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La guerre de 1870 et la Commune

De
246 pages
La Guerre de 1870 fut, pour la France, sa première guerre "moderne". Les soldats français partent confiants pour barrer la route du Trône d'Espagne à la Prusse. Deux mois plus tard, Napoléon III s'est constitué prisonnier et les Prussiens encerclent Paris. Dans l'Ouest de la banlieue parisienne, les Prussiens s'installent sur les hauteurs de ce qui est maintenant le Val d'Oise et surveillent les Hauts-de-Seine en attendant que la capitale française, affamée, capitule... Ce livre relate la vie quotidienne dans la commune de Colombes durant ces deux années 1870-1871
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LA GUERRE DE 1870 ET LA COMMUNE
Vie quotidienne à Colombes

Histoire de Paris Collection dirigée par Thierry Halay
L'Histoire de Paris et de I'Ile-de-France est un vaste champ d'étude, quasiment illimité dans ses multiples aspects. Cette collection a pour but de présenter différentes facettes de cette riche histoire, que ce soit à travers les lieux, les personnages ou les évènements qui ont marqué les siècles. Elle s'efforcera également de montrer la vie quotidienne, les métiers et les loisirs des Parisiens et des habitants de la région à des époques variées, qu'il s'agisse d'individus célèbres ou inconnus, de classes sociales privilégiées ou défavorisées. Les études publiées dans le cadre de cette collection, tout en étant sélectionnées sur la base de leur sérieux et d'un travail de fond, s'adressent à un large public, qui y trouvera un ensemble documentaire passionnant et de qualité. A côté de l'intérêt intellectuel qu'elle présente, l'histoire locale est fondamentalement utile car elle nous aide, à travers les gens, les évènements et le patrimoine de différentes périodes, à mieux comprendre Paris et l' Ile-deFrance.

Déjà parus
Hubert DEMORY, Auteuil et Passy. De la révolution à l'annexion. 2005. Jacqueline VIRUEGA, La bijouterie parisienne: Du Second Empire à la Première Guerre mondiale, 2004. Jacques LANFRANC HI, Les statues des grands hommes à Paris, 2004. Jean-Pierre THOMAS, Le guide des effigies de Paris, 2002. Juliette FAURE, L'Arsenal de Paris, 2002 Jean-Paul MARTNEAUD, Les ordres religieux dans les hôpitaux de Paris, 2002. Robert VIAL, Histoire des hôpitaux de Paris en 400 dates, 1999. Robert VIAL, Histoire de l'enseignement des hôpitaux de Paris, 1999. Victor DEBUCHY, La vie à Paris pendant le siège 1870-1871,1999. Thierry HALA Y, Paris et ses quartiers, 1998. J. Paul MARTINEAUD, Une histoire de l'Hôpital Lariboisière, 1998. Michèle VIDERMAN, Jean Ramponneau, Parisien de Vignol, 1998.

Christian LEBRUMENT

LA GUERRE DE 1870 ET LA COMMUNE
Vie quotidienne à Colombes

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

~ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8498-4 E~: 9782747584982

SOMMAIRE
SOMMAIRE
L ' AVANT -GUERRE
I - POLITIQUEINTERNATIONALE II - POLITIQUEFRANÇAISE III - POLITIQUEMUNICIPALE A - Politique agricole. B - Politique électorale

..... .

...

5 7
7 9 9 9 Il

C - Politique paroissiale
L'ARRIVÉE DE LA GUERRE A COLOMBES I - L'ARMEE PRUSSIENNE. II - L'ARMEE FRANÇAISE. L'EXODE DES COLOMBIENS

13
15 16 18 23 23 30 30 30
38

I - LE DEPART(13 SEPTEMBRE1870).
II - L'INSTALLATIONDE LA "COLONIE" A - Repli des édiles B - Mais où est passée la population?

III - L'AIDE
LA GUERRE

FINANCIERE A LA POPULATION.

FRANCO-PRUSSIENNE

41
41

I - LA MOBILISATION ET LES FORTIFICATIONS DE COLOMBES.

II - TOUTESTCALME, ALENDRIER C DEL'AUTOMNE. III - LE PLAN DUCROT.

