 31 décembre 1913, elle peut également s'appliquer aux premiers syndicalistes; dans chaque département une Commission de Sécurité Publique, - le
7 . 30 morts et plus de 500 blessés en mai 1936 à Salonique. 8 . Fils d'une famille noble (il est comte) et pauvre (il le restera) originaire d'Ithaque, le jeune Ioannis Métaxas se destine à une carrière militaire en 1896, il rencontre le prince héritier Constantin qu'il accompagne pendant 3 ans à l'Académie Militaire de Berlin; en 1903 il entre à l'état-major avec les princes, le quitte en 1909 quand ils en sont expulsés et devient aide de camp du prince Constantin en 1911 quand celui-ci est réintégré dans l'armée, il le reste jusqu'en 1916. Persuadé comme le roi de la victoire allemande et parce qu'il craint une attaque bulgare, il se prononce alors contre la participation de la Grèce à la guerre aux côtés des Alliés. Il s'exile en 1917 avec le roi, rentre à ses côtés en 1920, se prononce contre l'expédition d'Asie Mineure dont il refuse le commandement en mars 1921, dirige un putsch royaliste en octobre 1923 ce qui lui vaut exil et condamnation à mort par contumace; il profite d'une amnistie pour rentrer en Grèce, s'exile à nouveau quand Venizélos revient au pouvoir en 1928, puis rentre après son départ. C'est un royaliste fidèle, un général qui n'a jamais commandé réellement, obsédé depuis ses débuts par le danger communiste et le danger bulgare. 16

préfet, le chef de la gendarmerie et le procureur -, peut bannir pour un an toute personne soupçonnée de troubler l'ordre, la paix ou la sécurité du pays, c'est la "déportation administrative". Un nouveau degré est franchi en 1929 avec la loi dite Idionymo votée par les libéraux; elle prévoit des peines de prison de 6 mois, ou un exil de un à deux ans, pour ceux qui partagent, répandent ou veulent appliquer des idées dont le but est de renverser par la violence l'ordre social établi ou de détacher une partie du territoire national; écrivains et éditeurs qui diffusent ces idées sont eux aussi passibles des mêmes peines, les fonctionnaires ou officiers qui ont "des sympathies" pour ces idées sont renvoyés, les réunions en leur faveur sont interdites. Les exilés sont envoyés dans les îles de Folégandros, Anati, Kimolos, Amorgos, Gavdos ou Aghios Efstratios, ou dans un camp disciplinaire près de Kalpaki au nord de l'Épire. La loi prévoit également qu'après avoir effectué un quart de sa peine, le condamné peut être libéré s'il signe une déclaration, mise en place dès 1933, dans laquelle il avoue avoir partagé les idées condamnées et "s'en repentir". Métaxas suit les mêmes schémas: le 18 septembre 1936 la loi d'urgence 117 reprend les termes de la loi de 1929 et prévoit 3 mois de prison et 6 mois à deux ans d'exil contre toute personne qui à l'oral ou à l'écrit, directement ou indirectement, vise à diffuser, développer ou appliquer des théories, idées ou systèmes sociaux, économiques ou religieux, tendant à renverser l'ordre existant; les propriétaires de livres exposant les idées condamnées doivent même les remettre à la police sous peine d'être eux aussi condamnés. Une nouvelle loi d'urgence, la loi 1075 du Il février 1938, renforce la précédente et prévoit trois mesures complémentaires: une codification précise de la déclaration de repentir, la création pour les exilés de camps de concentration où l'on souhaite leur réapprendre "une vie organisée", enfin la mise au point d'un "certificat de loyauté" attestant des "convictions sociales" de chaque fonctionnaire. On estime qu'entre 1929 et 1937, 2 850 personnes ont ainsi été exilées, puis 1 000 à 5 000 autres entre 1937 et 1940. Lorsque la guerre éclate en 1940, il y a 2 000 prisonniers politiques répartis entre plusieurs prisons, pour la plupart d'anciennes forteresses délabrées; la prison de Corfou, héritée de la période britannique est la seule à disposer de cellules d'isolement où sont incarcérés les cadres du parti; à l'inverse la "prison communiste de l'Acronauplie" (décret du 3 février 1937) qui regroupait 600 à 650 hommes en de vastes dortoirs et où les détenus bénéficiaient d'un régime d'autogestion, permit aux communistes de compléter l'éducation politique de certains internés et de faire régner une stricte discipline de pensée qui réduisit le nombre des "repentis". Aucune opposition politique sérieuse à Métaxas ne s'est manifestée, les venizélistes sont en exil depuis 1935, Venizélos, Tsaldaris et Papanastassiou meurent en 1936, seuls quelques courageux se 17

