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La Louisiane française dans l'impasse

De
318 pages
Les Français s'installent définitivement en Louisiane à partir de 1699. Vu l'état de sa trésorerie et ne pouvant trouver dans la colonie un intérêt immédiat, Louis XIV concède en 1712 le monopole du commerce de la Louisiane à Antoine Crozat. Il renonce à son entreprise début 1717. La Compagnie d'Occident, qui deviendra deux ans plus tard la Compagnie des Indes, doit désormais exercer le monopole du commerce de la Louisiane. Mais insatisfaite des résultats obtenus, elle la rétrocède à la monarchie en 1731... Que devient alors la Louisiane ? Est-elle dans l'impasse ?
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La Louisiane française dans l'impasse
1731-1743

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-05111-9 EAN : 9782296051119

Khalil Saadani

La Louisiane française dans l'impasse
1731 - 1743

Préface de

Jean Heffer

L'Harmattan

PREFACE
a Louisiane, cet immense territoire qui correspond aujourd'hui au centre des Etats-Unis, entre les Appalaches et les Montagnes Rocheuses, n'a guère eu pendant longtemps la faveur des historiens, bien qu'elle représentât la plus vaste expansion du premier empire colonial français. Il est vrai que la domination de la métropole y était plus nominale que réelle et que la vente expéditive par Napoléon Bonaparte en 1803 des plaines situées à l'ouest du Mississippi qu'il venait juste de récupérer sur les Espagnols, témoignait du manque d'intérêt de la France pour l'espace nord-américain. Et pourtant le legs français n'est pas négligeable. Jusqu'au milieu du XIXème siècle, comme l'a montré Marjorie Bourdelais, La Nouvelle-Orléans est restée une ville majoritairement francophone; aujourd'hui encore, le pays cajun garde des traces bien vivantes de sa culture créole. On doit à Marcel Giraud, professeur au Collège de France, d'avoir revivifié les études historiques sur la Louisiane française. Les quatre premiers volumes de son Histoire, parus de 1953 à 1974, couvraient les vingt cinq premières années de l'aventure française dans le bassin du Mississippi (1698-1723) ; le cinquième, publié uniquement en anglais en 1991, s'arrête en 1731, au moment où la Compagnie des Indes qui exploitait la colonie, la rétrocède à la monarchie. C'est ici que Monsieur Khalil Saadani, enseignant à l'Université Hassan II Mohammedia, prend le relais. Il comble une lacune qui aurait été d'autant plus regrettable que Marcel Giraud avait jeté les bases d'une analyse dénuée des préjugés idéologiques qui ont trop souvent coloré les ouvrages publiés par les historiens louisianais. Et il le fait avec talent. Comme l'indique le titre, les années 1731-1743 qui marquent le retour de l'autorité directe royale et correspondent approximativement avec le gouvernorat de Bienville, laissent la colonie «dans l'impasse ». En s'appuyant sur une lecture minutieuse et critique des archives, Khalil Saadani démonte les composantes de l'insuccès français, d'où l'on peut déduire en creux les conditions qu'il aurait fallu réunir pour que le bassin du Mississippi devienne un espace francophone, à défaut de relever de la souveraineté française. Il aurait fallu d'abord mettre en œuvre une politique d'immigration permettant la transplantation outre-Atlantique de nombreux métropolitains, à l'image de ce que le Royaume-Uni a réussi à faire dans ses treize colonies; la France du XVIIIème siècle avait assez de population excédentaire pour entreprendre un tel effort. Mais pour ce faire, il 5

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aurait fallu compter moins sur l'Etat et laisser plus d'initiatives au secteur privé, ce qui suppose un changement de mentalités et d'institutions. Des Français plus nombreux et plus riches auraient pu soumettre les tribus indiennes au lieu de devoir négocier leur appui ou de peiner à les combattre, comme les Chicachas en 1736 et 1740. Ils auraient pu résister plus facilement à la pénétration des commerçants britanniques. L'effort militaire en aurait été plus aisé. Les conflits de personnes au sein de l'administration locale et les complexités de l'organigramme du pouvoir ne semblent pas constituer un handicap majeur, car on retrouve des situations identiques dans les treize colonies anglaises, sans que cela ait nui beaucoup à leur développement. A l'aide d'un raisonnement contre factuel de ce genre, Alfred Sauvy démontrait que si la monarchie française avait consacré à la colonisation de l'Amérique du Nord les ressources financières qu'elle a englouties dans la construction du château de Versailles, la face du monde actuel aurait pu en être changée. Mais on sait aussi que les hommes d'Etat, quelque visionnaires qu'ils soient, ne peuvent prévoir l'avenir à long terme et qu'ils ont déjà fort à faire à gérer le quotidien. Les perspectives européennes des années 1730 n'incitaient pas particulièrement la monarchie à accorder une priorité élevée à la Louisiane, frappée d'un discrédit dans l'opinion publique depuis l'éclatement de la bulle spéculative créée par le Système de Law. C'est pourquoi la Louisiane est restée «dans l'impasse» et la métropole l'a cédée sans regrets à l'Angleterre et à l'Espagne en 1763. L'analyse fouillée de Khalil Saadani met le doigt sur toutes les faiblesses françaises, tout en apportant les nuances qu'il convient, notamment sur le relatif succès des villages du Pays des Illinois qui ont fait l'objet de la thèse de Cécile Vidal. Son livre témoigne de la qualité des recherches historiques récentes sur la Louisiane coloniale. Qu'il en soit remercié.
Jean Heffer Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

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POINTS DE DEPART ors de notre première rencontre en 1986, le professeur Jean Heffer me proposa de travailler sur la Louisiane :française. Pour un chercheur marocain qui ignorait tout sur le premier Empire colonial :français c'était le début d'une belle aventure. Cette méconnaissance de ma part ne devait cependant pas étonner. C'est que, de nos jours, les Français, eux-mêmes, ont une connaissance vague de cette histoire coloniale. Ce désintérêt s'explique, aux dires de Joseph Zitomersky, l'un des grands spécialistes américains de la Louisiane française, par le fait que cet empire disparaît avant la Révolution :française; événement qui, par excellence, fonde l'histoire et l'identité nationale :françaises contemporaines. Cela explique encore pourquoi le second Empire colonial, constitué du Maghreb, de l'Afrique subsaharienne et de l'Indochine, est mieux étudié. Sous la nr République, les manuels scolaires sont peu avares de gloire coloniale; mais on évite d'étudier une présence :française en Amérique du Nord qui s'achève par un échec face aux Anglais et par la signature du traité de Paris en 1763. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec l'école des Annales, on néglige toujours I'histoire coloniale sous l'Ancien Régime. Les raisons sont idéologiques et épistémologiques. Les vents de la décolonisation soufflent et les historiens préfèrent se consacrer plutôt aux aspects économiques et sociaux souvent délaissés par l'histoire coloniale1. Et pourtant, par son nom, par ses emprunts toujours actuels aux principes du droit français, l'Etat de la Louisiane rappelle ses antécédents coloniaux - une courte histoire en tant que colonie française, qui n'a guère duré plus de six décennies et dont la première moitié a fait davantage l'objet d'attention des historiens que la seconde. Les débuts, grâce surtout à l'œuvre monumentale de Marcel Giraud, sont désormais bien connus2. Cette Grande Louisiane française, comme aime l'appeler Zitomersky, ne correspond ni au territoire cédé par Bonaparte, par traité signé à Paris en avril 1803, aux Etats-Unis pour le prix de 80 millions de :francs, ni à l'Etat actuel de la Louisiane. Elle englobe à cette époque une superficie beaucoup plus importante, allant des Grands Lacs jusqu'au golfe du Mexique et des Appalaches aux Montagnes Rocheuses. Il n'est cependant pas aisé de suivre avec 7