46 48

IV - OCCUPATION FRANÇAISE ET SACCAGES A COLOMBES (CALENDRIER D'OCTOBRE 1870) ... 51 V - LE COMBAT DE LA MALMAISON (21 OCTOBRE 1870) 67 VI - UN NOUVEAU MOIS D'OCCUPATION ET DE PILLAGE (CALENDRIER

D'OCTOBRE-NOVEMBRE 1870). 70 VII - L'ESCARMOUCHEDU PONTDE BEZONS (29 NOVEMBRE1870).83

VIII - UN CHANGEMENTD'ANNEESANSGRANDESDIFFERENCES
(CALENDRIERDE DECEMBREET JANVIER). IX - LE COMBATDE BUZENVAL(19 JANVIER 1871). LE RETOUR DES COLOMBIENS 87 93 105

LA COMMUNE DE PARIS I - CHANGEMENT DEBELLIGERANTS FEVRIER (10 1871).

115 115

II - L'ATTAQUEDESFEDERES (DEBUTAVRIL 1871) III - LA RIPOSTE(MI-AVRIL 1871). LES DERNIERS COMBATS

120 124 137

L' APRES-GUERRE
l - LES REPARATIONS. A - Réparations financières B - Réparations de la voirie II - L'INDEMNISATION. III - SOUVENIRET COMMEMORATIONS. CONCLUSIONS

143
143 143 146 150 159 167

ANNEXE 1 : "DEUX AMIS" ANNEXE 2 : MORTS AU CHAMPS D'HONNEUR A CO LO MBES ANNEXE 3 : RÉGIMENTS SUR COLOMBES ANNEXE 4 : CLASSES 1870 ET 1871
ANNEXE 5 : GARDES DU 36EME BATAILLON

169

177 178 180
184

ANNEXE 6 : VÉTÉRANS DE LA GUERRE DE 1870 BIOGRAPHIES SOURCE S INDEX DES NOM CITÉS

186 189

...

227 237

6

L' AVANT-GUERRE

I - Politiaue internationale
En Espagne, la Reine ISABELLE II a succédé en 1830 à son père FERDINAND VII, d'abord sous la régence de sa mère, Marie-Christine de BOURBON (Isabelle n'a que 3 ans), puis seule. A 16 ans, elle a épousé son cousin germain François d'Assise de BOURBONESPAGNE. Seulement les esprits chagrins de l'époque n'admettent pas que, pour la première fois, une femme monte sur le trône d'Espagne. Ils veulent établir la loi salique, comme leurs voisins du Nord, les Français, et mettre enfin un homme sur le trône. Le 9 octobre 1868 le Général Juan PRIM prend la tête d'un soulèvement contre la Reine ISABELLE II pour mettre sur le trône Don Carlos, oncle d'Isabelle. Le couple royal, pas trop contrariant, quitte ses fonctions et son pays, et part s'installer en France. La vie y est probablement moins belle car très vite ils se séparent, et en 1873 François d'Assise s'installe au lieu-dit "le Château" , 41 rue des Aubépines (Général Leclerc) à Bois-Colombes1. Là, débonnaire, il vit une vie tranquille de rentier, et sa petite silhouette, à fortes moustaches blanches, toujours accompagnée de ses deux lévriers sera familière aux Colombiens. Mais ce n'est pas le tout de faire une révolution, il faut remplacer le couple royal! Don Carlos, sous le titre de CHARLES V, ne fait pas longtemps l'affaire, et le trône se trouve vacant. Il faut donc chercher ailleurs. Le
1 Actuellement Maison de retraite Sainte-Marthe, Villa du Château