déclarent et sont aussitôt exilés. Le roi entérine toutes les décisions de son premier ministre et, à sa mort en janvier 1941, le remplace par un banquier, Koryzis, qui se suicide devant l'invasion allemande 9,puis par un administrateur de la Banque de Grèce, Emmanuel Tsoudéros ; il ne profite même pas des circonstances pour réintégrer les officiers victimes de la purge de 1935, ou pour désavouer Métaxas dont l'impopularité était grande comme en témoigne ce rapport de l'attaché militaire français, Peyronnet,

le 25 octobre 1938 10 :
"Comme M Mussolini ou M Hitler, le général Métaxas a supprimé tout parlement, la liberté de parole, de réunion et de la presse, fait appel aux jeunes, combat sans répit le bolchevisme, améliore le sort de l'ouvrier et du paysan, accorde tous ses soins aux forces armées. Comme le fascisme à ses débuts, il a usé de l'huile de ricin et de la déportation en masse: les adversaires les plus violents du régime affirment qu'il y a 15 000 Grecs sous la surveillance de la police, dont la plupart, soumis à résidence forcée dans de petites îles, ne recevraient pour vivre que 6 drachmes, soit 2F par jour. Comme M Mussolini il a maintenu le roi audessus des partis et s'incline devant lui. Mais deux traits essentiels distinguent le régime autoritaire de M Métaxas de tous les autres. Premièrement: alors que Hitler et Mussolini s'appuient sur un nombre immense de partisans, le général Métaxas n'est suivi de bon cœur par personne (..j s'il y avait des élections libres, il ne recueillerait pas 20 000 suffrages sur un peuple de près de 8 millions d'habitants... " La réprobation générale et la méfiance à l'encontre de la dictature et des politiques s'étend donc au roi dont Canellopoulos, pourtant modéré, déclare en 1942 qu'il ne représente que 2% des voix 11! Il faut noter enfin que la crise économique et le désarroi politique s'abattent sur une population traumatisée et sur un État qui n'a pas pu depuis 1923 constituer une réelle unité nationale. Les acquisitions de la période 1912-1924 ont fait passer le pays de 63 211 à 129 281 km2 par l'incorporation des "Nouvelles Provinces", principalement la Macédoine et la Thrace. En même temps les échanges de population, obligatoires ou non, qui ont accompagné les guerres et leur règlement, dans les traités de
9 . G. Papandréou et Papanastassiou refusent la confianceau nouveau gouvernement en avril 1936 ; le 5 août, en accord avec Tsaldaris, ils adressent un mémorandum de protestation au roi; Papandréou, en 1937, tente de créer un Front AntidictatoriaI, mais il est exilé à Cythère puis à Andros jusqu'en 1941, Canellopoulos fondateur d'un nouveau groupe politique en 1936 est lui aussi exilé (à Kythnos, à Thasos puis en Eubée) pour s'être adressé au roi en lui demandant de dénoncer son ministre. 10 . Archives du SHAT, carton 7N. 2876. 11 . ln C. W. Woodhouse, op ci!, p.22. 18