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La Louisiane française au XVIIIe siècle

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précision le tracé des ftontières qui demeurent fluides en raison du flottement de la cartographie de l'époque. Par ailleurs, ce flou est le ftuit d'une politique consciemment et volontairement adoptée par les puissances coloniales en Amérique du Nord qui refusent tout règlement définitif des ftontières dans l'idée de présenter éventuellement des revendications ultérieures sur d'autres territoires. Ces revendications demeurent cependant nominales, car la France ne dispose dans ce gigantesque territoire que d'une base de peuplement faible, concentrée sur le littoral et le Pays des Illinois. La Louisiane demeure en grande partie une terre indienne, malgré la disparition progressive des régions tampons indigènes. Bref, de quelque côté que ce soit, les ftontières gardent un flou, bien que l'axe central de la colonie, la vallée du Mississippi, ne fasse guère l'objet de contestations3. La Louisiane ainsi définie a fait l'objet de travaux peu nombreux. Après sa thèse monumentale, Le Métis canadien. Son rôle dans l'histoire des provinces de l'Ouest, M. Giraud s'était consacré à partir de 1945, au Collège de France, à l'histoire de la Louisiane. En cinq volumes, parus entre 1953 et 1991, il a couvert les trois premières décennies de la colonie. Son analyse se veut exhaustive et les mille neuf cents soixante-dix pages que comptent ses cinq volumes sont le fruit d'un labeur de longue haleine. Aux trois premières décennies de cette histoire (1699-1731), M. Giraud a consacré plus de quarante ans de sa vie intellectuelle. Mais si la période antérieure à 1731 a bénéficié de travaux originaux, l'époque postérieure à la rétrocession de la colonie au roi est à peine ébréchée. L'ouvrage de Villiers de Terrage, Les dernières années de Louisiane française. Le chevalier de Kerlérec d'Abbadie-Aubry Laussat ne couvre que les années 1753-1763. Quant au livre de Guy Frégault, Le Grand marquis de Vaudreuil et la Louisiane, il traite de la période postérieure à 1743. A côté de ces travaux chronologiques, existent aussi des études solides adoptant une approche thématique ou portant sur une région de la colonie comme nous verrons tout au long de cet ouvrage. Tout donc reste à faire pour les années 1731-1743 pour lesquelles nous ne disposons d'aucune synthèse récente. Cette période constitue un bloc; aussi convient-il d'adopter une approche thématique pour la traiter. Son unité réside dans le dernier gouvernorat de Bienville, bien que celui-ci n'ait été nommé gouverneur qu'en 1732 et ne soit arrivé en Louisiane qu'en 1733. Tout au long de son administration, Bienville essaye de mettre fin au conflit contre les Chicachas. Son 9

échec, du point de vue de l'administration métropolitaine, aboutit à son retrait en 1743. Il s'agit certes d'une étude située dans le court terme mais néanmoins pleine d'intérêt et énormément chargée de faits. Faire le bilan de la colonisation sédentaire de la Louisiane et dresser une vue générale de son évolution constitue le thème central de notre recherche. L'analyse consiste grosso modo en une approche socioéconomique et géopolitique, qui explore les décisions prises et les politiques poursuivies, afin de peser si elles ont joué un rôle favorable ou préjudiciable à l'élan de l'œuvre colonisatrice française dans la vallée du Mississippi. Dans la première partie nous traitons de la rétrocession de la colonie et du changement administratif qui s'ensuit. Pour mettre en œuvre sa politique coloniale, le roi doit disposer d'un organe administratif, dont le rôle est prépondérant surtout pour une colonie récemment établie et aussi lointaine. Cet élément peut être un moyen de stabilité comme il peut être une entrave à l'œuvre colonisatrice4. La deuxième partie porte sur le peuplement et la mise en valeur, sur le développement d'une société qui naît dans une zone frontière où se rencontrent Amérindiens, colons d'origines diverses et esclaves africains. Nous étudions successivement les lignes (les différentes races séparément) et les nœuds (l'analyse des contacts entre les différentes composantes de la société). Quoique certaines approches affirment qu'il convient d'établir les connections avant les objets (lignes) pour comprendre la nature des liens sociaux, nous avons adopté ici une démarche inverse, puisque ces objets aboutissent à des connections en se croisant. Après avoir traité de la société, nous décrivons la mise en valeur. Les colons parviennent-ils à assurer leur subsistance par les cultures vivrières et le troc avec les autochtones? Quels sont les résultats en matières de cultures commerciales? La pénurie du numéraire était l'un des maux chroniques de la colonie sous la régie de la Compagnie des Indes; les mesures prises par la France et les relations commerciales épisodiques avec les Espagnols peuvent-elles y remédier? Aux yeux de la monarchie, la Louisiane ne constitue qu'une colonie périphérique par comparaison avec le riche domaine des Antilles. Aussi les colons, délaissés par la métropole, doivent-ils compter sur eux même pour survivre; il leur faut créer un réseau d'échanges locaux où colons, esclaves africains et Amérindiens ont chacun un rôle à jouer. La réussite pour certains acteurs politiques et 10

économiques en France, c'est de tirer un profit immédiat de la colonie; pour les colons c'est de survivre, de s'adapter à la vie rude de cette frontière. Ainsi, lorsqu'on parle de réussite ou d'échec de la mise en valeur, il faut préciser de quelle entité sociale il s'agit. Dans la troisième partie, la Louisiane est étudiée dans sa dimension géopolitique. Exploration et colonisation vont de pair. L'exploration cherche à découvrir des territoires vierges et inconnus des Européens pour s'en emparer avant les autres puissances coloniales. Elle ne cesse pas après la Rétrocession. Certes, il faut explorer pour endiguer la gourmandise anglaise, voire espagnole! Mais il faut aussi protéger l'acquis, c'est-à-dire les territoires déjà colonisés, car la colonie est peuplée de tribus amérindiennes avec qui il faut compter, et menacée par les Anglais ainsi que, de façon moins dangereuse, par les Espagnols. C'est pourquoi il convient d'analyser les moyens mis à la disposition de la Louisiane pour contrecarrer cette menace à savoir la diplomatie (politique commerciale et arme religieuse; quant aux présents ils feront l'objet d'un autre ouvrage) et la contrainte (force militaire et fortifications). Enfin on dresse le bilan de cette politique. Après avoir souligné les axes que cette recherche explore, il est bon de mentionner ce qu'elle ne prétend pas étudier. Il ne s'agit pas en effet d'une étude sur les muets de j'histoire. Beaucoup d'historiens, inspirés par l 'histoire à l'envers, ont tendance à privilégier les Amérindiens ou les esclaves africains. Faire le bilan de la colonisation est, à nos yeux, une analyse globale de la colonie. Dans ce tableau apparaissent colons, esclaves africains et Amérindiens. Il importe de rappeler que traiter de la colonisation n'équivaut pas à une histoire eurocentriste. L'étude de la colonisation, du moins celle que j'entends faire, n'est pas nécessairement liée à cette vision qui veut que l'Europe soit la référence par rapport à laquelle s'ordonne l'histoire de l'humanité. Il est possible de partir d'une anaJyse 10caJe et celle-ci n'a rien à voir avec l'eurocentrisme. De plus, traiter de la colonisation ne signifie pas qu'il n'existe aucune histoire particulière pour les Amérindiens ou les esclaves africains, bien au contraire. Les thèmes diffèrent et nous ne pouvons les traiter simultanément sans risquer de perdre le fil conducteur. Ajoutons à cela que l'hégémonie européenne Ce qui veut dire que sociétés ont leur propre cette histoire à l'envers est née à la fin de et au début des mouvements de décolonisation. l'Occident a pris conscience que les autres histoire dans un contexte politique, et c'est là II