7

21 juin 1870, Léopold de HOHENZOLLERNSIGMARINGEN, cousin du Roi de Prusse 1er,postule pour la place. Cela ne plaît pas GUILLAUME du tout à la France. La famille royale d'Espagne descend de LOUIS XIV, elle est donc supportable. Mais à l'Est se tient GUILLAUME 1er Roi de Prusse et à l'Ouest une lointaine cousine de ce dernier, VICTORIA 1ère,Reine de Grande-Bretagne, belle-mère du Konprinz. Alors pas question d'un cousin sur le trône d'Espagne: la France ne veut pas être "cernée" par la famille royale prussienne. Malgré un accord oral, la France insiste pour que le Roi de Prusse confirme, par écrit, que Léopold de HOHENZOLLERN-SIGMARINGEN renonce à ce trône comme ce dernier l'a déclaré le 12 juillet. Le 13 juillet, le Roi de Prusse accepte du bout des lèvres, mais se refuse à le faire par écrit. Sa parole devrait suffire! L'avis, arrangé, en est envoyé par BISMARCK dans ce qui restera dans l'Histoire sous le nom de "La dépêche d'Ems". Les "faucons" français et prussiens entraînent alors leurs pays dans la guerre. Les patriotes qui veulent la guerre sont une minorité urbaine et politisée, mais leurs adversaires se taisent pour ne pas passer pour des traîtres ou des lâches. Finalement, le Trône d'Espagne est occupé, le 16 novembre, par Amédée de SAVOIE qui s'enfuit, à son tour, le 2 novembre 1873, et laisse la place à ALPHONSE XII, fils d'ISABELLE II. Mais il est trop tard, la guerre est passée en Europe. Au sud-ouest de la France, à Rome, le Concile Vatican I est ouvert depuis 1869. Après avoir proclamé "la pertinence de la foi catholique face à la révolution industrielle2" (Dei Filius) et l'infaillibilité du Pape (Pastor
2 Nicolas BETTICHER, SUIsses. porte-parole de la conférence des évêques

8

Aetemus), le Concile est interrompu par la prise de Rome par les garibaldiens. Il ne sera clos qu'en 1962.

II - PolitiQue francaise
En politique générale, NAPOLÉON III désire quitter un "Empire autoritaire" pour un "Empire libéral". En donnant plus de pouvoir au Parlement, il espère faire évoluer la France de l'Empire vers une Monarchie parlementaire, voir vers une République si un Président est substitué à l'Empereur. Un vote sur cette réforme constitutionnelle a lieu le 8 mai 1870. Le «Oui» l'emporte largement sur toute la France, mais sur 718 votants (926 électeurs inscrits) pour Colombes, 404 votent «Non », 291 « Oui» et 23 bulletins sont déclarés nuls. Cette défiance des votants vis-à-vis de l'Empereur est alors mise sur le dos des "Messieurs de Paris" qui viennent juste ici pour la promenade du dimanche. .. et pour voter! Dans la foulée, une section de l'Association Internationale des Travailleurs se crée à Colombes et installe son lieu de réunion au débit de boissons de la rue de la Pointe (rue Médéric) à La Garenne-Colombes. C'est là qu'aura lieu la première séance le 19 mai 1870. Le sénatus-consulte du 21 mai 1870 fixe, en 45 articles, la Constitution de l'Empire

III - PolitiQue municioale

A - Politique agricole.
En 1869, les récoltes ne furent pas celles attendues. La sécheresse a beaucoup sévi et diminué les produits

9

légumineux et la pomme de terre. Pour la vigne c'est satisfaisant, mais la vendange prévue n'est pas extraordinaire. De grands vents ont couché les blés et les seigles et ont nuit aux cultures. Sur 418 hectares ensemencés, les prévisions étaient de 85 ha pour le froment et 280 ha pour le seigle. Les récoltes seront moins bonnes que prévues. En temps ordinaire, les grains fleurissent 8 jours vers le 25 mai. En 1869, ils ont 10 jours d'avance, mais la végétation "laisse à désirer" au moment de la floraison.

Tableau des cultures pour 1869

Produit Froment Seigle Orge Avaine Légumes secs Vigne/vin TOTAL

Surface cultivée (en hectare) 68 275 15 40 20 67 418

Production (en hectolitre) 2.788 7.250 345 1.597 160 160 12.140

Besoin annuel 5.850 7.600 450 2.000 360 360 16.260

Les foins donnent 9.440 bottes (au lieu de 10.800 habituellement), la luzerne 60.000 bottes (au lieu de 90.000) et les légumes frais 4.950 sacs (9.900 sacs). Quant aux fruits, la récolte est médiocre et les cerises ne font l'objet que d'une seule récolte. Telle est la situation agricole du pays quand l'année de la guerre s'amorce.