Neuilly (1919, avec la Bulgarie) et de Lausanne (1923 avec la Turquie) ont entraîné, en dix ans, le départ de Grèce de près de 500 000 personnes et l'arrivée d'un million et demi de réfugiés (en 1928 sur une population totale de 6 204 000 habitants, ils sont 1 221 849 personnes). Aux problèmes posés par la réorganisation complète d'un pays, même avec l'aide coûteuse de la Société des Nations, et les besoins immenses de ces déracinés sans bagages, il faut ajouter le traumatisme des exilés mal intégrés qui se sentent étrangers dans leur propre pays et vivent encore parfois dans des baraques de fortune en 1940 et celui de tout un peuple qui voit s'écrouler son rêve, la Grande Idée, réunir en un État les terres de l'hellénisme antique ou byzantin. Le pays doit donc se reconstruire et rien n'est résolu en 1940, la Grèce est encore un pays blessé, divisé entre une Vieille Grèce au sud, celle de 1830, et une Nouvelle Grèce au nord, peuplée en large part de réfugiés désespérés, c'est sur une nation fragilisée et mal unifiée que s'abat le choc de la guerre. C'est aussi une nation qui se sait en danger. Les politiques ont progressivement réduit après 1924 les différends qui opposaient leur pays à la Serbie et à la Turquie et garanti leurs frontières, mais "le danger bulgare" subsiste. La Bulgarie fait partie des États révisionnistes et ne s'en cache pas, elle regrette à la fois la Grande Bulgarie dessinée en 1878 à San Stefano, la Thrace occidentale, bulgare de 1913 à 1918 et la Macédoine orientale qu'elle a occupée pendant la première guerre mondiale; en 1936 comme en 1916, Métaxas voit dans ce voisin l'ennemi le plus dangereux et lance donc sur la frontière nord la construction d'une ligne de fortins, la ligne Métaxas inspirée de la ligne Maginot, destinée à couper les axes menant vers la côte égéenne distante de 40 kIns de la frontière. Face au commun danger bulgare, fidèles à leurs accords, Grecs et Turcs observent la fontière. Mais force est à Métaxas de reconnaître, pour sa plus grande déception, que Mussolini est devenu l'ennemi prioritaire. Les impérialismes grec et italien s'étaient déjà opposés après 1918 en Asie Mineure et au sud de l'Albanie et le bombardement italien sur Corfou du 31 juillet 1923 avait montré que le contentieux n'était pas clos. Les convoitises italiennes se précisent avec l'entrée des troupes du Duce dans le royaume du roi Zog en avril 1939. L'Italie construit alors dans le sud de l'Albanie un aéroport et des routes dirigées vers la Grèce, lance une campagne anti-grecque à propos de l'attitude des Grecs face aux Albanais, monte une fausse attaque grecque de gardes frontières italiens, accuse la Grèce de l'assassinat d'un patriote albanais, expulse le consul de Grèce en Albanie... Enfin le 15 août 1940, en plein pèlerinage de la Vierge, une torpille italienne partie d'un sous-marin coule le navire grec, "Elli", dans le port de Tinos, faisant 29 blessés. Métaxas, conscient de la faiblesse de son pays, après avoir poussé 19

le roi Zog à aller chercher refuge hors de Grèce pour ne pas s'attirer d'ennuis, interdit les manifestations anti-italiennes et préfère ne pas découvrir l'identité du sous-marin coupable. Toutefois il se prépare comme l'explique l'attaché militaire français, Peyronnet, dans son rapport du 2

février 1938 12 :
"Comment faire admettre toutes ces entraves (celles faites à la liberté) ? Exactement comme l'ont fait les autres dictateurs: en disant à la nation qu'elle devait être fière d'elle-même, et, pour lui donner cette fierté, en exaltant à chaque minute son passé et son avenir. Le signe le plus tangible, auquel l'hellénisme pouvait mesurer que les sacrifices consentis ne l'avaient pas été en vain, c'était le renouveau de puissance des forces armées: reforger l'outil militaire, telle a été la grande pensée de M Métaxas ,. (..) Bornons-nous pour l'instant à énumérer: le constant effort pour rétablir la discipline et l'esprit de manœuvre, le réarmement (sur terre, sur mer et dans les airs) par l'achat de matériel moderne, l'encouragement à l'industrie nationale de guerre, les lois sur la mobilisation civile, les mesures de défense antiaérienne. " Entre 1936 et 1939, Métaxas augmente de 25% les crédits militaires, commande des armes récentes, fait venir une mission navale britannique et porte le service militaire de 18 à 24 mois; mais il ne peut guère payer en devises les armes voulues, la France n'honore pas toutes ses commandes et l'Allemagne cesse ses livraisons en 1940, dès qu'elle juge que la Grèce se rapproche trop des Franco-Anglais. Métaxas propose bien à la Grande-Bretagne une alliance dès 1938, mais celle-ci refuse pour ne pas se lier, sûre que, tôt ou tard, le pays devra la suivre face aux ambitions mussoliniennes ; ce n'est qu'en avril 1939 qu'elle accepte de garantir les frontières grecques et, jusqu'à sa mort en janvier 1941, le premier ministre refuse de laisser débarquer des troupes britanniques, de peur de provoquer une riposte hitlérienne. Au vu de cette situation Mussolini voit donc en la Grèce une proie facile et se lance dans l'aventure en octobre 1940, sans réelle concertation avec son allié allemand. euerre d'Albanie 13. L'ultimatum du 28 octobre exige que les Grecs, pour prouver leur neutralité mise à mal selon le Duce par leurs nombreux contacts avec la Grande-Bretagne, laissent l'armée italienne traverser leur pays et occuper les points stratégiques, ports ou aéroports de la côte ionienne, à titre La
12

