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LA " LIBÉRATION " DE LUBUMBASHI

De
176 pages
Voici écrit à chaud l'histoire immédiate d'une guerre qui a conduit en moins d'un an à la chute d'une dictature vieille de trente ans. Et en particulier pour la prise de Lubumbashi par les troupes de l'AFDL, l'auteur s'est fait l'historien qui décrit les événements tels qu'ils sont perçus par les acteurs ordinaires, nous donnant accès à la compréhension de cette dynamique sociale qui fait, parfois, que les systèmes les plus répressifs s'affaissent sur eux-mêmes.
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Mémoires collection

lieux de savoir

_ Archive

congolaise

l

Sous la direction de B. Jewsiewicki

Mémoires lieux de savoir _ Archive congolaise l
Ce livre inaugure une série de publications consacrées à une meilleure connaissance de ces formes des savoirs populaires que construisent les mémoires urbaines partagées. Ainsi, dans l'ex-Zaïre, ces savoirs pratiques, sans cesse remis à jour par une mémoire que la rumeur irrigue sans arrêt, ont autant guidé les actions de la population de Lubumbashi que celles des soldats du régime décadent.

Crispin BAKATUSEKA Kolamoyo

LA« LIBÉRATION» DE LUBUMBASHI (1997)
Préface de B. Jewsiewicki

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc.
55, rue Saint-Jacques Montréal

- FRANCE

(Qc) - CANADA H2Y lK9

L'auteur Né en 1960, licencié et agrégé d'histoire de l'Université de Lubumbashi (République démocratique du Congo), Crispin Bakatuseka Kolamoyo vit à Lubumbashi où il est journaliste et bibliothécaire de l'Alliance française.

La présente édition a été préparée au Centre d'études interdisciplinaires sur les lettres, les arts et les traditions des francophones en Amérique du Nord (CELAT) de l'Université Laval, Québec, Canada. Mise en page: Raymonde Julien

(Ç)L'HARMATTAN,

1999

ISBN: 2-7384-7332-6

à Marie-Valeska KUPANGI WA KANKONDE, ma petite princesse qui a eu la chance de naître en R.D. C. J'ai écrit pour que tu lises un jour ce que tu ressentais dans le ventre de ta mère.

TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE de B. Jewsiewicki AVANT-PROPOS

9 13

INTRODUCTION: Laurent-Désiré Kabila : Le nouvel homme fort du Congo-Kinshasa
PREMIÈRE PARTIE: Repères historiques 1. Les causes de la guerre de libération 1.1 Note introductive 1.2 Causes exogènes 1.3 Causes endogènes 2. L'échec des FAZ : Mobutu pris dans sa propre nasse 3. Mobutu: une stratégie militaire déficiente

15

21 21 21 22 26 31 37

DEUXIÈME PARTIE: La libération commence 1. Prélude à la guerre 2. Uvira: l' AFDL prend courage 3. Bukavu:" C'est la guerre de libération" 4. Goma = Viva America! Des bottes viennent de l'Angola 5. La contre-offensive totale et foudroyante Un intermède dangereux: Mobutu menace de brûler l'est du Congo 6. Kisangani: l'histoire féérique

41 41 43 53 61 71 73 79 80

7. En marche vers le Sud 8. Katanga: les enjeux sont énormes 8.1 Kasenga: la porte ouverte sur Lubumbashi 8.2 Des tirs croisés sur Lubumbashi 8.3 Lubumbashi: la guerre avant les combats 8.4 Le jour approche 8.5 Kipushi : des vélos font le taxi 9. Kinshasa: la diplomatie fait la guerre Déclaration de prise du pouvoir
TROISIÈME PARTIE: Et demain, le Congo?