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B - Politique électorale
En politique municipale, Colombes élit, en 1863, Pierre AYMAR-BRESSION en remplacement de Charles RENARD démissionnaire. Il est réélu de nouveau le 16 septembre 1865, et toute son équipe, sauf Jean Louis LEDOUX, démissionnaire, prête serment à l'Empereur. Le 2 juin 1870, le Maire de Colombes fulmine, en séance du Conseil général, contre la demande de "démembrement" (comprendre "séparation") émanant de quelques habitants de La Garenne. Critiqué pour sa gestion, Pierre AYMARBRESSION publie, le 30 juillet 1870, "La vérité sur six années d'administration" pour s'expliquer. La veille, un avis est placardé sur les murs de Colombes pour le retrait des cartes électorales3.

Au début de cette année 1870, l'équipe est donc: - Pierre AYMAR-BRESSION, Maire, - Nicolas GARBET, négociant: adjoint,

- Adolphe

DECAUX,

cultivateur:

adjoint,

- Joseph Jean HENROTTE, banquier: conseiller, - Jean Etienne POISSON, propriétaire: conseiller, - Jean-Baptiste PARCHAPPE, médecin: conseiller,

- Constantin

PRÉVOST,

propriétaire:

conseiller,

- Alphonse IMBA UL T, propriétaire : conseiller, - Louis Nicolas GILLET, entrepreneur de

maçonnerie: conseiller, - Marc-Antoine POURRAT, médecin: conseiller, - François HOULET, propriétaire et ancien entrepreneur: conseiller,
3 A.C. Colombes: 3F-DS31 (l'avis sert de dossier aux statistiques de 1868 et 1869)

Il

- Nicolas MARCY, ancien entrepreneur de maçonnerie: conseiller, - Emile JOZAN, médecin: conseiller, - Jacques CHARLES, propriétaire: conseiller, - Auguste JOLY, conseiller, - Abel LAHURE, propriétaire: conseiller, - Théodore AMBROISE, artiste et propriétaire: conseiller, - Henri DEZAUCHE, médecin: conseiller, - + Louis-Désiré CHAPRON, conseiller, - Pierre Augustin ROULLIN, rentier: conseiller, - Jean-Charles LÉPINE, cultivateur: conseiller
Le 2 juin 1870, Nicolas GARBET démissionne et est remplacé par Pierre EXPERT. Le même jour, FOURNEREAU est nommé agent voyer de la commune. Il aura fort à faire après les événements, comme nous le verrons.

Le 6 août 1870, nouvelle élection, et une nouvelle équipe s'installe à la Mairie avec un nouveau Maire, pour peu de temps, mais elle ne le sait pas encore: - Henri DEZAUCHE, médecin: Maire - Adolphe DECAUX, cultivateur: adjoint - Léonord Sulpice FERMÉ, propriétaire: adjoint - Jean Charles LÉPINE, cultivateur: conseiller - Armand Joseph LÉPINE, cultivateur: conseiller - François Michel DURAND, cultivateur: conseiller - Jean Baptiste LEROUX, cultivateur: conseiller - Victor Fortuné MOYNIER, employé: conseiller - Joseph Ernest HUE, propriétaire: conseiller - Laurent François CHARLOT, propriétaire: conseiller - Pierre Jacques TESTE, coiffeur: conseiller - François Denis LESEINE, maçon: conseiller

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- Eugène Armand CAHANIN, marchand de vins: conseiller - Marcel BINET, cultivateur: conseiller - Alphonse IMBAULT, propriétaire: conseiller - Louis Philippe SEEMAN, menuisier: conseiller - Casimir Amédée CARON, propriétaire: conseiller - Auguste Louis LALOU, manufacturier: conseiller - François JOLY: conseiller - LATAPIE, médecin: conseiller - Jacques DURAND: conseiller - Sylvain LONSAGNE, charpentier: conseiller
Cette équipe doit traiter de points importants: l'édification d'une place des fêtes, l'attaque du phylloxera contre la vigne, la conservation des bureaux d'octroi dans les communes. Pour ce dernier point, par décision du Conseil Municipal du Il juin 1870, la municipalité décide de garder l'octroi.