13. C. De Loverdo, La Grèce au combat. De l'attaque italienne à la chute de la Crète (19401941), Paris, 1966. . R. Higham, Diary of a disaster: British aid to Greece, 1940-1941, Lexington, Kentucky V.P. 1986. 20

. Archives SHAT, carton 7N. 2876.

défensif. Nationaliste, le dictateur grec ne peut que répondre NON (le 28 octobre est fête nationale en Grèce depuis octobre 1944) et demander à ses concitoyens de se montrer dignes de leurs ancêtres. L'ultimatum prévoit un délai de 6 heures, mais l'Italie attaque deux heures plus tard, à 5 h du matin. Le Duce avait longtemps été retenu par Hitler qui craignait de précipiter la Grèce dans les bras des Anglais, qui pourraient alors utiliser les îles pour contrôler l'accès aux champs pétrolifères de Roumanie indispensables à l'Allemagne; mais quand au début d'octobre 1940 des conseillers allemands s'installent en Roumanie, Mussolini, pour limiter l'influence nazie dans les Balkans, décide de mettre Hitler devant le fait accompli. Le Führer est

furieux de ce que son allié ait attaqué en Épire sans songer à la Crète 14 où
les Britanniques débarquent tout de suite des troupes, en même temps qu'ils s'installent à Lemnos, pour surveiller les détroits; il est encore plus mécontent de le voir s'embourber, puis reculer en Épire. La campagne d'Albanie est un calvaire pour les hommes des deux camps, les Grecs en font une épopée. Métaxas n'a qu'une politique défensive, son armement est désuet (49 chars, 16 avions neufs, 50 plus anciens en mauvais état, 50 autres presque inutilisables) et il ne peut aligner que 16 divisions (environ 160 000 hommes) pas immédiatement présentes sur le terrain, face aux 27 divisions italiennes (dont une blindée). L'armée italienne, profitant de sa supériorité mécanique et de l'effet de surprise, lance le 28 octobre trois attaques en direction de Kastoria, Ioannina et Igoumenitsa ; elle atteint rapidement Kastoria et s'avance vers Igoumenitsa, mais la division alpine Julia, vaincue près de Metsovo, échoue et les Grecs lancent des contre-attaques victorieuses dès le 14 novembre. Entre le 15 et le 24 novembre, ils regagnent la frontière, puis pénètrent dans le sud de l'Albanie où une importante minorité grecque les accueille en libérateurs; le front se stabilise le 28 décembre, pour des raisons matérielles et météorologiques, le long d'une ligne Chimara- Tebeleni15; au printemps suivant encore, les Grecs Argyrokastro-Koritsa-Pogradets peuvent arrêter la nouvelle offensive italienne du 9 au 25 mars et progresser jusqu'au sud de Valona. Face à une armée moderne mais peu motivée, les Hellènes ont donc transformé, seuls, en première déroute de l'Axe, ce qui était supposé n'être qu'une simple formalité, occupant un territoire qui leur avait échappé en 1921 et que beaucoup d'entre eux estimaient leur appartenir de plein droit. La Grande-Bretagne par des bombardements en décembre 1940 et janvier 1941 sur la flotte ennemie, à Tarente, au large de Brindisi et de Vlora, a gêné le ravitaillement italien, néanmoins son aide matérielle (15
14 15