87 90 92 97 101 111 118 149 155

157

PRÉFACE

Il est heureux que l'ouvrage de Crispin Bakatuseka inaugure cette collection, car cet intellectuel est représentatif de la nouvelle génération sur laquelle repose largement la définition du projet social congolais au prochain siècle. Bakatuseka est un universitaire, et pourtant largement autodidacte, qui exerce pour vivre de nombreuses professions, presque toutes informelles; sa vie et la carrière professionnelle qu'il mène sont intimement liées à l'avenir de sa région et de son pays. Contrairement aux intellectuels de la Seconde République, il n'appartient plus à ce groupe qui pouvait encore compter sur l'exil si la situation devenait intenable et la vie menacée. Il n'a aucun diplôme étranger et aucun capital symbolique international. Pour le meilleur et pour le pire, Bakatuseka partage le présent et l'avenir des siens. Il serait excessif de l'attribuer uniquement à cette raison, mais l'épistémologie que sa réflexion partage avec d'autres textes congolais qui paraîtront très prochainement dans cette collection, tient compte de la réception du public qui se situe désormais à l'intérieur du pays. Contrairement à la littérature et à la science sociale internationales publiées depuis 1960 en français, par des Congolais vivant soit au pays, soit dans la diaspora, c'est sa pertinence à l'égard de l'expérience du présent qui est visée. L'on n'est plus préoccupé par l'authenticité du texte attestée par l'origine culturelle de son auteur que scrutait la critique occidentale. Pour cette raison, il est important que ce livre soit d'abord paru à compte d'auteur au Congo. Il partage ainsi, avec tout un mouvement d'écriture et d'édition qu'il faut qualifier, faute de meilleur terme, de " littérature de marché", la précarité et l'urgence d'un artefact culturel qui ne peut circuler que comme produit de consommation. Comme au Nigeria, et en dépit de la destruction presque totale de l'industrie congolaise du livre, des centaines de textes polycopiés, photocopiés, etc., 9

traitant de sujets divers, sont produits et exposés sur les principaux marchés des grandes villes, et surtout à Kinshasa. Il faut se garder de rejeter cette production sous prétexte qu'elle est l'œuvre de mégalomanes. Il y a de tout, et la misère de l'intellectuel congolais devenu synonyme de mendiant en est une des raisons; mais ce mouvement n'aurait pas été possible sans une appropriation populaire urbaine de l'écrit comme moyen de communication. Les travaux d'un certain nombre d'intellectuels universitaires, tel Bakatuseka, n'appartiennent pas directement à cette catégorie. Ils sortent de l'imprimerie et sont vendus en librairie. Ils s'adressent à un public éduqué, habituellement de niveau universitaire. Il y a cependant un rapprochement entre

ces deux mouvements,le signe que l'écrit -

tant en français

que dans les langues" nationales" (le ciluba, le kikongo, le lingala et le swahili sont des langues régionales auxquelles on reconnaît habituellement le statut de langues nationales par rapport au français, langue étrangère) - n'est plus exclusivement réservé à ceux qui connaissent le français. S'il en est ainsi, c'est en partie parce que plus personne" ne mange le français" et que, pour" manger ", il faut rencontrer ses semblables sur le terrain de l'informel. C'est aussi parce qu'à l'échelle locale le politique n'appartient plus exclusivement à ceux qui parlent français. La libéralisation récente et toujours précaire de la presse - une presse dont les conditions de production et de réception font qu'elle demeure proche de la rumeur écrite - contribue largement à cette domestication de l'écrit, jadis le domaine réservé de la "modernité" coloniale, puis paradoxalement de l'" authenticité" mobutiste. C'est dans ce double cadre, des conditions existentielles des intellectuels d'une part et du changement du public-cible d'autre part, qu'il faut situer l'épistémologie du savoir produit actuellement par Bakatuseka et ses confrères. À ce propos, une dernière remarque importante s'impose. Il y a un quart de siècle, la narration en tant que cadre de mise en forme, donc l'esthétique, et celui de mise en sens social et politique, donc l'éthique, n'organisait la vision du monde et du soi que pour un petit groupe de Congolais éduqués au moins 10

au niveau secondaire. Actuellement, la narration présente le modèle urbain dominant de représentation du soi. Au cours des années 1980 et 1990, divers mouvements chrétiens tant spirituels que sociaux (Églises indépendantes, groupes de prière, etc.) ont libéralisé (au sens propre de ce terme) le religieux. On ne compte plus les Églises qui naissent et qui disparaissent tous les jours autant parce que les fidèles ne cessent de négocier leur adhésion que parce que des leaders! entrepreneurs cherchent à rendre leur produit compétitif. La fidélité à l'esprit du message chrétien, c'est la référence fondamentale, par opposition à la grande liberté à l'égard de la forme historique de l'Église. Presque tous ces mouvements partagent un outil de communication et de construction de soi: le témoignage. Ainsi, la narration d'une expérience (habituellement, on témoigne de la grâce reçue afin d'en remercier le Divin et d'édifier les siens) se trouve profondément intégrée au quotidien. Il ne faut donc pas s'étonner que la narration d'une ou des expériences occupe une place centrale dans la nouvelle construction du savoir social. Le livre de Crispin Bakatuseka est à cet égard exemplaire. Tout d'abord l'auteur témoigne lui-même de ce qui est arrivé et relaie d'autres témoignages afin que l'expérience locale soit partagée et valorisée. Ensuite, en tant qu'intellectuel, il s'efforce de situer ces expériences dans un cadre plus large (la référence est nationale mais l'information effectue le passage par le global d'où vient l'information médiatique estimée fiable, comme la télévision du canal francophone, le réseau CNN ou encore la grande presse occidentale). Comme il le dit lui-même, Bakatuseka souhaite autant produire des faits afin de conserver pour la postérité ce qui est effectivement advenu (s'efforçant par exemple de recenser les victimes et de s'assurer de leur identité), que de transmettre ce que les témoins ont estimé être la mémoire pertinente de leur expérience. Contrairement aux postmodernes en Occident, il n'abandonne pas la prétention à " dire vrai ", un vrai universel. Il en fait le cadre qui lui permet de donner un sens humain aux mémoires particulières, de mettre au présent l'expérience d'un passé. Le global et l'universel, auxquels il 11