C - Politique paroissiale
Le curé de l'Eglise Saint-Pierre-Saint-Paul est l'Abbé LE COMTE. Lors du Conseil de Fabrique, le bureau est ainsi formé: - M. LE COMTE, Curé - M HENROTTE, Président du Conseil de Fabrique - M BOUT, Trésorier - M. DECAM, Secrétaire - M. LEROY, Marguillier

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L'ARRIVÉE

DE LA GUERRE A COLOMBES

Le "Bourgeois de Colombes"4 va voir, le 13 juillet 1870, son ami BIOT, attaché aux cuisines de l'Empereur à Saint-Cloud pour lui porter un panier de prunes et de cerises de Colombes. BIOT lui certifie que l'Empereur ne veut pas de la guerre, ... et qu'elle ne se fera pas! Le 19 juillet 1870, deux événements: ouverture de la première église de Bois-Colombes, l'actuelle NotreDame de Bon-Secours, et la France déclare la guerre à la Prusse. Très vite, ce conflit tourne en défaveur de la France car les Français ne sont que 350.000 en face de 450.000 prussiens aidés d'une puissante artillerie. C'est la première guerre entre Etats où n'intervient aucun mercenaire. De chaque côté, les soldats se battent pour défendre leur pays. Le 7 août, le département de la Seine est mis en état de siège. Le 29 août, de grandes affiches couvrent les murs de Colombes et invoquent "La loi du 29 août 1870 relative aux forces militaires de la France pendant la guerre". C'est la mobilisation générale. Le 1er septembre, c'est la défaite de Sedan, et le lendemain NAPOLEON III, souffrant d'une pyélocystite calculeuse5 se constitue prisonnier entre les mains du Roi de Prusse, ainsi que son médecin personnel, Lucien CORVISART, petit-neveu du médecin de NAPOLÉON 1er et ancien résidant de La Garenne-Colombes. Le 4 septembre, l'Empire est remplacé par un gouvernement provisoire composé de républicains modérés et de radicaux. Le 19 septembre 1870, soit juste deux mois après le début de la guerre, GUILLAUME 1er établit son

4 Dans le bulletin paroissial de Colombes de 1922-1923 5 plus connu sous le nom de calculs rénaux

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Quartier général à Yersailles. Les Prussiens encerclent Paris.

I - L'armée prussienne.
Dès leur arrivée, les Prussiens campent sur les hauteurs à l'Ouest de Paris, sur les proéminences d'un terrain jurassique bordant le bassin parisien: Carrièressur-Seine (52 fi d'altitude), Houilles (36 m), Argenteuil et Bezons (41 m) et Sannois qui culmine à 160 m. Cette position, surélevée vis-à-vis de Paris, ne sera pas quittée pour la plaine de la presqu'île de Gennevilliers, bassin creusé dans le même terrain jurassique et recouvert d'alluvions anciennes quaternaires6, et enrichi par les égouts de Paris: Colombes (39 fi, 41 m au plus haut au moulin BRENU), Asnières (40 m), et Gennevilliers qui ne "fait" que 29 m de hauteur. Seul le Mont-Yalérien, du haut de ses 162 m d'altitude, dépasse ce morne horizon. Sur leur plateau, les Prussiens attendront que la faim et la discorde fassent tomber Paris. Le 19.09.1870, trois uhlans venant de Cormeilles viennent en avant-garde visiter ArgenteuiL Le 21.09.1870, le lye Corps d'Armée prussien (de la lye Armée dite "Armée de la Meuse"), sous les ordres du Général d'Infanterie Konstantin Yon AL YENSLEBEN 1er, s'installe face à Colombes. Ce corps d'armée est fort de 25 bataillons, de 8 escadrons et de 3 compagnies de pionniers, soit 19.368 fantassins et 1.103 cavaliers. Le tout est appuyé par 84 pièces d'artillerie en 14 batteries.

6 J-L. VA TINEL, Préhistoire et premiers temps historiques dans la Presqu'île de Gennevilliers, non édité

16

Sur les hauteurs de Sannois, les batteries sont protégées par la 7eDivision d'Infanterie, sous les ordres du Lieutenant-Général De GROSS de SCHW ARZHORF. Sur Saint-Germain, et venant directement de Strasbourg, la ! èreBrigade de Landwehr de la Garde, sous les ordres du Colonel GIRODZ de GAUDY, prend ses positions. La 8e Division d'Infanterie, sous les ordres du Lieutenant-Général De SCHOELER, s'installe à Argenteuil et Bezons. Cette division comprend: Pour la 15e Brigade d'Infanterie du Général-major