le vrai danger qui pourrait guetter cette histoire vue d'en bas. Il faut rappeler, en reprenant les propos de Pierre Bourdieu que «le progrès de la connaissance, dans le cas de la science, suppose un progrès dans la connaissance des conditions de la connaissance; c'est pourquoi il exige des retours obstinés aux mêmes objets..., qui sont autant d'occasions d'objectiver plus complètement le rapport objectif et subjectif à l'objet »5. Ainsi certains travaux sur les muets de l'histoire doivent beaucoup au contexte émotionnel dans lequel ils ont été écrits et qui révèlent une prise de position, alors que l'étude historique exige un certain détachement entre l'historien et son objet, pour qu'il n'y ait pas de déviation dans l'analyse. Les bons sentiments risquent de faire de la mauvaise histoire; et ce qui est évident aujourd'hui risque d'être impensable à une autre époque.
Remerciements: Jc ticns à présenter mes remerciements à Jean Heffer pour avoir suivi attentivement mon travail qui lui doit beaucoup. De même j'cxprime ma gratitude pour scs conscils à Joseph Zitomersky. Ce travail a aussi bénéficié des lectures critiques du regretté Bernard Lepetit, Philippe Haudrère et Jacques Portes. Cécile Vidal m'avait procuré plusieurs photocopies de livres et articles non disponibles en France. Je remercie aussi archivistes et bibliothécaires des Archives Nationales et de la Bibliothèque Nationale. Au Centre d'Etudes Nord-Américaines, j'ai trouvé toutes les facilités du travail auprès de la secrétaire Mme Caroline Beraud-KauftiTIan. A des moments difficiles lors de mon séjour à Paris, j'ai bénéficié de l'aide de M. et Mme Rajab et de M. et Mme Mekideche. Enfin au Maroc ma famille m'a apporté tout son appui pour achever la rédaction de ma thèse. Au département d'Histoire de la Faculté des Lettres ct des Sciences Humaines de Rabat, Ahmed Taoufiq, Brahim Boutaleb et surtout Abdclmajid Kaddouri m'ont encouragé de continuer de travailler sur l'histoire de l'Amériquc du Nord qui demeure un parent pauvre au sein des universités marocaines. Les cartes ont été établies par Othman Saadani. Ce travail je le dédie à la mémoire de Marcel Giraud (1900-1993) qui malgré son âge avait répondu à mes lettres et ne m'avait pas ménagé ses conseils.

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PREMIERE PARTIE RETROCESSION ET CHANGEMENT ADMIMINISTTRATIF

CHAPITRE PREMIER MOTIFS ET MODALITES DE LA RETROCESSION ourquoi la Compagnie des Indes se désiste-t-elle de la colonie et pourquoi la monarchie la reprend-t-elIe en main? Voici les deux questions fondamentales que pose le statut de la Louisiane vers 1730. A la première, il existe deux éléments de réponse. D'un côté, l'état de la colonie d'où la Compagnie ne peut tirer un profit lucratif immédiat, surtout après la révolte des Natchez; or la Compagnie des Indes est une entreprise commerciale; à ses yeux, la colonie est une source de profit, le bien-être des habitants ne tient qu'une place marginale dans sa politique. De l'autre la situation où se trouve la Compagnie, plongée dans des difficultés financières et désireuse de se débarrasser des secteurs commerciaux déficitaires. La seconde question trouve sa réponse dans les intérêts géopolitiques que la France nourrit en Louisiane. L'ETAT DE LA COLONIE A VANT LA RETROCESSION La révolte des Natchez Le secteur des Natchez constitue une région fort propice à la colonisation. La population s'élève d'après Diron d'Artaguiette, en 1729, à plus de 400 colons européens et 280 africains noirs!. Se basant sur les estimations de Bénard de La Harpe qui évalue le nombre des guerriers à 1 200 en I 700, celles d'Iberville, premier gouverneur de la colonie, à 1 500 guerriers en 1686-1689, Mooney estime que l'effectif des Natchez s'élève à 4 500 personnes. Swanton, lui parle, de 3 500 Natchez pour 16982. Ainsi les colons sont-ils très minoritaires dans la région. Le premier contact entre Français et Natchez a été amical. Iberville reçoit le calumet de la paix. Ces bonnes relations dégénèrent après la cession de la colonie à Crozat. En 1713, La Mothe Cadillac est nommé gouverneur de la Louisiane. Son arrogance vis-à-vis des Natchez, son refus de fumer le calumet que ces Amérindiens interprètent comme un signe de guerre, son irrespect à l'égard du Grand Soleil, quand on connaît la vénération dont bénéficie ce dernier dans sa tribu, aboutissent à l'assassinat, en 1714, de quatre Canadiens et au déclenchement des hostilités auxquelles BienvilIe, commandant 15