. Le 28-10-1940 Hitler rencontre le Duce qui lui propose ses parachutistes pour la Crète. . En albanais Chimara- Tepelen- Gjirokaster- Korça et Vlora. 21

avions, 200 camions, 180 000 paires de godillots, 350 000 paires de chaussettes et des milliers de couvertures) n'a pu atteindre l'Épire; la Grèce a donc combattu les Italiens avec des armes allemandes le plus souvent! Les Grecs ont rejoint le front à pied, tourné les obstacles à leur avantage, le relief, l'absence de routes et le climat; les blindés et les camions italiens n'ont pu circuler sur un sentier, traverser un torrent montagnard en crue (l'Aoos), le carburant manquait, l'intendance italienne n'a pas suivi l'avance des troupes, brouillard, neige et nuages ont empêché l'aviation de jouer un rôle décisif. Dans les deux camps, le froid et l'absence de toute structure médicale accessible ont provoqué près de la moitié des pertes, pneumonies, pieds et doigts gelés. Les soldats grecs, soutenus par une union nationale totale (même Zachariadis, le secrétaire général du KKE, depuis sa prison, a appelé ses partisans à lutter dès le 31 octobre 1940) ont réalisé des miracles d'endurance et de volonté, rejoignant l'Épire à pied dans un temps record, résistant au froid et à la faim, tandis que les paysannes transportaient sur leur dos munitions et produits alimentaires, dans la neige à travers la montagne et que les citadines versaient de l'argent aux quêtes et tricotaient chaussettes et chandails. La Grèce a été en 1941 le premier pays victorieux d'un des membres de l'Axe mais faute de plan d'attaque et de matériel, elle n'a pu exploiter sa victoire. L'attaque allemande. L'Allemagne ne peut laisser son allié ni les Balkans en danger; aussi dès novembre 1940 dresse-t-elle les plans d'une intervention, le plan Marita signé le 13 décembre 1940, cinq jours avant le plan Barbarossa ; sa mise en œuvre est prévue pour le 1er avril 1941, 6 semaines avant l'attaque sur l'URSS. Dès lors, Hitler prépare le terrain diplomatique pour

isoler la Grèce de ses partenaires de l'Entente 16 balkanique; il s'assure de
la neutralité des Turcs, arguant de la menace que présentent pour eux les Soviétiques, alliés de l'Allemagne et toujours désireux de se rapprocher des Détroits, et il tente de s'allier aux Yougoslaves en leur promettant Salonique et une aide face à l'Italie dans leurs ambitions en Istrie. La Bulgarie est facile à convaincre vu sa rancœur face à la Grèce: Hitler y installe des soldats en civil et une batterie aérienne dès le début de 1941. Le roi Georges il et son premier ministre, en novembre et décembre 1940, sont conscients du danger. Métaxas, par son ambassadeur à Berlin, demande plusieurs fois une médiation allemande entre son pays et
. A partir de 1928 Venizélos, suivi par ses successeurs, signe des accords avec la Roumanie, la Yougoslavie et la Turquie comprenant la garantie réciproque des frontières. 22
16

l'Italie, sur la base du statu quo; Georges II se tourne vers Londres et le successeur de Métaxas, en février 1941, accueille à Athènes le ministre anglais des Affaires Étrangères, Anthony Eden, et le général Wavell 17, commandant en chef des forces britanniques au Moyen-Orient. Les dirigeants anglais sont divisés, les politiques souhaitent aider la Grèce, juste assez pour montrer à la Turquie et à la Yougoslavie qu'une garantie britannique est une réalité valable, les militaires ne veulent rien céder pour une cause perdue et ne s'intéressent qu'à la Crète et à l'Égypte. Les contacts pris en février apportent aux Grecs un peu de matériel pris sur les ressources de l'armée britannique du Moyen-Orient, du matériel désuet, le plus récent restant en Égypte, et des troupes (des Néo-Zélandais et des Australiens, ainsi qu'une brigade polonaise, 62 000 hommes au total) dont