De KESSLER: 3 bataillons du 1er Régiment d'Infanterie

de Thuringe N°31 et 3 bataillons du 3e Régiment d'Infanterie de Thuringe N°7!, Pour la 16e Brigade d'Infanterie du Colonel De SCHEFFLER: 3 bataillons du Régiment de Fusiliers du Schleswig-Holstein N°86, 3 bataillons du 7e Régiment d'Infanterie de Thuringe N°96, quatre escadrons du 12eRégiment de Hussards de Thuringe, une compagnie de pionniers de campagne avec l'équipement de pont léger, le tout appuyé par 24 pièces d'artillerie du 2e Abtheilung monté du Régiment d'Artillerie de campagne de Magdebourg N°4 et soigné par le détachement sanitaire N°2. Un détachement de Bavarois occupe épisodiquement l'lIe-Marante, et inspirera la triste nouvelle de Guy De MAUPASSANT: "Deux amis". Un document? anonyme envoyé à l'armée française le 26 novembre 1870 décrit la militarisation d'Argenteuil: 12 barricades, 24 canons en cuivre de calibre 18 de 3.500 m de portée, 12 mitrailleuses, 6.000 fantassins et 2.000 cavaliers dans le village; 6 mitrailleuses, 2 canons
? SHA T : Li 29

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de bronze d'une portée de 9.000 m et 10.000 fantassins sur le plateau d'Argenteuil, à la Croix-des-Toumants; 6 batteries de 6 pièces chacune, en cuivre de calibre 16 et d'une portée de 2.500 m, 3 canons en cuivre de calibre 18 d'une portée de 3.500 m, 9 mitrailleuses, 8.000 fantassins et 6.000 cavaliers dans le Bois du marais du château.
Von MOLTKE donne l'ordre aux Ille et IVe Armées allemandes d'occuper la presqu'île de Gennevilliers à partir du 30 septembre 1870. Mais le Prince Royal de Saxe hésite, demande des canons de siège et finalement ajourne l'opération. Colombes reste du côté français.

II - L'armée francaise.
En face, du côté français, des corps d'armée sont placés en prévision d'un mouvement prussien pour attaquer Paris par Asnières, la presqu'île de Gennevilliers étant mal gardée. Le XIIIe Corps d'Armée de Paris prend position du Pont de Sèvre à Saint-Ouen le 14 septembre 1870. Le 22, il est remplacé par le XIVe Corps d'Armée qui s'étire du Point-du-Jour, à Boulogne, jusqu'à Saint-Ouen la 1ère Division d'HUGUES de Saint-Ouen à Clichy, la 2e de CAUS SADE de Clichy à Levallois et la 3e de MAUSSION à Boulogne. Ces trois divisions, renforcées de 6 bataillons de Gardes Nationaux, forment une force de 30.000 hommes. Ces deux corps d'armée sont sous les ordres du Général Auguste DUCROT. Le 6 septembre 1870, la Garde Nationale détruit les ponts routiers de Bezons et d'Argenteuil pour arrêter l'ennemi. L'incendie du pont de bois d'Argenteuil donne même lieu à des frictions entre l'armée et certains habitants d'Argenteuil qui s'y opposent. Le pont brûle

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quand même à partir de 16h30. Le Musée du Vieil Argenteuil possède encore un pressoir fabriqué avec les poutres et les cintres du pont d'Argenteuil. Puis, par la suite, les ponts de chemin de fer seront détruits. Le pont du chemin de fer de Rouen est intact entre la presqu'île de Gennevilliers et l'île, mais il est coupé du côté prussien. La culée de la rive ennemie sera même complètement détruite par l'artillerie française. Cependant, le rapport du général Commandant la place de Paris, le Général Jules Henri SOUMAIN, en date du 17 septembre 1870, fait part de quelques petits problèmes: les piliers du pont d'Argenteuil sont détruits, sauf un, mais pour ce qui est du pont de chemin de fer, si les explosifs sont bien posés, l'ingénieur chargé de cette mission habite à Paris et y est apparemment resté! Le 16 septembre 1870, le Commandant en Chef reçoit la dépêche télégraphique N°472868 du Fort de La Briche, à 21h, lui disant: "Le Commandant du Fort de Gennevilliers au Général en Chef Paris Le Commandant du Fort de Gennevilliers informe le Général en Chef que l'ingénieur chargé de faire sauter le pont du chemin de fer d'Argenteuil est absent. Le Pont d'Argenteuil n'a qu'une partie du tablier de brûlé. Faut-il faire sauter les piliers? " Je ne sais pas si Paris a répondu, mais les Prussiens se chargeront du travail plus tard. Les Prussiens, forts mécontents, s'en prennent au Maire d'Argenteuil, Gustave ALKER. Ils le jugent coupable d'avoir exécuté les ordres du Général TROCHU et d'avoir fait brûler le pont de bois et sauter le pont du chemin de fer. Comme il essaye de s'échapper à la nage en traversant la Seine, il est arrêté le 3 octobre 1870 et
8 SHAT: Li 15