se réfère, lui pennettent de réclamer la reconnaissance de la dignité, autant la sienne propre, à titre de producteur d'un savoir, que celle de ses concitoyens pour la simple et fondamentale raison qu'ils sont tous des humains partageant le destin de notre planète. Il y a dans ce livre, écrit presque au rythme des pas des très jeunes soldats de l'AFDL, les kadogos, l'urgence et l'espoir d'être enfin, après des années de souffrance, touché par la grâce. La libération de Lubumbashi, celle du Congo entier ont ainsi été vécues. L'accent mis sur les kadogos aussi bien par la population que par Kabila lui-même, qui, après Kisangani (mais il contrôlait alors peu ou prou les opérations militaires), faisait " libérer" les villes par ces enfants, exprime la perception de la chute de la Seconde République comme la sortie d'Égypte. Les innocents, ceux qui n'ont pas connu le mobutisme comme acteurs sociaux autonomes, n'ont pas été contaminés, et Kabila est ce Moïse particulier. Contrairement au Moïse biblique, et bien que de la même génération que Mobutu, il est venu d'ailleurs et n'a jamais festoyé à la table du pharaon Mobutu. Pour atteindre la terre promise, il ne faudrait plus aux Congolais attendre quarante ans, attendre que meurent tous ceux qui sont nés dans l'esclavage mobutiste et en sont contaminés, afin de trouver la terre promise du " vrai" Congo. Les innocents en soldats et le leader en un Lumumba réincarné autorisent le miracle à condition que le peuple se purifie. Ainsi s'expliquent les étranges rituels et leur acceptation populaire initiale. La flagellation publique administrée par les kadogos à tout contrevenant aux bonnes mœurs et à la morale publique devait restaurer le monde juste. La gravité de la faute était moins importante que l'âge du fautif qui, en fait, détenninait le nombre de coups de fouet qu'on lui administrait. Dans une société saine, l'âge et la sagesse vont de pair. Bakatuseka a écrit son livre et l'a mis à la disposition du public de Lubumbashi dans ce climat, dissipé depuis lors, de " grâce" politique qui nimbait le Congo. Il ne faudrait pas l'oublier. Bogumil Jewsiewicki CELAT, Université Laval, Québec 12

AVANT-PROPOS

Je suis heureux de présenter au public ce fatras de récits, de témoignages et de rumeurs qui expliquent le déroulement de la libération du Congo par les forces combattantes de l'Alliance des Forces Démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL). Mon souci n'est pas de fournir une information scientifique fouillée et critiquée. Je m'impose toutefois des limites dans l'objectivité des faits, cherchant à satisfaire le besoin collectif d'un peuple à un moment de son histoire. C'est pourquoi, j'ai évité de rendre mon récit élitiste, réservé à la seule catégorie d'intellectuels par la subdivision du travail qui aurait consisté à séparer l'appréciation des faits de leur présentation narrative. De cette façon, tout lecteur saura de lui-même situer dans leur contexte politique ou social les témoignages de ce livre. Les conditions de travail ont été les plus difficiles. Les témoins ont été réticents du fait de la fraîcheur des événements. D'autres n'ont même pas voulu m'accorder une seule parole malgré leur bonne position à m'éclairer sur tel ou tel aspect des faits. La somme des témoignages récoltés ici constitue ainsi une source de première main. Tout peut être modifié, corrigé et clairement porté au public selon les nécessités de l'histoire. J'ai cherché à exprimer l'émotion, la passion, voire le défoulement d'un peuple longtemps enchaîné, commentant sa propre vie comme un bon élève qui, après avoir brillamment passé son examen, attend de recevoir son diplôme. Pendant ce temps d'attente, on se raconte n'importe quoi, on se rappelle ses vieilles gloires; on se moque du professeur qui aurait tenté de nuire à tel ou tel condisciple. C'est ça. Ce livre est la saisie de ce moment délicieux que vivent les jeunes dames primipares au seul constat d'arrêt des menstrues. Je vais faire revivre les faits sans prétention aucune d'en épuiser les moindres détails. Mais pour rendre leur clarté aux faits, je procéderai à un petit feed-back en replaçant la lutte de libération dans le cadre général de 1'histoire du Congo sous son aspect militaire, politique et social. Ici, 13