les dernières débarquent en Grèce lejour de l'attaque allemande 18 . Ce retard
est aggravé par un désaccord sur la stratégie à suivre; jugeant la zone nord perdue d'avance, la Grande-Bretagne ne souhaite défendre que le territoire au sud du fleuve HaliakInon (qui longe le flanc nord de l'Olympe) ce qui signifie renoncer sans combattre à la Macédoine, à Salonique, à la Thrace et aux gains effectués en Albanie. Ce sont des lieux trop sensibles et symboliques pour les Grecs, aussi pour Papagos, ministre de la guerre et commandant en chef des troupes d'Albanie, est-ce inacceptable; la GrandeBretagne insiste, Papagos louvoie, demandant, avant d'accepter, à être sûr de l'appui des Yougoslaves, et comme il n'obtient aucune garantie, prétextant l'absence de moyens de transport, il ne retire de Macédoine qu'une faible part de ses troupes. Lors de la conférence d'état-major du 25 mars 1941, il décide de laisser ses forces en Thrace et en Épire et leur demande de sauver l'honneur: c'est annoncer la défaite. En effet, face aux 600 chars allemands, la Grèce n'a qu'un armement limité (100 chars désuets), aucun canon à longue portée, peu d'avions, pas de défense

antiaérienne, des troupes dispersées sur les 950 kIns de sa frontière nord

19

dont une large part est immobilisée en Épire; quelle que soit sa stratégie, elle n'a aucune chance. Les militaires britanniques sont convaincus de l'inefficacité de leur aide et certains généraux défaitistes comme Tsolakoglou ont même contacté le consul allemand à Salonique avant le début des combats pour négocier une reddition honorable.
17

. R Higham dans l'op cit, affirme que Métaxas n'aurait jamais accepté l'aide britannique

telle que proposée.
18 . Par deux fois la Grande-Bretagne parvient à subtiliser aux Grecs des annes fournies par Washington; en novembre 1940 elle garde 30 chasseurs Tomahawk et promet en échange 30 Mohawk britanniques qui finalement resteront en Égypte, en février 1940 elle promet 30 chasseurs Grumman puis décide de les garder contre 30 Hurricanes pris sur les réserves égyptiennes et qui n'arriveront jamais en Grèce. L'armée grecque a moins de 3 mois de réserves de munitions ou de charbon pour le chemin de fer. 19 . 246 km de frontière avec l'Albanie, 245 avec la Yougoslavie, 474 avec la Bulgarie.