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déporté à la frontière de la Bohème et de la Pologne puis interné à la prison militaire de Neisse, dans le bastion N°6. Le frère du Maire, ALKER Aîné, domicilié au 4 Passage TROCHU pour qu'il tente de le faire libérer. En vain. Gustave ALKER aura les deux pieds gelés lors d'une tentative d'évasion et il faudra l'amputer.

Choiseul Paris 1er écrit9 le 9 janvier 1871 au Général

Le 10 septembre, le 35e Régiment d'Infanterie envoie deux compagnies, sous les ordres du Capitaine MARTIN, pour protéger le Génie qui construit une digue près du pont de Bezons. Cette troupe revient sur Paris le 15, à 17h. Puis les Gardes Nationaux se retirent le 13 septembre 1870, accompagnés d'une partie de la population de Colombes. Le 136e Régiment de Ligne du Général BERTHAULT occupe le terrain du Rond-Point de Courbevoie jusqu'aux postes avancés de la plaine de Gennevilliers. Avec eux, sur Courbevoie, s'installe la 2e Ambulance Divisionnaire. La Redoute de Gennevilliers commencée le 8 août 1870 ne peut être occupée car elle n'est pas en état de défense. Prévue au lieu-dit "Les Fausses Gens"IO, et bien que située à 8,4 km du Mont- Valérien et 5 km de la Double-Couronne de Saint-Denis, donc sous la protection de leurs canons, elle est menacée par les canons prussiens, le Moulin d'Orgemont n'étant qu'à 3 km à vol d'oiseau ... ou d'obus. Pourtant, dès le 09.09.1870, elle est occupée par:

- Commandant ZELER
9 SHAT : Li 15 10Parfois orthographié aussi "Les Fossés Jean"

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- 3 officiers et 194 hommes du 54e Régiment de Ligne - 3 officiers et 189 hommes du 83e Régiment de Ligne - 24 officiers et 502 hommes (dont 1 médecin) du

1er Bataillon de Gardes Mobiles de Paris

- 2 officiers et 27 sapeurs du Génie - 2 gabiers et 2 timoniers de la marine pour les sIgnaux. Le Génie est logé à Gennevilliers, mais les autres soldats campent dans des baraquements, dans la plaine, à 800 m du fort. Ils n'ont pas de bouche à feu, pas de munitions, et pour toutes vivres, de quoi nounir 1.000 hommes pendant 45 jours. 240 hommes sont de grand-garde chaque nuit pour surveiller les rives de la Seine et la ligne de chemin de fer de Bois-Colombes au Pont d'Argenteuil. Le 18 septembre 1870, une dépêche télégraphiqueII du Commandement supérieur de SaintDenis au Gouverneur général de Paris l'informe que le travail ne sera pas terminé à temps, et que c'est une perte de temps et d'argent. Le 19 septembre 1870, l'ordre 34312 de 8h35, en provenance du Gouverneur de Paris par l'intermédiaire du Fort de La Briche ordonne l'évacuation de la Redoute et le retour dans Paris par le Pont de Clichy à détruire après passage. Les vivres partent pour SaintDenis, et les baraquements sont brûlés le 28 septembre. Le soir même, il n'y a, momentanément, plus de troupes françaises dans la presqu'île de Gennevilliers, et les ponts d'Asnières et de Clichy sont détruits. L'ordre de mobilisation des réserves a été donné par le Ministre le 14 juillet 1870 au soir, et le 15 au matin les Gendarmeries de la Seine ont expédié les ordres de mise en route. Seulement, le 19 août, les réservistes n'ont
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toujours pas rejoint leurs régiments! Après guerre, le Général HARTUNG12 expliquera que quelques jours de sursis avaient été donnés aux réservistes, puis qu'ils devaient se rendre au chef-lieu (ce qui ne sera fait que le 22), puis ils furent dirigés sur les dépôts de leurs Corps respectifs où leur étaient distribuées les feuilles de route, les mandats des soldes et les vivres, et enfin les réservistes prenaient le train, seuls, avec une foule de prétextes de retard. Le tirage au sort et le conseil de révision pour les jeunes appelés de Colombes étaient prévus le 15 septembre, à 8h30, dans la salle Saint-Jean de l'Hôtel de Ville de Paris. Mais le 14 septembre, le Journal Officiel annonce qu'ils sont transportés de l'Hôtel de Ville à la Mairie du 4e Arrondissement. Et le 22 septembre, les jeunes soldats des deuxièmes portions et les militaires de réserve de la Seine, dont fait partie Colombes, partent pour le front. Ainsi, Louis ROCHETTE, treillageur face à la gare de Colombes, sert dans le 2e Bataillon de Chasseurs à Metz. Fait prisonnier, envoyé en Prusse, il ne rentre qu'après la fin de la guerre.