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général de la colonie, parvient à mettre un terme. Entre 1722 et 1723 se déclenchent encore des conflits entre Français et Natchez; mais il ne s'agit que d'escarmouches. La paix est rétablie en novembre 1723 grâce à Bienville3. La Compagnie des Indes envenime la situation en délaissant les Natchez, en refusant d'établir avec eux un troc qui leur serait avantageux. En outre, l'arrivée, en 1723, de Périer, nouveau commandant de la Louisiane, aboutit à l'abandon de la politique «indigène» de Bienville. Périer, dépourvu de toute expérience de vie coloniale, nomme, en 1728, un commandant despotique et ivrogne dans le poste des Natchez. Cet officier nommé Detchéparre, entouré d'une administration embryonnaire, se comporte en maître absolu. Sa tyrannie et sa myopie vont jusqu'à vouloir usurper un lot de terre appartenant au chef du grand village La Pomme en menaçant de détruire le village si le chef s'y oppose. Les Natchez réagissent violemment et le massacre commence le 28 novembre 1729. Diron d'Artaguiette, lieutenant du ray à La Mobile, estime le nombre des morts à 200 hommes, y compris les soldats; 80 femmes et 150 esclaves africains sont pris par les Natchez. Le curé jésuite du poste des Natchez, le père Philibert, parle du massacre de 129 hommes et de 90 femmes et enfants. Les Tioux et les Yazous participent à la guerre, ils tuent quelques-uns des 30 hommes qui parviennent à fuir, et en décembre 1729 les Yazous à leur tour, attaquent le Fort de Saint-Pierre4. L'année suivante, les Français appuyés par les Chactas, réagissent. Le contingent commandé par Louboey assiège, durant un mois, le village des Natchez. Ces derniers rendent les prisonniers, mais parviennent à s'échapper. Cent cinquante soldats arrivent en renfort de la métropole. A vec l'aide des alliés amérindiens, Périer peut alors investir le dernier repaire des Natchez en janvier 1731. La campagne se réduit à des escarmouches. Se rendent une cinquantaine de guerriers et 450 femmes natchez. Ils seront envoyés, comme esclaves, à SaintDomingue. Mais la victoire n'est pas totale car d'autres Natchez trouvent refuge chez les Chicachas. Ils attaquent en octobre 1731 le Fort de Jean-Baptiste des Natchitoches où ils sont défaits5. La menace demeure présente au moment de la Rétrocession. Suite à ce conflit et vu ses répercussions sur l'état de la colonie, la Compagnie des Indes décide de se retirer du continent nord-américain. Déjà avant la révolte, 16

un mémoire de 1729, insistait sur la nécessité de se débarrasser d'une colonie qui n'était plus rentable.
La Louisiane, une colonie peu rentable

En effet, ce que cherche la Compagnie, ce sont des opérations commerciales lucratives. Or la Louisiane, dépourvue d'une assise démographique importante, a du mal à assurer des retours substantiels à la métropole. La Compagnie est donc décidée à imposer un programme économique rigoureux surtout dans les secteurs improductifs (domaine militaire). La colonie ne reçoit entre 1723 et 1731 que 2 800 à 2 900 esclaves noirs, soit en moyenne 350 par an, peu de choses vu sa taille et ce que reçoivent au même moment les Antilles françaises. Mais, du fait de la pénurie de numéraire, les colons ne peuvent acquérir des esclaves et seuls les colons riches peuvent en acheter. Avec cette main d'œuvre, bien que réduite, les cultures vivrières connaissent un certain progrès. Le riz peut même faire parfois l'objet d'une exportation vers la métropole. Mais c'est vers les cultures commerciales que la Compagnie tourne de préférence ses yeux. Au moment de la Rétrocession on signale seulement quelques essais sans grande importance des cultures de la soie, du coton, du lin, du chanvre et de l'indigo. La culture du tabac était, en théorie, destinée à un avenir plus sûr. En effet, en mars 1723, la Compagnie reprend en main la ferme du tabac, y compris le privilège exclusif de la vente en France. Mais là aussi les difficultés s'accumulent (pénurie de main-d'œuvre, d'autant plus que la population se concentre à La Nouvelle-Orléans et au poste de La Mobile alors que les principales terres de tabac se situent dans le pays des Natchez; problème des frais de transport du lieu de production à La Nouvelle-Orléans; la question de l'emballage; les retards dans l'expédition causent des avaries). Le bilan est, en somme, décevant; il incite la Compagnie des Indes à rendre la ferme du tabac aux fermiers généraux à partir de septembre 1730. Ainsi l'espoir de fournir la métropole en quantité raisonnable de tabac et par ce biais de réduire le déficit de la balance commerciale de la France vis-à-vis de l'Angleterre, principal fournisseur, s' avère-t-il vain6. Parmi les produits que peut offrir la colonie il y a aussi le bois, essentiel pour la construction des vaisseaux royaux. La France n'en 17

produit pas assez. Les premières tentatives d'exploitation forestière donnent cependant des résultats peu satisfaisants. Le bois est beaucoup plus l'objet d'une exploitation locale que d'un commerce avec la métropole7. Dans le secteur de La Mobile, l'abondance de pins rend possible]a production du goudron, les quantités fournies augmentent cependant peu. fi en va de même du brai, qui comme le goudron, souffre de l'éloignement de La Nouvelle-Orléans, principal port de la colonie, et fait rarement l'objet d'exportations vers la . metropo Ie 8 . Au Pays des Illinois, les projets de la Compagnie s'orientent vers les mines et les fourrures. Le seul minerai qu'on parvient à extraire, c'est le plomb, une entreprise fortement perturbée par les incursions successives des Renards9. Quant aux fourrures, dont le commerce est monopolisé par les voyageurs canadiens et les coureurs de bois, elles sont plutôt expédiées vers le Canada que vers la Louisiane où l'humidité pourrait détériorer leur qualité1o. L'une des premières préoccupations de la Compagnie était l' établ issement de relations commerciales avec les colonies espagnoles. Les gouverneurs espagnols s'y opposent avec intransigeance. La Louisiane subit en outre la concurrence des Anglais pourvus depuis 1713 du privilège de l'Asiento qui leur octroie le privilège exclusif d'approvisionner en esclaves noirs les colonies espagnoles d'Amérique. Certes, il existe des transactions clandestines avec les Espagnols, dont il est difficile d'évaluer l'ampleur, mais la Louisiane ne peut tirer de bénéfices lucratifs de ces échanges épisodiques, en raison de la pénurie de vivres et de l'absence d'un . II entrepot a L a Ba IIse. Force est de constater que la colonie est alors incapable de produire des frets de retour pouvant contrebalancer les marchandises et les boissons qu'elle reçoit de la colonie. Des navires en partance sont parfois obligés de retourner sur lest (bois, terre, sable) ou s'arrêter à Saint-Domingue ou à la Martinique pour compléter leur chargement. Les cargaisons à l'exportation sont d'une valeur estimée en moyenne entre 13 000 et 20 000 livres alors qu'à l'importation elles atteignent en moyenne 120 000 livres. Le fret d'envoi et de retour d'un navire destiné à la Louisiane peut coÜter 224 000 ]ivres. La Compagnie estime, en 1730, qu'elle a dépensé durant les treize années de son monopole 20 millions de livres sans pour autant recevoir d'appui de la part de la monarchie (retard dans le paiement, de la part du roi, des
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gratifications de la rente de la Compagnie). Ainsi est-elle obligée d'adopter une politique d'économie. L'envoi des navires est irrégulier, les bateaux utilisés sont de petit tonnage et dans un mauvais état par comparaison avec ceux envoyés en fude ; ils excédent rarement 600
tonneaux12.