23

En effet, pas de miracle face à l'armée allemande. Hitler attaque le 5 avril, fait bombarder Belgrade et le Pirée où l'explosion d'un navire de munitions coule Il autres bâtiments et bloque le port; le 6, il lance ses chars à travers la Yougoslavie et le lendemain ils entrent en Grèce à la fois par l'axe Axios-Vardar en direction de Salonique et par Bitola-Florina en direction de Kozani, tandis que les Bulgares attaquent la ligne Métaxas. La résistance du soldat grec est exceptionnnelIe mais le 9 avril les Allemands atteignent Salonique et les forts Métaxas de Thrace qui tiennent bon, encerclés et coupés du reste du pays, reçoivent l'ordre de capituler. Le Il avril la division s.S. Adolf Hitler atteint Kozani et se divise en deux colonnes, l'une allant sur Lamia via Elasson, l'autre visant Grevena (atteinte le 18 avril) et Ioannina. Chez les officiers de l'armée d'Épire, qui risque à son tour l'encerclement, c'est alors la panique et, le 17 avril, les généraux Tsolakoglou, Bakos et Demestichas demandent à Papagos de capituler; il refuse et préfère laisser son poste à Tsolakoglou. Le lendemain, 18 avril, le premier ministre Korizis se suicide. Le 20 avril, sans communication avec Athènes, Tsolakoglou, à la tête du 3ème Corps d'armée de Macédoine occidentale, négocie seul la capitulation avec les Allemands en tentant de sauver les gains grecs en Épire, mais le Duce, mis au courant, proteste violemment auprès d'Hitler et obtient gain de cause; Tsolakoglou ne peut qu'à accepter la capitulation sans conditions le 23 avril. La veille, le roi, ses ministres et son nouveau premier ministre, Tsoudéros, se sont repliés sur la Crète, le 27 avril les Allemands entrent dans Athènes et Tsolakoglou est nommé premier ministre. Les Britanniques, en faisant sauter les rares ponts et voies de chemin de fer, ralentissent, autant que possible, l'avancée allemande pour permettre l'évacuation vers la Crète de leurs hommes et des soldats grecs présents, ils tiennent le défilé nord du Tempé (porte de la Thessalie) jusqu'au 18 avril, celui des Thermopyles (porte nord de l'Attique) jusqu'au 24, puis font sauter le pont de l'isthme de Corinthe, seul accès terrestre au Péloponnèse. Leur évacuation, selon Churchill, est réussie: 50 000 des 62 000 soldats britanniques sont sauvés mais 26 navires et 209 avions sont perdus tandis que 7 bâtiments grecs et 4 sous-marins parviennent à rallier Alexandrie. Churchill conclut: "nous avons payé notre dette d'honneur avec beaucoup moins de pertes que je ne le craignais". La reddition grecque est exceptionnelle car les 40 000 prisonniers sont libérés et les officiers peuvent conserver leur arme. Hitler le 4 mai 1941 déclare: "l'équité historique m'oblige à constater que de tous les adversaires qui nous ont affrontés à ce jour, c'est le soldat grec qui a su se battre avec une vaillance et un mépris de la mort égaux aux nôtres".

Hommage rendu aux combattants mais aussi à des frères aryens 20 !
20

. Les officiers allemands au nom de leur solide culture classique, de l'aryanisme et du rejet par les Grecs de leur roi anglophile croyaient qu'ils seraient bien accueillis en Grèce! 24

italienne de l'Égée 21. Mais il reste la Crète qui, commandant l'accès à l'Égée
et à la mer Noire comme à Suez et à la Méditerranée orientale, intéresse autant Hitler que Churchill. Dès 1938 les services britanniques préparent pour cette île des agents qu'ils recrutent parmi les archéologues comme Pendlebury, Hammond ou Hunt 22.Cependant la même situation se répète: la Crète n'a aucune route en bon état, un seul port équipé pour débarquer du matériel lour~ un seul aéroport à peine praticable, sans piste asphaltée ni éclairage de nuit. Le 1er novembre 1940 les premiers Néo-Zélandais débarquent, mais tout montre que l'état-major ne croit guère à la victoire: le commandement en chef change six fois de titulaire en cinq mois et le dernier nommé, le 30 avril 1941, le général Freyberg, attend calmement l'attaque allemande. Il en connaît la date par ses services radios mais reste persuadé qu'elle se fera par voie maritime; à peine 1/9ème du matériel promis est arrivé, il ne dispose que 40 avions dont 15 en bon état et n'a pas de batterie antiaérienne; le 13 mai il ne lui reste que 9 avions intacts, 10 autres arrivent, mais, deux jours plus tard, 8 d'entre eux sont déjà perdus et, le 19 mai, les Britanniques préfèrent rappeler en Égypte les appareils encore intacts. Quand les nazis attaquent, le 20 mai, Freyberg n'a donc que 6 chars et pas d'avions; ses troupes sont relativement nombreuses, 4 000 hommes, auxquels s'ajoutent les soldats britanniques évacués de Grèce soit près de 32 000 hommes, mais il règne une vaste pagaille liée au refus d'incorporer, malgré les demandes insistantes des agents britanniques, les 10 à 20 000 soldats grecs repliés du continent et les volontaires crétois. Faute enfin de communications satisfaisantes les défenseurs de Réthymno ou Réraclion ignorent ce qui se passe à La Canée, et inversement. Le plan allemand prévoit d'utiliser 550 avions de transport, 750 bombardiers, 2 divisions de montagne, un régiment blindé, un bataillon motocyclistes et les troupes d'élite aéroportées de Goering, 16 000 parachutistes suréquipés, avec tablettes de survie, pilules de caféine et médicaments de base, 2 000 cartouches par homme, radio~ mitrailleuse, grenades. Le 20 mai, les hommes sont largués sur Ka~telii et Maleme - l'aéroport de La Canée -, Réthymno et Héraclion sont attaquées par des stukas basés à Karpathos. Les gtandes villes de la côte nord. devaient, selon Hitler, tomber en une journée, mais grâce à la résista~~e svontan~e des Crétois libérés des Turcs depuis ~ente ans à peine, ,pr~rldte l'&érodrome de Malerne, la première étape, demande deux jours. A Kastelli, au bout de deux heures, seuls 17 parachutistes sont encore vivants, à Héraclion,
21
22