12 HARTUNG, Vaincre la défaite 1872-1881

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L'EXODE DES COLOMBIENS I - Le départ (13 septembre 1870).
Une nouvelle équipe municipale est élue le 4 septembre, la précédente ayant été dissoute avec l'Empire. Les nouveaux habitants de la Mairie qui auront à gérer le conflit sont donc: - Henri DEZAUCHE, médecin: Maire - Adolphe DECAUX, cultivateur: adjoint - Léonord Sulpice FERMÉ, propriétaire: adjoint - Jean Charles LÉPINE, cultivateur: conseiller - Armand Joseph LÉPINE, cultivateur: conseiller - François Michel DURAND, cultivateur: conseiller - Jean Baptiste LEROUX, cultivateur: conseiller - Victor Fortuné MOYNIER, employé: conseiller - Joseph Ernest HUE, propriétaire: conseiller - Laurent François CHARLOT, propriétaire: conseiller - Pierre Jacques TESTE, coiffeur: conseiller - François Denis LESEINE, maçon: conseiller - Eugène Armand CAHANIN, marchand de vins: conseiller - Marcel BINET, cultivateur: conseiller - Alphonse IMBA DL T, propriétaire: conseiller - Louis Philippe SEEMAN, menuisier: conseiller - Casimir Amédée CARON, propriétaire: conseiller Le 12 septembre, la Mairie de Paris informe la population de la "banlieue" Ouest qu'un terrain leur est réservé au Quai de Javel13. La population réfugiée peut y dresser les récoltes: "La Mairie de Paris informe les propriétaires et cultivateurs des arrondissements de Saint-Denis et de
13 Actuellement Quai André Citroën.

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Sceaux qui ont à rentrer leurs récoltes dans Paris qu'ils trouveront aux portes de la capitale des indications nécessaires pour diriger ces récoltes sur les dépôts qui leur seront affectés. Dès à présent sont désignés: [...] Pour Gennevilliers et environs, un terrain de 34.000 mètres, quai de Javel, 85 et 87 (15e arrondissement)... La disposition de ces emplacements permet de dresser ces récoltes en meules"14

Le même jour, un arrêt du Préfet de Police de Paris, M. de KERATRY, et paru au Journal Officiel prévient: "
Art. 1er - A partir du jeudi 13 septembre, à 6 heures du matin, nul ne pourra sortir de Paris ni y entrer sans être muni d'un permis de circulation délivré par le Ministère de l'Intérieur. "

Les Colombiens, qui se terraient chez eux à l'approche de Prussiens, se replient donc rapidement sur Paris, et sont abrités, le plus souvent, dans des écoles. Suivant les Gardes Nationaux, ils partent en abandonnant maisons, récoltes et vendanges, dit-on. Mais il semble, au contraire, qu'ils aient emmené le plus possible (petit mobilier, troupeaux, récoltes) et détruit le reste (meules de blé incendiées). Cette fuite rappelle celle des exodes des guerres à venir. Seules restaient, dans les fermes, les caves à vins qui firent le bonheur des soldats et des maraudeurs. Les frères De GONCOURT racontent l'arrivée des banlieusards à Paris: "Sur la chaussée se pressent... des voitures à bras... Au milieu s'élèvent d'immenses chariots, avec des
14 Journal Officiel du 12.09.1870

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