L'ETAT DE LA COMPAGNIE DES INDES Le fait d'abdiquer et rétrocéder la Louisiane au roi ne constitue pas un acte singulier mais s'insère dans l'ensemble de la politique de la Compagnie des fudes qui, accablée de problèmes financiers, tente de se débarrasser des secteurs commerciaux déficitaires. Pour y mieux voir il importe de revenir en arrière.
Des fonds de roulement qui font défaut

Suite à la déconfiture du Système de Law, la Compagnie est confrontée à de graves problèmes de développement de son secteur commercial. Elle ne dispose en caisse que de 6 237 000 livres d'argent comptant et d'effets exigibles, alors que son champ d'action englobe les fudes, la Chine, les Iles de Bourbon et de France, le Sénégal, la Guinée, la côte de Barbarie et les possessions de l'Amérique. Par ailleurs, ses dettes envers le public sont substantielles. Pour la sauver d'une banqueroute imminente, elle est mise, par arrêt du 7 avril 1721, sous régie. Afin de remédier au manque de fonds de roulement, elle vend ses denrées et marchandises dans les ports de Lorient, la Rochelle et même dans les ports étrangers, aux Iles, à Moka, au Sénégal et en Louisiane. Elle résilie les contrats onéreux. Ainsi parvient-elle à envoyer, en 1721, quatre bâtiments à ses comptoirs d'fude, un en Chine et onze en Louisiane; trois navires font voile pour le Sénégal. L'année suivante et celle d'après, sept navires partent, , , caque annee pour 1e s enega 113. h ' Toutefois, ces mesures sont loin de régler les difficultés financières qui assaillent la Compagnie. Les fonds de roulement font défaut. Le cours des actions fluctue fortement, ce qui engendre un mécontentement général parmi les actionnaires. Ces derniers ne dissimulent par leur amertume en voyant que le dividende par action n'est que de 100 livres en 1723. Il augmente l'année suivante à 150 livres; malgré les velléités du contrôleur, en 1724, de pousser jusqu'à 19

300 livres, le seuil de 150 livres n'est plus dépassé. Ce dividende, compte tenu des 56 000 actions existantes, constitue une charge financière de 8400000 livres. La Compagnie est alors loin d'être en mesure de supporter pareille dépense. Certes, elle dispose de la ferme de tabac, mais elle doit verser chaque année 100 000 livres aux fermiers généraux. Si elle parvient à réaliser, par la vente exclusive du tabac, un produit net de 8 400 000 livres pour l'année 1724, le bénéfice est à la baisse les années suivantes. Il est de 7 788 431 livres en 1725 et tombe au-dessous de sept millions entre 1726 et 1731, hormis l'année 1728 où la Compagnie réalise un gain de 7 125 672 livres. Il faut tenir compte en outre de la somme de trois millions ou plus que la Compagnie immobilise dans cette exploitation. Dans ce climat d'incertitude, le vent est à la spéculation à partir de 1723. Ayant besoin de capitaux, les actionnaires sont parfois astreints à vendre leurs titres à des prix peu profitables pour eux. Le privilège de la vente du café, accordé à la Compagnie par arrêt du 31 août 1723, rapporte peu. Le produit atteint seulement 182 992 livres pour l'année 1725. A partir de 1727 la Compagnie ouvre ce commerce aux négociants en contrepartie d'un droit de 20 sols par livre de café. Le produit de la redevance se situe approximativement à 1 250 livres par moisl4. D'autres moyens sont utilisés par la Compagnie pour rendre plus solide son assise financière. Le roi y contribue en lui octroyant, par arrêt du 15 février 1724, le privilège exclusif de faire des loteries. De cette façon, elle peut accorder des prêts à un taux d'intérêt de 6 %. Elle peut de même assurer une vente plus élevée en convertissant certains titres en ventes viagères ou en ventes viagères sous forme de tontine. Aux trois loteries mensuelles à partir du 20 mars 1724, qui auront d'ailleurs peu de succès, succède la loterie dite composée, portant sur 300 000 billets, payable en espèces ou en dixième d'action et ce de juin à décembre 1724. Néanmoins la loterie ne peut raffermir le cours des actions, car les billets font l'objet de spéculations et le cours des monnaies en France connaît des réductions entre février et septembre 1724. Bref, l'opération de loterie ne se solde pas par une rentrée substantielle de fonds dans les caisses de la Compagnie, ce qui explique qu'il n'y a pas de hausse du cours des actions. Aussi la Compagnie renonce-t-elle au privilège exclusif des loteries dès juillet 172515.

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Ni le privilège exclusif de la vente du tabac et du café ni le privilège de faire des loteries n'aboutissent à des rentrées immédiates susceptibles d'augmenter le fonds de roulement. La situation devient d'autant plus précaire que la monarchie met de longs délais à verser les rentes et les gratifications dont elle est redevable à la Compagnie. En 1731, les arrérages de rentes remontent à septembre 1726. La subvention pour la Louisiane est suspendue depuis Je début de 1726. Les gratifications de 13 livres par noir pour le transport des esclaves et pour les marchandises destinées aux Indes ne sont pas payées depuis 1729. L'ensemble de ]a dette s'élève peu ou prou à trois millions de livresl6. L'on voit bien que toutes les tentatives entreprises par la Compagnie pour se procurer des fonds de roulement partent à vaul'eau. Elle entend y remédier en lançant des opérations commerciales d'où elle espère tirer des profits lucratifs. Le commerce de la Compagnie subit des accrocs

Parmi les premières expéditions organisées par la Compagnie des Indes, figure celle de la mer du Sud où elle envoie, en 1720, six navires sous le commandement du capitaine Saint-Jouan Le Gobien. La Compagnie espère rapporter de l'argent du Pérou. Mais l'expédition échoue face à l'hostilité du vice-roi qui refuse aux navires français l'entrée des ports. Désormais, la monarchie espagnole, curieusement, avec l'appui du roi de France, s'oppose aux entreprises commerciales dans la mer du Sudl7. Ainsi dans le domaine du commerce extérieur, la Compagnie se heurte à une rivalité internationale impitoyable. Si l'expédition en mer du Sud provoque Je ressentiment de l'Espagne, la volonté de la Compagnie de prendre possession des esclaves, de la gomme sur la côte de Mauritanie la met en confrontation directe avec Jes Hollandais. En effet, il lui faut prendre le Fort d'Anguin, occupé alors par les négociants néerlandais. Une première expédition organisée, en 172 I, avec l'appui de la Marine royale parvient à écarter les Hollandais dudit fort. Mais après le départ de J'escadre française, les Hollandais le reprennent dès 1722. La même année, en septembre une autre escadre française croise le long des côtes de Mauritanie sans résultat. Finalement, une nouvelle expédition parvient, en février 1724, à reprendre le Fort d'Anguin. Le 13 janvier 1727 une convention est signée à La Haye entre la France et les Pays-Bas qui laisse aux Français le commerce entre Anguin et la 21