Le Il mai 1941 le continent et les îles sont occupées par la flotte

. Le Dodécannèse est italien depuis 1911. . A. aeevor , Crete, The Battle and the ,Resistance, Londo~ Pingouin, 2004, fournit un
complète.

récit détail1é de la guerre en Crète et une bibliographie

25

1 300 Allemands meurent en 2 jours. Malgré cela, dès le 23 mai, les Allemands peuvent débarquer des renforts, Kastelli tombe le 25 mai, Héraclion le 28, Réthymno le 29, tandis que la pointe orientale est confiée aux Italiens qui bombardent Iérapétra et débarquent à Sitia. Le 27 mai Freyberg reçoit l'autorisation de commencer l'évacuation de ses troupes qu'il réalise entre le 28 mai et le 1er juin. Tandis que le relief et l'absence de routes ralentissent la progression allemande vers l'intérieur, le roi, son gouvernement et 16 000 soldats britanniques sont évacués, grâce aux pêcheurs des petits ports de la côte sud, Chora Sfakion, Aghia Roumeli et Prévéli, ce qui coûte en deux jours à la flotte britannique, pilonnée par la Luftwaffe, 26 bâtiments (9 sont coulés) et près de 2 000 hommes. Cinq mille hommes restent piégés en Crète, certains sont faits prisonniers, d'autres, cachés par les habitants, sont peu à peu évacués vers l'Égypte, d'autres enfin s'engagent et meurent aux côtés des résistants crétois (Pendlebury a été tué dès les premières heures); le dernier d'entre eux, le Néo-Zélandais Perkins, est tué au combat en février 1944. La mésentente entre Néo-Zélandais, Australiens et Anglais, le peu de confiance accordée aux volontaires grecs, l'absence de tout plan de contre-attaque, les erreurs de Freyberg ont précipité la défaite; obligée de tenir seule sur tous les fronts jusqu'en juin 1941, la Grande-Bretagne n'a pu ou su se donner les moyens de garder la Crète et a choisi l'essentiel pour elle, l'Égypte. En Crète, l'Allemagne aurait perdu 6 500 hommes, la Grande-Bretagne 2 500 et l'armée grecque 1 250 hommes auxquels on peut ajouter 3 000 civils. Au total, selon Churchill, la Grande-Bretagne en avril et mai 1941 a laissé en Grèce 14 000 hommes, les Allemands 17 000 hommes (l'Allemagne n'avoue que 6 000 victimes) et les Grecs, depuis novembre 1940, ont perdu 15 000 morts et plus de 70 000 blessés. La Grèce, ou plutôt la volonté de combattre des Grecs, a surpris tout le monde, y compris ses propres généraux. Après la défaite catastrophique devant Kémal en août et septembre 1922, l'unité grecque se reconstruit autour d'une fierté retrouvée. Outre la première défaite infligée aux Italiens, elle se flatte d'avoir décimé l'élite irremplaçable des parachutistes de Goering et d'avoir retardé de quelques semaines l'attaque

sur l'URSS
150 avions Stalingrad. 1940 et le s'arrête pas
23

23,

en tout cas d'avoir fait perdre aux Nazis 350 avions (dont

de transport) qui leur font cruellement défaut l'hiver suivant à L'armée hellène ne participe aux combats qu'entre le 28 octobre 23 avril 1941, mais la participation des Grecs à la guerre ne là.
à

. Le

retard allemand est aussi attribué au manque de réserves de carburant et
préparation des aéroports polonais.

l'insuffisante

26