l'analyse portera sur les causes d'un conflit flou à ses débuts, mais clair dans son dénouement. Je parlerai également des étapes (pas toutes) de cette guerre qui, à mon avis, a réhabilité la dignité de tous ceux qui ont sacrifié leur vie afin de voir le Congolais vivre réellement et décemment son indépendance. Une guerre couronnée par l'abdication de Mobutu le vendredi 16 mai 1997 et la déclaration de prise de pouvoir par l' AFDL le samedi 17 mai 1997, devenu une date historique que l' AFDL, sous l'égide de Laurent-Désiré Kabila, devrait désormais commémorer sous le signe de pensée pieuse aux martyrs de la libération. Simple reportage d'un journaliste, ce livre ne défend aucune idéologie politique. Il n'est pas une diabolisation de Mobutu ni une apologie de l' AFDL. Il relate les faits sans état d'âme. Je remercie tous ceux qui m'ont aidé à finaliser ce projet. Je pense aussi à ces hommes et ces femmes de bonne foi, Duk Mukenge Lusombi, directeur de la publication du journal Le communicateur, Dieudonné Mwamba Kasongo, rédacteur en chef du journal L 'Humanité, Maître Monga Mutoke, président de l'Alliance Française de Lubumbashi et avocat près la cour d'Appel, Monique Luhabanga, agent Trésorerie de la Gécamines. Je remercie certains d'avoir lu et corrigé le manuscrit. Je salue la générosité des autres pour m'avoir soutenu matériellement lors de la rédaction de cet ouvrage. Que mon ami Christophe Kakoma trouve ici l'expression de ma reconnaissance. Je suis également reconnaissant envers tous mes informateurs. À toute ma chère famille, je dis merci pour l'attention particulière à mes travaux. Je ne saurais oublier M. Koundouris de Hyper-Psaro, M. Dinganga de la National Development Bank et la famille de mon ami et frère IIunga Mwepu pour leur apport symbolique très significatif. Que le professeur Dibwe Dia Mwembu, trouve à travers ce livre ma profonde gratitude pour tout ce qu'il a fait pour moi. Crispin Bakatuseka

14

INTRODUCTION: LAURENT-DÉSIRÉ KABILA : LE NOUVEL HOMME FORT DU CONGO-KINSHASA

Laurent-Désiré Kabila compte parmi les politiciens qui ont fait l'histoire du Congo-Kinshasa. Né à Jadotville, actuellement Likasi, en 1939, Mzee Kabila est originaire de Ankoro, dans l'ancienne province du Nord-Katanga. Après ses études secondaires, il figure parmi les rares Congolais qui séjournent à Paris dans les années 1960. Il y rentre plus tard pour décrocher sa licence de philosophie. Il se trouve dans son Katanga natal quand Moïse Tshombé, sous l'instigation des Belges, déclenche la sécession katangaise. Nationaliste de par ses convictions politiques, Laurent Kabila engagera d'août 1960 à finjanvier 1961, la lutte contre la gendarmerie katangaise de Moïse Tshombé en tant que colonel de la Jeubakat (Jeunesse Baluba du Katanga). Encore jeune - il n'a que 22 ans -, il rejoint le gouvernement de Manono, d'obédience lumumbiste, opposé à toute scission du Congo, et devient président général de la Jeubakat. Cette lutte constitue le premier risque mortel que Laurent-Désiré Kabila encourt au nom de ses convictions nationalistes, car la Jeubakat qu'il dirige combat avec les moyens du bord une gendarmerie relativement bien armée. Pendant ce temps, Désiré Kabila inscrira son nom sur la liste des grands combattants de la liberté. Grâce à ce statut, il recevra plus tard la visite du grand révolutionnaire sud-américain, Ernesto Che Guevara, venu renforcer le maquis au Congo en juillet 1965. Le maquis est dirigé par les lumumbistes qui ont proclamé l'autonomie de la Province orientale. Pierre Mulele en est le chef de file, sous la protection politique de Christophe Gbenye.