Sierra Leone, contre le versement d'une somme d'un million de livres aux Hollandaisl8. A Mahé aux Indes, Français et Anglais rivalisent pour accaparer le monopole du commerce du poivre. Les Français finissent par s'imposer. En dépit de ce succès, la longueur des traversées et l'irrégularité des retours sont toujours des handicaps pour le développement du commerce de l'Inde. Pour stimuler ce commerce il faut de l'argent. Ces fonds, les négociants et la Compagnie vont les chercher à Cadix, où le stock d'argent est alimenté par la flotte des galions de retour de la Nouvelle-Espagne. Cadix est aussi un port de relâche pour les navires de la Compagnie partant pour l'Inde. Cependant entre 1721 et 1731, les négociants français ont beaucoup de difficultés pour réaliser des transactions lucratives dans les ports ibériques. Les navires sont souvent assujettis au système de visite. La guerre qui éclate entre la France et l'Espagne en 1720 et le rapprochement hispano-britannique sont encore plus préjudiciables aux marchands ftançais et à la Compagnie, dont la création irrite les autorités espagnoles. Les armements de la Compagnie pour l'Inde se limitent à quatre par an en moyenne; quatre pour 1725 et 1727, trois pour 1726 et 1729 et cinq pour 1728. Pour la Chine un seul navire part en 1724, un autre en 1728 et trois en 1729. Les ventes réalisées par la Compagnie en Extrême Orient atteignent seulement 6 158 862 livres, mais elles augmentent en 1731 à 12 millions de livresl9. Le commerce du Sénégal et celui de la Guinée (traite des esclaves) donnent lieu à des résultats peu encourageants. D'autres établissements commerciaux dont la Compagnie détient le monopole exclusif ne donnent pas de profits importants ou sont même l'objet d'une balance commerciale déficitaire, comme les établissements de la Barbarie, du Canada et de la Louisiane20. Pour être en mesure d'armer des navires pour l'Afrique, l'Amérique et l'Asie, la Compagnie doit disposer d'une flotte importante dont la construction et l'entretien constituent une lourde charge. La flotte se monte à 69 unités en 1721, puis à partir de 1729 retombe autour de 45 unités. H. Weber donne des chiffres exagérés. Il parle de 145 navires en 1720, non compris les ftégates et les brigantins. Malgré cette flotte, la Compagnie est parfois obligée d'affréter des bâtiments privés pour ses opérations commerciales. L'importance numérique de la flotte ne doit cependant pas dissimuler sa faiblesse. Les navires sont légèrement construits et ne peuvent pas par conséquent faire de très 22

longues traversées. Entre 1721 et 1726, naufrages et avanes se multiplient. La situation s'améliore entre 1726 et 173121. Quel est le bilan, face à ces aléas, de l'ensemble des transactions commerciales effectuées par la Compagnie des Indes? Les historiens qui ont travaillé sur les sources ont été confrontés à des lacunes, étant donné qu'une grande partie des archives de la Compagnie a été détruite lors de l'incendie de 1871. Le secteur commercial, entre mai 1719 et mars 1725, ne rapporte pas de bénéfices substantiels. Le commerce de l'Inde procure un profit de 7 538 786 livres pour ces cinq années et demie (soit une moyenne de 1 370688 livres par an), celui de Moka 1 359992 livres (247 260 livres par an). Quant au commerce de Madagascar, de l'Ile de Bourbon et de l'Ile de France il se solde par une perte, pour la même période, de 1 237 000 livres22. Selon l'abbé Morellet le capital libre pour le commerce de la Compagnie des Indes atteint, en 1725, 137 201 547 livres pour remonter à 138 360 000 livres l'année suivante23. En somme, le bilan du commerce demeure instable jusqu'en 1731. Aussi la Compagnie poursuit-elle une politique de compression systématique des dépenses, surtout à partir de 1725.
La politique d'économie de la Compagnie des Indes

Après les années du Système, l'accent est mis sur l'économie. En 1724 la Compagnie ramène à la valeur en espèces monétaires les prix des fournitures dont elle a déjà passé un marché, ce qui entraîne une réduction de l'ordre de 40 %. De même, elle concentre ses activités et son armement à Lorient. Dans le même esprit, elle met beaucoup de temps avant de régler la solde des matelots, d'où la répulsion de ces derniers à s'enrôler dans sa marine24. Mais c'est sous l'administration de Philibert Orry, nanti du titre de contrôleur général des finances en mars 1730, que la politique d'économie est appliquée à grande échelle. Il réduit le nombre des actions à 2500. La ferme du tabac est reprise à partir du 5 septembre 1730, par les fermiers généraux pour huit ans, moyennant le versement de 7,5 millions de livres pour les quatre premières années et de 8 millions pour les quatre dernières années. Orry supprime les quatre commissaires de la régie et s'occupe désormais

personnellement des affaires de la Compagnie avec l'aide de deux
syndics et de six directeurs au lieu de six syndics et douze directeurs. 23

La Compagnje renonce aussi en novembre 1730 au privilège du commerce de la côte de la Barbarie qu'el1e possède depuis 1719. Un an plus tard on parle d'abandonner la Louisiane, dont la mise en valeur commence à peine et dont l'immensité du territoire constitue une source de dépenses, alors que la colonie ne rapporte pas grand chose, à l'exception d'un peu de tabac, dont la qualité laisse à désirer, du bois et de quelques fourrures25. Ainsi la Rétrocession de la colonie au roi ne constitue pas un acte isolé dans l'ensemble de la politique de la Compagnie des Indes mais s'inscrit dans un large programme de parcimonie poursuivi au terme de l'ancienne régie et appliqué d'une manière plus rationnelle par le contrôleur général des finances. Les motifs ne manquent donc pas à la Compagnie pour se débarrasser de la Louisiane. Aussi est-il curieux que la monarchie ait décidé de s'en charger, alors que la mise en valeur, trois décennies après la fondation, semble encore en être à ses premiers balbutiements. POURQUOI LA MONARCHIE REPREND-ELLE COLONIE ? EN MAIN LA

La monarchie aura beaucoup à faire Pour faire avancer l'œuvre colonisatrice en Louisiane, il reste beaucoup à faire. Pourquoi la monarchie se lance-t-el1e dans une entreprise aussi hasardeuse? En métropole, l'intérêt qui a été porté à la colonie au temps de John Law, a disparu. Elle cesse de susciter la curiosité du milieu restreint des savants et des académiciens. Le discrédit dans lequel est tombée la colonie dans l'opinion des métropolitains qui y voient un foyer de vagabonds, de criminels, de prostituées, de faux sauniers et de gens« sans aveu» ne cesse pas. Bien que l'immigration forcée ait été prohibée par l'ordre du Conseil d'Etat du 9 mai lnO, il y a encore quelques cas isolés de personnes déportées dans les mois qui suivent. L'antipathie qu'éveil1e la Louisiane explique en partie qu'il n'y ait pas d'immigration importante pendant les dernières années de la régie. A la Rétrocession, la colonie compte seulement 2 250 habitants concentrés, pour l'essentiel à La Nouvelle-Orléans, La Mobile et le secteur des IIIinois26. 24

A la Rétrocession le moral de la population est affecté par la politique de la Compagnie des Indes. Par ailleurs, la population a toujours pâti de la division régnant au sein de l'administration. Même les missionnaires se mêlent de ces heurts27. Ainsi la tâche de la monarchie consiste désormais à fournir à la colonie une assise démographique plus dense pour stimuler la mise en valeur. Elle consiste aussi à rassurer les colons sur leur avenir et à apaiser les heurts entre les dirigeants, car ceux-ci se reflètent au sein de la population. Bien qu'elle soit réduite en nombre, c'est à cette population qu'incombe la tâche d'élargir la zone de colonisation. Les sociétés de colonisation créées à l'époque de Law connaissent, sous la nouvelle régie, une vie difficile, certaines d'entre elles disparaissent. Bref, elles participent peu au progrès de l'œuvre colonisatrice. C'est plutôt une population composée d'ouvriers, d'anciens serviteurs sous contrat, d'anciens employés de la Compagnie et d'anciens officiers et soldats, qui se consacre à la mise en valeur. Certes, la Compagnie y contribue en octroyant des lots de terre aux colons à La Nouvelle-Orléans, au Détour à l'Anglais, aux Chapitoulas et au village des Allemands, et en faisant des avances d'argent. Des mesures sont prises pour protéger les terres des inondations en dressant des levées de terre et en adoptant des techniques de drainage. Mais l' œuvre demeure modeste et il reste beaucoup à faire pour la monarchie28. La Louisiane en 1731 présente encore l'image d'une colonie peu avancée. On ne saurait parler d'un développement urbain. Les colons sont disséminés dans un vaste territoire où les communications entre les différents postes posent des difficultés considérables. La vie urbaine existe seulement à La Nouvelle-Orléans et à La Mobile, de simples bourgades. Malgré ses potentialités, le Pays des Illinois ne connaît pas non plus un développement substantiel29. Si l'on excepte ces régions, les autres postes ne constituent pas des zones de colonisation proprement dites. Le pays des Natchez tombe en ruines après le soulèvement indien de 1729. Les postes des Yazous et des Arkansas sont peu peuplés. Le poste des Natchitoches, malgré son importance stratégique, n'abrite en 1729 que 100 colons et à peu près 30 esclaves noirs30. Bref, la colonie que la monarchie reprend en main se trouve dans une situation peu enviable, d'autant moins qu'elle est victime d'une sécheresse extraordinaire en 1730. C'est d'un fardeau que se 25

chargerait le roi, s'il était guidé par une vision purement mercantiliste. Que peut-il espérer tirer d'une colonie incapable de donner des profits immédiats et même de se soutenir elle-même? En fait, il a d'autres préoccupations d'essence géopolitique31.
Les intérêts géopolitiques priment

Si la monarchie n'entend pas sacrifier la Louisiane, c'est avant tout pour des raisons géopolitiques dans le cadre du conflit qui oppose la France à l'Angleterre pour la suprématie en Amérique septentrionale. La conservation de la colonie est nécessaire, d'après les contemporains, pour protéger le Canada, car si les Anglais s'emparent de la Louisiane, il leur sera facile d'encercler le Canada pour s'en emparer ultérieurement. Et par ce moyen, l'Angleterre renforcerait sa position en Europe. La paix d'Utrecht a déjà renforcé la position de cette dernière en lui permettant de s'emparer de Terre-Neuve et de l'Acadie et de devenir maîtresse du littoral atlantique alors que la France ne disposait plus que du couloir du Cap Breton pour communiquer avec l'intérieur. Ainsi la Louisiane doit constituer une sorte de barrière hermétique pour faire face aux Britanniques qui, par ailleurs, veulent établir des relations commerciales avec le NouveauMexique et éventuellement s'en emparer. De fil en aiguille, ils peuvent même menacer les îles fTançaises d'Amérique. Pour assurer la sécurité de la colonie et affTonter ces dangers, le roi ne doit pas hésiter à faire de grandes dépenses. Face aux troubles qui suivent le soulèvement des Natchez et au danger que continue de constituer cette tribu appuyée par les Chicachas, il n'a d'autres solutions que d'augmenter l'effectif des troupes et de se lancer dans un programme de fortifications, d'autant plus urgent qu'aucune, comme le souligne Périer en 1732, n'est achevée ou construite solidemene2. LES MODALITES DE LA RETROCESSION
Le désistement de la Compagnie des Indes

La Compagnie des Indes ne se fait pas d'illusions sur l'avenir peu prometteur de la colonie. Lors des délibérations du 22 janvier 1731, ses directeurs et syndics rappellent les efforts énormes déployés pour faire avancer l' œuvre colonisatrice dans la vallée du Mississippi et le 26

Pays des Illinois. Néanmoins, ils ont eu le malheur d'apprendre la révolte des Natchez dans le secteur où les cultures réussissaient le mieux. Ils estiment qu'ils ne peuvent poursuivre de grandes dépenses au préjudice des actionnaires. La Compagnie offre donc de rétrocéder au roi la Louisiane et demande de ne garder que le privilège exclusif du commerce mitigé par quelques licences accordées à des particuliers en contrepartie de l'introduction, chaque année, de 500 esclaves noirs dans la colonie33. La réponse du roi ne se fait pas attendre. Le lendemain, par arrêt du Conseil, il accepte la Rétrocession. Cet arrêt et les lettres patentes sont enregistrés au Conseil supérieur le 18 octobre 1731, après l'arrivée de La Gironde avec à son bord Edmond Salmon, le nouveau commissaire-ordonnateur. De même, le roi révoque le monopole du commerce de la Compagnie et déclare le commerce de la Louisiane libre pour tous ses sujets à partir du premier juillet 1731. En contrepartie, la Compagnie s'engage à payer une indemnité du fait de son désengagement. Elle est fixée au début, par le secrétaire de la Marine, à 3 600 000 livres mais réduite ensuite par le roi à 1 450 000 payables en dix ans. Condition acceptée34. Après la Rétrocession la Compagnie des Indes se désengage de toute activité commerciale dans la colonie. Elle aurait même arrêté le départ du Dromadaire si Maurepas ne s'y était opposes.
Apurement des comptes entre le roi et la Compagnie des Indes

Après l'enregistrement des lettres patentes et arrêts de la Rétrocession, Salmon prend possession au nom du roi de toutes les places, forts, bâtiments, artillerie et armement appartenant à la Compagnie à La Nouvelle-Orléans et à La Balise, et charge Crémont, commissaire de la Marine, et ultérieurement les gardes-magasins des autres postes, et Buchet garde-magasin des Illinois de se charger de cette possession. Mais ceci ne se fait pas sans entraves36. Deux biens immobiliers appartenant à la Compagnie des Indes font l'objet d'une mésentente entre Salmon et les agents de la Compagnie. D'abord, l'habitation située vis-à-vis de La Nouvelle-Orléans avec ses 245 esclaves noirs. La Compagnie des Indes estime qu'ils ne font pas partie du don qu'elle a fait au roi, ce que conteste Salmon37.Le second bien est une briqueterie vendue depuis le 12 mai 1731 par la Compagnie au chevalier de Morand, évaluée à 42 489 livres, dont 27