INTRODUCTION

De 1961 à 1962, Laurent-Désiré Kabila est étudiant à l'Université de Belgrade. Il revient au pays où il occupe la fonction de chef de cabinet à l'Information dans le gouvernement de fait du Nord-Katanga dirigé par Jason Sendwe (octobre 1962). Il est élu conseiller suppléant à l'Assemblée provinciale fin novembre 1962. Début novembre 1963, il rejoint Brazzaville. Désormais, le combattant et président de la Jeubakat porte l'étiquette de politicien. Au début de 1964, il arrive à Kigoma par Dar-es-Salaam. Aussitôt après, Christophe Gbenye l'envoie à Bujumbura en même temps que Soumialot. Il est déjà, à ce moment, secrétaire général aux Affaires sociales, jeunesse et sports du Conseil national de libération (CNL) de Christophe Gbenye. Il revient à Albertville (Kalemie) en février 1964 et devient, au mois d'avril de la même année, chef de cabinet du ministre de l'Information. En mai 1964, LaurentDésiré Kabila organise la résistance contre le gouvernement central du Congo. Il rentre à Kalemie vers la fin juin 1964 avec l'Armée populaire de libération (APL). Le 21 juillet 1964, il est nommé vice-président chargé des Relations et du commerce extérieurs dans le gouvernement provisoire du CNL, section de l'est du Congo. D'août à novembre 1964, Laurent-Désiré Kabila séjourne à Nairobi, Dar-es-Salaam et Paris. Il côtoie de grands penseurs politiques comme Julius Nyerere. Il entretient désormais de très bonnes relations avec la plupart des pays à l'est du Congo, où il est secrétaire d'état aux Affaires étrangères du CNL et ministre plénipotentiaire en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda. Deuxième vice-président du Conseil suprême de la révolution en 1965, il rentre à Dar-es-Salaam en mai de la même année. Il commande de Kigoma la zone opérationnelle du Kivu et du Katanga en septembre 1965. Moïse Tshombé, élu premier ministre en remplacement de Adoula, fait appel aux mercenaires qui viennent enfin à bout de la rébellion lumumbiste. Les chefs de la rébellion se réunissent dans la plaine de la Ruzizi (c'est de cette plaine qu'a commencé le processus de libération du Congo en octobre 1996) au début de décembre 1965. Cette réunion à laquelle participe LaurentDésiré Kabila semble être un constat d'échec sur le terrain et la prise des décisions pour une réorganisation de la lutte. 16

La

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libération

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de Lubumbashi

En effet, dans un documentpublié en 1995à partir des notes de maquis d'Ernesto Che Guevara, révolutionnaire sudaméricain et compagnon de lutte de Kabila, les auteurs révèlent que le séjour du " Che" au Congo fut décevant. Pour lui, les combattants congolais s'étaient montrés peu motivés par 1'" exemplarité de leur lutte anti-impérialiste ". Dans ses carnets, le" Che" déplore la pénurie d'armes et d'équipements ainsi que, plus grave, la paresse et l'ivrognerie des guérilleros. Malgré cette déception sur le champ de bataille, Che Guevara est le seul à croire à la révolution en terre africaine. Laurent-Désiré Kabila est, à ses yeux, un véritable révolutionnaire, un dirigeant national aux qualités de chef. Ernesto écrit ceci à propos de Kabila : " À supposer que l'on me demande s'il existe une figure que je considère capable d'être un dirigeant national, je ne pourrais pas répondre affirmativement... Le seul homme qui ait d'authentiques qualités d'un dirigeant de masses me semble être Kabila. Pour moi, un révolutionnaire véritable, s'il n'a pas certaines qualités de chef, ne peut diriger une révolution, mais un homme qui a des qualités de dirigeant ne peut, par ce seul mérite, mener une révolution à bien. Il faut encore qu'il ait le sérieux révolutionnaire, une idéologie qui guide son action, un esprit de sacrifice qui accompagne ses objectifs ". Kabila a réuni toutes ces qualités. En son temps, Ernesto Che Guevara avait peur de voir Laurent-Désiré Kabila être englouti par sa jeunesse. Et le " Che" de mal prophétiser: " Jusqu'à maintenant, Kabila n'a pas fait la preuve qu'il possède quoi que ce soit de ce genre. Il est jeune et il peut changer, mais je tiens à laisser dans un écrit qui verra la lumière dans bien des années, le témoignage de mes doutes très forts sur sa capacité de surmonter ses défauts. " Dans la forêt bolivienne où il repose, le " Che" sourit aujourd'hui et, clignant son œil perçant de grand maquisard, il murmure: " Certes, 1'habit ne fait pas le moine. "Laurent-Désiré Kabila, à la faveur de l'âge, s'est assagi. Il fait finalement figure d'un véritable dirigeant national. Après l'échec de la première révolution, Laurent-Désiré Kabila se réfugie à Nairobi enjanvier 1966. Mobutu a déjà fait 17