26 489 pour le prix des bâtiments et 16 000 livres pour 16 esclaves noirs. Pour sortir de l'impasse, on trouve un compromis. Le roi accepte d'acheter l'habitation pour le prix de 12000 livres et acquiert les 245 esclaves, hommes femmes ou enfants indistinctement, au prix de 700 livres la pièce. Pour Bienville et Salmon le roi est lésé dans ces affaires38. Outre ces deux biens immobiliers et propriétés meubles qui leur sont attachées, d'autres actifs appartenant à la Compagnie des Indes restent sur place. Le roi s'en porte acquéreur. La Compagnie doit, par ailleurs, faire après la Rétrocession quelques dépenses et avances d'argent dont elle demande le remboursement à la monarchie. Le tout se monte à 445 000 livres, y compris le prix de 1'habitation et de la briqueterie. Maurepas propose que cette somme soit déduite du montant que la Compagnie doit payer au roi. Proposition acceptée. Un mémoire de 1742 souligne que le roi a reçu de la Compagnie la somme de 1 004 510 livres 18 sols qui, outre les 445 489 livres 2 sols, font 1 450 000 livres. La somme nette reçue de la Compagnie des Indes est utilisée pour divers services dans la colonie ainsi que pour payer les négociants de la métropole qui ont accepté d'armer des . . Vaisseaux pour 1 co 1 a ome 39 .
Règlement des dettes entre la Compagnie des Indes et les colons

La Compagnie des Indes était débitrice envers quelques colons. Le roi ordonne à ces derniers de présenter devant Bruslé et Bru, agents de la Compagnie, les titres de créances pour qu'ils soient visés et payés par la suite4o. La question ne soulève pas de problèmes. Au contraire, lorsqu'il s'agit des sommes que les colons doivent payer à la Compagnie, surgissent beaucoup de contestations. Les habitants ont du mal à s'acquitter surtout pour deux motifs: 1- Les colons avaient la possibilité, avant la Rétrocession, de s'acquitter envers la Compagnie grâce aux billets de caisse de cette dernière. Mais sous le régime monarchique, on décide de les retirer de la colonie pour qu'ils ne fassent pas ombrage à la monnaie du roi, la seule désormais à avoir cours légal41. 2- Pis encore, dès 1732, la Compagnie refuse de recevoir, en contrepartie des dettes, du bois, des graines ou du goudron; seuls seront acceptés le tabac, l'indigo et les pelleteries. C'est dire l'impasse où se trouve le colon car ces produits n'abondent pas dans la colonie; 28

ce qui les dégoûte, d'autant plus que le roi a formellement soutenu la Compagnie en garantissant, dans l'acte de la Rétrocession, ses droits envers ses débiteurs42. Ces dettes peuvent parfois atteindre des montants substantiels; mais deux ans après la Rétrocession, rien n'est encore fixé pour les régler. L'affaire donne lieu à de nombreux litiges devant le Conseil supérieur. Les officiers du Conseil soulignent que le colon a du mal à s'acquitter et demandent à la Compagnie de réduire de moitié ses créances, ce que celle-ci refuse. De plus la Compagnie ne peut se fier aux conseillers qui sont ses grands débiteurs et qui agissent plutôt en partie intéressée qu'en juges. C'est pour cette raison qu'elle demande que Salmon soit seul autorisé à régler cette affaire. Maurepas y consent. Ce dernier reçoit les remontrances des principaux habitants dont plusieurs ont souffert de banqueroute. Il invite la Compagnie à réduire ses dettes de moitié, sinon elle sera incapable de se faire rembourser son dû. Il ajoute que plusieurs concessionnaires demandent à être indemnisés par la Compagnie car elle n'a pas exécuté les conventions établies avec eux. Néanmoins, Orry de Fulvy, directeur de la Compagnie trouve cette réduction fort préjudiciable à son entreprise mais s'engage à plaider auprès des autres directeurs la cause de cette réduction de l'ordre des 2/5 si les débiteurs s'engagent à un paiement immédiat43. Par ordonnance du 30 mars 1735, Salmon fixe le prix des marchandises et denrées qui seront désormais reçues des colons en contrepartie des sommes dues à la Compagnie. Il interdit par la suite aux débiteurs de vendre des esclaves ou des immeubles sans avoir sa permission par écrit. Salmon confie la charge du recouvrement des dettes à Dumanoir, régisseur de l'habitation des Chaouachas, contre une commission de 30%. La Compagnie décide alors de réduire de 30% tous les recouvrements à faire, au lieu de 25% comme précédemment proposé, à condition de ne rien payer à Dumanoir et aux employés qui sont sous ses ordres, et dont les appointements doivent faire partie des 30% retranchés44. Mais ces mesures ne peuvent mettre un terme aux conflits mettant aux prises la Compagnie et ses débiteurs qui se montrent mauvais payeurs. Certains officiers se prévalent de leur emploi pour ne pas arrêter leur compte avec la Compagnie45. Pour ce qui est des colons du secteur des Illinois, la Compagnie propose de prendre aux habitants débiteurs des farines pour nourrir les garnisons des postes des Illinois, Arkansas et Natchez, 29

afin de leur ôter le prétexte de se dispenser de payer les frais du transport des farines jusqu'à La Nouvelle-Orléans46. L'un des effets directs du désistement de la Compagnie des Indes est un remaniement au sein de l'administration coloniale. C'est l'objet du chapitre qui suit.

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CHAPITRE II LA STRUCTURE DU GOUVERNEMENT 'administration est l'instrument par lequel doit être appliquée la politique coloniale. Zitomersky relève ce qui différencie les colonies britanniques des colonies françaises en Amérique du Nord. Ces dernières sont le fruit d'un mode d'occupation « institutionnalisé », car ceux qui veillent à la colonisation du territoire sont souvent liés à des organisations de type institutionnel, c'est-à-dire des administrateurs, des militaires, des hommes au service de l'Etat ou des compagnies commerciales, des missionnaires. Depuis Colbert, on entend établir des institutions solides au Canada. On fera ensuite de même à l'ne Royale et en Louisiane, et ce dans l'espoir de constituer des sociétés idéales servant les intérêts de la métropole!. C'est dans cette perspective qu'il convient d'approcher la structure du gouvernement. LE CONSEIL SUPERIEUR Le désistement de la Compagnie des Indes simplifie l'organigramme de l'administration de la Louisiane. Le Conseil de régie qui jusqu'alors représentait la colonie disparaît2. Par les lettres patentes du 22 mai 173 I, le roi rétablit le Conseil supérieur selon l'édit de 1716 et révoque de même les lettres patentes d'août 1719 stipulant qu'un certain nombre des directeurs de la Compagnie doivent figurer au sein dudit conseil. Ceci implique aussi que le gouvernement de la Louisiane séparé depuis I no de celui du Canada, se trouve à nouveau sous la dépendance de ce dernier. Le gouverneur est désormais subordonné à celui du Canada et le commissaire-ordonnateur est le subdéJégué de l'intendant. En fait, le rattachement n'est que théorique vu la grande distance qui sépare les sièges des deux gouvernements. D'ailleurs, les dirigeants de la Louisiane continuent à entretenir une correspondance régulière et directe avec le ministre de la Marine'. C'est en 1712 que le roi décide d'établir en Louisiane un Conseil supérieur. Il le conçoit comme une création provisoire. Après une période d'essai de trois ans, on déciderait définitivement de son sort. L'édit du 10 septembre 1716 a rendu ce Conseil perpétuel et irrévocable. Il dispose de pouvoirs administratifs et judiciaires; il constitue ainsi le tribunal civil et criminel de la colonie, et doit juger 31

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